Les seuls combats perdus d'avance sont ceux que l'on refuse de mener !




NI DIEU...NI MAITRE...NI ORDRE MORAL ..........NI DIEU...NI MAITRE...NI ORDRE MORAL ..........NI DIEU...NI MAITRE...NI ORDRE MORAL ..........NI DIEU...NI MAITRE...NI ORDRE MORAL ..........  

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Permanence

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éditorial du hors-série n°39

Le Monde libertaire hors-série n°39 (15 juillet-8 septembre 2010)

Comme tous les étés, votre Monde libertaire hebdo prend un repos mérité. Vous le retrouverez le 9 septembre chez les marchands de journaux les mieux fournis. Comme, hélas, il ne sont pas les plus nombreux, nous vous signalons un petit outil bien pratique, mis en place par Presstalis, notre diffuseur : le site internet trouverlapresse.com qui vous indiquera les points de vente approvisionnés les plus proches de vous. Face au monopole de la presse d'argent et des marchands d'armes, nous avons toujours besoin du soutien de nos lecteurs !
Au cours de cette coupure estivale, le site internet du Monde libertaire s'enrichira d'articles issus des archives du journal, et relayera, du mieux possible, les informations que les militant(e)s anarchistes nous feront parvenir (voir le Fil noir en haut de cette page).

Balayons les affameurs

  Le Monde libertaire hors-série n°39 (15 juillet-8 septembre 2010)

« En France comme ailleurs, les grands patrons ne s'en cachent même plus, ils mènent une véritable guerre de classe contre le monde du travail et mettent tout en œuvre pour la gagner avec la complicité active des états. » Telle est l'introduction de la motion sociale adoptée lors du 67e congrès de la Fédération anarchiste les 22,23 et 24 mai dernier à Rennes.

Il n'y a pas grand-chose à ajouter pour décrire en quelques mots le contexte qui s'impose à nous.

En France, la réforme qui concentre tout cela du fait du symbole qu'elle touche et des enjeux financiers est celle des retraites. Si elle passe, le TER de la régression sociale, avec quelques arrêts de temps en temps, se transformera en TGV en 2011. Tout, absolument tout y passera, histoire de donner des gages aux marchés juste avant la présidentielle de 2012.

L'enjeu est donc majeur et il convient de bien en saisir tous les aspects. Nous n'insisterons pas sur le hold-up de l'état et du patronat sur la sécurité sociale. Il suffirait que les dizaines de milliards d'euros d'exonérations patronales (notre salaire différé, donc notre pognon) soient restituées pour financer sans problème le retour aux 37,5 annuités pour tous, l'augmentation substantielle de tous les minima sociaux et le remboursement à 100 % des frais médicaux.

De même, l'arnaque qui réside à faire croire que la réforme « s'adapte à l'augmentation de l'espérance de vie » doit être démontée. Les études les plus sérieuses sur le sujet (bien peu médiatisées, allez savoir pourquoi…) aboutissent au tableau de correspondance suivant, entre l'âge de départ à la retraite et l'âge moyen à la mort : si l'on s'arrête de bosser à 50 ans, on peut espérer vivre jusqu'à 86 ans, si l'on part à 55 ans on peut espérer atteindre 83 ans, à 60 ans déjà, l'espérance se situe à un peu moins de 77 ans mais avec une retraite à 65 ans on peut espérer en profiter deux ans au maximum ! Les marchés spéculent donc bel et bien sur la réduction de notre espérance de vie.

Bref, on joue notre peau et dans ces cas-là, mieux vaut savoir comment et avec qui on peut se battre et résister.

Comment ? Sûrement pas en tout cas avec des manifs de mois en mois dont le seul objectif est de rassembler plus de monde que la manif précédente… à ce petit jeu, le seul résultat assuré au final, c'est l'épuisement, l'émiettement, l'amertume, comme en 2003. Qu'il y ait eu du monde dans les rues le 24 juin dernier, c'est un fait et c'est une bonne chose car cela montre que les directions syndicales n'ont pas encore réussi à écœurer les salariés mais il est tout aussi incontestable que cela n'a pas fait bouger d'un millimètre ni Fillon, ni Woerth, malgré ses gamelles… Ce dispositif de journées « d'action » est une véritable machine à perdre brevetée par Chéréque et Thibault. Si un ultimatum n'est pas lancé clairement au gouvernement avec préparation de la grève, la vraie, celle qui n'annonce pas dès le début la fin du mouvement, celle qui fait tout pour bloquer l'appareil productif notamment, on se raconte des histoires comme Sud, qui parle à tout va de grève reconductible mais qui depuis des mois, dans l'intersyndicale, s'aligne sur la CFDT.

