 L'agenda du groupe Vivre Libre ! |
Prochaine permanence du groupe Vivre Libre : samedi 4 juillet 2009 : Permanence |
| | _____________________________________________________________ |
| | | " L'anarchie, c'est la vie ! "
Théo
_____________________________________________________________
|
|  Sommaire du Monde Libertaire n° 1562 du 25 Juin au 1er Juillet 2009 | Oyez l' OIT, par J.-P. Germain, page 3
Retraites et pont d'Arcole, par J.-P. Levaray, page 4
Si Versailles nous était conté, par S. Forestier, page 5
Dernières brèves avant l'été, page 6
Nouvelles des fronts, par H. Lenoir, page 7
Amiante et mort, par Thierry, page 8
Israël... par A. Somiador, page 9
Un point de vue sur l'Iran, par P. Sommermeyer, page 10
Antennes et nuisances, par Kati, page 11
Tian'anmen, par A. Pino, page 12
Universitaires dans la Belle Province, par N. Baillargeon, page 15
Bakounine au printemps, par L. Ségalini, page 17
Malbouffe de marque, par N. Potkine, page 18
Schérer réédité, par Pathote, page 19
Évocation de Daniel Giraud, par C. Margat, page 20
Sara Alexander... par S. Utgé-Royo, page 21
Radio libertaire, page 22
L'agenda tous azimuts, page 23 PARATEUR% |
|  Éditorial du Monde Libertaire n° 1562 du 25 Juin au 1er Juillet 2009 | Chez nous, c'est bientôt les vacances et le fait divers règne, la fatuité, le creux, le titata. Las, sous le sable fin, c'est l'enfer habituel. Malgré de belles promesses patronales - de celles qui n'engagent que ceux qui y croient - et malgré les naïfs et pathétiques efforts (style : travailler plus pour gagner moins) de ses ouvriers depuis deux ans Bibendum supprime mille emplois sur trois de ses sites. Pis, depuis quelques jours il est bien souvent question sur Radio-Paris du gouffre insondable de la sécu, plus de 20 milliards à en croire les caquetages téléguidés.
On sait ce que ça prépare, ce genre d'infos… et ça n'a pas tardé : reprise des " réformes ", retraite à 67 ans (La Parisot n'en demandait que 63 et demi), incantations pour l'emploi des seniors etc.. Et le schizo élyséen campé sur ses maigres ergots de recommander, sans rire, à ses comparses européens de faire priorité au social afin de prévenir la haine des ouvriers devant les ravages de la crise : Faites ce que je dis, faites pas ce que je fais.
Enfin, ça barde en Iran et on admire avec quelle mesure, quelle sobriété, nos faiseurs d'opinion en ont traité l'information. Il a tout d'abord été question de quelques bourrages d'urnes bien anodins, façon Île-de-Beauté. Puis, peu à peu, les foules ne cessant pas de chahuter, les manifestants se faisant un petit peu dézinguer par la police, l'armée et les gardiens de la révolution, on a appris par la bande et de façon quasi confidentielle, qu'en fait il ne s'agissait pas d'une simple tricherie mais bel et bien d'un braquage électoral total. Ahmadinejad n'était pas seulement mis en difficulté, comme on voulait nous le faire accroire, mais tout à fait blaqueboulé par ses deux concurrents dans la course au pouvoir : il ne venait qu'en troisième position dans les scores. Les médias ont à ce sujet réussi ce tour de force de ne jamais le dire clairement; ils se sont contentés de relater l'imbroglio feuilletonesque des manifestations de plus en plus suivies et des prises de position contradictoires des barbus ; puis, au final, de nous annoncer sans état d'âme que le Coran, la trique et les chaussettes à clou avaient refermé le couvercle sur le juste courroux de nos amis perses.
À partir de désormais, ça sera comme d'habitude : élection truquée en Iran ou référendum bafoué sur la constitution européenne en Franchouillie : ici comme là-bas, on fout un homme ou un projet à la porte et il rentre en force par la fenêtre. En toute démocratie.
_____________________________________________________________
|
|  Agenda du Monde Libertaire n° 1562 du 25 Juin au 1er Juillet 2009 | Les 26, 27 et 28 juin puis les 3, 4 et 5 juillet
Paris (XXe) À 20 heures et les dimanches à 17h30. Le prochain spectacle de Serge Utgé-Royo à Paris, intitulé l'Espoir têtu, se jouera au Vingtième Théâtre, 7, rue des Plâtrières, métro Ménilmontant ou Gambetta.Tarif pour les porteurs de la carte de Radio libertaire : 17 euros (au lieu de 22). Chômeurs : 12 euros ; RMI, RSA : 2 euros.
Du 5 juin au 5 juillet
Paris Xe Exposition " Le Monde libertaire explose ses dessinateurs " au café Le Delyss, 5, rue des Deux-Gares.
Jeudi 25 juin
Saint-Marcellin (38) Le groupe La Rue Râle de la Fédération anarchiste, en partenariat avec le Collectif associatif, vous invite à une soirée de cinéma-débat autour du film Commis d'office, sur la justice en France. La projection sera suivie d'un débat où le groupe tentera de répondre à la question " peut-on envisager un monde sans prisons ? " 20 heures, au cinéma Le Méliès, boulevard Riondel. Contact : laruerale(a)no-log.org
Auray (56) 20 h 30, les groupes libertaires Lochu et Ferrer (fédération anarchiste Vannes-Lorient) proposent une discussion autour de La place de l'école dans la société. Au café Billabong, 81, rue Clemenceau. Entrée libre. Pas d'obligation de consommer. Le tenancier offre même le pot.
Samedi 27 juin
Agen (47) 20 h 30. Festival de musique rock en plein air. La fête à Roger Petit, organisée par le groupe d'études sociales, un regroupement d'anarchistes à l'initiative d'une vieille figure libertaire locale Roger Petit. Avec les groupes : Cartouche, The Shelters, Medef Inna Babylone, Askatasuna, Yearn for change, Blandest, Elevens. Prairie du pontcanal. Entrée libre, buffet et buvette.
Calais (62) Dans le cadre du camp No Border, aura lieu une manifestation transnationale pour la liberté de circulation. Départ prévu à 10h au Phare de Calais
Montreuil (93) Université populaire de Montreuil - Montr'UP: La prison. De 17 heures à 19 heures : " La frustration affective et sexuelle du détenu." De 20 heures à 22 heures : " Vers l'abolition de la prison. " Avec Jacques Lesage, de La Haye. Chacun apporte à manger, nous nous chargeons de la boisson, nous festoierons ensemble. Exposition des peintures de Juan Chica Ventura. À La Parole Errante, 9, rue François-Debergue. Métro ligne 9, station Croix-de-Chavaux. Entrée libre.
Dimanche 28 juin
Paris XIe Fiesta Crash Disques, avec projection du documentaire Common people sur les Thugs, et musique avec Servo (rock mutant, Paris), Edouard Nenez & les Princes de Bretagne (chanson punk, Paris-Brest), Puta Guerrilla (fatanarchopicard punk). Au CICP, 21 ter, rue Voltaire, métro Nation ou Rue des Boulets. À 17 heures. PAF : 5 euros
Saint-Denis (93) 17 h15. La Dionyversité, Université populaire de Saint-Denis. Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923), l'artiste au ras du pavé. Du Chat noir au Drapeau rouge, de la peinture des rues aux vignettes félines. Présentation de Laurent Bihl, professeur d'histoire au lycée Paul Éluard de Saint-Denis. Exceptionnellement, cette conférence aura lieu au musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis, 22 bis, rue Gabriel-Péri. Tél.: 01 42 43 05 10. Métro ligne 13, Porte-de-Paris, ou RER D. Entrée libre.
Lundi 29 juin
Ecully (69) 20h30. Chomsky et cie, un film d'Olivier Azam et Daniel Mermet, suivi d'un débat. À la Maison de la Rencontre, 21, avenue Aynard. Réservations: 04 78 33 64 33.
Mardi 30 juin Metz (57) 20 heures : Débat avec la Fédération anarchiste: " Contrôle social et repression en société dite démocratique ", précédé du documentaire Granados et Delgado un crime légal. Caveau du café Jehanne-d'Arc, place Jeanne-d'Arc. Entrée libre.
Samedi 4 juillet Le Mans (72) 16 heures. Café libertaire organisé par le groupe Lairial : " La violence à l' école ". À disposition, table de presse de Matérial. Épicerie du Pré, 31, rue du Pré.
Paris XXe À partir de 13 heures : Fête du livre libertaire, organisée par les éditions de la CNT. Livres neufs et d'occasion (t'y crois à ça, toi ?). Buvette. 33, rue des Vignoles. Métro Avron ou Buzenval.
_____________________________________________________________ |
| |  |
Le Monde libertaire, hebdomadaire de la Fédération anarchiste, adhérente à l'Internationale des fédérations anarchistes
Chaque jeudi dans vos kiosques, 24 pages d'actualités en couleurs vues par les anarchistes pour deux euros
où trouver le monde libertaire |
|  |
Cliquez sur le bouton pour télécharger le bulletin d'abonnement ou la demande d'exemplaires gratuits | |
| | |
|
|  Anciens articles du Monde libertaire |
|  |
|  Éditorial du Monde Libertaire n° 1561 du 18 au 24 Juin 2009 | La dernière démobilisation syndicale du 13 juin, alors que le chômage a définitivement renoncé à partir en vacances (187000 emplois ont été détruits au premier trimestre), a été un franc succès pour ses désorganisateurs. Les médiocres génies qui ont composé cette Cacophonie pathétique auront tout fait pour que leur partition soit couchée sur la pierre tombale de la lutte des classes. Las, pour ces hideux thanatopracteurs, si la grève générale musarde par trop en chemin à notre goût, pour autant elle n'est pas décidée à se laisser embaumer. Immarcescible, bien campée sur ses deux jambes, elle effectuera son inévitable retour sur scène en bottant énergiquement l'arrière train des fossoyeurs des luttes. Vous désirez connaître la date où elle toquera à nos portes ? Rien de plus simple dés lors que nous prendrons conscience collectivement que son retour dépend de… notre seule volonté. Puisque nous parlons de calendrier, déridons-nous un peu les zygomatiques.
Si l'on en croit Yvo de Boer, secrétaire de l'ONU au changement climatique, la récente conférence de Bonn sur le climat a été " une session marquante qui a fait avancer nos travaux d'une manière importante ". Propos aussitôt démentis par une participante (Jennifer Morgan du groupe de réflexion E3G) à ce grand blablatage : " nous avons avancé de deux kilomètres vers Copenhague (ville où se déroulera le prochain barnum sur le même sujet) et il nous reste des milliers de kilomètres à parcourir ". Bref, le productivisme insoutenable et les mensonges durables cracheront leurs fumées toxiques longtemps encore.
Ailleurs, juste au sud de l'équateur, des veines ouvertes de l'Amérique latine jaillit un nouveau flot de sang. Depuis le 5 juin au soir une terrible répression s'abat sur les communautés amérindiennes de la région amazonienne du Pérou. Les autochtones - tenus pour quantité négligeable - s'opposent à un décret-loi qui vise à faciliter les investissements dans les zones où ils vivent depuis la nuit des temps. Drôle d'idée n'est-ce pas !? Pétrole, gaz, mines, exploitations forestières suscitent la convoitise de nombre de multinationales.
Rien de nouveau sous le soleil pourriez-vous rétorquer. Objection retenue. Par contre, observez avec quelle détermination les esclaves d'hier refusent de retourner à la servitude que les maîtres du monde réservent pour tous. Mais constater n'est pas suffisant. Manifester le plus concrètement possible notre solidarité à l'égard de nos frères et soeurs péruviens est le meilleur moyen pour que nos pieds et poignets ne connaissent jamais la morsure des chaînes.
_____________________________________________________________ |
|  Editorial du Monde Libertaire n° 1560 du 11 au 17 Juin 2009 | Le coup de sifflet marquant la fin de la récréation a retenti. Les délégués de classe ont été médiocrement élus par leurs petits camarades. L'administration a un sourire goguenard. Les affaires sérieuses vont pouvoir continuer après les piailleries et crêpages de chignon que nous a valu l'affligeant intermède des Européennes, spectacle sponsorisé par la déesse parkinsonienne nommée Démocratie. Pendant que le culte (ranci) à la citoyenneté était célébré, le Conseil européen (chefs d'État et de gouvernement) gardait sous le coude un document (référence 8250/09) issu de leurs récentes cogitations.
Les prescriptions fixées dans cette feuille de route - quoique écrites dans la plus pure novlangue de la technocratie - sont sans ambiguïté. Exemple (pages 86 à 89): " le potentiel de croissance des États membres de la zone euro est fortement tributaire de l'intensification des réformes visant à faciliter les ajustements du marché du travail et à renforcer la concurrence dans le secteur des services. " Traduction : les salaires morfleront. Les systèmes de retraites sont également dans le collimateur du Conseil européen. Tout autant sont visés les services publics. Enfin, à propos du travail salarié, les porte-voix du capital préconisent de " moderniser les différentes types de contrat […] en réduisant la segmentation entre les différents types de contrat " (informations révélées par le journal Politis).
Sur ce dernier point, un cancérologue pourrait dire : la tumeur Bolkestein a drôlement métastasé ! Le knout nous est promis par les chefs d'État et de gouvernement. Quant à leur volonté d'essayer de préserver un minimum la santé de leur " cheptel ", l'avenir proche le dira. Eh oui, Monsanto, plus d'autres semenciers (semeurs de misère et de mort serait plus juste), demandent auprès de la Commission européenne que 109 plantes génétiquement modifiées soient autorisées à l'importation alors que les conséquences écologiques, économiques et sociales des OGM se révèlent chaque jour plus catastrophiques. Scénario prévisible : des délégués de classe monteront au créneau pour éviter le pire qui, néanmoins, décrochera des parts de… marché (bien sûr). Et pour cause, penser que la qualité des arguments des opposants aux nécrosciences sera suffisante pour faire échec à la puissance des lobbys considérés est une pure… chimère.
Quel est l'objectif général de nos différents matons ? Réduire les portions dans nos assiettes tout en les garnissant d'une bouffe qui vous ferait dégueuler un chat par la patte. Voilà de quoi nous filer une sacrée faim de luttes, non?
_____________________________________________________________ |
|  Éditorial du Monde Libertaire n° 1559 du 04 au 10 Juin 2009 | La libération de Julien Coupat, en fin de semaine dernière, doit-elle être considérée comme un ballon d'oxygène ou comme une manoeuvre de diversion? Un revers pour la ministre de l'Intérieur, certes… Mais il fallait bien que quelqu'un porte le chapeau ! Les stratèges de l'Élysée ont dû, eux, manger le leur. Mais cette maigre consolation'enlève rien au scandale d'une détention arbitraire de six mois.
Il y a une dizaine de jours, un député UMP a proposé que les gens en congé maladie puissent travailler de chez eux. Une levée de boucliers venant de la gauche comme de la droite a renvoyé le jeune homme à ses études. Mais, provocation, coup d'essai, poisson pilote ou juste histoire d'enfumer les pistes ? On se perd en conjectures. " Une CGT, vraiment fédéraliste, peut donner naissance à un ordre social reposant sur les mêmes principes si, du syndiqué au secrétaire confédéral et du syndicat à la CGT tous les syndiqués, tous les organismes accomplissent tout leur devoir, remplissent toutes leurs obligations. " Ainsi s'exprimait Pierre Besnard dans Les Syndicats ouvriers et la révolution sociale (1930).
Aujourd'hui, tout cela semble bien loin. Le monde syndical, ou ce qu'il en reste, défile à jours fixes et emboîte son pas pour les " affaires sérieuses " aux partis politiques, éternels timoniers. Dans l'entre-deux guerres, même les réformistes de l'époque concevaient le programme syndical en indépendance du monde politique… Pour l'heure, le jogger frénétique qui tient les rênes de l'État laisse entendre qu'il apprécie beaucoup Bernard Thibault, secrétaire de la CGT. Ce qui semblait impensable il y a moins de dix ans serait donc arrivé, la centrale de Montreuil a pris la place de la CFDT. Laquelle, pour faire plus propre, avait exclu, il y a une trentaine d'années, anarchosyndicalistes et " moutons noirs " divers. Bien sûr après la fièvre électoraliste, dans quelques semaines, les querelles internes vont faire tenir des propos antivote à bien du monde et ce n'est pas nous qui nous en plaindrons.
Mais d'ici là, les aspirants aux émoluments européens s'en donnent à coeur joie. Mais haut les fronts, d'Abidjan, Strauss-Kahn, grand manitou du FMI, déclare qu'une sortie de la crise est prévue au printemps 2010. Il y aurait un trébuchement en octobre 2009, mais tout devrait repartir, " à condition qu'on mette en place une bonne politique "! Ah, ombres chinoises que vous êtes jolies. Et pendant ce temps nos gouvernants bétonnent sur le sécuritaire. À quand les fouilles au corps à l'entrée des toilettes publiques ? Y'a pas, faut être plus que vigilants, offensifs !
_____________________________________________________________
|
|  Editorial du Monde Libertaire n° 1558 du 28 Mai au 03 Juin 2009 | Outre-Manche, les notes de frais des députés explosent. Des orphelins violés et sadisées par des curetons cathos depuis un demi-siècle en Irlande. Obama partisan d'une voiture propre et d'un Irak nettoyé, a bien du mal à rapatrier Guantanamo. Paix,Amour,Amen. Mais voyons un peu cheu nous.
Des laitiers qui ne se font pas assez de beurre et prennent le pays en laitage. Un " plaider coupable " aux assises, pour désengorger la " Justice " au lieu de la doter en personnel et en locaux décents. Une pauvre femme accouche dans une baignoire d'un ch'tiot puis le met au congélo. Un prof écope d'une amende pour avoir crié " Sarkozy, je te vois " pendant une défoulade de sa police. Des cabines téléphoniques bientôt à la casse : normal, tout le monde a un portable et puis si le peuple n'a pas de pain, qu'il mange de la brioche.
Un festival à Cannes, c'est, comme chaque année, la foire à la paillette et aux jambons. À Calais, des directeurs, écoeurés par la politique anti-émigrés, refusent l'accès de leurs écoles aux forces du désordre; des parents nostalgiques du Maréchal, jugent quant à eux, cette attitude trop " politique ". Deux moutards de six et dix ans, accusés à tort d'avoir volé un vélo, arrêtés dans leur école par une dizaine de policiers téméraires et déterminés. Toujours dans le titata culturel, on souhaite faire fouiller par des profs ou des flics les cartables à l'entrée des dites écoles, des fois qu'il y aurait des vélos cachés à l'intérieur.
Omar Bongo, l'ami de la France, pas malade pour un sou, va rejoindre le club très fermé des chefs d'État lyophilisés, Franco, le pape, Fidel Castro etc. Les puissants et leurs commensaux ne pipent mots pour cause d'élections européennes. Les électeurs impuissants mais potentiels s'en foutent, ils n'ont pas oublié le camouflet du référendum 2005. Le gloubiboulga socialo et le crêpage Aubry-Royal font glousser les radios. Julien Coupat joue toujours les " Masque de fer ".
Licenciements, délocalisations, misère : en rut. Pendant la crise, la curée continue. Cerise sur l'étron, le dégraisseur de profs, d'étudiants et de chercheurs, l'inénarrable Allègre, bloque la porte des ministères d'un peton ambitieux et rageur, avide de rejoindre la clique déjà fournie des apostats rosâtres.
Une semaine assez semblable donc aux précédentes en matière d'injustice, de lâcheté et de prédation cynique. Et - comme s'évertue à l'expliquer notre compagnon Jean-Marc Raynaud - prendre nos affaires en main relève plus que jamais de l'urgence.
_____________________________________________________________
|
|  Editorial du Monde Libertaire n°1554 du 30 Avril au 06 Mai 2009 | « Je ne l'ai pas dit », pourrait dire un ancien Premier ministre. Oh bien sûr il ne l'a pas dit. Il n'a pas donc déclaré : « Ca va péter, je le sens » mais quelque chose autour d'une situation prérévolutionnaire qu'il subodorait. Jouant les Cassandre aux pieds d'argile, histoire de glisser dans la conversation que tout ça c'est la faute à son ami le jogger fou !
Pas gentil le héros malgré lui du marécage de l'affaire Clearstream. Il aurait dû écouter le cogérant de l'équipementier automobilier Molex, séquestré la semaine dernière pendant 26 heures : « Tout cela est piloté de l'extérieur ! […] derrière tout ça il y a les centrales syndicales, à commencer par la CGT, et des éléments radicaux déconnectés de la réalité économique. » Nous voilà donc toutes et tous habillés pour l'hiver ! Diable, le monsieur a la vue basse et le discernement brouillé. Nous, il nous semblait qu'il y avait aussi dans le coup des syndicalistes de base, toutes boutiques confondues, bref des travailleuses et travailleurs qui n'avaient plus rien à perdre.
Le chef suprême des pouvoirs publics a décidé de karchériser les bandes en nous faisant croire que ce phénomène venait de sortir en rayon et qu'il allait y remédier. Exit apaches, blousons noirs et consort des siècles derniers ! Mettant les banlieues et le contresommet de Strasbourg dans le même sac, un projet de loi a été remis à Matignon. Il viserait tout simplement à interdire le port de toute capuche dans les manifestations! Même les syndicats de la police jugent que c'est tout bêtement inefficace…
Rêvons un peu. Comme le lendemain de la parution de ce Monde libertaire, le Premier Mai se promet d'être unitaire, il est permis de rêver. Imaginons donc tous les responsables syndicaux, à la fois par solidarité, mais aussi par dérision, défiler encapuchonnés, pour faire la nique à qui vous savez. Et pour crier comme, il y a des lustres, Spartakus « Je reviendrai et je serai des millions ! »
_____________________________________________________________
|
|  Éditorial du Monde Libertaire n° 1553 du 23 au 29 Avril 2009 | Pendant que les folliculaires font leurs choux gras à propos d'un sale gosse qui se prend pour le maître le l'univers, la soupe réservée aux producteurs de richesses de ce pays tourne au plus infâme des bouillons. Évacuons en deux coups de cuillère à pot un énième épisode de la politique spectacle car ça ne mérite pas mieux. Une bouffée délirante particulièrement sévère a conduit N. S. à se payer la fiole d'un certain nombre de chefs d'État étrangers. En vérité, ces dégoûtantes simagrées sont un rideau de fumée pour cacher le nombre grandissant de ceux qui dansent devant le buffet.
Du haut le coeur à la maladie, la marge est ténue. Le Parlement s'apprête à adopter définitivement la loi Bachelot. Or ce texte est un véritable bouillon d'onze heures en ce qu'il programme la disparition de la médecine hospitalière au profit d'une médecine livrée pieds et points liées au marché. La recherche compulsive de la rentabilité est une pathologie qui a pour effets désastreux de sacrifier la santé en vertu de l'imperium accordé au compte d'exploitation de l'hôpital.
Pas de quoi émouvoir Fillon, ce mec qui adore s'habiller en croque-mort. L'ex " gaulliste social " (d'aimables farceurs l'avaient paré de ce costume il y a quelques années) croasse pour " condamner les manifestations de violence dans les entreprises et appeler les partenaires sociaux au dialogue pour surmonter la crise. " L'homme du pays des rillettes aurait-il la tête dans le pâté ? C'est à croire, vu que les " partenaires sociaux " qu'il évoque et invoque sont tellement bourrés de narcotiques que les patrons peuvent roupiller tranquilles. Par contre, il est fort goûteux de voir les travailleurs se réveiller pour refuser d'être pris en otage par les salopards qui veulent les priver de leur gagnepain.
Puisqu'il est question de bectance, notons que le gouvernement s'apprête à diminuer encore l'Impôt sur la fortune (ISF) de près de 3 000 contribuables fortunés (les 5 % du haut du panier). Comment? En augmentant l'exonération de l'ISF de 50 000 à 100000 euros, pour peu que les avaleurs de gâteaux en question investissent directement soit dans une PME, soit via une holding spécialisée, soit via un fond de placement, dans un délai de… 30 mois. La page d'histoire dans laquelle nous sommes plongés est faite d'un furieux mélange de cruauté et de laideur. À la violence qu'exerce la capital sur le travail, se rajoute l'insoutenable lourdeur du paraître des puissants. Le printemps est là. Pensez-vous que sa seule présence suffira à nous apporter toute la sève nécessaire pour que nos vies soient enfin bonnes et belles ?
_____________________________________________________________ |
|  Édito du monde libertaire | Éditorial du Monde Libertaire n° 1549 du 26 Mars au 1er Avril 2009
Après les manifestations du jeudi 19, l'inquiétude grandit dans les diverses instances dirigeantes de notre bel Hexagone. Dans les allées du pouvoir on se demande comment canaliser le ras-le-bol de celles et ceux qui se voient traités comme des mouchoirs usagés. Il est vrai que les séquestrations de directeurs d'entreprises fleurissent ça et là comme à la belle époque. Ça fait chaud au coeur, même si cela ne fait qu'écorner la morgue patronale. La patronne des patrons, Laurence Parisot a eu beau dire qu'on pouvait s'en sortir, tout le monde aura compris que les sphères des " décideurs ", sont les seules concernées.
Ce qui agite aussi ce que l'on nomme les observateurs sociaux, c'est que la population qui, enfin, rue dans les brancards, vient de plus en plus du privé. Moins de fonctionnaires qui, peu ou prou, sont influencés par les réflexes syndicaux. Ce qui a ses bons côtés organisationnels mais qui émousse parfois la spontanéité, conduit à tempérer les ardeurs combatives... Ce qui nous amènent à constater que les directions syndicales des diverses boutiques ne regardent pas avec une extrême sympathie toute cette colère salariale qui n'a que faire des carrières bureaucratiques !
Dans les discours, " face à l'intransigeance du gouvernement " toutes les confédérations appellent à la lutte, pour amplifier mobilisations et initiatives. Fort bien, mais pour d'autres grèves ça ressemble à des calendes grecques. Le communiqué unitaire (CFDT, CFTC, CGT, FSU, Solidaires, Unsa…) se bornerait-il à fixer un rendez-vous pour le 30 mars, au lieu d'entraîner une résistance syndicale unitaire et combative ?
Pourtant au niveau de l'Élysée, ça semble branler dans le manche. Même dans le camp présidentiel, d'aucuns trouvent que la notion de " bouclier fiscal " n'est pas à l'ordre du jour. Au lieu de profiter de la brèche, le monde syndical représentatif cherche surtout sa survie administrative. Un mouvement social qui changerait les données actuelles est à venir, mais nul ne peut le prévoir. Ni rapaces, ni grands timoniers, les militantes et militants libertaires sont présents dans les luttes quotidiennes. OEuvrant à la base pour voir plus loin, pour un autre futur.
_____________________________________________________________
|
|  Édito du Monde libertaire | Éditorial du Monde Libertaire n° 1548 du 19 au 25 Mars 2009
Il y a plus de trente ans, après ce que d'aucuns appellent " les événements de la fin des années 1960 ", l'espoir était fort dans la militance anarchiste qui oeuvrait dans le mouvement syndical. Les désillusions allaient venir, mais on allait de l'avant tout en discutant sur l'avenir du mouvement social. Par exemple, quand on comparait la question des sous, on notait dans les différentes boutiques syndicales des " disparités ".
Dans la CFDT, pour ne pas la nommer, les syndicats envoyaient la soudure à la confédération qui redistribuait ensuite. Alors qu'à la CGT les structures syndicales géraient elles mêmes leurs finances… Pourquoi égrener ces souvenirs ? Parce qu'en ce début du XXIe siècle, la centrale de Montreuil a renchéri sur l'exorganisation du square Montholon. Donc, dans la majorité des syndicats dits représentatifs, quiconque ruera trop dans les brancards sera, dans les faits, bâillonné. Plus de finances, plus d'expression écrite, plus de journaux syndicaux oppositionnels, donc plus de débat.
Malgré les discours, il semble bien que le syndicalisme " reconnu " n'ait plus besoin de militantes et de militants, mais juste de gens qui cotisent. On me dira que c'est dans la réalité depuis des lustres, mais là, l'afflux de couleuvres dépasse le minimum syndical ! La journée intersyndicale grèves-mobilisation du 19 mars peut être vue comme un défouloir soigneusement bridé, la colère ouvrière devant s'arrêter avant les négociations !
Pourtant, quand on écoute ce qui se dit à la base de la CGT, Bernard Thibault est voué aux gémonies, pour ne pas dire plus. Déclarer que l'éclatement gronde ici et là est peut-être exagéré, mais les ronds de cuir du syndicalisme vont avoir chaud aux fesses. Le nerf de la guerre, les cotisations syndicales auraient de plus en plus de mal à arriver à la porte de Montreuil. Pourtant, comme le disait dernièrement un sociologue sur les étranges lucarnes, " on a cru avoir affaire à des salariés apathiques, on risque de s'apercevoir que ce n'est pas le cas ".
Quid des syndiqués, de celles et ceux dont les entreprises licencient tout en engrangeant des bénéfices ? Alors, " syndicalisme du front du refus " ou " syndicalisme d'accompagnement du libéralisme économique ", le choix ne peut se limiter à ces problèmes. Car si le syndicalisme doit servir à construire une autre société, cela ne doit pas passer par " un partage équitable " entre permanents syndicaux. Saurons-nous dépasser les patriotismes de boutiques pour l'unité dans les luttes ? Là est toute la question.
_____________________________________________________________ |
|  Édito du Monde libertaire | Éditorial du Monde Libertaire n° 1547 du 12 au 18 Mars 2009
Sexe, mensonges et vidéo, voilà bien les nouveaux moteurs de la politique. Mises en scène de la vie privée, déballages de frasques, obsession de la plastique, la presse aux aguets traque - avec le plus souvent la complicité des intéressés - le moindre bouton de fièvre sur la gueule de nos vedettes politicardes. Ceux-ci, lors de leurs shows médiatiques nous assènent, éhontés, des mensonges aussi gros que leur démagogie.Leurs mentors, les maîtres de l'économie, utilisent ces zouaves pathétiques pour mieux nous exploiter et nous asservir.
Après avoir pressuré les États pour compenser les pactoles que la main invisible du marché, censée réguler par magie les flux de capitaux, a détournés vers les poches des plus malins d'entre eux.Nos experts, ceux-là mêmes qui depuis des décennies ont pris la tête du troupeau pour l'entraîner inexorablement vers le gouffre actuel (se servant généreusement au passage), espèrent nous faire croire qu'en rajoutant une pincée d'éthique et trois brins de contrôle nous pourrons entamer une nouvelle ère de prospérité. Ils nous promettent le meilleur des monde.
La réalité est toute autre : Leur capital, surévalué exponentiellement par leurs spéculations, redescend vers des valeurs plus en adéquation avec ce qu'il représente. Pour limiter la casse et éviter que leurs revenus et leurs bénéfices ne suivent la courbe plongeante du cours de leurs actions en Bourse, ces salops ne trouvent pas de meilleurs solutions que les licenciements en masse et le chômage technique. Il est loin le " travailler plus pour gagner plus ". Le nouveau slogan à la mode serais plutôt : " vous avez trop travaillé et trop produit, allez voir ailleurs si j'y suis ". La valeur des entreprises du CAC 40 a perdu plus de 40 % en un an. Les dividendes, eux, n'ont baissé que de 20 % et les bénéfices que de 2 %! Où est l'éthique des marchés ? Les plus pauvres payent pour les conneries des plus riches, tout en leur laissant les rênes de l'économie.
Ce meilleur des mondes est sens dessus dessous. Les entrepôts sont pleins et les producteurs n'ont pas les moyens de se payer leurs propres productions. Nul doute, si nous gérions nous-mêmes, directement, les ressources à disposition sur notre planète, en récupérant les outils de travail que ces salops ont accaparés, nous pourrions enfin répartir équitablement nos richesses en instaurant la liberté pour tous et l'égalité économique. On ne bâtit rien de bon sur des fondations pourries, alors extirpons-les et commençons à bâtir, ensemble, notre cité idéale.
|
|  Édito du Monde Libertaire | Éditorial du Monde Libertaire n° 1546 du 05 au 11 Mars 2009
3000 chômeurs de plus par jour, 550000 d'ici la fin de l'année selon les chiffres traficotés du Pôle-emploi. 2,8 milliards d'euros perdus pour la Sécurité sociale, du fait des exonérations de charges patronales sur les heures sup., bénefs astronomiques de Total, de la BNP et autres gras requins. Ne dites pas " leurs seigneuries risquophiles et entrepreneuriales licencient à tour de bras, la bonne aubaine cette 'crise' ". Ânonnez plutôt comme le " spécialiste " en poste à Radio Paris (France Inter quoi) : " On réajuste la masse salariale " réajuste ! Masse salariale ! On voit où il place la justice et la répugnante masse, celle des risquophobes mous du cerveau, des gueux que nous sommes. Et DSK, sa turgescente- Suffisance-voyageuse, de déclarer, droit dans ses bottes, que dans tous les pays qu'il honore de sa visite, l'économie de marché n'est pas remise en cause… Toute cette prétendue moralisation du capitalisme est très francofrançaise…
Circulons donc, y'a rien à voir. Au reste, comment faire semblant d'avoir confiance en ces donneurs de leçons, ces maîtres à penser et à dépenser, quand ils prétendent " corriger " le monde du capital. Ceux-là mêmes, Sarkozy le premier, qui, il y a deux ans, nous considéraient comme des rabougris du bulbe si l'on ne se jetait pas à porte-monnaie perdu dans le monde enchanté des subprimes ou de la propriété immobilière.Dans tout ce pathos, le temps est comme suspendu, les gens transis, serrés comme des allumettes dans leur boîte, frileusement au coude à coude, attendent angoissés les retombées d'une crise qu'on leur prédit, longue, douloureuse, à peine commençante. Côté opposition pour rire, après Kouchner, Besson, c'est Jackie, la mauvaise Lang, qui rejoint les troupes du Frénétique pour le représenter à Cuba.
Démocratie, République, Foire d'empoigne et titatas. Des qui restent pas les deux pieds dans le même sabot, c'est les aminches de l'autre côté de la grande mare. Quand vous lirez ces lignes, où en sera la juste lutte antillaise ?
Hypocritement réduite par nos exécrables médias à une simple demande d'augmentation salariale de 200 euros, chipotée par le Medef, cette vraie grève générale de 45 jours exige beaucoup plus : reconnaissance, droit au syndicalisme, éradication du pouvoir des nantis ; elle remet en avant la toute simple lutte des classes. Un vaste programme qui pourrait être celui des peuples des autres continents, de l'Europe et de notre petit microcosme hexagonal. Ça vous a pas frappés? Mercredi la radio dévoile : 83 % des gus sont favorables à la grève antillaise. Dès le lendemain, elle nous glisse en passant, l'air de ne pas y toucher, que 51 % du bon peuple de Franchouillie serait favorable à leur indépendance. J'ai comme l'impression qu'on nous souffle une solution, pas vous?
_____________________________________________________________
|
|  Édito du Monde Libertaire | Éditorial du Monde Libertaire n° 1545 du 26 Février au 04 Mars 2009
Il est infiniment juste et salutaire que les travailleurs de la métropole ressentent une profonde empathie pour leurs frères antillais en lutte. Pareillement organiser ou participer à des manifestations de soutien à nos camarades ultramarins relève d'un réflexe de classe tout à fait naturel. Mais une nécessité ne doit en aucune manière en occulter une autre. À savoir que la meilleure manière de contribuer à la réussite de la réussite de la lutte vigoureuse des exploités des Antilles consisterait à se battre ici et maintenant pour faire aboutir nos propres revendications d'autant plus qu'elles possèdent un certain nombre de dénominateurs communs. Malheureusement, à ce jour en tout cas, nous n'en prenons pas le chemin.
Avoir un cœur gros comme ça, briller dans le registre de l'indignation (versus " offensif " de la déploration), exceller dans le domaine de la dénonciation des injustices ne vaut qu'à l'aune des moyens collectifs que l'on se donne pour ne plus être à la remorque des anesthésistes patentés des luttes. Ici nous distinguons plus particulièrement les centrales syndicales " historiques " et tant pis si cette réaffirmation manque singulièrement d'originalité.
Il n'est pas indispensable d'être un haruspice pour prédire la chose suivante : si d'ici peu de temps tous les floués du capital et de l'État ne font pas voler en éclat le diptyque " journées d'action puis pseudo négociations ", alors il s'ensuivra qu'un vaste conglomérat regroupant les ennemis des travailleurs et leurs faux amis s'efforcera de dévoyer la colère sociale dans la direction de l'impasse des élections (européennes en la circonstance).
Certes rien n'est jamais irrémédiable ou irréversible, n'empêche (pardon pour la lapalissade), chaque recul oblige, de partir de plus loin toutes les fois que l'on veut réenclencher la marche avant. Aller vers le progrès ? Tiens c'est justement le leitmotiv hululé par les adorateurs du marché à propos de l'agriculture…également.
Profitant de la tenue du Salon consacré aux professions qui vivent (ou survivent !) de cette activité, le VRP multicasquettes N. S. récite un discours rédigé par les barons de l'agrobusiness. L'immense majorité des personnes pense, à juste titre, que la santé passe aussi par nos assiettes, inversement un âne peinturluré en vert pour l'occasion brait que celle du portefeuille de Monsanto et autres empoisonneurs des humains et de leur environnement doit primer sur tout. Le doute n'existe plus, il y a vraiment des riches cons.
_____________________________________________________________
|
|  Edito du ML | Éditorial du Monde Libertaire n° 1544 du 19 au 25 Février 2009
Il paraît que des membres du gouvernement sont fatigués, voire désemparés. Que fait le petit timonier ? Reculerait-on dans l'entretien physique nécessaire pour bien tenir les rênes de la Nation ? Décidément les élites issues de l'Éna ne sont plus ce qu'elles étaient. De plus, les effets d'annonces du locataire, au double salaire, des beaux quartiers ne fait plus trop recette dans l'Hexagone, sans parler de nos départements des îles.
La ministre de l'Éducation inaugure la nouvelle université de Strasbourg sous protection rapprochée, le secrétaire d'État à l'Outre-Mer revient à Paris pour avouer son incompétence… Celui que des médias persifleurs appellent maintenant le " président du pouvoir d'achat " a du mal à reprendre son souffle. Et sa dernière prestation télévisée, même dans son camp, n'a pas été jugée de la meilleure eau. Des scribouillards patentés avancent même qu'il jouerait avec les syndicats au " poker menteur ". Où est l'arnaque?
Tout ceci peut faire sourire, mais cela ne présage rien de bon pour une mobilisation qui devient urgente. Car si on a bien compris, les boutiques syndicales s'en remettent à fin mars pour espérer un autre monde plein d'espérances. Sale temps pour les dernières nommées. Pourtant, c'est quand la bête, l'ennemi de classe, accuse la fatigue qu'il faut faire monter la pression. On a pu, a posteriori, critiquer les accords de Grenelle de 1968. Mais en ce temps-là les confédérations étaient poussées au cul par des millions de travailleuses et de travailleurs en lutte. À croire qu'en ce moment, entre la Saint-Valentin et les sports d'hiver, tout le monde ferait le dos rond.
Pourtant, les diverses gazettes l'évoquent fortement: " Crise ou pas, les profits sont là. " La société Total annonce 14 milliards de gains pour 2008. De quoi mettre plus d'une pièce dans le bastringue. Questions libertés quotidiennes, on se laisse aussi bouffer. Un vendeur de l'Humanité, dimanche dans le 18e arrondissement à Paris, marché Dejean, a été gratifié d'une amende de 172 euros pour " vente sans autorisation ". L'affaire est encore en cours… Celles et ceux qui posent " n'importe où " des autocollants de la FA ont intérêt à compter leurs abatis comme les mêmes qui pratiquent assidûment la vente à la criée de leur hebdomadaire favori. Un seul mot,
résistance !
_____________________________________________________________
|
|  Édito du ML | L'éditorial du Monde Libertaire n°1541 du 29 au 04 Février 2009
On sait pas comment c'est pour vous mais à la rédaction on sent comme une chape de surveillance et de punition. Qu'on en juge: un élu socialiste (si, si…) de l'Essonne, – Vals pour bien le nommer – peut proférer sans rire sur les ondes de Radio-Paris-France-Inter, on cite de mémoire : « Je suis attaché au service public mais quand même c'est pas possible ce syndicat irresponsable qui paralyse les transports et prend les usagers en otage, etc.. » Un autre élu – UMP celui-là – vend une grosse mèche, évoquant les tricheries habituelles permises par le vote électronique… Rassurant, quand on sait que bien des régions veulent généraliser ce mode de scrutin lors des élections, et de quoi asseoir définitivement nos idées sur la nullité de la « démocratie représentative ».
Agnès Boutillon, grinçante pimpesouée chargée de distiller la voix de son maître sur la même radio, peut sans se cracher dessus annoncer fièrement, à propos des négociations entre gouvernement et syndicats sur le chômage, que ça a assez duré et que Nagui Bocsa va « siffler la fin de la récréation ». Le même sinistre sire, dans son titata télévisé de mauvaise année s'était vanté de « faire passer » en 2009 telle ou telle loi, omettant de dire au passage que c'est encore à son parlement-croupion de le faire.
Darcos supprime des milliers de postes de profs mais veut embaucher cinq mille précaires pour fliquer les mômes qui font l'école buissonnière. On prêche inlassablement la haine du jeune, du syndicat, du fonctionnaire, On brocarde le Droit du travail. Obama, le sauveur noir de la démocratie blanche va mettre un an à virer 250 taulards de Guantanamo. À ce train-là, il sera mort avant d'avoir pu dégager d'Irak ! On nous invente du terrorisme à tous les coins de gare, mais on apprend incidemment que Julien de Tarnac a été dénoncé par un mythomane récidiviste connu des flics pour ses dénonciations maladives, répétées et infondées…
Il est temps de supprimer enfin les juges d'instruction, sinon la thèse MAMelue de la conspiration ultra-gauchiste va définitivement sombrer dans le ridicule. On a beau se répéter comme Patrick McGoohan: « Je ne suis pas un numéro », une grosse boule molle nous bloque le gosier. Et pourtant, dans cette brume de réaction galopante, ça craque un peu partout, en Grèce, en Guadeloupe, chez les chercheurs, les hospitaliers, tous ces gens, pressurés, menacés, bafoués, calomniés qui se cabrent, bloquent, contestent, débrayent, se foutent de la sainte croissance, bref reprennent leurs affaires en main. Ce que nous allons faire nous aussi.
|
|  Édito du ML | L'éditorial du Monde Libertaire n° 1540 du 22 au 28 Janvier 2009
L'atrabilaire foutriquet que d'aucuns nomment l'omniprésident a déclaré à son entourage (propos rapportés par Le Canard enchaîné) qu'il resterait " zen " en 2009. Propos insensés évidemment quand on sait que ce troll est possédé par des Troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Dernière manifestation en date de la pathologie qui affecte ce très inquiétant personnage, une tirade incendiaire sur " les cheminots de Saint-Lazare qui ont pris les usagers en otages ", tirade doublée d'invectives et de calomnies pour condamner Sud Rail, syndicat qui fait honneur à la classe ouvrière de ce pays. Nick le bavard aurait dû tourner sept fois sa langue dans sa bouche si l'on songe que le bravache bramait la chose suivante il y a seulement quelques mois : " aujourd'hui quand il y a une grève dans ce pays personne ne s'en aperçoit ". Conclusion : si ce nombril doté de la parole veut rester " zen ", le plus sûr moyen d'y parvenir sera de puiser dans la pharmacopée pour y trouver des puissants sédatifs.
Une autre gueule d'empeigne, nous nommons ici Hortefeux - l'ex-ministre des expulsions - se rendra compte sous peu que faire face à des millions d'hommes et de femmes qui ne veulent pas être sacrifiés sur l'autel du capital est un exercice autrement périlleux qu'ajuster des coups de tonfa sur le crâne des sans-papiers en vue de les expulser. Ces tristes sires regretteront bientôt que des généticiens dévoyés n'aient pas réussi à cloner à grande échelle François Chérèque le jaune, car si tel avait été le cas, patrons et gouvernements battraient des mains, ravis qu'ils seraient de voir leurs chimères apposer signature au bas de tous les accords torchons qu'ils leur tendraient.
Le paysage hexagonal est sombre, néanmoins de belles lueurs d'espoir pointent à l'horizon. Si la classe ouvrière ne croit plus aux improbables paradis promis par des curés avec ou sans soutane, elle est encore moins disposée à subir la lente descente aux enfers que lui préparent les patrons et leur bras séculier : l'État.
Le vingt janvier, de l'autre côté de l'Atlantique, une main sur le coeur et l'autre sur la Bible, Obama aura juré de servir loyalement l'Amérique. Les médias feront assaut de dithyrambes. Moult glandes lacrymales s'épancheront à la vue de ce quasi " prophète " couvé des yeux par Wall Street et tous les nombreux lobbies qui campent à Washington ; sans oublier l'énorme clan militaro-industriel qui a si bien aidé les assassins à la tête de l'État hébreu à ensevelir sous des tapis de bombes les Palestiniens de Gaza.
_____________________________________________________________
|
|  Édito du ML | L'éditorial du Monde Libertaire n° 1539 du 15 au 21 Janvier 2009
Pendant qu'un froid cinglant paralyse nos infrastructures, c'est le froid glacial de la mort qui terrorise les habitants de la bande de Gaza. Encore une fois les combattants professionnels de Tsahal prétendent oeuvrer pour la paix en massacrant indistinctement leurs homologues du Hamas et les civils - hommes, femmes, enfants et vieillards. C'est la guerre !
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale certains crurent possible de rendre la guerre acceptable à condition qu'elle respecte certaines règles. Ils définirent certains crimes de guerre, comme si la guerre elle même n'était pas un crime contre l'humanité ! Aujourd'hui, avec les guerres sur les cinq continents, de l'Afrique, à l'Europe du nord, en passant par le Moyen-orient ou l'Asie, ces règles ne sont plus respectées. Bombarder des écoles ou des hôpitaux, terroriser les population civiles en les massacrant ou en les affamant, est devenu pratique courante. Cela prouve que l'idée même de la guerre est inacceptable. Peut importe qui est l'agresseur et qui se défend. Que ce soit dans une armée nationale au service d'un État, ou dans une milice au service d'une organisation centralisée, nul ne devrait s'asservir au profit d'autrui. Accepter de tuer sous les ordres d'un chef, c'est s'exclure de l'humanité. C'est pourquoi il faut abolir toutes les armées. Elles sont une menace à l'ordre public plutôt qu'un garant de la paix.
L'enjeu de la guerre est la domination et l'exploitation. Si le Hamas aujourd'hui est l'ennemi à abattre de l'État d'Israël, nous n'oublions pas qu'il fut, en son temps une arme utilisée par ce même État contre le Fatah de Yasser Arafat. Tout comme les fanatiques islamistes afghans furent utilisés par les États-Unis pour contrer les Russes en Afghanistan.
