 Le Monde libertaire édition gratuite |  | Monde libertaire, édition gratuite, numéro 1 du 19 au 25 janvier 2012
POURQUOI CE JOURNAL?
Il y a plus d'un an, Presstalis, quasi monopole de la distribution de presse en France, lançait une offensive contre la presse libre. Par une révision drastique des tarifs, elle condamnait les journaux anarchistes et révolutionnaires à l'asphyxie économique. * !Le Monde libertaire !* (ML), le plus vieux titre de la presse anarchiste française, et l'un des plus anciens de la presse tout court, ne pouvait pas rester passif. Nous nous sommes d'abord défendus. En augmentant le prix de notre journal, puis en lançant une souscription de soutien, nous nous sommes adressés à vous. Parce que c'est grâce à vous que nous existons. Parce que c'est grâce à votre solidarité active que nos efforts constants ont un sens. Grâce à vous, ce vieux mais solide bateau n'a pas chaviré sous la bordée des vendeurs de papier. Nous ne sommes pas encore tirés d'affaire. Mais la meilleure défense c'est l'attaque. Et nous avons choisi d'attaquer. Lors d'un congrès extraordinaire, la Fédération anarchiste a décidé d'éditer non pas un, mais deux hebdomadaires ! Le premier, c'est celui que vous connaissez peut être : le ML et ses 24 pages, disponible chaque jeudi dans tous les bons kiosques. Le second, un ML de 8 pages * !diffusé gratuitement, chaque semaine !*, par les militants de la * !Fédération anarchiste !* ! Le but de cette publication est de faire connaître au plus grand nombre ce qu'est réellement la * !Fédération anarchiste !* : un journal, une organisation fédérale, une association d'individus œuvrant, fraternellement, à la réalisation de notre idéal libertaire : une société débarrassée des maîtres et des dieux !
- Chaque semaine, les militants de la Fédération anarchiste vous feront connaître les points de vue, les outils et les propositions développés par les libertaires.
- Chaque semaine, les militants de la Fédération anarchiste se feront connaître auprès de vous afin de vous permettre, si la révolte gronde en vous, de les rejoindre et de travailler ensemble à la révolution sociale.
- Chaque semaine, la Fédération anarchiste fera, par ses propres moyens, la démonstration qu'il est possible d'organiser un réseau de diffusion de presse hors d'atteinte de la vérole capitaliste.
Vive l'anarchie ! | | Le Monde libertaire, édition gratuite en .pdf |
| Vous souhaitez lire le Monde libertaire (8 pages et gratuit), vous souhaitez le diffuser contactez nous par Email ou à notre prochaine permanence.
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| | |  Permanences du groupe Vivre Libre !Les permanences du groupe Vivre Libre de la Fédération anarchiste ont lieu :chaque premier samedi du moisà la maison des passages (Salle des pierres) de 17h à 18h30Prochaine permanence le 04 févrierEn dehors des permanences vous pouvez nous contacter ici pour fixer un RDV Cette permanence se veut un temps d'écoute, d'échange, d'entraide …. dans la convivialité autour d'un casse-croûte et du verre de l'amitié (chacun, chacune apporte à grignoter et on partage). Possibilité de projection vidéos. Venez discuter, échanger des informations sur l'actualité sociale et les luttes en cours.
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Le Monde libertaire, hebdomadaire de la Fédération anarchiste, adhérente à l'Internationale des fédérations anarchistes
Le Monde libertaire Chaque jeudi dans vos kiosques, 24 pages d'actualités en couleurs vues par les anarchistes pour 2,50 € |  |
| | Pour poursuivre son œuvre de propagation des idées et propositions anarchistes, Le Monde libertaire a besoin de votre soutien ! Par votre don à la caisse du soutien du ML, vous contribuez à la sauvegarde de notre journal, que ce soit dans sa forme imprimée ou électronique. A une époque où nos ennemis politiques et économiques ne ménagent pas leurs attaques, à une époque où, ici et ailleurs, les libertaires déploient d'immenses efforts pour, non seulement parer les coups, mais gagner les consciences et construire des espaces de solidarité et d'action, chaque apport, si minime soit-il, sera utile à notre cause. Cliquer ci-dessous pour remplir le formulaire de don. D'avance, merci à toutes et à tous. | |
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| | |   Le Monde libertaire éditorial du n°1656Le Monde libertaire hebdo n°1656 (19-25 janvier 2012)
Ça tape dur dans les « a » en ce début de 2012. Certes, chères lectrices et chers lecteurs, la cible n'est pas encore (?) le « a » cerclé, symbole du mouvement anarchiste. Mais pas non plus un label pour de succulentes (sic) andouillettes, mais du diktat de la loi des marchés. élisez, désignez, compromettez-vous dans les urnes, ce seront toujours d'autres qui décideront ! Le locataire de l'Élysée a beau dire qu'il en a rien à battre, les médias parlent quand même d'onde de choc. Tout ça fait partie du folklore politique. On dit que c'est dans les archives secrètes ! Ce ne serait pas en soi une catastrophe économique. N'empêche, les collectivités locales paieront plus cher leurs emprunts. Quel que soit l'avis que nous ayons de la politique en général, cette décision de Standarth & Poors a plus que des conséquences sur le coût du financement en France ! Elle sanctionne aussi la politique de notre charmant pays et particulièrement celle de celui qu'il faut bien appeler le chef de l'État. La gauche qui se presse en déclarations dans les médias pour le remplacer en saura-t-elle tirer profit ? On en doute. Les temps sont difficiles pour celles et ceux qui envisagent de prendre les rênes de l'État. Car celui-ci est de plus en plus tributaire de règles qui lui échappent… Non content de légiférer, d'opprimer, de contrôler – comme disait Proudhon –, il lui faut être à genoux devant les maîtres de l'économie mondiale ! Le leader maximo du PS a beau essayer de mettre la cerise sur le gâteau (« Cette sanction signe l'échec du quinquennat. »), s'il est élu il lui faudra passer sous les fourches caudines de la real politik ! Comme le disait un quotidien hexagonal du soir : « À quoi ressemble la vie après la perte de la note AAA ? » Qu'auraient répondu Bakounine, Louise Michel, Pelloutier, Emma Goldmann, Durruti, Ascaso sans oublier Makhno et bien d'autres ? Par d'autres arguments, c'est sûr ! Mais on nous dit que les temps ont changé, certes… Mais il faudrait que de nouvelles marmites renversent – ou inversent – la tendance !
L'article du Monde libertaire
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|   Liberté pour les inculpés de ToulouseLe Monde libertaire hebdo n°1656 (19-25 janvier 2012)
Depuis huit semaines, quatre jeunes sont en détention préventive à la prison de Seysses ,près de Toulouse. Ils et elles sont soupçonné-e-s d'avoir participé, en juillet 2011, à une action de solidarité avec les mineurs enfermés, menée dans les locaux de la direction interrégionale sud de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Le soutien s'organise. Les EPM (établissements pénitentiaires pour mineurs) sont de véritables prisons pour enfants, enfermant des jeunes de 13 à 18 ans, souvent issus des classes les plus défavorisées. Créés par la loi « Perben I », ils sont dénoncés par de nombreuses organisations politiques et syndicales (FSU, LDH, Syndicat de la magistrature, PCF…). Il y a en effet de quoi s'interroger sur les 700 euros par jour dépensés pour chacun des 360 détenus mineurs enfermés dans les EPM, sur les 800 mineurs détenus… quand on compare cela par exemple, avec l'hémorragie des budgets consacrés à l'éducation nationale. Ces EPM imposent une gestion schizophrène des mineurs « délinquants », en associant des éducateurs, sensés développer l'autonomie et l'apprentissage, et des matons - dont la fonction est éminemment coercitive. Les organisations syndicales travaillant dans ces EPM en dénoncent régulièrement la gabegie (la FSU, mais aussi la CGT-PJJ qui parle de « cocottes-minute »). Même un rapport du Sénat se montre accablant. Résultat de cette politique consternante : suicides de mineurs à l'EPM de Meyzieux en 2008, et à l'EPM d'Orvaux en 2010 ; mutineries à Meyzieux en 2007, à Lavaur en 2007 et en 2011 ; tentatives d'évasion… Face à ce constat déplorable, la PJJ surenchérit dans la provocation et la répression les plus abjectes, en qualifiant d' « irrécupérables » des jeunes détenus, en réclamant « plus de sécurité » ainsi qu'un « profilage des détenus ». Quant au Parlement, il s'apprêtait l'été dernier à refondre l'ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs, avec la création d'un tribunal correctionnel pour récidivistes de plus de 16 ans ! ... Lire la suite de l'article du Monde libertaire... |
| |   Scop et SeaFrance : pour quoi faire ?Le Monde libertaire hebdo n°1656 (19-25 janvier 2012)
À l'annonce de la liquidation concernant la société de ferrys transmanche SeaFrance, et d'un plan alternatif avancé par le syndicat majoritaire CFDT, on reparla beaucoup des sociétés coopératives ouvrières participatives, les Scop. Éclairage. Issues des racines du mouvement ouvrier européen, les associations ouvrières qui virent alors le jour étaient à la jonction des pensées émancipatrices du XIXe siècle 1, d'un monde ouvrier naissant, d'un monde d'artisans et de paysans (travailleurs individuels), et d'une volonté d'affirmer la dignité des ouvriers à qui on déniait une vie décente et une capacité à s'auto administrer. Les associations ouvrières de production, interdites et réprimées par Napoléon III ou encore Thiers, furent donc les pionnières des Scop. Les Scop vont connaitre des relations complexes avec le mouvement ouvrier qui va tantôt les rejeter, tantôt les encenser. Pour le syndicalisme naissant ou les partis révolutionnaires de la fin du xixe siècle, la coopération, qui se bâtit sur une perspective d'abolition du salariat sans avoir recours à la lutte des classes, à la grève et au syndicat, s'oppose à un syndicalisme porteur d'agitation sociale révolutionnaire. C'est la démocratie sociale contre la révolution sociale. C'est pourtant au peuple ouvrier que la coopération doit sa longévité et son développement. Tout au long de son histoire, des débats fournis auront lieu sur la subordination des coopératives de consommation (école de Nimes) sur celles de production ; sur la dimension révolutionnaire du mouvement coopératiste ; d'autres sur la place des actionnaires-salariés dans les scop ou le reversement ou non des dividendes en fin d'exercice… Des actions importantes permettront la création de représentations régionales, nationales et internationales d'un mouvement qui essaime partout dans un monde industriel qui se transforme. Le mouvement coopératiste donne naissance à des coopératives de consommateurs, des maisons du peuple, une banque coopérative, des orphelinats. Mais rapidement, la question qui va hanter ce mouvement de production sera celle de sa place et de son adaptation dans l'environnement économique.
De quoi la Scop est-elle le nom ?
Les structures antérieures à l'actuelle Confédération générale des Scop (CG-Scop), vont évoluer jusqu'à se présenter comme une alternative à l'entreprise commerciale, et, aujourd'hui, aux sociétés anonymes transnationales. L'État et ses serviteurs sont souvent sollicités pour appuyer le développement des coopératives qui s'adaptent au contexte économique en ayant recours à lui à chaque fois que nécessaire. Bien des hommes politiques seront présents aux cotés des instances nationales de la coopération, sous tous les régimes du Front populaire à Vichy, des gaullistes à la gauche de gouvernement des années 1980. De l'accessibilité aux marchés publics il y a un siècle, à la loi cadre sur le statut des coopératives en 1947, jusqu'à la création des SCIC (sociétés coopératives d'intérêt collectif) en 2001, ou au changement du sigle « Scop » en « société coopérative ouvrière de participation » (et non plus « production ») en 2010… Ce secteur de l'économie n'aura de cesse de s'intégrer au capitalisme avec ses propres spécificités. La Scop reprendra des couleurs avec la montée en puissance de l'économie dite « sociale et solidaire », à l'aune du XXIe siècle. Si les relations avec les syndicats de salariés furent difficiles, il n'en reste pas moins qu'ils font parfois appel à la Scop : l'affaire Sea France est l'exemple le plus récent. Quant au patronat français, il reprocha longtemps aux Scop de bénéficier de mesures fiscales particulières faussant ainsi la concurrence lors des appels d'offres, mais les Scop n'en sont pas moins intégrées aujourd'hui dans le paysage économique sans que cela ne suscite de débats houleux de ce coté-ci 2. On le sait, la Scop doit son originalité forte à sa forme juridique. C'est d'abord une entreprise, sous forme de société anonyme ou de société anonyme à responsabilité limitée, avec ses exigences de rentabilité. Les co-associés (« co-entrepreneurs »), salariés, sont cooptés et détiennent au moins 51 % des actions et 65 % des droits de vote à l'assemblée générale où le principe « un homme ou une femme égale une voix » est de mise, quel que soit le montant du capital investi par la personne. Le gérant, salarié, est nommé par les travailleurs pour une durée de cinq ans. Les profits sont répartis entre les réserves de l'entreprise, l'intéressement et la participation pour tous les salariés, en plus des dividendes pour les associés-salariés. Les réserves de l'entreprise ne sont pas propriétés des associés, elles restent acquises à la Scop. Pour ce qui est de l'organisation interne, elle reste l'affaire de ceux qui font vivre la structure : beaucoup de choses peuvent se négocier, dès lors que des choses formelles sont maintenues vis-à-vis des banques, de l'administration, du fisc, etc. Maintien ou pas de la hiérarchie, modalités des prises de décision, égalité ou non des salaires, peuvent être pratiqués différemment ici ou là. Il n'est d'ailleurs pas nécessaire de créer une Scop pour introduire des fonctionnements égalitaires, le secteur associatif ou les formes de SARL peuvent aussi faire l'affaire si les associés en ont la volonté.
Une Scop pour SeaFrance ?
Les difficultés de cette entreprise sont anciennes : en juin 1999, le gouvernement recapitalise SeaFrance pour assurer sa viabilité. Depuis, sur un secteur très concurrentiel, et avec l'exploitation du tunnel sous la Manche depuis 1994, SeaFrance a connu bien des déboires, des pertes financières et a procédé à bien des licenciements. La SNCF, maison mère de la société maritime, cherche un repreneur puis jette l'éponge en février 2011. La CFDT, syndicat majoritaire de SeaFrance, avance alors un projet de Scop en décembre 2011 qui sera appuyé par Sarkozy en personne. Comment ne pas comprendre ce soutien présidentiel comme une manoeuvre dans le contexte des élections de 2012 ? Comme le faisait remarquer un syndicaliste de la CGT, Maurad Rabhi, pourquoi l'État appuierait-il le financement de ce dossier de Scop et pas les autres entreprises en difficulté ? Et de toute façon, l'Europe, sollicitée par les concurrents de SeaFrance, ne laisserait pas passer une aide d'État au nom de la liberté de la concurrence. Au-delà de l'effet d'annonce du chef de l'État, SeaFrance, même en Scop, devra d'abord jouer des coudes sur son propre marché ; un statut en Scop, ce n'est pas une solution miracle. Les politiciens du gouvernement le savent bien. Mais on peut comprendre ces 500 salariés qui veulent sauver leur emploi. C'est d'ailleurs là toute l'ambiguïté des Scops. D'une part, formellement, elles représentent une autre façon d'organiser la macro-économie avec des règles qui laissent entrer la démocratie directe dans l'entreprise 3 en permettant de se débarrasser des parasites que sont les actionnaires. De l'autre, elles n'apportent pas de solution idéale car elles composent avec les règles du marché. En France, elles sont une survivance de ce mouvement ouvrier qui rêvait d'abolir le salariat par la démocratie sociale. Ailleurs, à d'autres époques, elles ont aussi participé à des processus révolutionnaires marquants (Espagne révolutionnaire, décolonisation de l'Algérie), où elles furent des recours précieux de réorganisation de l'économie avec des finalités parfois libertaires, égalitaires et utopiques. Les Scops sont donc des outils qui prennent du sens selon l'objectif à atteindre. Elles peuvent être conformistes malgré leur différence, ou être un recours des peuples en révolte. La prégnance de ce modèle nous démontre que notre imaginaire collectif, malgré l'ancienneté du modèle Scop, n'a pas été capable de créer un autre concept répondant à nos exigences. Si la Scop a tant de prises encore aujourd'hui, c'est parce que l'horizon de l'abolition de la propriété privée a été perdu, et que c'est l'exercice de « la citoyenneté » dans l'entreprise qui est retenu. La citoyenneté a pris la place de la révolution sociale. On ne veut plus abolir le salariat, on veut la démocratie dans l'entreprise… Que des travailleurs décident de s'organiser sans intermédiaires et en s'affranchissant de certaines injustices dans l'entreprise est évidemment réjouissant. N'en attendons rien de plus si nous ne sommes pas capables de faire la liaison entre ces formes de travail et la généralisation de l'autogestion versus libertaire. Peut-être que les partisans de la révolution sociale devraient aborder cette économie-là comme ils abordent d'autres outils comme le syndicalisme, avec ses limites et ses potentiels.
Rêvons un peu…
Dans une économie autogestionnaire, les Scop de production auraient-elles leur place ? Tout dépend évidemment de la question centrale qui est la propriété sociale. Laisser des employés d'une coopérative s'approprier ce qui devrait être socialisé pose un problème de fond. Le mouvement coopératiste s'est souvent plaint, au fil de son histoire, de l'individualisme des coopérateurs ; et il est fréquent d'entendre des salariés-coopérateurs, aujourd'hui, affirmer que ce statut les a transformés en « leur propre patron ». C'est toute l'ambiguïté des coopératives, compatibles avec l'économie capitaliste, qui reposent sur la propriété privée des moyens de production et de distribution, mais qui seraient beaucoup moins compatibles dans une économie où « tout est à tous », c'est à dire à la communauté entendue dans son sens le plus large. Parmi ceux qui abordèrent – sans trancher sur le fond – le sujet des coopératives et de leur compatibilité avec l'économie libertaire d'abolition de la propriété privée des moyens de production et de distribution, Augustin Souchy écrivait en 1950 4 que la différence entre les coopératives de production et les collectivités espagnoles de l'époque révolutionnaire était que les collectivités avaient exproprié les précédents propriétaires. Il précisait : « Il est vrai, que, objectivement, le coopérativisme ne révolutionne pas le monde en un jour. De façon subjective, le coopérateur doit avoir une conscience révolutionnaire et une foi socialiste plus profonde que le membre d'une collectivité. […] La coopérative de production n'est pas antagonique, dans son essence, avec la collectivité libre, elle est son précurseur. […] Le régime de la liberté doit permettre autant de coopératives et de collectivités que les hommes veulent en créer. Le socialisme libertaire n'est pas unitaire, mais pluraliste ; il favorise et appuie toutes les initiatives populaires, tant dans l'ordre économique, que dans le politique ou le culturel. Le ccopérativisme est une des routes principales de l'humanité vers la justice économique. » Toute la question serait donc de savoir si, aujourd'hui, le mouvement des coopératives de production peut être partie prenante, dans une perspective révolutionnaire, d'un processus économique vers l'abolition du capitalisme.
1. La devise du mouvement coopératiste « Travail, Capital, Talent » est de Fourier. 2. La Confédération générale des Scop revendique aujourd'hui 2 000 entreprises adhérentes employant 40 000 personnes en France. 3. Dans le quotidien économique Les échos du 4 janvier 2012, on trouve un article élogieux (« Au pays de l'entreprise sans chef ») qui défend l'autogestion au prétexte qu'une hiérarchie représente des coûts importants et qu'il faut encourager la liberté de créer et de s'autodiscipliner des salariés. 4. El socialismo libertario, Editorial Estudias, La Habana, Cuba, 1950.
Daniel Vidal
L'article du Monde libertaire
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|   Turquie : l'offensive du créationnismeLe Monde libertaire hebdo n°1656 (19-25 janvier 2012) Turquie : l'offensive du créationnisme Lors d'une récente émission de « Pas de quartiers » sur Radio libertaire (le 13 décembre) consacrée à la critique des religions, en compagnie de Nestor Potkine, nous avions commencé notre débat par l'évocation de la très préoccupante situation de la droite extrême étatsunienne (Tea Party, etc.) et de son offensive réactionnaire. Nous aurons sans doute, malheureusement, à revenir sur ce sujet dans les colonnes du Monde libertaire. Cette semaine, nous irons en Turquie, chez les alter ego des susnommés. Alors qu'en fin d'année, on a eu droit dans la presse à quantité de reportages sur la loi voulue par le gouvernement français à propos de la négation du génocide des Arméniens par la Turquie, un événement, passé inaperçu en France, a retenu mon attention. ... Lire la suite de l'article du Monde libertaire... |
| | | |  Que crève le vieux monde | Par Albert Libertad (27 décembre 1906)
Ah ! Ah ! C'est le jour de l'an !
La voix claire de l'enfant et la voix cassée du vieillard entonnent la même ballade : la ballade des vœux et souhaits. L'ouvrier à son patron, le débiteur à son créancier, le locataire à son propriétaire disent la ritournelle de la bonne et heureuse année. Le pauvre et la pauvresse s'en vont par les rues chanter la complainte de la longue vie.
Ah ! Ah ! C'est le jour de l'an !
Il faut que l'on rie ! Il faut que l'on se réjouisse. Que toutes les figures prennent un air de fête. Que toutes les lèvres laissent échapper les meilleurs souhaits. Que sur toutes les faces se dessine le rictus de la joie.
C'est le jour du mensonge officiel, de l'hypocrisie sociale, de la charité pharisienne. C'est le jour du vernis et du convenu.
Les faces s'illuminent et les maisons s'éclairent ! Et l'estomac est noir et la maison est vide. Tout est apparent, tout est façade, tout est leurre, tout est tromperie ! La main qui vous accueille est un rictus ou une grimace. Le souhait qui vous reçoit est un blasphème ou une moquerie.
Dans la curée âpre des appétits, c'est l'armistice, c'est la trêve. Dans l'âpre curée des batailles, c'est le jour de l'an.
On entend l'écho qui répète la voix du canon et qui redit le sifflet de l'usine. La mitrailleuse fume encore et encore ; la chaudière laisse échapper la vapeur. L'ambulance regorge de blessés et l'hôpital refuse des malades. L'obus a ouvert ce ventre et la machine à couper ce bras. Les crimes des mères, les pleurs des enfants font retentir à nos oreilles l'affreuse mélodie de la douleur, toujours la même.
Le drapeau blanc flotte : c'est l'armistice, c'est la trêve, pour une heure et pour un jour, les mains se tendent, les faces se sourient, les lèvres bégaient des mot d'amitié : ricanements d'hypocrisie et de mensonges.
Bonne vie à toi, propriétaire ? qui me jettera sur le pavé de la ville sans t'occuper du froid ou de l'averse…
Bonne vie à toi patron ? qui me diminua ces jours derniers, parce que faiblissait mon corps après la dure maladie que je contractai à ton service…
Bonne vie, bonne vie à tous ! boulangers, épiciers, débitants qui enserriez ma misère de vos péages honteux et qui teniez commerce de chacun de mes besoins, de chacun de mes désirs.
Et bonne vie et bonne santé à tous, mâles et femelles, lâchés à travers la civilisation : bonne année à toi, l'ouvrier honnête ? à toi, maquereau régulier ? à toi, catalogué du mariage ? à toi, inscrit aux livres de police ? à vous tous dont chacun des gestes, chacun des pas est un geste et un pas contre ma liberté, contre mon individualité ?
Ah ! Ah ! bonne vie et bonne santé ?
Vous voulez des vœux, en voilà : que crève le propriétaire qui détient la place où j'étend mes membres et qui me vend l'air que je respire ! Que crève le patron qui, de longues heures, fait passer la charrue de ses exigences sur le champ de mon corps.
Que crèvent ces loups âpres à la curée qui prélèvent la dîme sur mon coucher, mon repos, mes besoins, trompant mon esprit et empoisonnant mon corps !
Que crèvent les catalogués de tous sexes avec qui les désirs humains ne se satisfont que contre promesses, fidélités, argent ou platitudes !
Que crève l'officier qui commande le meurtre et le soldat qui lui obéit ; que crève le député qui fait la loi et l'électeur qui fait le député !
Que crève le riche qui s'accapare une si large part du butin social ! mais que crève surtout l'imbécile qui prépare sa pâtée.
Ah ! Ah ! C'est le jour de l'an !
Regardez autour de vous. Vous sentez plus vivant que jamais le mensonge social. Le plus simple d'entre vous devine partout l'hypocrisie gluante des rapports sociaux. Le faux apparaît à tout pas. Ce jour-là, c'est la répétition d tous les autres jours de l'an. La vie actuelle n'est faite que de mensonge et de leurre. Les hommes sont en perpétuelle bataille. Les pauvres se baladent du sourire de la concierge au rictus du bistrot et les riches de l'obséquiosité du laquais aux flatteries de la courtisane. Face glabres et masques de joie.
La caresse de la putain a comme équivalent le sourire de la femme mariée. Et la défense du maquereau est pareille à la protection de l'époux. Truquages et intérêts.
Pour que nous puissions chanter la vie, un jour, en toute vérité, il faut, disons-le bien hautement, laisser le convenu et faire un âpre souhait : que crève le vieux monde avec son hypocrisie, sa morale, ses préjugés qui empoisonnent l'air et empêchent de respirer. Que les hommes décident tout à coup de dire ce qu'ils pensent.