Avec qui ? Avec Chéréque, le pape de la CFDT, celui qui a trahi en 2003 en pleine bagarre sur les retraites avec un certain… Fillon, alors ministre du Travail. À l'époque, il avait justifié sa trahison en raison de pseudo-« avancées » sur la question de la pénibilité et des carrières longues. Tiens, tiens, deux thèmes qui reviennent de nouveau à chacune de ses interventions et sur lesquels Sarkozy vient de déclarer que la porte n'était pas fermée… On voit bien l'arnaque se profiler. On avale 99 % de la réforme et on négocie pour quelques salariés le maintien du départ à 60 ans en criant victoire !

L'unité n'est pas une fin en soi, elle n'a de sens que sur la base d'une revendication claire, en l'occurrence le retrait pur et simple du projet de loi. Sinon, on amène les salariés dans le mur pour mieux leur expliquer sans doute qu'il ne leur reste plus qu'à bien voter en 2012.

« Face au consensus politico-syndical qui tente de tout verrouiller, la Fédération anarchiste s'engage résolument dans la bagarre avec tous ceux qui veulent se réapproprier leur lutte », dit quasiment en conclusion la motion.

C'est notre ambition en effet de faire de la Fédération anarchiste un outil encore plus efficace au service des luttes, laissant ceux qui ne veulent que discourir… discourir.
Aux milliers de sympathisants anarchistes, aux milliers de lecteurs du Monde libertaire, aux dizaines de milliers d'auditeurs de Radio libertaire, nous posons la question un peu solennellement : N'est-il pas temps de s'unir, de s'organiser pour peser ensemble efficacement sur le cours des choses ? À bientôt dans les luttes.
Fabrice (groupe La Sociale)

Pour une désobéissance civile généralisée

Le Monde libertaire hors-série n°39 (15 juillet-8 septembre 2010)

L'insoumission individuelle surgit comme le premier pas vers la désobéissance collective. « Je me révolte, donc nous sommes », écrivait Camus. Encore faut-il savoir que toute insoumission coûte et faut-il accepter d'en payer le prix. Avoir une opinion sur le monde et sur l'injustice qui y règne peut être sans conséquences. Une opinion n'est pas une conviction profonde, elle peut être tue ; la conviction exige un passage à l'acte ; une cohérence entre l'idée et le geste est requise ; et le passage à l'acte devient porteur de futur ; il nous fait toucher du doigt le possible. C'est ce qu'enseigna une insoumission à une guerre coloniale, acte fondateur, qui a déblayé la route.

Nous, les anarchistes, du moins se disant tels, ne sommes pas les plus forts dans le combat social ; nous sommes même très démunis face à l'État, face au capital, face aux puissances d'argent, face aux médias, face au monde de la culture ; et ces puissances nous imposent leurs lois, leur domination, leurs idéologies.
Nous résistons, bien sûr, mais difficilement, car nos ennemis ont d'énormes moyens de contrainte pour, si nécessaire, s'imposer à la fin par les armes ; armes de plus en plus sophistiquées et efficaces. Il est déjà bien loin le temps où les « fusils Chassepot faisaient merveille ». La technique a beaucoup progressé.
Est-il donc bien raisonnable, judicieux, de chercher l'affrontement sur ce terrain de la violence, avec les mêmes armes - quand bien même nous pourrions nous les procurer et voudrions nous servir de certaines - ; terrain où nous sommes sûrs de perdre, où, dans le passé, nous avons toujours perdu.
Et, si nous tenions la victoire avec ces mêmes armes que nos adversaires, serions-nous encore nous-mêmes ? Ne deviendrions-nous pas ceux que nous combattons ?