Il n'y aura pas de paix dans le monde tant que certains chercheront à dominer et exploiter les autres. Derrière toutes les guerres se cache la guerre des classes, plus sournoise mais tout autant meurtrière. Et chez nous cette guerre fait rage. S'il paraît naturel aux salops qui nous gouvernent de mettre à la disposition des banquiers des milliards d'euros pour qu'il fassent tourner leur business, il est pour eux inconcevable d'augmenter le budget des hôpitaux…
Nicolas de Naguy Bocsa, dans sa quête de contrôle absolu veut supprimer les juges d'instruction, monopolisant de ce fait le droit d'enquête aux mains du seul pouvoir exécutif. Il faut dire qu'une fois leurs carrière politique mise en sommeil, nos politicards se reconvertissent plus souvent en conseillers aux émoluments faramineux qu'en médecins urgentistes !
_____________________________________________________________
|
|  Édito ML | Édito du Monde Libertaire n° 1538 du 18 au 24 Décembre 2008
On continue. Remaniement ministériel en forme de chaises musicales, dans l'indifférence générale. Déferlante de fermetures d'entreprises, de plans sociaux, de chômages techniques. La crise tombe à pic pour les patrons miltonniens - ils ont bien appris à l'école néo-sauvage-libérale de Chicago :salaires en moins égale dividendes comaques pour les gras actionnaires.
100000? 400000?pauvres dorment dans la neige, le DALO est à l'eau et la Boutin avale son boulier. La chasse aux " terroristes " bat son plein, toujours plus technique, toujours plus performante, toujours plus paranoïaque ! La longue mise en scène tarnacienne de MAM, inspirée ou non des services de renseignement de " puissances amies " et qui a employé des centaines de flics pendant plus d'un an, pour traquer les ultrasépiciers-anarchistes-de-gauche, est un risible bide. Maigre consolation, ça propulse les ventes de votre journal favori.
En Sainte Europe Unie, on conchie - le petit doigt en l'air - les restes de démocratie et les référendum mal votés. On renfloue à titre quasiment gracieux des banques qui se font du beurre en refourguant l'oseille aux particuliers à des taux bien confort. Notre sauveur autoproclamé, le prince du titata, va p'têt'ben être sacré " Européen de l'année ". Défense de glousser ! Ça continue, mais ça se fissure aussi.
Le capitalisme considéré comme fin de l'Histoire, ce gros pâté de prise de tête, vacille dans sa gélatine. Il y a comme un parfum d'espoir dans l'air. En notre beau pays des droits de-l'Homme-et-du-Rentier, les parents, les enseignants, les lycéens, ripostent au sabrage de l'école, et c'est parti pour durer, même si le ministre et sa com' en étouffent les échos.
Les dockers de Marseille bloquent depuis des jours des centaines de tankers au large du port empêchant toute livraison de pétrole, dans le parfait silence de la presse sauf l'Huma, des radios, des télés.
Mais il y a mieux, car le soleil se lève en Grèce. Le peuple, les jeunes, les étudiants, les pauvres se groupent un peu partout et font connaître bruyamment leur juste colère face aux privatisations, aux pots de vin, au laminage des retraites. Un Fabrice Druelle, vice-collaborateur en chef à France-inter (Radio-Paris quoi !), évoquant sournoisement les émeutes de Clichy de 2005, n'y voyait en début de semaine qu'une échauffourée de jeunes hellènes des banlieues mal élevés.
Mais il s'agit bel et bien de l'éveil du bon sens populaire, d'une révolte trop longtemps retenue face à la cynique insolence des riches et des puissants de tous bords. En Grèce comme ici et dans le monde, on discerne la lumineuse clameur des luttes dans la rue et dans les entreprises, organisées d'instinct par les gueux qui se moquent des urnes, des centrales et des partis.
_____________________________________________________________ |
|  L'humain, engin explosif à potentialité létale | Le Monde Libertaire n° 1538 du 18 au 24 Décembre 2008
Depuis plusieurs mois, Mme Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, renoue avec la vieille antienne de la menace anarchiste. Ah! Gouvernements, flics, militaires, curés, nantis, si vous saviez combien nous aimerions vous faire trembler! Mais vous savez bien que les temps ont changé. Jadis, votre certitude tranquille vous aurait valu une bombe dans les pattes, ou une balle dans le buffet. Aujourd'hui… Comme beaucoup d'autres, je n'oserais pas. Parce que je redoute vos commissariats et vos prisons, entreprises de dévastation réglementaire, autres unités d'horreur ordinaire et, hélas, banale. Parce que, surtout, l'expérience a montré que c'était inutile et finalement néfaste. Néfaste pour nous, d'abord. Et puis, le vieux Lecoin avait raison: on ne bâtit rien de beau sur les cadavres. La preuve autour de nous.
D'une certaine manière, vous avez eu cette chance qu'au cours de votre longue histoire, déclinaison de toutes les façons possibles de dépouiller et de malmener, quelques braves têtes brûlées se sont permis de venir éclaircir vos rangs. Vous avez compris vos faiblesses, et renforcé votre armure. Deux guerres mondiales plus tard, et un nombre incalculable de saloperies diverses dont nous nous efforçons - c'est bien le moins - de rendre compte, le pouvoir et l'argent, éternels et invincibles siamois, ont puisé dans les ruines de quoi atteindre des proportions vertigineuses.
Dernier coup de force des intrépides soldats de l'ordre, la capture d'une dizaine d'individus, soupçonnés d'avoir fomenté et exécuté les sabotages que l'on sait sur le réseau ferré français mais seulement convaincus, pour l'heure, d'avoir des saines et subversives lectures et, pour plusieurs d'entre eux, d'avoir fait revivre un village à l'abandon - seule propagande par le fait dont on puisse être sûr. Le soutien ne s'est pas fait attendre, au départ de nos rangs et pas seulement. C'est bien.
Je voudrais profiter de l'événement pour parler de quelques autres, qui connaissent les mêmes déboires, sans doute pour les mêmes raisons et qui, me semble-t-il, ont été laissés de côté dans notre saine et légitime indignation. Il s'agit d'Ivan, de Bruno, Damien, d'Isa, de Farid, et Juan.
Les trois premiers ont été interpellés le 19janvier 2008 aux abords du centre de rétention de Vincennes, alors qu'ils essayaient de rejoindre les manifestants qui protestaient contre le sort fait aux sans-papiers. À bord de leur véhicule, un fumigène artisanal composé de chlorate de soude, de sucre et de farine, ainsi que des pétards et des crève-pneus (clous tordus). Bref, du matériel peu important et relativement ordinaire, qui devait témoigner auprès des prisonniers de la réalité de la mobilisation et du soutien. La réponse judiciaire ne s'est pas faite attendre: " Transport et détention, en bande organisée, de substance ou produit incendiaire ou explosif d'éléments composant un engin incendiaire ou explosif pour préparer une destruction, dégradation ou atteinte aux personnes; association de malfaiteurs en vue de commettre un crime de destruction volontaire par l'effet d'un incendie, d'une substance explosive ou de tout autre moyen de nature à créer un danger pour les personnes, commis en bande organisée. "
Placés en garde-à-vue, Ivan, Bruno et Damien ont refusé de se prêter aux prises d'empreintes digitales, aux photographies anthropométriques, et aux prélèvements ADN, ce qui leur a valu les chefs d'inculpation ad hoc, et n'a pas empêché les flics de se servir sans leur consentement. Ivan et Bruno ont été incarcérés, Damien laissé en liberté sous contrôle judiciaire.
Isa et Farid ont été arrêtés par les douanes à Vierzon, le 21 janvier 2008, en possession de chlorate de soude et de plans de la prison pour mineurs de Porcheville, ainsi que de manuels de sabotage. L'ADN d'Isa, prélevé contre son gré au cours de sa garde-à-vue, correspondrait à celui recueilli sur un engin incendiaire placé sous une voiture de police, à Paris, en mai 2007. On se souvient qu'à l'époque, la victoire de Nicolas Sarkozy avait été suivie, un peu partout en France, de manifestations spontanées plus ou moins importantes. La direction de la police nationale avait alors immédiatement évoqué " des actions provenant des mouvances anarchiste, autonome et d'extrême-gauche protestant contre le résultat du second tour de la présidentielle. " Isa et Farid ont été écroués sous mandat de dépôt avec la mention " détenu particulièrement surveillé " ou " détenu à haut risque ". En juin 2008, Juan, le frère d'Isa, était interpellé à son tour et directement incarcéré: son ADN aurait également été identifié dans l'affaire de la voiture piégée de mai 2007.
Les deux " affaires ", restées distinctes, se rejoignirent grâce à l'entregent de la Section antiterroriste de Paris. Damien, qui avait été interpellé à Vincennes et laissé en liberté surveillée, était convoqué pour le 14août 2008 par une juge antiterroriste, dans le cadre de l'instruction sur la supposée " Mouvance anarcho-autonome francilienne ". Les experts prétendaient avoir recoupé son ADN avec l'un de ceux relevés sur l'engin incendiaire en mai 2007. Le lien était établi.
Damien, qui savait le sort qui lui serait réservé, a choisi de répondre à la convocation. Il a depuis été écroué. Bruno, lui, n'a pas supporté la vie sous surveillance policière, et a préféré la cavale. Tous deux ont expliqué leur choix dans une lettre ouverte et, loin de s'opposer, chacun a bien marqué sa totale et entière solidarité avec son compagnon d'infortune. Voilà qui donne à réfléchir. Réfléchir, non pas aux faits qui ont conduit les autorités à capturer Ivan, Bruno, Damien, Isa, Farid, Juan et à instruire leur futur procès sous l'inculpation fourre-tout de menées terroristes. S'ils assument leur militantisme et leurs pratiques d'action directe non-violente, tous démentent cependant avoir tenté de faire exploser le véhicule policier en mai 2007. C'est à noter. N'oublions pas que la chronique judiciaire ne manque pas d'exemples où les forces répressives ont fabriqué les " preuves " d'une culpabilité, et que les éléments dégagés par l'analyse de l'ADN ne sauraient être qualifiés d'indiscutables, dès lors qu'il se trouve des êtres humains - faillibles par nature - pour les recueillir, les interpréter et éventuellement les manipuler.
" Innocents " ou " coupables ", devons nous commencer par étudier l'alternative, peser le pour et le contre, instruire, voire trancher la question? Ce serait alors raisonner en fonction de la loi, qui reste l'expression absolue de l'autorité et, par-là même, l'entrave élémentaire au libre épanouissement des êtres. On sait bien que ce qui est légal n'est pas forcément ce qui est juste, et c'est là l'une de ces notions fondamentales qu'il faut garder en tête et répéter, à notre époque où la propagande sécuritaire tanne les coeurs en tâchant d'y loger les réflexes du procureur et du juge, envers nous-mêmes, envers nous autres.
La violence, sujet avec lequel nous entretenons un rapport complexe (les bombes de Ravachol mais aussi le pacifisme de Lecoin), fait partie intégrante de notre mouvement, et il serait tout aussi imbécile de la rejeter vers de lointaines périphéries historiques que d'en tirer, après coup - et souvent en toute sécurité - une vaine gloriole. En revanche, on peut faire remarquer qu'à toute violence inégale, il y a celle du désespoir mué en rage farouche, et celle dictée par le cynisme des puissants.
Laquelle est jugée? Laquelle est condamnée?
À l'heure où l'on nous gave de chroniques judiciaires, où l'on prête aux victimes des revendications qui servent surtout les intérêts politiciens et les visées électoralistes, où ce populisme pénal menace de polluer notre esprit de solidarité… gardons l'esprit clair.
Quoiqu'Ivan, Bruno, Damien, Isa, Farid, Juan aient fait, leur place est parmi nous car ils sont des nôtres. Si nous avons à discuter et à débattre avec eux, même vivement, c'est entre êtres libres, sans entraves, ni barreaux ni portes de prison. Disons-le, et aidons-les.
Quant à la logique judiciaire et pénale, méprisons-la. Après tout, les magistrats et ceux qu'ils servent, restent nos obligés: les opprimés s'abstiennent, jusqu'à présent, de répondre coup pour coup.
A. S.
Un excellent dossier est disponible sur l'Internet à l'adresse suivante : http://infokiosques.net/ mauvaises_intentions. On y découvrira, entre autres, les très intéressants textes écrits par certains inculpés dont il est question plus haut.
_____________________________________________________________ |
|  Édito du ML | Éditorial du Monde Libertaire n° 1537 du 11 au 17 Décembre 2008
Qui n'a pas ricané in petto ou bruyamment en contemplant les pitreries du mini-duce qui régimente quasiment tout dans la Botte italienne ? La gauche, parlementaire ou pas, ne surnage pas trop et le mouvement social semble endormi. C'est du moins ce que les médias, les tristes lucarnes en tête, veulent nous mettre dans le crâne. Pourtant, il suffit (sic) de lire les derniers Monde libertaire pour s'apercevoir que ça bouge.
Pas de ça chez nous, disent la majorité des habitants de l'Hexagone. Pourtant, entre les unes des magazines et les invités dans les radios et diverses télés, ça sent la main de son maître. Le dernier coup de poker du joggeur énervé est d'avoir fait entériner par l'Aquarium la nomination du patron de FranceTélévisions par le président de la République. Poutine, Berlusconi, Sarkozy, même combat, on s'en approche bigrement. On reviendrait même au temps du général De Gaulle quand le gouvernement contrôlait presque tout. La grosse différence est la montée du chômage et qu'on ne voit pas venir ce que l'on a appelé les " événements de 1968 ".
La police de la pensée est en marche, la " marchandisation " des oeuvres de l'esprit itou. On en oublierait presque que le locataire de l'Élysée aime beaucoup les États-Unis, leur dynamisme, leur quasi-absence d'idées de progrès, leur médecine pour les riches et on en passe. Nous on n'a pas eu un 11 septembre, mais le 11 novembre nous a suffi. Les médias à la botte ont couru, le spectacle et la désinformation aussi, triste société. Va falloir épurer nos bibliothèques, camarades!
Pour en revenir aux États-Unis, il y a bien sûr ce que l'on aime, les anarcho-syndicalistes de Chicago (entre autre ceux de Haymarket), les Wooblies, le jazz, le blues… mais d'outre- Atlantique on nous envoie le bon comme le mauvais. Outre les idées piochées dans le Patriot Act, la crise bancaire, nous vient maintenant du " jamais vu " depuis trente-quatre ans. Des statistiques officielles annoncent que le taux de chômage est arrivé à 6,7 % le mois dernier. L'économie américaine a supprimé 533 000 emplois en novembre, " meilleur score " depuis 1974. Qu'en pense la ministre des Finances formée aux States ? Pour notre part, nous lutterons sur tous les fronts contre les logiques du profit capitaliste qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs.
_____________________________________________________________
|
|  Édito du ML | Éditorial du Monde Libertaire n°1535 du 27 Novembre au 03 Décembre 2008
On croyait pourtant que les duels n'étaient plus autorisés depuis Gaston Defferre… Les commentaires après la folle nuit de Solférino étaient, entre autres, pour " déplorer " que le Parti socialiste ne soit pas au côté des syndicats dans la bataille contre la privatisation de La Poste. On s'en passe fort bien et il n'y a sûrement pas que les anarchistes pour penser cela. Quoique nous ajoutons un plus de taille : tous les partis, les grands comme les petits (suivez mon regard) sont des parasites dans la lutte quotidienne pour un autre monde.
Le problème majeur est que nos diverses boutiques syndicales n'ont pas trop de stratégie autonome, s'appuient inévitablement sur le monde politique et contribuent de fait à l'aménagement du marché. Certes les manifestations contre le ministre de l'Éducation et de l'Enseignement, par exemple, font chaud au coeur mais quid du lendemain syndical ? Et c'est enfoncer une porte ouverte que de déclarer que " les divisions syndicales paralysent l'action ".
Comme le déclare l'historien Stéphane Sirot dans l'Humanité : " Les luttes existent, le mécontentement aussi, mais la difficulté est de créer un mouvement général." En effet cela ne se décrète pas, encore moins en appuyant sur un bouton. Nous rajouterons que l'apprentissage et l'exercice de l'autonomie syndicale ont encore du plomb dans l'aile. Il est vrai et regrettable que les dits responsables syndicaux ont autre chose en tête que l'avenir de la classe ouvrière. Les élections prud'homales, le rendez-vous électoral du 3 décembre occupent leur esprit. Mais peut-être pas pour les mêmes raisons que les syndicalistes de base. Pour les managers des structures représentatives cet événement sert de baromètre au poids syndical.
La force syndicale dans les entreprises ne dépendrait donc plus de la combativité sur le terrain mais plus d'instances hors de l'établissement qui se targueraient d'une " audience "? Environ vingt millions de travailleuses et travailleurs du secteur privé sont concernés, les prud'hommes étant le dernier recours contre le patronat quand l'organisation syndicale fait défaut. Sur plus de 15000 décisions rendues par an près de la moitié ont pour objet une rupture du contrat de travail.
Quand vous aurez ce Monde libertaire entre les mains on en saura plus sur les négociations à la SNCF. Le moins qu'on puisse dire est que l'unité syndicale n'est pas à l'ordre du jour.
Pourtant il faudrait bien songer à l'unité dans les luttes au lieu de faire le gros dos chacun dans son coin.
Un rayon de soleil ? À Bordeaux, samedi dernier, celles et ceux de La Poste ont défilé avec l'Enseignement, syndicats et parents confondus, et les usines Ford.
Comme quoi…
_____________________________________________________________
|
|  Édito du ML | Éditorial du Monde libertaire n° 1532 du 6 au 12 novembre 2008
Le culte de l'État providence pouvant pallier les incohérences d'un système économique basé sur l'exploitation, en toute liberté, par quelques-uns, de la grande majorité des habitants de notre planète, semblait être devenu une notion complètement désuète.
C'est pourtant bien ce credo que l'on voit revenir en ces temps de récession provoquée par le système capitaliste. Nos législateurs jacobins veulent nous faire gober que grâce à eux la masse monétaire subtilisée par les spéculateurs n'aura qu'un impact limité sur notre situation sociale. Il n'y a qu'à regarder les mesures que mettent en place ces salops, en prenant des airs de sauveurs suprêmes, pour s'apercevoir que ce seront toujours les mêmes qui trinqueront, ceux qui n'ont que leur force de travail à louer pour remplir leurs gamelles.
Après avoir offert des milliards aux banquiers, promis des exonérations en veux-tu en voilà aux patrons, notre bon saint Nicolas sort de sa hotte des mesures en faveur des employeurs. Au nom du pragmatisme, celui qui lors de sa campagne présidentielle fustigeait l'inefficacité des emplois aidés remet au goût du jour ce substitut des ateliers nationaux pour offrir au patronat de la main d'oeuvre bon marché.
Ce caméléon en profite pour sonner le glas des CDI en favorisant les CDD précaires qui, a-t-il dit à Rethel, sont plus appropriés à la situation actuelle. De l'emploi, il n'en est pas question dans les mesures annoncées, tout juste des p'tits boulots précaires comme ceux d'aide à la personne (autrefois appelés domestiques). Si nous nous laissons faire, le capitalisme va sortir renforcé de cette crise. Il aura forcé l'État à dégrader la situation sociale. C'est encore une bataille de la guerre des classes qui est en train de se jouer, et tant que les " citoyens " assujettis aux États ne s'émanciperont pas pour rompre le joug qui les attelle à cette institution créée par les bourgeois à leur seul profit, nous risquons de perdre bataille sur bataille. Le nerf de la guerre est entre les mains de l'ennemi, et si entre deux crises, il concède quelques réformes, il les gomme dès que ses profits sont en danger.
Créée, lors de la révolution de 1789, par les possédants pour s'émanciper de l'absolutisme de droit divin, la démocratie telle que nous la connaissons n'a fait que remplacer le culte à un dieu par un culte à la loi et à l'État. À nous maintenant de nous libérer de cette oppression en créant les conditions d'une révolution économique et sociale qui amènera l'égalité et la liberté à chacun.
_____________________________________________________________
|
|  Édito du Monde libertaire | Éditorial du Monde libertaire n° 1531 du 30 octobre au 5 novembre 2008
Toute personne honnête et lucide est en droit d'émettre des doutes si nous affirmons que les plus ignobles crapules peuvent énoncer des sentences possédant les apparences de la vérité. Vous en doutez ? Alors découvrez le constat que résume en une phrase Warren Buffett, le numéro un des milliardaires américains : " La lutte des classes existe, et c'est la mienne qui est en train de l'emporter."
D'aucuns - et le fait qu'ils soient nombreux ne change rien à l'affaire - pensent qu'au contraire le capitalisme est en train de vaciller et qu'il suffirait de peu pour précipiter son écroulement.
C'est oublier un peu vite que le capitalisme du désastre (configuration contemporaine de ce système) possède une faculté rare pour se régénérer grâce aux crises qu'il provoque et aux catastrophes climatiques dont il se repaît. Le capitalisme ne relève pas d'une loi naturelle, d'ailleurs, avec une jouissance particulière dans le ton, Buffett l'exprime explicitement. C'est bien le rapport de force entre exploiteurs et exploités, aujourd'hui en faveur du capital, qui est le facteur déterminant les conditions d'existence des uns et des autres sur notre planète. La volonté d'émancipation des travailleurs serait-elle exsangue ? Partir de ce postulat reviendrait à aller un peu vite en besogne, pour autant il est clair qu'une lourde chape de plomb pèse sur elle tellement les sédatifs ou narcotiques dont on la bombarde contribuent à entretenir un climat d'hébétude, de soumission, de résignation. Pour illustration de ce que nous affirmons, prenons le pays où le chef des sales cons nous prend tous pour des pov'cons, vous y verrez des médias se prosterner dévotement devant l'image de l'éternelle fiancée de Jésus, laquelle a cassé sa pipe après avoir bien bourré le mou des chiffonniers pour les persuader que crever la dalle tout en étant vêtu de haillons relevait de la volonté du Fabriquant de bures et burettes céleste. Nous pourrions multiplier à l'infini les exemples ou l'injonction de devoir débonder nos glandes lacrymales le dispute à l'excitation des plus basses passions. Les Diafoirus de l'UMPS nous prient de croire (sic) qu'ils concoctent un élixir qui redonnera au capital sa fraîcheur d'origine et son innocence perdue, ni plus ni moins.
Tout se paiera un jour. Les bulles financières éclatent et projettent sur les travailleurs des pluies acides qui les rongent ? Parions que ces brûlures nous souderont dans la colère, alors nous filerons des grands coups de latte dans toutes les armoires à pognon du monde, ainsi, Buffett et Nicolas apprendront à leurs dépens que…
la Commune n'est pas morte.
_____________________________________________________________ |
|  Édito du ML | Éditorial du Monde libertaire n° 1529 du 16 au 22 octobre 2008
Grippage de la pompe à phynance, socialisation des pertes, privatisation des bénéfices, quinze points lanlère au Caca 40, goutte à Paulson de 700 milliards de dollars dans la piscine des 500000 milliards de transactions foireuses, entreprises qui ferment, licenciements, petits malins qui spéculent et pauvres qui trinquent. Charivari discordant de titatas éructés par des " experts ": La Parisot - ah sa mine feutrée gourmande de chat qui fait pipi dans la braise - fait les gros yeux aux méchants privilégiés sous parachutes (tiens, c'est plus les fonctionnaires, les privilégiés !). Un avocat de l'angolagate affirme sans se désintégrer qu'en aucun cas s'enrichir ne peut être considéré comme un délit (même quand ça tue ?). Nos élus prétendent sauver les petites économies des gueux tout en prêchant l'urgence de poursuivre le train des " réformes ", comme la privatisation des retraites (au secours, Enron!) Le Pascal Lamy - des peuples -, socialiste mou du neurone qui prétendait faire payer amendes de retard aux pays dont les ouvriers faisaient grève, ose chevroter sur radio-Paris que l'OMC n'est pas pro-libérale (et le FMI, une organisation caritative p'têt ben ?).
Certains porte-flingue du capitalisme considéré ce matin comme la Fin-de-l'Histoire, chuchotent ce tantôt, tels des bedeaux compassés, qu'il est mal en point. Faisons confiance à la rapacité, à l'égoïsme, et gageons qu'il va renaître de ses cendres, comme une fleur de désastre, sous un masque aguicheur genre new deal, aux sons de grandes promesses que nous financerons de notre poche - cela va de soi. Quant à nous, continuons à hurler que le roi est nu, que le capitalisme pue, que le capitalisme tue : famines, guerres et génocides en sont les hideux corollaires. Milton Friedman est un fou sadique et les pauvres ont peu de mémoire. On n'humanise pas le capitalisme, on l'abolit, on l'abat comme un chien qui a la rage. Ce ne sont pas les alternatives qui manquent, libertaires de préférence (voir page 11, 12, 13 de ce numéro). En Franchouillie, le Prince-Ringard se gausse fielleusement de l'invisibilité des grévistes. Il a tort. En témoigne l'éveil du syndicalisme international. En témoignent les statistiques à contre-courant d'un organisme ministériel, REPONSE, publiées par Le Monde Diplomatique de ce mois et dont le rapport note une nette augmentation entre 1996 et 2004 des réactions sociales - surtout dans les entreprises où existent des syndicats. Un changement dans les formes que prend la lutte des classes : d'avantage de débrayages ponctuels, de pétitions, de refus d'heures supplémentaires, voire d'absentéisme, et moins de journées de grève : ça coûte moins cher et c'est tout aussi contraignant pour l'entreprise : Les salariés réinventent Pouget ! Quoiqu'en disent nos maîtres à penser, la Commune n'est pas morte.
Continuons à défiler, à nous mettre en grève, à manifester notre ras-le-bol par tous moyens, dans les quartiers, les entreprises. Sans bouder le syndicat.
Surtout s'il est bien choisi.
_____________________________________________________________
|
|  Édito du ML | Édito du Monde libertaire n° 1528 du 9 au 15 octobre 2008
Vous souvenez-vous de Tchernobyl? Une catastrophe en Ukraine et des nuages radioactifs qui traversaient les frontières. Mais pas celles de la France!
Des " sommités " scientifiques l'avaient affirmé… Les déclarations actuelles de nos chers dirigeants et particulièrement de l'agité de l'Élysée sur la crise financière y ressemblent étrangement. Mais la crise peut perdurer, les profiteurs accumuler de grands profits, les victimes diverses (vous et moi inclus) paieront d'une façon ou d'une autre l'addition.
Cela se voit déjà au niveau du pouvoir d'achat qui est plus que plombé. Il paraîtrait qu'aux États-Unis les premières victimes se rebellent. Le Vieux Continent se sentirait-il à ce point protégé pour continuer à courir entre les gouttes en laissant ses " dirigeants " accumuler les déclarations mensongères?
Prenons le cas, en France, de Marseille. La moitié de la Société immobilière de la ville phocéenne a été acquise par la banque d'affaires américaine Lehman Brothers. Oui, celle qui a fait faillite et dont le cas (avec d'autres) peut faire dire aux médias français que "Wall Street est devenue socialiste "!
Les banques mettent la clef sous la porte et leurs dirigeants, renvoyés dans leur foyer, bénéficient de parachutes toujours dorés. Cherchez l'erreur!
Côté mouvement social, c'est pas la joie, quand vous lirez ce Monde libertaire on aura les résultats de la " première riposte syndicale mondiale à la crise ". Le 7 octobre à Paris, CGT, FO, CES (Confédération européenne syndicale), CSI (Confédération internationale syndicale) auront battu le pavé. Cela suffirat-il pour relever le moral des troupes?
Le seul point nouveau est le pas de deux esquissé par FO et la CGT. La CFDT bouderait-elle? De toute façon, la solution pour un monde meilleur ne viendra pas des directions syndicales, mais dans l'unité des militantes et militants de la base. Encore faut-il que des luttes voient le jour et celles-ci ne se décrètent pas dans les officines des boutiques politiques.
|
|  Edito du ML | Éditorial du Monde libertaire n° 1527 du 2 au 8 octobre 2008
Les patrons américains de ceux qui ces dernières décennies se sont grassement enrichis sous la bulle spéculative qui se craquelle aujourd'hui, auraient, ces deux dernières années, engrangé des revenus supérieurs à cent milliards d'euros. Cela est révoltant. Mais bien moins que le système par lui même, qui a généré cette bulle et permet aux riches de s'enrichir de plus en plus, et aux pauvres de sombrer dans une misère toujours plus noire.
L'échec de leur modèle économique ne semble pas affecter plus que ça les salops qui nous gouvernent.
Pas question pour eux de changer de système, tout au plus sont-ils prêt à quelques ajustements, sans toutefois entamer la sacrosainte confiance du marché. Georges Bush fils pense pouvoir relancer la machine en y engouffrant quelques centaines de milliards de dollars, qu'il irait piquer dans les poches des contribuables.
Il affirme sans sourciller : " Ce n'est pas éthique, mais sans cela nous verrons un effondrement de l'économie, une hausse du chômage… "
Qu'est-ce qui est éthique dans cette économie de marché où règne la loi de la jungle, ou le plus fort opprime le plus faible; où seul le résultat compte, peu importent les moyens !
Quant au comte-président Nicolas, il nous joue son grand air d'opéra sur la moralisation de la spéculation financière. Papa Guaino lui souffle de tirer profit de la situation pour peaufiner son image de Sauveur qui gère au mieux la situation.
Lui et ses semblables ont laissé impunément gonfler la bulle à phynance qui se craquelle aujourd'hui.
Ils nous annoncent aussi au passage que nous allons devoir nous serrer la ceinture et que le chômage va " inévitablement " augmenter. On est encore loin d'arriver aux onze millions pour cent d'inflation par an zimbabwéen, mais nous sommes sur le bon chemin !
Pendant ce temps là, le Parlement nous donne une grande leçon de démocratie en votant à plus de trois cents voix contre deux cents le maintien de nos troupes de " pacification " en Afghanistan, bien que les Français étaient contre à plus de soixante pour cent. Cela fait plus de trente ans que différents pays, de la Russie aux États-Unis en passant par le Pakistan et ses talibans prétendent pacifier ce pays à coups de bombes sur les habitations, les écoles et les dispensaires. Maintenant la France va pouvoir tester ses nouveaux drones et tout un tas de matériel de renseignement. Nos dirigeants de l'armée se préparent-ils à un remake de la Bataille d'Alger à Kaboul ?
Les patrons, eux, profitent de la crise économique pour dégraisser leur personnel dans l'automobile (Renault, General Motors) et ailleurs. Faudra-t-il que, comme en Inde, les ouvriers se jettent sur leur taulier et le déchiquettent, pour que les patrons se rendent enfin compte que leurs méthodes donnent envie à ceux qui les subissent de leur faire rendre gorge ?
_____________________________________________________________
|
|  La morale sera-t-elle crottée en Bourse ? | Le Monde libertaire n° 1527 du 2 au 8 octobre 2008 Par Sami Chemin
Le rouleur de mécaniques hexagonal, au vu des propos qu'il a tenus lors de son intervention du 22septembre à la tribune de l'ONU, s'est mué en procureur planétaire.
Jugeons-en plutôt: " Qui est responsable de ce désastre? " […] " Que ceux qui sont responsables soient sanctionnés et rendent des comptes et que nous, les chefs d'État, assumions nos responsabilités.
" […] " Nous devons moraliser le capitalisme financier. "
Prenons au mot ce Père la morale et examinons la manière dont il a décliné la pureté de ses intentions dans le doux pays de la poule au pot tous les dimanches, à moins que ce ne soit plus sûrement celui… des dindons de la farce toute l'année?
Il a contribué à l'expansion ou au renforcement des empires industriels des nécessiteux suivants: Bolloré, Bouygues, B.Arnault, Lagardère, etc.; érigé un bouclier fiscal pour protéger des pauvres hères traqués par le fisc; distribué 15milliards d'euros bien enveloppés dans un paquet fiscal à des affamés qui s'accrochaient aux grilles de l'Élysée; baissé l'ISF et les droits de succession; exprimé sa volonté de dépénaliser le droit des affaires; couiné comme un rat… mais sans bouger le petit doigt (tétanisé, qu'il était, par l'indignation) devant les montants astronomiques des " parachutes dorés " versés à des patrons cruellement persécutés par les entreprises auxquelles ils ont sacrifié leur vie; fait une chasse sans pitié aux amateurs de paradis fiscaux, etc. Ayant accompli de telles prouesses pour le bien commun, on s'offusque que Ratzinger n'en fasse pas l'archange Michel des temps modernes terrassant le dragon de l'Argent. Mais bon, peut-être suffit-il de faire preuve d'un peu de patience, un peu comme Tapie qui s'est morfondu dans le caniveau avant de se voir attribuer une ration de survie de 390 millions d'euros, juste récompense de ses talents trop méconnus de dépeceur d'entreprises.
Certes on pourrait nous objecter que le preux défenseur de la veuve, de l'orphelin, du pouvoir d'achat et des talonnettes à ressorts a posé un peu rudement son gant sur les serfs et manants de son royaume, pour peu que l'on évoque les mesures qu'il a prises pour remettre le vil peuple dans le droit chemin: grands coups d'épée dans le Code du travail et de dague dans les régimes des retraites ; épandage de poix bouillante sur les 35 heures; lâchers de chiens sur les sans-papiers; enfumage des grottes où se dissimulaient les chômeurs, etc. Mais que voulez-vous, on n'éradique pas la paresse, la luxure et l'oisiveté en jouant du luth et en distribuant généreusement des coupes pleines d'ambroisie n'est-ce pas? Enfin, puisque " notre " Père la morale a enfilé la cape de Zorro, rendons-lui complètement justice, et soulignons combien il fut vaillant pour faire le siège des sombres forteresses dans lesquelles sont tapies les créatures égoïstes, frileuses, pleurnichardes qui appartiennent aux viles baronnies des services publics.
C'est ici qu'un gamin interroge son père: " Dis papa, c'est loin l'Amérique?" Et son daron de lui répondre: "Tais-toi et rame." Nick aussi veut qu'on se taise, estimant que ne pas avoir de Bush est une raison majeure pour la boucler. Trop tard, notre galère vient d'accoster sur un rivage étasunien. Première vision qui s'offre à nous, des mecs qui plastronnaient il y a peu en jonglant avec les milliards soutirés dollar après dollar dans les poches des besogneux ont moins fait les farauds pendant quelques jours… le temps que la FED et le Trésor créent une " structure de défaisance " pour prendre en charge les centaines de milliards de créances pourries léguées par un géant des assurances (AIG), des sociétés de refinancement hypothécaires (Fannie Mae et Freddie Mac). De leur côté, les banques d'investissement essaient de convaincre la FED et le Trésor d'étendre leurs bontés à leur propre cas.Vers la mi-septembre, John Mac Cain hululait ceci: " Les fondamentaux de l'économie américaine sont sains ", parallèlement, en tout cas jusqu'au réveil brutal du leader minimo et sa métamorphose tapageuse en Père la morale universel, des affirmations analogues étaient tenues en France par les zélotes des " marchés autorégulés " capables de retrouver l'équilibre par eux-mêmes. Mais les faits sont têtus qui ont fait voler en éclat un autre mensonge des fanatiques du libéralisme, celui qui soutient qu'il existe une séparation entre la sphère financière et la sphère réelle de nos économies.
Nos cerveaux risquant de continuer à se poser les bonnes questions, une reprise en main s'imposait. Et c'est ainsi qu'à Toulon, tout juste revenu de chez ses cousins d'Amérique, le chef d'État " que le monde entier nous envie " a dupliqué son discours onusien tout en l'adaptant à la situation spécifique du pays.
Retenons les trois éléments principaux de son homélie. Primo il appelle à " une refondation du capitalisme sur une éthique de l'effort et du travail, à retrouver un équilibre entre la liberté et la règle, entre la responsabilité collective et la règle. " Si nous voulions faire chic, nous pourrions dire que ce visionnaire et/ou théoricien de pacotille veut réaliser la synthèse entre Keynes et Galbraith d'une part et Hayek et Friedmann de l'autre; en version image ça donne la chose suivante, les premiers voulant contrôler et réguler l'activité du renard dans le poulailler, les seconds plaidant sur un ton hystérique qu'il faut le laisser entièrement libre de ses agissements. Deusio, il a affirmé (que) " la moralisation du capitalisme demeure la priorité ". Tercio, après ses exordes sur la morale et l'éthique, procédés rhétoriques utilisés pour témoigner de la noblesse et de la pureté de ses intentions, Moi-je a tombé le masque et réinvesti brutalement le terrain du quotidien. Cela peut être résumé de la manière suivante: nous vous en avons fait salement baver jusqu'à présent (via la mise en pratique du slogan " Nous voulons remettre la France au travail "), mais cela n'est pas fini, puisque, à l'avenir, nous continuerons à vous faire déguster (bien s'imprégner du " la poursuite des réformes est plus que jamais nécessaire ").
Tirons rapidement la conclusion de tout ce qui précède.
La désignation à la vindicte publique de quelques " irresponsables ", doublée du pointage d'une " insuffisance des réglementations " (au fait, qui a autorisé la libre circulation des capitaux?) pour expliquer les causes de la crise financière en cours (en attendant son inexorable propagation à toutes les sphères de l'économie) est un rideau de fumée émis par les tenants et les servants du système capitaliste pour occulter le principal à nos yeux. En la matière, c'est bien un modèle de développement dans sa totalité, nous nommons ici le néo-libéralisme américain et ses avatars occidentaux qui est en crise. Le capitalisme a une telle soif inextinguible de profits que cela l'amène à trébucher cycliquement?
L'État accourt aussitôt ventre à terre pour renflouer ses caisses. Et c'est ainsi que le capitalisme se refait régulièrement une santé sur le dos des peuples. Jusqu'à quand cela durera-til?
La réponse est entre les seules mains de tous les exploités de la planète.
Sami Chemin
_____________________________________________________________
|
|  Édito du ML | Éditorial du Monde libertaire n° 1526 du 25 septembre au 1er octobre 2008
Encore une sale semaine pour les Terriens. Le sacro-saint capitalisme étale ses nuisances et ses failles. Les marchés financiers sont " nerveux ".
En sabir néolibéral boursier, ça veut dire que la panique augmente à l'étranger et aux États-Unis.
D'après certaines informations, la Banque fédérale yankee - entendons le porte-monnaie des citoyens US - va allonger pas moins de 800 milliards de dollars pour racheter tout plein de titres pourris que personne ne veut plus. Le complexe d'assurances AIG est sauvé à ce prix, en clair il est nationalisé (eh oui) et on préserve 0,8 % de croâssance.
Gros à parier que la crise une fois passée - si elle doit passer -, les gribouilles s'empresseront de reprivatiser, selon le bon vieux plan qui a fait ses preuves : nationaliser les pertes, privatiser les bénéfices, et que les cocus défilent avec la techno !
Cheu nous, tout est bon pour calmer les petits boursicoteurs inquiets du côté " portefeuilles " : Radio Paris ose ressortir, tel un hareng de la saumure, l'inusable Peyrelevade - vous vous rappelez çui qu'a failli le Crédit Lyonnais et l'ensuivie dette faramineuse épongée par vous et moi. Qu'ose-t-il bêler dans le micro, l'incapable patenté? Un bon gros titata bien fumant : " Vous n'avez rien à craindre. " Sans doute, avec ses petites mains blanches d'exploiteur, la crise financière et la récession il va les arrêter net aux frontières - telles les nuées de Tchernobyl. Malgré l'incompétence et l'échec de l'économie de marché, la Voix de son maître, toujours elle, déroule le tapis rouge aux nouveaux riches et aux voyous qui s'engraissent du système sur le dos des gueux : Soros sans rougir avoue 32 % de gains dans ses placements, Tapie pleurniche et touche un jackpot de 45 millions d'euros, Georges Ghosn, royal, dégraisse 6000 renault pour maintenir les 15 % de profit annuel des actionnaires, et tout ça avec la morgue froide du winner qui lampe son caviar dans un pince-fesse à Matignon. Entre réassurances lénifiantes et annonces de fin du monde, qui croire ?
Est-ce la stratégie du choc chère à Naomi Klein ? Bon, on vous souhaite malgré tout une bonne semaine, surtout si vous ne fumez pas (+ 10 % sur les cigarettes), surtout si vous n'êtes pas sans emploi (le financement de la RSA est épargné aux électeurs friqués), surtout si vous ne cherchez pas un logement (augmentation exponentielle du nombre de SDF, dont un tiers a un emploi), surtout si vous n'êtes pas malade (le service public Hôpital limite ses dépenses pour maintenir les exonérations fiscales des entreprises), etc. Et si on songeait enfin à la rév…
_____________________________________________________________
|
|  Un Dictionnaire de l'anarchie | Par Michel Ragon
Le 2 octobre prochain sortira en librairie un Dictionnaire de l'anarchie é par Michel Ragon.
Trois cent soixante-dix entrées, certaines très longues (Proudhon, Bakounine, Kropotkine, etc.), certaines d'à peine quelques lignes, pour tenter de restituer la pensée libertaire volée par les médias. Il ne s'agit pas d'un dictionnaire des militants mais plutôt de la pensée anarchiste dans le monde contemporain (répercussions sur la pensée de Camus, Sartre, Breton et d'autres plus inattendus). Nous publions ici des extraits de son introduction.
Michel Ragon, Dictionnaire de l'anarchie, édité par Albin-Michel.
Sortie prévue le 2 octobre
Après la Seconde Guerre mondiale, l'internationalisation du marxisme semblait mettre l'anarchie dans les oubliettes de l'histoire.
Mais rien n'est jamais sûr. L'impensable faillite du communisme en URSS et dans les pays européens écrasés par le bolchevisme a fait resurgir la pensée libertaire.
Original par rapport aux théories socialistes ou libérales, anti-étatiste, dénonçant toute dictature, fût-elle prolétarienne, l'anarchisme a même suscité d'étonnants revirements d'idées chez des intellectuels aussi engagés avec le Parti communiste qu'André Breton et Jean-Paul Sartre " Pourquoi, déclarait André Breton au début des années 1950, pourquoi une fusion organique n'a-t-elle pu s'opérer à ce moment (lors de la naissance du surréalisme) entre éléments anarchistes proprement dits et éléments surréalistes? J'en suis encore, vingt-cinq ans après, à me le demander. "
Et Sartre, à la fin de sa vie, disant ne plus se reconnaître dans le marxisme: " J'aime bien rappeler les origines un peu anarchistes de ma pensée. J'ai toujours été en accord avec les anarchistes, qui sont les seuls à avoir conçu un homme complet, à constituer par l'action sociale, et dont le principal caractère est la liberté. "
On croit rêver.
D'aberration en aberration, l'anarchie est devenue une mode. Un flacon de parfum s'est même, voilà peu, baptisé Anarchiste. Guy Sorman, auteur de Révolution conservatrice américaine, prône un " conservatisme libertaire ". Emmanuel Le Roy Ladurie se dit " libéral-libertaire ", et Alain Touraine " socialo-libertaire ". En mars 1983, dans le littéraire, Jean-Jacques Brochier consacrait un long article à " Sollers anarchiste ", et, en avril, un non moins long article à " l'anarchiste cérébral " Georges Simenon.
La méthode est bien connue. Cajolons l'adversaire pour mieux l'étouffer.
L'anarchie a une longue histoire et, au ébut du XIXe siècle, William Godwin et Charles Fourier peuvent être considérés comme des précurseurs de l'anarchisme. Pourtant, le véritable théoricien de l'anarchie, c'est Proudhon. Proudhon se proclame anarchiste et élabore une doctrine qui demeurera à jamais concurrente de celle de son contemporain et ennemi Karl Marx.
Pourtant, à la mort de Proudhon, en 1865, il n'existait aucun mouvement anarchiste, ni en France ni ailleurs. Bien que les ouvriers parisiens qui firent la Commune de 1871 fussent, selon l'expression de Karl Marx, " infectés de proudhonisme ".
L'anarchie, comme mouvement politique, ne commence que vers 1880, et l'ancêtre, " le père de tous les anarchismes ", c'est Bakounine exclu en tant que tel par Marx de l'Internationale.
L'anarchie se situe en dehors des partis et les récuse tous. Bien que la politique ouvrière çaise, à la fin du XIXe siècle, ait été foncièrement anarchiste, débouchant sur l'anarchosyndicalisme.
La difficulté de cerner l'anarchisme, c'est justement qu'il n'est pas un parti, mais l'association, parfois tumultueuse, de nombreuses tendances.
Quoi de commun entre l'anarchisme individualiste, qui va de Stirner à Émile Armand, et le communisme libertaire de Kropotkine sinon une opposition totale à l'embrigadement étatique? Rien de commun entre le pacifisme intégral de Louis Lecoin et sa défense des objecteurs de conscience, et le nihilisme teinté de terrorisme. Rien de commun entre l'antipatriotisme, l'antimilitarisme, qui sont l'un des aspects les plus connus de l'anarchisme, et un patriote ukrainien anarchiste, valeureux guerrier, comme Makhno.
Rien de commun… Eh bien si, malgré des oppositions aussi vives, nous verrons que l'esprit libertaire se trouve aussi bien chez des hommes de guerre comme Makhno et Durruti, que chez des pacifistes comme Stirner ou Thoreau. Le mouvement anarchiste n'est pas un parti politique. Sa doctrine est floue, parfois contradictoire. Avec néanmoins des constantes.
Par exemple la négation de l'autorité, de toute autorité.
" Il y a plusieurs variétés d'anarchistes, écrit Sébastien Faure dans 'Encyclopédie anarchiste, mais tous ont un trait commun qui les sépare de toutes les autres variétés humaines. Ce point commun, c'est la négation du principe d'autorité dans l'organisation sociale et la haine de toutes les contraintes qui procèdent des institutions fondées sur ce principe. Ainsi, quiconque nie l'autorité et la combat est anarchiste."
Négation de l'autorité et révolte.
Dans sa "Lettre aux anarchistes" (12 décembre 1899), Fernand Pelloutier écrit :
" Nous sommes des révoltés de toutes les heures, des hommes vraiment sans dieu, ni maîtres, sans patrie, les ennemis irréconciliables de tout despotisme moral ou matériel, individuel ou collectif, c'est-à-dire des lois ou des dictatures (y compris celle du prolétariat) et les amants passionnés de la culture de soi même."
La révolte peut amener la violence, dont Sébastien Faure disait qu'elle était une " nécessité douloureuse ". Si la violence est aujourd'hui rejetée par les fédérations anarchistes (la violence des années 1970-1980 n'est plus le fait des anarchistes devenus non violents et pacifistes, mais de groupuscules marxistes-léninistes : bande à Baader en Allemagne, Brigades rouges en Italie, Action directe en France), l'histoire de l'anarchie comporte cependant une tradition de la violence.
Les courants libertaires sont aujourd'hui multiples et touchent le monde entier. Toujours importants en Italie, en Espagne et en France, nombreux en Amérique latine, c'est sans doute aux États-Unis que l'anarchisme connaît sa plus féconde activité théorique, par sa présence dans les universités (Murray Bookchin, Noam Chomsky) et dans le monde du spectacle (du Living Theater à John Cage).
L'anarchisme aux États-Unis demande une étude spécifique, ce que Ronald Creagh a d'ailleurs réalisé par sa thèse de doctorat en 1978.
L'anarchisme a resurgi en Grèce, en Turquie, en Yougoslavie et dans les pays scandinaves. Et, bien sûr, en Russie et en Ukraine, délivrés du joug bolchevique.