Faisons un jour de l'an où l'on ne se fera pas de vœux et de souhaits mensongers, mais où, au contraire, on videra sa pensée à la face de tous.
Ce jour-là, les hommes comprendront qu'il n'est véritablement pas possible de vivre dans une pareille atmosphère de lute et d'antagonismes.
Ils chercheront à vivre d'autre façon. Ils voudront connaître les idées, les choses et les hommes qui les empêchent de venir à plus de bonheur.
La propriété, la patrie, les dieux, l »honneur courront risque d'être jetés à l'égout avec ceux qui vivent de ces puanteurs. Et sera universel ce souhait qui semble si méchant et qui est pourtant rempli de douceur : que crève le vieux monde !
Les faces s'illuminent et les maisons s'éclairent ! Et l'estomac est noir et la maison est vide. Tout est apparent, tout est façade, tout est leurre, tout est tromperie ! La main qui vous accueille est un rictus ou une grimace. Le souhait qui vous reçoit est un blasphème ou une moquerie
Dans la curée âpre des appétits, c'est l'armistice, c'est la trêve. Dans l'âpre curée des batailles, c'est le jour de l'an.
On entend l'écho qui répète la voix du canon et qui redit le sifflet de l'usine. La mitrailleuse fume encore et encore ; la chaudière laisse échapper la vapeur. L'ambulance regorge de blessés et l'hôpital refuse des malades. L'obus a ouvert ce ventre et la machine à couper ce bras. Les crimes des mères, les pleurs des enfants font retentir à nos oreilles l'affreuse mélodie de la douleur, toujours la même.
Le drapeau blanc flotte : c'est l'armistice, c'est la trêve, pour une heure et pour un jour, les mains se tendent, les faces se sourient, les lèvres bégaient des mot d'amitié : ricanements d'hypocrisie et de mensonges.
Bonne vie à toi, propriétaire ? qui me jettera sur le pavé de la ville sans t'occuper du froid ou de l'averse…
Bonne vie à toi patron ? qui me diminua ces jours derniers, parce que faiblissait mon corps après la dure maladie que je contractai à ton service…
Bonne vie, bonne vie à tous ! boulangers, épiciers, débitants qui enserriez ma misère de vos péages honteux et qui teniez commerce de chacun de mes besoins, de chacun de mes désirs.
Et bonne vie et bonne santé à tous, mâles et femelles, lâchés à travers la civilisation : bonne année à toi, l'ouvrier honnête ? à toi, maquereau régulier ? à toi, catalogué du mariage ? à toi, inscrit aux livres de police ? à vous tous dont chacun des gestes, chacun des pas est un geste et un pas contre ma liberté, contre mon individualité ?
Ah ! Ah ! bonne vie et bonne santé ?
Vous voulez des vœux, en voilà : que crève le propriétaire qui détient la place où j'étend mes membres et qui me vend l'air que je respire !
Que crève le patron qui, de longues heures, fait passer la charrue de ses exigences sur le champ de mon corps.
Que crèvent ces loups âpres à la curée qui prélèvent la dîme sur mon coucher, mon repos, mes besoins, trompant mon esprit et empoisonnant mon corps !
Que crèvent les catalogués de tous sexes avec qui les désirs humains ne se satisfont que contre promesses, fidélités, argent ou platitudes !
Que crève l'officier qui commande le meurtre et le soldat qui lui obéit ; que crève le député qui fait la loi et l'électeur qui fait le député !
Que crève le riche qui s'accapare une si large part du butin social ! mais que crève surtout l'imbécile qui prépare sa pâtée.
Ah ! Ah ! C'est le jour de l'an !
Regardez autour de vous. Vous sentez plus vivant que jamais le mensonge social. Le plus simple d'entre vous devine partout l'hypocrisie gluante des rapports sociaux. Le faux apparaît à tout pas. Ce jour-là, c'est la répétition de tous les autres jours de l'an. La vie actuelle n'est faite que de mensonge et de leurre. Les hommes sont en perpétuelle bataille. Les pauvres se baladent du sourire de la concierge au rictus du bistrot et les riches de l'obséquiosité du laquais aux flatteries de la courtisane. Face glabres et masques de joie.
La caresse de la putain a comme équivalent le sourire de la femme mariée. Et la défense du maquereau est pareille à la protection de l'époux. Truquages et intérêts.
Pour que nous puissions chanter la vie, un jour, en toute vérité, il faut, disons-le bien hautement, laisser le convenu et faire un âpre souhait :
que crève le vieux monde avec son hypocrisie, sa morale, ses préjugés qui empoisonnent l'air et empêchent de respirer. Que les hommes décident tout à coup de dire ce qu'ils pensent.
Faisons un jour de l'an où l'on ne se fera pas de vœux et de souhaits mensongers, mais où, au contraire, on videra sa pensée à la face de tous.
Ce jour-là, les hommes comprendront qu'il n'est véritablement pas possible de vivre dans une pareille atmosphère de lutte et d'antagonismes.
Ils chercheront à vivre d'autre façon. Ils voudront connaître les idées, les choses et les hommes qui les empêchent de venir à plus de bonheur.
La propriété, la patrie, les dieux, l'honneur courront risque d'être jetés à l'égout avec ceux qui vivent de ces puanteurs. Et sera universel ce souhait qui semble si méchant et qui est pourtant rempli de douceur : que crève le vieux monde !
Albert Libertad dans L'anarchie, 27 décembre 1906. |
|   Le Monde libertaire éditorial du hors-série n°43Le Monde libertaire hors-série n°43 (22 décembre 2011-22 février 2012)
Le numéro hors série d'hiver est maintenant chez votre marchand de journaux. Il comporte un long dossier sur le mouvement des Indignés, au sens large, ici et ailleurs. Lisez-le, faites-le lire, et soutenez la presse libre et anarchiste en vous abonnant au Monde libertaire ! Notre hebdomadaire, comme tous les ans à la même époque, observe une petite pause. Vous nous retrouverez le 12 janvier prochain. Bonne lecture, à bientôt, et vive l'anarchie !
L'article du Monde libertaire
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|   6e Salon du livre libertaire (11-13 mai 2012)Le Monde libertaire hors-série n°43 (22 décembre 2011-22 février 2012)
Lire, c'est réfléchir, c'est prendre du plaisir, c'est déjà désobéir
Depuis le début des années quatre-vingt-dix, des dizaines de maisons d'éditions, de revues se revendiquant de « l'esprit libertaire » ont vu le jour. Ces structures, majoritairement sans salariés, proposent aujourd'hui plusieurs centaines de titres allant de la brochure à l'ouvrage de plusieurs centaines de pages. Les sujets portent autant sur les grands classiques de l'anarchisme et l'histoire des libertaires que sur les sujets d'actualité. Aujourd'hui, l'édition libertaire n'est plus uniquement cantonnée aux rares lieux spécialisés, librairies de quartier ou grandes surfaces proposent un rayon « rouge & noir » souvent fourni.
Petite histoire d'un « grand » rendez-vous
Au début, la difficulté principale de ces éditeurs était avant tout de rencontrer les lecteurs. Peu de librairies « libertaires », même à Paris, une diffusion plus qu'artisanale dans les autres librairies, pas de rencontres physiques possibles. Il a fallu un peu de hasard et la volonté de quelques-uns pour que naisse le premier Salon du livre libertaire parisien : un lieu – La Parole errante chez Armand Gatti à Montreuil –, des militants locaux motivés, le collectif libertaire (unitaire) de Montreuil, un support organisationnel – la Librairie Publico (145, rue Amelot, 75011 Paris). Les locations de stands étaient symboliques… et les débats déjà animés. Ce fut un succès inespéré : entre 1 500 et 2 000 personnes. Nous avons dû attendre 2003 et le Forum social libertaire à Saint-Ouen, pour accéder au deuxième Salon du livre anarchiste. Plusieurs dizaines d'éditeurs présents, plusieurs centaines d'organisateurs proposent un des plus grands évènements libertaires depuis 1968 : trois jours de débats dans quatre salles en parallèle, 600 m2 de stands, des expositions, du cinéma, des manifestations diverses, avec restaurant et crèche autogérés, et Radio libertaire qui retransmet l'ensemble sur place. Plus de 6 000 participants. L'idée d'un Salon du livre libertaire parisien était définitivement adoptée. D'autant qu'en province et en Europe, les mêmes initiatives rencontrèrent aussi un grand succès. En 2006, nous avons organisé un Salon du livre libertaire et des médias libres sur 1 500 m2 à l'Espace Condorcet de la Cité des sciences et de l'industrie de la porte de la Villette à Paris. Durant deux jours, nous avons reçu entre 4 000 et 5 000 visiteurs. En 2008 et 2010, nous avons pu nous retrouver dans le superbe espace d'animations des Blancs-Manteaux, en plein cœur du Marais. Soixante-neuf éditeurs étaient présents et cent-huit auteurs furent des nôtres, sans compter les animations improvisées, les débats sur place et retransmis par Radio libertaire. Il convient de signaler que toutes les interventions humaines, pour ces expériences, furent totalement bénévoles, que ce soit les organisateurs ou les auteurs.
L'édition 2012 ? Des nouveautés !
Dans la lignée des deux éditions précédentes, ce salon se tiendra à l'espace d'animation des Blancs Manteaux, dans le 4e arrondissement de Paris. Nous attendons au moins autant d'éditeurs et d'auteurs que les années précédentes. Cette année, le salon ouvrira ses portes dès le vendredi 11 mai, 14 h 00. Par ailleurs, nous avons invité nos compagnons suisses (francophones, alémaniques ou italophones) à venir présenter leur production éditoriale. Ce sera aussi l'occasion de découvrir le programme de la Conférence internationale de Saint-Imier qui se tiendra en août 2012 dans le Jura suisse : conférences, ateliers, expositions, salon, concerts, etc. Autre nouveauté, la création d'un espace livres neufs à prix cassés. Plus de vingt heures de débats (répartis sur trois jours) sont prévues : Idées reçues sur l'anarchisme ; L'alternative anarchiste en actes ; L'éducation ; Faut-il s'indigner ou se révolter ? ; Décroissance et partage des richesses ; Avenir des médias libres ; Réinventer la grève générale ; etc. Enfin, Radio libertaire invite ses consœurs de Paris et de province à animer et diffuser directement depuis le salon des émissions en direct. Un studio est prévu à cet effet.
Wally Rosell
Informations
Vendredi 11 mai : 14 heures à 21 heures. Samedi 12 mai : 10 heures à 20 heures. Dimanche 13 mai : 10 heures à 16 heures. À l'espace d'animation des Blancs Manteaux, 48, rue Vieille-du-Temple, 75004 Paris. Métros Hôtel-de-Ville ou Saint-Paul. Entrée à prix libre. Bar et restauration légère. Pays invité : la Suisse. Radio libertaire (89,4 MHz) a invité ses collègues de Paris et de province à animer trois jours d'émissions en direct.
Pour contacter l'organisation : Salon du livre libertaire, 145, rue Amelot, 75011 Paris. Tél. : 01 48 05 34 08 Mail : livrelibertaire2012 (arobase) sfr.fr Site web : www.salonlivrelibertaire.radio-libertaire.org
L'article du Monde libertaire
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|   À propos d'indignation en terre espagnoleLe Monde libertaire hors-série n°43 (22 décembre 2011-22 février 2012)
Le mouvement des indignés, né le 15 mai 2011 à Madrid, a fait des émules dans le monde entier. Lui-même se revendiquait, dès ses débuts, du « printemps arabe » et, effectivement, on peut constater des points communs entre tous ces mouvements, tant en ce qui concerne leurs causes que leur fonctionnement. Par exemple, par rapport à la situation sociale en Tunisie, on pouvait voir également en Espagne un nombre très élevé de jeunes diplômés sans emploi ni perspectives à brève échéance, de précaires ou de travailleurs et retraités aux revenus modestes. La méthode pour exprimer leur mécontentement a été la même, c'est-à-dire des rassemblements et des campements à caractère pacifique sur des places ou dans des lieux symboliques : place Tarhir au Caire, ou Puerta del Sol à Madrid. Le développement du mouvement en Espagne a ensuite emprunté une voie qui sera imitée un peu partout en Europe et ailleurs. Les indignés sont d'accord sur un certain nombre de points, à savoir un rejet des grands partis politiques, qu'ils soient au pouvoir ou dans l'opposition, ainsi que des organisations syndicales institutionnelles. La peur d'être récupérés par qui que ce soit est d'ailleurs une véritable obsession chez les indignés, même si on peut quand même affirmer qu'ils sont majoritairement de sensibilité « de gauche/écolo/libertaire » pour faire rapide. En conséquence de quoi, on constate, dans leur fonctionnement, une absence – voulue et revendiquée – de leader charismatique (ce qui perturbe les médias toujours friands de ce genre de personnages), une recherche inlassable du consensus, une tendance naturelle à l'auto-organisation pour tous les problèmes pratiques. Sur tous les campements, on a vu se créer immédiatement des commissions : action, activités, quartiers, informations, nationale, internationale, etc., ainsi que des groupes de travail : culture, éducation, politique, économie, environnement, féminisme, immigrés, social, etc. Ce mouvement des indignés espagnols (ou mouvement du 15M) n'est pas surgi sans raison : comme dans d'autres pays, la fameuse crise provoquée par les puissances financières a fait des ravages, notamment dans le secteur immobilier qui était le pilier de l'économie espagnole. Pour mesurer l'ampleur du phénomène, il suffit de comparer les différences entre états-Unis et Espagne. Aux états-Unis, l'augmentation vertigineuse des taux d'intérêt a mis à la rue des centaines de milliers de propriétaires dont les habitations hypothéquées ont été récupérées par les banques, qui ont ainsi soldé l'emprunt des particuliers. En Espagne, c'est pire : l'emprunteur dans l'impossibilité de payer les traites de son appartement se retrouve aussi à la rue, la banque récupère aussi le logement hypothéqué, mais la dette de l'emprunteur n'est pas effacée : il reste redevable de la moitié de son emprunt (plus les intérêts évidemment !). Quand on sait que 85 % des emprunts immobiliers en Espagne sont à taux variables (20 % en France), on imagine aisément le nombre de personnes touchées par l'explosion de la bulle immobilière, et on comprend pourquoi 3 millions et demi de logements sont actuellement vides là-bas. Pour se faire une idée de la dérive immobilière il faut savoir que jusqu'en 2007 on construisait 700 000 logements par an : plus que la France, l'Allemagne et l'Italie réunies !des croyances et des votes. Dans cette perspective, des organisations comme la CNT et la CGT espagnole rappellent inlassablement que la base de l'économie continue d'être malgré tout le travail, et qu'on ne pourra changer la société qu'en changeant radicalement le travail et la façon de travailler, en s'organisant à l'usine, aux champs, au cœur de l'entreprise, où que ce soit. Pour les sans-emploi, dans les quartiers, bref partout dans la société, dans les athénées et les associations libres de toutes sortes. ... Lire la suite de l'article du Monde libertaire... |
| |   Israël indignéLe Monde libertaire hors-série n°43 (22 décembre 2011-22 février 2012)
Israël contre Gaza, Israël et le mur, Israël et les territoires occupés, Israël contre le Fatah, Israël et les indignés, cherchez l'intrus ! C'est ce que nous nous sommes tous dit quand un beau matin ou plutôt un soir les tentes ont fleuri au beau milieu de Tel-Aviv, sur le plus grand boulevard de la capitale du pays. Mais que se passe-t-il donc que nous n'avons pas su voir ? La surprise a été totale aussi bien pour le pouvoir israélien que pour les antisionistes, les défenseurs de la cause palestinienne, que certainement pour la population israélienne elle même. En cherchant à comprendre les origines du phénomène j'ai été ramené à quelque chose de fort trivial, à une histoire de petit déjeuner.
Le fromage blanc et la tente
Juin 2011. Un débat fait rage dans le pays. Le prix de ce fromage blanc, le « cottage cheese », spécifique au petit déjeuner israélien vient de subir une hausse de prix déraisonnable. Un appel au boycott a été lancé sur Facebook par un internaute et recueille 100 000 signatures. Cela fera la une du plus grand quotidien national. Dans un pays soumis aux injonctions permanentes de type militaire, quelque chose se passe. Juillet 2011. Une jeune femme de 25 ans installe sa tente dans un square de Tel-Aviv, simultanément elle ouvre une page sur Facebook et elle invite tout ceux ou celles qui ont des problèmes de logement à la rejoindre. Le lendemain, le 15 une cinquantaine de tentes sont installées sur le boulevard Rothschild. Le 16 le syndicat des étudiants se joint aux occupants. Le 17 c'est le tour d'Hashomer Hatsair (La jeune garde), un mouvement de jeunesse sioniste de gauche de proclamer son soutien. Le 23 une manifestation de soutien rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes traverse la ville. Le lendemain un millier de personnes marche sur le parlement à Jérusalem ce qui force le Premier ministre à déclarer qu'il fera tout son possible pour régler ce problème de logement. Le 28 a lieu la première « marche des poussettes » rassemblant des milliers de parents qui protestent contre le coût trop élevé de l'éducation des enfants. Au cours du mois d'août le mouvement va s'étendre dans tout le pays. Des manifestants vont occuper des bâtiments vides et lancer un mouvement de squatt. Il y aura même une manifestation d'une centaine de militants d'extrême droite qui dénoncent la « dimension anarchiste de la protestation gauchiste contre la situation des logements ». Au début du mois de septembre le projet d'organiser une « marche du million » prend naissance. Un demi-million de manifestants vont parcourir Israël le 3 septembre dont plus de trois cent mille à Tel-Aviv. Trois jours après des fonctionnaires de la ville sont envoyés pour nettoyer le boulevard des tentes. Ils sont accueillis par des cris les accusant d'être des « nazis en uniforme de fonctionnaire ». Ce qui va donner lieu à des affrontements violents. Le 27 du même mois Netanyahou s'engage à présenter un plan de règlement du problème. Les tentes disparaîtront complètement le 3 octobre. Cela n'empêchera pas des dizaines de milliers de manifestants d'occuper les rues à la fin de ce même mois. Début août le Premier ministre avait chargé un expert, le professeur Manuel Trajtenberg, de former une commission et de présenter des solutions. Ce qui était pour lui une façon d'enterrer momentanément le problème. Car il avait sous la main d'autres idées pour détourner la rogne publique. Les « indignés », eux, avaient de leur côté formé une autre commission. ... Lire la suite de l'article du Monde libertaire... |
| |   Contre les Diafoirus de la délinquanceLe Monde libertaire hors-série n°43 (22 décembre 2011-22 février 2012)
Entretien avec le sociologue Laurent Mucchielli 1 et Valéry Rasplus 2.
La campagne présidentielle, qui s'avère sordide et d'une bassesse inouïe, sera notamment traversée par les déclamations outrancières des sbires du sarkozysme sécuritaire. Dans cet entretien, le sociologue Laurent Mucchielli analyse notamment le discours mensonger des pseudo-experts des questions de sécurité et de délinquance. Le comité de rédaction du Monde libertaire
Valéry Rasplus : Vos travaux portent essentiellement sur les phénomènes de délinquance, les politiques de sécurité, le droit et les institutions pénales. À partir de quel moment et pourquoi cette orientation thématique est venue dans votre parcours de sociologue ?
Laurent Muchielli : C'est difficile à dire avec certitude, c'est comme souvent un mélange de dispositions personnelles anciennes et de rencontres ou de hasards dans les relations sociales. Même si elles ne sont évidemment pas les seules, ces questions m'intéressaient depuis longtemps, au moins depuis mes premières années d'études à l'université. Ensuite, mon sujet de thèse m'y a ramené. Je travaillais alors sur l'histoire des sciences sociales au tournant du XIXe et du XXe siècles et il se trouve que la question du crime était déjà centrale à l'époque dans le débat public et dans le débat scientifique. J'ai ainsi organisé en 1994 mon premier colloque sur l'histoire des sciences du crime et j'ai publié dans la foulée mon premier livre (collectif) sur ce sujet. À cette occasion, j'ai rencontré les gens du Cesdip (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions sociales), le grand laboratoire français sur les questions pénales et nous avons bien accroché. Lorsque j'ai passé le concours d'entrée au CNRS, j'ai donc fait un projet qui prolongeait cette histoire des sciences du crime et j'ai demandé à être affecté au Cesdip. Et j'ai réussi le concours… J'ai ainsi passé plus de douze ans dans ce laboratoire francilien, avant de revenir dans ma région d'origine.
V.R. : Comment analysez-vous ce que l'on nomme « normes », « déviances », « délinquance » et « insécurité » ?
L.M. : En quelques mots, la base du travail de sociologue dans notre domaine consiste à définir le crime ou la délinquance comme résultant de trois choses : 1) l'existence de normes disant ce qui est crime et ce qui ne l'est pas, 2) l'existence de personnes transgressant ces normes (devenant donc délinquantes), 3) l'existence d'une « réaction sociale » à ces transgressions. En langage concret et simple, pour qu'il y ait crime, il faut : 1) qu'il y ait un interdit (et cela ouvre de grands horizons d'études historiques et sociologiques, car la production des interdits ne cesse d'évoluer) ; 2) qu'il y ait un ou plusieurs transgresseurs (et c'est un autre champ d'études, plutôt sociologiques et psychologiques) ; 3) que quelqu'un s'en aperçoive et qu'il se passe quelque chose ensuite (sinon le crime commis n'existe pas socialement). Quant à l'« insécurité », c'est tout à fait autre chose. Ce n'est pas un concept scientifique et ce n'est pas un ensemble de choses identifiables. C'est en réalité une notion de type politique et médiatique, qui ne réfère pas à des comportements précis, mais à des peurs. Du point de vue scientifique, nous pouvons en revanche parler du « sentiment d'insécurité » et l'étudier en tant que tel par des questionnaires et des entretiens. On y découvre alors que le premier facteur du sentiment d'insécurité n'est pas le fait d'avoir été victime de quelque chose. Le premier facteur est l'âge : les personnes âgées ont plus peur, même s'il ne leur est rien arrivé. Il ne s'agit donc pas en réalité d'une insécurité, mais bien plutôt d'une vulnérabilité, ce qui est très différent. Et c'est valable aussi pour les autres facteurs : le sexe des personnes interrogées, leur précarité socio-économique, le niveau de dégradations apparentes de leur quartier, le degré d'anonymat…
V.R. : Faites-vous une différence entre la sociologie de la délinquance et la criminologie ?
L.M. : Ce n'est pas moi qui fais une différence, ce sont nos institutions. En France, la sociologie est une discipline scientifique enseignée à l'université, on peut passer un doctorat en sociologie et être recruté comme enseignant en sociologie ou chercheur au CNRS en sociologie. Même chose en droit, en psychologie, en science politique, etc. Mais rien de tel avec la criminologie qui n'existe pas comme discipline scientifique. Dès lors c'est un peu comme « psychologue » il y a une vingtaine d'années avant que la profession ne soit mieux réglementée, n'importe qui peut s'autoproclamer aujourd'hui « criminologue », ça ne veut rien dire et surtout ça n'est la garantie d'aucune formation ni d'aucune compétence. Dans d'autres pays, la situation est tout à fait différente. Mais selon les pays, le contenu de ce qui est appelé criminologie est assez variable. Dans certains c'est une dominante juridique (beaucoup de droit pénal), dans d'autres c'est une dominante psychologique et enfin dans les pays anglo-saxons c'est le plus souvent une dominante sociologique.
V.R. : En quoi votre approche diffère-t-elle de criminologues comme Alain Bauer ou Xavier Raufer ?
L.M. : Ce n'est pas simplement mon « approche » qui diffère, c'est l'ensemble de mon métier qui n'a rien à voir. Encore une fois, il ne peut pas y avoir de « criminologues » en France puisqu'aucune instance universitaire et scientifique ne délivre ce titre. Les personnes qui accaparent ce titre sont en réalité des personnes extérieures au monde universitaire et scientifique, qui recherchent la légitimité que donne un titre et s'emparent donc de cette étiquette qui est en quelque sorte libre de droits… Alain Bauer et Xavier Raufer en sont les deux exemples les plus connus. Le premier est en réalité à l'origine un entrepreneur de sécurité privée qui a beaucoup investi le marché du conseil et du diagnostic local de sécurité. Le second est un ancien militant d'extrême droite reconverti dans l'analyse du terrorisme d'extrême gauche puis du terrorisme islamiste. Leur stratégie de légitimation universitaire est très forte, car ils ont trouvé des alliés, en particulier des éditeurs. La plupart de leurs livres sont en effet édités aux Presses universitaires de France et désormais aussi aux éditions du CNRS, ce qui est un comble ! Pour Xavier Raufer, je crois que personne n'est dupe. Le cas d'Alain Bauer est plus complexe. Il a du pouvoir, il est proche du président de la République, il dirige l'Observatoire national de la délinquance et il a désormais aussi un titre de type universitaire qui peut faire illusion. En effet, par décret du 25 mars 2009, Nicolas Sarkozy l'a directement nommé titulaire d'une « chaire de criminologie appliquée » au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Un fait du prince.
V.R. : L'interprétation et les résultats d'enquêtes statistiques portent souvent à polémique. Comment doit-on lire et interpréter les résultats statistiques liés à « l'insécurité » et aux « violences » ?