Depuis un peu moins de cent ans, l'action non violente a émergé dans les pratiques sociales. Action dont l'une des sources - du moins pour les Européens - est le petit texte de La Boétie qui le premier mit l'accent sur la servitude volontaire des peuples ; suivi d'un autre petit texte, celui de H. D. Thoreau, montant d'un cran, qui témoigna que l'on pouvait se refuser à cette soumission, que l'on pouvait désobéir ouvertement à la loi et assumer publiquement, devant l'opinion, cette désobéissance.
Plus près de nous, des libertaires, femmes et hommes, ont touché du doigt cette idée d'action : on peut citer Virginie Barbet ou Voltairine de Cleyre, mais aussi Han Ryner, Pierre Ramus, Barthélemy de Ligt et bien d'autres. Ce filon a été négligé ; sans doute que les temps n'étaient pas mûrs ou que les esprits étaient encore encombrés de notre glorieux passé.
On sait - et on ne sait quasiment que ça - que l'anarchisme s'est illustré avec éclat, durant certaines périodes, dans l'emploi de la violence et quelquefois du terrorisme. Ainsi, le grand public, travaillé par une presse aux ordres, n'a voulu voir dans l'anarchisme qu'explosions, déchaînements et fureurs. D'ailleurs, nous-mêmes, n'avons-nous pas un certain plaisir à nous faire craindre par la masse moutonnière des humains ? Or c'est ce grand public, cette opinion qu'il nous faut conquérir…
La non-violence, en tant que telle, comparée à l'anarchisme historique, est venue un peu plus tard sur la scène historique ; elle a précisé sa pratique en marchant et en hésitant sur sa dénomination : résistance passive, non-résistance, etc. Mots malheureux s'il en est ! Actuellement, le terme de « désobéissance civile » semble prendre le dessus avec en arrière-fond un souci de non-violence.
Pour autant, on ne sait pas toujours très bien de quoi on parle, on hésite sur le sens du vocabulaire, on ergote… À raison !
En effet, les entités « violence » et « non-violence » ne sont pas des absolus - du moins pour ceux qui veulent éviter une pensée dogmatique - ; l'une n'est pas toute noire quand l'autre serait toute blanche ; il y a entre ces deux notions ce que certains nomment des « zones grises » (Jacky Toublet parlait par exemple de zones de violence de basse intensité) ; oui, il faut reconnaître qu'il y a une gradation de valeur de la non-violence vers la violence, et vice versa, et qu'il reste à s'entendre sur ce que l'on veut faire dire aux mots.

Dans les années 1960-1970, la question de la « révolution non violente » était à l'ordre du jour dans les milieux du pacifisme radical, surtout anglo-saxon : on publiait sur le sujet. Puis la mode changea. On se ravisa sur les bienfaits du chambardement : les révolutions communistes étaient passées par-là, l'exercice du pouvoir « révolutionnaire » conduisait au désastre malgré l'opposition de courants plus libertaires ; même résultat avec les indépendances nationales qui se transformaient en régimes militaires en tous genres ; au bout, le désappointement ; l'absence de liberté n'amenait pas pour autant la justice sociale.
Aujourd'hui, on ne croit plus au Grand Soir, ou presque plus ; on le craindrait même pour ses conséquences…
La non-violence est-elle une alternative ?
La non-violence radicale porte l'anarchie en elle, pensent certains, mais le tout-venant de la non-violence ignore ou rejette un anarchisme synonyme pour eux de violence.
En attendant mieux, les milieux non violents s'orientent vers des activités d'éducation, de culture, de résolution non violente des conflits divers, etc., se confrontant ainsi à une réalité quotidienne du champ social. On améliorera les relations au sein de la famille, de l'école et du quartier, mais il n'est plus question de changer radicalement la société capitaliste, il ne s'agit que de « vivre autrement » dans un monde « inchangé ». Il ne s'agit que d'aménager le monde tel qu'il est.
Si la majorité des non-violents ne sont pas révolutionnaires, pour autant, de leur côté, les anarchistes ne sont pas tous des partisans de la révolution.