Dans sa préface au livre d'Alain Pessin, La Rêverie anarchiste (1982), Gilbert Durand met l'accent sur la nouvelle pratique sociologique qui se refuse à considérer l'anarchiste comme un marginal. " Le mouvement anarchiste, écrit-il, se situe dans ces phénomènes de marginalisation qui, selon nous - mais déjà selon Marx dans son analyse de la société de la première moitié du XIXe siècle -, sont le sel fécond de toute société. "
Dans les dernières décennies du XXe siècle, la sociologie et la philosophie universitaires se sont emparées de la pensée libertaire, même (et c'est souvent le cas pour les vedettes) lorsqu'elles ne citent pas leurs sources. Les études sur l'histoire et l'actualité de l'anarchie sont aujourd'hui nombreuses. Pessin, Manfredonia, Creagh, Onfray ont donné à la pensée libertaire de nouvelles perspectives, même si celles-ci effarouchent parfois le militantisme traditionnel.
Gaetano Manfredonia souligne que " la composition sociale des militants [est] de plus en plus issue des classes moyennes salariées " et que le mythe du Grand Soir " ne fait plus recette ". " Ne fait plus recette ", mais galvanise néanmoins encore les jeunes militants.
L'idée même d'une révolution sociale insurrectionnelle, poursuit Manfredonia, demeure plus un mythe qu'une éventualité évidente, quand cette perspective était ancrée au plus profond des espérances anarchistes au début du XXe siècle.
Car si la philosophie anarchiste n'a jamais été " ouvriériste ", si ses principaux théoriciens (à part Proudhon) n'étaient pas des hommes du peuple (Bakounine et Kropotkine aristocrates, Fénéon intellectuel bourgeois, Élisée Reclus savant géographe), la majorité des militants furent néanmoins et, pendant longtemps, des artisans : cordonniers, imprimeurs… Symboliquement, la couverture de la revue de Pouget, Père Peinard, célébrait un cordonnier à son établi.
En 1894, la police lyonnaise fichait cent cinquante-deux anarchistes. Parmi ceux-ci, 55 % étaient des artisans: trente-neuf cordonniers, seize tisserands, onze plâtriers, huit teinturiers. Les marxistes n'accusaient-ils pas les anarchistes d'être des produits de métiers en voie de disparition? Mais le travail de ces métiers artisanaux permettait la rêverie. On sait que les cordonniers, notamment, étaient de grands lecteurs.
L'industrialisation de la cordonnerie et du tissage a balayé cette culture ouvrière. L'échec de toutes les révolutions populaires a mis à mal le messianisme.
Les nouveaux penseurs de l'anarchie se livrent à une complète reformulation des théories.
Subsistent, subsisteront toujours le rejet de l'État, du pouvoir (de tous les pouvoirs) et la fringale de liberté (de toutes les libertés).
Mais que sont aujourd'hui les États nationaux dans le contexte du capitalisme mondial? Les anarchistes participent évidemment aux manifestations antimondialistes et écologistes. On les retrouve dans l'épopée du Larzac, dans les rassemblements contre les sites nucléaires, parmi les arracheurs de maïs transgénique.
Le situationnisme, les provos d'Amsterdam, Solidarnosc, autant de sursauts libertaires et revendiqués comme tels.
L'activité des militants anarchistes se retrouve aujourd'hui dans la critique des bureaucraties syndicales, dans la solidarité avec les objecteurs de conscience et les insoumis, dans les critiques de l'enfermement psychiatrique et de l'indigence carcérale, dans l'aide aux sans-papiers, aux sans-logis, aux SDF, aux expropriés.
On les retrouve encore parmi les théoriciens de la décroissance et les adversaires du matraquage de la publicité (les Déboulonneurs de pub).
On les retrouve toujours dans les luttes féministes.Toujours, puisque les anarchistes se sont démarqués des partis ouvriéristes en préconisant, ès le début du XXe siècle, des réformes fondamentales: moyens contraceptifs, droit à l'avortement, sexualité consciente, limitation des naissances, union libre.
Combien ont été condamnés à la prison pour propagande interdite, aujourd'hui normale?
Les anarchistes ont prôné, malgré la malédiction qui les poursuivait, ce qui est devenu le planning familial.
Enfin, Internet donne une puissance nouvelle à l'Internationale anarchiste puisqu'il permet un contact permanent, de pays à pays, de continent à continent. Les liens internationaux sont devenus plus faciles, plus immédiats et la propagande plus directe.
Le capitalisme dénoncé par Marx était absolument sordide. Mais il n'était qu'une préface malhabile à ce qui est devenu le capitalisme mondial d'aujourd'hui.
Face à celui-ci, que dire, que faire, sinon espérer ce que Jean Préposiet énonçait dans son excellente de l'anarchisme (1993):
" Sans l'aiguillon libertaire, le pouvoir ne douterait jamais de lui-même. L'anarchisme reste la mauvaise conscience de l'autorité. "
M. R.
_____________________________________________________________
|
|  Édito du ML | Édito du Monde Libertaire n° 1525 du 18 au 24 septembre 2008 Un vieux dégoûtant, car songez que ce chafouin personnage - attifé comme un bousier géant - saisit la moindre occasion pour se faire baiser voluptueusement l'anneau, a regagné sa crotte principale après sa visite chez " la fille aînée de l'Église ", ouf, bon débarras ! Mais le premier des croisés a largement mis à profit cette occasion, complaisamment et abondamment relayé qu'il a été en cela par son chanoine à talonnettes, pour continuer à essayer de nous fourguer sa came. En la matière, ces duettistes au numéro bien rôdé ont poussé leurs pions en vue de préparer et faciliter un retour en force de l'Église (des pluriels ont été employés pour amuser la galerie) comme actrice de la vie institutionnelle et publique. Cette volonté exacerbée d'anesthésier nos cerveaux, sinon de les lobotomiser sous couvert de morale et d'éthique, vise un objectif majeur : la perpétuation ad vitam aeternam d'un monde dont l'horizon indépassable serait encore et toujours l'exploitation de l'homme par l'homme. Les tentatives sans cesse renouvelées des gardiens de l'ordre dominant pour coloniser notre imaginaire seraient d'une portée limitée, et en tout cas aux résultats aléatoires, si elles n'étaient accompagnées de dispositifs fiables pour s'assurer du contrôle politique et social des populations. A cet égard, depuis le Livret ouvrier mis en place par Napoléon en 1803 pour surveiller les déplacements et agissements des travailleurs, les domestiques au service des exploiteurs ont eu pour préoccupation constante d'imaginer, d'élaborer puis mettre en place de nouveaux outils leur permettant de nous observer sans être vus, un peu comme il est possible de le faire derrière une glace sans tain. Si la France est loin d'être en pointe dans tous les domaines de l'informatique, par contre, pour ce qui est de son zèle et de son acharnement à fliquer nos existences grâce à la mise en place de fichiers aux noms charmants (EDVIGE, CRISTINA, ELOI, ARDOISE, etc.) sa répugnante expertise en la matière est ébouriffante. Il y a des jours où on rêverait de se transformer en hackers de génie pour pouvoir pénétrer et dynamiter de l'intérieur ces saletés, n'est-ce pas ? Mais bon, hors ce type de réjouissante fiction à la réalisation hautement hypothétique, et pour peu que nous soyons nombreux à en prendre conscience, vastes sont les moyens à notre portée pour échapper à la " traçabilité " que l'on réserve aux animaux destinés à la traite ou, bien pire encore, à finir sur les étals des bouchers, ces deux catégories n'étant pas opposables d'ailleurs.
|
|  Edito du ML | Éditorial du Monde libertaire n° 1524 du 11 au 17 septembre 2008
Joseph Ratzinger, alias " le Pape ", chef du minuscule État du Vatican, est invité cette semaine par le président Nicolas. Un naïf pourrait se demander pourquoi le chef d'un État laïc invite ce malfaiteur de l'humanité, gourou d'une des plus redoutables sectes de la planète, à venir célébrer le cent-cinquantenaire des hallucinations de Bernadette Soubirous à Lourdes. Ce naïf ne tiendrait pas compte des relations privilégiées qu'entretient le comte-président de Nagy-Bocsa avec cette organisation criminelle.
Pendant des siècles, les représentants de " l'Église catholique, apostolique et romaine " ont terrorisé le monde en imposant leurs diktats par la force à travers l'Inquisition qui fit des millions de victimes. Il y a peu encore, ils soutenaient les dictatures les plus infâmes d'Amérique du Sud et bénissaient les tortionnaires. Nicolas Sarkozy a affirmé lors de son discours à Latran que jamais l'instituteur ne remplacera le curé. Heureusement, car ce n'est pas son rôle ! Il doit éveiller nos enfants, alors que le curé les plonge dans l'obscurantisme. Lors de l'hommage rendu par la République à ses soldats morts pour les trafiquants de drogues afghans, il a été vu en train de faire le signe cabalistique de reconnaissance des adeptes de cette coterie. Ce signe de croix symbolise d'ailleurs la rédemption par la douleur, qui est une des croyances principales des zélateurs de ce dogme.
Tant que nos dirigeants resteront prisonniers de ce carcan mental qu'est la religion, notre société ne pourra pas évoluer. Ils continueront à nous gouverner en prenant modèle sur cette maffia qui depuis plus de deux millénaires prétend nous dicter notre conduite. Leur éthique est calquée sur celle de ces salops qui pensent que seule une élite peut savoir ce qui est bon pour la multitude.
Il n'y a qu'à voir les lois que nos gouvernements nous imposent. C'est bien parce qu'ils croient aux vertus rédemptrices de la douleur qu'ils ne remboursent plus les médicaments dits de " confort " ou qu'ils ont créé des franchises médicales. Si tu es pauvre, c'est que tu es fautif et il faut donc que tu rachètes tes fautes en souffrant. Le Revenu de solidarité active, nom ronflant appelant à l'action, n'a de solidaire que le nom et fait plutôt appel à la charité des classes moyennes pour soulager les patrons qui ne peuvent se permettre de donner un vrai emploi à ceux qu'ils exploitent.
Gageons que bientôt celui-ci remplacera les Smics dont nos patrons veulent s'émanciper.
L'État-providence dont on nous rebat les oreilles répand en fait sa manne plus sur les entreprises que sur les exclus de la société.
_____________________________________________________________
|
|  Monsieur Tout Blanc, Prévert et Sarko | Dans les régimes à tendance totalitaire, l'ordre moral vient toujours à la rescousse de l'ordre public. À cet effet, la religion joue fréquemment un rôle primordial. Surtout lorsqu'il convient de calmer les esprits et de convaincre les récalcitrants de la nécessité de la soumission aux autorités.
Monsieur Tout Blanc, comme disait Léo Ferré, sera à Paris le 13 septembre et reçu à l'Élysée comme un monarque ou plutôt comme un chef d'État et un symbole religieux fort. Attention : si les Parisiens se hasardent à manifester contre la présence de Benoît XVI dans la capitale, les policiers les traiteront certainement comme ils l'ont fait, il y a quelques mois, lors du passage de la flamme olympique.
Le pape du sida
Nombreux sont les athées, les libres penseurs et plus généralement les anticagots qui n'ont pas oublié le discours prononcé à la Basilique Saint-Jean-du-Latran de Rome, en décembre 2007, lorsque Nicolas assénait; " Jamais l'instituteur ne pourra remplacer le prêtre ou le pasteur! " En quelques mots, le président d'une République qui avait été laïque, nous tranformait en obligés de la chrétienté.
Tout en se gardant bien de tresser des lauriers aux imams. Il y a quand même des limites…
Le bon peuple, ravi, fera peut-être une ovation à l'assassin par destination des populations du tiers-monde au travers de l'interdit majeur du préservatif. Le sida serait-il un juste châtiment de Dieu? De braves cons se presseront sur l'Esplanade des Invalides pour acclamer celui qui dénonce la contraception conçue par le Diable pour inciter nos compagnes à " fauter " sans remords. La " pipolisation " admet de ces grands écarts permettant de célébrer un jour le pape et le lendemain Madonna. Il est vrai que le gogo n'a pas la narine fragile. Un avertissement, pourtant : si les empereurs romains promettaient du pain et des jeux, le roi Nicolas ne promet que certains jeux.
En un temps où il paraît naturel de voir se multiplier les processions hors des lieux réservés au culte - le 150e anniversaire visions de Bernadette Soubirous à Lourdes en est un bon exemple - les princes qui nous gouvernent aimeraient bien que les dévotions à la Vierge Marie puissent se multiplier. Sans trop nous attarder sur ce sujet, conseillons pourtant la lecture du Zola où il est possible de découvrir les curieuses pratiquesBureau des constatations des miracles. En ce mois de septembre 2008, le miracle ce n'est plus la multiplication des pains mais la baisse du pouvoir d'achat.
" Laïcité positive ", mon oeil !
Pour ne pas nous laisser étourdir par la visite du Souverain-pontife, comme disent les croyants, attachons-nous à redécouvrir l'oeuvre de Jacques Prévert. Lequel n'a jamais cessé de tirer à boulets rouges sur les hommes en noir. L'auteur de avait bien compris que l'ennemi ne se trouvait pas seulement au sein des institutions policières et militaires. Il considérait que devaient être mis dans le même sac à punaises ceux qui bénissent les crimes commis au nom de l'ordre. Dans ce sens, il est indispensable de relire Grands Cimetières sous la lune, de Georges Bernanos. Cette lecture permet de bien connaître les choix de l'Église de Rome à l'heure où son enseignement est en péril. Plutôt Franco que le " frente popular ".
De la même façon, nous sommes édifiés sur cette " laïcité positive " décrite par Nicolas Sarkozy. Cette approche habile n'étant rien d'autre que la négation de la séparation de l'Église et de l'État qui régit le pays depuis 1905. Nous savons ce qu'il en est désormais et particulièrement depuis que l'hôte de l'Élysée ne cesse de gloser sur " les racines chrétiennes de la France ". Une certitude désormais; dans notre Ve République, l'ordre et la religion sont redevenus inséparables, dans le plus mauvais sens du terme. Friedrich Nietzsche l'avait bien compris lorsqu'il interpellait ses semblables outrageusement pieux: " Vous dites que vous croyez à la nécessité de la religion? Soyez sincères! Vous croyez à la nécessité de la police! "
Face à une situation préoccupante, il ne faut jamais négliger la dérision active de Jacques Prévert. Faute de pouvoir nous opposer de façon efficace aux gesticulations de Monsieur Tout Blanc, car la police de la République lui fera une garde d'honneur, consolons-nous avec quelques nasardes.
" C'est absurde ", mais ça marche!
Si seulement les railleries pouvaient représenter autant de peaux de banane - en fait de véritables croche-pieds -, notre moral s'en trouverait fortifié.Tout le talent anticlérical de Jacques Prévert se manifeste dans ces de famille ou l'Ange garde-chiourme où Jésus apparaît dans sa majesté triomphante:
"… Il chassait les marchands du Temple. Pas de scandale, disait-il, pas de scandale, ceux qui frapperont par l'épée périront par l'épée… pourtant les bourreaux professionnels crevaient de vieillesse dans leur lit, personne ne touchait un rond, tout le monde recevait des gifles mais il défendait de les rendre à César… "
Toute la dramaturgie du christianisme est démontée dans ce texte qui nous permet de regarder d'un oeil différent ceux qui portent la parole divine. Ainsi Tertullien, l'un des pères de cette Église, allait même jusqu'à proclamer: " Je crois parce que c'est absurde! " C'est ainsi que l'histoire des Évangiles n'aurait été qu'un recueil de racontars si, heureusement, Judas n'avait pas vendu Jésus pour trente deniers.
Faute de quoi le fils de Dieu n'aurait jamais été accroché sur la croix en lieu et place de Barabbas, le bon larron. Et Prévert s'en donne à coeur joie:
"… Ça n'allait déjà plus tout seul quand un jour le voilà qui trahit Judas, un de ses aides. Une drôle d'histoire: il prétendit que Judas devait le montrer du doigt à des gens qui le connaissaient fort bien lui-même depuis longtemps et sachant que Judas devait le trahir, il ne le prévint pas… "
Diable ! Quelle histoire. Pour un peu, nous aurions raté l'épisode de la Crucifixion puis, nécessairement, celui de la Résurrection, ainsi que tout cet ordre chrétien qui allait s'instaurer pour dominer le monde. À quoi peut bien tenir la réussite d'une secte… Fort heureusement, Prévert nous renvoie à l'histoire mythique, source de toutes les superstitutions. Jésus sera donc logiquement crucifié.
"… Bref, le peuple se met à hurler Barabbas, Barabbas, mort aux vaches, à bas la calotte, et, crucifié entre deux souteneurs dont un indicateur, il rend le dernier soupir. Les femmes se vautrent sur le sol en hurlant leur douleur, un coq chante, et le tonnerre fait son bruit habituel. "
Que voilà une histoire réaliste, que même les petits enfants peuvent comprendre aisément sans que l'on se donne la peine de la répéter plusieurs fois. Ce que Jacques Prévert a bien compris qui tire sa conclusion en grand pédagogue anticlérical:
"… Confortablement installé sur son nuage amiral, Dieu le Père, de la Maison Dieu Père, Saint Esprit et compagnie, pousse un immense soupir de satisfaction… Et Dieu Père s'écrie: Que je sois loué, que ma sainte raison sociale soit bénie, mon fils bien aimé a la croix, ma maison est lancée! "
Un Diable nommé Sarkozy
Décidément, on ne lit pas assez Prévert, même si de nombreux lycées et collèges portent son nom. Qui, mis à part quelques bons bougres, pourraient encore citer ces Écritures qui n'ont rien perdu de leur pouvoir anticlérical ravageur.
" Dieu est aussi un prêteur sur gages Un vieil usurier Il se cache dans une bicoque Tout en haut du Mont-de-Piété Et prête à la petite semaine Au mois au siècle et à l'éternité Et ceux qui redescendent avec un peu d'argent En bas dans la vallée le Diable les attend Il leur fauche leur fric Il leur fout une volée… "
Pourquoi faut-il que les mauvais esprits mettent un nom sur le Diable du moment: un certain Sarkozy, qui feint d'être confit en dévotion et nous promet le paradis, non pas sur terre mais au plus haut des cieux. En ce sens, la visite à Paris de Monsieur Tout Blanc est loin de nous annoncer la félicité promise par l'Église et pas d'avantage cette " bonne pluie de roses " destinée aux pauvres d'esprit.
Maurice Rasjfus P.S. Le 21 août, à la chapelle des Invalides, lors des obsèques nationales des dix soldats tués en Afghanistan, il était possible de voir, plein écran télé, Nicolas Sarkozy faire le signe de croix avec ostentation, puis joindre les mains comme s'il faisait semblant de prier. Rien n'est considéré comme inutile dans la gestuelle présidentielle.
_____________________________________________________________
|
|  Carrare, congrès des Fédérations Anarchistes | Le Monde libertaire n° 1524 du 11 au 17 septembre 2008
C'est la sortie de l'université 'été du PS et on clame dans tous les médias que les débats et proposition ont encore été mis à l'écart au profit des manigances politiciennes et autres jeux de pouvoir…
Bien contente d'avoir été à Carrare au lieu de La Rochelle cet été, n'en déplaise aux Rochelais et Rochelaises. Mais à rassembler deux cent anarchistes du monde entier en congrès, on est plutôt rassurés par nos modes de fonctionnement, du fédéralisme à l'autogestion.
L'Internationale des fédérations anarchistes (IFA) se réunit en congrès tous les quatre ans. C'est un moment de débats, de discussions, et de décisions. Les grandes lignes des actions de l'IFA sont tracées pour les quatre ans à venir et un nouveau secrétariat est mandaté.
Cette année pour la première fois le congrès a fonctionné par atelier, sur des thèmes précis et préétablis. Ainsi, chaque fédération avait préparé des textes de réflexion sur les différents thèmes abordés: religion, anarcha-féminisme, pauvreté-exploitation-migrations, communalisme libertaire, éducation, nationalisme-fascisme-guerre-répression, et décroissance.
Chaque atelier était présenté par une fédération membre de l'IFA, puis le débat se poursuivait avec tous les participants. La Fédération anarchiste était chargée d'animer les ateliers décroissance et éducation, deux sujets de réflexion intéressant les autres fédérations, tout particulièrement en ce qui concerne la décroissance, sujet qui commence à faire son chemin ailleurs grâce notamment aux articles écrits par des militants de notre fédération.
Malgré un fastidieux mais nécessaire travail de traduction lors des ateliers, tous ont abouti à de réels échanges intéressants et la plupart à un texte de réflexion proposé au congrès en plénière. Certains ateliers comme celui sur la décroissance ont proposé des textes de réflexion assez poussés, tandis que d'autres comme l'atelier anarcha-féministe n'ont eu le temps que d'aborder un sujet pour la première fois et faire le constat qu'un plus grand travail de fond est nécessaire dans chaque fédération avant de pouvoir arriver à une analyse commune.
En parallèle des ateliers à thème, des ateliers de stratégie se sont tenus afin d'établir les grandes options qu'adoptera l'IFA pour les quatre ans à venir. C'est ainsi que pour 2008-2009 une campagne sur les centres de rétention et les personnes sans-papiers fut adoptée.
L'ensemble des fédérations s'est aussi mis d'accord sur l'envie de renouer nos contacts en Asie et d'en forger de nouveaux en Afrique, ainsi que de continuer à travailler avec les anarchistes sud-américains de plus en plus nombreux à se fédérer (des Mexicains, Vénézuéliens, péruviens et argentins étaient présents à Carrare).
Les journées à Carrare étaient longues, chaudes et intenses, mais il arrivait souvent en fin de journée que les ateliers, qui se tenaient en plein air, durent jusqu'au coucher du soleil, voire se retrouvent tôt le lendemain matin pour continuer le débat avant que la plénière ne reprenne à 9h30.
Ce congrès fut un moment parfaitement anarchiste: partage de savoirs, de langages, de cultures (et repas à prix libre, évidemment).
C'était un moment rassurant sur nos modes de fonctionnement et donneur d'espoirs sur nos potentialités.
Si la société libertaire ressemble à ces trois jours, on a d'autant plus de raisons de se demander ce que vont foutre les gens à La Rochelle…
Le secrétariat aux relations internationales de la Fédération anarchiste
_____________________________________________________________
|
|  Remballe ton pape ! | Le Monde libertaire n° 1524 du 11 au 17 septembre 2008
Invité par Nicolas Sarkozy, Ratzinger (alias le pape Benoît XVI ) sera pour la première fois en France du 12 au 15 septembre.
Des mouvements libertaires et des associations féministes et LGBTI appellent à manifester le 13 septembre à Paris contre la venue du patron des catholiques et du Vatican. Les organisations voient notamment dans ce show politico-religieux une menace contre la laïcité. Elles n'ont pas tort. En invitant le pape, Nicolas Sarkozy va encore nous offrir une rengaine sur les vertus de la " laïcité positive ", celle qui devrait rappeler les " racines chrétiennes de la France ". Il y aurait de quoi rigoler, mais le coeur n'y est pas. Quand Nicolas Sarkozy, chanoine honoraire de la basilique Saint-Jean-de-Latran à Rome, ose dire que " dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé ", on a le droit de flipper. Après une telle déclaration, le pire est à craindre avec l'arrivée de cours " d'instruction civique et morale " dans les bahuts à la rentrée prochaine.
Si Christine Boutin, ministre du Logement et de la Ville (mais aussi membre du Conseil pontifical pour la famille depuis 1995) doit se réjouir de la venue de son idole à Paris, on imagine que toutes les femmes n'iront pas s'agenouiller sur le passage de la papamobile.
Elles sont un certain nombre à se dresser contre les propos rétrogrades, sexistes, misogynes et lesbophobes de Benoît XVI. Aux étourdies, Ratzinger a déjà rappelé les règles prétendument dictées par Dieu à Ève dans la Genèse: " Le désir te portera vers ton mari, et celui-ci dominera sur toi ". Tout un programme.
L'histoire du " Péché originel " ne date pas d'hier. Pour montrer sa grande modernité, Ratzinger s'adresse aux femmes actives d'aujourd'hui. Celles qui le désirent " pourront consacrer la totalité de leur temps au soin du ménage […], tandis que celles qui désirent avoir d'autres activités pourront le faire, avec des horaires adaptés, sans être mises devant le choix de devoir sacrifier leur vie de famille. " En clair, les femmes peuvent choisir entre exploitation et surexploitation en n'oubliant jamais que c'est le mari qui porte la culotte. Nous ne sommes pas loin d'un petit manuel catholique d'éducation domestique qui a fait débat sur Monde libertaire.
Considérant que " le plaisir sexuel est moralement désordonné quand il est recherché pour lui-même, isolé des finalités de procréation et d'union ", Ratzinger rappelle encore aux femmes qu'elles ne sont pas là pour s'amuser. Pas question de plaisir, de droit de disposer de son corps, de contraception et encore moins d'avortement. Femmes, vous êtes là pour en baver. Accouchez. Rompez.
Selon le Vatican, la sexualité n'est envisageable que pour procréer. Dans cette logique, l'Église catholique mène une croisade constante contre le droit à l'avortement. En France, sous l'effet d'un lobbying catholique actif, les services hospitaliers qui pratiquent des IVG sont de moins en moins financés. Les bons chrétiens demandent également l'extension de la clause de conscience qui permet aux médecins de refuser de pratiquer des avortements.
Dans son délire moralisateur, l'Église catholique s'en prend par ailleurs aux moyens odes de protection aussi simples et peu coûteuses que le préservatif est tout simplement criminel.
Les lesbiennes, gays, bisexuels, transexuels et intersexes (LGBTI) ne disent pas merci non plus au pape. Ce n'est pas une nouveauté, la Bible condamne l'homosexualité. Évidemment, Ratzinger ne dit pas le contraire en décrivant " l'inclination particulière de la personne homosexuelle " comme " un comportement intrinsèquement mauvais du point de vue moral ". Les signataires de l'appel Remballe ton pape! réagissent: " Par ses propos, l'Église permet de légitimer toutes les discriminations et violences commises envers les LGBTI. Elle fait perdurer un ordre moral qui condamne à la sous-citoyenneté toutes celles et ceux qui ne veulent pas s'y conformer.
Cet ordre suppose qu'il n'existe que deux genres, naturellement déterminés par deux sexes, hommes et femmes nécessairement complémentaires, niant ainsi l'existence des personnes transgenres, transsexuelles et intersexes. "
Sale temps enfin pour les luttes d'émancipation quand Benoît XVI lance un message qui sonne comme un coup de matraque sur un crâne anarchiste: " Il serait criminel () de prendre les éléments de la piété populaire et de les orienter vers un plan de libération purement terrestre, lequel se révélerait rapidement comme rien d'autre qu'une illusion ". Traduction: " Avis aux opprimés. N'espérez pas un monde meilleur demain ou même après-demain. Ne vous révoltez pas contre vos maîtres et vos bourreaux. Rampez, courbez l'échine et vous atteindrez le bonheur… quand vous serez morts et enterrés. "
Après ces citations papales choisies, qui osera dire que l'anticléricalisme est désuet ? Réactionnaire, passéiste, obscurantiste, malsaine, complice des exploiteurs, l'Église catholique parle au monde comme si nous étions toujours au Moyen Âge.
Pour la séparation de l'Église et de l'État, pour la défense du droit à la contraception et à l'avortement libres et gratuits, pour l'émancipation des individus et des peuples, c'est le moment de gueuler bien fort Ni dieu ni maître!
Paco - groupe Zéro de conduite de la Fédération anarchiste - Le Havre
_____________________________________________________________
|
|  Edito du ML | Monde libertaire n° 1523 du 4 au 10 septembre 2008
On peut pas dire que ces semaines d'été passées aient été particulièrement ensoleillées, en tout cas pour nos coeurs libertaires : ce fut comme d'hab' la prévisible averse de chasse aux sorcières - pardon - aux émigrés, d'augmentations tous azimuts, gaz, électricité, transports et une dégelée de décisions impopulaires par nature comme la privatisation de La Poste pour 2011 ou l'insupportable projet Edvige de fichage généralisé… Moindre service et plus-coûtant, remaniements de personnel, suppressions de postes, gel des salaires, foutage de gueule quant au pouvoir d'achat ! Ce furent comme d'hab' les tartarinades du Bienfaiteur déhanché qui, pour plaire à son gourou "US" et poser - à ses pieds - en sauveur de la Civilisation, envoie la glorieuse armée française (ses godasses de cinq kilos et ses beaux treillis kaki bien visibles dans le désert) se faire ratatiner au bourbier afghan. Ce fut comme prévu la poursuite fastidieuse du Barnum électoral américain dont on n'a rien à cirer, noir démocrate ou blanc républicain, même libéralisme, mêmes guerres, même foi ridicule et meurtrière en la divine Croissance. Ce fut la poursuite encore plus fastidieuse du fastidieux feuilleton de l'université d'été du gentil PS, ses jeunes loups, ses vieux loups, ses promesses, son impuissance, son inutilité. Ce fut un jeu de massacre des populations du Caucase. Ce fut tout récemment l'annonce flamboyante du RSA financé par 1 % des éconocroques des bobos et des employés. Mais pas des vrais richards frileusement abrités sous le bouclier fiscal ou audacieusement planqués aux îles Caïman. Pour nous faire avaler ce sinistre brouet ambiant et son nauséeux condiment néolibéral, il nous en a fallu, cet été, avaler des titatas et sniffer des poudres aux yeux! Ainsi pas plus tard qu'il y a quelques jours, sur Radio-Paris (ou Radio-Banane ou Radio-Goulag), la présentatrice aux actualités, avec un inimitable ton de fausse big-sister et de vraie lèche-train, n'a pas eu scrupule à chevroter la perle que je vous livre : " Puisque les actualités, c'est aussi du sourire et du bonheur… " et à réentonner sans rougir le couplet éculé de l'équipe de hand-ball et des merdailles olympiques dont on nous gave depuis des lunes. Au milieu de tout ce glauque, enfin, Besancenot fut, et son Parti anticapitaliste. Mains tendues aux déçus des PS et PC, aux trotskards bien sûr et même aux libertaires… Y'a pas que du pipeau dans tout cela, précise dans nos pages Philippe Pelletier ; mais nous n'oublions pas Kronstadt, les méthodes de Lénine et de Trotski. Faire la révolution, certes, mais sans délégation, sans confiance dans aucun meneur, bref en ne laissant personne gérer nos affaires à notre place
_____________________________________________________________
|
|  Olivier reclus dans son NPA | Olivier Besancenot efface Élisée et expose sa volonté d'ouverture avec les libertaires. Ainsi, libertaires et marxistes pourraient se battre côte à côte, contre le capitalisme et envisager un avenir commun. Mais déjà les dés sont pipés, ainsi alors que d'après lui les marxistes sont " suspectés " d'autoritarisme, les libertaires seraient " condamnés " à l'impuissance. Le lexique judiciaire tient de seul argumentaire et les libertaires sont déjà jugés avant même d'avoir à présenter leur dos aux baïonnettes. Impuissance face à leur manque d'autoritarisme pour prendre le pouvoir, peut-être… Il faut faire fi des divergences du passé, nous exalte Olivier! Puisque le capitalisme est victorieux, il faudrait agir ensemble, d'autant plus qu'aucun courant politique n'a " supplanté " les autres. Comme si refuser toute idée de pouvoir était une méthode ou un savant calcul… Comme si la lutte contre toute forme de domination était une divergence du passé. Battre le capitalisme serait un but en soi, peu importe ce qui le remplacera… Il nous parle d'efficacité pour gagner. Voilà que les divergences du passé ressurgissent! Car nous n'avons absolument pas le même but. Pour les anarchistes, il ne s'agit pas de gagner le combat et de remplacer les dominateurs, mais de détruire toute forme d'exploitation. Notre but est la liberté. Du coup, contrairement à ce qu'annonce Olivier, le débat de fond est déjà esquivé. La question n'est pas à une union commune de direction de la révolution: nous voulons le fédéralisme intégral. Il ne s'agit pas, dans les quartiers ou les entreprises, de choisir de quelle couleur sera le papier toilette ou celle des lampadaires, si c'est pour laisser les décisions importantes à un nouveau parti, fût-il anticapitaliste. Révolution! La révolution, loin d'être un but en soi, est un moyen se débarrasser du capitalisme. Reste à savoir ce que nous souhaitons mettre en place ensuite. C'est un choix de société que chacun a à défendre. Soit on considère que nulle organisation de la société n'est possible sans prise en charge par un pouvoir quelconque (par de super individus plus aptes que d'autres à vivre en société?). Soit on considère que chaque individu est capable de prendre des décisions relatives à la vie en société et de les assumer, dans un cadre fédéraliste et autogestionnaire.
D'jo Militant à la Fédération anarchiste
_____________________________________________________________
|
|  Edito du Monde libertaire | Edito du Monde libertaire N° 1502 du 31 janvier au 06 février 2008
Avant quand on disait « général » on pensait assez souvent (?) au mécano de ladite locomotive et à la bouille lunaire de Buster Keaton. Maintenant on pensera aussi au lampiste de la Société générale. Piratage informatique, complicités diverses et à tous niveaux, on peut se perdre en conjonctures. Penser aussi que ce n'est que le petit bout del'iceberg et qu'il s'en passe sûrement de bien belles sans que les médias s'en emparent ! Les politiques ont beau « s'irriter », évoquer, histoire de faire peur, le spectre du krach de 1929, les faits sont là : le gouvernement français n'a été prévenu que trois jours après la «forfaiture». Le temps, informatiquement parlant, de gommer des traces et de faire porter le chapeau à un pseudo-hacker ? Va savoir ! Il y a quelque temps il était de bon ton de se gausser de lItalie sous la botte pailletée de Berlusconi. Mais la saga people du chef de l'État français ne fait pas que le bonheur des caricaturistes de notre bel Hexagone. De par le monde ça se gondole aussi. «Nouveau Napoléon », «Président Duracell », ça cartonne dur sur l'image de la fille aînée de l'Eglise. Et notre pouvoir d'achat dans tout ça ? Il a du plomb dans l'aile. On en viendrait presque à se demander où va l'argent des contrats juteux annoncés ça et là. Par contre la société du spectacle, elle, fait recette à guichets fermés. Sinon, côté social ce n'est pas le quart d'échec de la grève des fonctionnaires du 24 janvier qui va beaucoup nous remonter le moral. Il faut bien convenir que les élections municipales prochaines enrayent sérieusement les rouages syndicaux encore existants. Demain on rasera gratis et un monde merveilleux sortira des urnes, tel est le refrain lancinant qui bourdonne constamment à nos oreilles. Au début des années 1970 le Programme commun avait remplacé la lutte des classes dans les statuts des syndicats. Plus de trente ans après, les mêmes illusions perdurent. Pourtant le miroir aux alouettes du libéralisme a fait beaucoup de dégâts dans la gauche parlementaire, pour ne parler que d'elle. Un certain bon sens pragmatique pourrait redonner la priorité à l' «action syndicale ». Mais quand tordra-t-on le cou au léninisme et à la mise en laisse du monde du travail ? Il le faudra pourtant si l'on veut que se profile un autre futur !
_________________________________________ |
|  Edito du Monde libertaire | Miracle et fourberie des statistiques, un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) basé sur les chiffres fournis pars le ministère de l'Intérieur (on n'est jamais si bien servi que par soi-même) indique une décrue des actes racistes et antisémites en 2007. Mais ne réjouissez-vous pas trop vite car ce bilan n'intègre pas les tableaux de chasse du grand veneur Hortefeux et de ses meutes, étant entendu que traquer des étrangers en vue de les expulser ne comporte nulle once de racisme. Rien que de très normal en somme, car si on commence à assimiler le gibier à des humains, nous ne sommes pas sortis de l'auberge n'est-ce pas ? Toujours à propos de chiffres, mais ceux de l'économie cette fois, les indicateurs sont en berne. Le déficit public joue à l'excavatrice, la croissance s'ankylose, le pouvoir des ménages s'érode, pris en sandwich qu'il est entre la stagnation des salaires d'un côté et une inflation qui a des fourmis dans les jambes de l'autre. L'hypocrisie de nos gouvernants atteignant des profondeurs abyssales, l'expression « plan de rigueur » est proscrite. Nos modernes Diafoirus se contenteront (sic) de prescrire des saignées à répétition. Deux dames patronnesses du gouvernement, Martin Hirsh et Christine Boutin disposeront de moins de piécettes pour faire la charité aux pauvres, car la lancette va fouailler furieusement dans la maigre veine qui irrigue le RSA (Revenu social d'activité), tout autant que dans le microscopique vaisseau du logement. Le régime des retraites est en train d'être « remis à plat », autrement dit, les durées de cotisation gonfleront, alors qu'inversement les pensions s'aplatiront. Il est en effet une loi physique qui démontre que les exploiteurs ne manquent pas d'air quand les luttes s'essoufflent. Mais bon, ne pleurnichons pas, consolons nous avec la pitance que nous retrouvons dans nos assiettes. Le groupe agrochimique américain Monsanto, ce si doux bienfaiteur de l'humanité, annonce revoir à la hausse ses prévisions pour l'exercice 2008. N'est-il pas réjouissant de savoir que grâce à la merde que nous ingérons les budgets de la recherche en cancérologie seront soignés aux petits oignons… Bombardés d'OGM bien entendu ? La scène hexagonale vous déprime? Allez, consolez vous, Sarkozy va restaurer la « grandeur» de la France en envoyant 1 000 lobotomisés supplémentaires casser de l'Afghan. Les riches font la bombe pendant que les pauvres les prennent sur la gueule. Il est des menus qui font gerber et provoquent des violentes montées d'adrénaline.
_________________________________________
|
|  Edito du ML | Edito du Monde Libertaire n° 1510 du 27 mars au 2 avril 2008
Quarante années après mai 1968, on vit toujours une époque formidable… Mais, tristement bien sûr, dans le même sens. Après qu'à l'UIMM (anciennement Maîtres des forges, c'était plus clair) la cheftaine du Medef avait découvert que le roi était nu, une nouvelle botte secrète a été trouvée. Comme les pouvoirs publics font de la géopolitique bas de gamme (rééquilibrage, combien de grammes?) le syndicat unique du patronat fait dans la realpolitik. Pour présider l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie, 20 % des cotisations du Medef), elles et ils ont trouvé un homme de « gauche ». Pas vraiment, mais quand même, Frédéric Saint-Geours a fréquenté du beau monde. Énarque, mais conseiller de Maurois, « dircab» de Fabius, Henri Emmanuelli… De là à surfer sur la vague rose il y a une brasse, mais quand même. C'est la sémillante Laurence qui doit jubiler en son for intérieur. Pour relancer les réformes comme le préconise tout un aréopage, y'a du monde ! Va savoir si, dans les continuateurs détournés de la SFIO, y'en a pas qui voudraient montrer qu'ils peuvent aussi mettre la main à la pâte… C'est toujours le même problème, faut-il gérer les régulations du marché ouoeuvrer pour un autre futur ? Gagner des élections c'est mettre le doigt dans l'engrenage et consolider l'ordre existant. Tant d'efforts pour un tel constat devrait faire réfléchir les partisanes et partisans des élections. Mais, encore une fois, les illusions perdurent. Sinon pour le Tibet, ça ne se bouscule pas trop au portillon pour boycotter les JO de Pékin. Utilité, répercussions politiques… à combien de morts se décide-t-on ? Remettons-en une louche sur les retraites. L'augmentation du nombre d'années de cotisations pour les retraites met encore le doigt où ça fait mal. Les inégalités homme-femme au travail se révèlent dans toute leur crudité. En leur grande majorité, les femmes cotisent moins que les hommes dans leur carrière. L'avenir n'est pas rose pour l'autre moitié du ciel.
_________________________________________
|
|  Edito du ML | Edito du Monde Libertaire n° 1508 du 13 au 19 mars 2008
Au jour du bouclage c'est la journée des femmes, et internationale la journée ! Heureusement il va rester à l'autre moitié de la population terrienne 364 jours pour s'en remettre. N'empêche c'est sympa cette journée. Ça va faire plaisir aux femmes de Gaza qui se prennent des rockets dans la tronche avec leurs lardons, aux centaines d'épouses violentées et battues par leurs gentils conjoints ou à toutes les salariées sous-payées parce qu'elles ont pas de zizi. Cette journée c'est creux comme si Marie-Chantal singeant les militants, montait sur la table et braillait à l'encan : " et pour les femmes, hip, hip, hip hourrah… ". J'arrête je suis méchant rien que méchant. Pourtant on a tout lieu d'exulter me direz vous : Tête de Fillon nous assène que les chiffres du chômage n'ont jamais été aussi bas depuis la nuit des temps. Fabienne Brutus - mauvais élément de sainte ANPE- va en avoir une attaque. Cette admirable nouvelle-là tombe pile poil avant le premier tour des cipales, dont tout un chacun se contrefout par ailleurs. À part ça, les fumeurs n'en finissent plus de crever d'un cancer bien mérité et continuent de nous emmerder : chassés des beuglants et des troquets, ils s'agglutinent sur les trottoirs de nos villes et empêchent nos bourgeois de dormir : qu'on leur cloue la langue une bonne fois, qu'on les fiche à l'ADN! À part ça (bis), on délocalise, on bastonne, on ferme, on licencie dans nos chères entreprises de droit divin pourvoyeuses de jouets comme Smoby ou de bonbons comme Haribo. Les dollars yankees exportent à coup de bottes et de blindés leur démocratie qui sent la Bourse chez les sioux irakiens et les comanches sud-américains. Notre glorieuse et vaillante police continue à chasser le jeune et l'émigré. C'est la valse des dénonciations, des tasers et des gardes à vue, sur fond de gospel en centres de rétention. L'éthique règne dans le monde des entreprises, on vous dit, telle la main invisible du Marché dans la culotte de Devedjian… Devant tant de cynisme et de félonie, plus que jamais les luttes et la Résistance s'imposent : comme Roger Dadoun la fringale nous prend d'un général boycott, cet autre nom de la Révolution.
_________________________________________
|
|  Edito du Monde libertaire | Edito du Monde libertaire N° 1501 du 24 au 30 janvier 2008
La guerre des classes fait rage. Si les médias et les soi disant représentants du prolétariat n'en parlent guère, occupés qu'ils sont à préserver leur gamelle et la fumeuse représentation syndicale, le Médef, lui, dévore à belles dents toutes les avancées durement acquises en cent cinquante ans de luttes. Un secteur qui ne chôme pas, c'est le théâtre ! Pas celui des acteurs, metteurs en scène, machinistes et autres intermittents du spectacle, mais bien celui de la poudre aux yeux que notre bienfaiteur suprême nous balance en pleine poire. Les Rolex, Patek-Philips, chaînes en or avec médaillon et autres bimbeloteries s'étalent complaisamment sur la poitrine chétive du cynique matamore bling-bling de l'Élysée. Les robes signées, dont il serait paraît-il indécent de dire le prix, attifent les divas, et autres déesses de la politique-showbizz; autant de camouflets infligés avec morgue à la face des travailleurs, des émigrés, des èrémistes, des chômeurs en fin de droit – bref des gueux que tout ce joli monde considére avec insolence et mépris comme un troupeau bruyant voire odorant, taillable et corvéable à merci aux fins de financer les cadeaux somptuaires largement distribués aux nantis et aux riscophiles de tous poils. Les voyages au bout du monde, les séjours en palais des mille et une nuits, les croisières en yacht, les orgueilleuses et affriolantes histoires de fesses plus ou moins mondaines viennent avec délicatesse nous rappeler de conserver notre rang et de ne pas en faire un pataquès si le prix des denrées de première nécessité a pris 30 pour cent au supermarché du coin plus vite qu'il n'en faut à un chef d'entreprise pour délocaliser au Bengladesch. Nos maîtres à (dé)penser, férus de respect envers les cocasses et exotiques superstitions officielles et si prolixes en leçons de morale (pas beau fumer, boire, pas beau se soigner, profiter de sa retraite, pas beau de ne pas acheter des soldes, pas beau de ne pas être à genoux devant Sainte Croissance, etc.), pour tout dire si fiers de leur réussite sociale et de leur entregent, battent tous les records de vulgarité, de prétentiardise et de cynisme élitiste à la face de ceux qui en bavent, qui crèvent d'angoisse et/ou de faim; de ces otages (vous avez dit otages!) d'un monde mis en coupe réglé par la féroce mondialisation néolibérale du fric et de la violence militaire et flicarde. Ah comme nous aimerions, tel certain poète affamé de la révolution de 1848, discerner dans le silence nocturne des mansardes et des HLM, non pas les bang bang de débiles séries américaines, mais le petit bruit aigre et bien réconfortant des couteaux qu'on affûte !
_________________________________________ |
|  Edito du ML | Edito du Monde Libertaire n° 1506 du 28 février au 5 mars 2008
Bon alors, dans cet édito on dirait qu'on parle pas du petit prince-des-cauchemards! C'est vrai, même sans lui, ça rouspète un peu partout dans le monde et en Franchouillie et malgré l'amoncellement d'injustices et de cynisme, Heike Hurst réussit tout de même à nous rapporter une brise rafraîchissante du festival de cinéma de Berlin et des films de jeunes qui défrichent en beauté une abominable réalité. Au Sud, les faibles et les pauvres continuent à se faire affamer, torturer, spolier, torturer, massacrer dans ce que nos descendants de colons appellent le tiers ou le quart monde selon leur échelle de Richter du pillage. Au Nord, les employés, les ouvriers, les cadres, trop naïfs, continuent à être licenciés, délocalisés ou priés d'aller se faire voir dans une autre ANPE édénique… Les enseignants et les étudiants s'échinent à manifester oppositions et analyses lucides au décimage organisé de l'éducation… Les gens de cinéma et les artistes intermittents ou indépendants continuent à dénoncer l'emprise des gros marchands de soupe de spectacles… Tout un petit monde de gueux renaude face au démantèlement des services publics de tous les jours, postes, transports, justice prud'homale etc. Tout cela n'empêche pas leurs gouvernants, parachutés par les puissances de fric et à la tête des démocraties-représentativemon- cul, de s'envoyer par média interposés des congratulations auto-satisfaites. Bien sûr, ce ne sont pas les « oppositions institutionnelles », comme dirait ton prof de Sciences Po, qui veulent et peuvent y changer grand-chose: Le mou et gras saint-parti-socialiste empêtré à justifier les mêmes réformes mais sans en avoir l'air; les veules et calculatrices grosses centrales syndicales coincées entre une représentativité à 7 % et un cupide désir de garder les bonnes places de leurs permanents et qui pour cela s'écrasent mollement face à un Médef déchaîné qui promène en laisse nos fringants politiques. Quant aux municipales…sans commentaires. Gardons un peu de bon sens: tous ces pépiements de salons, de Chambres, de symposiums entre gens-bien lavés n'arrivent pas à couvrir les hurlements désespérés et vains de tous les étrangers, enfants, femmes, jeunes hommes, raflés et parqués tels des bêtes, comme au regretté temps du maréchal, avant d'être renvoyés, avec un bon bâillon démocratique, vers la terre de leurs ancêtres qui se trouve être aussi celle de leurs bourreaux. Pour finir, on avait promis de ne pas en parler, mais on résiste pas : À l'expo d'agriculture not'petit président s'est encore colleté avec un quidam; sa cote baisse jusqu'au trou noir, mais c'est pas grave pour France-inter car Fillon n'a jamais été aussi haut chez les sondés! Vous connaissez la blague du bon et du méchant flic? Vous en voulez encore?