L.M. : Les questions de sécurité sont parmi les plus importantes dans les discours politiques et les rhétoriques électorales en France. Dans ces débats, que répercutent fortement les médias, les statistiques servent généralement d'arguments d'autorité. Elles sont convoquées pour prouver le bien-fondé de l'action d'un gouvernement, ou son échec selon ses opposants. Cela donne des « batailles de chiffres » auxquelles le citoyen ne comprend pas grand-chose, qui n'éclairent guère le débat public et surtout permettent rarement d'évaluer correctement tant l'état des problèmes que l'efficacité des politiques publiques. Pour interpréter correctement les choses, il faut au moins respecter ce que j'appellerais trois « règles d'or » de l'analyse statistique en sciences humaines : 1) on ne peut rien dire d'un chiffre si l'on ignore comment il a été fabriqué ; 2) un seul chiffre ne saurait permettre de décrire ni mesurer un phénomène social complexe ; 3) les chiffres ne « parlent pas d'eux-mêmes », c'est nous qui les faisons parler. En l'occurrence, le débat public est totalement biaisé par la naïveté avec laquelle les responsables politiques et les journalistes font semblant de croire que les statistiques de la police permettent de connaître les « chiffres de la délinquance ». En réalité, les statistiques de police mesurent les procédures faites par les policiers et les gendarmes. C'est un comptage d'actes administratifs. C'est bien entendu lié directement à l'activité délinquante, mais ça n'en est pas un baromètre précis, a fortiori lorsque le pouvoir politique vient truquer tout le système en obligeant les policiers et les gendarmes à produire les « bons chiffres », c'est-à-dire ceux qui sont conformes à la demande du ministre…
V.R. : Quelle est la part de la délinquance dans les « cités » par rapport à celle que l'on trouve dans d'autres espaces sociaux ? Et de quelle nature est-elle ?
L.M. : Il n'y a pas une délinquance, mais des délinquances. Dans les quartiers ghettoïsés, on trouve concentrés certains types de délinquance particuliers : les diverses infractions commises par les bandes de jeunes délinquants, les violences envers les institutions, les incendies de véhicules, les trafics de drogue. Cela s'explique de nombreux facteurs, en particulier l'ampleur du chômage qui fragilise le lien global avec le reste de la société, l'ampleur de l'échec scolaire qui précipite vers la délinquance de nombreux jeunes, l'ampleur des discriminations qui sont dénoncées moralement, mais qui demeurent quotidiennes dans la réalité et qui fragilisent elles aussi le lien global avec le reste de la société, le manque de ressources des familles pour faire face aux difficultés de leurs enfants, et d'autres facteurs encore. Mais tout cela ne signifie pas que la délinquance est une spécificité de ces quartiers. D'abord, il existe à l'autre opposé de l'échelle sociale une délinquance des puissants, une délinquance des élites qui est également forte et qui est autrement plus impunie. L'écroulement du contentieux de la délinquance économique et financière (et de la corruption) ces dernières années est l'indice d'un « deux poids, deux mesures » vertigineux en matière de lutte contre la délinquance. Ensuite, il existe des problèmes intrafamiliaux dans tous les milieux sociaux. Or c'est là, au sein de la famille, que se trament certaines des plus grandes violences psychologiques, physiques et sexuelles.
V.R. : Existe-t-il des populations plus « criminogènes » que d'autres et selon quels critères ?
L.M. : Non. Il existe des facteurs criminogènes si l'on veut, c'est-à-dire des facteurs habituels de délinquance (par exemple les violences intrafamiliales ou l'échec scolaire), ou encore des situations et des contextes criminogènes au sens où certains maximisent les risques quand d'autres les minimisent, mais il n'existe en aucun cas des « populations criminogènes » au sens où certains groupes de population auraient en soi et de manière générale une propension plus grande à commettre des infractions. Ceci est typiquement une représentation de sens commun ou bien un préjugé de type raciste.
V.R. : Pourrait-il exister des politiques de substitution à l'enfermement carcéral ?
L.M. : Mais il en existe déjà ! Il existe de nombreux types de centres d'accueil plus ou moins fermés pour les jeunes délinquants. Il existe aussi des formes de prises en charge médicales pour les malades mentaux. Il existe par ailleurs toute une batterie de peines de substitution ou d'alternatives à l'emprisonnement. Le problème est que, pour être efficaces, ces alternatives supposent la collaboration des collectivités territoriales voire de la société civile. Une peine de réparation ou de travail d'intérêt général, par exemple, suppose de trouver un lieu d'accueil pour effectuer la mesure, un encadrement technique et éducatif minimal, un peu de suivi et un peu d'évaluation à la fin. C'est un peu plus compliqué à organiser que d'expédier les gens en prison pour de courtes peines (ce qui est la majorité des peines de prison). Et pourtant toutes les études montrent que ce serait mieux du point de vue de la lutte contre la récidive.
V.R. : Pensez-vous que nous soyons dans un monde gouverné par un « totalitarisme de la sécurité » ?
L.M. : Non, pas encore, mais il existe une tendance assez évidente ! J'ai écrit un livre entier à ce sujet, avec d'autres collègues, en 2008, que j'ai appelé La Frénésie sécuritaire 3. Nous ne sommes pas encore sous le règne de « Big Brother », mais, tout de même, nous n'avons jamais été aussi bombardés de lois, de circulaires et de règlements divers édictant des interdits et des formatages en tous sens, nous n'avons jamais été aussi « fichés » et « tracés » de multiples manières (fichiers de police, fichiers de santé, fichiers sociaux, puces électroniques en tous genres, etc.), nous sommes de plus en plus vidéosurveillés et bientôt de plus en plus surveillés sur Internet, on nous promet partout la « tolérance zéro »… Par ailleurs, certains nous entretiennent presque quotidiennement dans la peur de l'« insécurité » de façon active (certains politiques) ou passive (les médias, leur traitement des faits divers, leurs pseudo-reportages incessants sur le crime, les policiers, etc.). Dès lors, cette prétendue « insécurité » légitimant les concessions croissantes que nous faisons à la sécurité au détriment de nos libertés, il est clair qu'il y a là une pente et une escalade potentiellement dangereuse et qu'il faut que nous restions bien éveillés.
V.R. : Quelles sont pour vous les questions les plus importantes, dans votre domaine, qu'il reste à traiter dans les années à venir ?
L.M. : La question est vaste, je ne prendrais que les trois premiers points qui me viennent à l'esprit, mais il y en a certainement d'autres. Premièrement, nous (chercheurs, universitaires) ne travaillons pas assez sur les délinquances en cols blancs. Pour schématiser, 99 % des travaux de recherches sont concentrés sur le public judiciarisé c'est-à-dire essentiellement les pauvres. Nous succombons ainsi à notre tour au tropisme général et aux mécanismes sociopolitiques fabriquant cette très forte inégalité. Deuxièmement, nous ne travaillons pas assez sur l'évaluation des dispositifs de traitement de la délinquance à tous les niveaux. C'est comme si nous nous interdisions d'avoir un avis sur l'action des professionnels, sur la performance des dispositifs, comme si l'évaluation des politiques publiques était un objet moins noble ou moins intéressant. Il faut dire que l'État n'y pousse guère, la culture de l'évaluation scientifique indépendante est faible en France dans les institutions publiques. Troisièmement, nous ne travaillons pas assez localement avec les collectivités territoriales qui sont largement désarmées face aux questions de délinquance, tant dans le diagnostic des problèmes que dans l'accompagnement et l'évaluation des politiques publiques. Or il y a là aussi de gros besoins et il serait important que le monde universitaire et scientifique, dans sa logique de service public, s'investisse dans un champ actuellement occupé uniquement par les entreprises privées de sécurité. C'est pourquoi, pour ma part, je viens de lancer à Aix-en-Provence un programme de recherches à l'échelle locale, que j'ai baptisé Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux (ORDCS), dans le but notamment d'offrir aux collectivités territoriales une aide scientifique au diagnostic et à l'évaluation.
1. Sociologue, directeur de recherches au CNRS, au Laboratoire méditerranéen de sociologie. Ses thèmes de recherche portent sur les délinquances, les institutions pénales (police, justice) et les politiques locales de sécurité et de prévention. Il anime le site « Délinquance, justice et autres questions de société » (www.laurent-mucchielli.org). 2. Essayiste et sociologue. Il anime le site « Le voyageur social » (http://valery-rasplus.blogs.nouvelobs.com). Le Monde libertaire remercie VR et LM de nous avoir permis de reprendre cet entretien. 3. L'Invention de la violence. Des peurs, des chiffres et des faits, Fayard, 2011. En vente à la Librairie du Monde libertaire.
L'article du Monde libertaire
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|   La dialectique de la pipe : qu'est devenu le sous-commandant Marcos ?Le Monde libertaire hors-série n°43 (22 décembre 2011-22 février 2012) La dialectique de la pipe : qu'est devenu le sous-commandant Marcos ? Certains l'ont dit mort. Mais, n'en déplaise aux médias et aux puissants du Mexique – et d'ailleurs – qui aimeraient lui voir le bec cloué, il n'en est rien. Il est vrai, toutefois, que le sous-commandant n'est plus très loquace, et ce depuis quelque temps déjà. Si les années suivant l'insurrection du 1er janvier 1994 ont vu fleurir le nombre de textes signés de la main de l'homme à la pipe – la plupart sous forme de communiqués –, force est de constater que, désormais, la prose du Sup se fait plus rare. En 2011, il ne nous aura gratifiés que de quatre lettres 1 qui, bien qu'initialement adressées au philosophe mexicain Luis Villoro, ont été rendues publiques. Cette correspondance conséquente (environ 120 000 signes) 2 s'inscrit dans un échange philosophique à propos du rapport entre l'éthique et la politique. Les habitués de la plume du Sup y ont sans nul doute retrouvé son style si particulier, habile mélange d'humour et d'acerbité, de théorie et d'événementiel, de poésie et de récit. Très accessibles, sans pour autant relever du simple slogan ou du tract, les quatre lettres de Marcos se lisent et se laissent entendre facilement. Et c'est tant mieux. Présenté comme un « va-et-vient d'idées », une énonciation de pensées « fragmentées comme notre réalité, [pouvant] suivre chacune leur chemin indépendant ou bien s'entrelacer comme une tresse », cet échange n'a pour autre vocation que « d'esquisser une ou plusieurs lignes de discussion de dialogue, de réflexion critique » et ne s'adresse qu'aux « esprits critiques, alertes et ouverts ». Dans le présent article, je me bornerais à faire écho aux points qui, abordés dans ces quatre lettres, m'ont paru essentiels. À l'occasion, j'y ajouterai quelques petits commentaires personnels, non dans l'espoir de recevoir à mon tour une lettre du sous-commandant, mais dans celui d'éventuellement susciter le débat au sein des colonnes de notre journal et de notre milieu politique sur ce sujet éminemment primordial. ... Lire la suite de l'article du Monde libertaire... |
| |   Les aidants sexuels : réponse au désir ou prostitution professionnalisée ?Le Monde libertaire hors-série n°43 (22 décembre 2011-22 février 2012)
Depuis quelques mois, les tenants de la proposition d'aidants sexuels multiplient leurs déclarations en faveur de services payants professionnalisés pour répondre aux besoins sexuels des personnes en situation de handicap. Je souhaite apporter ma réflexion de professionnelle de santé ayant une expérience depuis plus de trente-cinq ans auprès de personnes vulnérables. En premier lieu, j'essaierai d'apporter une définition à chacun des termes utilisés dans ce débat. Le vocabulaire n'est pas neutre. Il est construit par une société à un moment donné et il évolue en fonction des prises de conscience et des rapports de force. Il nous faut prendre en compte ces évolutions pour comprendre les enjeux actuels vis-à-vis des diverses revendications des personnes en situation de handicap. Recherchons ce que veut dire aider ou assister. Aider est issu du latin adjutare, de adjuvare ayant donné adjuvant ; adjuvant est défini par « médicament, traitement auxiliaire, destiné à renforcer ou à compléter la médication principale », ou bien « ce qui seconde l'action, la renforce ». Aider veut donc dire « appuyer en apportant son aide », « contribuer à l'action », « prêter son concours ». Quant à assister, il est emprunté au latin adsistere qui veut dire « se tenir auprès de, aider », composé de ad et sistere, forme redoublée de stare qui peut être rapprochée de « être ». Assister signifie en verbe transitif « aider, seconder quelqu'un dans ses fonctions, dans sa tâche, en se tenant auprès de lui ou à sa disposition », ou bien encore « remplacer (une personne frappée d'incapacité juridique) en intervenant dans les actes qui la concernent » et « aider par un don, un service ; mettre à disposition ce dont il a besoin ». Au-delà du sens premier d'aider, de ce qui précède, j'en retire que aider ou assister pourrait avoir une connotation de médicament, ou bien s'adresser à une personne frappée d'incapacité juridique. Dans cette notion de médicament, l'aide ou l'assistance sexuelle est dénuée de toute affectivité : j'administre une séance comme je donne un comprimé, à une heure déterminée pour la meilleure efficacité, comme certaines séances de masso-kinésithérapie doivent être programmées à certaines heures, indépendamment de l'émergence d'un désir qui ne se programme pas à heure fixe. Quant à l'incapacité juridique, seules certaines personnes handicapées pourraient en être frappées comme dans toute population, mais la très grande majorité des personnes ne sont que dans une situation de handicap, c'est-à-dire dans l'incapacité partielle (plus ou moins) d'interagir de manière optimale et satisfaisante avec l'environnement humain et/ou matériel, celui-ci étant le plus souvent inadapté aux possibilités de la personne. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il s'agit de restriction à la participation sociale et non pas de handicap attaché à la personne. La personne est d'abord une personne et qui, dans certaines situations, ne peut pleinement participer. Il n'existe pas d'identité de personnes handicapées, mais des personnes qui au hasard de la naissance ou de la vie peuvent présenter des limitations d'activité dans leur environnement social. Aujourd'hui, 10 % de la population des pays industrialisés est handicapée, 15 % de la population dans les pays pauvres. Il n'existe pas de groupe social homogène de personnes en situation de handicap : les restrictions de participation sont très diverses et nullement comparables entre un enfant avec autisme et une personne avec une cécité ou ayant perdu la commande volontaire de ses deux membres inférieurs, ou encore en perte d'autonomie car vieillissante. Chaque situation de handicap doit être appréhendée de manière singulière. Le handicap n'est pas un donné mais un construit, nous rappelle Charles Gardou, enseignant chercheur à l'université Lyon-2 et directeur du laboratoire « Situations de handicap, éducation, travail social ». La revendication exprimée par l'Association des paralysés de France (APF), portée fortement par Marcel Nuss (personne en situation de très grand handicap) et un groupe de pression qui les a rejoints, est la suivante : la sexualité est un droit pour tous, donc un droit pour toute personne en situation de handicap. De quelle sexualité alors s'agit-il ? De celle de chacun d'entre nous qui peut aller et venir, faire des rencontres, ressentir des émotions, des affects tels que le désir, la crainte, l'attente, le plaisir, jouer de la séduction, rechercher la jouissance, la sensualité, l'amour… ou bien de la séance tarifée, organisée, selon un horaire déterminé en fonction des contraintes de chacun, administrée avec un aidant ou un assistant qui va mettre son propre corps à disposition pour contribuer à l'action et prêter son concours à une prestation désaffectivée. « Les personnes en situation de handicap méritent mieux que cela », disait Yolaine Guignat, infirmière, lors d'un débat à la salle Olympe-de-Gouges pour les 30 ans de Radio libertaire. Que fait la société pour la citoyenneté de toutes les personnes ? Laissons la parole à Maudy Piot (Libération, 4 mai 2011), psychanalyste, privée de l'usage de ses yeux, présidente de Femmes pour le dire, femmes pour agir, association de femmes en situation de handicap : « Nous voulons que les personnes handicapées puissent sortir de chez elles, de leurs institutions, pour aller vers des lieux rendus accessibles, accessibles notamment aux rencontres, y compris aux rencontres amoureuses (restaurants, cinémas, boîtes de nuit, voyages, etc.). Faire venir à domicile ou en institution des « aidants » à heure fixe et rémunérés est la négation de ce mouvement qui veut aller vers l'extérieur. » La convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées ratifiée par l'Union européenne énonce dans l'article 23 concernant le respect du domicile et de la famille : « Les États parties prennent des mesures efficaces et appropriées pour éliminer la discrimination à l'égard des personnes handicapées dans tout ce qui a trait au mariage, à la famille, à la fonction parentale et aux relations personnelles, sur la base de l'égalité avec les autres et veillent à ce que : – soit reconnu à toutes les personnes handicapées, à partir de l'âge nubile, le droit de se marier et de fonder une famille sur la base du libre et plein consentement des futurs époux, – soit reconnu aux personnes handicapées le droit de décider librement et en toute connaissance de cause du nombre de leurs enfants et de l'espacement des naissances, ainsi que le droit d'avoir accès, de façon appropriée pour leur âge, à l'information et à l'éducation en matière de procréation et de planification familiale et à ce que les moyens nécessaires à l'exercice de ces droits leur soient fournis. » Au Danemark, aux Pays-Bas, en Suisse, en Allemagne, il est ainsi reconnu un droit à l'expérience intime pour les personnes handicapées. Par exemple, en Suisse romande, des professionnels de santé suivent une formation au sein de l'association Sexualité et Handicaps Pluriels (SEHP), pour devenir assistant sexuel. L'assistance sexuelle est définie ainsi : « Accompagner sensuellement et sexuellement les personnes en situation de handicap qui le désirent expressément. » Dans cette formation, il est stipulé que la pénétration, la fellation et les baisers ne doivent pas être pratiqués. Ailleurs, aux Pays-Bas, ces mêmes pratiques sont autorisées. En France, ce droit à la sensualité et à la sexualité reste tabou dans les institutions sanitaires et médico-sociales, et au-delà, comme si le corps de la personne handicapée, vulnérable, vieillissante ne pouvait exister que dans le cure, c'est-à-dire soigner, et jamais dans le care, prendre soin. Et pourtant les corps nus et dénudés sont objets de soins plusieurs fois par jour lors des activités d'hygiène corporelle et devraient convoquer attention et pudeur. Or, justement, ils sont parfois exposés au gré des toilettes, la porte ouverte, et ces situations frisent alors le viol de l'intimité et s'apparentent souvent à de la maltraitance. Aussi, des pratiques se font jour et cherchent aujourd'hui à être reconnues. Dans certains établissements, « on » fait venir des « parrains » et des « marraines » pour soulager les pulsions de résidents, épargnant ainsi aux professionnels de braver eux-mêmes les interdits. Depuis 2008, le Collectif handicap et sexualités (CHA), réunissant des associations de personnes handicapées, demande la mise en place de services d'assistance érotique et/ou sexuelle avec l'élaboration de référentiels métier, de compétences et de formation. Dès lors, se pose aussi la question de garantir le droit à l‘assistance sexuelle pour d'autres catégories de population à qui on dénie le droit à la sexualité : les personnes en prison du fait de l'enfermement dans les cellules, ou les personnes malades du fait des règlements hospitaliers, ou même les personnes esseulées du fait de la désocialisation. Ce nouveau métier serait exercé par des professionnels de santé. Or, d'une part, les professionnels de santé sont à 80 % des femmes et, d'autre part, la revendication d'assistance sexuelle est surtout portée par des hommes : ce qui conduit à proposer des services sexuels exercés par des femmes pour les besoins d'hommes. Une nouvelle fois, les qualités de générosité et de douceur des femmes en feraient un nouveau métier de services. Pour Claudine Legardinier, journaliste, dans un article paru dans Libération le 4 août 2009, « Assistance sexuelle pour handicapés ou prostitution ? » : « Une étape supplémentaire sera franchie. Le service domestique et le service soignant ne suffisant plus, le service sexuel viendra parachever le retour de la femme traditionnelle, oublieuse de soi, de sa propre sexualité, de ses propres désirs. On la paiera et elle aura la satisfaction, n'est-ce pas, de faire une bonne action. Pas de prostitution là-dedans, nous dit-on. Mais quoi, alors ? Comment appeler autrement un « service » rémunéré, comportant des actes sexuels ? Changer un nom suffirait-il à changer une réalité ? Faut-il rappeler que, dans les pays où ce « service » existe, il est considéré comme une forme de prostitution spécialisée ? Qu'il ne peut être mis en place qu'à la condition de dépénaliser certaines formes de proxénétisme. » La démarche de fournir un service sexuel rémunéré s'apparente à la prostitution. Elle risque en outre de stigmatiser davantage les personnes handicapées en créant un ghetto pour la vie intime. Aux personnes dites valides, le libre choix du partenaire (des partenaires), aux personnes handicapées, la seule proposition de service sexuel par une personne prostituée. Et le renforcement de l'assistanat qui « va toujours de la personne valide vers la personne handicapée, même en matière de sexualité », est-il écrit dans le rapport de Jean-François Chossy, ex-député UMP, rapport remis le 3 décembre à François Fillon, Premier ministre, à Roselyne Bachelot-Narquin, ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, et à Marie-Anne Montchamp, secrétaire d'État. Ce rapport intitulé « Évolution des mentalités et changement de regard de la société sur les personnes handicapées. Passer de la prise en charge… à la prise en compte » consacre quelques pages à la question de la sexualité des personnes handicapées. Il est évoqué : « Une relation monnayée risque de créer une frustration destructrice avec un fort risque de dépendance et d'attachement de la part de la personne handicapée vis-à-vis de cet accompagnant. » Comment échapper alors à cette offre charitable et généreuse de la société ? Pourquoi accepter que sensualité et sexualité soient réduites au seul corps alors qu'elles devraient pouvoir jouer sur toute la gamme du cœur, de la tête et du corps ? La prostitution génère de la violence contre les femmes et structure les relations interpersonnelles sur le modèle de la domination. Promouvoir que la prostitution puisse devenir un « métier de service » à l'égard de personnes vulnérables, au nom de la détresse – réelle – de quelques-uns, et de quelques-unes, c'est donner un bon filon à l'industrie du sexe, aux prostitueurs et aux marchands d'êtres humains. Le système prostitutionnel pourrait même se refaire une « virginité ». Pourquoi chercher à légiférer, à donner un cadre juridique pour encadrer un droit de chacun et chacune ? C'est le même refrain qui nous est seriné pour ouvrir les maisons closes. Encadrer juridiquement pour mieux contrôler ! Une fois de plus, c'est glisser sur la pente du contrôle social dénoncé en son temps par Michel Foucault. La France reste un pays abolitionniste des lois qui réglementaient la prostitution : refuser de réglementer, c'est ne pas encourager le développement de la prostitution. Créer un statut d'assistant sexuel, c'est ouvrir une brèche. Claudine Legardinier oppose un refus : « Nous refusons cette nouvelle dérive. Croit-on vraiment respecter les personnes handicapées en créant une loi spécifique qui aboutisse, non à résoudre leur légitime demande de liens affectifs et sexuels, leur besoin de reconnaissance en tant que citoyen(ne)s, mais à se débarrasser d'un problème douloureux en fabriquant une solution marchande ? » Il s'agit d'affirmer le principe de dignité et de respect dans une relation réciproque et non un mode mercantile. D'abord, la parole la plus intime doit pouvoir se déployer là où la personne le décidera et dans le format qu'elle voudra. C'est aussi permettre aux personnes de se connaître, de se découvrir et de découvrir sa propre intimité et sa fragilité, d'apprendre le plaisir du contact, l'utilisation des divers sens. Cela signifie que l'entourage – professionnels, parents, amis – doit pouvoir prodiguer une attention affective et sensuelle au quotidien : prenons l'exemple de la manipulation du corps ou du drap frais caressant la peau, ce sont des expériences sensorielles qui peuvent procurer du plaisir, expériences renouvelées ou non et avec le tiers que la personne handicapée choisit délibérément. Ce n'est pas en enfermant dans une relation tarifée et professionnalisée que la personne handicapée ouvrira son champ des possibles quant à ses relations amicales, sensuelles, sexuelles et amoureuses. C'est bien ce que dit Maudy Piot : commençons par sortir dans l'espace public et laissons venir les opportunités des rencontres. Alain Giami, directeur de recherche à l'Inserm, rappelle qu'une étude, parue dans la revue Alter en 2008, montrait que le fait de vivre en institution a un effet délétère sur la possibilité d'avoir un partenaire : à domicile les chances de nouer une relation sociosexuelle sont à peu près équivalentes à celles de la population en général, elles tombent à 20 % en institution. Dans la revue Actualités sociales hebdomadaires du 21 octobre 2011, il interroge aussi sur les motivations profondes des assistants sexuels. « On ne retient trop souvent que leurs discours humanistes, généreux, altruistes. Mais l'attirance pour des personnes handicapées ou mutilées est considérée par les instances scientifiques internationales comme une paraphilie », ce qui en psychiatrie est interprété comme de la perversion. Portons un autre regard sur le handicap et sur la sexualité afin de pouvoir « développer une conception positive de la sexualité en tant qu'élément fondamental à l'épanouissement des individus », comme le dit Alain Giami. Oui, les personnes handicapées, vulnérables ou vieillissantes ont des désirs et veulent faire respecter l'égalité des droits et des chances et s'impliquer pour exercer leur participation et leur citoyenneté.