Les diverses actions de désobéissance civile, relativement circonscrites, dont les médias rendent compte (faucheurs, enseignants, etc.) nous questionnent par leur mode d'action directe : ces militants ne cherchent pas d'intermédiaires, leur voie n'est pas parlementaire et ils s'engagent physiquement tout en endossant les suites.
Et sans doute ces actions sont-elles la cause d'un problème qui resurgit : la non-violence peut-elle offrir des perspectives radicales ? Ou bien : la non-violence peut-elle s'ouvrir sur un horizon révolutionnaire ?
Et puis, dans le même temps, on peut se demander aussi ce que l'on entend par « révolution », sachant maintenant que toute révolution n'est pas souhaitable.
La portée de l'action serait sans doute plus à rechercher dans l'esprit des acteurs qu'inscrite dans l'action, ainsi que nous le dit Guillaume Gamblin dans Silence, n° 380 de juin 2010. Et, par ailleurs, on sait d'expérience que l'action transforme les acteurs et que la lutte devient un terrain éducatif pour une approche révolutionnaire. Ainsi, toute lutte partielle non violente nécessiterait une réflexion pour définir cet horizon de radicalité.
Il faut dire que la non-violence dans sa pratique classique fait en général un choix stratégique d'objectifs précis, plutôt modestes mais atteignables : ainsi la poignée de sel de Gandhi recueillie dans l'océan et contrevenant à une loi. C'est le système du levier : on trouve le point sensible et on appuie…
« Les OGM mènent tout droit au cœur du monopole des multinationales, de la domination économique sur le politique, de la brevetabilité du vivant, par extension du droit de propriété ! » Oui, nous sommes au cœur de la radicalité.
Cependant, de ce point de départ jusqu'à la révolution, il y a du chemin à parcourir…

Une rupture positive, soudaine et globale, est-elle possible actuellement ? Sans doute pas. Mais qui peut en jurer ? Nous avons connu quand même quelques surprises historiques : mai 1968, la chute du mur de Berlin, etc.
Les militants ouvriers à la pointe du combat ont longtemps placé leurs espoirs dans la « grève générale », pas la « grève générale d'un jour » pour quelques réformettes, la « grève générale », vraiment générale, sans durée préétablie et qu'ils nommaient « expropriatrice et gestionnaire ». Les temps ont changé, certes ; mais, cette porte bouclée, nous pouvons entrer par la fenêtre, en nommant autrement la lutte, en nous adaptant à la réalité du jour, en remplaçant la « grève générale » par la « désobéissance généralisée ».
S'il est certain que nous n'atteindrons jamais totalement la société de nos désirs, toute avancée même limitée nous donnera des forces, et chaque nouvelle victoire affermira notre confiance.
Tous nos prédécesseurs n'opposaient pas les réformes à la révolution ou, pour parler comme Élisée Reclus, ne voyaient pas de contradiction entre « l'évolution et la révolution ».
Le danger, c'est de se satisfaire trop vite d'un résultat partiel et de s'en contenter. Et rien ne dit que tous les non-violents aient des désirs révolutionnaires. Il est sûr que la plupart n'en ont pas : ils s'arrêteront donc en chemin, ils se contenteront des miettes démocratiques car ils pensent la démocratie perfectible et préférable au chaos. C'est un moindre mal en attendant… Ça se discute, et cela ne nous empêchera pas de critiquer cette démocratie « représentative ».
En fait, il nous faut sortir d'une conception figée de l'idée de révolution plus ou moins sanglante avec un « avant » où règne l'injustice et un « après » correspondant presque à nos vœux. Or l'anarchisme, ensemble malléable qui peut s'énoncer sur des registres à l'infini dans l'espace et le temps, se prête à cet aggiornamento à condition de n'en rien renier.
Sans aller si loin, sans recherches historiques ou philosophiques, simplement en adoptant une démarche expérimentale sans a priori, des militants anarchistes se sont lancés dans l'action non violente. On essaie : la démarche est quasiment scientifique.
La pratique de l'action non violente ne veut pas dire qu'il n'y aura pas des coups à prendre, de la prison à subir et des vies à donner. Évidence.
De ce côté-là, rien ne change !
André Bernard