_________________________________________
|
|  Edito du ML | Edito du Monde libertaire n° 1505 du 21 au 27 février 2008 L'étalonnette a toujours accordé une grande importance aux sondages, étant entendu que ce miroir a pour obligation de lui renvoyer une image aussi belle que celle qu'il a de sa divine personne. Las, le bon peuple manifeste des signes de grande lassitude, du coup, l'homme qui n'aime que lui-même fait un peu moins le faraud. Que faire alors pour carlabruniser les coeurs et restaurer une confiance qui fond comme la banquise au pôle Nord? Ben pardi, réutiliser des recettes éprouvées pour limiter la casse lors des prochaines élections municipales ! D'abord il envoie Fillon, un mec très propre sur lui, mais seulement sur lui précisons-le tout de suite, répéter que la chasse aux étrangers sans papiers ne mollira pas, puisque, en 2008, 26000 humains qui ne sont pas des fils ou des filles de la chrétienne Europe (sic), devront être raflés puis expulsés par le colonel Hortefeux et ses sbires.Au cas où cet engagement ne suffirait pas pour flatter les plus basses pulsions des bouffeurs d'étrangers, l'ami des milliardaires prône un retour de la morale à l'école. Pour pousser droit, euh pardon à droite, les loupiots devront se lever à l'écoute de l'hymne national car cela leur fera un excellent entraînement pour entonner dans la foulée un vibrant « Nicolas nous voilà ! » Ces histoires de culte au drapeau et au petit Timonier restent muettes sur le pouvoir d'achat ? Qu'à cela ne tienne, l'impayable Éric Woerth, ministre du Budget, dit exclure la possibilité d'un plan de rigueur après les élections municipales de mars. Ni TVA, ni CSG ne seront rehaussées, clame le grand corbeau qui a du mal à cacher le subit allongement de son bec. Comme tout irait bien si gober de tels boniments sans moufter ou bien avaler des pilules de Prozac était obligatoire… Ainsi, le quart des salariés du privé qui affirment avoir été victimes de différentes discriminations à cause de leur sexe (21 %), leur nationalité (17 %), leur âge (8 %), leur physique (7 %), verraient la vie en rose ! Mais, décidément, les travailleurs sont des ingrats, nous vous en fournissons un exemple supplémentaire. Michelin annonce un bénéfice net de 35,3 % en 2007 tout en maintenant sa volonté de fermer l'usine Kléber de Toul. Aussitôt le titre perd 1,7 % à la Bourse de Paris car les actionnaires sont déçus de l'insuffisance de la marge (9,8 % au lieu des 10,2 % attendus). Les salariés qui vont bientôt être jetés comme des pneus usés sont furieux, ne seraient-ils pas un peu gonflés ? _________________________________________
|
|  Edito du Monde libertaire | Edito du Monde libertaire n° 1504 du 14 au 20 février 2008 La vue d'un kiosque à journaux ou d'un centre de presse rend, en ces jours, dubitatif, voire mélancolique, dans le sens premier du terme. D'un côté on voit le président de la République avec sa nouvelle épousée. De l'autre, des magazines plus sérieux (?) affichent la même bobine élyséenne, en solo, et parlent de « déceptio n, de « ce qui cloche », ça branlerait-il dans le manche ? Ça gamberge dur pour expliquer pourquoi nombre d'électrices et d'électeurs du propriétaire des rênes de l'État se mordent les doigts devant l'étendue du désastre. Il n'est pas besoin d'être anarchiste pour faire la liste des promesses non tenues. Et d'affirmer, encore une fois, que le miroir aux alouettes a fonctionné à merveille et même plus. Villepin et les autres, qui déclaraient urbi et orbi il y a quelque temps qu'ils ne céderaient jamais à la rue, doivent faire leurs choux gras des reculades médiatisées de leur successeur. Taxis, buralistes, fonctionnaires (ma non troppo!), le hamster de l'Élysée veut réparer une partie des bévues commises par son gouvernement. On se demande même pourquoi les syndicats représentatifs ne remettent pas le couvert. Il est vrai que, dernièrement, ils ont à la quasi-unanimité relu La Boëtie ! La baisse de popularité dans les sondages, une «branlée» annoncée pour l'UMP aux prochaines municipales, des dissensions internes, tout ça commence à faire beaucoup de pierres dans le jardin du pouvoir en place. Et, cerise sur le gâteau, le chef de l'État mettant dans l'Est français un masque de syndicaliste ! Qu'on se rassure, ils et elles n'ont pas lâché l'essentiel. Le Code du travail poursuit sa descente dans les oubliettes, la reconnaissance juridique du foetus menace directement le droit à l'avortement… et la ratification du traité de Lisbonne se fait à la nuit tombée. Autant de raisons pour continuer tous nos combats sans attendre que l'espoir sorte des urnes.! _________________________________________
|
|  Edito du ML | Edito du Monde libertaire N° 1502 du 31 janvier au 06 février 2008
Avant quand on disait « général » on pensait assez souvent (?) au mécano de ladite locomotive et à la bouille lunaire de Buster Keaton. Maintenant on pensera aussi au lampiste de la Société générale. Piratage informatique, complicités diverses et à tous niveaux, on peut se perdre en conjonctures. Penser aussi que ce n'est que le petit bout del'iceberg et qu'il s'en passe sûrement de bien belles sans que les médias s'en emparent ! Les politiques ont beau « s'irriter », évoquer, histoire de faire peur, le spectre du krach de 1929, les faits sont là : le gouvernement français n'a été prévenu que trois jours après la «forfaiture». Le temps, informatiquement parlant, de gommer des traces et de faire porter le chapeau à un pseudo-hacker ? Va savoir ! Il y a quelque temps il était de bon ton de se gausser de lItalie sous la botte pailletée de Berlusconi. Mais la saga people du chef de l'État français ne fait pas que le bonheur des caricaturistes de notre bel Hexagone. De par le monde ça se gondole aussi. «Nouveau Napoléon », «Président Duracell », ça cartonne dur sur l'image de la fille aînée de l'Eglise. Et notre pouvoir d'achat dans tout ça ? Il a du plomb dans l'aile. On en viendrait presque à se demander où va l'argent des contrats juteux annoncés ça et là. Par contre la société du spectacle, elle, fait recette à guichets fermés. Sinon, côté social ce n'est pas le quart d'échec de la grève des fonctionnaires du 24 janvier qui va beaucoup nous remonter le moral. Il faut bien convenir que les élections municipales prochaines enrayent sérieusement les rouages syndicaux encore existants. Demain on rasera gratis et un monde merveilleux sortira des urnes, tel est le refrain lancinant qui bourdonne constamment à nos oreilles. Au début des années 1970 le Programme commun avait remplacé la lutte des classes dans les statuts des syndicats. Plus de trente ans après, les mêmes illusions perdurent. Pourtant le miroir aux alouettes du libéralisme a fait beaucoup de dégâts dans la gauche parlementaire, pour ne parler que d'elle. Un certain bon sens pragmatique pourrait redonner la priorité à l' «action syndicale ». Mais quand tordra-t-on le cou au léninisme et à la mise en laisse du monde du travail ? Il le faudra pourtant si l'on veut que se profile un autre futur ! _________________________________________ |
|  Edito du ML | L'éditorial du Monde libertaire n° 1487 du 27 septembre au 3 octobre 2007 :
" Bush et Kouchner, va-t-en-guerre sans frontière ", pouvait-on lire la semaine dernière sur une banderole à Washington. C'était Centre d'études stratégiques et internationales.
Kouchner " chef de la diplomatie française " y a été houspillé par des militantes antiguerre. " Dimanche, Kouchner a dépassé Bush ", a déclaré Gaëlle Murphy, une des militantes expulsées par le service de sécurité.
Le pauvre docteur avait beau se déclarer " pacifiste ", la secrétaire d'état Condoleezza Rice l'avait torpillé auparavant en déclarant qu'il n'y avait aucun désaccord fondamental entre Bernard et elle ! à l'élysée, on doit se réjouir que les ralliés du PS (ceux qui ont changé de collier…) apprennent si vite les leçons. Dans les gazettes, on nous apprend même qu'il y a de nouveaux arrivages. Ceux qu'on appelle les " seconds couteaux " rallieraient nombreux les cabinets ministériels du Premier ministre Fillon.
Pourtant ça ne lui réussit pas trop en ce moment. On dit même que sa cote de popularité, tout comme celle du président de la La phrase choc de Fillon (" Je suis à la tête d'un État qui est en situation de faillite financière ") prononcée vendredi dernier en Corse et sa mine renfrognée à la une des journaux ne doivent pas arranger l'affaire. Celui qui a été qualifié par le joggeur suprême de " collaborateur " a choisi sa manière à lui de ruer dans les brancards. Allez parler après de complémentarité entre l'élysée et Matignon !
Sur le front social (sic), on nous promet un réveil unitaire le 18 octobre prochain. Tous unis derrière les cheminots? ça ne se bouscule pas au portillon, ça traîne même des pieds. Les syndicats de fonctionnaires se tâtent encore, d'autres aussi. On va taire les noms, rideau. Nous n'en sommes plus à la préparation du Grand Soir, mais construire l'unité de la classe salariée devrait être sérieusement à l'ordre du jour.
" Pas de passage en force " dans les négociations à venir, déclare Xavier Bertrand (ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité ), " Rien n'est ficelé ", rajoute-t-il. Mais le forcené de l'élysée voudra pousser à la vitesse supérieure !
Pendant ce temps-là, à Belleville à Paris, c'est " la chasse " aux sans-papiers chinois. La riposte dans l'Est parisien est unitaire. Si seulement ce qui reste de syndicalisme pouvait en prendre de la graine...
____________________________________________________________ |
|  Le viol discret du Code du Travail | Article du Monde libertaire hors série n° 33 du 27 décembre 2007 au 16 janvier 2008 Chroniques syndicales J-P G
Avant la « trêve des confiseurs », le parlement a tranché. Le code du travail version light a été adopté. Les voix de la gauche parlementaires se sont élevées, mais … Comme l'avait déclaré Gérard Filoche sur Radio libertaire aux « Chroniques syndicales » courant septembre (dont nous transcrivons ci-après la teneur) le débat ne passionne pas les foules : bien sûr aucune « une », à peine quelques lignes et encore, dans les quotidiens d'opinion. La presse financière ne pavoise pas, les « people » non plus. C'est vrai qu'avec les frasques élyséennes, ils et elles ont d'autre grain à moudre. Bon solstice d'hiver quand même. Radio libertaire : Aujourd'hui nous recevons Gérard Filoche pour son livre La vie, l'amour sont précaires, pourquoi le travail ne le serait-il pas ? Ce livre a été édité chez Jean-Claude Cazevich. Le CPE et le CNE ont été deux prétextes à réécritures des 3851 articles du Code du Travail prévu par M. de Villepin. Une commission travaillait depuis août 2005 pour refondre les dizaines de livres du Code en 38 chapitres touchant aussi bien à la doctrine, à la nature du contrat, au CDE, au droit de licenciement, qu'aux détails des droits eux-mêmes dans toutes les branches et les métiers. Il était prévu que des ordonnances seraient votées pour refaire le nouveau Code en août 2006. Le magnifique mouvement social de février/avril aura différé ces ordonnances, mais pour combien de temps ? Le CPE a été retiré, mais qu'en est-il des autres attaques contre le droit social ? Nicolas Sarkozy qui en appelle à la rupture, ne cesse de proclamer qu'il est favorable à la destruction de 120 ans d'acquis sociaux. L'OCDE reproche au gouvernement français d'avoir cédé à « des groupes de pression vociférants » qui auraient empêché de flexibiliser le travail. Le MEDEF, lui, reprochait au CPE de ne pas aller assez loin dans la remise en cause du CDI. Des rapports multiples prônent la précarisation de tous les contrats salariés. « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? », explique Laurence Parisot, successeur du baron Sellières à la tête du MEDEF. Elle recommande de la collaboration à la place de la subordination, la flexibilité à la place du licenciement. Le contrat « objectif cinq ans » à la place du CDI, la séparabilité à la place du droit à l'emploi. Le contrat gré à gré à la place du contrat collectif, enfin cette rupture avec notre droit social aura-t-elle lieu ? Le droit du travail est un droit intime qui concerne 16 millions de salariés dans le privé. Cela joue dans leur quotidien, dans leur activité professionnelle, même quand ils ne le savent pas. C'est un droit peu enseigné, peu reconnu, mais c'est un droit décisif. Le bafouer peut mettre des millions de jeunes dans la rue. Il a secoué toute la société française autour du CPE et du CNE et ce n'est peut-être pas fini. Donc le livre de Gérard Filoche est un livre exceptionnel, qui ne plaît pas à bien des radios comme il l'écrit. Il fait l'inventaire des questions du droit du travail, il enquête sur la destruction de 150 ans d'histoire républicaine et sociale de notre pays depuis que le MEDEF selon ses propres termes a nommé à sa tête des tueurs pour mener la guerre aux 35 heures. Alors, Gérard Filoche, que va devenir le Code du travail et cette rupture chère à M. Sarkozy avec notre droit social aura-t-elle lieu ?
Gérard Filoche : Malheureusement les choses sont dans une mauvaise voie, je vais vous le dire et j'essaye de le dénoncer dans tous les médias, mais il y a beaucoup d'embûches …, bref je vous remercie de m'avoir invité ! Il y a un scoop, il y a un nouveau code du travail en France qui a été promulgué le 12 mars dernier par ordonnance suite à une décision du conseil des ministres le 7 mars. Vous ne le savez pas, les Français ne le savent pas, les salariés ne le savent pas, Le Monde n'en a jamais parlé, Libération non plus. Et partout, tous les syndicats se sont prononcés contre, en temps utile, et malgré cela il est promulgué et va s'appliquer pour sa partie juridique le 30 septembre prochain, c'est-à-dire dans quinze jours (l'interview remonte à septembre 2007 NDLR) ; c'est la première fois depuis cent trente ans que le Code du travail existe que cela arrive. Il y a eu une légère recodification, c'est-à-dire un ajustement des numéros des articles en 1973 mais cela n'avait rien touché de fondamental. Tandis que là, ils ont totalement déstructuré le Code du travail entièrement dans une indifférence organisée et avec des méthodes non parlementaires sans concertation et sans débat. Vous allez me dire que ce que raconte Filoche n'est pas possible, qu'on ne peut changer le Code du travail dans ce pays sans que ça se sache ! Eh bien si ! Parce qu'en vérité, il y avait des ordonnances prises en 2001, la bonne intention était de retravailler les textes juridiques pour qu'il n'y ait pas trop de redondance. M. de Villepin a transformé ça en simplification du Code du travail. En 2005, ils devaient tout régler par ordonnance, avec le CPE en mai, juin 2006 ils devaient faire ratifier cela par le Parlement. C'est la victoire contre le CPE qui l'en a empêché. Du coup, des délais étaient dépassés, épuisés pour faire ça. Courant octobre 2006, tout aurait été réglé, donc l'année dernière. Alors ils ont fait une manœuvre, une magouille, ils ont utilisé la loi sur l'intéressement et la participation qui a été adoptée sans grands débats à l'automne dernier par le parlement (15 décembre 2006) publiée au Journal officiel le 30 décembre 2006. Donc je suis sûr que vous l'avez tous lu, car le 30 décembre tout le monde se précipite pour lire le Journal officiel ! Et ils ont introduit un article, n° 57, qui prolonge les délais de l'habilitation pour neuf mois, jusqu'au 30 septembre 2007. Vous voyez comment les choses se passent, pas d'articles, pas d'informations. C'est ce qu'ils appellent un cavalier parlementaire, un article qui parle d'une chose, dans une loi qui parle d'une autre chose ! Donc le premier janvier, ils avaient un délai de neuf mois. A une réunion au Sénat (le 29 janvier) le ministre du travail déclare qu'il faudra tout faire avant la présidentielle. Il y a eu quelques sénateurs qui ont tout de même exprimé leur indignation en disant que ce n'était pas possible. Il a fait un second test devant une commission parlementaire (6 février), tous les syndicats ont grimpé au plafond. Il y a eu des réactions, même un communiqué syndical commun qui dénonçait la marche forcée. Et puis finalement le 7 mars, j'étais à Périgueux où était jugé l'assassin de deux inspecteurs du travail (2 septembre). Le conseil des ministres avait bien promulgué la loi qui n'était pas applicable tout de suite (JO du 12 mars. Chirac était coutumier du fait. L'application des modifications du Code du travail entre en vigueur pour la partie législative le premier octobre et pour la partie réglementaire, une grosse partie évidemment, en cours de finition, applicable le premier mars 2008. C'est vous dire que le changement est d'importance, sous le secret, le mensonge, le silence effrayant des médias. On me dira qu'il n'y a pas tellement de changement que cela, que c'est de la simplification, qu'après tout il faut juste réécrire … Eh bien non ! ils ont doublé le nombre d'articles, mais par contre ils ont fait des opérations inouïes. Ils ont transformé500 lois en décrets, c'est-à-dire qu'ils n'ont plus besoin ensuite de passer par le parlement pour les virer du code. Par exemple, la question de la durée du travail, c'est une question qui depuis le XIX ème siècle est liée à la santé du travailleur. Elle était donc au chapitre Conditions de travail, ils l'ont mis au chapitre Salaires. Il n'y a donc plus de rapport entre la santé et la durée de travail ! Un deuxième exemple, le contrat d'apprentissage était un Contrat de travail, ils l'ont mis dans la partie Formation professionnelle, ce qui va changer beaucoup de droits. Un troisième exemple, le droit de grève était un droit constitutionnel, d'ordre public et social. On ne peut pas le négocier puisqu'il s'applique à tous. Eh bien ! ils l'ont mis dans la partie Négociations collectives. Donc cela pourra au niveau de l'entreprise servir de monnaie d'échange ! Cela permet donc de négocier un droit qui est constitutionnel et donc non négociable ! Pour la partie Inspection du travail, on était assuré de son indépendance (garantie par l'OIT, convention 81). Là, on est placé dans le chapitre Administration du travail. Notre tâche était d'alerter les pouvoirs publics sur le sort fait aux salariés, pas de servir la politique des gouvernements en place ! Ce ne sont que quelques exemples, mais je pourrais en donner plus. On me dit qu'il y a des choses obsolètes dans le Code du travail, qu'il faut changer. Un exemple : il est prévu des chambres d'allaitement dans les entreprises de plus de 300 personnes … Il y a toujours eu des journalistes pour me dire que ça n'existe plus … On peut en discuter, mais il y a dans ce texte, un petit alinéa qui stipule qu'en cas de non présence de ces chambres, la personne peut bénéficier d'une heure par jour (en accord avec l'employeur) pour allaiter son enfant jusqu'à l'âge d'un an. C'est cela qu'ils veulent faire sauter, des petits droits de ce type qui vont être balayés. J'ai déjà vu à Virgin une déléguée du personnel qui voulait allaiter son enfant. Il a fallu intervenir à plusieurs reprises pour que ce droit soit respecté. Dans le Code du travail il y a dix articles fondamentaux, aux Prud'hommes ou ailleurs. Et il y a des centaines d'articles spécifiques, des cas précis pour certains métiers qui complètent tout cela. En fait, ce qu'ils font c'est mutiler le Code du travail dans ses fondements doctrinaux, ils transforment des lois qu'ils ont l'intention de passer à la trappe, et ils enlèvent des centaines de « petits droits » qui ont été conquis à force de lutte, de grève pendant plus d'un siècle … J'ai été long mais si les auditeurs ((et lecteurs !)) veulent bien l'entendre, j'aimerai qu'ils m'aident à percer le mur du silence autour de la destruction du code eu travail. Certains disent que ce n'est pas si grave que ça, qu'on va s'arranger, moi je dis que c'est très grave ! Toute la jurisprudence va devenir caduque, les délégués du personnel, syndicaux, les inspecteurs du travail vont devoir apprendre les nouvelles réglementations. C'est une thérapie de choc, la destruction et je suis viscéralement choqué par le fait que ça se fasse dans le silence, que les grands journaux n'en parlent pas. J'ai entendu des animateurs de radio, de télé, déclarer que c'était trop compliqué, que les gens ne comprenaient pas, qu'on rentrait dans des détails trop techniques, et que ça faisait tomber l'audience ! Moi je prétends que non ! C'est un droit mal connu, mal enseigné, mais les gens en ont tous besoin. Cela concerne leur vie quotidienne même quand ils ne le savent pas. Lorsqu'on arrive à leur expliquer de manière pédagogique ce qui va leur arriver, ils comprennent et contrairement à ce que disent les médias, cela ne les ennuie pas. Je vous remercie de ne pas m'avoir interrompu ; dans d'autres radios, au bout de quelques minutes, je suis coupé ! On me déclare que c'est trop compliqué … Pourtant c'est simple, la machine à broyer le Code du travail est en marche !
Radio libertaire : Quelques questions … le projet est-il vraiment bien ficelé ? N'y a-t-il pas des failles juridiques, est-ce qu'on ne peut pas imaginer des contradictions au niveau juridiques, comme au niveau du Bureau international du travail ? Le cas flagrant étant le « nouveau » statut des inspecteurs du travail ?
Gérard Filoche : Tout ça est bien évidemment sur le tapis. Il y a des recours qui sont en route au Conseil d'État, le Conseil constitutionnel pourrait être saisi … Prenons bien sûr le cas des inspecteurs du travail. On nous dit maintenant « vous allez aider Monsieur Hortefeux à chasser les immigrés ». Ça nous rappelle en arrière, on comprend bien 40/44 c'est ça ! On nous dit « vous allez être sous la tutelle de contrôle de ce ministère et non plus lui faire des rapports sur l'état des salariés de ce pays. Pour mémoire, la mission des inspecteurs du travail est sous le contrôle du Ministère du Travail depuis 1906. On a fêté le centenaire l'année dernière, encore une fois très discrètement. Avant, on était sous le contrôle du Ministère du Commerce et de l'Industrie. C'était pas terrible, c'étaient les débuts, l'Inspection du travail a été créée en 1892. Passer sous la tutelle du Ministère du travail confortait notre indépendance et le sens de notre mission. En vérité, dans le monde entier, c'est comme ça que ça se passe, les conventions l'entendent ainsi. Mais là, on nous découpe notre boulot, si on nous assigne une mission particulière, caractéristique, en fait, celle de faire du chiffre pour le ministère des expulsions … Si j'ai bien compris, il s'agit de 25 000 expulsions avant 2007. On va demander aux inspecteurs du travail de mettre la main à l'ouvrage ? Ce serait, bien sûr, au détriment de leur travail journalier et de plus en contradiction avec leurs objectifs fondamentaux. Indépendance ? Là aussi on a engagé des recours auprès de l'OIT. Tout ça a démarré, mais pour le moment, le gouvernement est lancé, il s'en fout, il avance. Il faut bien comprendre que le rouleau compresseur est en marche. Nous savons, bien sûr, que nombre de salariés ont voté pour Sarkozy. Il n'aurait pas gagné s'il n'avait eu que les voix du MEDEF. 53% des voix des Français, il y a donc des salariés là-dedans. Je le sais, nous le savons, ils se sont faits avoir s'ils ont donné leur voix à celui-là. (( Pourquoi nous refusons de participer à la mascarade électorale, voir la page Élections sur le site !)). Aucun salarié n'avait intérêt à voter pour lui, mais la conscience politique n'est pas chose facile. Quand on n'est pas informé, quand on ne sait pas ce qui vous attend, quand on ne connaît pas le Code du travail. Les autres avancent au rouleau compresseur. J'ai entendu hier que le MEDEF se réjouissait. Il avait reçu les syndicats et il leur avait proposé un nouveau type de contrat. Ce n'est pas franchement nouveau. Ça se résume à mettre en pièces le CDI. Il ne faudrait plus calculer la durée du travail ni sur la semaine, ni sur le mois, ni sur le temps, mais dire : « nous vous fixons un objectif, une mission et le contrat s'arrêtera quand vous aurez atteint l'objectif, effectué la mission ». C'est comme chez les architectes, « Dans trois mois vous devez me rendre du travail et débrouillez-vous. Je vous donne un forfait ». Les gens y laissent leur santé, travaillent 15 heures par jour … Ce genre de choses, c'est le retour au servage. Car les précités doivent courir après un autre emploi. Retour aux loueurs de services, de bras d'avant le salariat. C'est la tentative de ne plus appliquer de droit collectif à l'activité salariale. C'est individualiser chaque contrat pour un objectif donné en échappant au calcul horaire, aux conventions collectives, à la lecture du contrat … C'est cela que Parisot voulait exprimer avec sa « déclaration poétique » sur la précarité. Mais que cela veut-il dire ? Eh bien que depuis 50 siècles l'humanité se trompe. Nos ancêtres dans les temps les plus reculés luttaient contre la précarité, la soif, la faim, le froid, la souffrance … ils ont cherché à s'en sortir. On a inventé l'agriculture, c'était pour lutter contre la précarité de la cueillette, on a inventé l'élevage contre la précarité de la chasse … L'histoire de l'humanité est l'histoire de la lutte contre la précarité. Et arrive Parisot, l'intellectuelle du travail et de la liberté qui nous déclare que « tout doit être précaire ». Donc l'humanité se trompe dans sa recherche de stabilité, de vie décente, de garantie … Moi, je vous dis, Mme Parisot, vive Cromagnon ! Retournons avant l'invention de l'agriculture et de l'époque de l'élevage. Et que chacun se débrouille au jour le jour, au mois le mois, parce que le droit est étouffant. Cette dame est même allée plus loin ; elle a osé dire que « la liberté s'arrêtait là où commençait le Code du travail ». Ça se médite, féminisme et patronat … J-P G (A suivre, bien sûr ) _________________________________________ |  |
|  Tract distribué lors de la manif étudiante à Rouen le 8 novembre dernier | Bonsoir, Nous sommes étudiants, chômeurs, RMIstes, cheminots, salariés, lycéens, ou même profs. Si nous prenons le pavé, si nous bloquons le centre-ville de Rouen, c'est parce que nous en avons plein le cul. Parce que, chaque jour, nos vies sont un peu plus misérables et ennuyeuses. Et que nous savons que ça n'ira pas en s'améliorant. Nous pensons qu'il y a une guerre en cours. Une guerre contre tous ceux qui ne filent pas droits, contre tous ceux qui ne se lèvent pas assez tôt, contre tous ceux qui, désabusés, n'en peuvent plus de cette société, de ses rapports entre les gens, entre nous. Tous ceux que les cures de valium ou les promesses de politiciens ne calment plus. Pour une fois, nous nous retrouvons, par delà les faux clivages qui nous isolent : jeunes, vieux, chômeurs, salariés, cailleras ou on ne sait plus quelle distinction stupide. Nous n'avons rien à vous vendre, aucun parti politique à rallier. Nous vous invitons simplement à nous rejoindre, autour de la volonté commune de s'organiser, de résister, pour en finir avec l'apathie, pour arrêter de subir, pour attaquer. Si nous voulons tout bloquer, tout arrêter, c'est pour que nous puissions nous retrouver, pour qu'enfin quelque chose de nouveau puisse arriver, se lever. Si vous nous entendez, nous vous attendons. Avec armes et bagages. A bientôt
_____________________________________________________________
|
|  Edito du ML | Le Monde libertaire n°1492 du 1er au 7 novembre 2007
La Birmanie ne fait plus recette. Entendez par là qu'elle ne fait plus la une des journaux. Pourtant la junte militaire réprime; l'ONU se tait, les pays voisins regardent en l'air et l'Europe kouchnérisée renoncerait aux sanctions…
La loi du marché brouille le paysage, elle occulte même tout le tableau. Question: la Chine peut-elle vraiment sortir du capitalisme?
Dans notre " douce " France la société du spectacle marche à toute berzingue. Le jogger frénétique de l'Elysée en remet sur les coups médiatiques en rendant visite à des cheminots dans un centre de maintenace. Face à face pour la galerie, où " Bande d'inconscients " répond à " On est en train de s'appauvrir avec votre réforme des retraites. "
Bon, fallait-il devant les médias discuter avec le propriétaire de l'Élysée ou lui foutre sur la gueule ? Éternelle question. Faut-il discuter avec son bourreau ou lui accorder des circonstances atténuantes…
Le mouvement ouvrier ou ce qu'il en reste, peut-il encore se contenter de ces turlupitudes ? A-t-il encore assez de forces pour opposer un front uni et revendicatif face au grand bond en arrière (merci François Béranger) qu'on nous installe ?
Force est de constater que les efforts militants sont plutôt partidaires. Le PC soutient les cheminots, répond aux attaques du gouvernement, perdurant la célèbre image de la courroie de transmission. Pour ne rien enlever au tableau, l'extrême gauche et les " autres " ne font pas mieux. Le mouvement syndical est, une fois de plus, à la remorque pour des objectifs qui ne sont pas les siens.
Un député, comme un militaire, peut cumuler pas mal de choses. L' ancien président de la République encaisse retraite de l'Elysée, de maire de Paris, de conseiller général, de membre du Conseil constitutionnel… Ça irait jusqu'à 30 8000 euros net par mois. Et le trou de la Sécu ?
_____________________________________________________________
|
|  Passer...coût que coûte ! | Le Monde libertaire n°1492 du 1er au 7 novembre 2007
LA LECTURE, quasi minute par minute, des dépêches AFP, est parfois édifiante. Ainsi, lors de la grève du 18 octobre dernier, on pouvait lire ceci:
12h05 " la grève nationale à la SNCF est suivie par 73,5 % des cheminots selon la direction, contre 67 % au plus fort du conflit de 1995 ".
14h10 " Chambéry. Une assemblée générale de 117 cheminots a décidé de reconduire le mouvement de grève vendredi. Par la voix de son responsable local, la CGT conteste cette décision ".
Tout est résumé dans ces deux dépêches: un formidable mouvement de grève s'est enclenché le 18 octobre à la SNCF, au-delà même du mouvement historique de 1995 (qui avait fait céder Juppé sur le même sujet des régimes spéciaux).
Il était donc urgent, pour la CGT (très majoritaire), pour la CFDT et pour l'UNSA d'empêcher la reconduction du mouvement avec la fameuse grève " carrée " de 24 heures qui fait tourner en rond les salariés et engage la machine à perdre.
Et c'est effectivement avec un acharnement énorme que l'appareil CGT a tout fait pour faire rentrer " les troupes ", même si ici ou là (Paris est, Marseille, Rouen…) des poches de résistance, sous l'impulsion de Sud, de FO et parfois de la base CGT, ont perduré plusieurs jours.
Dans ce cadre, la volte-face de la FGAAC (syndicat autonome très présent chez les conducteurs de trains) sur la reconduction de la grève n'a rien de surprenant.
Pour le gouvernement, il était particulièrement important de rompre ces résistances et aussi le moral des cheminots en discutant directement avec ce pseudo-syndicat. Opération de dupes s'il en est car la FGAAC, à l'inverse de ce qu'elle tente de faire croire aux conducteurs de trains, a bien avalé la couleuvre (le boa même) du recul de 5 ans du départ à la retraite.
Au-delà de ces jeux d'appareils, il reste que la grève du 18 a été massive à la SNCF et à EDF-GDF et qu'elle a rassemblé dans les manifestations (et parfois dans la grève) bien au-delà des salariés concernés par les régimes spéciaux.
À Rennes, la manifestation a réuni quelques 5000 personnes, dont les 600 cheminots et 400 gaziers du secteur. Il reste donc 4000 salariés, du public mais aussi parfois du privé (comme ceux de la société Equant qui ont débrayé à l'appel de la section locale CGT) qui ont bien compris que la question posée n'était pas seulement celle des régimes spéciaux (dernier verrou avant le passage, pour tous, à 41 puis 42… annuités), mais plus globalement celle de tous les acquis collectifs qui nous restent.
Malgré les appareils, la propagande gouvernementale et médiatique, on trouvait dans les différentes manifestations des enseignants et des TOS de l'Éducation Nationale (alors même que dans la plupart des départements et académies, la FSU, qui appelait officiellement, n'a strictement rien fait pour mobiliser), mais aussi des étudiants qui commencent à se bouger contre la loi dite d'" autonomie des universités ", des personnels des finances, de la poste, des Assedic, de l'ANPE (contre le projet de fusion) Le 18 octobre est donc incontestablement un point d'appui, même si la grève des cheminots n'a pas été reconduite massivement pour les raisons que l'on vient de décrire.
Le programme de Sarko et de Parisot est bien connu: Denis Kessler, ex-mao, devenu numéro 2 du MEDEF, ne s'est pas embarrassé de précautions pour le détailler dans un article désormais fameux de l'hebdomadaire " Challenge ": " La liste des réformes? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance… Création des caisses de la sécurité sociale, statut de la fonction publique, conventionnement du marché du travail, représentativité syndicale (1), régime de retraites… ".
Édifiant et particulièrement gonflé, au moment même où Sarkozy prétendait rendre hommage à Guy Môquet.
Dans un précédent article, paru dans le Monde Libertaire, j'expliquais qu'il fallait se préparer, à terme, à une confrontation sociale d'envergure.
Dans l'éditorial de sa revue d'octobre, intitulé " soutenons les réformes ", le patron de l'UIMM Bretagne (industrie de la métallurgie) écrit: " tandis que Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, déclare qu'il faut arrêter de penser que l'entreprise est l'ennemi, au moment où Emmanuel Valls, député PS de l'Essonne, appelle son parti à devenir le parti des entreprises, nous ne pouvons admettre que d'irresponsables minorités nous volent de vitales réformes… Il sera peut-être nécessaire, à notre tour, de descendre massivement dans la rue ".
Le propos est clair, avec le soutien implicite du PS et des autres évidemment, les patrons se sentent autorisés à nous taper sur la gueule en faisant descendre dans la rue, moins probablement des patrons petits ou grands, que des poujadistes de tous poils (artisans, commerçants…) et tous leurs bras " armés " et réseaux divers… Le choc pourrait être brutal et l'on sait de quel côté pèseront les appareils répressifs d'État.
En attendant, toutes les fédérations de fonctionnaires appellent à la grève le 20 novembre (sur la base d'un texte particulièrement mou, d'ailleurs, qui ne parle, à la demande de la CFDT, ni des questions de retraite, ni des questions statutaires). Les fédérations de cheminots se réunissent le 31 octobre pour décider de l'éventualité d'une " grève longue ". À l'heure où ces lignes sont écrites, nous ne connaissons pas leur décision.
François Chérèque, secrétaire général de la CFDT qui a fustigé les grévistes qui ont reconduit la grève à la SNCF et à la RATP, " ces individus qui emmerdent les travailleurs ", a déjà prévenu que son organisation se retirerait de l'action s'il y avait fusion entre les deux mouvements.
Cela a au moins le mérite de nous montrer la voie, à l'exacte opposé de la sienne: celle de l'unité de tous les salariés, du privé comme du public, des chômeurs, des étudiants, décidant eux-mêmes de la manière de conduire le mouvement. Cela ne sera pas facile. Tout sera fait même pour l'empêcher. Mais il nous faut passer coûte que coûte!
Fabrice Groupe La Sociale de la Fédération anarchiste à Rennes
1. De ce point de vue, l'affaire de la caisse noire de la fédération patronale de la métallurgie tombe particulièrement à pic selon l'aveu même de l'UMP. Sous prétexte de moralisation on imposerait, à travers le financement public des syndicats, l'étroite surveillance de leurs activités et de leurs fichiers… La CFDT se déclare d'ores et déjà très favorable au projet.
_____________________________________________________________
|
|  Communiqué de la fédération anarchiste | Ni prolongement ni relance :
Arrêt immédiat du nucléaire civil et militaire !
IL Y A UN AN, les grandes puissances nucléaires mondiales s'accordaient sur un programme de recherche pour la maîtrise de la fusion nucléaire. Sans qu'on en connaisse toutes les tractations réelles, c'est le site de Cadarache (13), haut lieu de traitement du plutonium aujourd'hui transféré à Marcoule (30)- qui fut finalement retenu. Peut-on se réjouir d'un tel choix, et surtout, quelles en sont les conséquences?
Nous, anarchistes, sommes partisans de la lumière face aux obscurantismes, et la recherche est une nécessité fondamentale.
Mais nous savons qu'elle est de plus en plus soumise aux intérêts économiques dominants dans ses applications et même dans ses orientations: on ne trouve pas toujours ce que l'on cherche, mais on ne découvre jamais ce qu'on ne veut pas trouver! Notre hostilité au projet ITER, au delà des dangers réels d'une telle installation, est justifiée par le fait qu'un tel choix confirme le refus de s'orienter vers une société moins productiviste, moins polluée, moins centralisée: on va dans le mur et on accélère dans l'espoir de le désintégrer! Les chercheurs qui ouvrent des pistes pour notre avenirs sont bien souvent dans la marge, car les institutions, dont les moyens viennent de plus en plus de fonds privés, cherchent avant tout à bien servir leurs maîtres. Si les chercheurs manifestent à juste titre, depuis quelques années, pour demander plus de moyens pour financer leurs travaux, nous pensons qu'ils manquent avant tout, pour la plupart, d'imagination et de courage politique pour orienter leurs recherches dans le sens des intérêts des peuples et non des multinationales.
D'ailleurs, en matière nucléaire, les pouvoirs publics trouvent toujours de l'argent: le conseil régional PACA, par pure démagogie, ne vient-il pas d'annoncer que pour chaque euro consacré à ITER, un euro sera investi dans les énergies renouvelables?
Depuis les années soixante-dix, les gouvernements français successifs ont maintenu fermement l'orientation nucléaire, tant militaire que civile. Malgré Tchernobyl, le fiasco de Superphénix, les multiples " incidents " des centrales nucléaires, l'accumulation des déchets hautement radioactifs pour des milliers d'années, l'épuisement prévisible des ressources en uranium, malgré… une opinion publique majoritairement hostile au nucléaire.
Pourquoi? Parce que le nucléaire, c'est le choix de la guerre, militaire d'abord, mais aussi économique et de classe. Le nucléaire implique, de par sa technicité et sa dangerosité, une concentration et une sécurité renforcées, qui justifient une opacité des informations vis-à-vis de la population; c'est l'opposé de l'utilisation optimale des énergies renouvelables, qui se gère au plus près des usagers (même si un nouveau marché, celui des parcs éoliens, se développe actuellement).
Plutôt que miser massivement sur l'utilisation individuelle de l'énergie solaire (chauffage et électricité) par exemple, qui permettrait aux utilisateurs de s'affranchir du contrôle qu'exercent sur eux les grands groupes de distribution d'énergie, l'Etat préfère clairement tenter de reproduire l'énergie solaire dans des centrales: contrôler l'énergie est un des leviers principaux pour maintenir son pouvoir.
Les militant-es de la Fédération anarchiste appellent donc à une grande mobilisation contre le programme ITER, en particulier en se joignant à la manifestation du samedi 10 novembre 2007, 14h00 à la porte d'Aix à Marseille. Combattre l'utilisation tant de la fission que de la fusion atomiques est une étape importante pour que la population s'approprie les choix énergétiques de la société, car l'utilisation du nucléaire implique une société totalitaire, dans laquelle nos besoins et les moyens de les satisfaire sont dictés par l'État au profit de grands groupes financiers et industriels qui ne voient que leurs intérêts, quel que soit le coût pour la planète et ses habitants.
La seule fusion nécessaire est celle de nos volontés, pour décider collectivement et librement dans quelle société nous voulons vivre.
Fédération anarchiste, octobre 2007
_____________________________________________________________
|
|  Édito du ML | Le Monde libertaire n°1490 du 18 au 24 octobre 2007
SANS VERSER DANS LA GRANDILOQUENCE, nous pouvons affirmer avec certitude qu'une page singulière de l'histoire politique et sociale de notre pays est en train de se jouer aujourd'hui.
En effet, jamais depuis longtemps l'immense majorité des travailleurs de l'Hexagone n'a été soumise à des agressions aussi violentes que celles qui sont perpétrées par le patronat et ses zélés larbins du gouvernement.
La liste est tellement longue qu'une page entière ne suffirait pas pour les recenser toutes. Néanmoins citons-en quelques-unes : dépeçage en règle du Code du travail, escroquerie sur les heures supplémentaires, franchises médicales, coupes claires dans les effectifs de la fonction publique, stigmatisation accrue des chômeurs, etc. Le feu roulant des batteries du patronat et de ses domestiques déverse en continu une pluie d'obus sur nos têtes. Aujourd'hui, au nom de l'équité, mot prostitué par tous ces salopards, les plus grosses pièces sont pointées sur les régimes spéciaux de retraite. Exagérerions nous en usant de métaphores guerrières? Alors prenons connaissance d'une déclaration récente du bull terrier de l'Élysée reprise dans le numéro 4537 du Canard enchaîné : " Si les syndicats veulent l'épreuve de force, je suis prêt, s'est-il écrié. Deux mois sans train, eh bien! Ce sera deux mois sans train. Ou plutôt deux mois sans les cheminots. Moi j'imposerai le service minimum, avec l'armée s'il le faut. "
Xavier Bertrand, le bougre, propose aux syndicats de jouer aux aides artificiers pour l'aider à désintégrer notre régime de retraite. Pour amortir le choc de la déflagration, l'animal propose aux uns et aux autres de discutailler…sur les notions de pénibilité par exemple. Le stratagème a beau être grossier il y a hélas fort à parier que quelques finauds jureront, la main sur le coeur, qu'il faut négocier un aménagement de la peine. Les masques tomberont bientôt ! Ici les complices directs ou indirects du gouvernement et de la direction ne pourront guère continuer à donner le change. Là, d'autres seront mis au pied du mur. Car, pour ces derniers l'alternative est simple : soit ils mettront rapidement le paquet pour élargir le mouvement à l'ensemble des travailleurs, soit ils continueront à exhiber leurs biscotos tout en se gardant bien de les utiliser !
La scansion bruyante et réitérée du " Tous ensemble " aurait le parfum éventé de la nostalgie (et l'inefficacité qui va avec), si nous ne savons pas concrètement la propager chez tous les travailleurs autrement que sous forme de beau slogan.
Les coups de sifflet servent à donner le départ des trains, mais rendons-les impuissants à nous diriger vers des voies de garage.
_____________________________________________________________
|
| COMMUNIQUÉ DE LA FÉDÉRATION ANARCHISTE
12 septembre 2007
Dans son entreprise de destruction des acquis de la classe ouvrière, le système capitaliste mandate une fois de plus l'État pour mener une nouvelle offensive : l'annonce par le premier ministre Fillon d'une « réforme » des régimes spéciaux de retraite constitue une étape décisive dans la marche vers la création d'un esclavage moderne. Précédée par les ordonnances Balladur d'août 1993, qui portaient à 40 ans la durée de cotisation dans le secteur privé, et par la loi de 2003 du même Fillon, qui prévoyait l'alignement du public sur le privé et l'allongement progressif à 41, 42 annuités, cette mesure serait prise par souci « d'équité » !
On mesure aujourd'hui la portée de l'attitude des centrales syndicales qui ,en mai 2003, ont tout fait pour enrayer l'organisation de la lutte par les travailleurs eux-mêmes. A l'époque, en échange de la trahison de la CFDT, de l'attitude « responsable » de la CGT, de l'appel trop tardif de FO à la grève générale, promesse avait été faite de ne pas s'attaquer aux régimes spéciaux, ce sont les mêmes aujourd'hui qui donnent le change en évoquant une rude confrontation, qu'elles s'évertueront encore à empêcher… En pleine décomposition politique, le Parti Socialiste prouve une nouvelle fois, s'il en était besoin, qu'entre le gouvernement et lui, il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette : le « rénovateur » Manuel Valls applaudit à tout rompre et se fait le porte-parole officieux d'un appareil politique qui n'en pense pas moins, puisqu'il aurait agi de même s'il avait été au pouvoir.
Pour la Fédération Anarchiste, il est hors de question de laisser la classe des possédants pressurer la travailleurs, leur faire perdre leur vie à la gagner ; il est hors de question de voir se généraliser le cas de ces femmes et de ces hommes usés par des tâches dégradantes qui ne survivent que deux ou trois ans à leur départ en retraite ; il est hors de question de voir les rues se remplir de retraités pauvres, sans logis et sans accès à la santé, tant il est vrai que la destruction des retraites trouve son corollaire dans celle de la Sécurité Sociale. Les retraites n'appartiennent qu'à ceux qui produisent les richesses ; pour la Fédération Anarchiste, si les régimes spéciaux doivent aujourd'hui être défendus, c'est parce qu'ils sont plus conformes aux intérêts de la classe ouvrière que le nouveau projet du pouvoir…Qu'un hobereau dont la tradition familiale était de tuer les paysans à la tâche trouve « indigne » de partir en retraite à 55 ans, alors qu'il fait payer ses vacances par ceux dont il défend les privilèges, et qu'il recevra une confortable pension à vie après son mandat électif relève de la provocation, et doit recevoir une réponse proportionnée.
La Fédération Anarchiste appelle donc les travailleurs de la SNCF, de la RATP , d'EDF, de GDF, mais aussi tous les salariés du public et du privé, ainsi que les jeunes et les précaires que l'allongement de carrière de ceux qui ont un emploi condamne à une vie indigne, à organiser la grève sur des principes autogestionnaires, et à ne pas arrêter le mouvement sous la pression des hiérarchies syndicales réformistes ; elle appelle à prendre le contrôle de l'outil de travail, et à ne pas le rendre.