Hélène Hernandez
Bibliographie
Chossy J.-F., Évolution des mentalités et changement de regard de la société sur les personnes handicapées. Passer de la prise en charge… à la prise en compte, Rapport à François Fillon, Premier ministre, novembre 2011. Gardou C., préface in Chossy J.-F., Évolution des mentalités et changement de regard de la société sur les personnes handicapées. Passer de la prise en charge… à la prise en compte, Rapport à François Fillon, Premier ministre, novembre 2011. Giami A., « L'assistance sexuelle ne résout pas le problème de la vie en institution », ASH, 21 octobre 2011, n° 2729. Hamonet C., Les Personnes handicapées, PUF, Que sais-je ?, 2010. Legardinier C., « Assistance sexuelle pour handicapés ou prostitution ? », Libération, 4 août 2009. Rey A., Dictionnaire culturel en langue française, Paris, Le Robert, 2005.
L'article du Monde libertaire
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|   L'AIT anti-autoritaire et la rupture avec le bakouninismeLe Monde libertaire hors-série n°43 (22 décembre 2011-22 février 2012)
En guise d'introduction
En août 2012 aura lieu une rencontre internationale à Saint-Imier, en Suisse, pour célébrer le 140e anniversaire du congrès de Saint-Imier qui a scellé la rupture avec une Association internationale des travailleurs que Marx, Engels et leurs amis avaient vidée de leur substance, et la naissance de l'Internationale dite « auti-autoritaire ». Le texte qui suit est le début d'un ouvrage que René Berthier a écrit pour la circonstance, et qui est destiné à rendre compte de cette partie de l'histoire du mouvement ouvrier international qui a trop longtemps été passée sous silence. Nous ne pouvons encore affirmer que l'ensemble du document passera sous forme de « feuilleton » dans Le Monde libertaire : nous n'en livrons ici que le début. Mais les lecteurs du journal peuvent tenter leur chance en allant sur le site de l'organisation de la rencontre : le « feuilleton » a des chances de s'y trouver prochainement. On verra ainsi que l'Internationale « anti-autoritaire » n'est pas une nouvelle internationale : le congrès de Saint-Imier ne fait que reprendre la suite de la numération des congrès précédents. C'est donc la même organisation. Ce ne sont pas les « anti-autoritaires » qui ont scissionné : c'est la bureaucratie dirigeante de l'AIT qui s'est auto-dissoute suite à la dénonciation unanime de toutes les fédérations de l'Internationale des décisions du congrès de La Haye tenu en septembre 1872. On apprendra que la tentative faite par les scissionnistes Marx et Engels de récupérer la direction de l'Internationale échoua de manière si magistrale qu'ils n'en publièrent même pas le compte rendu. On apprendra que malgré la propagande marxiste, il n'y eut jamais de fédération allemande de l'AIT, et que de l'aveu même du journal social-démocrate allemand, aucune cotisation ne fut famais versée. On apprendra que malgré les manœuvres bureaucratiques des dirigeants socialistes allemands contre Bakounine, James Guillaume et les anti-autoritaires, ces derniers tentèrent à plusieurs reprises d'opérer des rapprochements avec les socialistes allemands – tentatives que les dirigeants allemands traitèrent par le mépris. C'est donc à une « anti-histoire » de l'AIT que nous aurons affaire, une histoire qui va à contre-courant de tout ce qui a pu circuler jusqu'à présent, et que malheureusement les libertaires eux-mêmes ont parfois « avalée ». Mais on verra aussi que le travail de René Berthier est, également, dénué de complaisance envers le mouvement libertaire lui-même… En montrant, par exemple, que l'AIT anti-autoritaire ayant rompu avec les principes du bakouninisme, elle a peut-être précipté sa perte. La question de l'organisation du mouvement ouvrier s'est cristallisée dans ce qu'on a appelé le « débat » Marx-Bakounine, qui n'a jamais été un débat, en tout cas pas au sens où deux adversaires exposent loyalement leurs positions de manière contradictoire. Le « débat » Bakounine-Marx s'est soldé ainsi : Bakounine, James Guillaume, la Fédération jurassienne puis la presque totalité du mouvement ouvrier organisé de l'époque ont été exclus de l'Association internationale des travailleurs par Marx, Engels et leurs amis à la suite de manœuvres bureaucratiques qui sont un modèle du genre. Selon Georges Haupt, le refus de Marx d'engager le débat doctrinal avec Bakounine « est avant tout d'ordre tactique. Tout l'effort de Marx tend en effet à minimiser Bakounine, à dénier toute consistance théorique à son rival. Il refuse de reconnaître le système de pensée de Bakounine, non parce qu'il dénie sa consistance, comme il l'affirme péremptoirement, mais parce que Marx cherche ainsi à le discréditer et à le réduire aux dimensions de chef de secte et de conspirateur de type ancien 1 ». Les discours hagiographiques et dogmatiques des théoriciens marxistes et de ceux qui les répètent par cœur, sur les « glorieux dirigeants du prolétariat international », ont efficacement masqué la réalité. Une fois connue la réalité dans sa crudité, les théorisations qui en ont été faites apparaissent pour ce qu'elles sont : des impostures. La confrontation entre bakouninistes et marxistes dans l'Internationale prit, on l'oublie parfois, un caractère « institutionnel » à travers des interprétations divergentes des statuts. Ceux-ci affirment que « l'émancipation économique de la classe ouvrière est le grand but auquel tout mouvement politique doit être subordonné comme moyen ». Une telle rédaction convient tout à fait aux bakouniniens, mais pas à Marx, qui a pourtant rédigé le texte. Pendant les années qui vont suivre la création de l'Internationale, les bakouniniens vont s'accrocher à cette formulation, que Marx de son côté va tenter de modifier. Certes, l'Adresse inaugurale, rédigée également par Marx, affirme que « la conquête du pouvoir politique est donc devenue le premier devoir de la classe ouvrière » ; mais ce document n'a fait l'objet d'aucun vote. Pourtant, les marxistes vont considérer comme acquise la question de la conquête du pouvoir. L'Adresse inaugurale aura pour eux valeur statutaire alors même qu'elle n'est perçue par les militants de l'époque que l'expression du point de vue de son auteur. Le comité de rédaction du Monde libertaire
La rupture Marx-Bakounine
Vers 1860 la nécessité de constituer une organisation ouvrière internationale devient évidente à de nombreux militants. L'initiative de créer cette organisation revient à deux groupes d'ouvriers impliqués dans les luttes dans leurs pays respectifs : un groupe de dirigeants syndicalistes anglais et un groupe de mutuellistes proudhoniens français. Les Anglais. La classe ouvrière anglaise était puissamment organisée sur le plan syndical. En 1859, une grande grève des ouvriers du bâtiment de Londres avait confronté les dirigeants syndicaux à la nécessité pratique de la solidarité avec le mouvement ouvrier du continent pour empêcher l'embauche des briseurs de grève. Les Français. Le mouvement ouvrier français avait subi une féroce répression après la révolution de 1848 et l'instauration du régime impérial de Napoléon III. En 1861 a lieu une retentissante grève des typographes parisiens. Une nouvelle génération de militants était apparue, influencée par les thèses proudhoniennes et préconisant l'association ouvrière, l'organisation de coopératives, le crédit mutuel 2. En 1862, à l'occasion de l'exposition universelle de Londres, une délégation de 340 ouvriers français se rend dans la capitale britannique et noue des relations avec des syndicalistes anglais afin d'examiner les progrès économiques et techniques accomplis au cours des années écoulées. Les travailleurs anglais profitent de l'occasion pour proposer un rapprochement avec leurs camarades français. Des relations suivies s'établissent dès lors des deux côtés de la Manche. Les ouvriers français sont émerveillés par le niveau d'organisation de leurs camarades d'outre-Manche. En 1863, les syndicalistes anglais invitent leurs camarades français à l'occasion d'une manifestation en faveur de l'indépendance de la Pologne. De grands meetings sont organisés. À la même époque, les travailleurs allemands s'organisent autour de Ferdinand Lassalle, un chef énergique. Les ouvriers italiens tentent de s'unir. En 1863, Garibaldi avait été reçu avec enthousiasme par les trade-unionistes britanniques. Il y avait donc alors une réelle effervescence en Europe. Le 22 juillet 1864, un meeting réunit les principaux dirigeants syndicaux de Londres et six ouvriers français. Le lendemain, les Anglais accueillent les Français dans une réunion restreinte où sont jetées les bases d'une entente. L'Association internationale des travailleurs est définitivement constituée au cours d'un voyage que Tolain et Perrachon, accompagnés du Limousin Passementier, font à Londres en septembre 1864. Le 29 septembre 1864, lors d'une réunion à Saint Martin's Hall, l'AIT est constituée officiellement. Le projet français de créer des sections en Europe reliées par un comité central, qu'on nommera Conseil général, est approuvé. Citant un des signataires du Manifeste des Soixante, James Guillaume écrit avec quelque raison que l'Internationale fut « un enfant né dans les ateliers de Paris et mis en nourrice à Londres 3 ». L'Anglais Odger est nommé président du Conseil général. La nouvelle organisation, essentiellement franco-anglaise, intègre cependant des émigrés polonais, allemands, italiens. Un comité provisoire, auquel se joint Marx, Jung, Eccarius, est chargé de rédiger les statuts de l'organisation. Contrairement au discours hagiographique des historiens officiels du marxisme, l'Internationale ne fut en rien une création de Marx, qui resta totalement étranger aux travaux préparatoires qui eurent lieu entre 1862 et 1864. « Il s'est joint à l'Internationale au moment où l'initiative des ouvriers anglais et français venait de la créer. Comme le coucou, il est venu pondre son œuf dans un nid qui n'était pas le sien. Son dessein a été, dès le premier jour, de faire de la grande organisation ouvrière l'instrument de ses vues personnelles 4. » L'ouvrage dans lequel J. Guillaume émet cette opinion a été publié longtemps après la mort de Marx, et sans doute la rancœur consécutive à l'exclusion de l'auteur à la suite des manœuvres bureaucratiques de Marx ne contribue-t-elle pas à atténuer l'expression de sa pensée. Il reste que l'image du coucou n'est pas fausse. La structure mise en place dans l'Internationale est celle d'une association ouvrière de type syndical. Un Conseil général établit « des relations entre les différentes associations ouvrières de telle sorte que les ouvriers de chaque pays soient constamment au courant des mouvements de leur classe dans les autres pays ». Cette phrase est importante car c'est autour d'elle que vont se cristalliser rapidement les divergences entre partisans de Marx et partisans de Bakounine sur la fonction du Conseil général. On retrouvera alors l'opposition entre centralisation et fédéralisme. à côté du Conseil général doivent se constituer des sections ouvrières locales et des fédérations nationales. L'AIT tiendra des congrès annuels souverains. Le mouvement des Trade Unions refuse d'adhérer. Très vite apparaîtront sur le continent des sections en France, en Belgique, en Suisse, en Espagne, en Italie, en Hollande. L'Internationale avait des statuts provisoires qui devaient être ratifiés par son premier congrès, qui devait se tenir en 1865 en Belgique. Ce congrès ne se tint pas et fut remplacé par une conférence qui rassembla Varlin, de Paepe, Jung, Eccarius, Dupleix, Becker, Odger, Marx et quelques autres. Le premier congrès de l'Internationale eut lieu du 3 au 8 septembre 1866, à Genève. Marx est absent 5, Bakounine n'est pas encore membre. Soixante délégués représentant des sections d'Angleterre, de France, d'Allemagne et de Suisse assistent à ce congrès, présidé par un Hermann Jung, un horloger de Saint-Imier vivant à Londres. Pierre Coullery – un « humanitaire néo-chrétien » selon L. Lorwin 6, était l'un des secrétaires du congrès. Coullery et Jules Vuilleumier représentaient la section de La Chaux-de-Fonds, James Guillaume celle du Locle et Adhémar Schwitzguébel celle de Sonvillier. Ce premier congrès fut assez confus, mais il adopta notamment la résolution en faveur de la journée de huit heures, une résolution pour des lois internationales protégeant les femmes et les enfants et pour l'abolition du travail de nuit pour les femmes. Le congrès se prononça pour la suppression du salariat. Il adopta les statuts rédigés par Marx, assez vagues pour permettre à tout travailleur d'adhérer. Ne figure pas l'article que Marx fera ajouter en 1872 sur la conquête du pouvoir politique. Plus tard, Bakounine se référera en ces termes au congrès de Genève : « L'association internationale des travailleurs a une loi fondamentale à laquelle chaque section et chaque membre doivent se soumettre, sous peine d'exclusion. Cette loi est exposée dans les statuts généraux, proposés en 1866 par le conseil général de l'association au congrès de Genève, discutés et unanimement acclamés par ce congrès, enfin définitivement sanctionnés par l'acceptation unanime des sections de tous les pays. C'est donc la loi fondamentale de notre grande association. Les considérants qui se trouvent à la tête des statuts généraux définissent clairement le principe et le but de l'association internationale. Ils établissent avant tout : que l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes ; que les efforts des travailleurs doivent tendre à constituer pour tous les mêmes droits et les mêmes devoirs – c'est-à-dire l'égalité politique, économique et sociale ; que l'assujettissement des travailleurs au capital est la source de toute servitude politique, morale et matérielle ; que par cette raison l'émancipation économique des travailleurs est le grand but auquel doit être subordonné tout mouvement politique ; que l'émancipation des travailleurs n'est pas un problème simplement local ou national… mais international 7. » En réalité, il s'agit simplement des statuts de l'Internationale rédigés en 1864 par… Marx lui-même, entérinés par le congrès de Genève. Proudhon était mort l'année précédente et ce fut incontestablement sa doctrine qui prédomina à ce congrès et au suivant, à Lausanne (2-8 septembre 1867). Que ce soit au congrès de Genève ou à celui de Lausanne, les positions du Conseil général, c'est-à-dire de Marx, ne soulevèrent pas l'enthousiasme. En ces premières années, des idées extrêmement variées coexistaient et se confrontaient dans une atmosphère plutôt cordiale. Le programme de ce deuxième congrès était chargé : on recommanda la création de banques accordant des crédits gratuits aux travailleurs ; on préconisa la création de sociétés d'assurance mutuelle ; les sociétés de métiers furent invitées à créer, avec leurs fonds, des sociétés coopératives de production. La perspective de ce congrès fut la mise en œuvre de mesures concrètes et immédiates visant à émanciper la classe ouvrière. On vota des résolutions au sujet de l'enseignement gratuit, de l'impôt, de l'abolition des monopoles d'état, de l'établissement des libertés politiques et des écoles-ateliers. La discussion sur la propriété privée opposa Pierre Coullery, partisan de la propriété individuelle, au Belge César de Paepe favorable à la propriété collective, à laquelle allaient se rallier plus tard les internationalistes. Ce problème figurera à l'ordre du jour du troisième congrès de l'Internationale. C'est encore Proudhon qui domine à ce congrès, ce qui fait enrager Marx, qui écrit à Engels le 11 septembre 1867 : « Au prochain congrès de Bruxelles, je tordrai moi-même le cou à ces ânes de proudhoniens. J'ai préparé toute l'affaire de manière diplomatique et je n'ai pas voulu paraître personnellement avant que mon livre (le Capital) ne fût publié et que notre Internationale n'eût pris racine. Dans le rapport officiel du Conseil général (où, malgré tous leurs efforts, les bavards parisiens n'ont pu empêcher notre réélection), je ne manquerai pas de les fustiger comme il faut. » À plusieurs reprises dans cette lettre, Marx parle de « notre Internationale ». Le coucou commence à vouloir s'approprier le nid. C'est au congrès de Bruxelles, en 1868, que les choses commencent à changer. La question de l'instruction obligatoire et gratuite est posée, ainsi que celle de l'égalité des droits de la femme. Les mutualistes sont mis en minorité : ils s'opposaient à l'examen des problèmes politiques. Pour des hommes comme Varlin et César de Paepe, on ne peut écarter l'examen des problèmes politiques, mais ces problèmes doivent être abordés au sein de l'Internationale. D'importantes questions sociales figuraient à l'ordre du jour du congrès de Bruxelles. La grève fut considérée comme l'arme principale des ouvriers. Plusieurs participants préconisèrent l'établissement de cahiers du travail qui rappelaient les cahiers de doléances de 1789. Les délégués se déclarèrent en général partisans du régime de la propriété collective pour les biens immobiliers. C'est au congrès de Bâle (6-12 septembre 1869) que s'opère un véritable tournant. Bakounine est maintenant adhérent. Les proudhoniens de droite sont définitivement battus à la suite d'une alliance entre bakouniniens, blanquistes et marxistes. Ce quatrième congrès de l'Internationale prit position sur le régime de la propriété. Le Congrès de Bruxelles avait certes déjà traité de cette question, mais les partisans de la propriété privée, qui avaient été mis alors en minorité à Bruxelles, relancèrent le débat, affirmant que ce problème était complexe et qu'il n'avait pas été réglé. Après une discussion animée, le Congrès se déclara clairement collectiviste. La question de l'héritage était la seconde question à l'ordre du jour, sur laquelle eut lieu un affrontement. Cette question ne présentait sur le fond aucun intérêt, mais elle servit aux marxistes de prétexte pour compter les voix. Ceux-ci présentèrent un amendement à la résolution votée, qui est repoussé. On peut ainsi déterminer le poids respectif des différents courants à partir des voix qui se sont portées sur les amendements ou sur les motions : 63 % des délégués de l'AIT se regroupent sur des textes collectivistes « bakouniniens ». 31 % se regroupent sur des textes « marxistes ». 6 % maintiennent leurs convictions mutuellistes (proudhoniens). Le problème des caisses de résistance est, sans contredit, le plus important traité à Bâle. Chaque section fut invitée à en créer. On conseilla aux responsables de ces caisses de les fédérer en organisations régionales, nationales, internationales. En leur permettant de soutenir des grèves prolongées, ces caisses devaient permettre aux travailleurs de lutter contre la bourgeoisie. Des résolutions administratives furent votées à Bâle dont les délégués fédéralistes n'avaient pas évalué la portée, et qu'ils regrettèrent par la suite. Ces résolutions attribuaient au Conseil général le droit de refuser l'admission de nouvelles sociétés ou de les suspendre des sections – décisions qui devaient être soumises au congrès suivant il est vrai. James Guillaume écrit à ce sujet en 1872 : « Nous étions tous animés de la plus complète bienveillance à l'égard des hommes de Londres. Et notre confiance fut si aveugle que nous contribuâmes plus que personne à faire voter ces fameuses résolutions administratives qui allaient donner au Conseil général une autorité dont il a fait un si fâcheux usage. Leçon profitable, et qui nous a ouvert les yeux sur les vrais principes de l'organisation fédérative 8. » C'est au congrès de Bâle – Bakounine vient d'adhérer à l'Internationale – qu'apparaissent ouvertement les deux courants qui vont s'affronter. Ces courants existaient déjà à Bruxelles, mais ils sont maintenant clairement délimités. D'un côté il y a les Belges, la plupart des Français, les Espagnols et les Jurassiens qui se révèlent fédéralistes et révolutionnaires ; de l'autre il y a le Conseil général, les Allemands, une partie des Suisses qui sont centralistes et sociaux-démocrates. « Depuis le congrès de Bâle (septembre 1869), la coexistence dans l'Internationale de différentes conceptions, telles que celles des socialistes étatistes, collectivistes, anti-autoritaires et proudhoniens, et de tactiques diverses (action politique, abstentionnisme, syndicalisme, coopération, etc.), fut remplacée par des agressions des partis autoritaires et étatistes, dont les principaux centres étaient la Fabrique de Genève, le Parti socialiste allemand et le Conseil général de Londres 9. » La situation créée au congrès de Bâle est évidemment inacceptable pour Marx. C'est après ce congrès que commenceront les attaques systématiques et les plus violentes contre le révolutionnaire russe. « Ce russe, cela est clair, veut devenir le dictateur du mouvement ouvrier européen. Qu'il prenne garde à lui, sinon il sera excommunié », prophétise Marx dans une lettre à Engels datée du 27 juillet 1869. À quoi Engels répond le 30 juillet : « Le gros Bakounine est derrière tout cela, c'est évident. Si ce maudit Russe pense réellement se placer, par ses intrigues, à la tête du mouvement ouvrier, il est grand temps de le mettre hors d'état de nuire. » Après avoir voulu tordre le cou aux « ânes de proudhoniens », il faut maintenant excommunier Bakounine… Il est vrai que Marx et Engels avaient de quoi se méfier. Précédemment à son adhésion à l'Association internationale des travailleurs, Bakounine avait créé une organisation nommée Alliance internationale de la démocratie sociale, qui avait demandé son adhésion à l'Association internationale des travailleurs. L'adhésion avait été refusée par le Conseil général pour des raisons parfaitement légitimes, puisqu'elle se concevait elle-même à l'orgine comme une organisation internationale. Pour être en conformité avec les statuts de l'Internationale, l'Alliance se transforma en simple section de l'AIT. Sous cette condition, l'adhésion fut acceptée. Son rôle en tant que section de l'Internationale ne fut pas négligeable puisque c'est à son instigation que fut créée la fédération espagnole. Marx et Engels développeront, à propos de l'« Alliance » bakouninienne, une véritable obsession paranoïaque, lui attribuant les pires méfaits et la voyant derrière toutes les initiatives qui n'allaient pas dans le sens de leurs propres vues. Le fantôme de l'Alliance et de Bakounine se dressant derrière elle va littéralement hanter Marx et Engels. Franz Mehring, un historien et militant marxiste parfaitement orthodoxe, écrira dans sa biographie de Marx qu'il n'y avait rien qui puisse prouver les accusations de Marx et d'Engels contre Bakounine – ils n'auront pas entièrement tort, d'ailleurs.
1. Georges Haupt, Bakounine, combats et débats, Institut d'études slaves, 1979. 2. On attribue à Proudhon l'idée selon laquelle il était opposé aux grèves. Il dit simplement que les grèves ne peuvent résoudre sur le fond la question sociale. 3. James Guillaume : Karl Marx pangermaniste, p. 5. (Reprint from the collection of the University of Michigan Library.) 4. Ibid. 5. Marx n'assistera à aucun congrès de l'Internationale, sauf celui de La Haye constitué de délégués soigneusement sélectionnés par lui. 6. Lewis L. Lorwin, L'Internationalisme et la classe ouvrière (Labor and Internationalism), 2e édition, Gallimard, 1933. 7. « Le jugement de M. Coullery » juillet 1869, L'Égalité, 31 juillet 1869. 8. Mémoire de la Fédération jurassienne, p. 82. Cf. James Guillaume, L'Internationale documents et souvenirs, vol. I, p. 207. 9. M. Nettlau, « Les Origines de l'Internationale anti-autoritaire », article du Réveil du 16 septembre 1922.
René Berthier
L'article du Monde libertaire
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|   Mais où en est la révolution tunisienne ?Le Monde libertaire hors-série n°43 (22 décembre 2011-22 février 2012)
Il y a un an, le 17 décembre 2010, un jeune marchand ambulant de Sidi Bouzid, petite ville du centre ouest de la Tunisie, s'immolait en public après que sa marchandise eut été confisquée par la police, le laissant sans ressources. Immédiatement, un mouvement populaire et spontané de protestation allait se répandre à travers la Tunisie, conduisant moins d'un mois plus tard, le 14 janvier 2011, à la chute du président Ben Ali, et à sa fuite avec les membres de son clan mafieux. Ces événements déclenchaient alors à travers le monde un formidable élan d'enthousiasme et de sympathie, dans lequel se reconnurent nombre de ceux qui désespéraient de voir apparaître un mouvement social digne de ce nom. Et ils inspiraient d'autres pays arabes, comme l'Égypte, la Libye et la Syrie. Il n'est pas exagéré de dire que cet élan, s'il n'a pas disparu, est singulièrement retombé.
Élections libres, et après ?