Sociétés contre l'État

Le Monde libertaire hors-série n°39 (15 juillet-8 septembre 2010)

Sans foi, sans loi, sans roi…
« Les Indiens n'ont d'humain que l'apparence et ignorent tout de la civilisation, des arts, de la religion, plus bestiaux que les bêtes qu'ils chassent, plus sauvages que ces étendues où se déchaînent les éléments et où ils errent plutôt qu'ils n'habitent, créatures de Satan 1. » Cette vision brutale des « primitifs » par la « civilisation » européenne du XVIIe siècle a laissé place à une ethnologie évolutionniste, notamment marxiste, plus compatissante à l'égard de ces sociétés, « enfance de l'humanité » : l'absence d'un État qui dit le bien commun et l'impose, montre leur incomplétude, dixit le « matérialisme historique », véritable théologie de l'histoire.
Pourtant, dès le XVIe siècle, alors que les Indiens découvrent armes et croix que portent mercenaires et missionnaires, La Boétie 2 montre qu'il y a rupture radicale entre l'ère de la liberté et celle de l'État, qu'il appelle l'« Innommable », impliquant la servitude. Plus récemment, dans les années 1970, l'anthropologue Pierre Clastres 3, familier des Indiens guayaki et guarani, affirme que les sociétés « primitives » n'ont pas d'État car elles refusent la division entre dominants et dominés, ce sont des sociétés contre l'État. Ainsi le « chef » a un devoir de « porte-parole », mais sa parole ne sera écoutée que si elle exprime le point de vue de la société comme totalité une. B. Traven 4 rapporte plaisamment la symbolique liée à la fête d'investiture d'un chef indien, choisi pour un an : assis sur son trône, il s'adresse dignement à la communauté, qui plaisante et se réjouit ; son postérieur dénudé est posé sur une chaise percée, placée au-dessus de braises rougeoyantes, afin de lui rappeler « qu'il n'est pas installé pour se reposer, mais pour travailler pour le peuple » ; les cicatrices dont il hérite sont la marque de l'honneur d'avoir été choisi, mais aussi le soustraient à la tentation de se faire réélire. De son côté, Marshall Sahlins 5 avait expliqué que le « mode de production domestique » primitif fonctionne comme une machine antiproduction, hostile à la formation de surplus, condition nécessaire à l'instauration d'un pouvoir séparé. Des sociétés ont fait le choix de fonctionner sans État et sans marché.

Démocratie directe en zone rurale
Pour beaucoup, ces « bons sauvages » ne méritent que la « repentance » pour le passé et l'« écotourisme » pour le présent. Mais quelle surprise de voir des Indiens tseltals, tsotsils, choles, tojolabals, mames, zoques sortir de la forêt lacandon en 1994 ! Depuis, plusieurs centaines de milliers de paysans du Chiapas, malgré la répression et les vautours des multinationales, ont entrepris de se gouverner eux-mêmes. Ainsi dans chaque commune autonome, qui regroupe plusieurs villages, l'assemblée choisit le conseil de la commune, ceux ou celles qui vont remplir les diverses « cargas » (charges) pour deux ans : services non rémunérés, utiles à la communauté (santé, éducation, alimentation, culture, information, justice, etc.). Ces mandats sont révocables.
La coordination des communes autonomes est réalisée par un « conseil de bon gouvernement » qui se réunit au « caracol », centre de chacune des cinq régions zapatistes, où se trouvent également coopératives de production, cliniques, écoles, centres culturels, etc. Chaque commune y est représentée par un ou deux délégués, tournant rapidement (quelques semaines) parmi les conseillers communaux. Cette rotation permet d'éviter toute dissociation avec la vie locale, où les décisions sont prises au consensus. Cette conception non spécialisée 6 des tâches collectives risque de désorienter l'« occidental », adepte de l'efficacité, devant la « lenteur » de certaines prises de décision, qui permet pourtant de laisser le temps de s'informer, soupeser les avis, élaborer collectivement une solution obtenant l'adhésion de tous. Dans tous les domaines, les activités se répartissent entre le local et le régional : agents communautaires de santé, microcliniques, cliniques, écoles primaires, secondaires, formation d'enseignants, etc. Les différences de développement entre communes sont compensées par la région.
Pour les zapatistes cette forme de gouvernement collectif, basée sur une démocratie directe issue des « us et coutumes » communautaires, n'est pas destinée aux seuls peuples indiens et s'adresse « à tous les peuples du monde ».