Fédération Anarchiste. |  |
|  Pour défendre nos retraites, partageons les richesses, pas la misère ! | Le Monde libertaire n° 1490 du 18 au 24 octobre 2007
Réagissant la semaine dernière à l'organisation de la journée interprofessionnelle de grève et de manifestation du 18 octobre, le Chef de l'Etat et néanmoins Chef des armées exulte et se feint d'une véritable déclaration de guerre au monde du travail : "Si les syndicats veulent l'épreuve de force, je suis prêt. Deux mois sans train, eh bien ! ce sera deux mois sans train Ou plutôt deux mois sans les cheminots. Moi j'imposerai le service minimum, avec l'armée s'il le faut. " (Canard enchaîné du 10 octobre 2007)
Alors coup de bluff, ou bien menace réelle, en tout cas, le ton semble donné et démontre l'enjeu symbolique de la lutte qui s'engage dés à présent entre le monde du travail et le chien de garde du capitalisme : l'Etat. Le jeudi 18 octobre à Paris et partout en France, les cheminots descendront dans la rue, mais aussi les salariés d'EDF, de GDF, de la RATP, des hôpitaux publics, de l'Education Nationale, des ministères, des collectivités territoriales, de la Poste, la Chimie, … la liste des secteurs en grève ne cesse de s'allonger malgré l'acharnement de certaines bureaucraties syndicales à contrarier l'unité d'action des travailleurs de tous les secteurs du public et du privé. Au niveau de la SNCF, l'unité des 8 fédérations syndicales pour la journée du 18 octobre a rapidement volé en éclat sur la question de la reconduction. Ainsi, à l'issue de l'interfédérale du 8 octobre, la Fédération CGT des cheminots a entrepris de verrouiller toute possibilité de reconduire la grève le 19 et après avoir tenter d'exclure SUD-Rail de l'interfédérale, elle a exigé l'exclusion des organisations rejoignant SUD-Rail sur l'appel à reconduire le mouvement. Aujourd'hui, SUD-Rail, FO et la FGAAC (conducteurs) appellent à l'organisation d'assemblées générales pour reconduire la grève. Alors que nombre de ses militants et de ses équipes s'engagent sur une grève dure et reconductible, la Fédération CGT rejoint la CFDT, la CFTC, l'UNSA et la CGC pour un mouvement " carré " de 24 heures. La capitulation de la CGT n'est pas une surprise, Bernard Thibaut (lui même cheminot) interviewé dans Libération du 10 octobre déclarait " vouloir conforter le droit au départ à 60 ans ", il assène ensuite " Pour nous, il s'agit bien d'une grève carré de 24 heures. Certains dirigeants syndicaux qui parlent de grève reconductible manquent d'expérience ", et il conclue " si la grève était reconduite maintenant, elle n'aurait pas la même puissance, il faut garder ses forces pour chaque étape ". Ainsi le renouvellement de la stratégie mortifère des " temps forts " qui mena à l'échec de 2003 constitue le seul horizon d'une organisation qui a rompu avec le principe même de grève et de résistance au capitalisme. Dés lors, il n'est plus étonnant de lire dans la Vie ouvrière du 14 septembre à propos de la réforme des régimes spéciaux de retraite que la Confédération CGT considère que " la seule méthode acceptable et légitime " réside dans la négociation entreprise par entreprise. Face à la politique brutale et antisociale du gouvernement, nous devons impérativement nous battre et gagner et pour cela nous devons être les plus forts. Le succès de ce mouvement suppose son élargissement à tous les secteurs du salariat et son unité face aux manoeuvres de division du gouvernement, des médias serviles et des bureaucraties syndicales. Pour cela des assemblées générales doivent s'organiser partout où cela est possible pour reconduire et élargir le mouvement débuté le 18 octobre. Les assemblées générales sont le seul espace où peut se réaliser l'unité des travailleurs en luttes quels que soient leurs syndicats et qu'ils soient syndiqués ou non. L'auto-organisation de la lutte sous la forme d'assemblées générales souveraines, de comités de grève élus, mandatés et révocables, et leurs coordinations sur un mode fédéraliste constitue la seule garantie de maîtriser l'issue favorable du mouvement et éviter son dévoiement par les bureaucraties syndicales et politiciennes qui prétendent nous représenter. Voie libre
_____________________________________________________________
|
|  C'est maintenant qu'il faut y aller ! | communiqué de la Fédération anarchiste pour les manifestations du 18 octobre : !
Après la loi de privatisation des universités cet été, celle concernant la limitation du droit de grève, après les lois liberticides concernant les immigrés, Sarkozy, Fillon et Parisot déclarent clairement la guerre aux salariés. Leur programme a le mérite d'être clair : fin du Contrat à Durée Indéterminée, disparition du SMIC, chasse aux chômeurs, dislocation de la Sécurité Sociale par l'introduction de franchises et le recours aux assurances privées, fermeture de dizaines d'hôpitaux, dislocation des statuts de la Fonction Publique et, bien évidemment, nouvelle attaque contre les retraites des salariés du public comme du privé (loi Fillon n° 2).
L'objectif est d'arriver à satisfaire le point 32 de l'accord du sommet de Barcelone de mars 2002, qu'ont signé Chirac et Jospin : " il faudra chercher, d'ici 2010, à augmenter progressivement d'environ 5 ans l'âge moyen effectif auquel cesse l'activité professionnelle dans l'Union Européenne "… pour cela, le premier acte passe obligatoirement par la liquidation des régimes spéciaux, avec un pilonnage médiatique sur les prétendus " privilèges " des cheminots, gaziers… alors même que les régimes des gaziers, par exemple, abondent chaque année de 100 à 150 millions d'euros le régime général de tous les salariés.
Le gouvernement veut tout casser, veut diviser les salariés, la riposte unitaire s'impose.
Désormais, les cheminots, les gaziers, les personnels de la RATP, de l'ANPE, des ASSEDIC, de l'Education Nationale, de la Poste, des hôpitaux, de l'action sociale (secteur privé), et, avec eux, l'ensemble des salariés et exclus du travail de ce pays, savent qu'ils n'ont pas d'autre solution que de recourir à la grève et aux manifestations. Ils ont raison. Ils savent que les exonérations patronales, chaque année, se montent à 65 milliards, 10 fois la somme qu'il faudrait pour ramener tous les salariés du public et du privé à 37,5 annuités ! Ils savent que l'évasion fiscale des grosses fortunes équivaut à quelques 40 milliards d'euros par an, ils savent que les " initiés ", d'EADS ou d'ailleurs, se sont mis des millions d'euros dans la poche tout en expliquant partout qu'il fallait licencier 10 000 travailleurs, en France et en Allemagne ; ils savent aussi qu'une fois de plus, c'est dans leur porte-monnaie qu'on ira chercher l'argent susceptible de satisfaire provisoirement la rapacité du patronat, et que l'Etat est plein de zèle pour faire ce sale boulot, puisque c'est par l'intermédiaire de la Caisse des Dépôts et Consignations que Lagardère, Forgeard et consorts ont pu réaliser de juteuses opérations.
C'est maintenant qu'il faut y aller, sur notre terrain, le seul terrain des salariés : celui de la lutte sociale, celui qui n'attend pas les élections pour bouger et gagner, comme en 2006 avec le CPE.
Les bureaucraties syndicales auront soin de prévoir des actions sans grève, des grèves espacées dans le temps et limitées à des secteurs bien compartimentés, des temps forts pour masquer les temps faibles , mais la question se posera partout : faut-il reprendre le boulot ? Faut-il attendre un nouveau temps fort annoncé plusieurs semaines plus tard? Faut-il attendre les consignes de confédérations particulièrement molles depuis la rentrée ? Faut-il attendre que le Parti Socialiste, qui a accepté le principe même de la réforme des régimes spéciaux, se remette de ses querelles intestines ? Faut-il attendre la création d'un nouveau parti " à gauche de la gauche " ? Faut-il attendre les municipales de mars 2008 ou les présidentielles de 2012 ? Pour discuter de tout cela , la Fédération Anarchiste appelle à la tenue d'Assemblées Générales dans chaque lieu de travail, dans chaque lieu de vie en commun, où chaque action sera discutée et mise en œuvre sur la base de mandats .
Ils ne sont forts que parce que nous sommes désorganisés, prouvons désormais aux patrons et à l'Etat que nous sommes en mesure de prendre nous-mêmes notre vie en charge !
Fédération anarchiste, octobre 2007
_____________________________________________________________
|
|  Edito du ML | Le Monde libertaire n° 1489 du 11 au 17 octobre 2007 :
LES MAÎTRES DE L'ÉCONOMIE et leurs laquais qui nous gouvernent ne cessent de nous enfoncer dans la fange de la misère. Leur main-mise sur les médias leur permet de formater les esprits inféodés afin d'y instiller des valeurs auxquelles eux-mêmes ne croient pas. Ils stigmatisent ainsi comme privilégiés les travailleurs dont les régimes sociaux n'ont jamais été rattrapés, depuis 1945, par le régime général; voir ceux qui, tout bonnement, ont un emploi stable. Pendant que ces salops négocient les nouvelles formes de contrats de travail, qu'ils veulent nous faire croire synallagmatiques - alors que chacun sait qu'il n'y a aucun pied d'égalité entre un travailleur privé d'emploi et un chef d'entreprise qui le choisit parmi pléthore de candidats - ils préparent déjà la casse de la Sécurité sociale. Ils veulent, en fait, se partager ce gâteau qui représente deux fois le budget de l'État (avec un pseudo déficit qui n'atteint pas le tiers de celui de l'État). Leurs laquais politiques nous assènent coup sur coup une série de lois nous enfermant dans un système de plus en plus totalitaire et de moins en moins solidaire. Après la limitation du droit de grève pour éviter les mouvements sociaux, le bouclier fiscal pour alléger les impôts des riches, les peines plancher, les franchises médicales pour casser la solidarité face à la maladie, ils veulent maintenant empêcher les travailleurs venus de l'étranger, pour renforcer la masse des producteurs de richesses, de vivre en famille. Derrière le boucan provoqué par les tests ADN, qui très justement écoeurent ceux pour qui la dignité humaine n'est pas un vain mot, se profilent les statistiques dite "ethniques", porte ouverte au racisme, voir, pourquoi pas, à la discrimination génétique. Si ces crapules veulent dépénaliser le droit des affaires et limiter la responsabilité pécuniaire des entreprises aux prud'hommes, c'est que ces chantres de la tolérance zéro pour les voleurs de carambars, considèrent le fait de détourner des millions d'euros comme faute vénielle. Le rachat par les caisses de l'État de plus de 500 millions d'euros d'actions d'EADS à l'ami de Nicolas Sarközy, Arnaud Lagardère, juste avant que les cours ne s'effondrent, n'est après tout qu'un " échange de bons procédés ", l'ami Arnaud ayant par la suite largement contribué à la campagne présidentielle.
Face à cette gabegie, on pourrait s'attendre à ce que les représentants de la classe ouvrière réagissent violemment, or il n'en est rien. À croire que nos édiles syndicaux sont tout aussi corrompus que les politiques par ces dieux de la finance. Les millions d'ouvriers, employés, techniciens et autres, directement visés par la régression sociale annoncée ne peuvent compter que sur eux mêmes et leurs organisations de base pour répliquer à ces attaques.
_____________________________________________________________
|
|  Édito du ML | Sommaire du Monde libertaire n°1488 du 4 au 10 octobre 2007 :
Petite question : d'après-vous, pourquoi les du nucléaire gouvernants et leurs perroquets mènent-ils particulièrement grand tapage en ce moment? Allez, ne tournons pas autour du pot pendant dix plombes et disons-le tout net: si les ci-devant nous prennent pour des jambons, c'est pour pouvoir mieux nous croquer ensuite. Voyons de plus près leurs grossiers stratagèmes. Le Staffordshire de l'Elysée tance Trichet au motif que l'euro fort pénaliserait les entreprises françaises. Itou il fait mine de recadrer Fillon, lequel manquerait de pédagogie pour faire passer un train de " réformes ". Parallèlement, à l'ONU, juché sur un escabeau, il prend la posture du mec qui voudrait tenir entre ses pognes les manettes de l'univers entier. Ici il mandate Borloo, son pitre ébouriffé, pour amuser la galerie avec le Grenelle de l'environnement. Là, il joue au Total droits de l'homme, et cherche à émouvoir le bon peuple avec la pluie de sang provoquée par la junte Birmane.
Et pendant ce temps là, les scrutateurs de l'opinion (sic) s'interrogent doctement sur le désamour qui frapperait soudainement le bull-terrier des riches, ou bien les mêmes se perdent en conjectures sur la réalité (ou pas) d'un… futur plan de rigueur!
Si le foutage de gueule était coté en Bourse, il est certain que son taux ferait péter tous les records. Les salaires tirent la langue alors que l'inflation se dope à l'EPO des profits. Le maquillage des chiffres du chômage n'y peut rien, le nombre de travailleurs privés d'emploi ne cesse de croître. Les sinistres procureurs de la Sécurité Sociale continuent d'instruire de mauvais procès à son encontre. Les fonctionnaires sont encore et toujours pointés du doigt, et les régimes spéciaux sont invités à offrir leur corps à une tronçonneuse nommée " équité ". N'en jetez plus, la cour est pleine.
Reste la question de fond. Comment les capitalistes réussissent-ils à nous saigner en continu sans qu'un raz de marée de luttes n'émerge… pour les submerger enfin?
Retour à la case départ. Ces salopards usent et abusent de moult subterfuges. La culpabilisation ici:" il y a plus malheureux que vous ici ou dans le monde ", l'instrumentalisation des émotions, par exemple avec la Birmanie ou le Darfour (pour les sans papiers R.A.S), le rajout d'une grosse pincée de poudre (colorée) aux yeux avec le Barnum du développement durable (sic). Enfin, si cela ne suffit pas, et d'ailleurs cela ne suffira pas, les Déroulède de tout poil sauront bien exciter la fibre nationaliste afin de nous précipiter dans un lointain conflit. L'Iran et ses mollahs noir pétrole = méchants, or les méchants méritent bien la fessée n'est-ce pas? Au fait, qui a dit qu'il fallait se protéger des chiens d'attaque?
_____________________________________________________________
|
|  "Bon pour le travail" | La part maudite
Vos poumons se calcifient et impossible de recracher les maudites fibres. Identiques à du verre coupant, elles se sont plantées au fond des poumons de Marie-Jeanne quand elle travaillait dans cette usine baptisée l'" enfer blanc ". Les milliers de victimes de l'amiante, une leçon contre d'autres tragédies industrielles? Pas vraiment. Quand on pulvérise le sol à coups de pesticide, il n'y a pas que les insectes qui trinquent. Employé aux épandages, José, ouvrier agricole, a contracté la maladie de Parkinson. Hervé, lui, souffre de stérilité, ses spermatozoïdes foutent le camp, exterminés par les vapeurs des éthers de glycol reprotoxiques qui l'ont imprégné durant plus de quinze ans à la Régie. Ici, l'atelier fabrique des vitamines destinées aux poulets industriels. Et si ces friandises font la joie des poulets, le chloracétal ne fait pas celle de Robert atteint d 'un cancer du rein: la molécule est connue pour ses pouvoirs toxiques et mutagènes, en particulier sur les reins. Là, à force de respirer les émanations de peinture, un ouvrier est tombé malade. Exposé sans précautions, Lucien est aujourd'hui " dévoré " par les métastases.
Un vrai cauchemar! Et le pire est à venir1, plusieurs spécialistes n'hésitent plus à parler de " bombe à retardement ". Allons… ne venez pas nous dire qu'un scandale pareil à celui de l'amiante nous pend au nez, ça se saurait! Rien, motus et bouche cousue. La balance des pertes et profits a parlé: d'un côté, des millions de maladies susceptibles de se déclarer dans vingt ans… de l'autre, les millions d'euros à se mettre dans la poche tout de suite.
Et voilà que de plus en plus de victimes se retrouvent pour sortir de l'angle mort où beaucoup entendaient les reléguer. Pointés du doigt, personne ne peut plus nier les dangers mortels du travail, d'où la nouvelle stratégie des entreprises: la précarisation des risques. Une spécialité d'EDF, qui fait travailler à l'intérieur de ses centrales nucléaires plus de 30000 intérimaires, appelés " steaks à rems " (unité de mesure radioactive). Principalement menacés, ils encaissent 80 % des radiations reçues par les travailleurs de l'atome. Isolés, le travailleur précaire garantit une invisibilité avec en prime en cas de pépin le moyen de s'abriter derrière le " faux nez " de la sous-traitance.
Lobby des rentiers
Reste qu'un jour la Sécu, mais aussi les industriels et les assureurs, doivent payer. Voici les victimes devant les tribunaux: plusieurs milliers de procès et de demandes d'indemnisations sont en cours… Le scandale gonfle, les associations de victimes débordées. La question des maladies professionnelles et leur indemnisation inquiète de plus en plus les entreprises, les actionnaires, et les retraités des fonds de pension qui veulent voir leur cagnotte prospérer de 15 % par an. Qu'ils se rassurent, si l'on est atteint de cancers, de maladies neurologiques, ou de désordre hormonaux… ce n'est pas la faute des saletés que nous fabriquons, ce sont nos gènes qui ne tiennent pas la route:le pistage biologique est la dernière trouvaille des industriels pour éviter de porter le bonnet. Quels seront les budgets alloués à la recherche? Énormes, il faut dire que la chose est capitale. Fliqué par nos gènes, bientôt, il leur suffira de tripoter le clavier de l'ordinateur pour sortir notre fiche ADN où logent 3milliards de renseignements, un trésor pour l'employeur: trop sensible aux substances toxiques? Vous ne possédez pas les " bons " gènes, dehors!
Et comme il n'y pas de bonne démonstration sans exemple… Voici les propos éloquents de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) condamnant en 2003 l'enjeu de la recherche génétique sur la susceptibilité individuelle au risque. Rapportés par Annie Thébaud-Mony dans son ouvrage Travailler peut nuire gravement à votre santé (La découverte, 2007): " Il s'agit d'identifier les "travailleurs à risque" et de les exclure avant exposition pour réduire les coûts d'indemnisation à payer par l'employeur et les assureurs, ou alors ne prendre que la "part attribuable" au travail dans l'indemnisation des maladies professionnelles […] ".
Toubib nazi
Un remake d'une pratique qui relève davantage de la médecine légale que d'un véritable outil de prévention. En 1916, deux médecins légistes, Mazel et Leclerq, vont jeter les bases de la doctrine de la médecine du travail. L'idée : faire travailler des individus de " moindre valeur " dans un esprit de rationalisation industrielle et biologique. L'affaire sera prise en main en 1941 par Alexis Carrel à la demande du maréchal Pétain, ça semble loin derrière, et très près devant…
Jamais on ne dira des accidents et maladies professionnels mortels que ce sont des homicides dus à des employeurs qui rêvent de transformer leurs petites entreprises en paradis d'esclavagistes où l'on travaillera plus, non pas pour gagner plus, mais pour acheter une solide corde à un schoïnopentaxophiliste (collectionneur de cordes de pendus, ça existe!). Et que les médecins du travail, qui ont un minimum d'éthique médicale, ne s'avisent pas de s'intéresser aux mauvais traitements subis par les salariés. Ils sont priés de regarder ailleurs, la santé et la sécurité au travail ne doivent pas être un obstacle, dès lors que l'on peut la monnayer. Le contrat de travail est en ce sens pleinement un contrat de sang, et se caractérise bien par un " lien de subordination ". Le travailleur, le nouveau Sisyphe, peut rouler sa pierre, la valeur Travail a encore de beaux jours devant elle.
Thierry
Groupe de Rouen de la Fédération anarchiste
1. On trouve plus de quatorze produits cancérogènes dans le chariot d'une femme deménagetravaillant au nettoyage des bureaux.
|
|  Édito du ML | L'éditorial du Monde libertaire n° 1487 du 27 septembre au 3 octobre 2007 :
" Bush et Kouchner, va-t-en-guerre sans frontière ", pouvait-on lire la semaine dernière sur une banderole à Washington. C'était Centre d'études stratégiques et internationales.
Kouchner " chef de la diplomatie française " y a été houspillé par des militantes antiguerre. " Dimanche, Kouchner a dépassé Bush ", a déclaré Gaëlle Murphy, une des militantes expulsées par le service de sécurité.
Le pauvre docteur avait beau se déclarer " pacifiste ", la secrétaire d'état Condoleezza Rice l'avait torpillé auparavant en déclarant qu'il n'y avait aucun désaccord fondamental entre Bernard et elle ! à l'élysée, on doit se réjouir que les ralliés du PS (ceux qui ont changé de collier…) apprennent si vite les leçons. Dans les gazettes, on nous apprend même qu'il y a de nouveaux arrivages. Ceux qu'on appelle les " seconds couteaux " rallieraient nombreux les cabinets ministériels du Premier ministre Fillon.
Pourtant ça ne lui réussit pas trop en ce moment. On dit même que sa cote de popularité, tout comme celle du président de la La phrase choc de Fillon (" Je suis à la tête d'un État qui est en situation de faillite financière ") prononcée vendredi dernier en Corse et sa mine renfrognée à la une des journaux ne doivent pas arranger l'affaire. Celui qui a été qualifié par le joggeur suprême de " collaborateur " a choisi sa manière à lui de ruer dans les brancards. Allez parler après de complémentarité entre l'élysée et Matignon !
Sur le front social (sic), on nous promet un réveil unitaire le 18 octobre prochain. Tous unis derrière les cheminots? ça ne se bouscule pas au portillon, ça traîne même des pieds. Les syndicats de fonctionnaires se tâtent encore, d'autres aussi. On va taire les noms, rideau. Nous n'en sommes plus à la préparation du Grand Soir, mais construire l'unité de la classe salariée devrait être sérieusement à l'ordre du jour.
" Pas de passage en force " dans les négociations à venir, déclare Xavier Bertrand (ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité ), " Rien n'est ficelé ", rajoute-t-il. Mais le forcené de l'élysée voudra pousser à la vitesse supérieure !
Pendant ce temps-là, à Belleville à Paris, c'est " la chasse " aux sans-papiers chinois. La riposte dans l'Est parisien est unitaire. Si seulement ce qui reste de syndicalisme pouvait en prendre de la graine...
____________________________________________________________
|
|  La franchise ou la solidarité | Le Monde libertaire n° 1487 du 27 septembre au 3 octobre 2007 :
Par M. El Khebir, J.-M. Destruhaut, P.. Epron H. Hernandez, Y. Guignat
DANS LA LONGUE HISTOIRE DES COUPS BAS portés à la Sécurité sociale, le dernier en date est celui appelé " franchise médicale ". Sur chaque boite de médicaments, ainsi que sur chaque acte de soin paramédical (infirmière, kiné, orthophoniste, etc.) son montant sera de 50 centimes ; pour les transports par ambulance, elle sera de deux euros. En seront exemptés les moins de 16 ans, les femmes enceintes, les bénéficiaires de la CMU ou de l'aide médicale d'État. Elle sera plafonnée à 50 euros par an et par malade (et non par famille!), et ne sera pas remboursable par les mutuelles; son coût sera modulable en fonction des comptes de la Sécu, c'est-à-dire qu'il augmentera d'année en année puisque les dépenses de santé augmentent! À quoi il faut ajouter ces franchises déguisées: le forfait de un euro pour chaque consultation médicale, acte de biologie ou de radiologie depuis 2004, le forfait de 18 euros pour tout acte de plus de 91 euros depuis 2005, le forfait hospitalier de 16 euros par jour, la suppression de la prise en charge à 100 % des soins postopératoires depuis 2003, l'augmentation de 40 % du coût des cotisations aux mutuelles ces quatre dernières années. Le montant du reste à charge par malade s'élève déjà à 400 euros en moyenne par an, et à 110 euros environ pour ceux qui ont les moyens de se payer une bonne mutuelle:se soigner correctement coûte de plus en plus cher! Aucune de ces mesures n'a permis de limiter l'accroissement des dépenses de santé: elles n'ont fait qu'accroître les inégalités sociales et rendre l'accès aux soins de plus en plus difficile à un nombre croissant de personnes à faibles revenus.
Il s'agit nous dit-on de responsabiliser les patients:est-on responsable de sa maladie? Sommes-nous responsables de la désorganisation du système de santé, qui en l'état profite aux actionnaires des labos pharmaceutiques et des cliniques privées?
D'abord prévue pour renflouer les caisses de l'assurance maladie, cette franchise est maintenant destinée à financer une 5e branche de la Sécurité sociale, qui va être créée dans quelques mois, prenant en charge les personnes âgées dépendantes, les soins palliatifs, la maladie d'Alzheimer et la lutte contre le cancer: génial, les malades paieront pour les malades! Quel coeur de pierre n'adhérerait pas à ce beau programme!
Les dépenses de santé sont concentrées sur un faible nombre de patients: les 10 % de malades les plus graves qui consomment le plus de soins sont à l'origine des 2/3 des dépenses: la franchise ne limitera pas les dépenses des personnes les plus malades, sauf à les laisser mourir, mais pèsera sur les faibles consommateurs.
C'est une aberration en terme de santé publique, de nombreuses personnes à bas revenus renonceront à se soigner, quitte à voir leur état de santé s'aggraver faute de soins primaires.
La finalité réelle de cette mesure, c'est la fin du système solidaire, dans lequel chacun cotise selon ses revenus et est soigné selon son état de santé, honni par les capitalistes et les penseurs libéraux pour qui chacun est individuellement responsable de son sort et reçoit selon ses moyens. C'est la porte ouverte à une privatisation accrue de la santé selon les voeux de l'OMC : des assurances se préparent à proposer des contrats à ceux qui ne supporteront pas de payer pour un système qui les remboursera mal, les faibles consommateurs de soins qui seront sous le seuil annuel de 50 euros, bien portants et aisés, qui auront alors la possibilité de quitter la Sécu. On peut voir à Paris une officine de crédit proposer un prêt pour dépense de soin ! Au lieu de repenser l'organisation du système de soins afin de mieux prévenir les maladies et leurs complications évitables, coûteuses en moyens sociaux mais juteuses pour les industries du médicament et les médecins à honoraires libres, de revoir le mode de rémunération des professionnels de la santé, de mettre en place de véritables actions de prévention, les politiques s'acharnent à faire porter la responsabilité du déficit de la Sécu par les malades, à déconstruire la solidarité sociale, à s'attaquer aux plus faibles et à aider les riches à s'enrichir encore (13 milliards de cadeaux fiscaux)!
La franchise est socialement injuste, économiquement inefficace et dangereuse pour la santé publique.
Non à la franchise, oui à la solidarité!
J.- M. D., E. K., P. E., Y. G., H. H.PS:
P. S. Merci à Didier Ménard président du syndicat de la médecine générale (SMG).
____________________________________________________________
|
|  "La santé dans tous ses états" | Une nouvelle émission sur Radio libertaire.
- Parce que la santé constitue un enjeu social et politique de première importance,
- Parce que les questions de santé ne doivent pas être laissées aux " experts " et aux économistes,
- Parce que nous avons notre mot à dire sur le système de soins actuel et sur celui que nous souhaitons,
- Parce que l'éducation à la santé doit être accessible à tous,
- Parce que la santé des travailleurs est en danger sur le lieu même leur travail,
- Parce que l'accès aux soins de qualité est un droit inaliénable,
- Parce que cet accès est un prérequis pour une société plus juste et plus égalitaire,
- Parce qu'il devrait être pris en charge collectivement et solidairement pour chacun et chacune d'entre nous,
- Parce que ce droit est menacé,
- Parce que les marchands veulent l'accaparer à leur seul profit,
Rendez vous sur Radio libertaire (89.4), le 29 octobre 2007 à 18 heures, puis chaque 3e lundi du mois à la même heure. La première émission sera consacrée à la franchise médicale et au meeting du 29 septembre.
____________________________________________________________
|
|  Les cheminot-e-s croisent le fer | L'appel à la grève le 18 octobre de 5 fédérations syndicales de la SNCF et la manifestation organisée à Paris le même jour et qui devrait réunir plusieurs dizaines de milliers de travailleurs du rail porte les prémisses d'un mouvement social majeur et historique à l'instar des grèves cheminotes de l'été 1953 et de l'hiver 1995.
En effet, l'ampleur et la violence des attaques du gouvernement et du patronat contre le service public et les travailleurs du chemin de fer attisent la colère et la révolte qui ne pourront cette fois ci être contenues par une énième grève carrée de 24 heures.
Attaques tous azimut
Sur l'exercice du droit de grève...
L'offensive gouvernementale contre les régimes spéciaux succède au vote par le parlement cet été de la loi sur le droit de grève dans les transports publics qui n'eu pour seule réponse qu'une symbolique journée d'action syndicale le 31 juillet sans même qu'un préavis de grève ne soit déposé pour permettre aux cheminots de s'y associer. En ce qui concerne les travailleurs, cette loi rallonge de 10 jours de négociations le préavis déjà existant de 5 jours, institue la déclaration individuelle de grève 48 heures avant l'échéance du préavis et prévoit l'organisation d'un vote (indicatif pour l'instant) au huitième jour de conflit. Cette loi qui aujourd'hui n'entrave pas encore efficacement l'exercice du droit de grève constitue une première étape vers l'amendement de dispositions de plus en plus contraignantes et liberticides pour déposséder et décourager les cheminots de toute résistance.
Sur le service public de fret ferroviaire...
Le plan Véron du nom de l'ancien directeur de l'activité Fret SNCF a eu pour ambition et résultat le sabotage de l'outil de production de la SNCF et permettre l'entrée des opérateurs privés de transport de marchandises (Véolia, Eurocargorail ...). En échange de subventions européennes, le fret a du réduire de 10% son trafic, de 22% son parc de locomotives tandis que le nombre de triage est passé de 14 à 8 et aujourd'hui à 3. En cinq ans le trafic fret est ainsi passé de 55 milliards de tonnes-kilomètres (TK), à moins de 40. Sur ces 15 milliards de TK de perdues, le privé en a récupéré 3, le transport routier 12. Récemment encore, les cheminots ont appris par voie de presse la fermeture de 262 gares fret, une deuxième liste de 191 gares étant annoncée. Si la SNCF n' a pas véritablement filialisé son activité fret comme elle l' a fait autrefois avec le SERNAM, elle veut sous-traiter l'essentiel de ses trafics à des filiales lui appartenant (VFLI, Naviland cargo) en lui fournissant personnel qualifié détaché et moyens de traction travaillant hors-Statut SNCF dans les conditions de travail du privé.
Sur le Statut et le régime spécial des cheminots ...
Le 1er juillet dernier, la Caisse de Prévoyance et de Retraite des cheminots a été externalisée de la SNCF sous prétexte de normes comptables internationales, ceci constitua le préalable à l'offensive du gouvernement pour aligner le régime des cheminots sur le régime général.
La réforme des régimes spéciaux de retraite (SNCF, RATP, EDF, GDF ...) pour la fin de l'année doit permettre dans la stratégie gouvernementale de s'attaquer aux retraites de tous et de toutes dès 2008 pour contraindre les salariés du public et du privé à travailler au delà de 60 ans, pour amplifier la baisse des pensions et rendre indispensable la retraite par capitalisation et le recours aux fonds de pension.
Il est dès lors impératif de réaliser au plus tôt l'unité de tous les travailleurs relevant des régimes spéciaux, du public et du privé et éviter la division et la dispersion des luttes que recherche le gouvernement en opposant les salariés entre eux au nom d'une prétendue équité qui consiste à l'alignement de tous et de toutes sur le pire.
Pour l'instant et en ce qui concerne le front syndical, SUD Rail a pour mandat de ne rien négocier et prépare clairement la reconduite et l'interprofessionalisation de la grève. Force ouvrière devrait sans surprise chercher la radicalisation du conflit. La CGT qui demeure le syndicat largement majoritaire fait le grand-écart entre une base qui veut en découdre et une direction liée à la CES (qui approuve les réformes de retraite) et qui use de toutes les métaphores pour éviter d'employer le mot " grève ". Les syndicats autonomes UNSA et FGAAC (conducteurs) et de collaboration (CFDT, CFTC...) favorables au dialogue et au compromis social temporisent et espèrent que les négociations leurs offriront une porte de sortie.
Pour défendre nos retraites, partageons les richesses, pas la misère !
Le 18 octobre peut-être le point de départ de cette convergence des luttes pour réaliser le front commun des salariés contre les diktats de l'Etat et du patronat. Nous n'attendons pas des hiérarchies syndicales l'extension et la radicalisation du mouvement, nous savons que les luttes sociales déterminantes sont le fruit de l'unité par la base de tous les travailleurs dans les assemblées générales, les comités de grève et dans la rue.
Parce que nous voulons partager les richesses et pas la misère, parce que nous luttons pour une véritable égalité économique et sociale et non pas l'équité capitaliste, les anarchistes appellent à la solidarité et à l'unité de tous les travailleurs dans la lutte et dans la grève. Nous voulons construire un mouvement social autonome débarrassé des parasites politiciens et bureaucrates, basé sur des principes d'autogestion, de fédéralisme et d'action directe, afin de se réapproprier une fois pour toute le contrôle de nos vies.
Julien - groupe de Rouen de la Fédération anarchiste
____________________________________________________________
|
|  L'affrontement | S'apprêter à la confrontation sociale
par Fabrice
SE PRÉPARER À LA CONFRONTATION sociale. Tel est notre boulot pour les semaines qui viennent.
Non pas que les discours de Sarkozy sur la question sociale, le mardi 18 septembre, ou sur " l'avenir de la fonction publique ", le mercredi 19 septembre à Nantes, correspondent à un scoop. C'est la déclinaison bien connue de son programme électoral, de celui du Medef et plus globalement de celui de l'ensemble des institutions internationales (UE, FMI, OCDE…).
Un signal clair
Mais ces discours, s'ils ne constituent pas une surprise, représentent, par contre, clairement le signal de l'affrontement.
Dans ces deux discours, Sarkozy propose, ni plus ni moins, que de mettre à bas l'ensemble des derniers acquis des salariés, gagnés en 1936, 45 ou 68.
Les régimes dits spéciaux (SNCF, EDF, GDF, RATP, Clercs de notaires, marins, mineurs, membres de la Comédie Française…) ne sont financièrement qu'une broutille pour le gouvernement (5 % des régimes de retraite). Il faut noter d'ailleurs que certains d'entre eux, comme celui d'EDF-GDF ou des clercs de notaires, ne coûtent rien à la collectivité puisqu'ils reversent chaque année 150 millions d'euros pour l'un et 90 millions d'euros pour l'autre, au régime général.
Mais les régimes spéciaux sont les verrous que le gouvernement doit absolument faire sauter pour s'attaquer ensuite, comme le prévoyait d'ailleurs la loi Fillon de 2003, à tous les autres retraites, du public comme du privé.
L'objectif est d'arriver à satisfaire le point 32 de l'accord du sommet de Barcelone de mars 2002 où siégeaient Chirac et Jospin: " il faudra chercher, d'ici 2010, à augmenter progressivement d'environ 5 ans l'âge moyen effectif auquel cesse l'activité professionnelle dans l'Union européenne ". On ne saurait être plus clair. Il n'est pas obligatoire d'ailleurs, dans un premier temps, de remettre en cause formellement l'âge symbolique de 60 ans pour le départ à la retraite, mais de rendre simplement celui-ci financièrement impossible.
Concernant la santé, Sarkozy veut ouvrir un grand débat sur son financement. En clair, cela signifie l'introduction des franchises et l'arrivée massive des assurances privées: tu es malade, tu paies ou tu crèves. A l'inverse de l'idée même de la Sécurité sociale de 1945: on paie en fonction de ses moyens, on reçoit en fonction de ses besoins. Cela s'appelle la solidarité. Quasiment un gros mot!
Partout les hôpitaux vont être encore plus étranglés financièrement et nul doute que nombre d'entre eux sont promis à la disparition.
Concernant le Code du travail, on retrouve bien évidemment les vieilles revendications patronales: la suppression du SMIC (une paille!),la fin du contrat à durée Indéterminée et l'avènement du contrat dit unique, qui ressemble comme deux gouttes d'eau au fameux contrat première embauche.
La notion, à crever de rire, de " séparation à l'amiable " est introduite comme si patron et salarié formaient un gentil petit couple, à égalité de droits et de devoirs.
Pour les chômeurs, l'agité de l'Elysée prévoit des sanctions accrues pour ceux qui osent refuser " deux offres d'emploi valables ".
Dans la même logique, la fusion UNEDIC et ANPE est programmée.
Quant à la fonction publique, c'est son éclatement, déjà engagé, que Sarkozy entend rendre irréversible: individualisation des salaires, primes à la performance, suppression massive de postes, introduction tout aussi massive de contrats de droit privé (on sait ce qu'il est advenu de La Poste), la liste des mauvais coups est longue et les outils déjà en place. En l'occurrence la fameuse loi organique relative à la loi de finance (LOLF) élaborée en son temps, d'ailleurs, par un député PS…
Un champ de ruines
Si l'on ajoute à cela la loi cadre sur le service minimum adoptée cet été, et qui peut s'étendre très vite à tous les secteurs, la réforme des universités en cours et la loi antiimmigrés qui rappelle les pires périodes de notre histoire, c'est un champ de ruines sociales qui se dessine clairement dans les mois qui viennent.
En face? Peu de choses pour l'instant à se mettre sous la dent.
Au plan politique, après moultes gesticulations, le bureau national du PS a approuvé le principe même de la réforme des régimes spéciaux (le sale boulot sera ainsi déjà fait en cas de retour aux affaires) tout en invitant le gouvernement à le faire sans… brutalité. On nous annonce aussi une grande initiative fin septembre (de la gauche), il faut bien commencer à préparer les municipales…
Côté syndical, guère mieux. Les différents responsables des confédérations (Thibault, Chérèque, Mailly) ont tout d'abord annoncé partout qu'ils éviteraient à tout prix de gêner la Coupe du monde de rugby et ont ensuite multiplié les déclarations particulièrement molles, incitant le gouvernement à ne pas passer en force. L'éloge de la vaseline en quelque sorte.
Cela dit, tout cela n'est pas nouveau. Oui, comme d'habitude les travailleurs vont devoir affronter le gouvernement, les patrons, les médias, voire leurs directions syndicales. En 1995, ce sont les postiers et les cheminots qui avaient envoyé le signal de l'affrontement et avaient poussé Blondel (FO) et Vianney (CGT) à se lancer dans la bagarre (la fameuse nationale du 28 novembre) sans, voire contre, la CFDT (comme en 2003).
En 2006, ce sont les jeunes qui ont poussé aux fesses les appareils syndicaux, y compris ceux, moins verrouillés, des organisations étudiantes.
Le scénario est identique aujourd'hui et il ne peut d'ailleurs en être autrement.
Les 2500 délégués du dernier congrès confédéral de Force Ouvrière à Lille en juin dernier, n'ont pas bataillé quatre jours pour imposer des mandats clairs pour subir aujourd'hui des déclarations largement en décalage du secrétaire général. Ils le feront savoir d'une manière ou d'une autre, de même que les cheminots ou les électriciens-gaziers CGT ne sont pas prêts à avaler la notion de " syndicalisme responsable " chère à Thibault.
Pour ne prendre que cet exemple, le retour aux 37,5 annuités pour tous public et privé représente une somme de 6,5 milliards d'euros par an, exactement dix fois moins que les exonérations patronales et nettement moins aussi que les 40 milliards annuels d'évasion fiscale. Sans parler des 200 milliards engloutis par la banque centrale européenne cet été pour faire face au crach boursier immobilier des États-Unis.
Le fric existe, plus que jamais peut-être et il va falloir aller le chercher. Les cheminots (CGT, FO, SUD) appellent à la grève le 18 octobre. Les gaziers de FO aussi et la CGT, ultra majoritaire dans ce secteur, se tâte pour rejoindre le mouvement.
Le déclic?
Dans ce contexte, sans se méprendre sur nos forces mais avec détermination et lucidité, il nous appartient de pousser dans le bon sens: celui des assemblées générales, des mandats définis clairement, des comités de grève quand c'est possible…
Et pour cela nous avons besoin d'une organisation en état de marche, d'un outil au service des luttes. Il n'est pas inutile de le rappeler, sans donner de leçon à quiconque mais convaincus que si l'on veut peser sur le cours des choses, il faut s'en donner les moyens.
Fabrice milite au Groupe La Sociale de la Fédération anarchiste à Rennes
____________________________________________________________
|
|  Édito du ML | Le Monde libertaire n° 1486 du 20 au 26 septembre 2007
Le ploutocrate de Naguy Bocsa veut insuffler dans notre système législatif une nouvelle valeur, typiquement anglo-saxonne, l'équité, la justice rendue en dehors du droit régulier, soit, en ploutocratie, l'égalité économique adaptée aux classes sociales. Omettant de mettre en avant les régimes spéciaux des ministres, députés, sénateurs ou autres agents de la paix sociale tel les soldats, gendarmes ou présidents de la République, il jette à la vindicte populaire les ouvriers et employés qui, par leurs luttes, ont réussi à conserver quelques acquis sociaux, issus de la reconnaissance de la pénibilité de leur travail. Nous comprenons qu'un sénateur, à 53 ans, soit usé par les discours lénifiants qu'il doit se taper à longueur de session (quand il est à son poste, ce qui est rare). C'est pourquoi il peut, dès cet âge-là, revendiquer ses droits à une retraite non méritée. Mais est-ce en nivelant les droits sociaux des classes populaires par le bas, tout en favorisant les patrons, les dirigeants et les forces de répression, que l'on arrivera à une société plus égalitaire?
Les grandes centrales syndicales semblent peu se soucier du sort de leurs syndiqués qui vont subir cette attaque frontale. Si, pour la forme, ils annoncent qu'ils n'accepteront pas de réformes dont ils ne seront pas les co-auteurs, ils acquiescent à la pseudo-nécessité de la réforme, prélude à la casse générale du système de retraite prévue pour après les municipales.
Nul doute que ces apparatchiks soient prêts à trahir la confiance de leurs mandants pour conserver leurs petits privilèges personnels.
Quant à ceux qui se réclament de gauche, ont les a vus ensemble, sur la même tribune, le week-end dernier à la fête de l'Humanité. Le pseudo-libertaire Besancenot, et les autres représentants de la gauche soit disant anticapitaliste fricotant avec le premier secrétaire du parti qui n'a plus de socialiste que le nom.
Pour gagner quelques places de conseillers municipaux, ils sont prêts à se vendre à ceux qui à la place de Nicolas Sarközy auraient mené les mêmes réformes et tenus le même discours populiste, ayant les mêmes commanditaires.
Il faut dire qu'en bon ploutocrate, le saigneur de Naguy Bocsa sait très bien distribuer les charges étatiques, flattant les points faibles de ses adversaires arrivistes pour en faire ses pantins. Il ne nous reste plus à nous, les laisses pour compte de ce changement social qui voit les riches et les puissants se partager le gâteau du fruit de notre labeur, à prendre nous mêmes nos affaires en main, et supplantant les capos qui cherchent à nous mettre au pas, à exprimer notre ras-le-bol dans la rue.
_____________________________________________________________
|
|  Les raisons de la colère | Le Monde libertaire n° 1486 du 20 au 26 septembre 2007
HÉ OUI, LES MÉDIAS SONT AGITÉS par une fièvre obsidionale. Le leader minimo fait tonner ses canons sur les " nantis " qui bénéficient des régimes spéciaux de retraite.
Conséquence? Les servants des batteries, c'est-à-dire: journalistes aux ordres, économistes stipendiés, politologues à deux balles, sociologues de salon, etc., se précipitent la bave aux lèvres pour enfourner leurs obus saturés de mensonges dans les tubes cathodiques.
Les prions répandus à doses massives dans l'atmosphère visent à empoisonner les esprits sous des apparences de fausses vérités. Les sondages témoigneraient de l'acceptation de la " réforme " par le plus gros du corps social de ce pays; mieux, les dits sondés (par intubation?) appelleraient de leurs voeux ladite " réforme ".
Pauvre mot, devenu orwellien, en ce qu'il sert de masque à l'anthrax de la régression sociale. Là est la magie des chimistes mandatés par les exploiteurs de tout acabit, puisqu'ils ont assez bien réussi la manipulation consistant à dissimuler leur poison sous ce parfum de synthèse qu'ils appellent " équité ".
Tous ces abjects personnages savent parfaitement que la soumission des esprits s'obtient d'abord par leur corruption.
Cet objectif partiellement atteint, les mêmes spéculent sur une résistance moindre des exploités.
Tout leur art consiste ensuite à isoler un maillon fort - c'est-à-dire les salariés couverts par les régimes spéciaux -, puis à les transformer en maillon faible, en les livrant à la vindicte du plus grand nombre, c'est-à-dire leurs frères de classe du privé… et du public, lesquels, sous les offensives de Balladur en 1993 et Fillon en 2003 ont vu leurs droits à la retraite sacrément mutilés.
Ne nous y trompons pas, l'attaque des saigneurs est dirigée contre tous ceux et celles qui, d'une manière ou d'une autre suent le burnous au profit des patrons ou de l'État-patron. Leur argumentation principale se fonde sur un postulat financier saturé de catastrophisme, à savoir qu'à moyen terme le déficit des caisses de retraite sera tel qu'il s'avérera impossible d'assurer le niveau des pensions (ou pire même, leur versement !) qui prévaut actuellement.
L'onction de l'expertise est nécessaire pour faire gober des chiffres partiels, tendancieux, voire parfaitement spéculatifs, donc particulièrement manipulateurs.
Prenez soin de ne pas trop vous charger l'estomac car l'écoeurant spectacle qui nous est imposé vous pousserait aussitôt à vomir…
Dans ces mêmes colonnes, nous aurons prochainement l'occasion de revenir visiter la maison des chiffres d'une manière autrement plus rigoureuse que ne le font les commis du capital, car nous jugeons indispensable de décortiquer la boite à outils de nos ennemis en vue de la détruire.
En vérité, l'objectif du Medef et de sa cohorte bigarrée de domestiques, est de baisser le niveau des retraites de tous les salariés en rendant impossible l'atteinte de leur taux plein.
De facto, Parisot et son majordome teigneux (mais pas taiseux) veulent amener la durée des cotisations à quarante cinq annuités ou peu s'en faut. Les autoproclamés " briseurs de tabous " se gardent bien de toucher à la vache sacrée des cotisations patronales et de proposer leur augmentation, lesquelles pourraient être relevées largement, vu la captation de plus en plus importante de la valeur ajoutée produite par les travailleurs au profit précisément du capital. Mais nous les comprenons, puisque sous la peau truffée de parasites de la vache en question, se dissimule un taureau furieux arc-bouté sur la spoliation du plus grand nombre. Quoi qu'il en soit, chaque année se sont plusieurs centaines de milliers de travailleurs qui partent à la retraite, (volontairement ou pas), avec une moyenne de trente sept années de cotisation (trente trois dans la fonction publique).
On ne saurait mieux dire la grossièreté du stratagème des zélotes de l'égalité, et la médiocrité de leurs assertions, mais la toxicité des purges qu'ils veulent nous contraindre à avaler se fiche éperdument de ces " détails ".
Pourtant, nombreux sont ceux qui veulent tenir l'entonnoir. Tous les porcs qui bâfrent les eaux grasses servies par leurs maîtres disent que cette casse…- euh pardon cette " réforme " - doit se faire en douceur, avec " pédagogie ", ou comme le dit Hollande " sans précipitation ". Incontestablement les travailleurs ont tout lieu de craindre la glose des uns et les effets de manche des baronnies et coteries syndicales. Le numéro un d'une centrale dit: " Si le gouvernement procédait par le fait accompli, il risquerait d'y avoir du sport et pas seulement sur les terrains de rugby. " Un autre, tout en paluchant sa batterie de stylos prêts-à-signer, indique qu'il " reconnaît la nécessité d'une réforme, mais qu'elle doit se faire dans le dialogue et la concertation ".
Bref, pour une poignée de cerises, par exemple le relèvement des pensions les plus basses ou d'autres mesures cosmétiques, ces lutteurs d'opérette sont prêts à légitimer leurs futures reculades.
Nous sommes au temps des vendanges, mais cela n'est pas une raison pour que nous finissions broyés dans le pressoir des propriétaires de châteaux.
Oui, acides sont les raisons de la colère, aussi crachons dans leur sale vin de messe, et refusons à jamais d'être des pénitents soumis au jeûne.
S. C.
_____________________________________________________________
|
|  Édito du ML | Le Monde libertaire n° 1485 du 13 au 19 septembre 2007
Certaines gazettes nous avaient promis un "septembre noir" La cigogne est en retard ou s'est trompée de chemin ! Entre enseignants, cheminots et autres, on semble avoir encore l'arme au pied.