La victoire du parti islamiste Enahda le 23 octobre dernier, lors des élections pour l'assemblée constituante, a sonné comme une fin de partie. Cependant, si on regarde plus attentivement les résultats de ces premières élections, c'est à une autre lecture qu'on est invité, différente de celle colportée par les médias : ce n'est pas accorder quitus à la farce électorale, mais tordre le cou à la propagande médiatique sur un supposé raz de marée. Les médias ont annoncé des chiffres de participation record (90 % !), ils ont montré les longues files d'attente devant les bureaux de vote (en grande partie liées à la complexité du vote par liste et aux procédures de contrôle), mais se sont bien abstenus de donner les chiffres réels. La campagne massive pour inciter les Tunisiens à s'inscrire sur les listes électorale s'est soldé par un semi-échec : 4 200 000 inscrits seulement, au point que l'instance chargée de superviser les élections a finalement ouvert ces élections à toute personne majeure avec carte d'identité… Sur 7 569 000 électeurs potentiels, il y a eu 3 702 627 votants, soit une participation de 48,9 % : donc 51,1 % d'abstentionnistes ! Le chiffre de 90 % de participation ne prenait en compte que les inscrits sur les listes électorales, et non ceux qui étaient autorisés a voter… La propagande très active pour la participation aux élections, à laquelle se sont joints les mosquées dans les prêches des imams et le syndicat UGTT, qui a interdit les grèves pendant la campagne officielle, n'a pas empêcher les abstentionnistes d'arriver largement en tête ! L'apolitisme, le désintérêt mais aussi la méfiance peuvent expliquer ce taux d'abstention, dans un pays où les élections ont toujours été truquées. Le parti Enahda recueille 38,5 % des suffrages, qui représentent 18,8 % du corps électoral : du fait du système de semi-proportionnelle adopté pour cette élection, ce résultat lui donne 41 % des sièges de l'assemblée constituante, soit 89 sièges sur 217. 35,1 % des voix se sont portées sur des petites listes qui n'ont pas atteint le seuil pour avoir des représentants élus (magie du système proportionnel et de la dispersion des listes…). À 3 % près presque autant que le nombre de voix d'Enahda… Tous ces chiffres sont disponibles sur le site internet de l'instance de supervision des élections tunisiennes. Pardon pour cette démonstration rébarbative, mais cela relativise ce fameux et fumeux raz de marée islamiste, vous ne trouvez pas ? Preuve s'il en était encore besoin de l'inanité du système électoral, et c'est à cette aune qu'on distribue les certificats de bonne conduite démocratique. Mais, au final, c'est bien Enahda qui se retrouve en position décisive, avec comme alliés deux partis laïques, le Congrès pour la République (CPR), de Moncef Marzouki, et le parti Ettatakol de Mustapha Ben Jaffar : je cite les noms car ces partis sont centrés sur leur dirigeants et se confondent avec eux dans l'esprit de nombreux Tunisiens. Malgré toutes les réserves, de taille, formulées ci-dessous, c'est un rejet de l'ancien système qui s'est exprimé dans ce vote, les gagnants étant considérés comme n'ayant pas transigé avec l'ancien régime, ni participé aux anciens gouvernements. Moncef Marzouki, qui il faut le reconnaître a eu une attitude exemplaire pendant la dictature (il a été l'un des rares opposants laïques de gauche à défendre les islamistes emprisonnés par Ben Ali), se retrouve président de la République, avec des prérogatives bien diminuées. Le poste de Premier ministre, aux compétences bien plus étendues que sous l'ancien régime, échoit à Hamadi Jebali, secrétaire général d'Enahda. Cependant, on a pu le voir dans le long intermède qui a séparé le résultat de l'élection de l'annonce de la composition du gouvernement, c'est la politique des compromis et des tractations, des jeux d'appareils et des négociations opaques, qui a occupé le devant de la scène politico-médiatique. ... Lire la suite de l'article du Monde libertaire... |
| |   Quand je serai riche, je me paierai un manteau en fourrure de chien d'aveugle : chronique lacunaire d'un monde à la renverseLe Monde libertaire hors-série n°43 (22 décembre 2011-22 février 2012)
Le barnum électoral au sein duquel s'exhibent l'UMP, le PS hollandiste et le FN atteint des sommets de ganacherie et d'indigence intellectuelle 1. L'UMP tente de masquer son impéritie et sa pathétique défense du libéralisme économique en singeant le FN, grâce notamment au ministre Guéant, à son affidé Arno Klarsfeld 2 et à son quarteron outrancier, la Droite populaire, ce ramassis de beaufs qui fleure bon la F-rance – tandis que le FN opère un tragique rapt idéologique en recueillant l'assentiment de ceux qui, face au libéralisme chaque jour plus méprisant et destructeur, se tournent pourtant vers une autre botte que celle qui les écrase déjà. Complices du terrorisme en col blanc, celui des Bourses et des salles de marché, des Standard Poor's, Moody's et Fitch Ratings 3, du milieu (au sens mafieux du terme) bancaire international, l'UMP (Union des maîtres prévaricateurs) et son chef ont entrepris, avec le concours diligent et inculte de la valetaille mass-médiatique, d'organiser une vaste opération de propagande en faveur : 1) des mesures économiques les plus hostiles à ceux qui sont déjà les victimes chroniques des multiples crises successives et cumulatives qui assaillent les peuples depuis quarante ans, depuis le premier choc pétrolier, moment inaugural de l'offensive néolibérale ; 2) de l'industrie électronucléaire, en ridiculisant systématiquement les projets énergétiques alternatifs. « Le retour à la bougie », voilà ce que prédit Sarkozy si le plan socialiste de sortie partielle du nucléaire – pourtant loin d'être radical – est adopté. Pour ce gouvernement, l'UMP, ses 170 000 militants et ses millions d'électeurs, les pauvres sont des fainéants et des fraudeurs, les malades des profiteurs cherchant à spolier la Sécurité sociale, sapant ainsi les fondements du « modèle social français ». Ces assertions à l'emporte-pièce, seraient-elles quelque peu édulcorées dans les discours officiels des dirigeants de ce pays, forment pourtant l'ossature idéologique des dominants. Un ministre, l'évanescent Wauquiez (actuellement en charge de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, après avoir été secrétaire d'État chargé de l'Emploi), celui qui déplorait en 2010 les « dérives de l'assistanat, […] cancer de la société française », vient de publier un livre « finement » intitulé La Lutte des classes moyennes. L'ironie de l'histoire est bel et bien un sport de riches… Cette métaphore odieuse du cancer social est le décalque d'une situation aberrante où un médecin, face à un cancéreux, lui dirait, avec une condescendance certaine : « Aide-toi et le ciel t'aidera » ou, dans une version moins spiritualiste et plus en phase avec la pensée du Medef : « Bouge-toi le cul, feignasse, et ton cancer guérira tout seul, car quand on veut on peut. » Le libéralisme est caractérisé par nombre d'économistes comme une imposture intellectuelle, où œuvrent des Diafoirus qui non seulement pratiquent les saignées de masse, mais encore inoculent des varioles et des pestes économiques aux peuples exsangues.
Bestiaire de la haine
Fiers du tas de fumier sur lequel le coq gaulois s'égosille, la volaille gouvernementale caquète (« Déficit des comptes publics ! Rigueur, rigueur ! Ce n'est pas en cassant le thermomètre [les agences de notation financière] qu'on règle les problèmes 4 »), les perroquets médiatiques radotent (idem), les gorets des beaux quartiers pérorent (idem). Les zélotes du Triple A mobilisent leurs généraux pour mener une guerre contre les classes populaire et moyenne, en leur affirmant que tout cela est pour leur bien, qu'il faut – enfin ! – faire des efforts, après tant d'années pendant lesquelles nous avons joué les cigales de la fable de La Fontaine, tandis que les industrieuses fourmis de l'UMP et du Medef – les sauveurs de la France odieusement contrariés par les grévistes et les adeptes de la secte du Code du travail – nous mettaient vainement en garde contre notre gabegie permanente, contre notre tendance à profiter grassement des minima sociaux, contre notre penchant suspect à vouloir réduire notre temps de travail – alors que la tendance mondiale est au zèle et à la docilité –, tout ce qui contribue à nous empêcher d'emboîter le pas à la marche triomphale de la libre entreprise chinoise qui, elle, n'éprouve pas ces ridicules pudeurs sociales d'un autre temps, grâce à la sublime alliance du libéralisme sauvage et d'un reliquat substantiel d'autoritarisme mao. Du plomb dans la tête pour les écervelés et des patates à l'eau pour toute la famille dès le 10 du mois, voilà à quoi cette énième crise va servir : à nous faire admettre que le monde est une arène sanguinaire de laquelle aucun Spartacus ne viendra nous extirper. Fort de ce constat, une proportion croissante des pauvres et de ceux qui redoutent leur paupérisation se coalise en un corps enlaidi, celui de la haine et du ressentiment, de la jalousie et de la trahison ; ils sont les nouveaux petits Blancs effrayés par l'Autre – Arabe, musulman, Rom, Africain, etc. – qui les hante, qui les prive de la protection de l'État et qui vole leur emploi. Et c'est ainsi que les chiens mangent des chiens 5. Pendant ce temps, les exploiteurs inventent de nouvelles conditions de l'exploitation d'autrui, s'exonèrent de leurs responsabilités dans les désastres sociaux et écologiques. Ils envoient les troupes au casse-pipe économique et s'engraissent à l'arrière. Pendant ce temps, les nantis jouissent. De leur richesse. De leur pouvoir de nuire au plus grand nombre. De la facilité avec laquelle les peuples sont à leur merci. De la rapidité avec laquelle ils peuvent l'endoctriner et en faire des pantins racistes, pour les détourner des colères légitimes, celles qui rendraient vacillantes leur hégémonie et leur puissance. Ils jouissent encore de leur insensibilité aux règles communes qui, dans notre sacro-sainte « démocratie parlementeuse », sont censées être appliquées à tous, indifféremment. Nous connaissons cette fable, nous ne sommes pas dupes et il ne s'agit pas dans ces lignes de s'en étonner outre mesure. Il s'agit – sur un mode amèrement ironique – de suggérer que l'indignation « à la Hessel » telle qu'exposée dans un étique bréviaire est un préalable somme toute évident et non pas une fin en soi 6. Il s'agit aussi, avec affliction et dépit, de se révolter contre le coup d'état mental du FN, contre sa force d'attraction. De poser la question cruciale de la propension fatale d'un trop grand nombre d'asservis à désigner à leur propre vindicte ceux qui sont plus faibles, plus fragiles, plus vulnérables qu'eux-mêmes, au lieu de se saisir de moments historiques comme ceux que nous vivons pour unir toutes les forces de tous les démunis, seul moyen de lutter contre l'amplification d'une guerre de classes ourdie par ces loups qui nous jettent au bas de la falaise, aidés par l'instinct grégaire de trop nombreux lemmings humains. Le mot d'ordre « travail, famille, patrie » est constitutif de l'idéologie du FN, il est son principe vital, toujours présent, au gré de la fluctuation des discours liée aux circonstances historiques et aux enjeux électoraux. Gageons que ce n'est malheureusement pas seulement le désarroi et le dénuement qui expliquent le tropisme d'une partie de la classe populaire vers une organisation si particulière – ce qui serait un pari anthropologique totalement exagéré et délétère –, mais aussi, surtout, une adhésion tacite, indistincte sans doute, à ce mot d'ordre rassurant, justement en ce qu'il est promesse d'ordre et de prévisibilité. L'intangible, voilà à quoi aspirent les frontistes de conviction tout comme leurs électeurs erratiques. Un emploi offert par un patron paternaliste, sévère mais juste (Travail), des chrétiens blancs hétérosexuels (Famille), dans une nation dotée d'un chef héritier de Charles Martel (Patrie), tel est le triptyque réactionnaire auquel se raccrochent tacitement les liquidateurs de leur propre destin. Ce que l'actuelle séquence historique montre avec une nouvelle acuité, c'est, d'une part, la formidable puissance de la propagande bourgeoise capable de manipuler une partie substantielle de la classe dominée en la rendant complice et bourreau de son propre châtiment, et,d'autre part, la désespérante inertie de celle-ci face à ces opérations de manipulation. La raison et l'esprit de solidarité sont ainsi bafoués. Pourquoi cette tentation du racisme, jamais évacuée, et non pas l'émergence d'une conscience de classe dûment assumée, telle qu'elle donnerait lieu – enfin – à un élan véritablement révolutionnaire, à savoir la pleine et entière fraternité des dominés, rassemblés et unis dans la perspective de la mise en déroute de ceux qui les étouffent ? Question peut-être naïve – quoique essentielle – et sans doute moins naïve que l'antienne usante selon laquelle le capitalisme est la cause de ces errements funestes.
« Fuck the people ! »
Durant les années 2000, le patron d'une entreprise de prothèses mammaires du Var (Poly Implant Prothèse, PIP), trouvant l'époque insuffisamment amène pour son boursicotage et soucieux de son confort de futur rentier, décida de fabriquer des prothèses mammaires avec du gel de silicone industriel à la place du produit médical agréé, forcément plus cher. Environ 40 000 femmes ont reçu des implants PIP, certaines par souci esthétique, d'autres après une mammectomie consécutive à un cancer du sein (20 % des cas d'implantation). L'une de ces patientes vient de mourir d'un cancer provoqué par ce silicone frelaté. Cancéreuse, sauvée par un acte chirurgical extrêmement pénible rendant nécessaire une chirurgie réparatrice du sein, la malchance la poursuit encore, et sa trajectoire rencontre celle du sordide escroc. L'ironie de la vie est un sport à haut risque. (Qu'en pense Wauquiez, avec son « cancer de la société française » ?) Cet épisode, vite passé à la trappe des médias, après celui de l'affaire du Médiator, a une histoire. En mars 2010, cette entreprise avait été mise en liquidation judiciaire pour fraude, 120 employés furent dépossédés de leur travail. Le personnel de l'usine avait alors menacé de la faire sauter si les pouvoirs publics n'intervenaient pas pour les prémunir du pire. L'usine n'a pas sauté, des salariés sont sur le carreau, une femme est morte de son second cancer, des milliers d'autres vivent dans l'angoisse…
Quand je serai grand…
Alors, quand je serai grand, je serai patron d'une multinationale pharmaceutique, car la maladie est une valeur sûre, et il y a plein de fric à se faire, de surcroît en se donnant des airs de sauveur de l'humanité. Peut-être aurai-je la Légion d'honneur, en même temps que le petit-fils de Johnny Hallyday ou un marchand d'armes, dont les résultats « à l'export », comme on dit dans les pages saumon du Figaro, auront été mirobolants – penser à la balance commerciale est un devoir civique. Ou bien serai-je patron d'un groupe transnational de semences agricoles (elles seront à cette époque toutes transgéniques), car j'ai bien aimé ce que mes devanciers ont obtenu en novembre 2011 : les députés de droite leur ont accordé que les agriculteurs s'acquittent d'une taxe auprès des industries semencières sur les semences destinées à être replantées pour les prochaines récoltes, alors que jusqu'à présent les paysans ressemaient librement avec des graines qu'ils sélectionnaient eux-mêmes (ce qu'on appelle les semences de ferme), entretenant de la sorte un semblant de biodiversité. Cette taxe a un joli nom : « contribution volontaire obligatoire ». Un bel oxymore technocratique. La raison de cette taxe ? « Relancer la recherche agricole en France », selon le sénateur UMP porteur du projet de loi. Autant dire ensemencer avec du bel argent frais les caisses des multinationales de l'agrobizness (Bayer, Limagrain, Monsanto, Pioneer, Vilmorin, Syngenta, etc.), lesquelles ont pour but ultime l'utilisation généralisée d'hybrides stériles et d'OGM agricoles, moyen radical de transformer une fois pour toutes l'agriculture en un système de néoservage. La FNSEA approuve – c'est ce qui s'appelle se faire UMPéiser jusqu'au trognon. Il faut dire que le président de la FNSEA, Xavier Beulin, dirige le groupe Sofiprotéol, actionnaire de semenciers français comme Limagrain. Le ministre de l'Agriculture devrait lui envoyer un tombereau de médailles du Mérite agricole. Si elles sont fabriquées en Chine, cela rendra dérisoire le prix du quintal de colifichets. Penser à la balance du commerce extérieur est un devoir civique. Cela dit, je viens de lire que les ouvriers d'une usine chinoise d'électronique se sont récemment mis en grève pour lutter… contre la délocalisation de leur usine, laquelle partirait au Vietnam, là où les salaires sont, d'un point de vue patronal, encore tout à fait décents. L'État policier chinois devrait y mettre bon ordre. Patron dans l'industrie de la santé (industrie pharmaceutique, cliniques privées, assurances privées, maisons de retraite médicalisées, etc.) est un métier d'avenir, disais-je. Mes collègues et amis des industries qui pendant des décennies ont abondamment utilisé l'amiante, sans prendre aucune précaution pour protéger les ouvriers, et ce en toute connaissance de cause, créant ainsi une catastrophe sanitaire, sont des bienfaiteurs de notre bizness : la prise en charge du cancer de la plèvre (ou mésothéliome pleural, principale affection due aux poussières d'amiante, pouvant se déclencher jusqu'à quarante après l'exposition au pathogène) est d'un onéreux, mes aïeux, je vous raconte pas ! Prise en charge via la Sécurité sociale, payée par les prolos qu'on fait crever à petit feu ! C'est beau quand même, la République française ! Vivement la retraite à 67 ans pour ces bourricots ! Quant à mes amis juristes et détenteurs de l'ordre judiciaire, ils m'ont bien fait rire avec leur dernière facétie : après une décision de la cour d'appel de Douai, le Fonds d'indemnisation des victimes de l'amiante, pourtant organisme lié à la Sécu, a obtenu que 300 personnes remboursent une partie de ce qu'ils avaient perçu au titre d'une indemnisation relative à leur statut de victimes de l'amiante (soit entre 5 000 et 15 000 euros, selon les cas). Certains d'entre eux sont déjà morts et on réclame aux veuves, par voie d'huissier, les sommes dues. L'ironie de l'histoire est un sport de bien-portants. (Qu'en pense Wauquiez, avec son « cancer de la société française » ?) 7
Ou alors, je serai…
Quand je serai grand, je serai intouchable, riche et tétraplégique, et je ferai rire et pleurer la France entière : l'argent ne fait pas le bonheur ; les riches et les pauvres s'entendraient s'ils laissaient leur cœur parler ; l'altruisme en hôtel particulier, c'est le pied (même quand on n'en a plus l'usage) ; un fauteuil roulant c'est bien, mais une Maserati c'est mieux. Ou alors je serai journaliste à la télé, avec la larme à l'œil automatique et la phrase toute faite, puisée dans la boite à outils du Centre de formation des journalistes, quand je devrai m'extasier, à l'unisson de millions de spectateurs, devant le film Intouchables, sans jamais oser penser qu'il serait peut-être utile de profiter du succès de cette guimauve pour parler, ne serait-ce que quelques minutes, de la tragédie des polyhandicapés, des familles harassées, du manque de structures d'accueil et de soins. Pas même cinq minutes pour évoquer cet abandon, pour critiquer une politique de santé qui fait pérécliter l'Assistance publique, qui organise la guerre de classes chez les plus faibles des faibles, les malades et les handicapés qui ne sont pas milliardaires comme dans Intouchables, lequel n'est pas un film émouvant, mais une farce lénifiante – « Pas de bras, pas de chocolat » est une des phrases « cultes » du film 8. Et dans ce monde factice, je serai aussi le présentateur du Téléthon sur le prétendu service public, sans jamais poser la question du financement par la charité d'une recherche médicale que ne peuvent plus pleinement effectuer les laboratoires universitaires, faute de moyens publics suffisants. Quand je serai grand, je ne voudrai pas m'être casser la tête à faire au moins cinq ans d'études pour devenir ingénieur spécialisé dans les cellules photovoltaïques, parce que je me retrouverai au chômedu, étant donné que cette filière industrielle d'avenir est pourtant sinistrée en France, à cause des Estrosi 9 et autres baletringues de droite. Alors je mettrai mes compétences en modélisation mathématique au service de la finance, parce que ce secteur continuera à embaucher des premiers de la classe. Pour faire semblant de « moraliser » cette activité, on gagnera moins qu'à la grande époque des golden boys, mais ça reviendra peut-être. Je serai peut-être un jour chef économiste chez Standard & Poors et je me paierai un manteau en fourrure de chien d'aveugle. Arrivé à ce niveau de responsabilité et de salaire, je ferai alors tous les ans une promesse de don de 15 euros au Téléthon et je verserai mon obole à une association qui rafistole de vieux fauteuils roulants pour donner à des handicapés nécessiteux. Mais, après réflexion, quand je serai grand, je serai éditorialiste à la télé, à la radio, dans les hebdos, les journaux, je serai un cumulard des médias et je twitterai « à donf » pour avoir l'impression d'être dans le vent. Je fulminerai contre les « populistes » tout en m'abstenant de parler réellement de ces gens d'en bas que je ne connais que par ce que m'en disent mes amis sondeurs. Je m'époumonnerai – comme me l'aura appris l'éditorialiste de RTL et de Canal+ Michel Apathie, mon maître en histrionerie télévisuelle – en dénonçant le scandale de ces traders qui, laissés libres de leurs mouvements, jouent au casino avec les milliards des banquiers, nos milliards, vos milliards, à vous les petits épargnants, que j'aime tant. Je ferai de grands moulinets avec les bras, comme un avocat au prétoire, remplaçant ainsi l'éloquence d'une intelligence trop fugace par la grandiloquence d'une exaltation toujours présente. Et, de la sorte, je ferai croire que je suis un pourfendeur du « système » alors que je n'en serai que le propagateur faussement indigné. Je serai alors le porte-voix d'une postulation générale – le capitalisme est indépassable – ou plus circonstancielle – la rigueur est impérative, car nous avons inconsidérément profité des largesses d'un État dispendieux –, déclamations qui consistent à ne « jamais vouloir rapporter les choses déplorées à leurs causes » (comme le remarque si bien l'économiste Frédéric Lordon 10). Je revendiquerai haut et fort ma neutralité et mon objectivité, car n'est-il pas évident qu'il sera presque impossible de dire si je suis d'obédience social-démocrate ou bien de tendance libérale-sociale ? Et quand un de mes invités à qui j'aurai daigné offrir 35 secondes d'antenne pour expliquer une proposition économique hétérodoxe (que je confondrai sciemment à l'antenne avec le mot hérétique, pour faire mousser les bulles du sensationnalisme) et ainsi donner l'impression que je suis un protecteur du pluralisme idéologique et intellectuel à la télévision française, se sera révélé bien ingrat en me coupant la parole pour essayer d'en placer une, je m'adonnerai alors à ce que je préfère dans ce métier, le pouvoir de faire sentir à l'outrecuidant ceci : « Toi, mon petit gars, on n'est pas près de te revoir sur un plateau de télé. Ici, c'est moi qui contrôle ce qui est vrai ou pas, qui établit la bienséance et les normes du débat. Tu t'y conformes ou sinon je te fais basculer dans le néant médiatique. » Quand je serai éditorialiste, je n'éprouverai aucune gêne à faire montre d'un laxisme terminologique éhonté, à user à foison de syllogismes et de sophismes. Pourvu que ça brille… En effet, formaté comme et par mes collègues, je parlerai le même idiome qu'eux, avec les mêmes réflexes sémantiques, les mêmes métaphores ; d'ailleurs, j'ignorerai la différence entre métaphore, analogie et homologie – c'est pourquoi j'userai et abuserai d'expressions telles que « La politique, c'est dans ses gènes » quand je voudrai faire comprendre au peuple télévisuel que Machin est un « animal politique ». Après tout, je pense sincèrement que Standard & Poor's est un thermomètre… Dans un autre registre que la politique – le royaume médiatique où les borgnes sont rois –, j'inviterai sans (ré)fléchir les Bogdanov, Claude Allègre, Luc Ferry et consorts, ou leurs équivalents de l'époque, et je me pâmerai devant ces savants et philosophes qui savent si bien raconter ce que nous ignorons (car oui, il faut le confesser, nous, les éditorialistes, nous savons presque tout, mais en sciences et en philosophie, on est un peu légers ; ça n'intéresse pas vraiment les gens, or nous savons ce que les gens veulent entendre, c'est notre métier). Leurs éditeurs, chez qui je publierai mes livres d'entretien avec la crème des politiciens, seront ravis, car je serai ce qu'on appelle un prescripteur : « Toi, téléspectateur, tu veux savoir si Dieu a créé l'Univers, lis les Bogdanov ; tu veux une information non conformiste sur le réchauffement climatique ou les bienfaits du nucléaire, lis Allègre ; tu veux savoir ce qu'est le bonheur, lis Luc Ferry. » Comme je dînerai souvent avec ces auteurs et les autres membres de ces cénacles, il me suffira d'écouter les résumés qu'ils me feront de leurs opus magnum pour que je m'en imprègne (un peu comme on est imprégné de l'odeur de friture dans un MacDo) et que j'en puisse restituer aux téléspectateurs la quintessence avec l'assurance d'un vendeur de bagnoles d'occasion. Je baignerai dans la béatitude de l'ignorance en même temps que je me griserai du côtoiement de ceux que je prendrai pour les représentants de la grande culture, en fréquentant les plus hauts dignitaires du pays et des intellectuels de la trempe d'un Alexandre Adler, d'un Jacques Attali, d'un BHL, d'un Pascal Bruckner, d'un Philippe Sollers, d'un Alain Finkielkraut, d'un Eric Zemmour et autres Alain Minc. Et quelques autres… Ainsi, je pourrai penser, dans cette incomparable quiétude de l'occultation de ce qui se trouve hors de mon champ de vision, que les idées ne sont présentes que là où je les identifie, pour ensuite les légitimer en les convoquant sans répit dans mes émissions et mes rubriques. Par conséquent, je m'abstiendrai de lire attentivement les livres dont je devrai parler ; en revanche, j'en écrirai plusieurs, certes sans intérêt, dans le style préfabriqué de la chronique politicarde, mais cela m'assurera – outre quelques revenus supplémentaires – d'être fréquemment invité par mes confrères éditorialistes et commentateurs dans une sarabande de renvois d'ascenseurs, au point que nous, les éditorialistes, avons des actions chez Otis et que, ma foi, les dividendes ne sont pas négligeables. Pour montrer que j'ai les idées larges et que je ne fréquente pas que les politicards et les intellectuels de cour, j'offrirai, comme l'a fait ce 15 décembre Patrick Cohen, responsable de la tranche matinale de France Inter – la radio que Sarkozy a donnée à Philippe Val(et) –, dix minutes d'antenne sur France 5, « la chaîne du savoir », à deux astrologues, pour leur demander de prédire la situation politique de la France en 2012. Pas une once de mise en cause de ce charlatanisme médiatiquement très présent. Non, au contraire, une totale acceptation de l'absolue nullité des deux escrocs. Il est vrai que les astrofumistres prédisent une année 2012 particulièrement difficile. Un tel exploit a laissé coi d'admiration le Cohen – lequel a eu l'audace de préciser que la différence entre l'astrologie et la voyance, c'st que l'astrologie a une base scientifique… Que vont dire ses amis sondeurs, devant la supériorité prédictive des aruspices ? En un mot, quand je serai membre de ce monde vicié et fat, j'éviterai d'étudier les dossiers techniques, car bien que censément médiateur – celui qui transmet un savoir, une information 11 –, je préférerai jouer au procureur ou au moraliste de comptoir, accoudé à la buvette de l'Assemblée nationale. Bref, on me verra partout, tout le temps et je me la coulerai douce, bénéficiant de confortables émoluments dus à la générosité des multiples patrons de l'industrie des médias auxquels je ferai allégeance, muni de mon indispensable outil de travail : une langue singulièrement apte à tancer le faible et à lécher le cul des cuistres et des puissants.