Démocratie directe en zone urbaine
En 2006, des centaines de milliers d'insurgés ont défié l'État 7, dans la « Commune d'Oaxaca », montrant la relation très étroite qui subsiste entre la population pauvre des villes et le monde indien. Beaucoup d'habitants des « colonias » (quartiers populaires) viennent des communautés indigènes. Quand, en ville et dans les gros bourgs, tout ce qui rappelle le pouvoir (mairie, administration, police, etc.) est occupé et fermé, c'est la tradition de l'assemblée comme instance de prise de décision et d'initiatives qui le remplace.
Pourtant, dès le début de l'explosion sociale, une trentaine de dirigeants d'organisations mettent en place un front unique, structure « provisoire » de coordination. Mais l'investissement des « colonias », des « barricadiers », des peuples indiens impose la mise en place de l'Assemblée populaire des peuples de l'Oaxaca (Appo) qui comptera jusqu'à 1 500 délégués. De vives critiques s'y élèvent contre ceux qui se présentent comme les leaders devant les caméras et qui ne goûtent ni la recherche du consensus ni la participation collective à la prise de décisions. « En s'engageant de façon autonome, un peu comme la Commune de Paris, qui reste le symbole de ce type d'organisation à la base des gens eux-mêmes 8 », les habitants ont rapidement pris confiance, ont communiqué entre eux et « ont retrouvé le goût d'une vie sociale libérée de la servitude, des hommes du pouvoir et de la politique 9 ». Ainsi les centaines de barricades deviennent un espace autonome, un lieu de convivialité, de cohabitation quotidienne, la colonne vertébrale de l'insurrection.
Malgré une répression féroce, les espoirs d'émancipation n'ont pas disparu ; dans les « colonias » se développent boulangeries collectives, jardins communautaires, lieux de discussions. Pour préserver l'autonomie du mouvement, Vocal (Voix oaxaquègne construisant l'autonomie et la liberté) est créé en mars 2007. David Venegas rappelle que « ce mouvement horizontal et assembléiste s'adresse à l'ensemble des peuples de l'Oaxaca, des peuples indiens, des travailleurs, des paysans, l'ensemble de tous ceux et de toutes celles qui luttent et rêvent d'un monde meilleur où aient leur place tous les mondes ».

Le monde doit changer de bases
L'autonomie traditionnelle, qui constitue l'essence du mode de vie indien, prend aujourd'hui une autre dimension, par l'adaptation d'une identité politique et sociale anticapitaliste, la recherche d'alliances nationales et internationales, la plus grande participation des femmes et des jeunes, le développement de réseaux multiethniques. Rubén Valencia, membre de Vocal, souligne que « face à la chute des idéologies, du socialisme collectiviste au capitalisme individualiste, certains ont commencé à s'intéresser à cette idée, la communalisation des moyens de production, ce que pratiquent un grand nombre de peuples depuis plus de cinq cents ans ». En « Occident », toutes les tendances de la « modernité politique » se sont employées à nous convaincre que la seule forme possible de l'intérêt commun est l'État. Pourtant, seule une organisation politique fondée sur l'autonomie des communes locales, sur leur capacité à se fédérer, peut permettre notre émancipation. Des tentatives sont déjà apparues en Europe : conseils (ouvriers, paysans, quartiers, villes), en Russie en 1905 et 1917 avant que le parti bolchevik ne les vide de leur substance, en Allemagne, Hongrie, Italie entre 1918 et 1923, en Catalogne et Aragon en 1936-1937.
Raoul Zibechi 10 montre que des mouvements sociaux forts entraînent la désarticulation de la centralisation étatique et l'adoption de formes d'organisation ne créant pas de nouvel appareil bureaucratique. Il observe qu'en Amérique latine, à partir des pratiques et des luttes des communautés indigènes, une culture politique horizontale se diffuse dans de nouveaux groupes sociaux. De même, David Graeber 11, anthropologue américain, relève que les principes anarchistes traditionnels – autonomie, association volontaire, autogestion, entraide, démocratie directe – jouent un rôle important dans les mouvements radicaux du monde entier.
Toutes ces alternatives anarchistes en actes, si elles se développent et se fédèrent, renverront le capitalisme et l'État dans les poubelles de l'histoire.