Pourtant, le gouvernement augmente la pression ; la dernière facétie étant le projet d'une réforme des régimes spéciaux de retraite (SNCF, EDF, GDF, RATP…) et cela par décret.
L'information avait été lâchée par les directions confédérales de la CFDT et de la CFE-CGC et reprise par la Tribune et Marianne. CGT et FO avaient aussitôt menacé de déterrer la hache de guerre, poussant ainsi le gouvernement à démentir. Mais le danger d'un grand mouvement social comme en 1995 est-il pris au sérieux par les pouvoirs publics? Comme on le caricaturait dans l'Assiette au beurre au début du siècle dernier, la bête sociale n'a peut-être plus assez de dents pour mordre.
Loin d'une grande mobilisation du monde salarial, les représentants sont enlisés dans des réunions avec le Medef. Ça cause " modernisation du monde du travail ", de la façon d'aborder le sujet. Bref, du côté syndical on évalue la taille de la couleuvre à avaler. On sait bien sûr que, pour la part patronale, ce sont contrats de travail revus à la baisse, licenciements " plus faciles ", et tutti quanti. Pour relever la sauce, le locataire fébrile de l'Élysée menace de trancher en légiférant. Dans ces conditions, le patronat organisé a tout intérêt à laisser s'ensabler les négociations et à attendre le diktat des pouvoirs publics.
Triste tableau de rentrée avec en fond la Coupe du monde de rugby où le sport business devrait contribuer à la croissance économique et à l'unité patriotique de notre bel Hexagone.
La présidente du Medef, Laurence Parisot, martèle son discours en déclarant qu'il " faut cesser de raisonner à partir du consommateur ". Elle voudrait même que la "liberté d'entreprendre" soit inscrite dans la Constitution. En attendant que le droit de grève n'y soit plus ?
Côté Europe, c'est pas mieux : le tribunal du travail de Nuremberg a interdit une grève des conducteurs de la Deutsche Bahn (SNCF allemande) pendant les vacances scolaires. Faut-il compter sur la Confédération européenne des syndicats pour rectifier le tir ? Temps maussades pour la Sociale, espérons que de la réalité quotidienne naîtront d'autres futurs. Si mobilisation il y a, elle se fera malgré les directions des boutiques syndicales.
_____________________________________________________________
|
|  Qu'est ce que la Fédération anarchiste | Le Monde libertaire hors série n° 32 du 12 juillet au 12 septembre 2007
La Fédération anarchiste est un groupement de militants politiques organisé sur le principe du libre fédéralisme (c'est-à-dire la libre association) garantissant aux groupes et aux individus qui la composent la plus grande autonomie afin de permettre le pluralisme des idées et des actions, dans le cadre d'un pacte associatif que nous appelons nos " principes de base " (disponibles sur demande). C'est notre outil de lutte qui doit être fonctionnel et rationnel. Nous rejetons en effet tout fétichisme d'organisation.
Pas de hiérarchie donc pas de chefs chez nous! C'est à tous les militants et militantes qu'il appartient de faire progresser leur organisation. Nous ne reconnaissons pas la division dirigeant/exécutant, la participation effective des militants et militantes aux structures collectives de l'organisation est un principe d'éthique et de solidarité.
Ces structures fédérales sont: le Monde libertaire hebdomadaire, Radio libertaire, hier parisienne, aujourd'hui planétaire, et la librairie du Monde libertaire, à Paris également. En dehors de ces oeuvres fédérales, les groupes ont aussi des locaux, souvent des librairies, éditent des revues, menant ainsi leur propre activité au niveau local.
Les buts de la FA
Nous sommes pour une révolution radicale et globale, à la fois économique et sociale; pour détruire la société fondée sur la propriété privée ou étatique des moyens de production et de consommation; pour la suppression de toutes les formes d'exploitation, de hiérarchie, d'autorité.
Cette phase de destruction est nécessaire et c'est sans doute pour cela que certains ne voient ou ne veulent voir les anarchistes que comme des partisans fanatiques du désordre. Qu'ils regardent autour d'eux et qu'ils nous expliquent comment faire pire!
Les anarchistes sont, au contraire, partisans d'une société organisée d'une manière beaucoup plus rationnelle et logique que la jungle capitaliste ou les dictatures marxistes-léninistes. Il s'agit, dans le cadre d'une société libertaire, non pas de gouverner les hommes mais d'administrer les choses au profit de la collectivité tout entière.
Nous voulons construire une société libre sans classes ni État, sans patrie ni frontières, avec comme objectifs: l'émancipation des individus; l'égalité sociale, économique et politique; la liberté de création; la justice; l'éducation libertaire et permanente; l'organisation sociale sur les bases de la libre fédération des producteurs et des consommateurs (autogestion); la démocratie directe; une économie tournée vers la satisfaction des besoins; l'abolition du salariat; l'écologie; la libre union des individus ou des populations; la liberté d'expression; la libre circulation des individus.
Voilà en quelques lignes un aperçu de ce que veulent construire les militants et militantes de la Fédération anarchiste. Rendre possible l'édification d'un ordre social fondé sur l'entraide, la solidarité, sur le respect absolu de l'intégrité physique et morale de l'individu, voilà l'idéal qui nous anime et que nous souhaitons partager avec le plus grand nombre pour un monde meilleur.
_____________________________________________________________
|
|  Édito du ML | Le Monde Libertaire N° 1484 du 28 juin au 11 juillet 2007 :
Bondissant d'un plateau télé à un sommet européen, d'un siège de rafale à une inauguration, tel un crapaud, bavant au passage dans les médias à la solde des lobbies financier, M. le président, ci-devant comte de Naguy Bocsa, impose son discours autour de lui.
Qu'on allume la télé ou la radio, qu'on ouvre un journal ou un magazine, on se retrouve gavé de sondages plébiscitant l'équipe gouvernementale que ce médiagogue luminescent a mise en place. Mais que cache cette novlangue qui semble hypnotiser nos contemporains ? Il s'agit en fait d'un double langage qui, derrière une apparence populaire, sert la soupe aux financiers et aux patrons. Prenons comme exemple l'obligation pour chaque salarié de déclarer 48 heures à l'avance son intention de participer à une grève, et le vote à bulletins secrets pour la reprise de travail qui y est associé. Sous couvert de permettre aux sociétés de transport de prévenir leurs clients (redevenus à cette occasion des usagers), c'est une atomisation des salariés, la casse de toute velléité d'action collective qui se profile. Arrêtons de rêver, la plupart des grandes sociétés de transport, telles la SNCF ou la RATP, assujettissent déjà les organisations syndicales à un préavis de grève de beaucoup plus de 48 heures et pourraient de ce fait prévenir leurs usagers longtemps avant, ce qu'ils ne font jamais. En revanche, le fait de transformer la grève en sommes d'actions individuelles, plutôt qu'en action collective, permet de faire pression individuellement sur chaque salarié. Seules les organisations d'usagers téléguidés par les lobbies pour la privatisation des services publics peuvent se réjouir d'une telle lobotomisation du corps social. Quant au fumeux service minimum à mettre en place dans ces mêmes services publics de transport, histoire de minimiser les pertes d'heures travaillées des entreprises, cela fait déjà longtemps qu'il a été imposé à la SNCF ou à la RATP. Il s'agit bien là encore d'un leurre, et gageons que, pour ce gouvernement, nous, les pauvres rouages de l'utopie libérale que nous construisent ces messieurs, ne valons guère plus que les rats de laboratoire sur lesquels ils testent leur méthodes de manipulation mentale.
Vous ne vouliez pas de la Constitution européenne, voilà-t-y pas qu'on te la refourgue sous forme de traité ! Et, alors que l'on nous vend, à nous, l'élection au suffrage universel à la majorité de 50 % plus une voix comme parangon de la démocratie , ces princes, pour les votes européens, n'abandonnent l'unanimité que pour un vote à 55 % de leurs voix, représentant 65 % de ceux qu'ils dirigent. Gageons qu'à ce jeu-là aucun de ceux qui disent nous représenter n'aurait été élu.
_____________________________________________________________
|
|  La tempête peut déclencher un ouragan |
De la concertation au concert de lamentations
Le Monde Libertaire N° 1484 du 28 juin au 11 juillet 2007 :
PAS BESOIN d'être un météorologue confirmé pour avoir prévu que, sitôt passé le clapotis des élections législatives, une tempête durable (osons l'oxymore) allait secouer l'Hexagone. L'ironie veut que ce vent furieux né dans les officines du patronat, pour être porté ensuite par le troll de l'Elysée, soit affublé du doux vocable de " concertation ".
Conséquence: depuis quelques jours les pénitents (lire les pontes des organisations syndicales de salariés) s'assoient autour de la même table que les représentants du patronat et de leurs mandataires travestis en ministres.
Là, les grands prêtres du capital leur soufflent incontinent les paroles suivantes: nous voulons faire trimer davantage les pue-la-sueur pour moins de ronds et les licencier quand cela nous chantera. Mais comme nous sommes des esthètes de la langue française, nous appelons ça " la modernisation du marché du travail " et comme le sens de l'humour ne nous fait pas défaut non plus, le bréviaire que vous devez réciter les yeux baissés s'intitule " la réhabilitation du dialogue social ".
A ce moment-là, Thibault, Chérèque, Mailly et consorts affichent des mines consternées. Il faut dire que ces faux naïfs s'accrochaient au concept fumeux du " grain à moudre ", c'est-à-dire à l'idée que malgré leur gloutonnerie Parisot et les morfales du CAC 40 leur laisseraient quelques restes d'après-banquet. Au cas (fort improbable) où la leçon ne serait pas entièrement retenue, le joggeur qui court en canard éructe dans une profusion de " JE " que l'intégralité des décisions prises par le conseil d'administration qu'il représente seront appliquées quoi qu'il arrive. Et oui César sait qu'il peut s'appuyer sur une Assemblée majoritairement à sa dévotion pour légiférer dans le sens voulu par les possédants. À ce spectacle, le leader du principal parti d'opposition en chambre, c'est-à-dire le dénommé François Hollande, serre ses petits poings et indique que la gauche combattra résolument tous les projets qu'elle jugera néfastes pour le pays… tout en ayant pris soin de déclarer il y a quelques jours: " Les urnes ont parlé, il faut respecter leur verdict ", manière polie de nous enjoindre de faire le dos rond en attendant une prochaine (et hypothétique?) alternance.
Soyons clairs, patronat et droite confondus poursuivent un objectif majeur: mater la classe ouvrière de ce pays. Pour réaliser le rêve qui les habite et anime en permanence ils se sont dotés d'une stratégie et d'outils terriblement efficaces. Ainsi, sur le plan idéologique par exemple, ils ont instillé l'idée dans un grand nombre de cerveaux, que pour gagner plus il faut travailler plus. La gauche invertébrée a objectivement concouru à la diffusion de ces métastases en répétant à satiété ses couplets sur " la nécessité de réconcilier la valeur travail et l'entreprise ".
Par un savant tour de passe-passe, la contradiction majeure du capital et du travail a été expurgée du débat; bien pire, des leurres ont été agités sous nos yeux pour duper les travailleurs et les dresser les uns contre les autres, ainsi de la construction et de l'utilisation massive de cette image nauséeuse présentant d'un côté " ceux qui se lèvent tôt " et de l'autre " les assistés ", ou bien encore de la sempiternelle stigmatisation des fonctionnaires précédée d'un sourire entendu signifiant " feignants ".
Stratégiquement le but recherché par les possédants est simple: modifier les relations de travail dans les entreprises d'une manière pérenne. Comment atteindre cet objectif ? En châtrant le droit de grève, quitte à maquiller cette volonté féroce sous les oripeaux du " service minimum " lequel viserait à sauvegarder les intérêts des usagers !
Pour mémoire observons qu'à la SNCF seulement 3 % des trains supprimés ou en retard sont imputables à des grèves. Bref, le foutage de gueule pour dissimuler la volonté de casser les reins des cheminots bat son plein, étant entendu que, si d'aventure patronat et gouvernement arrivaient à leurs fins dans le secteur des transports, dans un second temps l'ensemble des salariés des autres entreprises (privée et publiques) serait mis au pas.
Une fois le droit de grève transformé en simple chiffon de papier, cette plante vénéneuse qu'est le CNE se transformerait en " contrat unique de travail ". Faisons confiance aux promoteurs de cette trouvaille (patronat et syndicats confondus) pour nous vanter les charmes de la chose. Les premiers pouvant licencier à leur guise (la " séparabilité réciproque " comme dit Parisot), les seconds faisant l'article sur la " sécurisation des parcours professionnels ".
Exit alors des droits sociaux des salariés, en ce qu'ils offrent une relative protection d'ensemble via les conventions collectives par exemple. Le droit social, devenu " individuel ", le XXIe siècle serait rattrapé par le livret du travail du XIXe.
Non nous ne noircissons pas le tableau à dessein, d'ailleurs l'actualité en cours en témoigne amplement. Le César dopé aux amphétamines du pouvoir tonne ici, fait les yeux doux là, ouvre des fronts multiples, ralentit ici pour mieux accélérer ailleurs. En clair, tactiquement il use et combine de subterfuges tantôt grossiers, tantôt élaborés ; " aller vite et fort " est son credo, leitmotiv qu'il faut lire en " démolir vite et définitivement toute opposition à l'ordre capitaliste ".
Patronat et gouvernement ont déclenché une tempête pour mettre à genoux les travailleurs, mais n'oublions pas que la rue est capable de se transformer en ouragan pour balayer les exploiteurs et tous les multiples larbins à leur service.
par Sami Chemin
_____________________________________________________________
|
|  Édito du ML | n°1483 du 21 au 27 juin 2007 :
SALE TEMPS pour celles et ceux qui croient encore en la vertu du bulletin de vote. Le pouvoir en place manoeuvre, attire les arrivistes et rafle la mise. Pour nous anarchistes, ceux qui n'ont jamais cru à un changement de société né des urnes, le constat est le même. Une grande majorité de la population française a donné les quasi pleins pouvoirs à une droite " ouverte " qui entend appliquer vite son programme.
Il semblerait quand même que les forbans veulent aller un peu vite en besogne. On sait que le nouveau locataire de l'Élysée ne boit que de l'eau (sauf au G8 ?) et ne prend que de courtes vacances, mais même en s'habillant à la Berlusconi, peut-on aller plus vite que la musique ?
Bien sûr, le président veut, avec la complicité des ralliés de gauche, offrir tout plein de cadeaux au patronat. Mais avec la " taxe qui fait tache " le gouvernement semble, dans sa précipitation, avoir fait son premier pet de travers.
Financer le social par la TVA, la couleuvre est dure à avaler, même pour les accros aux heures supplémentaires ! Les allègements fiscaux, profitant (bien sûr) à celles et ceux qui ont des revenus élevés, ont créé un manque à gagner qu'il faut donc combler.
Encore une fois ce sont les revenus les plus modestes qui apporteront leur tribut à cette mesure antisociale. L'opposition socialiste a beau jeu de crier au loup, tout en oubliant que des choses de la même eau avaient été envisagées quand ils étaient aux manettes.
En ces temps de prévacances, l'annonce de la fin de l'immunité de l'ex-chef d'État Chirac serait-elle la seule note joyeuse ?
On n'y penserait même plus quand on apprend que l'augmentation du Smic sera bridée à 2 % au premier juillet. Cela ne rue pas beaucoup dans les brancards du côté des boutiques syndicales ! Beaucoup d'intempéries sur les projets pour un autre monde. Il est vrai qu'elles et ils ont voté.
_____________________________________________________________
|
|  Edito du ML | Le Monde libertaire n° 1482 du 14 au 20 juin 2007
LE SABRE DE NAPOLÉON a été vendu pour 4,8 millions d'euros. On ignore encore par qui... La vox populi a sûrement un avis à donner mais elle ne l'a pas dit de manière audible. Pensera-t-on à qui vous savez ?
Attendons le raz de marée azur annoncé pour le second tour pour y voir plus clair.
En Belgique, le marc de café a donné favoris les chrétiens-démocrates à leurs élections législatives. Et les licenciements dans l'automobile wallone ou flamande, elle est à quelle sauce ?
Nous voilà au début du XXIe siècle, au temps des guerres prétendument high-tech et voilà qu'on nous repasse le plat éculé des boucliers. Ils ne servent plus à se protéger contre les coups de l'assaillant, mais sont une arme contre le " choc fiscal ". On ne comprend pas toujours tout, mais encore une fois c'est aux gros revenus qu'il advient de payer moins d'impôts. Y'a pas de secrets, quoi qu'en disent les médias à la botte.
L'autre version du bouclier se croise au sommet du G8. Il y aurait des broutilles discordantes entre les Russes et les Américains au sujet d'un bouclier anti-missile. Il y en a déjà un à Helligendamm en Allemagne, mais l'oncle Sam en voudrait d'autres en Pologne et en République tchèque. Ce serait contre les vilains, entre autres l'Iran. Mais la notion de vilains varie suivant les pays !
Alors le tsar rouge n'est pas content. L'Afrique et le réchauffement de la planète, c'est pour la galerie, il n'y a pas besoin d'être anarchiste pour le comprendre.
Et les élections dans notre douce France ?
Entre descente aux enfers et déroute historique, les commentateurs de tous bords ne se privent pas d'allégeance aux nouveaux maîtres.
Pour ce qui importe aux anarchistes, ils ne se joindront pas aux larmes de crocodile, sincères ou non. Pour nous le combat est ailleurs, dans le monde syndical, dans la vie associative, dans ce qui conserve encore l'espoir d'un monde futur. Le combat, aujourd'hui perdu, dans les urnes n'est qu'une illusion.
_____________________________________________________________ |
|  Contre-sommet de Rostock |  Le Monde libertaire n° 1482 du 14 au 20 juin 2007
LE PREMIER JUIN dernier, Rostock ressemblait à une ville fantôme. Les commerçants ont barricadé leur vitrine et environ 10000 policiers étaient stationnés dans la ville, survolée en permanence par des hélicoptères.
Plus de 600 personnes s'apprêtaient à passer la nuit sur l'ancien terrain militaire.
Le 2, après l'annonce du NPD (Parti national démocratique [extrême droite]) de son intention de manifester à Schwerin, toute manifestation a été interdite dans cette ville, et 150 antifas se sont fait arrêter pour avoir tenté de manifester. Pendant ce temps, le NPD défile au " Brandenburger Tor " à Berlin…
L'après-midi, la grande manif unitaire réunira quelque 80000 personnes. Le black block représente environ 4000 manifestants. Dans un premier temps, la police semble s'être tenue plutôt à carreau avant de multiplier les provocations. Vers la fin de la manif, lorsque la police attaque, sans raison, un bloc autonome, les premiers heurts éclatent.
La situation s'est rapidement détériorée et de violents affrontements ont éclaté aux alentours du lieu de dissolution. Il y aura en tout plus de 60 arrestations, et le parquet de Rostock a lancé une procédure contre 17 militants.
Cette manifestation fera la une de tous les journaux allemands du lendemain, dans lesquels on parle des plus violents affrontements que l'Allemagne ait connus depuis les années 1980. Selon la police, 433 des leurs auraient été blessés lors des affrontements.
Du côté des manifestants, on fait état de 520 blessés. La " Greenteam " avait annoncé avoir 30 blessés graves. En y regardant de plus près, pourtant, le mensuel allemand Der Spiegel constatera que seulement deux policiers ont été hospitalisés.
Le 4 juin était déclaré journée d'action relative aux migrations et à la liberté de circulation. Quelque 2000 personnes se sont rassemblées à Rostock devant le département d'immigration pour se diriger vers le Sonnenblumen Haus, dans le quartier de Lichtenhagen, pour participer à la commémoration appelée " Les trois jours d'août ".
En 1992, des nazis, auxquels s'étaient joints des habitants du quartier, avaient attaqué un centre de réfugiés durant plusieurs jours sous les yeux de la police, restée passive. Le pogrom de Rostock allait marquer le début d'une série de violences racistes comme l'Allemagne n'en avait pas connue depuis 1945. Là où en 1992, pendant trois jours, la police n'était pas intervenue pour mettre fin aux violences racistes, elle n'a pas hésité, aujourd'hui, à matraquer et cogner…
Le 5 juin, le Kavala (service spécial de la police de Rostock pour le G8) a proclamé l'interdiction de toute manifestation pour le jeudi 6 juin, y compris à l'extérieur des zones I et II. En fin d'après-midi débutaient les premières actions de blocage. Dans la soirée, un millier de personnes ont battu le pavé contre la répression. La manifestation s'est terminée à Kühlungsborn, où la police n'a pas pu empêcher les militants de poursuivre jusqu'à la plage. Le soir, dans les différents campements, les militants se préparaient pour participer aux blocages du lendemain et les discussions allaient bon train sur les types d'action à mettre en place.
Le 6 juin les premières discussions informelles entre les saigneurs du monde débutent.
Tout au long de la journée, blocages et actions directes vont se multiplier. Cinq mille personnes sont arrivées à la limite de la zone où toute manifestation est interdite. Les militants tentent de passer à travers champ pour contourner les flics. Cinq mille personnes bloquent la route d'accès à Gate 2 (entrée n° 2) et les militants ont réussi à avancer jusqu'à moins de deux mètres de la zone rouge, certains ont même commencé à démonter la clôture métallique. Douze hélicoptères tournent dans le ciel ! En tout, plus de 10000 personnes bloquent le G8.Toutes les routes d'accès à Heiligendamm sont bloquées, soit par les manifestants, soit par des flics. Les délégations n'arrivent à passer que sur une seule route…
Le 7 juin débute la partie officielle du G8.
Malgré l'intervention de la police, avec canons à eau et lacrymogènes, les blocages se sont poursuivis toute l'après-midi. Certains tiennent depuis la veille, et les gens ne semblent pas décidés à bouger… Peu avant 17 heures, à l'entrée Est où les flics étaient pourtant présents en force, des délégués venus pour le G8 ont dû rebrousser chemin, car deux mille personnes étaient présentes pour bloquer l'entrée. Durant la soirée, alors que les blocages continuaient, 50 à 70 nazillons se sont rassemblés devant le Convergence Center à Rostock. Mais leur manège n'a pas duré longtemps car de nombreux militants se sont présentés.
Le 8 juin, dans la matinée, les blocages ont commencé à diminuer, le G8 se terminant le soir. L'après-midi, une manifestation rassemblant entre 1500 et 2000 personnes s'est déroulée à Rostock. La police est intervenue de manière violente, provoquant une nouvelle manifestation spontanée qui s'est dirigée vers la Gesa, là où des militants sont détenus.
Toute la semaine, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont participé à la mobilisation anti-G8. Plus de 10000 ont participé aux actions de blocage. Les " huit maîtres du monde " ont été obligés de se réfugier derrière une clôture métallique et se sont fait protéger par des milliers de flics. Cela en dit long sur leur prétendue légitimité. Ni dieu, ni maîtres du monde!
Vianney
Groupe libertaire Louise-Michel
source: www.fastrasbourg.lautre.net
D'après l'EA-legal team, huit procès ont eu lieu. Six personnes ont été condamnées à des peines de prison de 6 à 10 mois sans sursis. Les deux autres ont été condamnées à des peines avec sursis et remis en liberté. Plus de 700 personnes se sont fait arrêter.
_____________________________________________________________
|
|  Edito du ML | Éditorial - Le Monde libertaire n° 1481 du 7 au 13 juin 2007//
CETTE SEMAINE vont se réunir les chefs des huit plus puissants États de notre planète. Ces huit hommes et femmes détiennent entre leurs mains l'existence et le devenir de plus de six milliards d'individus. Les pays qu'ils sont censés représenter produisent plus de 65 % des richesses mondiales alors que n'y habite que 13 % de la population de la planète. Se considérant comme les actionnaires majoritaires de l'entreprise " Monde® ", ceux-ci s'en autoproclament les véritables maîtres ; décident quelle guerre est acceptable, quel pays vassal est digne d'émerger de la misère dans laquelle leur système d'assujettissement tient les pays dont ils ont conquis l'économie au travers de la dette. La Banque mondiale qu'ils contrôlent leur sert à imposer leurs diktats au reste du monde. Ils influent sur la politique des Nations unies où ils ont des droits de veto.
Mais ils ne sont pas seuls à gouverner. En effet, si leurs moyens répressifs sont tels qu'ils ont de quoi faire disparaître notre planète du système solaire, ils ne contrôlent pas les requins de la finance mondialisée qui ont su s'affranchir de leur emprise en tenant les cordons de la Bourse. Mais que l'on se rassure pour eux, il n'y a pas de guerre des gangs entre le G8 et le forum économique mondial de Davos, tout ce petit monde s'entend très bien sur notre dos.
Ceux qui pensent que la lutte des classes est un concept dépassé n'ont qu'à regarder l'accroissement du fossé qui sépare les riches et les pauvres pour s'apercevoir que, au contraire, les classes possédantes ne cessent de conquérir sur nous des positions de force.
Contrôlant les moyens de communication, ils nous bercent d'une fable qu'ils appellent réalité et qui n'est que le reflet de leurs désirs. Leurs moyens de coercition sont tels - ils se servent aussi bien de l'argent que des médias ou des forces armées - qu'ils arrivent à nous imposer leur vision du monde sans que nous puissions, ou presque, nous opposer à eux.
Un nouveau membre, chez nous, s'est élevé à la tête du gang, il s'agit de notre nouveau président, Nicolas Sarközy. Celui-ci n'arrête pas, ces temps-ci, de nous gaver d'effets d'annonce de réformes, toutes plus populistes les unes que les autres. Les masses médias n'ont de cesse de livrer à leur nouveau maître les parts de cerveaux disponibles qu'ils peuvent générer. Il s'agit de vendre au Français un Parlement à la botte du maître de l'Élysée.
Quant à nous, anarchistes, nous resterons fidèles à notre idéal, sans dieu ni maître, et nous demanderons à ceux auxquels il reste une part de clairvoyance dans cette société spectacle de ne pas collaborer et de ne pas légitimer ce système représentatif. Plus loin que l'abstention, c'est la non-participation, la non-collaboration que nous prônons. Car, où il n'y a pas d'esclaves, il n'y a pas de tyrans.
_____________________________________________________________
|
| Édito du ML
Le Monde libertaire n° 1480 du 31 mai au 6 juin 2007
UNE PREMIÈRE VAGUE de réformes frappera l'éducation dès le mois de juillet. Le ministre de l'Éducation, Darcos, veut ainsi supprimer la carte scolaire et lancer la privatisation des universités. Pour l'instant, il se veut rassurant.
La suppression de la carte scolaire n'entraînera pas d'inégalité selon lui, et la réforme des universités n'entraînera pas de sélection des étudiants, juste une certaine " autonomie ". Bref, si on le croit, sa réforme ne sert à rien…
La réalité est malheureusement toute autre. Ainsi, certaines familles pourront payer le luxe à leur enfant du choix de leur école. Et nul doute que certaines écoles seront dotées de plus de moyens que d'autres. Pour l'université, c'est vers la privatisation que l'on tend.
En effet, l'objectif, à terme, notamment avec le Press, est d'ouvrir des filiaires afin de fournir des travailleurs clef-en-main qui correspondent à une demande des entreprises. Les étudiants pourront désormais choisir une licence " Renault " ou bien une maîtrise de " BNP-Paribas ". En contrepartie, les entreprises financeront les établissements, et nul doute qu'elles imposeront leurs conditions.
Quant aux travailleurs, le plan est déjà près. D'abord, instaurer le service minimum dans le service public pour leur restreindre le droit de grève. Ensuite, une fois que les travailleurs du public ne pourront plus être le moteur d'un quelconque mouvement social (disparition de leur statut plus protégé que dans le privé), instaurer le contrat de travail unique à tous. Et là, le droit de grève finit dans les oubliettes. La France qui travaille ne va pas être déçue !
Pour ceux qui ne travaillent pas, ça va aussi faire mal. À peine arrivé au pouvoir, le gouvernement veut déjà ajouter une franchise aux soins médicaux, comme si se soigner convenablement n'était déjà pas assez difficile pour toute une partie de la population.
Mais rassurons-nous, les syndicats sont en négociation avec le patronat. Le gouvernement ne rentrera dans la danse qu'ensuite pour légiférer. Si les syndicats négocient, nous voilà sauvés, on ne pourra même pas accuser le gouvernement du sort qui nous attend.
Bref, jusqu'ici, tout va bien. Pour la suite, reste à savoir si nous nous donnerons les moyens de défier ceux qui nous exploitent.
________________________________________________________________________ |
| Nul César n'est invincible
Le Monde libertaire n° 1480 du 31 mai au 6 juin 2007
LA QUASI-TOTALITÉ des médias est concentrée entre les mains des puissances d'argent, essentiellement celles d'un bétonneur et de deux marchands de canons. Parallèlement, d'autres faiseurs d'opinion, c'est-à-dire les instituts de sondage - lesquels manient avec un art consommé les ficelles du marketing - contribuent également au conditionnement des esprits.
L'articulation entre ces deux " supra-dispositifs " en vue de servir et renforcer l'idéologie dominante a largement démontré son efficacité au cours des dernières années et plus particulièrement lors de la dernière élection présidentielle.
Qu'entendons-nous par efficacité ?
Pensons alors à un vieux proverbe chinois: " Quand le sage montre la Lune, l'imbécile regarde le doigt. " Mais encore? Eh bien c'est simple… le couple médias-sondagistes a constamment poursuivi une stratégie précise, ainsi, pour occulter les véritables objectifs dissimulés dans ladite stratégie, ce tandem n'a eu de cesse d'amuser la galerie à coup de petites phrases, d'un flux constant de sondages savamment manipulateurs, de mise en scène de situations accentuant la " peopolisation " du champ politique.
Ces procédés extrêmement sophistiqués visaient en réalité un seul but: implanter puis arrimer solidement dans les esprits les modèles politiques qui prévalent dans nombre de pays capitalistes, à savoir la réduction de la représentation politique à deux forces (lire deux partis), toutes deux asservies obligatoirement à l'idéologie et à l'ordre capitaliste.
Les différences, transformées en divergences pour le bon peuple, devant porter au mieux sur des sujets " sociétaux " (terme issu de la novlangue pour mieux vider davantage le politique de sa substance) ou, au pire, sur la mise en exergue de différences cosmétiques entre telle ou telle personnalité.
Dit autrement, les servants de l'idéologie dominante n'ont eu de cesse de stigmatiser le prétendu archaïsme du champ politique hexagonal pour nous enjoindre de nous débarrasser séance tenante de nos vieux oripeaux, et de nous convertir sans plus regimber au " nec plus ultra " de la démocratie que serait par exemple: un parti républicain côté pile et un parti démocrate côté face.
Évidemment, pas chiens pour deux sous, ces penseurs à deux balles consentent à être généreux sur les détails ou, si vous préférez, nous autorisent à choisir les appellations qui nous conviennent, sous réserve de ne pas ergoter sur le principal, autrement dit d'acter que le capitalisme est l'horizon indépassable de notre temps et qu'il faut par conséquent se doter des institutions et formes de représentation politiques qui assureront sa perpétuation éternelle.
Revenons plus pleinement à nos mangeurs de grenouilles.
Du côté des conservateurs " pur sucre " la mise en forme de ce rêve a déjà eu lieu. Le César de l'Élysée a un large temps d'avance sur la famille d'en face (vu que parler de camp opposé serait un abus de langage). Pendant que le premier a mis ses légions en ordre de bataille et peaufine les derniers préparatifs de son offensive contre le camp des travailleurs, les seconds font dans la comédie de boulevard et agitent leurs épées de bois.
Idéologiquement, les seconds ont fait leur mue depuis belle lurette sans avoir eu besoin de la légitimer avec un quelconque Bad Godesberg. Pour autant, leur dispositif scénique souffre d'obsolescence car la cartographie des partis, en dehors de la sphère d'influence ou de l'emprise du César modèle réduit, est en pleine décomposition, d'où leurs glapissements et tentatives de " recomposition " pour ne pas être largués définitivement dans la distribution des rôles et prébendes.
L'ennui, pour ces pitres, est qu'il leur faut privilégier les prochaines élections législatives sans attendre leur grand parti ramasse-restes, faute de quoi César ne leur laissera que des rogatons.
Autrement dit et pour l'heure, l'émergence d'un clone de l'UMP paré de couleurs plus chatoyantes que l'icelle - forcément puisque " progressiste " - attendra.
Nous ne verserons pas une seule larme sur les déboires présents et futurs de tous ces sinistres personnages qui ont l'impudence de prétendre incarner le côté senestre de la politique.
Itou la pusillanimité des représentants autoproclamés de la gauche de la gauche et l'impuissance sur laquelle leurs incantations débouchent, nous ne plongerons pas dans l'affliction. Tous méritent notre colère. L'heure est particulièrement grave, sinon dramatique, ce qui n'empêche pas tous ces stratèges en chambre de continuer à privilégier leurs intérêts de boutiquiers, plutôt que d'organiser la riposte de l'ensemble des travailleurs pour faire rendre gorge au César qui s'apprête à nous enfoncer son glaive dans nos flancs. Bien sûr nous délirons, car il n'a jamais été dans l'intention de ces tigres de papier d'amener les travailleurs dans la rue. Bien pire, chaque fois qu'ouvriers et étudiants ont secoué vigoureusement le joug qui les opprime, la plupart se sont évertués à freiner le mouvement d'abord, puis à l'aiguiller sur les " bons rails " c'est-à dire à faire l'apologie des urnes, étant entendu qu'en votant " bien " on allait voir ce qu'on allait voir.
Oui, l'heure est dramatique. César et ses généraux pensent et annoncent urbi et orbi que leurs sales coups passeront comme une lettre à la poste, d'où le fait qu'ils bombent le torse et se moquent ouvertement des valétudinaires " d'en face ", c'est-à-dire des partis dits d'opposition et des syndicats. Mais il faut dire que les Curiaces en question ne sont guère coriaces, aussi auraient-ils bien tort de se gêner. Ne nous leurrons pas, Sarkozy et ses séides ne sont pas des rodomonts, oui ils veulent frapper fort et vite. Ces cogneurs ont parfaitement évalué la situation, aussi leur premier objectif est de casser le droit de grève, car ils savent que là est l'arme principale des travailleurs. Admettons que ces mercenaires du patronat parviennent à leurs fins, alors c'est un vrai boulevard qui s'ouvrirait devant eux. Dans la foulée, ils pourraient continuer à dépecer le Code du Travail, dynamiter les régimes spéciaux, généraliser la précarité du travail, transformer l'éducation nationale en une myriade de PME, pondre d'autres lois liberticides, réprimer d'une main de fer toute forme de contestation, criminaliser davantage la pauvreté, etc.
Nous n'avons pas lieu de forcer le trait ni de noircir le tableau, car cette chronique des mauvais coups… évitables est programmée et déclinée sur tous les tons par César et ses courtisans aux dagues acérées. Et pendant ce temps-là, les bureaucraties syndicales défilent à la queue leu leu devant les nouveaux maîtres, se gargarisent du dialogue qui leur sera offert, pour ensuite pleurnicher soit parce que les délais pour discuter sont trop serrés, soit parce que décidément il y a trop de " chantiers " ouverts simultanément!
César est magnanime qui tient à peu près ce langage: "Vous pouvez choisir le coloris de la corde de chanvre qui vous pendra et même le lieu de l'exécution. " Eh oui, au cas ou les bureaucraties syndicales joueraient la montre, une très probable chambre bleue horizon légiférerait pour aboutir au même résultat. Les temps à venir feront le lit des hypocrites puisque Chèrèque et ses frères de gamelle n'auront de cesse de se défausser les uns sur les autres pour s'exonérer des responsabilités qu'ils revendiquent, à savoir représenter… et défendre les salariés!
Les gros mous de l'ex-gauche " plus rien " se hisseront sur leurs maigres pattes et jureront qu'ils mèneront une terrible bataille parlementaire en déposant des montagnes d'amendements. Puis, quand la broyeuse aura bien déchiqueté le droit de grève, tous les pitres que nous venons de citer retourneront à leur niche, car les bougres savent bien que trahir les travailleurs mérite bien un gros no-nos à ronger. Certes, nombre de facteurs objectifs constituent autant de handicaps pour mener une lutte d'ensemble. Parmi ces " lests " nous citerons particulièrement: le fort volume de chômeurs et de travailleurs précaires, le fort endettement des ménages, le chantage à la fermeture d'entreprise et surtout le crédit accordé aux urnes même quand les illusions accordées à cette voie vont diminuendo. On ne saurait minimiser les handicaps que nous venons de citer, néanmoins potentiellement la classe ouvrière et tous ceux qui ont intérêt à faire rendre gorge à César et ses généraux ont largement les moyens de briser les pièges destinés à nous broyer les os. Question de prise de conscience, ce qui suppose pour les travailleurs de recouvrer la confiance en leurs propres forces, lesquelles sont immenses. Si des milliers de Spartacus se lèvent, César et sa valetaille seront défaits, dans le cas contraire très longue et bien froide sera la nuit.
Sami Chemin
________________________________________________________________________ |
| Édito du ML
Le Monde libertaire n° 1477 du 10 au 16 mai 2007
DÉPITÉS ! La majorité des Français est, ce dimanche soir, à l'heure où nous bouclons ce numéro, dépitée de voir l'avocat aux dents longues arriver au pouvoir et au sommet de sa carrière.
Telle est leur démocratie, la règle du jeu de l'élection au suffrage universel direct à deux tours. En effet, monsieur le comte de Naguy Bocsa a obtenu un score très nettement supérieur aux 50 % plus une voix qui lui était nécessaire pour parvenir à la chefferie de l'État.
Ce processus électoral entraîne que - alors qu'au premier tour à peine un quart des inscrits sur les listes électorales voulaient se donner comme maître le leader de la libéralisation sans entrave - celui-ci se retrouve élu.
Ne nous leurrons pas, l'arrivée d'un nouveau président de la République n'a jamais changé fondamentalement notre condition d'exploités, et Ségolène Royale, sa partenaire, telle que l'a qualifiée notre nouveau président, serait-elle arrivée en première position que cela n'aurait pas changé grand-chose au sort qui nous est réservé.
L'espoir que certains ont mis à faire barrage à la droite pour mettre la gauche à sa place a été déçu. Et maintenant, la question qui se pose est : où va se canaliser l'énergie de ceux qui, massivement, ont cru que ces élections pouvaient changer leur vie ? Vont-ils, naïvement, reporter leurs espérances vers les prochaines législatives, pour encore remettre à d'autres le soin d'exécuter ce que eux seuls peuvent réaliser ? Ou enfin réaliseront-ils que les bouffons qui nous gouvernent ne représentent qu'eux-mêmes, et que si nous voulons que le monde bouge, il est temps que nous prenions nos propres affaires en main.
Ce n'est qu'en nous organisant nous mêmes, dans nos quartiers et dans nos entreprises, que nous pourrons créer une véritable résistance à la domination que nous font subir les maîtres de la finance et les politiciens.
Ce n'est pas par dogmatisme que les anarchistes appellent à déserter les urnes, mais bien parce que l'expérience nous a montré que les élections n'ont jamais changé quoi que ce soit dans l'ordre exploiteur-exploités.
Le troisième tour social n'étant pas à l'ordre du jour des leaders des organisations syndicales, c'est bien à la base de décider enfin que ça suffit.
________________________________________________________________________
|
| Maintenant, la rue
Le Monde libertaire n° 1477 du 10 au 16 mai 2007
AINSI, les urnes ont décidé que le nain napoléonien présiderait le pays les cinq années à venir. Les moutons, échappés des baignoires, se sont rendus en troupeau dans les bureaux de vote, autre manière de se laisser gentiment égorger. Peu importe, au final, le non-événement a eu lieu, qui ne bouleversera que celles et ceux dont la croyance en la démocratie, utopie inachevée, permet de penser encore qu'ils sont écoutés. A ceux-là, quel que soit leur vote, on souhaitera de n'avoir pas oublié de passer à la pharmacie acheter un tube de vaseline avant de se rendre aux urnes.
Se rendre, c'est le mot, tant une fois encore l'acte électoral prouva, ce dimanche, son inanité. Cependant, de cette élection, on peut tirer certains enseignements, utiles peut-être pour l'avenir. Premièrement le front anti-Sarko n'a pas suffit à empêcher le nabot d'accéder aux plus hautes fonctions.
Ce front, mollement motivé, cette ligne Maginot de la gauche bien-pensante, fut tout simplement contournée par la grâce de veilleurs endormis par les balivernes ségoléniennes.
" Je veut réconcilier les Français et l'entreprise ", lâcha par exemple la cruche. Belle version droitiste de la lutte des classes.
Secondement, dans cette campagne, chaque candidat s'efforça, souvent avec succès, de faire un pas vers la droite. De Laguiller appelant à voter pour Royal à Sarkozy reprenant à son compte le programme du Front national (en passant par Royal, jouant le centre contre la gauche), chacun semble avoir accompli son aggiornamento. Au final, ce soir, nous assistons à une victoire flagrante du libéralisme, comme si les électeurs français avaient voté en même temps pour Bush et pour Thatcher. La révolution conservatrice est donc en marche, et personne ne pourra sérieusement s'y opposer, puisque Royal, candidate de droite, a achevé la gauche. Les scores du Parti communiste, de LO, de les Verts et autres Bové, montrent assez l'audience de la gauche antilibérale, qui donne l'impression d'avoir cessé d'exister.
L'essentiel bien sûr, est ailleurs. La casse du Code du travail, la casse des acquis sociaux, la chasse aux sans-papiers, la chasse aux pauvres, n'en doutez pas, est dès ce soir ouverte. Ce soir, ce n'est pas seulement Sarkozy qui a gagné,mais aussi le MEDEF, et les commissariats. Cette fois il ne suffira pas d'être nombreux dans la rue, il faudra également être déterminés, et pugnaces, car Sarkozy n'est pas Villepin. Le néo-nationaliste atlantiste pro-Bush ne reculera pas, sachez-le, devant une poignée de millions de manifestants. Où seront les électeurs de Ségolène lorsqu'il faudra se heurter aux policiers, subir la violence soi-disant légitime?
Devant Jean-Pierre Pernault, comme depuis des années?
Encore ne parlons-nous ici que de politique intérieure. On préfère s'interdire de se demander quelle sera la position de Sarko vis-à-vis, au hasard, de l'Irak, de la Palestine.
Au final, ce qui fut élu ce soir, c'est le pire de la régression, pur produit du capitalisme. Qui s'en étonnera? Sarkozy ne fut jamais que la pire des solutions, il n'est pas surprenant que la France l'ait choisi.
Fred, Groupe libertaire Louise-Michel de la Fédération anarchiste
________________________________________________________________________
|
| Édito du ML
Le Monde libertaire n° 1476 du 3 au 9 mai 2007
Eh bien, une fois n'est pas coutume, nous ne sommes pas en complet désaccord avec Laurence Parisot. La patronne du Medef vient d'annoncer qu'il n'y aura pas de consigne de vote de la part du patronat. " Les deux candidats sont tous deux pour l'économie de marché. "
Tout est dit. Là où les anarchistes divergent un petit peu du patronat, c'est sur la suite! Le Medef a toujours sur le métier ses projets de " simplification " du Code du travail, de baisse des charges sociales, de " dialogue " social, de protection sociale, la fiscalité, etc. Toutes choses qui ne correspondent pas exactement avec nos idées de justice sociale et de partage des richesses.
Pour le moment, le " peuple " va voter; vote " massif " au premier tour, qui, cependant, voit environ un tiers des personnes qui ne se sont pas manifestées (en comptant les abstentionnistes et les non-inscrits). L'anesthésie est peut-être générale, mais le corps social bouge encore! et l'effet n'est que momentané. On se réveille de cet endormissement, peut-être avec un goût pâteux dans la bouche, mais enfin la conscience se ranime, l'esprit se dégourdit, et reviennent en mémoire les luttes et les victoires, et l'action solidaire où l'on se sent revivre.
Luttons sans relâche et ne comptons que sur nous-mêmes pour améliorer nos conditions de vie; déjà dans la lutte, dans la grève, c'est aussi la vie même qui change et prend tout son sens.
L'autre n'est plus un indifférent, voire un ennemi, mais devient un camarade, un soutien: la solidarité l'emporte et l'espoir de gagner rend la vie plus belle et les femmes et les hommes plus beaux et intelligents.
Pour le moment, ne donnons pas notre voix, gardons-la pour nous faire entendre sur les vrais problèmes, qui ne sont pas du tout abordés par les deux candidats. La fausse démocratie c'est pour nous, c'est un détournement de l'essentiel qui se présente sous les auspices du FMI, de Bruxelles: et là, notre élu, il ne nous demandera pas notre avis pour mettre en musique ce que les instances internationales - les vrais maîtres du monde qui, eux, ne sont pas élus - auront décidé; il choisira juste le tempo dans lequel nous baignerons.
Là, l'économie de marché, qui nous écrase et devant laquelle nous n'avons qu'à nous incliner, c'est la casse des services publics, de la santé, de l'éducation, des transports, du service postal, d'EDF, de GDF, de l'eau, des prisons…
L'imagination au pouvoir de la bourgeoisie internationaliste (ils nous ont tout piqué!) n'a pas de limite. Chapeau!
Cependant, l'être humain est ainsi fait, que ses gênes (dirait Sarko) l'entraînent quand même à contester, à se battre, à espérer et ne pas se laisser abattre comme du bétail. Il n'y a qu'à constater toutes les luttes menées en ce moment, nombreuses et déterminées.
On bouge encore, oui !
________________________________________________________________________
|
| Tout finit par des élections !
Le Monde libertaire n° 1476 du 3 au 9 mai 2007
AINSI DONC, l'allergie viscérale dont font montre des anarchistes à l'égard de la délégation de pouvoir à des politiciens professionnels témoignerait, si l'on en croit certains adeptes du " réformisme révolutionnaire ", d'une " indifférence stratégique de lutte ". Je ne sais pas quelle signification ils donnent au terme " stratégie ". Mais je doute qu'il puisse s'appliquer, quelle que soit l'acception retenue, au pugilat électoral en cours. En émiettant la voix collective des gens en lutte contre l'ordre capitaliste en bulletins de vote, en les incitant à renoncer à la seule force, celle de la communication directe entre eux dans l'action, au profit d'une remise individuelle de pouvoir à une vestale de " l'ordre juste " intronisée par la caste médiatique et cornaquée par une élite de spécialistes, l'appel aux urnes ne sert, comme toujours, qu'à désamorcer l'énergie de la révolte. En ce sens, il y a bien " stratégie ", mais c'est celle qui a permis depuis plus de deux siècles à la classe dominante de continuer à dominer.
Une fois de plus, les " stratèges " d'une " gauche de gauche " qui n'ose plus s'affirmer d'extrême gauche, de peur, sans doute, d'être taxée de " gauchisme " ou d'" extrémisme ", nous resservent le petit chantage cent fois utilisé. Il ne s'agit évidemment pas de voter pour un programme, devenu d'ailleurs de plus en plus flou et qui, de toutes façons, ne sera appliqué que pour autant qu'il ne contrevienne pas aux intérêts de la bourgeoisie, mais de " faire barrage à… ". À la droite " dure ", aujourd'hui, incarnée par l'abominable Sarko - Bayrou le doucereux incarnant une droite " molle " donc fréquentable -, une fois le " péril fasciste " représenté par l'horrible Le Pen écarté. Si la candidate " de gauche " est élue, on pourra toujours l'accuser, comme on l'a fait avec ses semblables lorsqu'ils étaient au pouvoir, de faire la politique de la droite. Mais, en attendant, c'est à voter en masse pour elle que l'on est convié.Avec le brillant résultat que l'on peut en attendre.