1. Pas question cependant d'introduire un signe d'égale indignité entre ces trois partis. 2. Nouveau président du conseil d'administration de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il s'est récemment distingué par une profusion de propos particulièrement offensants à l'encontre des Roms : « Ils vivent avec huit enfants dans une pièce, lorsqu'on n'a qu'une pièce, on ne fait pas huit enfants ! » « Il faut que l'Europe s'occupe de la question rom comme elle s'est occupée de la dette. C'est la solution à long terme. Après, à court terme, on les renvoie chez eux avec 300 euros, même si on sait qu'ils reviennent. » Et à l'entendre au sujet de l'islam en France, il n'est pas impossible que Ben Laden se cache dans une grotte de Seine-Saint-Denis… 3. Les trois principales agences de notation financière. Elles détiennent 94 % du chiffre d'affaires mondial de ce secteur d'activité. En dix ans, le nombre de salariés de ces agences est passé de 3 000 à 14 000. Un bizness qui ne connaît pas la crise (mais qui la détermine…). 4. Pas besoin d'être un métrologue (spécialiste de la mesure) pour trouver idiote et infondée cette comparaison : les agences de notation ne mesurent pas une réalité qui leur est extérieure, elles produisent le phénomène qu'elles évaluent, au point de déclencher des prophéties autoréalisatrices. En un mot, elles ne sont pas des thermomètres, mais des garde-chiourmes. Cette assimilation à un thermomètre qui mesurerait un phénomène naturel est pourtant omniprésente dans la bouche des politiciens et des commentateurs patentés. 5. Expression tirée d'une chanson de Fred Alpi : « Les riches volent les pauvres / Et les pauvres se volent entre eux / Les chiens mangent les chiens / Et les rats dansent au milieu / De piteuses abstractions / Entretiennent la croyance / En un ordre naturel / Auquel il faudrait faire confiance […] » 6. Voir l'article de Jérôme Segal, « Stéphane Hessel ou les limites du réformisme » (http://jsegalavienne.wordpress.com/2011/10/16/stephane-hessel-ou-les-limites-du-reformisme), une analyse percutante de l'indolence politique de Monsieur Indignation. Par ailleurs, Indignez-vous !, le livre de Hessel, va être traduit et publié en Chine. C'est dire la faible portée révolutionnaire et subversive du petit livre bobo… 7. Entendra-t-on, dans les médias de masse, après le millième commentaire sur les bisbilles entre le PS et EELV, ou sur la prétendue « germanophobie » de tel ou tel coquelet socialiste, entrenda-t-on donc une voix courageuse et novatrice réclamer que les entreprises de tous ces fumiers soient immédiatement transformées en coopératives ouvrières autogérées ? Bien sûr que non… 8. À lire ce témoignage probe et digne de parents d'un adulte lourdement handicapé : rue89.com/2011/11/26/parents-dun-handicape-le-succes-intouchables-nous-inquiete-226852 9. Lequel a déclaré cette énormité sur France 5, le 28 novembre : « On propose des éoliennes, c'est-à-dire des énergies [il parle aussi du solaire] qui ne sont pas constantes. Je vous rappelle simplement que l'électricité, on l'utilise surtout quand il fait froid l'hiver et la nuit [...]. Et l'hiver et la nuit, y a pas de soleil, y a pas de vent. » ô Niçois qui mal y pense… 10. http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance- 11. Une telle conception du médiateur, modeste propagateur d'un savoir issu d'une cogitation en amont, est confinée à quelques lieux encore authentiquement médiatiques. Par contre, l'hégémonie du médiateur autarcique (en ce qu'il médiatise ce qu'il définit comme étant le vrai et le délivrable à autrui) est patente. Métaphoriquement parlant, on pourrait considérer que cette conception de la médiation à avoir avec celle qui affirmerait que le CRS est le médiateur de la blessure occasionnée au manifestant par sa matraque médiatrice…
Marc Silberstein
L'article du Monde libertaire
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|  Rencontre internationale de l'anarchisme à Saint-ImierLe Monde libertaire hors-série n°43 (22 décembre 2011-22 février 2012)
Du 9 au 12 août 2012 aura lieu une Rencontre anarchiste internationale à Saint-Imier (Suisse romande) pour la commémoration des 140 ans du congrès de la Première Internationale anti-autoritaire qui fut organisé en 1872. Jusqu'ici, les organisations qui ont porté et animé cette importante échéance sont la Fédération anarchiste (FA), l'Internationale des Fédérations anarchistes (IFA), la Fédération libertaire des montagnes (FLM), l'Organisation socialiste libertaire (OSL) et Espace noir. L'IFA tiendra son propre congrès à Saint-Imier à l'occasion de cette Rencontre internationale. Il en est probablement de même pour les organisations fédérées dans Anarkismo. La Coordination anarcho-syndicaliste rouge et noire sera également présente. Cette Rencontre internationale est ouverte et portée par différentes composantes du mouvement libertaire international : l'Internationale des Fédérations anarchistes (IFA), Anarkismo, la Coordination anarcho-syndicaliste rouge et noire (CGT-Es, CNT-Fr, SAC-Suède, etc.), l'Association internationale des travailleurs (AIT), les Industrial Workers of the World (IWW) et les collectifs et organisations indépendantes de ces regroupements internationaux. La Rencontre internationale est ouverte à tous regroupements agissant au niveau international, national, régional ou local ainsi qu'aux individualités sur la base d'une adhésion à la déclaration « Saint-Imier 2012 ». Cette Rencontre entend assurer un dialogue exigeant et structuré autour, et à partir, de l'idée que l'anarchisme est une politique générale, cohérente, animatrice et actrice des luttes populaires, basé sur un socle théorique identifiable et un enrichissement permanent. Pour compléter cela, nous pourrions dire que l'anarchisme est capable d'une politique complexe liée à des propositions stratégiques, à des objectifs intermédiaires, à un projet général d'alternative autogestionnaire, libertaire, fédéraliste et d'écologie sociale. C'est à partir de cette orientation générale que nous avons proposé et mis en place une structuration de la Rencontre de Saint-Imier en quelques moments politiques forts, communs à tous les groupes qui y participeront. Ces moments sont :
- Table ronde sur « Anarchisme et innovation politique » : capacités de l'anarchisme contemporain à innover et à affronter des situations politiques plus complexes que celles de sa première période historique face au fascisme, aux régimes autoritaires ; face aux défis environnementaux, écologiques ; face aux mutations économiques et sociales (accent mis sur l'apport de Malatesta, Fabbri, Berneri, Abad de Santillan, Daniel Guérin).
- Table ronde sur « Nouveaux territoires de l'anarchisme, implantation ou réimplantation de l'anarchisme en Afrique, en Asie et en Amérique Latine ».
- Table ronde sur « Faire l'anarchisme aujourd'hui », sur les pratiques et interventions militantes intéressantes ou exemplaires, notamment en Europe et dans les pays anglo-saxons.
- Table ronde sur « Les alternatives anarchistes en actes » et comment articuler les expériences alternatives au projet et luttes révolutionnaires.
- Table ronde sur « La crise de la dette, les politiques d'austérité et les résistances sociales et populaires ».
- Un meeting final de clôture de Saint-Imier avec adoption, si possible, d'une résolution politique commune.
Un meeting d'ouverture sera organisé afin de présenter le congrès de Saint-Imier de 1872 et ce qu'il a représenté pour l'anarchisme international. Un banquet final public ouvert à l'ensemble de la population locale est aussi prévu. Nous prétendons sortir de Saint-Imier avec un renforcement des liens d'unité et de fédération aussi importants que possible pour les camarades présents. Nous avons l'ambition de construire un échange politique systématique ; cerner, définir et approfondir les convergences ; définir politiquement et théoriquement les désaccords ; étudier les projets de collaboration. Sur cette base, hormis le meeting final, les tables rondes feront chacune l'objet d'un document de bilan aussi précis que possible que chaque collectif utilisera par la suite à sa convenance. Les groupes présents seront naturellement libres d'établir les collaborations et les associations qu'ils jugeront bonnes. Il ne s'agira pas de vouloir, à tout prix, prolonger Saint-Imier, mais bien d'en exploiter toutes les potentialités d'événements. Saint-Imier va aussi avoir une importance matérielle et symbolique par le nombre de camarades que cette initiative va drainer. Être des milliers à débattre, à décider, à ouvrir des collaborations et de libres associations est une énorme richesse. Plus nombreux seront les mouvements de l'anarchisme social organisé et davantage sera renforcée la capacité d'animer, en un sens cohérent, exigeant et ouvert, l'intervention libertaire dans les luttes et l'organisation des résistances. À chaque groupe, nous proposons la libre association sur la base d'un accord et, pour autant que les conditions matérielles le permettent, d'une contribution financière et d'une participation active des personnes militantes selon la taille des organisations (300, 600, 1 000 euros). L'entrée au planning des journées et la visibilité offerte dans la communication en dépendront. Fin mars 2012, cette proposition de libre association sera close, en principe, afin de se focaliser sur la logistique de l'évènement. D'ores et déjà, outre les inscriptions, nous demandons à chaque collectif de nous préciser la nature de l'investissement qu'il pourrait apporter à ces journées :
- Proposition de conférences, ateliers, animations. (ateliers-conferences (arobase) anarchisme2012.ch).
- Traductions.
- Mise à dispositions de matériel d'infrastructure (cuisines collectives roulantes).
- Compétences techniques pour l'organisation du village autogéré.
- Militants pouvant être sur place un peu avant et durant la Rencontre pour assurer l'organisation et le fonctionnement des services de base (volontaires@anarchisme2012.ch)
L'organisation interne pour la préparation de la Rencontre internationale fonctionne avec des groupes de travail et un comité d'organisation. On peut s'y associer à tout moment.
Anarchisme 2012 Saint-Imier www.anarchisme2012.ch
L'article du Monde libertaire
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|   Mort aux lois, vive l'anarchie ! Michel (militant du groupe Kropotkine) et Jean-Paul sont relaxés au bénéfice du doute (les accusations portées contre eux par les gendarmes n'étant pas juridiquement établies) par la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, le 13 décembre 2011. Rappelons qu'ils avaient osé chanté, le 18 juin dernier, avec une soixantaine d'autres personnes, la fameuse Hécatombe de Georges Brassens, avant d'être violemment appréhendés puis placés en garde à vue pour violences à agents. De nombreuses photos et vidéos prises sur place, au moment des faits, montraient au contraire que les gendarmes mal inspirés n'y étaient pas allés de main morte… Les chanteurs d'Hécatombe se réservent la possibilité de poursuivre l'action devant les tribunaux.
La souscription reste ouverte pour les aider à payer les frais d'avocat (chèques à l'ordre de ANARS à faire parvenir à : Groupe Kropotkine, 8, rue de Fouquerolles, 02000 Merlieux).
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1655Le Monde libertaire n°1655 (15-21 décembre 2011)
Ah, ça branle dans le manche ! Si dans le mouvement anarchiste on sait depuis des lustres que voter ne mène pas à grand-chose, il y a des dysfonctionnements dans le déroulement du truc qui méritent notre attention. Ainsi, en ce qu'il convient encore d'appeler la Russie, les fraudes électorales suscitent encore la colère de la population. Le pouvoir russe (entendez par là les anciens recyclés du KGB) est mis face à sa fraude et à l'opposition qui monte. Au Congo-Kinshasa, la république démocratique semble basculer dans une sorte de crise post-électorale. Des premiers résultats partiels de la présidentielle donneraient un nouveau mandat à Joseph Kabila. Les forces de l'opposition se mettent en travers, crient au « hold-up électoral », et à Kinshasa, la capitale, les morts ne se comptent plus. Sur le sol français, tout le monde semble jouer au poker menteur. Le locataire de l'Élysée cherche à accommoder la sauce pour être mangé par la loi des marchés. Éva Joly veut recoller les morceaux et déclare que « la famille écologiste est réunie ». Ben, faudrait demander à Daniel « ex-rouge et noir » Bendit ce qu'il en pense vraiment ! Allons vers ceux qui ont pignon sur rue dans le camp socialiste qui œuvre dans le parlementarisme jusqu'au cou. Le Parti socialiste essaye de faire le ménage dans la fédération du Pas-de-Calais. Au sein de l'ex-SFIO on dénonce un « système de corruption ». Après Marseille, le Nord ? Il y a du pain sur la planche pour nettoyer les écuries d'Augias ! Nous n'aborderons pas ici le labyrinthe pour choisir la bonne voie qui mène au socialisme… Nous, anarchistes, avons choisi le travail à la base dans les structures syndicales, les comités de base, les associations de quartier, partout où les décisions sont prises par celles et ceux qui luttent. Et ce ne seront pas les pantalonnades diverses du monde politique tous azimuts qui nous feront changer d'avis. Pour bâtir un nouveau monde, il faut d'abord avoir d'autres idées dans la caboche et les concrétiser dans la vie de tous les jours !
L'article du Monde libertaire
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|   À propos des permanents syndicauxLe Monde libertaire n°1655 (15-21 décembre 2011)
Commentaires sur le texte de Pestaña 1 ¿ Sindicato único ? (Orientaciones sobre organización sindical) et sur « Réflexion sur les permanents » (autrefutur.org) La question des permanents syndicaux telle qu'elle est exposée par Pestaña en 1921 reste intéressante, mais le contexte a tellement évolué qu'il me semble difficile d'appliquer ces principes aujourd'hui. C'est un peu comme si on demandait aujourd'hui aux automobilistes de conduire des De Dion Bouton modèle 1920 (pour reprendre à peu près les mêmes dates). La distinction faite entre le permanent qui n'a pas de rôle décisionnel (un simple « fonctionnaire » qui a le droit d'« exposer son opinion quand on la lui demande ») et un permanent ayant un rôle décisionnel est intéressante, mais elle évacue un constat : ce fonctionnaire-là joue un rôle décisif dans le processus de décision, même si on ne lui demande pas son avis. Selon la manière dont il prépare les dossiers, il induira de toute manière un type de décision plutôt qu'un autre. C'est une naïveté que d'imaginer que ce « fonctionnaire » ne joue aucun rôle dans les prises de décisions. Quant au permanent décisionnel, comme le secrétaire d'un syndicat ou un délégué syndical, c'est encore une naïveté que d'imaginer qu'il fait ses huit heures de travail, et basta. On peut dire que, dès lors qu'il devient permanent, le militant syndical double tout simplement ses horaires de travail. Des permanents syndicaux qui se tournent les pouces sont rares. Leur vie familiale, ou personnelle d'une façon générale, est mise en suspens le temps de leur mandat 2. Les organisations syndicales traditionnelles, qualifiées de « réformistes », méritent sans doute toutes les critiques qui en sont faites par les révolutionnaires purs et durs, mais elles ont une réelle efficacité dans l'encadrement des salariés et, quoi qu'on dise, dans leur défense. Une telle situation ne serait pas possible avec des permanents oisifs. C'est un fait que les révolutionnaires doivent intégrer s'ils veulent comprendre quelque chose. Le permanent syndical n'est pas nécessairement un bureaucrate syndical, et les bureaucrates syndicaux ne sont pas forcément des types qui se lèvent tous les matins et se demandent, en enfilant leurs chaussettes : « Comment diable vais-je pouvoir trahir la classe ouvrière aujourd'hui ? » Ce qui fait la pérennité relative (mais réelle) du modèle syndical actuel, c'est sa relative efficacité. Sinon, il n'aurait tout simplement pas survécu. Mon expérience syndicale se limite à la CGT, à laquelle j'ai adhéré en 1972, et j'y ai assumé des mandats de toute sorte, y compris au niveau fédéral. Dans leur écrasante majorité, les permanents syndicaux, les militants syndicaux qui ne sont pas permanents mais occupent des mandats importants dans l'appareil syndical, sont des personnes extrêmement dévouées, qui ne ménagent pas leur temps et leurs efforts. Ces gens-là ne font pas les 35 heures, et de loin. Quel que soit le jugement que les révolutionnaires purs et durs peuvent avoir sur le sens de l'activité des dirigeants syndicaux, c'est au moins une chose qu'on ne peut pas leur contester : ils sont sur le terrain en permanence. La question de la rémunération des permanents, telle qu'elle est posée par Pestaña dans son texte, est aujourd'hui complètement dépassée. On n'en est plus au point où le syndiqué dévoué à ses camarades et à sa classe met de côté, sou après sou, de quoi payer ses cotisations tous les mois, et où on hésite à se doter d'un permanent pour ne pas gaspiller l'argent de ces cotisants. Les permanents d'aujourd'hui sont rarement payés avec les cotisations des syndiqués. La plupart du temps, leur salaire est pris en charge, très officiellement, par leurs entreprises. Je parle là des « permanents de base » – délégués syndicaux, secrétaires de syndicats. Les délégués syndicaux ne sont évidemment pas tous permanents mais leur fonction les place souvent dans la position de quasi-permanents dans la mesure où ils circulent beaucoup et ne sont pas à leur poste. Mais ceux-là au moins sont le plus souvent sur place, dans l'entreprise, sauf quand ils participent à des réunions au niveau régional ou fédéral. Dans le cas des secrétaires de syndicats, il faut évidemment distinguer entre le syndicat de quelques adhérents, ou quelques dizaines d'adhérents, souvent un syndicat d'entreprise, que je considère en fait comme un « syndicat-alibi », et le « vrai » syndicat qui a au moins quelques centaines d'adhérents. S'il y a les « permanents de base », il y a aussi les permanents à un niveau supérieur de l'organigramme, notamment les permanents de syndicats aux gros effectifs comme ceux de la fonction publique qui ont dans les faits une position de quasi-fédération : éducation nationale, EDF, etc. Les permanents n'y sont pas du tout payés avec les cotisations des syndiqués : leurs salaires font l'objet de négociations parfaitement officielles avec les directions d'entreprises. C'est d'ailleurs là un réel facteur de corruption. Les directions peuvent très facilement littéralement acheter ces militants. Si j'évoque cet exemple, c'est parce que cela se passe parfois ainsi, effectivement. Sur la question des permanents confédéraux, j'avoue ne pas trop savoir de quelle manière ils sont rémunérés, mais je ne me fais pas de souci pour eux. Rappelons que les organisations syndicales reçoivent des subventions de l'État. Il y a un autre moyen de résoudre le problème du paiement des permanents, dont j'ai fait personnellement l'expérience puisque j'ai été secrétaire adjoint et secrétaire d'un syndicat CGT de la presse parisienne et qu'à ce titre j'étais permanent. Il s'agit de la prise en charge du permanent par son équipe. C'était une pratique traditionnelle : le secrétaire était habituellement pris en charge par une équipe de presse – je simplifie parce que c'était un peu plus compliqué, mais l'idée générale est là. Le cadre mettait « présent » le secrétaire détaché pour exercer son mandat. Évidemment le patron était au courant. Tout ça, c'est une question de rapport de force. En presse parisienne, les secrétaires de syndicats et de catégories professionnelles étaient rattachés à une entreprise, qui les payait, mais où ils ne travaillaient pas. Ils avaient tous des salaires de cadre, évidemment, sauf le secrétaire du Syndicat des correcteurs qui gardait le salaire d'ouvrier de presse. Ce syndicat était le seul où existait la rotation des mandats. Précisément, dans le cas qui me concernait, on ne pouvait être élu que cinq années consécutivement, après quoi on retournait dans son équipe, et on ne pouvait se représenter pendant deux ans. C'est un système qui me paraît très sain. Pestaña évoque des mandats de deux ans. Ça me paraîtrait, dans le contexte d'aujourd'hui, un peu court. Lorsque j'étais secrétaire, j'ai défendu l'idée de trois mandats successifs de deux ans, après quoi on retourne dans son équipe pendant deux ans. L'idée a finalement été retenue. Il faut envisager le cas de figure où on ne se bouscule pas forcément au portillon pour briguer des mandats. Tout le monde n'a pas forcément envie de devenir un bureaucrate syndical. Il faut avoir à l'esprit qu'une personne qui a assumé des fonctions de permanent syndical et qui cesse ses fonctions peut avoir des difficultés à retrouver son poste, voire tout simplement à conserver son travail. Cela ne me semble cependant pas une raison suffisante pour conserver un permanent à vie. Il y a un cas de figure qui n'existait pas du temps de Pestaña, lié à l'existence de la Communauté européenne et à la constitution de structures syndicales européennes – la Confédération européenne des syndicats. Pour résumer, il est en train de se constituer un nouveau modèle syndical dans lequel les adhésions de syndiqués, et par conséquent les cotisations des syndiqués, n'auront qu'une importance marginale. Les organisations qui auront intégré la CES recevront des subventions pour pouvoir fonctionner, et ces subventions seront définies par les résultats aux élections professionnelles où l'ensemble des salariés, et pas seulement les syndiqués, peuvent voter 3. Lorsque je dis « corruption », il faut entendre le mot de deux manières. 1. Il y a le cas des véritables salauds qui profitent des circonstances pour s'en mettre plein les poches, qui interviennent pour infléchir les orientations du syndicat dans le sens où ils savent qu'ils pourront obtenir plus d'avantages personnels. C'est ainsi que, dans une grande ville du Midi, tel syndicat du secteur des transports publics a tenté de faire en sorte que ceux-ci soient assurés par la société A plutôt que par la société B, parce qu'avec la première l'argent coulerait à flots dans les poches de la direction syndicale locale. Ce genre de fait, qui n'est pas isolé, est parfaitement connu par les directions fédérales et confédérale, et totalement désapprouvé, mais il semble que leur marge de manœuvre soit limitée pour empêcher cela. 2. Mais par « corruption » il faut entendre aussi une corruption plus insidieuse, plus subtile. Il s'agit de la participation de responsables syndicaux, plutôt au niveau fédéral et confédéral, à différentes instances dans lesquelles des représentations syndicales côtoient d'autres représentations – État, patronat, etc. dans un but consultatif. L'une des plus prestigieuses de ces institutions est sans doute le Conseil économique et social. Il va de soi que les syndicalistes qui participent à ces instances sont rémunérés d'une façon ou d'une autre – argent, honneurs, ou les deux. Ces deux cas de figure n'existaient pas du temps de Pestaña, pour la simple raison que le modèle dominant n'était pas un modèle fondé sur la médiation et la négociation. Il ne faut pas déduire de cela que la rémunération prise en charge par les entreprises est inévitablement un facteur de corruption. Beaucoup de militants se disent qu'être payés par la direction, c'est toujours ça que les cotisants n'auront pas à payer et tout ce qu'on peut arracher au patron, c'est toujours bon à prendre, et qu'il n'y a pas de complexe à avoir. Le facteur de corruption des militants se trouve moins dans le fait qu'ils puissent être rémunérés par le patron que dans l'absence totale de contrôle des mandats par les syndiqués, et l'absence de rotation des mandats. Il est certain qu'à partir du moment où on est payé à vie sans être obligé d'être à son poste de travail on n'a pas envie de retourner au boulot, et qu'on fait tout pour ça. De nombreux permanents syndicaux restent en place vingt ans ou plus. Mais il est vrai aussi que de nombreux secrétaires de syndicat, qui sont permanents, sont systématiquement réélus par les syndiqués – ce qui fait qu'ils conservent indéfiniment leurs mandats. La bureaucratie, c'est un phénomène à double sens : elle est également suscitée par la base. On a dit que les « Latins » étaient plus révolutionnaires que les « Nordistes ». C'est à mon avis une ânerie. Il y a eu, d'une part, les pays où le patronat et l'État refusaient toute forme de médiation avec la classe ouvrière, d'autre part, les pays où une forme de médiation a fini par s'imposer. Dans les premiers, la moindre revendication ouvrière aboutissait souvent à un affrontement avec l'État, avec son cortège de répression, d'arrestations, parfois de morts. Dans les seconds, différentes formes de médiation se sont instaurées, contribuant à désamorcer les luttes ouvrières violentes. Ces formes de médiation allaient de la simple négociation sur les revendications jusqu'à la participation aux élections parlementaires. Dans le premier cas, le prolétariat n'avait d'autre choix que d'être révolutionnaire, puisque la moindre revendication aboutissait souvent à la confrontation violente ; il est significatif que, dans le second cas, les mouvements révolutionnaires ont tout simplement disparu… L'une des causes du caractère confidentiel des organisations révolutionnaires d'aujourd'hui, c'est qu'elles semblent incapables d'intégrer la modification générale du contexte dans lequel elles se trouvent. Elles vivent et militent avec en tête un schéma totalement dépassé. Une organisation syndicale anarcho-syndicaliste qui aujourd'hui agirait avec en tête le schéma de la CNT espagnole du temps de Pestaña resterait indéfiniment confidentielle. C'est d'ailleurs la même chose pour ceux des léninistes qui vivent dans l'espoir d'un jour pouvoir « prendre le Palais d'Hiver » comme en octobre 1917. Tout ça, c'est fini. Si on veut dépasser le niveau du groupe confidentiel, il faut intégrer un certain nombre de données de la société d'aujourd'hui concernant les instances de médiation. La difficulté, que je ne conteste pas, est de définir jusqu'où on peut les intégrer. Et la seule garantie contre les excès, c'est le contrôle des mandats et la rotation des mandats. Il faut savoir qu'à un certain niveau du développement d'un syndicat, lorsqu'il dépasse le cadre du groupe confidentiel, il est matériellement impossible d'assurer conjointement un travail dans une entreprise et un mandat de secrétaire de syndicat. Une organisation syndicale révolutionnaire ne pourra de toute façon pas espérer atteindre le niveau d'adhésion des syndicats traditionnels dans les sociétés industrielles développées. Je pense qu'il y a un seuil – 20 000 ou 30 000, peut-être. C'est ce que montre le cas de la SAC en Suède et de la CGT en Espagne. La question est de savoir si on préfère rester indéfiniment 300 et attendre la révolution, ou être 30 000 et pouvoir, en attendant, et même modestement, agir sur les événements et proposer une alternative crédible aux travailleurs.