Élan noir


1. Nancy Delanoë, L'Entaille rouge, Albin Michel, 1996.
2. « Il y a trois sortes de tyrans. Les uns régnant par l'élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d'esclaves. »
3. La Société contre l'État, Éditions de Minuit, 1974.
4. Indios, 1931 (éd. fr., Christian Bourgois, 1990).
5. Âge de pierre, âge d'abondance, Gallimard, 1972.
6. « Tous nous avons été gouvernement. »
7. Georges Lapierre, La Commune d'Oaxaca, Rue des Cascades, 2008.
8. Miguel, membre du Cipo (Conseil indigène et populaire d'Oaxaca), organisation indienne d'esprit libertaire
9. David Venegas, membre de l'Appo et de Vocal.
10. Raoul Zibechi, Disperser le pouvoir, L'Esprit frappeur, 2009.
11. Pour une anthropologie anarchiste, Lux éditeur, 2006.


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Nouvelles du mouvement social

"Pour un réel engagement en faveur des personnes SDF"


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Qu'est ce que la FA ?

Nous sommes pour une révolution radicale et globale. Nous voulons construire une société libre sans classes ni états, sans patries ni frontières dont les buts sont les suivants :

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Principes de base de la FA

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Principes de base

ELECTIONS :            Agir au lieu d'élire


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La population doit prendre sa destiné en main sans intermédiaires, sans gouvernement !

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Arbeit macht frei

On a volé l'inscription célèbre …
L'inscription "Arbeit macht frei" est devenue "un des symboles clés de l'Holocauste parce que tout le monde savait qu'à cet endroit (le camp d'Auschwitz) le travail ne libérait personne. "
Voilà ce qu'on peut lire dans les actualités sur Internet …
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L'anarchisme c'est quoi ? - Pensée libertaire - Histoire - ...

Depuis longtemps les pouvoirs cherchent à détourner le langage à des fins politiques. Ainsi le terme « Anarchie » a été utilisé comme synonyme de chaos d'une manière très efficace puisque cette définition est maintenant couramment admise.

Pourtant, « Anarchie » signifie étymologiquement « absence d'autorité » ce que les pouvoirs essaient d'associer à « désordre » pour justifier leur existence, pour légitimer le gouvernement ...


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Lyon ville rebelle

Camarades oubliés
Camarades des voraces
Frères aînés de ce quartier
De ses pentes et de ses places
Vous viviez en travaillant
Sur le plateau Croix-Roussien,
Vous êtes morts en combattant,
Pour un autre lendemain

Lyon ville rebelle

Lire libre

La librairie Publico a dorénavant un site de vente en ligne à l'adresse suivante :

http://www.librairie-publico.com 


Lire libre

Prison

Être refus être rebelle
Cesser de fuir la vérité,
Briser le marbre des autels
Du sacrifice des opprimés,
Ne plus penser que la terreur
L'intolérance et les prisons
Soient les remèdes à la peur,
Et faire appel à la raison. (...)
La page prison

Décroissance


L'autolimitation de l'activité humaine tenant compte des capacités de la planète ne peut résulter que des individus eux-mêmes, s'autogérant et se fédérant entre eux : c'est justement le projet de société libertaire !

Copenhague ou le bal des faux-culs

La suite sur la page décroissance

International


Galice : réappropriation de la Ría

Le samedi 5 juin, une marche s'est déroulée depuis les villes de Pontevedra et de Marin (province de Pontevedra, Galice, Espagne). Organisée par l'association Pola Defensa de Ría, cette marche avait pour objectif de demander le déplacement de Ence (Empressa Nacional de Celulosa), entreprise nationale de cellulose.... . .  . . . . . . . . . .
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