Tout au long des calamiteuses années-fric du mitterrandisme, " faire barrage au FN " était devenu l'ultime argument alors que le mot " socialisme " achevait de se vider de tout contenu anticapitaliste. Le sommet de cette stratégie défensive à la gribouille sera atteint avec le psychodrame national auquel donna lieu le " séisme " électoral du printemps 2002. Il était interdit, entre les deux tours de l'élection présidentielle, d'ouvrir la bouche pour autre chose que d'appeler à voter Chirac pour " faire barrage " à Le Pen. Quant à la minorité d'inconscients du " péril fasciste " - dont j'étais - qui se réjouissaient de voir cette canaille de Jospin débarrasser enfin le plancher, ils devaient garder pour eux leur allégresse sous peine d'être ipso facto relégués dans l'infamante catégorie des " rouges-bruns ".
Autrement dit, " il n'était nul besoin que Le Pen devienne président pour que la liberté d'expression disparaisse: c'était déjà fait, sous les auspices de la bonne conscience républicaine et en vertu d'une sorte d'état d'urgence électoral1 ". Peu importait, dès lors, que la bourgeoisie française, désormais mondialisée, n'ait nul besoin, de nos jours, d'un régime ouvertement fasciste pour venir à bout de la résistance des travailleurs. Dès les années 1980, " le plus jeune Premier ministre " dont cette fripouille de Mitterrand s'était vanté d'avoir doté la France n'avait-il pas prouvé que le " sale boulot " (" rigueur " et " modernisation ") pouvait être effectué avec brio par un " socialiste "?
Et l'on nous refait le coup aujourd'hui.
Vouloir mettre le nez dans leur merde gestionnaire aux caciques de la " gauche de gouvernement " se heurte à cette unique consigne qu'ils se plaisent à ressasser, relayés par les perroquets de la " gauche de gauche ": " il faut faire barrage à… ". Quiconque essaie d'ouvrir un débat sur son bien-fondé se verra illico accusé de complicité objective, non plus avec l'extrême droite, mais avec Sarkozy, le nouvel homme à abattre. On ne sait trop pourquoi, d'ailleurs: chantre du néolibéralisme, il n'a pourtant rien à envier, en effet, à un DSKac 40, ministre de l'Économie dans le gouvernement Jospin et champion toutes catégories en matière de privatisations et d'aplaventrisme devant les diktats de la Commission européenne. Sur le front banlieusard, d'autre part, en tant que ministre de l'Intérieur, le pourfendeur de la " racaille " n'a fait que suivre la voie déjà tracée par l'un de ses prédécesseurs, J.-P. Chevènement, dans la chasse aux " sauvageons ". Il est vrai que ce dernier se montrait par là fidèle à toute une tradition " de gauche " face au " problème de l'immigration ".
Qui a parlé en premier d'expulser les familles immigrées dont les enfants défrayaient la chronique judiciaire? Le maire PCF de Vénissieux, en 1980, dont le parti s'était déjà illustré quelques années auparavant en couvrant le nettoyage au bulldozer d'un foyer de travailleurs africains par la municipalité " rouge " de Vitry. Qui, en 1984, a grossièrement calomnié la grève des OS immigrés de Talbot et fait appel aux CRS pour la briser, en prétendant y voir - déjà! - la main diabolique d'imans intégristes ? Le Premier ministre " socialiste " Pierre Mauroy. Et c'est sous le règne (éphémère) d'un autre Premier ministre " socialiste ", Michel Rocard, que des " jeunes des cités " trouvèrent la mort, au cours des années 1990-91, à Vaulx-en-Velin, Sartrouville et Mantes-la Jolie, lors d'affrontements avec la police. Et que dire, encore, de l'ex-LCR et manipulateur de SOS-racisme Julien Dray, devenu " royaliste " en rêvant de trôner bientôt place Beauvau si Travail-Famille-Poitou parvenait à se hisser à la Présidence? Cette crapule n'a pas craint de tresser des lauriers à Sarkozy en soutenant la loi liberticide présentée par ce dernier sur la " sécurité intérieure ", qui parachevait la loi, non moins liberticide, sur la " sécurité quotidienne " du " socialiste " Daniel Vaillant. Se souvient-on aussi que l'énarque et ancienne ministre " socialiste " Martine Aubry, ex-bras droit du patron Jean Gandois aux " ressources humaines " chez Péchiney, a réclamé, en novembre 2006, depuis la mairie de Lille où elle a pris le relais de Mauroy, de la " fermeté " contre la jeunesse révoltée des quartiers paupérisés? On pourrait allonger la liste. Tout cela pour " seulement rappeler à quiconque espère un changement réel dans ce pays déconfit qu'il faudra, le jour où les choses sérieuses commenceront, se montrer très "ferme" avec cette valetaille social-libérale(2) ".
À quoi rime, alors, d'appeler à voter pour un ou une quelconque hiérarque du PS pour " faire barrage à Sarkozy "? Certains naïfs se demandent encore ce qu'est le crétinisme parlementaire.
En voilà une preuve supplémentaire.
Les nationaux-républicains à la Chevènement ou à la Jean-François Kahn n'ont, en effet, pas de leçons à recevoir de Sarkozy pour ce qui est de réprimer les fils du peuple en rébellion contre une société qui les rejette. Affublée d'un casque de CRS en lieu et place du bonnet phrygien, leur Marianne est à l'image de leur citoyennisme, emblème d'un néofascisme rampant où la collaboration entre la " police de proximité ", dont ils réclament le retour sur l'air des lampions, et la population permettra au pouvoir exécutif de faire le plein de ses exécutants. Depuis plus d'un quart de siècle, la gauche a montré ce dont elle était capable face à la rébellion ouverte ou larvée des jeunes parqués dans les " cités " voués au salariat précaire. Ou plutôt ce dont elle était incapable. C'est-à-dire de s'attaquer aux causes structurelles de cette rébellion. Il est vrai que cela eût supposé de s'affronter à la bourgeoisie, au lieu de marcher sur les plates-bandes de ses représentants politiques en matière de " lutte contre l'insécurité ".
" La gauche ", en France comme partout en Europe, n'est que l'héritière d'un siècle de lâchetés, de mensonges et de trahisons. Elle a cassé net les espoirs nés sur les barricades de Mai 68, en faisant retourner 10 millions de grévistes sauvages au turbin, anéantissant toute perspective de changement radical dans ce pays. On ne peut que s'émerveiller, après le " non " au projet de constitution européenne, après la révolte de la jeunesse des cités, après la lutte contre le CPE, que les couches populaires ne se voient pas proposer autre chose que d'avoir à choisir entre Fabius et Ségolène, ou Strauss-Kahn et Buffet. " En France, tout finit - littéralement - par des élections. " Mais quelle élection mettra fin à l'exploitation sans cesse plus brutale de la main-d'oeuvre, à l'exode et à la délocalisation mondiales des travailleurs sous l'effet du mouvement du capital, à l'empoisonnement croissant de l'air, de l'eau et de la nourriture, à la manipulation médiatique des foules solitaires abreuvées de propagande et de publicité, à la misère psychologique des individus atomisés, à la décomposition sociale et à la désintégration urbaine dont les " émeutes " de l'an passé n'ont fait que confirmer l'état avancé.
" "La gauche" n'est pas la solution au problème du maintien des rapports de dominations capitalistes. Elle fait partie du problème. Parce que, faute d'avoir été jamais révolutionnaire, elle n'a même plus les moyens d'être réformiste, elle en est réduite, une fois de plus, en guise de stratégie, à agiter des épouvantails pour mobiliser ses troupes.(3) " Vous avez dit " stratégie "?
Jean-Pierre Garnier
1.Titre et citations ont été puisés dans le petit ouvrage réjouissant d'Alessi Dell' Umbria, C'est de la racaille ? Eh bien j'en suis ! (éditions L'échappée, 2006), l'un des plus percutants publiés sur les tenants et les aboutissants des " émeutes " de novembre 2005.
2.C'est de la racaille…
3. Ibid. ________________________________________________________________________
|
| Editorial ML 1475
Monde libertaire N° 1475 du 26 avril au 2 mai 2007
Les roues du bandit manchot électoral se sont donc arrêtées. Aucune surprise n'est venue perturber le show orchestré par les médiagogues goguenards qui nous manipulent. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal vont donc s'affronter en finale pour trôner à l'Élysée. C'est en troupeau bien discipliné que les électeurs se sont massés devant les bureaux de vote pour aller conjurer leur angoisse de voir un nouveau maître s'installer au palais présidentiel. Il n'y a qu'a voir les résultats, et surtout le taux d'abstention, pour mesurer la force du vote « utile ». La peur de voir le candidat du front national arriver au second tour, comme en 2002, a poussé massivement les Français vers les urnes pour se soumettre aux moins brutaux des exploiteurs. Maintenant vont commencer les tractations pour le report des voix. Les candidats évincés vont monnayer le report des voix qui se sont portées vers eux. Comme s'ils en étaient propriétaires ! Cela montre bien le mépris dans lequel ils gardent les électeurs qui votent pour eux. Quid du mandat que leurs électeurs sont censés leur avoir donné ? Que vont devenir les grandes déclarations incendiaires contre leurs adversaires ? La bassesse de la politique républicarde va apparaître dans toute sa crapulerie à l'occasion de cette courte campagne de second tour où l'on demandera aux électeurs de voter pour savoir s'ils veulent avoir la peste ou s'ils préfèrent le choléra, s'ils veulent du social-libéralisme ou du socialisme libéral. De toute façon il va falloir filer droit, les deux candidats étant de fervents adeptes de l'autorité. Nous, anarchistes, ne choisirons pas, nous ne voulons pas participer au grand guignol qui verra s'installer aux commandes de l'État un représentant zélé du capitalisme mondial organisé. A voir les scores des candidats qui se disaient antilibéraux, Arlette Laguillier, Marie-George Buffet, Olivier Besancenot ou José Bové, on pourrait se dire que les Français n'espèrent même plus voir changer la politique libérale qu'ils subissent. Se faire exploiter par leurs patrons semble à nos contemporains une réalité indépassable. Gavés par les médias, ils se sont résignés à n'être que des éléments économiques à la merci des patrons qui, eux, sont les véritables décideurs. Nous devrons d'autant plus intensifier nos luttes et notre propagande pour ne pas nous laisser tondre la laine sur le dos sans réagir.
________________________________________________________________________
|
| Leur démocratie et la nôtre
Monde libertaire N° 1475 du 26 avril au 2 mai 2007
« Le monde pourrait être un jour libéré de tous ses « représentants » sans rien perdre d'essentiel ! Et même en y gagnant une vie sociale nouvelle ? » Louis Janover
« La démocratie comme science-fiction de la politique », Réfractions n° 122, 1er sem 2003
Je prendrai pour point de départ une réflexion de Luciano Canfora, historien italien de l'Antiquité, mais dont les travaux ont conduit à jeter un regard lucide sur notre actualité. « Le capitalisme a une résilience* immense qu'aucun système économique et social antérieur (à notre connaissance) n'a jamais possédée. Son appareil de manipulation des consciences a même mis à contribution les mots subversifs par excellence : la liberté, par exemple. » On pourrait en dire autant de la démocratie. ( * Reprise d'une notion psychanalytique élaborée à partir d'un usage métaphorique d'un concept tiré de la physique. Dans la phrase citée, la résilience fait référence à la capacité de récupération et de détournement par le capital de la contestation dont il peut faire l'objet pour poursuivre son mouvement sur des bases et selon des modalités renouvelées. )
Qu'est-ce que la démocratie ? Question paradoxale. L'article défini laisse penser qu'elle ne devrait pas être posée. Il semble indiquer, en effet, que le sens de ce terme a été défini une fois pour toutes, de manière définitive, en quelque sorte, mettant donc fin aux débats sans fin que sa définition avait pu susciter à l'époque où les régimes qualifiés de « démocratiques » étaient contestés*. ( * Ainsi fut-il une époque où l'intelligentsia progressiste ironisait sur ce « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » qui n'était en fait que le « gouvernement du peuple par d'autres et pour d'autres que le peuple. » )
Aujourd'hui, « la » démocratie fait l'unanimité. Pour paraphraser Jean-Paul Sartre, elle aurait succédé au marxisme comme « horizon indépassable de notre temps », non seulement aux yeux de ce qui demeure de progressiste dans l'intelligentsia européenne, mais, et cela est nouveau, pour les partisans du statu quo. Et cela, à double titre.
Au plan des principes, tout le monde s'accorde à reconnaître qu'elle constitue la valeur cardinale qui donne du sens à l'évolution des sociétés. Sauf à l'extrême droite du champ politique, nul ne s'affirme contre « la » démocratie*. Publiquement du moins, car, en pratique – pratiques discursives incluses –, c'est l'élitisme qui prédomine dans les cercles dominants. ( * Ce ne fut pas toujours le cas. Dans la Grèce antique, le terme de démocratie fut inventé par ceux qui, tel Platon, voyaient dans l'innommable gouvernement de la multitude – le demos – la ruine de tout ordre légitime. A leurs yeux, « le pouvoir d'une assemblée d'hommes égaux ne pouvait être que la confusion d'une tourbe informe et criarde, équivalent à l'ordre social de ce qu'est le chaos dans l'ordre naturel. » Jean Rancière, « La Haine de la démocratie » ) Au plan du contenu, le type de régime que ce concept désigne n'est plus l'objet de litiges. Personne – ou presque, sinon nous ne serions pas ici – ne s'avise de remettre en cause la signification officielle et désormais communément admise qui lui est donnée : une « économie de marché » accouplée à un système politique fondé sur la délégation de pouvoir des gouvernés aux gouvernants par le biais d'élections pluralistes. Bref, une « démocratie de marché », selon l'appellation chère à ses plus fervents partisans. Appellation quelque peu pléonastique puisqu'il ne saurait y avoir, à leurs yeux, de démocratie sans marché*. ( * Un pléonasme auquel fait rétrospectivement et de manière antagonique écho un autre, forgé par les idéologues staliniens du socialisme réellement inexistant : la « démocratie populaire. » )
En d'autres termes, marxistes, cette fois-ci, la démocratie est synonyme de « capitalo-parlementarisme », pour reprendre la dénomination pertinente du philosophe Alain Badiou qui réfute ce « consensus démocratique » tant célébré, un oxymore, selon lui. Car, qui dit démocratie dit rupture du consensus par l'irruption pratique de la négativité sociale, c'est-à-dire du refus en actes par les couches populaires de ce qui est au profit de ce qui pourrait être. J'y reviendrai par la suite.
Même les gens qui critiquent l'ordre social existant ne remettent plus en cause son caractère démocratique. Les uns le qualifient de « démocratie inachevée » parce qu'elle resterait toujours à compléter, à améliorer. Ainsi les verra-t-on se faire les avocats d'une « démocratie participative » pour pallier les carences de la « démocratie représentative ». D'autres jugent la démocratie « menacée » ou, pire encore, « dénaturée » par les forces nocives logées au sein de la société, qui pourraient l'« affaiblir » ou la « pervertir », tels l'argent, les médias, la technocratie ou les « dérives autoritaires » auxquelles conduisent de nos jours la « lutte contre l'insécurité », en général, et le terrorisme, en particulier*. ( * Du Patriot Act étasunien aux lois Perben françaises en passant par les directives édictées sans aucun contrôle par les bureaucrates-policiers de l'Union européenne, on assiste à la mise en place d'un appareil législatif et réglementaire permettant d'abolir du jour au lendemain les libertés fondamentales dans la plupart des pays du monde où elles sont encore plus ou moins respectées. ) Cependant, mis à part ce dernier adversaire* (le terrorisme), « la démocratie n'a plus d'ennemi » , ainsi que le réitère triomphalement le philosophe allemand Ulrich Beck, l'un des nouveaux maîtres à penser de l'intelligentsia sociale-libérale européenne. ( * Il est qualifié de « combattant ennemi » par le gouvernement des É-U pour légitimer la suspension, à son encontre, des droits de l'homme censés fonder la démocratie. Ce qui autorisent les arrestations, mises au secret, tortures et « disparitions ». Autrement dit, « Pas de démocratie pour les ennemis de la démocratie ! » )
A l'extérieur, les « totalitarismes » ont été vaincus ou se sont effondrés les uns après les autres. Certes, quelques tyrannies et dictatures subsistent. Mais, outre qu'elles ne manqueront pas d'être défaites à leur tour, elles ne constituent plus un danger … sauf pour les peuples qui vivent sous leur coupe*. ( * Le listing des « États voyous » regroupant ces survivances de l'âge pré-démocratique ( Corée du Nord, Cuba, Iran … )exclut évidemment, comme par le passé, des régimes qui, pour être « amis des démocratie », n'en foulent pas moins les principes les plus élémentaires (ex : Égypte, Tunisie, Pakistan … ) A l'intérieur, les partis communistes et même les organisations « révolutionnaires », devenus minoritaires, qui opposaient jadis « démocratie formelle » et « démocratie réelle » ont fini par reconnaître, à l'exception de quelques groupuscules de l'« ultra-gauche », l'inanité de cette opposition : sous prétexte que les formes juridico-institutionnelles de la « démocratie réellement existante » (État de droit, libertés d'expression et de réunion*, pluralisme … ) ont une effectivité indéniable et appréciable, et qu'elles se distinguent en cela des régimes « non démocratiques », on en déduit que nous vivons bien « en démocratie », fut-elle, pour les esprits demeurés critiques, « limitée ». ( * Les libertés de manifestation et d'association sont soumises, pour leur exercice, à des conditions de plus en plus restrictives qui les vident de leur potentiel subversif. )
En France, par exemple, le Ligue communiste révolutionnaire n'appelle plus, en dépit de son appellation, à « détruire l'État bourgeois » et à en finir avec le « régime capitaliste ». Seule la version hard de ce dernier, le « néo-libéralisme », doit être combattue. Pour ce faire, la LCR présente des candidats, noue des alliances avec les « sociaux-traîtres » et envoie ses élus sièger, en attendant mieux, au Parlement européen ou dans les conseils municipaux. Quant aux « altermondialistes », s'ils proclament qu'« un autre monde est possible », c'est d'un monde autrement capitaliste qu'il s'agit, et non d'un monde autre que capitaliste.
Pourtant, « sauvage » aujourd'hui ou « civilisé demain sous les effets conjugués de la pression des « citoyens globaux » et de la prise de conscience par les « maîtres du monde » de leur intérêt bien compris, ce monde capitaliste est tout sauf démocratique. D'abord, parce qu'il est régi, comme chacun sait, par des oligarchies, étatiques ou économiques, dont le titre à gouverner repose sur la naissance, la richesse ou la science. C'est-à-dire sur ce dont la majorité est dépourvue, ôtant, de ce fait, à celle-ci le droit à s'(auto)gouverner. Ensuite, et plus fondamentalement, parce que la démocratie n'est pas un système politique, ni un type de société, contrairement à la présentation qui en est faite depuis le siècle des Lumières.
Si cela était, on pourrait reprendre la vieille critique marxiste selon laquelle la référence à la démocratie et les institutions qui la matérialisent joueraient le rôle de façade juridico-politique masquant un édifice social pyramidal et inégalitaire. Or, le « pouvoir » du peuple n'a pas le même statut que celui des oligarques. C'est celui des « incompétents » qui viennent de temps à autre, sans qu'on le leur ait demandé, faire connaître leur volonté de ne pas être représentés par les « compétents ». Et affirmer, par là, leur propre compétence à juger par eux-mêmes des rapports entre individus et collectivité, au présent comme dans l'avenir. Et à agir en conséquence en arrachant aux oligarchies gouvernementales le monopole de la vie publique, et en s'attaquant à la toute-puissance des oligarchies de la richesse sur l'existence des humains.
Les classes dominantes et leurs laquais politiques ou médiatiques n'ont donc pas tout à fait tort de crier à « l'anarchie » pour conjurer l'indistinction du gouvernant et du gouverné qui se donne à voir quand l'évidence du pouvoir normal, pour ne pas dire naturel, des meilleurs ou des mieux nés se trouve dénudée de ses prestiges. Quand l'autorité des politiciens, le savoir-faire des gestionnaires et le savoir des experts sont contestés voire ridiculisés par des gens qui ne possèdent ni cette autorité, ni ce savoir-faire ni ce savoir postulés, et qui ne s'en soucient guère. Des an – archistes, en somme, au sens étymologique du terme, puisque c'est le « titre propre à ceux qui n'ont pas plus de titre à gouverner qu'à être gouvernés* ». Le « bon gouvernement », sous cet angle, serait paradoxalement, le gouvernement de ceux qui ne désirent pas gouverner. D'où la nécessité de disjoindre l'exercice du gouvernement – si l'on doit garder ce mot – de l'exercice d'un pouvoir désiré et conquis, et donc d'exclure de la liste des gens aptes à gouverner tous ceux qui briguent ou intriguent pour obtenir le pouvoir. « Démocratie veut dire d'abord cela : un « gouvernement » anarchique, fondé sur rien d'autre que l'absence de tout titre à gouverner* ».
C'est pourquoi il faut rejeter les modèles de gouvernements et les pratiques d'autorité basés sur la distribution des « compétences », c'est-à-dire des fonctions et des places – la « police », au sens où l'entend le philosophe J. Rançière* – qui assure la double domination de l'oligarchie dans l'État et dans la société. Ainsi en va-t-il de la classification qui distingue l'« homme » et le « citoyen », dualité séparant l'individu privé et le sujet public conformément à la logique « policière » de séparation et de spécialisation des domaines d'activité. L'action politique, en tant qu'irruption démocratique, a pour effet de bouleverser cette distribution imposée des termes et des places, quitte, s'il le faut, à prendre le discours bourgeois au mot, « en jouant l'homme contre le citoyen et le citoyen contre l'homme* ». ( * précedents : de Jacques Rançière, « La Haine de la démocratie », La Fabrique 2005 et « La Mésentente », Galilée, 1995)
Dans son acceptation politique, et non sa signification juridique, constitutionnelle et conventionnelle, le citoyen oppose la règle d'égalité fixée par la loi aux inégalités concrètes caractérisant les « hommes », c'est-à-dire les individus privés soumis aux rapports de domination. Et, à l'inverse, la référence à l'« homme » met en avant l'égale capacité de tous face à toutes les privatisations (et privations de fait) de la citoyenneté : celles qui excluent du règne de l'égalité citoyenne tel ou tel groupe social (étrangers vivant et travaillant en France) ou domaine de la vie collective (rapport salarial, droit au travail ou du travail). Toute lutte politique vise donc à affirmer le caractère public d'espaces et de relations d'ordinaire considérés comme privés, laissés de ce fait à l'arbitraire du pouvoir des dominants. Des espaces et des relations qui pourront alors (re)devenir l'enjeu de débats et de combats.
Les bonnes âmes qui nous reprochent d'être restés fidèles aux idéaux de la Révolution des Œillets et à se « excès », me font penser aux membres de cette instance, peu démocratique puisqu'elle réunissait, à l'abri de tout contrôle, de tout regard et même de toute connaissance populaire, des hommes d'affaires, des hommes d'État et des experts étasuniens, européens et japonais : la Commission trilatérale. Dès le début des années soixante-dix, cet aréopage dessinait déjà à grands traits ce que serait, une fois le « péril rouge » écarté, le « nouvel ordre mondial ». Parmi les hypothèses de ce travail prospectif, il en est une qui mérite de retenir l'attention : celle d'une « crise de la démocratie ».
Qu'entendaient-ils par là ? Précisément, une crise provoquée par les « excès » de la démocratie. L'intensité de la participation populaire – baptisée « contestation » à l'époque, empêcherait son fonctionnement. Un excès d'activité collective entraverait donc l'action des gouvernements. Quand le peuple intervient trop dans les affaires publiques, les démocraties deviennent « ingouvernables ». Ce qui confirme qu'elles doivent donc être elles-mêmes gouvernées ! Voici ce que l'on peut lire dans un texte qui deviendra le bréviaire des dirigeants capitalistes : « La démocratie signifie un accroissement irrésistibles des demandes qui fait pression sur les gouvernements, entraîne le déclin de l'autorité et rend les individus et les groupes rétifs à la discipline et aux sacrifices requis par l'intérêt commun* ». ( * Michel Crozier, Samuel P. Huntington, Jôji Watanki, « The Crisis of democracy : report on the governability of democracies to the Trilateral Commission » New York University Press, 1975 ) Bref, la démocratie comme forme de vie politique et sociale est le règne de l'excès. Un excès qui conduit à la ruine du gouvernement démocratique et doit donc être réprimé par lui. Tel est le « paradoxe démocratique » vu par les dominants : trop de démocratie tue la démocratie. On sait les enseignements qui en ont été tirés : tuer les « ennemis de la démocratie » (Application au Chili en 1973)
En fait, si excès il y a, c'est celui du caractère illimité des exigences du capitalisme mondialisé, devant lesquelles la politique doit s'effacer au profit de la gestion significativement rebaptisée « gouvernance », notion forgée dans les business school anglo-saxonnes et importée ensuite en France par le biais des « sciences politiques » qui n'ont de scientifiques que la réputation. Ce qui conduit les élites dirigeantes à stigmatiser comme arriération « populiste » tout combat politique contre cet effacement. Ce qu'elles appellent « démocratie », en fin de compte, c'est l'idée d'un système de lois, d'institutions et de mœurs qui neutralise et annihile l'« excès » démocratique en homogénéisant l'État et la société. Autrement dit, qui inclut dans les formes instituées du politique les excès de la politique. Comme l'écrit J. Rançière, « il n'y a pas de science de la juste mesure entre égalité et inégalité. Et il n'y en a moins que jamais quand le conflit éclate à nu entre l'illimitation capitaliste de la richesse et l'illimitation démocratique de la politique. »
Conclusion : soyons excessifs. Nous ne le serons jamais autant que nos ennemis.
Jean-Pierre Garnier
________________________________________________________________________
|
| Halte au développement durable !
Monde libertaire N° 1475 du 26 avril au 2 mai 2007
Décroissance, service public, partage des richesses, l'État et la répression.
Face à la surexploitation des ressources naturelles, contre le réchauffement climatique, la disparition des espèces et la destruction des écosystèmes … De l'UMP à la CGT en passant par les Verts, un seul programme : la croissance ! Pourtant leurs solutions miracles, entre science salvatrice et éco-citoyennisme, ne sont que vaines tentatives de repeindre en vert le capitalisme, leur horizon indépassable … Ils appellent ça le développement durable, vaine tentative de concilier l'économie de marché avec la protection de l'environnement. Mais le profit gouverne et sa logique du toujours plus d'activités « créatrices de richesses » pour financer la réparation des dégâts engendrés nous conduit à l'aberrant principe du pollueur payeur. Pour éviter la question explosive de la répartition des richesses, le capitalisme nous condamne à une expansion continue. Aujourd'hui, nous n'avons pas d'autre choix que la décroissance, mais pas n'importe laquelle ! Décroître, c'est tenir compte des limites finies de la planète. Décroître, c'est redonner aux individus eux-mêmes la possibilité de décider de leurs besoins dans la limite des moyens qu'ils sont prêts à y consacrer. Décroître, c'est sortir de la logique suicidaire du capitalisme et de l'illusion de la conquête de son instrument de domination, l'État.
L'écologie n'est pas soluble dans les élections ! Ni totalitaire, ni républicaine : pour une décroissance libertaire !
Alex, groupe d'Ivry ________________________________________________________________________
|
| Ni dieu, ni maître
Monde libertaire N° 1474 du 19 au 25 avril 2007
EN TIRANT LE VOILE de l'isoloir pour aller secrètement, telle une chose honteuse, glisser dans une lettre anonyme le bout de papier représentant leurs espérances, les votards vont abdiquer leur dignité d'« êtres libres » au profit du maître qu'ils se seront choisi. Bleue, blanche, rouge, rose ou verte, quelle que soit la couleur des chaînes qu'ils se choisiront, ils deviendront les « choses » de leur maître, qui les livrera pieds et poings liés aux opérateurs du marché.
Si nous, anarchistes, refusons de participer à cette mascarade, ce n'est pas parce que nous sommes contre tel ou tel candidat, ou que nous pensons qu'aucun des candidats qui se présente ne nous convient. Non, c'est le principe même de la délégation de pouvoir que nous refusons. Aucun candidat, se dirait-il libertaire ou même anarchiste, ne saurait trouver grâce à nos yeux. L'histoire nous a montré qu'aucun homme, même le plus sincère, le plus dévoué, le plus honnête, ne peut user du pouvoir sans que celui-ci ne le corrompe, ronge sa volonté et ses sentiments envers ses semblables, telle une malédiction…
Ce que nous proposons, nous, c'est le libre fédéralisme, basé sur l'égalité économique et sociale entre toutes et tous.
Chacun doit participer à la gestion de ce qui le concerne, et quand nous mandatons quelqu'un ou quelqu'une, nous ne lui déléguons pas notre pouvoir, mais au contraire nous lui donnons mandat impératif de porter la volonté et les idées dont nous avons débattu ensemble. Nos mandatés sont révocables à tout moment, contrairement aux élus de la république que l'on doit subir pendant des années.
Si nous ne participons pas à ce simulacre de démocratie qu'est le suffrage universel, nous ne nous désintéressons pas pour autant de la chose publique, mais nous nous apercevons que c'est dans la rue, par la lutte, que nous pouvons gagner des avancées sociales, pas par les urnes. Quel que soit le candidat ou la candidate élue au terme de ce cirque qui depuis des mois obstrue la pensée de nos concitoyens, il sera redevable envers ceux qui ont investi des sommes considérables dans ces élections; et ceux-ci ne sont pas de notre classe sociale. Quel que soit le résultat, il nous faudra lutter pied à pied, ne serait-ce que pour conserver les acquis que nos prédécesseurs ont obtenus par leur combat, à travers leurs organisations de classe. Ce n'est pas parce que la gauche, fut-elle populaire, arrivera au pouvoir, que les réalités économiques du monde où nous évoluons changeront. Le capitalisme n'est pas soluble dans les urnes!
Nous ne stagnons pas non plus dans l'attente d'un grand soir messianique hypothétique, orchestré par une avant-garde plus ou moins éclairée. Nous pensons que, par nos actions et notre propagande, nous amènerons de plus en plus d'individus à prendre conscience que personne ne peut décider à notre place, que la classe dite populaire a les capacités de prendre ses affaires en main, et que toutes et tous ensemble nous avons le pouvoir d'abolir le capitalisme et toutes les formes d'oppression.
Ce que nos voulons, c'est une révolution économique et sociale, que le monde change de base, et que l'individu, qui aujourd'hui n'est rien, devienne tout. Les classes dirigeantes, complices de celles possédantes, nous oppriment et nous exploitent depuis trop longtemps. Mais gare à la revanche, quand tous les pauvre s'y mettront…
Christophe Danis ________________________________________________________________________
|
| Édito du ML
Monde libertaire N°1472 du 5 au 11 avril 2007
Laissons de côté pour une fois les pêcheurs de voix, Nicolas et Pimprenelle avec leurs appâts de francitudes et de participalisme, la gôche populaire et l'extrême droite populiste.
Sortons un peu de la caverne républicaine et de son hémicycle de la bourgeoisie pour aller voir ce qui se passe sur notre bonne vieille Terre. Aussi incroyable qu'il n'y paraît, elle continue de tourner !
Au Darfour, ces trois États désertiques de l'ouest du Soudan en crise depuis la grande famine du milieu des années quatre-vingt, les soudards à la solde du gouvernement soudanais continuent de massacrer, violer, dépecer les populations autochtones en toute impunité; dans l'indifférence quasi générale du reste de la planète.
L'existence des quelque six millions d'habitants de la « patrie des Fours » ne pèse pas lourd face au réserves stratégiques de pétrole que se disputent les Russes, les Chinois, les Américains et les Européens. On en parle dans les médias, oui, mais pas trop, juste pour dire que l'on aimerait bien faire quelque chose, agir radicalement, mais que malheureusement les méchants Chinois… alors on oublie. Elle tourne!
En Tchétchénie, après la régence suivant l'exécution de Akhmad Kadirov, son fils Ramzan Kadyrov ayant atteint l'âge légal de 30 ans est monté sur le trône. En bon vassal du tsar Poutine il va pouvoir reprendre la pacification où l'avait laisser son père.
Malheureusement pour lui il ne reste plus grand chose à détruire là bas, l'artillerie de l'ours du KGB a déjà pratiquement tout rasé… Elle tourne!
En Irak la démocratisation à l'américaine continue, avec son lot de communautarisme menant aux attentats sanglants dont la télé nous abreuvent tous les soirs. Tout à côté, en Afghanistan, les talibans fous de dieu font toujours régner la terreur. Elle tourne!
Au Mexique, le nouveau gouvernement du Chiapas favorise la recrudescence des groupes paramilitaires, renforçant la présence toujours plus forte de l'armée fédérale. À Oaxaca, après les révoltes d'octobre réprimées dans le sang par le psychopathe Ulises Ruiz Ortiz et son complice Felipe Calderon, 62 personnes restent aujourd'hui encore enfermées dans les glauques geôles mexicaines. Elle tourne!
Et cheu nous ? Ça tourne bien… pour les patrons! La classe ouvrière, désorganisée par des syndicats collaborateurs, se contente de journées d'actions de ci de là. Le marchand de sable électoral semble passé par là, marchand d'espoir et de duperies faisant croire aux votards que leur voix aura le dernier mot. Mais nous disons nous, que rien ne changera tant que tous les pauvres ne s'y mettront pas pour faire tourner la roue de la fortune en leur faveur.
Marseille, encore une fois, donne l'exemple, les dockers, solidaires, ont su gagner leur lutte! ________________________________________________________________________
|
| Censure : Mais où est charlie ?
Monde libertaire N°1472 du 5 au 11 avril 2007
AU MOMENT OÙ CHARLIE HEBDO est relaxé pour l'affaire concernant les caricatures d'islamistes et de Mahomet (ce qui est tant mieux), il est temps de revenir sur une autre affaire de censure qui n'a pas défrayé la presse.
Après la parution, en 2001, du livre « Vos papiers! Que faire face à la police? », une double plainte pour diffamation et injures était déposée par Daniel Vaillant, alors ministre de l'Intérieur (plainte relayée par les ministres Sarkozy, puis Villepin, puis encore Sarkozy).
Un premier procès eut lieu en 2005, suivi d'un procès en appel le 23 novembre 2006. Le jugement a été rendu le 18 janvier dernier. Le dessinateur Placid a été condamné à 500 euros d'amende, pour « injures publiques envers une administration publique, en l'occurrence la police nationale », pour avoir dessiné un policier, aux traits jugés porcins, en couverture de l'ouvrage.
L'auteur du texte, Clément Schouler, magistrat et membre du Syndicat de la magistrature, à 800 euros d'amende pour « diffamation publique envers une administration publique, en l'occurrence la police nationale », pour avoir écrit cette phrase dans l'introduction: « Les contrôles d'identité aux faciès, bien que prohibés par la loi, sont non seulement monnaie courante, mais se multiplient. »
Enfin, Michel Sitbon, l'éditeur, à 1000 euros d'amende pour complicité avec Placid, dans le délit d'injure, et complicité avec Clément Schouler dans le délit de diffamation.
Suite à cette condamnation, quasiment pas de réactions: un article dans le Canard Enchaîné, un autre dans Libé, ne parlant que de Clément Schouler et oubliant Placid et l'éditeur, ainsi que quelques entrefilets.
Dans Charlie-Hebdo, grand chantre de la liberté d'expression, rien ou si peu. On aurait pu s'attendre à un numéro spécial (reprenant même de vieux dessins de ses collaborateurs).
Rien. Ce procès représente pourtant bel et bien une triple atteinte à la liberté de création, à la liberté d'information et à la liberté d'édition.
Dans un pays comme la France subissant encore, quoi qu'on dise, la culture judéochrétienne, il est plus facile (et plus vendeur) de caricaturer des intégristes et des musulmans qui constituent une population minoritaire, plutôt que de s'attaquer à ses institutions.
Du coup, les réactions sont venues d'ailleurs. Un blog de soutien a été lancé (« tous cochons »); le journal CQFD y a consacré plusieurs pages; enfin un collectif d'éditeurs s'est créé (comprenant, entre autres : l'Association, Vertige Graphic, l'Esprit Frappeur, Nautilus, les Requins Marteaux, Thé-Roc…) dans le but de sortir un livre comprenant des dessins représentants des policiers caricaturés et animalisés ou pratiquant un contrôle au faciès. Ce livre se nommera « Tous Coupables ». Réalisé et imprimé dans les semaines à venir, il devrait « rendre chacun de nous prévenu du délit de diffamation pour qui évoque la banale réalité des contrôles au faciès, ou prévenu du délit d'injure pour qui dessine un policier trop stylisé », déclare le collectif.
A suivre donc…
Jean-Pierre Levaray
pour plus d'infos contacter the.troc@free.fr ________________________________________________________________________
|
| Édito du ML
Monde libertaire N°1471 du 29 mars au 4 avril 2007
Le printemps est venu en grève perlée. Pas comme on l'attendait au XXe siècle, avec les rangs ouvriers qui se mobilisaient à partir de Renault-Billancourt, sans oublier les bastions du Livre, qu'ils viennent de l'Est parisien (Chaix à Saint-Ouen ou Lang rue Curial dans le 19e arrondissement de Paris) ou des quotidiens nationaux, EDF etc. Les beaux syndicats restent à la maison en ce triste printemps 2007. Tristement (bis), mais faut-il encore s'en étonner, le manager de la CFDT a eu des entretiens avec le ministre de l'Intérieur au sujet de l'avenir… On l'aura compris l'ex du square Montholon s'adressait au prochain président de la république, notait des divergences mais causait quand même… Les autres boutiques syndicales ont dû apprécier. Quand les fonctionnaires, les enseignants, le port de Marseille, toutes et tous sont sur la barricade, le secrétaire de la CFDT cause avec un prétendant au poste suprême… Qui, au moment où nous écrivons ces lignes, fait ses bagages du ministère de l'Intérieur pour se consacrer à sa « mission divine » et contribue largement à l'arrestation de Cesare Battisti et mérite dans l'Est parisien le nom de «ministre de la chasse à l'enfant»! Quand une centaine de militantes et militants bloquaient la semaine dernière le boulevard de Belleville à Paris pour protester contre l'arrestation de sans-papiers à la sortie des écoles, que leur répond-on ? Par la mise en garde à vue de la directrice de l'école maternelle de la rue Rampal (Paris 19e), qui s'était interposée entre les forces de l'ordre et ceux qui s'opposaient à l'arrestation de sans-papiers ! Dela gauche à Bayrou, tout le monde s'est indigné et le Chérèque, secrétaire de la CFDT, rend déjà les armes.
Dans l'antinucléaire, enfin, comme vous pourrez le voir dans ce Monde libertaire, ça se mobilise. Tous les postulants à la présidentielle, excepté Verts, Bové etc., bottent en touche. Quant à Ségolène voudrait-elle la Marseillaise dans les écoles et le drapeau bleu-blanc-rouge dans les chambres à coucher ?
On a dû mal comprendre. En tout cas on ne peut vous souhaiter que
ni dieu ni maître !
________________________________________________________________________
|
| Manifestation anti-EPR
Monde libertaire N°1471 du 29 mars au 4 avril 2007
une belle victoire...
62000 MANIFESTANTS se sont rassemblés le 17 mars, dans cinq villes de France, pour protester contre la construction du réacteur EPR à Flamanville (Manche) et se prononcer pour l'arrêt immédiat du nucléaire1. La plus importante s'est déroulée à Rennes, où environ 40000 personnes, la plupart habillées en jaune – couleur de ralliement du mouvement – ont vivement protesté contre l'EPR et le programme nucléaire français en général.
Pour le porte-parole du réseau Sortir du nucléaire, « il s'agit d'une mobilisation historique: à Rennes, nous sommes au moins deux fois plus nombreux qu'à la manifestation du 15 avril 2006 à Cherbourg. On est pratiquement revenu au niveau des mobilisations bretonnes antinucléaires des années 1972 ». Le réseau annonçait la participation, au même moment, de 10000 personnes à Lyon et à Toulouse. Voynet, présente dans la ville du Sud-Ouest, constate « une dégradation du débat, tandis que les candidats, sauf Bové et Besancenot, passent leur temps à répondre aux convocations des groupes de pression EDF et autres, du lobby pro-nucléaire, et à leur faire des promesses, tandis que le PCF reste muet et que Royal demande timidement un moratoire ».
Enfin, 5000 personnes ont défilé à Lille, à reculons pour les premiers mètres, symbolisant ainsi le caractère rétrograde du projet.
Selon nos camarades de la FA Strasbourg, la présence de 5000 manifestants était renforcée par les forces venues de Suisse et de l'Allemagne voisine. Un cortège libertaire a regroupé plus d'une centaine de personnes (FA, antifas d'Offenburg, AL, No Pasaran, CNT) qui avaient pour principal slogan « Société nucléaire, société policière », peu repris d'ailleurs par le reste des manifestants.
Les Strasbourgeois regrettent que la manif se soit limitée à la périphérie: le centre-ville était interdit par arrêté.
EPR, quel projet ?
L'EPR, conçu par ArevaNP, société commune d'Areva et Siemens, a pour objectif « l'amélioration de la sûreté et de la rentabilité économique par rapport à celles des précédents réacteurs à eau pressurisée ». Mais pour le réseau Sortir du nucléaire « le site de Flamanville, dont le permis de construire a été délivré en août 2006, donne le coup le coup d'envoi du renouvellement du parc de centrales EDF à l'horizon, 2020. Il est dangereux et coûteux, et aggrave le problème des déchets radioactifs. Les travaux de construction sont prévus après les élections, le match n'est pas encore terminé. Mais il ne faut surtout pas laisser passer l'argument de la réduction des émissions des gaz à effet de serre en faveur du nucléaire, car il a trop tendance à oublier les déchets radioactifs et les autres risques encourus ». Pour Greenpeace, le projet est « inutile et dangereux, nous espérons que ces manifestations enverront un message fort, car le projet a été décidé sans véritable débat démocratique.
De plus, la France n'en a pas besoin pour satisfaire sa consommation d'énergie ». Enfin, pour les deux associations, « il est temps de répéter que le chiffre d'affaires des énergies renouvelables atteignait environ 40 milliards d'euros en 2005 et double tous les trois ans. Une politique courageuse et volontariste, fondée sur leur développement et sur l'efficacité énergétique, créerait des centaines de milliers d'emplois, alors qu'avec 3,3 milliards d'euros l'EPR va créer 2000 emplois temporaires, pendant le chantier, et seulement 200 emplois stables àterme. Un véritable gâchis»!
Petr Pasek
Groupe-claaaaaash@federation-anarchiste.org
1. Source: Militants FA, Actunews Environnement, Indymédia, Reuters, Bellaciao. EPR: de l'anglais European Pressurized Reactor, traduction française: réacteur pressurisé européen.
2. Pour mémoire, les manifestations à Plogoff, j'y étais… Le réseau fédère 760 associations et demande la fermeture de 4 centrales anciennes qu'il juge dangereuses, Fessenheim (Haut-Rhin), Tricastin (Drôme), Le Blayet (Gironde) et Bugey (Ain). En France, l'énergie nucléaire représente 78 % de la production totale d'électricité pour l'année 2005, contre 16 % dans le reste du monde et 32 % pour l'Europe. Source: Greenpeace et le réseau Sortir du nucléaire. ________________________________________________________________________
|
| Édito du ML
Monde libertaire N°1470 du 22 au 28 mars 2007
Prôner l'abolition des frontières, cela semble « utopique » pour bien des gens. Si vous lisez ce journal, alors sûrement rejoignez-vous les anarchistes dans ce combat contre les nationalismes et pour le respect de la dignité humaine. Cette lutte, surtout quand il s'agit d'immigration, est bien loin d'être gagnée.
Le ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration que nous propose Nicolas Sarkozy, s'il est élu, est loin de nous réjouir.
Être français… ce n'est qu'une question de circonstances. De même que nous n'avons jamais signé le contrat social qui nous fut imposé dès notre naissance, nous n'avons jamais décidé de notre nationalité, celle enregistrée à l'état civil. Certains ont, à la rigueur, eu à choisir entre la peste et le choléra en fuyant leur pays d'origine. Personne ne s'est encore installé sur un paradis terrestre, tout simplement parce qu'il n'existe pas, ni ici, ni ailleurs, ni « au-delà ».
Mais ne diabolisons pas l'actuel ministre de l'Intérieur et candidat à la présidence de la République, ses concurrents ne valent pas mieux. Derrière leurs discours les plus hostiles (c'est un euphémisme, bien sûr) et les plus humanistes (c'est une hyperbole, bien entendu) au sujet des immigrés et des futurs immigrants, se cachent toujours les frontières fermées, ou prêtes à leur claquer au nez. Vouloir régulariser les sans-papiers est une chose. Abolir les lois xénophobes qui permettent la chasse aux immigrés et justifient le contrôle à répétition de ceux qui ne sont pas blanc de peau en est une autre.
Quant à abolir les frontières, ce n'est pas « au programme »… De toute façon, ce dernier n'engage en rien celui qui le propose.
« On ne peut accueillir toute la misère du monde », nous dit-on. Pourtant, les plus nécessiteux de la Grèce et du Portugal ne se sont pas rués en Scandinavie malgré une relative liberté de circulation permise en Union européenne. L'immigré ne vient pas prendre le pain de la bouche des Français, il vient participer à la production, c'est tout.
Qui plus est, s'il est sans papiers, il le fera « à la sueur de son front», constamment sous la pression du « négrier », de la police qui passe, de l'éventuel délateur qui le regarde du coin de l'oeil…
Pour faire croire qu'ils n'appliqueront pas de simples lois xénophobes (car elles discriminent l'individu en fonction de son origine), les candidats, toutes tendances politiques confondues, plaident pour un «co-développement». Mais nous avons compris le sousentendu, tout sera fait en sorte que les étrangers ne viennent pas chez vous… Par conséquent, leur combat n'est pas le nôtre.
Personne n'est illégal !
________________________________________________________________________
|
| Quelle identité nationale ?
Monde libertaire N°1470 du 22 au 28 mars 2007
DEPUIS QUELQUES ANNÉES, il est devenu évident qu'avec Nicolas Sarkozy Le Pen est devenu inutile. La tendance s'accélère. Dans ses discours prononcés ces dernières semaines, l'hôte de la place Beauvau a annoncé son intention, dès son élection, de créer un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale. Rien que cela !
Comme le chef du Front national, Nicolas Sarkozy a compris tout l'intérêt qu'il y avait à chatouiller la fibre nationale de la France profonde. Cette identité nationale, hautement proclamée, a des relents xénophobes qui prennent leurs racines dans l'Action française de Charles Maurras, tout comme chez les Croix-de-Feu du colonel de La Roque. Plus grave encore, cette identité nationale, qui paraît aller de soi, nous renvoie à la tentation raciste née de l'affaire Dreyfus, à la fin du XIXe siècle.