1. Pestaña, ¿Sindicato único ? (Orientaciones sobre organización sindical) [Syndicat unique ? (orientations sur l'organisation syndicale)], Madrid, 1921, pp. 19-21, dans Mintz Autogestión y anarcosindicalismo en la España revolucionaria, Madrid, 2006, pp. 41-42 ; Buenos Aires, 2009, pp. 27-28. 2. Le délégué du personnel est élu par les salariés de l'entreprise et continue de travailler dans l'entreprise. Il y a donc une relation directe entre lui/elle, les syndiqués et les salariés d'une façon générale. Il est très rarement permanent, mais il dispose d'heures de délégation. Le délégué syndical est nommé par le syndicat. Il représente le syndicat dans l'entreprise, auprès des salariés et du patron. Il peut avoir un rôle de véritable préfet en exposant auprès des syndiqués la position du syndicat, sur le thème « c'est comme ça et pas autrement », mais en général ça se passe plus subtilement. Il dispose d'heures de délégation syndicale et en principe n'est pas permanent, sauf dans les très grosses entreprises. 3. Pour plus de détails, voir René Berthier, « Temps nouveaux, syndicats nouveaux ? » http://monde-nouveau.net/spip.php?article321
René Berthier
L'article du Monde libertaire
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|  Célébration poétique intempestive d'Armand Robin, « anarchiste de la grâce »Le Monde libertaire n°1655 (15-21 décembre 2011)
Robin, passant ondulerrant 1
Pour errer, il erre, l'ondulerrant et déterré Robin, porté emporté par toutes respirations issues de ses cinquante langues si bien sues
- sangsues suçant à même son coeur sanglant caillot,
tel Lazare l'anar « saignant dans tous les ghettos du monde ». Semelles de vent il va, hérétique errant, coursant sursurfant sur siècles, ondes, discours et tous pays « au-dedans des souffrances », plus juif errant qu'Elyaou anabi, l'ondulerrant planétaire prophète Elie qui croise toutes lignes d'erre en majesté de gerbes, lignes d'erre que longe et prolonge à l'infini l'ontologique concert des poétiques voix. Souffles des langues toujours advenant en nombre et en surnombre, tantôt expectorées en délires d'imbroglios, embrouillamini, babélilies, assassinats, tantôt ahanant gracieuses à relancer au plus haut du ciel, ciel-homme et non ciel-dieu, l'écho en big bang de la primordiale originaire langue-mère que l'érectile humanité extirpa du chaos, des turbulences folles des tohus wabohus, des déclenchements effarants des bereshit,
- afin qu'enfin fuse l'Aleph,
lettre première à front de boeuf ouvreuse d'impérieux sillons propices à labourer notre unique et seule terre humaine,
- ainsi que non-va, au pas si lent de son non-pas,
passant ondulerrant, l'Armand Robin.
1. « ondulerrant » : terme forgé par Robin qui parle de la « course ondulerrante » de Mahomet, dans le Mahomet de Goethe qu'il a superbement traduit (Pléiade, p.170).
Élégie pour une non-mort d'Armand Robin
« Je ne veux pas de la mort de Mickiewicz il y a cent ans. Ces derniers mois j'ai rencontré ce poète partout. Il a notre âge. » Armand Robin, nov. 1955.
Je ne veux pas de la mort d'Armand Robin il y a cinquante ans. Nous avons besoin de lui, anarchiste prince du Non, partout. R.D.
Sept fois maudit, sept, ce vingt-neuf mars de l'an mille neuf cent soixante et un - tandis que dans une proche terre là-bas en perdition, de braves honorables citoyens, surgissant brusquement en soldatesque empatripotée, brûlent les villages, violent les femmes, assassinent le tout venant vieillards et enfants, et tout fiérots empennés à tours de bras torturent, et tandis qu'un ministre à gueule de médaillon pave sa torse voie présidentielle de têtes tombées d'échafauds par lui dressés au nom de la loi bafouée –
sept fois maudit dis-je ce vingt-neuf hideux mars qui vit l'homme poète Armand Robin pris dans les entrailles sinistres d'on ne sait quels ministérieux règlements de comptes. Où donc retrouver trace, Et où l'enveloppement du corps meurtri, et de quelles meurtrissures meurtri, tout au long de ces sept stations d'enfer aux mots de calvaire inscrits par dérisoire et sourde violence et ainsi s'avèrant : Infirmerie Spéciale du Dépôt de la Préfecture de Police de l'Hôtel/Dieu.
Sept mots, sept lettres à relents d'assassinat, ô Mère Jésus, sept crachats sept flèches crucifiant le corps pantelant de l'humaine chose-Robin chue en déchet chouravé sur la voie publique, du poète-Sans du poète-Non de l'Outre-poète à Outre-écoute aux cent Voix aux cent Non aux cent Noms qui, sur notre unique terre humaine par lui exaltée tant eurent nom Armand Robin. À toi Robin furioso ce satirique 2 hosannah pour tes ahans portant au plus haut des cieux.
2. Armand Robin disait avoir inventé un nouveau genre, la « satire métaphysique », qu'illustre son petit chef d'œuvre, La fausse parole. Le mot « ahan » revient à tout instant dans son œuvre.
Roger Dadoun
L'article du Monde libertaire
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|  Cent raisons de ne pas se suicider au boulot | Le Monde libertaire n°1655 (15-21 décembre 2011)
Le suicide est une ancienne et pas nécessairement blâmable tradition anarchiste. Jacob s'expédiant à 75 ans, avant la déchéance physique, exerçait une fois de plus, même si c'était la dernière, sa liberté. Mais le libre suicide n'a rien à voir avec le désespoir des salariés poussés à bout par le capitalisme et les obsessions de leurs hiérarchies. Il était temps que quelqu'un réagisse. Jean-Hugues Lime l'a fait, en commettant un délicieux petit volume chez Mille et Nuits : Cent raisons de ne pas se suicider au boulot. On voudrait bien sûr les citer toutes, mais on se contentera d'un bref florilège. L'indignation : « Votre patron apprécierait trop votre geste. » Le calembour : « Une fois mort, vous ne sortirez plus jamais de votre boîte. » « Ce n'est pas parce que votre travail vous abat qu'il faut vous achever. » L'indulgence : « Ce n'est pas parce que vous avez cru au libéralisme qu'il faut vous punir. Tout le monde a le droit d'être bête. » L'autre point commun des patrons et des reptiles (le venin est le premier) : « Si votre patron apprend votre mort, ça le laissera froid. » La triste vérité : « Non seulement votre patron gagne dix fois plus que vous, mais il récupérerait votre salaire. » La pure vérité : « Travailler plus pour mourir plus est presque un slogan de l'UMP. » La sainte vérité : « Vous êtes bouddhiste. Vous vous verriez réincarné en votre DRH ? » La vérité : « Ne vous mettez pas à la poubelle. Ce n'est pas vous l'ordure. » L'apprentissage du courage : « Vous vous vengez sur vous-même parce que vous n'osez pas vous en prendre à votre DRH. » La charité chrétienne : « Devenez altruiste. Offrez votre travail à un idiot. » « Pensez aux cinq millions de chômeurs à qui on va offrir votre place. Ne gâchez pas leur vie en leur donnant la vôtre. » L'évidence : « Prendre votre boulot au tragique n'est pas sérieux. » L'évidence encore plus évidente : « Vous n'êtes pas qualifié pour vous faire du mal. Laissez faire les responsables de l'entreprise. » Tout à fait condamnable : « Avec votre paie, offrez-vous un tueur à gages, faites descendre votre DRH préféré. » Sournoise mais juste : « Parce que vous n'avez pas terminé de couler la boîte. » Le bon conseil : « Devenez subversif. Optez pour la décroissance au bureau. Soyez inactif. » Et mes deux préférées : « Travaillez moins, vous y gagnerez plus. » « Prenez vos grèves pour des réalités. »
Nestor Potkine
L'article du Monde libertaire
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|   Chronique néphrétique : Au nom de l'Économie (Poème-tract)Le Monde libertaire n°1655 (15-21 décembre 2011)
Au nom des peuples massacrés, exterminés, Au nom de ceux mis en esclavage, affamés, colonisés Tant de souffrances pour s'arrêter là ? Encore un effort ! Au nom des gosses des mines de Chine, des enfants-soldats, des morts-nés irakiens, des obus à l'uranium appauvri et de toutes nos ventes d'armes de par le monde Au nom de tous les êtres achetés, martyrisés, exploités Au nom de tous ces crimes que nous justifions, glorifions depuis des siècles Tu ne peux nous abandonner… Au nom des eaux empoisonnées, des mers asséchées, Au nom des terres mortes, irradiées Nous te vendrons de l'air, du vent Notre monde s'écroule, rongé, cancérisé, Nous ne tenons que par le Verbe, Par notre verbiage nous te tenons. Au nom de l'Économie, la Seule, la Vraie, l'Unique, la nôtre. Amen ! Prions ensemble pour ne pas plonger dans l'abîme Tu as une dette, tu ne peux l'ignorer, Prospères qui sommes aux cieux, Nous te l'avons tant répété : Misérable pêcheur, tu as tant fauté ! Tu as vécu au-dessus de tes moyens : Privilégié ! En procession tu iras demander pardon et… Voter ! En liberté tu choisiras, celui ou celle qui te fera expier : Vote pour baisser tes salaires Vote pour t'appauvrir Vote pour te faire insulter, te faire traiter de fainéant Vote pour te faire pressurer Vote pour te faire licencier Vote pour les banquiers Vote pour le prochain krach Vote pour enrichir les riches Vote pour supprimer les services publics Vote pour une école de misère Vote pour des gosses analphabètes Vote pour des hôpitaux ruinés Vote pour ne plus être soigné Vote pour la dictature du fric, pour lui courir après, toujours, ne penser plus qu'à lui, t'en rendre malade et malheureux, avant d'être miséreux. Vote pour supprimer l'humanité, partout, au boulot, dans la rue, à la maison parce qu'elle n'est pas rentable. Privé partout, privé de Tout ! Vote pour t'emmerder à longueur de vie, sans temps à toi, Vote pour te vendre corps et âme Vote pour la Marchandise toute-puissante Vote pour Nous sauver, pour sauver notre système adoré Vote pour te sacrifier, sans fin et pour sacrifier tes enfants Vote pour les empoisonner Vote pour qu'ils ne se reproduisent plus, stériles Vote pour bientôt crever de faim. Et joyeuse fête… des fous, puisqu'au premier tour tout te sera permis, comme le veut la tradition.
Rodkol
L'article du Monde libertaire
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|   Débâcle syndicaleLe Monde libertaire n°1655 (15-21 décembre 2011)
Être ou ne pas être actif dans un CE (comité d'entreprise) a toujours fait polémique dans les milieux militants, libertaires ou non. Faut-il, selon la caricature, s'occuper des arbres de Noël et des colonies de vacances pour les enfants, des voyages touristiques pour les adultes ou boycotter tout simplement cette structure de cogestion objective ? Le débat n'est clos et a causé, dans le mouvement anarcho-syndicaliste français, des polémiques et des ruptures. Il reste que la gestion de tout ce fric peut correspondre à la recherche d'un plus sur le salaire conventionnel. Encore faut-il savoir de quel côté on est, et le Rubicon est facile à franchir ! Reprendre des sous dans la poche du patron, certes, mais s'asseoir à sa table… Bon il y a des luttes qui nous remontent le moral, même si le sort de France-Soir, son avenir en version imprimée semblent être vouées aux oubliettes malgré la mobilisation syndicale. La semaine dernière à Liège en Belgique a eu lieu un grand rassemblement pour dénoncer le plan d'ArcelorMittal. Près de 40 000 personnes ont ainsi répondu à l'appel des syndicats européens regroupés au sein de la Fédération européenne de la Métallurgie (FEM). Le « Full Mittal Racket » a été dénoncé surtout par les métallos belges avec des banderoles comme « ces outils sont à nous ». Une réunion est prévue le 12 janvier entre les syndicats et la direction. Négociations de la dernière chance ou chant du cygne ? L'avenir le dira. On sait (voir l'article sur Pôle Emploi) que pour celles et ceux qui cherchent du boulot, c'est pas la joie. Mais dans les prisons le « droit du travail » est digne XIXe siècle. L'Observatoire international des prisons a rendu public son rapport sur les conditions de détention. Celles-ci sous-tendent une « politique inefficace qui freine la réinsertion ». Comme le disait, entre autres, Marie Crétenot, corédactrice du rapport de l'OIP : « En prison, le travail est octroyé comme un privilège, pour obtenir le calme. » Pas de contrat de travail, pas de protection sociale ! Il y a urgence à se reconstruire syndicalement. Bon solstice d'hiver !
Torrent Impétueux
L'article du Monde libertaire
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|   Dotremont : écrire les mots comme ils bougentLe Monde libertaire n°1655 (15-21 décembre 2011)
Incroyable, Christian Dotremont panthéonisé à Beaubourg jusqu'au 2 janvier 2012 ! Je n'en crois pas mes yeux, un immense écran dans le temple pompidolien de la sainte culture, projette Dotremont et ses idéogrammes, d'immenses pages de caractères tremblotants, sinueux et sensuels… C'est quoi, du chinois, du mongol, de l'arabe, du sanskrit ? Non des lettres d'amour, des poèmes sur la nature, des odes à la vie. En fait une formidable réflexion sur l'écriture. Ça rappelle Michaux, son compatriote belge et comme lui francophone. Michaux, ses premiers alphabets et ses dessins sous mescaline… L'auteur de Poteaux d'angle et d'Au pays de la magie. Point commun, ils peignent tous les deux à l'encre de Chine. Dotremont vient du surréalisme belge, qui très tôt rompt avec l'emprise paternelle d'André Breton. « Va-t-on en finir avec le surréalisme révolu ! » Dotremont est né à Tervuren (Belgique) en 1922. Il fait ses études chez les jésuites, qui finalement l'expulsent pour avoir frappé « le père préfet » et les poèmes de cette époque clament Souvenirs d'un jeune bagnard. Il envoie un texte, Ancienne éternité, aux surréalistes belges : Magritte, Scutenaire et Ubac qui lui demandent de les rejoindre. En 1941 il se rend à Paris et rencontre Paul Éluard, Pablo Picasso et Alberto Giacometti. Il revient en Belgique pour créer le groupe surréaliste révolutionnaire. Il fait la connaissance d'Asger Jorn, le peintre danois qui deviendra son alter ego. Le 8 novembre 1948, il fonde avec lui et trois Hollandais, Karel Appel, Corneille et Constant, le groupe Cobra (abréviation de Copenhague, Bruxelles, Amsterdam). En 1949 le groupe qui revendique être « une nouvelle internationale d'art expérimental » est rejoint par Pierre Alechinsky. Les expositions se succèdent : « La fin et les moyens », « L'objet à travers les âges ». Et ce sont des voyages, des poèmes collectifs et des peintures-mots. La contestation vient du Nord. Dotremont rompt avec le surréalisme et le communisme. Il peint À bas les expositions, vivent les explositions ! Il s'occupe de la revue Cobra et en est le secrétaire général. Il devient le peintre de l'écriture et sa calligraphie s'orientalise à la suite d'une découverte que produit une feuille manuscrite par transparence. Ses mots sont des mots-valise, cette valise que l'on voit trimballer de quais de gare en quête d'absolu, et qui le mèneront jusqu'au sanatorium de Silkeborg où se soigne déjà Asger Jorn. Ils sont tuberculeux tous les deux et sans le sou. Silkeborg, la Suisse danoise, le seul point un peu élevé du pays. L'actuel musée Asger Jorn est situé là, pas très loin du sana. Ce fut un choc pour moi d'y découvrir les tableaux de Michaux, Alechinsky, Dubuffet, Henry Heerup, Pedersen et de nombreux autres Danois, les jeunes loups vikings en pays Cobra ! Un musée apparemment « tranquille » rempli d'architecture méditative. Pour Dotremont, « la création doit jaillir de la vie. Elle répond à une mission révolutionnaire : accorder l'avenir aux couleurs du désir ». Le groupe Cobra se dissout en 1951. Dotremont le soutenait à bout de bras. Il raconte, entre-temps, ses errances amoureuses dans son livre La Pierre et l'Oreiller, publié par Jean Paulhan chez Gallimard. Il s'improvise le peintre de la poétique libertaire et crée maintenant ses logogrammes, calligrammes de « peinture-mots », qu'il réalise seul ou avec Jorn, Alechinsky, Corneille. Cela s'apparente pratiquement à de l'écriture automatique, spontanée et sans souci de proportions. Il retranscrit le texte en bas en plus petit : presque une traduction ! Le tout exécuté à grande vitesse et rempli d'énigmes. Les mots bruissent de mystère et d'amour. Mais il se sauve en Laponie attiré par les mots, toujours, et ce sont les mots-traîneaux tirés par les rennes débridés qui courent sur la page blanche de la neige du Grand Nord, et ce sont les « logoneiges ». On dira plus tard du Laud art… Il sculpte la neige éphémère. Il se libère de la dictature de l'imprimerie. « Nulle part qu'ici le vif ailleurs. » On le voit coiffé d'un bonnet de chaman lapon. Il retournera onze fois en Laponie se ressourcer à l'écoute de « bribes tracées, brossées, brassées, tressées, tissées, tassées ». Il peint surtout au pinceau et à l'encre de Chine, mais rédige aussi Mémoire d'un imaginiste où il parle du bouleversement graphique de l'alphabet : « La couleur c'est la colère », « Dix de perdues, une de retrouvée », « Dentelles de poudre ». Il dira : « Je ne cherche pas la beauté, je cherche l'unité verbale graphique directe. » Lui qui fut correcteur pour « vivre », c'est plutôt fort de café ! Il expose à Copenhague « oui et non – peut-être ». En 1972, Luc de Heusch réalise un film sur lui : Dotremont-Logogrammes. En 1973, il apprend la mort de Jorn. Sa santé toujours précaire l'aura taraudé toute sa vie. Logogus meurt à Buizingen le 20 août 1979, pas du tout découragé de perdre le « rythme de son époque », lui qui écrivait : « Je ne vais dans les musées que pour enlever les muselières. » Le trublion Cobra aura réussi à taguer Beaubourg éphémèrement !
Patricio Salcedo, groupe Anartiste de la Fédération anarchiste
L'article du Monde libertaire
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|   Emploi : entre colère et abattementLe Monde libertaire n°1655 (15-21 décembre 2011)
Le 17 octobre dernier, un homme d'une quarantaine d'années, muni d'une arme factice et d'un cahier de revendications, prenait en otages deux membres de la direction locale d'une agence parisienne de Pôle Emploi. Trois heures plus tard, il se rendra à la police. Dans l'échange de messages électroniques qu'il aura mené avec Pierre Haski de Rue 89, il fit part de sa condamnation de la précarité et du mépris dont il s'estimait l'objet de la part de l'administration de Pôle Emploi. Cet événement a fait l'objet d'une large couverture médiatique. Articles et reportages ont, une nouvelle fois, jeté une lumière très crue sur les déficiences de l'organisme né début 2009 de la fusion, encore chaude à cette heure, de l'ANPE et des Assedic. Ils témoignent tous d'un malaise aigu et persistant depuis près de trois ans, ils font tous état des difficultés rencontrées par les usagers dans leurs relations avec Pôle Emploi, du mal-être des salariés confrontés à un manque cruel de moyens pour accomplir leurs missions professionnelles, d'une sérieuse instabilité d'un opérateur du service public de l'emploi secoué par l'imprévoyance et l'inconséquence dont ont fait preuve ses dirigeants et la tutelle étatique dans sa mise œuvre et sa gestion courante.
Pôle Emploi : comme une éponge des maux sociaux
D'abord financière à l'été 2008, la crise, devenue économique et sociale, a fait grimper, selon les chiffres officiels, le nombre de demandeurs d'emploi « tenus d'accomplir des actes positifs de recherche d'emploi » à 4,193 millions à fin octobre, soit 4,9 % d'augmentation en un an et 10 % depuis octobre 2010. Il s'élève à près de 5 millions si l'on prend en compte les catégories D et E, c'est-à-dire les demandeurs non tenus d'accomplir des actes positifs de recherche en raison de leur entrée en stage, de suspension pour arrêt maladie ou de la signature d'un contrat dit « aidé » sachant que l'aide va à l'employeur qui peut bénéficier de subventions ou d'exonérations de cotisations sociales. Selon une étude de la Dares, le service statistique du ministère du Travail, la dégradation de l'emploi se caractérise également par une forte progression du chômage des seniors et un allongement de la durée moyenne d'inscription qui atteint désormais le record de 456 jours. Et la sortie de crise n'est pas en vue dans la mesure où, après un taux de croissance d'environ 1,7 % en 2011, alors qu'il faudrait maintenir celui-ci au même niveau pour espérer amorcer une légère amélioration de la situation de l'emploi, les prévisionnistes de l'Insee tablent sur un taux de 0,5 % en 2012. La succession des plans de rigueur, deux déjà annoncés et très probablement un autre à venir, risque de déprimer un peu plus la conjoncture en enrayant la demande intérieure qui est le principal moteur de la croissance dans ce pays. Comment relancer la machine quand la population pauvre au sein de l'Union européenne dépasse les 8 millions de personnes dont le niveau de revenu est inférieur à 950 euros (données statistiques de 2009) ? Alors qu'il aurait été de bon sens, dans la conjoncture, de densifier les effectifs de manière à assurer un accompagnement efficace des demandeurs dans leur parcours de retour vers l'emploi, le gouvernement a fait le choix à contretemps, dogmatique, irresponsable, de soumettre Pôle emploi à ses mesures d'austérité. Et, pendant ce temps-là, sont aux avants- postes du traitement social des dégâts économiques les personnels en situation d'accueil des organismes remplissant des missions de service public : les employés de l'assurance maladie, des CAF, de Pôle Emploi… Des personnels eux-mêmes démunis et qui, pour beaucoup d'entre eux, se sentent abandonnés par leurs « managers ». Des personnels qui, vaille que vaille, résistent aux tentations managériales d'en faire de zélés agents du contrôle social dans un système de plus en plus soumis à la culture du chiffre, des personnels qui résistent à la dégradation de la qualité du service rendu aux usagers. Et cela en dépit des tensions palpables dans les agences : augmentation de 20 % sur un an des actes d'incivilités à l'accueil, agressions verbales et physiques en tête des consignations au registre de sécurité.
Une décision politique intempestive
Nicolas Sarkozy, président de la République récemment élu, tout à sa frénésie de réformes tous azimuts, prenait la décision de lancer la fusion de l'ANPE et des Assedic bientôt inscrite dans la loi du 13 février 2008, cette entreprise titanesque et mal préparée entrera en application courant décembre 2009. Elle sera engagée alors que le chômage connait une forte progression. Un beau charivari s'ensuivit. Comment marier deux institutions aux statuts et aux cultures aussi différents qu'une Agence nationale chargée du placement des demandeurs d'emploi par des personnels de droit public et un régime paritaire d'indemnisation du chômage composé de salariés de droit privé ? Les différences statutaires se font encore vivement sentir aujourd'hui. On a pu parler d'un véritable hold-up commis par l'État pour financer sa politique de l'emploi en captant les cotisations sociales collectées par l'assurance chômage tout en ne contribuant que pour moins d'un tiers au budget de Pôle Emploi. Une palanquée de chantiers fut ouverte avec une volonté de forcer l'allure pour répondre aux injonctions du pouvoir politique. Il s'agissait d'afficher rapidement les résultats d'une fusion réussie : un interlocuteur unique capable de traiter toutes les demandes en termes de placement et d'indemnisation, le regroupement d'équipes mixtes sur un site unique en réduisant le nombre d'implantations immobilières ; deux objectifs : des économies d'échelle et un traitement industriel du chômage de masse par une main-d'œuvre polyvalente. Le personnel et ses représentants au sein des instances, une série de rapports et de comptes rendus d'expertises sur les risques psychosociaux, les réalités du terrain, les nombreux conflits locaux, se chargèrent de convaincre la direction générale et ses patrons, ministre du Travail et conseil d'administration, du caractère chimérique de son projet de métier unique et la forcèrent à ralentir – quoique modérément – le rythme du déploiement de ses projets.