Ces évocations sont-elles excessives ? Il ne semble pas. En effet, dès lors que l'on met le doigt dans l'engrenage de la marginalisation et de l'exclusion, il n'y a plus guère de limites car les supporters de la politique du rejet arrivent en nombre à la rescousse. Il est bien connu que les pervers s'estimant soutenus ne cessent de multiplier les lois restrictives et les vexations diverses.
Bien sûr, il n'est pas question, ici, de faire le moindre amalgame, mais il y a des similitudes qui ne peuvent manquer de faire réfléchir. Depuis le début de la campagne pour l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy ne cesse de parler d'immigration choisie.
Cela ne peut que nous renvoyer à cette loi de Philippe Pétain, du 27 septembre 1940, sur les «étrangers en surnombre dans l'économie française». Rapidement, plusieurs dizaines de milliers d'étrangers allaient se retrouver dans des Groupes de travailleurs étrangers (GTE) et enfermés dans des camps. Cette loi précédait de quelques jours la publication du statut des Juifs de France, le 3 octobre 1940.
Fort heureusement, rien de semblable de nos jours. On n'enferme plus massivement, on expulse (environ 25 000 expulsions en 2006). On n'inquiète plus les Juifs mais on s'intéresse plutôt aux Arabes, que l'on diabolise en les désignant comme musulmans. Il n'y a plus de camps de concentration (nous sommes en démocratie) mais des centres de rétention administrative, d'où l'on expulse systématiquement.
Pourtant, comme au temps des années noires de l'occupation nazie et du régime de Vichy, il y a des rafles ponctuelles dans certains quartiers de Paris, mais cela ne concerne que des Noirs… De même, les policiers de la République n'hésitent jamais à arrêter des femmes et des enfants – sans doute au nom du regroupement familial.
Nicolas Sarkozy nous explique que l'on n'accueillera plus, au pays des droits de l'homme, que des étrangers connaissant déjà notre langue et nos coutumes. À ce niveau de réflexion, mon père n'aurait jamais été admis en France, en 1923, et pas davantage ma mère, en 1924. C'était l'époque où les Polonais arrivaient par dizaines de milliers pour extraire le charbon des bassins miniers, qui connaissaient un déficit de mineurs français, et qu'un nombre aussi important d'Italiens commençaient à travailler dans la sidérurgie lorraine. L'économie française ne devait pas se plaindre de cet afflux de travailleurs étrangers.
Revenons au régime de Vichy. Dès l'automne 1940 était mise en place une politique de dénaturalisation. Le 7 octobre 1940, le gouvernement Laval abrogeait le décret Crémieux du 24 octobre 1870 qui avait attribué la citoyenneté française aux juifs d'Algérie. Rapidement allaient être dénaturalisés les juifs d'Europe centrale qui avaient acquis la nationalité française après 1936. Rien de tel à envisager de nos jours, mais il convient de se poser la question.
Maurice Rajsfus ________________________________________________________________________
|
| Gaspillage global
Monde libertaire N°1470 du 22 au 28 mars 2007
De l'utilité des torchons
Même un torchon comme le magazine Capital est utile. Car il ne vend pas que la vieille illusion du petit qui deviendra grand, du pauvre qui deviendra riche, du cadrillon qui deviendra grand patron ; il prétend aussi, histoire de faire un peu passer la flagrante impossibilité de ces transformations, dévoiler des aspects moins reluisants du capitalisme. Servons-nous, même si la table pue. Page 76 du numéro de mars 2007, nous découvrons le choquant périple de la marchandise mondiale. Nous le savons tous, de nos jours la production s'effectue là où le les coûts de main d'oeuvre sont à un niveau optimal. En bon français, là où les salaires sont les plus bas possibles. On s'imagine souvent que l'intégralité du processus de production d'un même objet est effectuée en un même lieu ; le transport, ça coûte cher. Non. L'une des industries qui paie le plus mal est, on le sait depuis des siècles, le transport maritime. On sait depuis peu à quel point la mer est parcourue de poubelles ambulantes, protégées de toute intrusion de législations protectrices par d'invraisemblables combinaisons, bateau russe, pavillon panaméen, capitaine grec, équipage ukrainien, affréteur indonésien, etc. Sans protection sociale, sans respect des normes de sécurité, sans renouvellement fréquent du matériel, mais avec pléthore de marins contrains de travailler dans les pires conditions pour les pires salaires. Le transport maritime coûte si peu qu'on en arrive aux situations à peine croyables, mais désormais banales, décrites dans le torchon. La société écossaise Young's Seafood se voit rachetée par le fonds américain de pension Cap Vest. On ne rigole plus. Chaque centime compte. Alors nos langoustines d'Écosse sont pêchées et immédiatement congelées. Hop, on les transborde sur un frigorifique qui va accomplir trente-quatre jours de croisière pour emporter les langoustines en vacances ; en Thaïlande plus précisément, parce qu'en Thaïlande on trouve des femmes disciplinées qui préfèrent déshabiller la langoustine plutôt que le touriste sexuel. Ces femmes sont payées 45 centimes d'euros de l'heure, soit, note Capital, dix-neuf fois moins qu'en Écosse. Contrairement aux apparences, il s'agit d'un bon salaire. En Thaïlande, bien entendu. Donc on ne manque pas de candidates, et on peut imposer les rendements et les conditions de travail que l'on veut. Une fois décortiquée, la langoustine revient, toujours par bateau frigorifique, en Europe, où elle est conditionnée, distribuée, vendue, quatre-vingts jours après sa prise. C'est tellement rentable pour l'employeur que 120 Écossaises (des ouvrières, pas des langoustines) en ont perdu leur emploi. Le problème ne s'arrête pas là : un cargo frigorifique, de préférence hors d'âge pour être compétitif du point de vue du prix, cela pollue. Beaucoup. Pour un ou deux pour cent de plus de bénéfices, combien de tonnes d'oxyde de carbone, poussières soufrées et autres joyeusetés rejetées dans l'air et dans l'océan ? « Depuis 1990, les rejets de CO2 ont crû de 26 % » écrit Capital. S'ils le disent, ça doit être non seulement vrai, mais sans doute pire ! Soucieux de parler à l'imagination de ses lecteurs, Capital choisit un autre exemple : le carré Hermès. Oui, ce symbole de l'excellence française, ce Versailles de la couture, ce Trianon de la fanfreluche ... fait en Chine ? Non. Il est bien tissé et imprimé dans la région Rhône-Alpes. Mais il lui faut un ourlet. C'est compliqué à coudre, un ourlet. Alors on envoie les carrés se faire ourler là où on paie encore moins qu'en Chine. Moins qu'en Chine ? Oui, à Madagascar : les couturières y touchent, respirez un coup, trente euros par mois. La bouteille de parfum Burberry (ils vendent du parfum ? Oui, et si le saucisson Burberry était vendable, ils vendraient du saucisson) porte une décalcomanie reproduisant le très chic imprimé qui caractérise la marque. Compliqué à coller, une décalcomanie. Pas de problème, les flacons, fabriqués en France (cocorico !), partent à Shangaï simplement pour qu'on leur appose avec toute la patience chinoise la décalcomanie, puis reviennent chez nous après soixante-seize jours de voyage. Le capitalisme est le système économique le plus efficace, n'est-ce pas ?
Nestor Potkine Monde libertaire n°1470 ________________________________________________________________________
|
| Édito du M
Monde libertaire N°1469 du 15 au 21 mars 2007
Il est des odeurs répugnantes qui se répandent avec constance dans ce pays, et se mettre une pince à linge sur le nez n'y changerait rien. ?le pittbull Sarkozy vient de lancer une nouvelle boule puante dans l'arène électorale avec sa proposition de créer – s'il est élu – un « Ministère de l'immigration et de l'identité nationale ».
Aussitôt, grosse bousculade pour être le premier danseur au bal des hypocrites. Les déclarations indignées fusent dans ce que, par mollesse intellectuelle, on appelle la gauche. Mais quelle différence existe-t-il – hormis sur le plan sémantique – entre l' »immigration choisie » du premier flic de France, et l' »immigration concertée » de la cheftaine du PS ? Strictement aucune en vérité.
Comment peut-on oublier qu'au temps de la « gauche plurielle » (plus rien ?), Chevènement, le Déroulède de Belfort, a pu faire adopter sa loi sur l'immigration sans que le PCF ou les Verts ne pipassent mot, ou si peu, tant leurs postérieurs étaient solidement arrimés à leurs strapontins ministériels ?
L'oeil du borgne de Saint-Cloud peut briller de satisfaction tant le poison qu'il répand depuis de longues années a infecté les esprits. De facto, il est en effet dramatique de constater qu'une grande partie de ce que l'on nomme le « corps social » a intériorisé et admis la division artificielle et monstrueuse de l'humanité entre « espèces », les unes soi-disant « utiles » et les autres « nuisibles ».
Au rang des migrants invités à nos tables ... euh ! pardon, pour les servir (lire les « utiles »), figureraient les seuls travailleurs dotés de « talents » et/ou « compétences » nous faisant partiellement défaut. Mais comment feindre l'étonnement quand, par exemple en 1990, sur fond d'orgues lepénistes, Rocard, qui était alors un des premiers violons du PS, déclarait : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part ». Le bougre, devenu mort-vivant depuis, a été entendu au-delà de ses espérances.
Mais sur tous les continents, il en est que les problèmes de visa ou de carte de séjour n'angoissent pas particulièrement. Nous désignons ici le « cercle des milliardaires » (en dollars) qui, selon Forbes, le magazine américain de la richesse heureuse et décomplexée, annonce qu'à l'heure actuelle 946 personnes de par le monde (dont 153 nouveaux membres en 2006) constituent le gotha de ces capitalistes sans frontière.
Là est une vraie « espèce » protégée et choyée qui pille pourtant les ressources de la planète sans vergogne et plonge une bonne part de l'humanité dans la misère la plus profonde. Les aboiements des roquets qui les servent n'y changeront rien, voilà les seuls parsites sur terre. ________________________________________________________________________
|
| A nous les p'tits enfants
Monde libertaire N°1469 du 15 au 21 mars 2007 « Et puis vinrent les hommes d'échange et de négoce. Les hommes de grand parcours gantés de buffles pour l'abus. » Saint-John Perse
Pendant que les républicains bon teint et autres intellectuels y vont de leur « logorrhée laïque »* à pourfendre le diable musulman, banques et argent – « Dieu parmi les marchandises »* – s'engouffrent dans les écoles. Il est bien loin le temps où un ministre pouvait parler de « détournement de mineurs »*. A nous les p'tits enfants ! Seul quotidien marxiste de la prese française, « le Figaro » vend la mèche : « Il est difficile de conquérir de nouveaux clients en les faisant changer de banque ... aussi celles-ci sont bien décidées à les séduire dès le berceau »*. Pour sa part, dans des conditions administratives et comptables très discutables, le ministère de l'Education nationale n'est pas réticent à ce que nombre d'élèves soient à disposition des banques et autres rapaces. Sans doute pour démocratiser la fonction de banquier ou pour favoriser l'égalité des chances, avec l'aimable autorisation non écrite (?) du MEN, le groupe bancaire CIC organisa longtemps un jeu de bourse dans les lycées et collèges, les « Masters de l'économie », sous réserve ... que les élèves ouvrent un compte à la dite banque. Pour soutenir l'opération juteuse, même l'Inspection générale de l'Education nationale apporta son concours en glissant qu' »une interdiction pure et simple de ce jeu serait excessive [étant donné] qu'il présente un intérêt dans la mesure où il peut participer à la formation du citoyen et du consommateur »*. Il fallut plus de quatre années d'instruction et de manoeuvres en tout genre avant qu'un tribunal administratif condamne sévèrement le MEN en rappelant que ce jeu « contrevenait également au principe de neutralité de l'école .. »* ; des centaines de professeurs initiaient de jeunes élèves à la bourse. Heures supplémentaires ? Qui les payait ? Toutes ces affaires se traitent au nom de « l'intérêt des élèves », avec bénédiction syndicale, c'est-à-dire retombées publicitaires. Et si le groupe bancaire Crédit agricole continue d'organiser le célèbre jeu d'orthographe, « Les dicos d'or », bien qu'un inspecteur de l'Education nationale organisateur du jeu-concours fut condamné en 1993 par le tribunal administratif de Caen* pour l'avoir illégalement organisé sur le territoire de l'académie en 1989-1991, c'est au nom de la défense de la langue française. Comme le rappelle le gentil organisateur, Bernard Pivot : « Il s'agit de faire connaître l'orthographe, mais surtout le sens des mots »*. On le croit sans peine ; et si un jour le même ministère manigance un contrat entre bon potes avec un marchand de montres à dix balles, ce sera sans doute ... pour favoriser la ponctuallité des élèves. Pour compléter l'équipement intellectuel du jeune homme d'aujourd'hui, « le gouvernement se félicite de son initiative pour équiper des étudiants en ordinateurs portables. Entre le lancement du programme « Mon micro-ordinateur WiFi à 1 euro par jour », fin septembre et début janvier, les étudiants ont acheté 100 000 machines, contre 13 000 un an plus tôt »*. Dans « le Monde », un certain Benoît Sillard, obscur sous-directeur des technologies de l'information et de la communiocation au ministère de l'Education explique que, pour des raisons pédagogiques et dans le seul intérêt des élèves, « nous visions un doublement des ventes annuelles de portables, soit 150 000 unités de plus par an. Ce résultat devrait être atteint en six mois »*. Un vrai discours de directeur commercial ! Pour compléter l'équipement sportif du jeune homme d'aujourd'hui, « le permis de conduire sera plus accessible pour les jeunes : dès juillet prochain, le gouvernement lancera l'opération « Permis à 1 euro » : c'est l'annonce qu'a faite hier Jean-Pierre Raffarin .. »*. Le lecteur reconstituera de lui-même les arcanes du grand circuit de l'argent. Théorie et pratique juridiques de la bonne conduite. Pour épater la galerie, le ministre Jack Lang fit semblant de vouloir réglementer ces drôles d'affaires en publiant un code de bonne conduite des interventions des entreprises en milieu scolaire*. Cette circulaire étrangement fagotée fit l'objet d'un recours en annulation auprès du Conseil d'Etat. Dans sa grande sagesse administrative, celui-ci omit de traiter de la constitutionnalité du texte incriminé et de son respect des principes qui fondent l'école, la laïcité et la neutralité commerciale, ce qui lui permit de rejeter la requête (CE, 3 octobre 2002, n° 234271). Et hop ! Il est vrai que l'auteur de la circulaire, Jacques-Henri Stalh, alors directeur des affaires juridiques du MEN, était aussi maître des requêtes au Conseil d'Etat et présenté comme le « jeune collègue et ami » du président du contentieux dudit conseil. Il est vrai aussi que, dans la formation de jugement, en toute sérénité, siégeait un juge alors mis en examen dans l'affaire dite des HLM de la Ville de Paris, affaire Juppé. Comme on le sait, comme son chef, il fut condamné à douze mois de prison avec sursis par la cour d'appel de Nanterre*. Une sorte de spécialiste de ... la bonne conduite.
A propos des arrêts rendus par « l'illustre assemblée », Bruno Latour écrit : « Le droit se trouve tout entier dans chacun de ses exemples sous une forme quasi fractale »*.
Gilbert Molinier ( *: les notes de lecture sont disponibles dans l'article original du Monde Libertaire n° 1469) ________________________________________________________________________
|
| Des fonctionnaires précaires
Monde libertaire N°1469 du 15 au 21 mars 2007
Nous avons choisi l'article qui suit non par corporatisme, mais dans le but de « bien mettre les points sur les i » : Fonctionnaires, la logique capitaliste ne laisse pas de niches protégées ! Vous côtoyez déjà les précaires dans tous les postes que vous occupez. Votre tour n'est pas loin ! Salariés du privé, haro sur les privilégiés ? ne vous trompez pas d'adversaire ! Diviser pour régner a toujours été une stratégie que seule la solidarité peut faire échouer.
Loin des clichés sur ces fainéants de profs toujours prêts à faire grève pour défendre leurs privilèges, l'Éducation nationale est à la pointe de la précarisation : outre les non-titulaires aux conditions de travail tellement indignes qu'elles seraient illégales dans le privé, les titulaires sur zone de remplacement ont expérimenté cette flexibilisation – généralisée depuis à tous les enseignants via le décret du 12 février 2007, redéfinissant leur statut.
L'enfer TZR
Les TZR sont les personnels du second degré (environ 20 000 en 2006) chargés des remplacements. En quelques années, ils ont perdu la quasi-totalité des contreparties (points de mutation, primes) à la pénibilité spécifique de leur mission ; mission dévolue désormais à de jeunes professeurs débutants, ou à des collègues dans l'impossibilité d'obtenir un autre poste ou une mutation. Pour le débutant-TZR, la première rentrée se fait parfois à l'hôtel ou en camping, dans l'attente d'une première – et provisoire – affectation. Mieux vaut attendre d'ailleurs de connaître son affectation avant de signer un bail : les TZR peuvent être amenés à enseigner sur deux voire trois établissements, parfois très éloignés. Les frais de déplacement étant peu ou mal remboursés, nombre de TZR (bac + 5, titulaires d'un concours) se retrouvent dans la catégorie des travailleurs pauvres. Certaines affectations sont véritablement invivables : démoralisation, arrêts maladies, dépressions, voire pire (cas connu d'une grossesse arrêtée prématurément ...). Les démissions sont tellement admises (encouragées ?) que l'institution leur donne le doux nom d' »évaporation ». Car en plus des difficultés objectives – mais très variables d'une affectation à l'autre – s'ajoute souvent le sentiment pour le TZR d'être victime de l'acharnement et du mépris de ses gestionnaires, pris dans les rouages d'une machinerie administrative absurde. Mais derrière le sentiment d'irrationnel, il y a bien un pilotage dans l'EN.
L'Etat « patron voyou » ?
L'irrationnel peut s'expliquer par une gestion défaillante, turn-over et emplois précaires se généralisent aussi dans les administrations : collègue affecté sur deux communes distantes de 100 km ... mais se suivant dans l'ordre alphabétique ; quatre heures de trajet pour un autre ... alors qu'un collègue non-affecté était domicilié à proximité de l'établissement. Mais le plus souvent, la flexibilisation répond aux impératifs budgétaires de compression des masses salariales, que l'on retrouve dans tous les secteurs publics ; les TZR deviennent alors une variable d'ajustement qu'il faut rentabiliser ... jusqu'à l'illégalité ! Les rectorats profitent souvent de ce que les TZR, jeunes, ou moins jeunes, ignorent leurs droits, pour leur imposer des décisions illégales (rude déniaisage ...) : profs de lettres en CDI (Lille, cette année), profs de mécanique enseignant les mathématiques en collège (93, il y a deux ans) ; arrêtés d'affectation antidatés, privant le TZR de la seule prime à laquelle il a droit. La flexibilité est imposée par le fait, à coup de massue, à des enseignants souvent jeunes et novices dans le monde du travail. L'enjeu est de taille dans ce bastion de résistance qu'a été l'EN, où les départs à la retraite massifs posent le problèmes de la non-transmission des mémoires et expertises militantes. D'où la difficulté et la nécessité de trouver des formes de résistance contre cette offensive « managériale ».
Des résistances multiformes
La riposte syndicale n'est pas à la hauteur, faute d'une évaluation suffisamment précoce de la gravité de la situation : des missions et des conditions de travail dans la fonction publique modifiées en profondeur, par la marge (non-titulaires, puis TZR, mais aussi personnels non-enseignants – surveillants dès 2003, TOS (techniciens et ouvriers de surface, personnels chargés de l'entretien, de la maintenance, de la cantine ..) décentralisés la même année ...). La vocation majoritaire des principaux syndicats semble aussi avoir été un blocage (souci de ne pas paraître mener des luttes jugées catégorielles ou corporatistes). Par ailleurs, les TZR eux-mêmes ne sont pas facilement mobilisables : peu investis dans les syndicats, isoléss dans les établissements, noyés dans leurs difficultés d'exercice, repliés dans des stratégies de survie individuelles, ils sont de plus soumis à un turn-over qui rend difficile le maintien d'un noyau de militants et la continuité de la lutte. Des résistances se structurent cependant, transformant en atout leur spécificité : VRP de l'éducation, le TZR peut acquérir une expertise précieuse des rouages de l'EN, une conscience aiguë des inégalités qui s'y développent et s'y reproduisent, tout en permettant la multiplication des contacts. Après d'autres, et parmi d'autres, les TZR en colère, collectif formé en 2004 à Créteil, puis élargi via internet, s'efforcent de mettre en réseau et en lumière les luttes éparses, de peser dans les structures syndicales et face aux administrations, et de transmettre les connaissances (juridiques, en particulier), nécessaires à la survie ou à la lutte des TZR. La structure informelle, constituée d'un forum ( www.cetace.org/forums ), d'un blog ( miseretzr.canalblog.com ), d'une liste de diffusion, se double par endroits de la participation à un militantisme syndical plus classique, avec le Snes en particulier. Il a le mérite de créer, par les échanges démultipliés, la transmission des savoirs juridiques, mais aussi de stratégie de survies moins officielles, une culture de résistance et une solidarité qui rendent la précarité moins insupportable, faute de parvenir à la contrer véritablement. Et c'est là sans doute la limite actuelle de son action : comment passer de cette résistance à une attitude offensive de reconquête de droits ? Limite que les TZR sont loin d'être les seuls à rencontrer dans le mouvement social ... Face au décret du 12 février 2007 qui vient généraliser cette flexibilité (suppression de garde-fous qui autoriseront désormais la nomination d'un enseignant sur plusieurs communes, hors de sa matière de formation), une riposte tous azimuts s'organise (rétention de notes, occupations, refus des examens blancs, grèves).
Alors, généralisation de la précarité dans la fonction publique, ou généralisation des luttes ?
Collectif TZR en colère ________________________________________________________________________
|
| Édito du ML
Monde libertaire N°1468 "Pouvons nous penser que le poison inhérent à la politique sera diminué, si les femmes entre dans l'arène ? Les plus ardentes suffragistes soutiendraient difficilement telle folie" Emma Goldman
Ce 8 mars est la journée internationale de lutte des femmes pour leurs droits. Ce jeudi, pour une fois dans l'année, l'attention des populations se focalise un peu plus sur les luttes que la moitié de l'humanité doit mener pour tenter de conquérir les mêmes droits que l'autre moitié. Bien sûr, tout de suite vient à l'esprit la situation des femmes vivant dans les pays où l'obscurantisme a force de loi, où règnent les patriarches, sévissent les codes de la famille et où les femmes sont oppressées par la loi et la religion ; mais la situation des femmes, dans nos pays démocratiques, où la loi est censée garantir l'égalité en droit entre toutes et tous, n'est pas toujours équitable par rapport à celle des hommes. Comme quoi les lois ne sont pas la panacée pour résoudre les inégalités, tout au plus peuvent-elles les atténuer. Aujourd'hui encore, dans nos pays dits évolués, le nombre de femmes victimes de violences conjugales, de viols ou autres atrocités qui sont le fruit de l'image que se font les hommes des femmes, est à vomir. Les discriminations de toutes sortes dont les femmes font les frais, aussi bien dans le domaine privé que dans celui public, sont inacceptables. C'est une véritable révolution des mentalités qui est indispensable pour libérer l'humanité de la pollution des esprits engendrée par des milliers d'années d'ordre patriarcal. Il faudra bien plus d'une journée pour cela. En revanche, il n'a fallu que quelques jours aux responsables d'Airbus et à nos politicards pour répartir, entre les différents pays où cette multinationale exploite sa main d'œuvre, les licenciements qui redonneront aux actionnaires la confiance que leur avait fait perdre la gabegie des dirigeants de ce fleuron de l'industrie européenne. Peu importe d'ailleurs cette répartition, c'est tous ensemble, solidaires, qu'il faut lutter contre cette engeance qui nous traite comme des têtes de bétail qu'on envoie à l'abattoir pour renflouer les caisses. Diviser pour mieux régner, voilà leur domaine d'excellence, opposer le travailleur du privé au fonctionnaire, l'immigrant au résidant, l'homme à la femme, le manuel à l'intellectuel, les jeunes aux vieux, telles sont les méthodes qu'ils utilisent pour masquer les seules oppositions qui réellement nous divisent : dirigeants et dirigés, exploiteurs et exploités, riches et pauvres … Tant que le peuple, conscient de sa force collective, ne se lèvera pas pour combattre l'oppression, les mauvais jours ne sont pas près de finir. Nous ne sommes ni de droite, ni de gauche, pas plus du centre que d'en haut ou d'en bas, nous luttons pour l'abolition de toutes les oppressions. ________________________________________________________________________ |
| Les régimes spéciaux de retraite
Monde libertaire N°1468
Elever le niveau des retraites du privé sur celui du public : voilà ce qui serait juste !
Un peu d'histoire. En 1946, il était question d'un régime vraiment général de sécurité sociale, dont l'assurance vieillesse. La chose a été sabordée par beaucoup d'acteurs : les culs-terreux, les curés, les artisans et commerçants, les professions libérales, les syndicats des firmes ou administrations dotées d'avantages spéciaux (Electricité, SNCF, RATP, Banque de France, Caisses d'épargne, fonction publique, etc). Nous eûmes donc un régime général peu généreux. Même actuellement, le taux de remplacement d'une carrière complète (ce taux est celui du montant de la pension rapportée au salaire d'activité exprimé en pourcentage) est de 50 % et les cotisations sont plafonnées (15 096 euros actuellement ; les cotisations ne s'appliquent pas aux parties de salaires supérieures au plafond). Pour cette raison, le régime général de la CNAV (Caisse nationale d'assurance vieillesse) est complété par des régimes complémentaires obligatoires : Arrco pour tout le monde mais sous plafond, au-delà du plafond, Agirc (de fait pour les cadres), etc. , car il y a encore quantité de régimes particuliers, dont l'Ircantec. Il faut se souvenir que les régimes spéciaux sont bien antérieurs à la création de la Sécurité sociale. Ils ont été créés pour des raisons simples : il s'agissait essentiellement de personnels bien plus qualifiés que la moyenne (EDF de 1946 ou SNCF), de salariés faisant souvent aussi des métiers très durs (mineurs ou chauffeurs de locomotives à vapeur ou employés à la fabrication du gaz de ville), soumis à des contraintes de service (continuité de service). A l'époque, avant 36 (SNCF) ou 46 (EDF), les patrons étaient en concurrence et cherchaient à fidéliser leur personnel par des avantages sociaux. S'ajoutait aussi que ledit personnel disposait d'un vrai pouvoir de nuisance et que les grèves étaient très coûteuses pour les patrons du secteur. De son côté, l'Etat avait besoin de fonctionnaires dévoués et bien sages. Pour simplifier, nous avons aujourd'hui trois systèmes : le régime général assorti de complémentaires, le régime de la fonction publique (Etat, collectivités territoriales et fonction hospitalières), les régimes spéciaux. Suivant la bonne vieille méthode des Horaces et des Curiaces (petit Robert des noms propres : « Horaces, nom de trois frères romains qui, lors de la guerre entre Rome et Albe sous le règne de Tullus Hostillius, furent désignés comme champions de Rome contre les trois Curiaces, champions d'Albe. Ses deux frères ayant été tués, le troisième Horace feignit de fuir et tua séparément les trois Curiaces »), les gouvernements compradores se sont attaqués d'abord au régime le moins défendu, le plus éclaté : celui des salariés du privé. En 93, Ballamou a fait passer la base du calcul des retraites à la moyenne des 25 meilleures années (au lieu de 15, mais avant les socialos de 1981, c'était 10 …), à 40 ans de cotisations, à un nouveau mode de calcul où les correspondances de salaires étalées dans le temps (refaire les historiques de rémunération, car évidemment un salaire de 1950 ne vaut pas celui de 1980 à cause de l'inflation et des progrès des rémunérations [smig, puis smic, par exemple]) étaient basées non plus sur la progression des salaires mais sur l'inflation, ce qui fait baisser les retraites puisque les salaires augmentaient bien plus que les prix du temps des « 30 glorieuses » (1945-1975). En 95, « le meilleur d'entre nous » (!), à savoir Juppé, voulut, pour des raisons de déficit des régimes de retraite et d'« équité » (!) entre les secteurs publics et privés, ratiboiser les « avantages acquis » du public. Cela lui valut le mémorable mouvement de grève de novembre et décembre 1995. Cela rendit les Tartuffe plus prudents. Aussi, le sémillant Fillon (prétendu gaulliste de gauche !) limita-t-il ses ambitions en 2003 (au mois de juillet !) : il se contenta d'aligner le régime des fonctionnaires sur celui du privé : 40ans de cotisations en 2008, 41 en 2012, 42 en 2020 pour tout le monde, et indexation des retraites sur la seule inflation. Le MEDEF vise 45 ans et les évolutions européennes le confortent : l'âge de la retraite est passé à 67 ans en Allemagne. Les salariés dépassant 60 ans au travail bénéficiaient d'une surcote par année de plus et avant 60 balais étaient pénalisés par une décote. En même temps on ne touchait pas directement à l'âge de la retraite (60 ans). On se contentait d'ignorer que la durée moyenne réelle des carrières est de 37 ans car le patronat vire les vieux, qui coûtent plus chers et seraient HS, et que la chose a été facilitée ensuite par l'abrogation de l'amendement Delalande qui obligeait les entreprises à verser entre 8 et 12 mois de salaires en cas de licenciement d'un salarié âgé (amende en fonction de l'âge, d'où l'écart). Apparaît alors clairement le but réel de la manœuvre : diminuer le montant des retraites en faisant hypocritement croire qu'on maintenait l'âge légal de départ à la retraite, 60 ans édictés en 1981. En réalité, un jeune diplômé, entré à 24 ans dans une boîte alors que la moyenne d'âge réelle de départ à la retraite est inférieure à 58, doit travailler jusqu'à 64 ans pour avoir une pension complète. CQFD. Evidemment, on n'a pas dit au bon peuple, lequel ne s'apercevra du résultat de la manip que dans vingt ans, que le montant des retraites allait baisser de 30 % (ouvriers et employés) à 40-45 % (cadres et techniciens). On peut prévoir le retour en 2025 des personnes âgées très pauvres, ce que l'on avait réussi à éradiquer avant que les politicards et les patrons ne passent au tout néolibéralisme financier. Un autre but de la manip, peut-être le plus important, est de forcer les gens à combler la différence de revenu à la retraite par la souscription individuelle à des fonds de pension par capitalisation ou à des assurances vie. Tant pis pour ceux qui, comme aux USA, travaillent encore à plus de 75 ans pour arriver à survivre faute d'une retraite suffisante car ils n'ont pas pu souscrire à une assurance vie et parce que leur entreprise n'offrait pas de système de retraite. Pour rassurer les mandants des syndicats vendus (qui savent très bien ce que cache tout cela), on a fait miroiter auxdits syndicats qu'il n'y aurait pas de retraite en dessous de 85 % du Smic (dont on ne sait pas ce qu'il sera dans vingt ans et même s'il existera encore), en oubliant de préciser que ces 85 % ne vaudraient que pour les carrières complètes, déjà impossibles à cause des 45 années de cotisations visées par le MEDEF, et surtout impossibles à cause des périodes de chômage, de mise au RMI ou à l'ASS. Horace a donc déjà éliminé Curiace 1 (le privé) et Curiace 2 (les trois fonctions publiques). On n'a pas encore touché à Curiace 3, à savoir tous les régimes spéciaux. Encore qu'ils subissent des modifications, chacun après chacun. On verra cela plus bas. Il y a deux raisons à cette modération « prudentielle » : ne pas courir le risque d'une explosion sociale modèle 1995 ; ne pas décrédibiliser tout de suite les promesses faites par Sarkopen en 2004 ; par exemple, on troque le changement de statut d'EDF, de GDF et d'autres (passage en SA et ouverture du capital au privé, fût-il étranger) contre le maintien (temporaire) du régime spécial. Parallèlement, la France doit se mettre aux normes de la nouvelle comptabilité internationale qui doit faire apparaître les engagements, y compris de retraite, au passif du bilan en tant que dette. Avec 40 milliards d'engagement de retraite, EDF était en faillite et peu présentable pour le prix de son titre lors de l'ouverture du capital. D'où la combinaison montée à EDF-GDF : passer au régime général (« adossement », en langage technocratique, ce qui reporte l'essentiel de la charge sur le régime général et les deux régimes complémentaires et vide le passif correspondant) sans retirer aux agents leurs avantages spéciaux, du moins pas tout de suite, la stratégie étant celle du diviser pour régner, de l'étalement des décisions dans le temps, du découpage des problèmes en rondelles (la technique du salami, chère à Staline). On verra plus bas ce nouveau régime EDF. Et maintenant, une droite sûre d'elle-même et de gagner les élections de 2007, affiche la couleur : elle liquidera le dernier Curiace, le plus coriace (eh eh !).
Les régimes spéciaux Pourtant, les gouvernants et patrons s'excitent pour peu de choses : les retraites versées par les régimes spéciaux ne concernent que 4,2 % des retraités en 2005 (500 000 sur 12 millions) et n'en concerneront que 1,6 % en 2025 (300 000 sur 18 millions). Les cotisations retraites sont bien plus élevées dans le public : 26 % dans le régime normal (CNAV et complémentaires) pour un salarié du privé, 36,29 % de son salaire brut pour un agent de la SNCF, dont une partie est payée par la firme mais au détriment d'un salaire direct plus élevé. Le régime des Caisses d'épargne a déjà été réformé ; celui de la Banque de France (l'ex plus généreux et pourtant où le travail ne doit pas être salissant, ni dur, ni insalubre) est en passe de l'être. Celui de la RATP va être adossé au régime général comme pour EDF. Mais ce dernier demeure pour l'instant effectivement encore très spécial. On verra en quoi. Les compradores (gouvernants, patrons, assureurs, banquiers, journaleux, etc. - c'est curieux, ce sont toujours les mêmes) ne donneront pas certains détails. Il y a d'autres régimes très spéciaux dont curieusement on ne parle jamais ; comme celui des militaires (la retraite à 35 ans) ou celui des « honorables » membres du Parlement. Qu'en est-il pour ceux-ci ? Déjà, le parlementaire peut cumuler. Chiracos touchera sa retraite de la Cour des comptes, où il n'a quasiment jamais mis les pieds, sa retraite de parlementaire (voir plus bas), sa retraite de président de la République. MM. Juppé et Fabius sont d'heureux retraités de la fonction publique à moins de 60 ans bien que n'ayant guère fait acte de présence dans leurs institutions fonctionnarisées d'appartenance. Mais voilà le plus beau des régimes spéciaux : pour 20 % de cotisation pour une législature le parlementaire touchera 1 500 euros de retraite ; pour 2 législatures (10 ans), 3000 euros ; pour 22,5 ans (curieux, ce n'est pas un multiple de 5), 6 000 euros. Sans préjudice, comme on l'a vu, de leurs retraites de la fonction publique ou de celles de leurs activités privées. Evidemment, on ne parle nulle part de ce régime très spécial. Nous avons aussi les « retraites chapeaux » versées aux « super » managers sans contre partie correspondante du tout en termes de cotisations salariales et avec exonérations de cotisations sociales patronales et permettant aux retraités de toucher quasiment l'équivalent de leur dernier époustouflant salaire ! Les régimes des commerçants, artisans, professions libérales ne sont pas mal non plus : ils ne versent que 16 % pour une retraite normale, ce qui est compensé par le régime général, les cotisations salariés plus employeurs représentent 26 % des salaires. Alors qu'en est-il du régime EDF ou RATP ou SNCF ? Prenons l'exemple du premier modifié, celui d'EDF-GDF. Le voici : Résumons la situation avant la réforme de 2004. Les cotisations salariales étaient de 7,85 % du salaire (de 9,75 à 10,35 % dans le privé, en fonction des plafonnements SS et des régimes complémentaires) et l'entreprise versait, en prenant sur son compte d'exploitation la différence, soit 54 % de la masse salariale (ou un rapport 20 % salarié, 80 % entreprise, contre un rapport 40 % salarié, 60 % patron dans le privé), ce qui représente plus de trois fois la cotisation patronale du privé (14,78 %). Il n'y avait donc pas de cotisation patronale mais un financement du régime par le biais des tarifs, donc par les consommateurs. La retraite pouvait être prise à 55 ans (service actif) ou à 60, avec 37,5 années de cotisation pour 75 % du dernier salaire. Assez curieusement on y avait des « bonifications en tout genre » : nombre d'enfants, campagnes militaires, etc., ce qui faisait que certains gagnaient plus à la retraite qu'en activité. On avait donc 2 % de retraite par année de présence (37,5 multiplié par 2 % donne 75 %). Mais les dirigeants politicards et patronaux ne signalent pas qu'EDF-GDF versait une subvention aux régimes déficitaires comme celui des mineurs ou de la SNCF (soit 4 % de sa masse salariale). La retraite pouvait être prise au bout de 15 ans pour les femmes ayant 3 enfants. Il fallait de toute façon faire 15 ans à EDF pour avoir droit à une retraite versable seulement à 60 ans. A l'époque, avant la réforme, on oubliait de dire que le taux de remplacement était de 63 % à EDF, de 68 % dans le régime général, de 62 ù à la SNCF, car les primes (ou comme partout les versements en actions ou au plan d'épargne d'entreprise) du public ne sont pas prises en compte dans le calcul des retraites (pour changer de régime, la Banque de France a intégré les primes dans l'assiette du calcul des retraites !). Rappelons que les agents EDF ne partent pas en retraite mais en inactivité de service, car ils demeurent mobilisables pour faire face à des situations catastrophiques. Enfin les retraites sont indexées sur l'évolution des salaires. Quel est le contenu de la réforme de 2004 ? D'abord la cotisation salariale a été augmentée de plus de 4 points (de 7,85 à 11,85 et des poussières, 12,05 je crois me rappeler), compensée par une augmentation ponctuelle des salaires nominaux au même instant. Evidemment on ne sait rien pour le futur où les salaires pourraient diminuer en valeur constante (aux USA, les revenus salariaux à dollar constant ont diminué de 20 % en vingt ans !). Voilà du bon syndicalisme : échanger de la merde à court terme contre de l'incertitude à long terme. D'autant plus que, comme partout, les évolutions de salaires sont remplacées par des primes ou des versements, abondés par la boutique, au titre de la participation. Ainsi on ne verse plus de cotisations sur ces montants (vive le trou de la CNAV et de la SS) et, bien évidemment, les retraités sont exclus de ces largesses. C'est pourquoi EDF a maintenu l'indexation des retraites sur les augmentations générales des salaires au lieu de passer à l'indexation sur les prix comme dans le privé. Elémentaire, mon cher Watson : les progressions de salaires y sont depuis longtemps inférieures à l'inflation ! Où l'on voit que les syndicats ont délibérément sacrifiés les retraités au profit du miroir aux alouettes de la participation aux bénéfices des salariés en activité. Ensuite les aspects normaux du régime de retraite EDF-GDF ont été refilés au régime général (CNAV) et aux régimes complémentaires moyennant une « soulte » pour solde de tout compte de 7,6 milliards d'euros pour le régime général et de 1,6 pour les régimes complémentaires. La soulte est censée compenser les soldes entre les versements de cotisations (plus de 4 points en plus pour les salariés) et les débours de retraites versées, le tout actualisé sur 40 ans minimum (la durée fut un objet de contentieux entre la CNAV, l'Arrco et l'Agirc et EDF car, à 50 ans d'actualisation ou à 30, on changeait visiblement les résultats de la soulte à verser).De plus, la soulte améliorait les comptes sociaux de l'Etat et permettait de diminuer la dette. Pour dire que ces marchandages de tapis n'ont qu'une modalité, le calcul actuariel, et un objectif, le report de la dette EDF-GDF sur la collectivité pour apurer son passif afin de refaire la virginité financière de la mariée. Mais le transfert aux régimes normaux et généraux d'assurance vieillesse laisse de côté les avantages exorbitants d'EDF-GDF, dixit Fillon aujourd'hui – car Sarkopen, comme on l'a vu, les avaient fait conserver pour acheter les syndicats afin de pouvoir ouvrir le capital des deux établissements publics transformés en SA à cet effet. Pourtant lesdits syndicats ne devraient pas ignorer « que les promesses n'engagent que ceux qui y croient » et que la logique même du capitalisme financier, une fois que l'entreprise est placée en haut du toboggan, fait que tous les différentiels nuisant à la « compétitivité de l'entreprise » dans la « concurrence libre et non faussée » sont progressivement supprimés. Le régime mutualiste a été « réformé » en février 2005 pour qu'EDF-GDF n'ait plus à y contribuer, créant au passage la première mutuelle obligatoire réservée aux vieux. Le 1 % sur le chiffre d'affaires, qui alimente la CCAS (Ce d'EDF-GDF) et les bureaucrates de la CGT qui l'ont truffée, ne va pas tenir très longtemps. Il est déjà attaqué en partie en partie à cause des malversations et des emplois fictifs que la CGT y a pratiqué. Les institutions représentatives du personnel sont en train d'être alignées sur celles du droit commun, beaucoup moins protecteur et coûteux en positions de permanents syndicaux. Bref, au lieu de 80 % de participation à la couverture retraite, EDF-GDF est descendu à 20 % - chiffre inférieur à celui de 26 % du privé – et ce sont ces 20 % qu'il faut financer. Euréka, pour ce faire on a créé une nouvelle taxe (la CTA, contribution tarifaire d'acheminement !), payable par tous les opérateurs sur le territoire français, une sorte de TVA sociale en quelque sorte, fondée sur le transport et la distribution des kWh. Mais pour l'instant, avant que le marché ne soit ouvert aux clients domestiques (juillet 2007), EDF-GDF gardent la chose dans la culotte et, comme par le passé, payent sur le compte d'exploitation mais isolent la dépense sur un compte spécial. La mise en place de la taxe pour les clients domestiques avant les élections de 2007 ferait mauvais effet. Et cette taxe n'est évidemment pas un impôt puisque vous n'êtes pas forcé d'être abonné au gaz ou à l'électricité ! Les régimes spéciaux : SNCF, RATP, EDF-GDF, que les gouvernants de droite veulent anéantir officiellement (les postulants de gauche ont le mérite de se taire prudemment) sont effectivement structurellement déficitaires par suite des réformes de structure, des réorganisations, des progrès de productivité qui y ont diminué le volume de l'emploi. Et le cas le plus épineux depuis longtemps est celui de la SNCF (où le départ des agents de conduite est à 50 ans) et où le rapport « démographique » entre le nombre de retraités et celui des actifs est le plus défavorable. L'Etat contribue déjà à 56 % (2,6 milliards d'euros) des dépenses de retraites de la SNCF (l'Etat et les compensations, notamment par EDF-GDF). Mais la situation s'améliora car les réorganisations ont déjà porté leur fruit. La RATP a un avenir plus sombre. Mais tous les régimes sont potentiellement déficitaires malgré la réforme Fillon qui prévoyait une « clause de revoyure » avant 2008, date à laquelle les retraites seront seulement revues. Mais de façon générale, ces régimes spéciaux sont analogues, et à court terme devront être traités comme EDF-GDF. Le problème est que la SNCF n'a aucunement les moyens de payer une soulte considérable (23 milliards d'après le député UMP Mariton) eu égard à ses effectifs et à l'état de ses fonds propres et de ses bénéfices. Le cas de la Poste est spécial parce que depuis sa transformation en EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial), elle n'a plus que 60 % d'agents relevant de la fonction publique, chiffre qui ne fait que diminuer au fur et à mesure des départs en retraite et des remplacements par des CDI de droit privé.
Observations Il n'est jamais dit dans le débat que les problèmes sociaux (temps de travail annuel, avantages sociaux, âge de la retraite, salaires nets, montant de la retraite, cotisations salariales et patronales, etc.) forment une intégrale et c'est seulement cette intégrale qui peut faire l'objet de comparaisons entre secteurs et entreprises. Ainsi, le prolo des secteurs publics touche plus que celui du privé sur la totalité de l'intégrale et même sur la totalité de l'intégrale. Est-ce injuste ? En différentiel à niveau égal de qualification, certainement. Mais ce serait oublier que dans le secteur privé le capital (mondialisation aidant et effondrement du socialisme, collectiviste ou non) a réussi à créer des conditions de plus en plus désavantageuses pour le salariat (les salaires nets réels ont baissé de 20 % en 20 ans aux USA ; et l'Europe en prend le chemin en instaurant une concurrence démentielle entre ses 27 pays). Si injustice il y a, sa réparation consisterait plutôt à élever le niveau du privé sur celui du public. Si la comparaison sur l'intégrale et domaine par domaine avantage les prolos qualifiés du secteur public, c'est le contraire pour les techniciens et encore plus pour les cadres. Et cela d'autant plus qu'ils touchent davantage de primes non intégrées dans les cotisations sociales de retraite. Les libéraux reprochent aux salariés des régimes spéciaux de vivre plus vieux que les autres à cause de leurs généreuses retraites. C'est inexact :leurs records de vieillesse viennent de ce que les régimes spéciaux ont des comités d'entreprise qui font de la médecine préventive et rendent les soins bien moins chers à cause de leurs mutuelles, de ce que la médecine du travail n'y est pas encore inféodée au patron et de ce qu'on peut encore (ça change à la vitesse V, notamment à la Poste) y faire suer le burnous comme dans le privé financiarisé et mondialisé. Les libéraux prétendent que le régime général finance les régimes spéciaux. C'est faux : la CNIEG (Caisse nationale de retraite des industries électriques et gazières, créée en 2004) a versé 5,7 milliards au régime général en 2005 et n'a reçu que 3,1 pour le versement des retraites. Mais ça changera à l'avenir pour globalement s'équilibrer. Le vrai problème est celui de l'ensemble des retraites, du partage de la valeur ajoutée entre salariat et patronat (la part du salariat est descendue de 65,7 % en 1978 à 54,2 en 2004), de la répartition des charges entre les générations, etc. Le problème est celui de la justice qui ne consiste pas à niveler par le bas mais à hisser tout le monde vers le haut. Je n'étais pas missionné sur cette généralité par mes mandants du Monde libertaire. Cependant, j'ai dû quand même ici procéder à quelques connexions car les facettes des problèmes version régimes spéciaux ou version régime général ont des « accointances ».
Jacques Langlois Monde libertaire n° 1468 ________________________________________________________________________ |
| Débat sur la décroissance
Monde libertaire N°1468 Effet de serre, disparition accélérée d'espèces animales et végétales, destruction des écosystèmes, telles sont les conséquences de la surexploitation des ressources de la planète. Ce constat est accablant et pourtant il n'empêche pas l'ensemble de la classe politique et ses serviteurs de braire en cœur : la croissance, la croissance, la croissance ! Et tous ces ânes, pour préserver le pré commun dans lequel ils broutent avec boulimie au détriment du plus grand nombre, de vouloir nous convaincre que l'herbe sera plus verte ensuite si on répand dessus du fumier électoral mélangé aux lisiers que sont le dévelo |
|
|