Des moyens sous fortes contraintes budgétaires
L'État, l'Unedic et Pôle Emploi viennent de signer la deuxième convention tripartite dans la vie de cet opérateur. Elle définit les objectifs pour la période 2012-2014. Si elle prévoit le maintien des effectifs pour l'an prochain, elle envisage un retour à l'équilibre financier en 2014, ce qui, sans toucher aux aides et mesures, semble augurer une pression sur les effectifs à partir de 2013. Cela passera vraisemblablement par le non-remplacement des départs à la retraite à l'instar des mesures appliquées dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Cette convention insiste également sur le renforcement nécessaire de l'accompagnement des demandeurs d'emploi alors que les moyens manquent déjà. Le nouveau directeur général, Jean Basseres, arrive de l'inspection générale des Finances, laquelle, dans un rapport rendu public en avril dernier, révélait l'insuffisance des effectifs du service français de l'emploi, le comparant à ceux de deux de nos voisins européens. Ainsi, tandis que, pour 100 000 chômeurs, le SPE (service public de l'emploi) britannique alignait 221 ETP (équivalent temps plein) et l'Allemagne 420, le SPE français n'en compte que 215. Nul doute que cette étude sera souvent rappelée au nouveau patron de Pôle Emploi. Les conseillers croulent sous des portefeuilles de 150 à plus de 400 demandeurs d'emploi dans certaines agences de l'Ile-de-France, là où Christine Lagarde, ministre de l'Économie et des Finances en 2009, promettait le suivi d'un maximum de 60 personnes par agent. Pour faire face aux retards dans le traitement des dossiers indemnisation, les directions régionales font régulièrement appel aux volontaires pour effectuer des heures supplémentaires ; d'exceptionnel, ce recours tend à devenir un mode de gestion ordinaire de la pénurie. La réhabilitation et la création d'agences nouvelles subissent également le contrecoup de cette politique d'austérité imposée par le gouvernement et avalisée par le conseil d'administration, cela se traduit, en particulier, par une réduction de la surface des locaux, une diminution des postes internet en libre accès, la disparition des bornes « unidialog » en service 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7…
Quelles réponses ?
La gouvernance de l'opérateur soulève l'indignation des salariés mais la sourde détermination de l'État sarkozyste les jette aussi dans l'accablement. Au mal-être généré par la lourdeur de la charge de travail, les tensions vécues dans les relations avec le public, l'absence de perspective d'amélioration des conditions de travail et les inquiétudes qui pèsent sur le devenir de l'établissement, la direction n'a que son impuissance à proposer. Les derniers mouvements de grève n'ont au niveau national guère rassemblé, en moyenne, plus de 6,5 % des agents ; on constate cependant des taux plus importants dans les régions où l'appel est lancé par une large intersyndicale proposant une plate-forme revendicative claire liée aux effectifs et avançant quelques mesures simples de nature à améliorer les conditions de travail. La proximité des élections – politiques et professionnelles, toutes prévues pour 2012 – ne paraît pas propice à la création de larges mobilisations sur le terrain syndical. On voit déjà des organisations lancer des appels en ordre dispersé. La concurrence va jouer à plein durant l'année qui vient. Certains vont s'en remettre au faible espoir d'une solution venue d'un changement du personnel gouvernemental. Cependant, rien dans les déclarations des candidats déclarés ou virtuels ne permet de se bercer d'illusions. Fort heureusement, il reste, pour la plupart des salariés, outre leur conscience professionnelle, le bénéfice des coopérations au sein des collectifs de travail, autrement dit : l'entraide, ce qui permet de « tenir » malgré les difficultés. Par l'échange, par la pratique des solidarités, les équipes locales peuvent initier des mouvements revendicatifs, il s'en est trouvé, il s'en trouve encore, autour de revendications simples, claires : titularisation des collègues actuellement en CDD, augmentation des effectifs, refus de la dégradation de service en donnant la priorité à la qualité sur la quantité.
T. G., un travailleur syndiqué de Pôle Emploi
L'article du Monde libertaire
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|   Le wagon ivre ? Les dérives du CE de la RATPLe Monde libertaire n°1655 (15-21 décembre 2011)
On n'a pas pu manquer l'affaire (il y en aura d'autres, les élections approchent) : la presse s'est fait largement l'écho du rapport de la Cour des comptes qui épingle le fonctionnement pour le moins opaque du Comité d'entreprise (CE) de la RATP. Après les irrégularités signalées en 2010 dans celui d'EDF/GDF, et les déficits de ceux de la SNCF, d'Air France et de France Télécom pour ne signaler que les plus connus parmi les plus gros budgets, c'est encore une fois la gestion des organisations syndicales (CGT en tête) qui est mise en cause. Avant d'aller plus loin, il serait bon de faire un bref rappel de ce qu'est ce CE et de ses buts. Créé en 1947, le Comité central d'entreprise de la compagnie métropolitaine des transports deviendra le 21 mars 1948, le CE de la RATP. Son fonctionnement repose dès le début sur un principe : les élus du CE sont seuls décisionnels en matière économique et professionnelle, ainsi que dans la gestion des Activités sociales et culturelles (ASC). Pour ce qui est de ces ASC, le CE se donne comme mission : – D'offrir la possibilité aux agents de la RATP de bénéficier au moins une fois par jour d'un repas équilibré. – De favoriser le droit aux vacances pour tous, et en priorité le droit aux vacances pour les enfants d'agents. – De 2004 à 2010 (période faisant l'objet du contrôle de la Cour des comptes), le Comité régie d'entreprise (CRE) de la RATP a été géré principalement (à 85 %) par les organisations suivantes : CGT, UNSA, CFDT, FO et CFE/CGC. Cette gestion par le CRE a consisté à : – D'organiser chaque année le séjour de 38 000 personnes dans l'un des centres vacances familiales. – D'accueillir tous les ans près de 8 000 jeunes dans ses centres de vacances enfance/jeunesse. – De gérer un patrimoine immobilier constitué de 14 centres familles, 20 centres enfance/jeunesse et assumer sa participation dans dix Sociétés civiles immobilières (SCI). – De servir 1 567 000 repas par an dans 27 restaurants. – De mettre à disposition de 45 000 agents les différentes activités proposées par l'action culturelle. – De distribuer 30 000 jouets et accueillir 45 000 personnes lors de la journée de l'Arbre de Noël du CRE. – De rassembler plus de 10 000 visiteurs à la fête annuelle du CRE de la RATP. – De permettre à 2 000 agents de participer aux différentes manifestations sportives. Voilà pour les objectifs, mais la Cour des comptes, dans un rapport de 234 pages intitulé Les Dysfonctionnements du CE de la RATP, s'inquiète de l'opacité d'un système qui génère, selon elle, défaillances de gestion, manque de contrôles, climat social dégradé, mauvaise gestion des 27 restaurants du CE qui lui ont coûté 290 000 euros de 2006 à 2009, « disparition » de recettes de caisses, manquement aux règles d'hygiène dans le restaurant du siège à Paris, prix des denrées achetées surévalués… Il faut dire que le montant du budget de ce CE est colossal : 53 millions d'euros avec un effectif de 450 salariés. En ce qui concerne les activités vacances, le CE a mené de 2004 à 2010 six rénovations immobilières (sur une quarantaine de centres). Et là aussi on constate des surévaluations dans les devis, voire des travaux facturés alors qu'ils n'ont pas été réalisés… Et cerise sur le gâteau : la fête annuelle du personnel au château de Fontenay-les-Briis qui coûte environ 447 000 euros (et ce, depuis quatre ans). On notera aussi les dépenses à caractère visiblement privé : bouteilles de champ' à étiquette personnalisée pour mariage, achats de GPS et de produits de beauté etc. À part la Cour des comptes, personne ne peut contrôler les CE qui dès leur création (21 mars 1948) ont affirmé l'indépendance de leurs élus. Ce sont donc ces élus qui choisissent seuls les différents fournisseurs (pas d'appel à la concurrence, pas de publication des comptes). Que la Cour des comptes ait constitué un dossier uniquement à charge pour affaiblir les organisations syndicales (et particulièrement la CGT), c'est possible. Mais souvenons-nous qu'un autre rapport sur les « malversations » de ces organisations avait été établi pour être présenté au parlement, puis finalement, l'UMP avait renoncé à sa présentation. Trop de monde mouillé à gauche et à droite ? Cette fois-ci encore on entrevoit la porte de sortie : la Cour des comptes préconise une reprise en main du CE, quant à Michel Mercier, ministre de la Justice, il estime « légitime de soumettre les CE aux obligations comptables du code du commerce ». La CGT-RATP a évidemment saisi la balle au bond en déclarant : « Si des dysfonctionnements nouveaux d'ordre organisationnel et/ou structurel apparaissaient, il va sans dire que les élus CGT mettraient tout en œuvre pour y remédier… Si des malversations, de l'enrichissement personnel, des surfacturations, etc. étaient démontrés, notre organisation syndicale mettrait tout en œuvre devant les autorités judiciaires compétentes, pour que le CE recouvre les sommes prétendument extorquées. Dans ce cadre, nous porterions plainte ou nous nous porterions partie civile sur une plainte déposée par le CRE. » Le parapluie est ouvert. Peu avant ce communiqué de presse, la CGT-RATP a adressé (le 2 décembre) un courrier à ses militants consistant en un argumentaire « qui n'a pas vocation à être affiché ou diffusé au-delà de nos militants ». Seules trois instances sont habilitées à s'exprimer sur le rapport de la Cour des comptes : le secrétaire du CRE, le secrétaire général de l'Union CGT/RATP, les secrétaires généraux des organisations syndicales gestionnaire. La CGT gagnerait en crédibilité si elle ne s'acharnait pas à cadenasser l'information. Le résultat va être une fois de plus, la décrédibilisation de ses adhérents que l'on ne peut toutefois pas assimiler à leurs états-majors, et c'est valable pour les autres organisations syndicales. On voit bien à chaque temps fort dans les luttes, le décalage existant entre une base (pas assez forte ni coordonnée) et une bureaucratie arc-boutée sur ses prérogatives. Cette fois encore, la bureaucratie fera le dos rond. Elle a déjà enclenché son auto absolution en élaborant depuis le 16 novembre un projet de restructuration de son organisation. Alors ? Une nouvelle voie pour le CE-RATP ? Sûrement pas plus de lumière qu'au CE-EDF ! Enfin, si certains se sont jetés sur cette affaire pour faire valoir à nouveau leurs basses critiques des organisations de travailleurs, voire pour remettre en cause des droits sociaux acquis de longue date, essayons, quant à nous, de faire un minimum la part des choses. Les dysfonctionnements révélés au grand jour sont bel et bien condamnables, et devraient désespérer tout syndicaliste consciencieux, mais la corruption contemporaine se limite-t-elle à des bouteilles de champagne ? Il faudrait là questionner tous les politiques qui ont pris position dans cette affaire et qui, c'est bien connu, portent haut le flambeau des magouilles financières. Que les grands médias, les partis, voire le patronat s'insurgent contre les dérives du CE-RATP a un gout prononcé d'hypocrisie, quand on sait les arnaques, les malversations, les ponctions et les manipulations dont ces gens-là sont capables. Reste que la bureaucratie en charge du comité est fautive, légalement certes, mais aussi, et surtout, envers les travailleurs de la RATP dont elle est sensée être une institution représentative.
Ramon Pino
L'article du Monde libertaire
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|   Les flamencos d'Utgé-Royo…Le Monde libertaire n°1655 (15-21 décembre 2011)
En cette fin d'année 2011, nous avons rencontré Serge, qui poursuit son chemin de libre chanteur… Un agenda bien garni avec des concerts, notamment pour les compagnes et compagnons de Radio libertaire ou de l'Union pacifiste, des écritures, la préparation d'un album de chansons inédites (été 2012) et la sortie du coffret trois CD Contrechants… de ma mémoire. La bonne idée de regrouper ces 3 albums avait été lancée à l'occasion de la rencontre avec l'équipe de L'Autre Distribution (qui fournit les CD aux disquaires), il y a quelques semaines. Et voilà, c'est chose faite : les 52 chansons de la mémoire sociale, choisies par Serge, sont rassemblées et livrées sous un seul emballage, à un prix attractif (28 euros). On y retrouve donc des chants de révolte et d'espoir : de la Commune de Paris (Louise Michel, Clément, Jouy…), de la guerre d'Espagne, de la résistance italienne ou chilienne, de la révolution mexicaine ou portugaise, des poètes tels Victor Jara, Gabriel Celaya (superbe « Hommage au poète : la poésie est une arme chargée de futur ») ou encore Lluis Llach (universelle « Estaca »), des chansons pacifistes et antimilitaristes, des chansons peu reprises aussi, comme cette apostrophe joyeusement railleuse de manif, Allez les gars, interpellant les « casqués », la déchirante Lettre de (Nicola) Sacco à son fils, mise en musique par Pete Seeger (qui se réjouissait il y a quelques saisons et du haut de ses quatre-vingts printemps de voir « un jeune français » traduire et reprendre ce chant contre la peine de mort), la Canzone per Giuseppe Pinelli, chanson pour Pinelli, compagnon italien défenestré d'un commissariat milanais dans les années soixante-dix, sans oublier La Makhnovtchina ni La vie s'écoule de Vanheigem « parti des rouges, parti des gris, nos révolutions sont trahies » ni enfin ce Chant des marais d'un espoir infini… Quelques chansons d'Utgé-Royo complètent ce florilège comme Juillet 1936 (Pardon si vous avez mal…), qu'on a pu ici ou là prendre pour un chant de la guerre d'Espagne tant il sonne vrai, ou l'indispensable Amis, dessous la cendre…, qui en appelle à notre mémoire collective et à nos amitiés… Une précision encore, qui a son importance : chaque CD comprend un livret de 28 ou 32 pages, avec les textes, traductions et un petit commentaire pour resituer la chanson dans son contexte. Précieuses infos, qui tordent parfois le cou à quelques idées reçues ! Pour terminer ce clin d'œil, laissons Utgé-Royo lancer ses chansons d'aujourd'hui contre le vent, avec ce court extrait du futur Espoir têtu à paraître à l'été 2012…
« Permettez que je chante encore pour de beaux lendemains têtus, Des rêves jugés impossibles qu'il faudrait avoir vécus, Des sourires incandescents qui sécheraient toutes les larmes Et des symphonies sans chéquier qui ne seraient pas du vacarme… Il faut dénuder les bergers, les députés, les présidents, Les pauvres dogues de papier qui grognent contre nos printemps. Jusqu'à ce que fondent les pierres que l'on a soudées contre nous, Jetons de l'amour à la mer et des chansons dans le vent doux. »
Larry Tournelles
L'article du Monde libertaire
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|   Les intouchables ?Le Monde libertaire n°1655 (15-21 décembre 2011)
Spéculateurs, agents notateurs de Standard & Poor's, Moody's ou Fitch, gangsters de tous poils des marchés financiers semblent plus que jamais intouchables. Ils font et défont, sans même s'en cacher désormais, les gouvernements en Grèce, en Italie et ailleurs. Ils exigent toujours plus de rigueur, d'austérité pour les salariés, les chômeurs, les retraités, etc. Ils mentent à longueur de télévision, ils volent, ils pillent, ils tuent ! Et ce n'est qu'un début. C'est la grande revanche du capital qui considère que, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, trop d'acquis sociaux ont dû être concédés : retraite, sécurité sociale, allocations chômage, services publics, statuts et conventions collectives, salaire minimum, etc. Rien de révolutionnaire mais déjà beaucoup trop pour ces cannibales. Leur terreau naturel, c'est la misère et l'exploitation ; leur politique, c'est la démocratie d'opérette lorsque c'est suffisant pour maintenir le calme et la dictature quand leurs intérêts l'exigent. Même l'annonce d'un malheureux référendum en Grèce les rend très nerveux. En pleine « révolution » tunisienne, l'agence de notation Moody's baissait la note du pays arguant de « l'instabilité politique et sociale qui règne ». Un bon dictateur y'a pas mieux parfois pour maintenir ou augmenter le taux de profit, quitte à verser des larmes de crocodile quand les morts jonchent les rues lors des manifestations. En France, les plans et mesures d'austérité s'enchaînent. Les salariés sont tous présumés fraudeurs, et de mettre en avant les prétendus 4 milliards de fraude sociale imputables aux travailleurs. Et les 16 milliards (chiffres officiels) imputables aux entreprises ? Et les 63 % des sociétés non en règle avec l'Ursaff, qui en parle au journal télévisé ? Et les 232 milliard d'euros pillés depuis 1982 dans les caisses de la Sécurité sociale (donc aux salariés) par le biais d'exonérations sociales, qui s'en émeut ? Il faut dire que tous ces vautours (pardon aux vautours !) auraient tort de se gêner. Au-delà des gesticulations électorales de circonstance tous les politicards sont d'accord pour préserver le système. Ils ont juste un léger différend quant à ceux qui sont les mieux placés pour le faire ! Quant aux directions syndicales, rien à en attendre non plus sinon une anesthésie générale pour mieux faire passer les coups. Ainsi le triste et pitoyable Chérèque, chefaillon suprême de la CFDT, déclarait le 22 novembre dernier : « Les salariés attendent des syndicats des explications sur la crise et non l'organisation de la grève que réclame FO. Depuis 6 ans, réduire la dette, c'est une priorité de la CFDT. C'était notre démarche déjà en 2003. » Cela a au moins le mérite de la clarté. Mais qui va enfin le faire taire, l'empêcher de nuire et le renvoyer dans les poubelles de l'histoire ? 1655AnticapitalismeCombien de temps les militants CGT vont-ils accepter que Thibaut lui fasse la courte échelle et ridiculise la « vieille maison » ? Combien de mascarades, type journées d'action du 13 décembre, sans contenu revendicatif clair et sans le début de l'ombre d'un soupçon de volonté de résister va-t-on laisser passer ? L'austérité intersyndicale en quelque sorte. Le choc, l'affrontement de classe est inévitable. En Grèce la grève générale du 1er décembre a réuni des centaines de milliers de salariés. En Grande-Bretagne une grande majorité de fonctionnaires a fait grève le 30 novembre. Rien de comparable depuis 30 ans. En Belgique, la grève du 2 décembre a été bien suivie… La grève du 15 décembre dans l'Éducation nationale est aussi un signe positif car l'unité (hors CFDT) imposée en partie par la « base » s'est faite sur une base claire : retrait pur et simple du projet de décret sur l'évaluation des enseignants. Et les luttes vont se multiplier quels que soient les obstacles politico-syndicaux qui vont s'y opposer. De ce point de vue les événements internationaux de ces dernières semaines prouvent s'il en était besoin que les urnes sont les cercueils des espoirs de changement véritable. Élire ou agir, il faut choisir. Dans un tel contexte, chacun doit prendre ses responsabilités, sans se la jouer, modestement, mais réellement. Les militants anarchistes, notamment ceux de la Fédération anarchiste, sont face aux leurs : être un point d'appui sur le fond et sur la forme des luttes sociales ou de simples commentateurs. La lutte se construit sur le terrain, pas sur internet. Elle nécessite rigueur, organisation et détermination. Rien, absolument rien ne doit nous rendre impuissants quand il s'agit de combattre (avec d'autres) ceux qui se croient intouchables.
Fabrice (groupe La Sociale)
L'article du Monde libertaire
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|   Pizza Hut, les grévistes à l'offensiveLe Monde libertaire n°1655 (15-21 décembre 2011)
Ce mardi 6 décembre, les salariés de la douzaine de magasins Pizza Hut répartis sur toute l'Ile-de-France ont fait grève pour demander de meilleurs salaires et des conditions de travail améliorées. L'objectif : frapper la chaîne de restauration rapide au porte-monnaie afin de la pousser vers la table des négociations. Nous sommes allés à la rencontre des grévistes, rue Ordener, à Paris. C'est sous une pluie battante que des salariés de Pizza Hut venus de toute la région et leurs soutiens (parmi lesquels un militant du NPA, un de Stop précarité et une Autrichienne membre de l'IWW — Industrial Workers of The World) ont tenu un piquet de grève devant le magasin de la rue Ordener (XVIIIe arrondissement de Paris), dont la devanture a été pour l'occasion recouverte de tracts multicolores. Vers 15 heures, les responsables syndicaux SUD et CFDT sont partis négocier avec la direction, tandis que les responsables de l'enseigne ont finalement décidé de fermer le magasin pour l'après-midi. En ce mardi, jour traditionnel de promotions sur les pizzas, il s'agit de faire pression sur la direction pour obtenir de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires. Alors que le magasin fait d'ordinaire 4 000 euros de chiffre d'affaires sur une journée comme celle-là, ce mardi, ce chiffre est de seulement 289 euros. Un chiffre à mettre en relation avec les pertes dues aux surplus qui devront être jetés et à l'obligation qu'a l'entreprise de payer ces grévistes. L'objectif affirmé est bien de frapper la chaîne de restauration rapide au porte-monnaie afin de la pousser vers la table des négociations.
Passage à l'offensive
Les grévistes soulignent que leurs conditions de travail sont « parmi les pires du marché du travail ». Dans des locaux souvent mal entretenus, les standardistes courent entre les appels incessants et les sorties de four, les « prodeurs » (cuisiniers) travaillent à la chaîne « sous une chaleur harassante et insupportable ». Les livreurs doivent filer comme le vent quelles que soient les conditions météorologiques pour assurer un bon service aux clients. Certains se font agresser, d'autres se tuent sur la route. Quand ils ne sont pas assez rapides, on les oriente vers des tâches plus pénibles comme la plonge. Tous sont payés au SMIC, sans primes ni 13e mois ni mutuelle : une situation unique parmi les employés polyvalents. Enfin, Pizza Hut est aussi connu pour sa tendance à réprimer les syndicalistes, par exemple en décourageant à coups de pression psychologique ceux de ses salariés qui souhaitent se syndiquer ou se présenter aux élections professionnelles sur des listes syndicales, notamment à la CGT — du temps où ce syndicat existait au sein de l'entreprise — et à SUD. à l'image de leurs collègues de MacDo, KFC ou Quick, les salariés de Pizza Hut ne désespèrent pas d'obtenir une rémunération en rapport avec leurs dures conditions de travail. Cette grève se veut une grève « d'action » et non plus « de réaction » : si par le passé les grèves étaient déclenchées pour répondre à une attaque particulière (par exemple des heures supplémentaires non payées de mai à juillet dernier), cette fois-ci, il s'agit de ne pas attendre un malheureux événement et de passer à l'offensive en prenant l'initiative : « C'est nous qui posons les questions », se félicite Hichem Aktouche, délégué syndical SUD Commerce et services, de retour de négociation.
« Une prime pour aller pisser ? »
Pourtant, la direction continue de faire la sourde oreille. Ainsi, à la revendication de disposer d'un tabouret par poste de travail, obligation inscrite dans le Code du travail, l'entreprise, tout en reconnaissant ses torts, se plaint qu'elle « ne gagne pas assez d'argent » et « est déficitaire depuis qu'elle a été créée ». Autre obligation légale : permettre aux salariés ayant subi un accident du travail avec arrêt de plus de huit jours de bénéficier d'une visite médicale de reprise. Une obligation « trop difficilement conciliable avec l'activité de notre société », affirment les dirigeants. Les réponses aux autres questions soulevées sont tout aussi ubuesques, raconte Hichem Aktouche : « On ne va pas payer les salariés parce qu'ils sont à l'heure », aurait ainsi répondu la direction à la demande de prime d'assiduité. Ou encore, s'agissant d'une prime pour les salariés du mardi, jour particulièrement difficile du fait des promotions, la réponse aurait fusé, tout en élégance : « Vous ne voulez pas une prime pour aller pisser ? » Concernant la mise en place du régime de subrogation, Pizza Hut « va voir si vraiment ça ne coûte rien ». Or cette revendication est très importante pour les salariés : livrant des pizzas, soumis à la pression du chronomètre, ils ont très souvent des accidents de travail, « sorte de baptême pour chaque livreur », explique Hichem Aktouche. Quand c'est le cas, c'est l'assurance maladie qui prend en charge leurs salaires, mais avec des délais d'attente pouvant aller jusqu'à deux ou trois mois dont pâtissent des salariés qui, travaillant déjà à temps partiel, sont parfois obligés de s'endetter pour payer leurs loyers. Le régime de subrogation permet au contraire le maintien du salaire par l'employeur, qui se le fait ensuite rembourser par l'assurance maladie. Qu'en pensent les clients ? Hormis la traditionnelle vieille aigrie qui a « connu la guerre, moi, Monsieur » et qui trouve scandaleux que des jeunes vivant selon elle dans le confort se permettent encore de râler, les réactions sont plutôt sympathiques. Une autre personne âgée apporte un soutien appuyé, soulignant les conditions de vie de plus en plus difficiles des jeunes qui « sont l'avenir ». Des habitués saluent les grévistes. D'autres clients, qui avaient prévu de commander des pizzas ce soir, acceptent de renoncer à leur achat, telle cette mère de famille. Plusieurs demandent comment ils peuvent soutenir le mouvement et versent leur obole à la caisse de grève. Rares sont ceux qui entrent malgré tout, une fois le magasin rouvert pour la soirée. Une femme qui a tenté le coup ressort sous les huées et les quolibets. Les lieux ne sont plus tenus que par un manager, qui essaye de faire dégager les grévistes de l'entrée. Fatigué du son strident du mégaphone employé pour le faire fuir, il finit par appeler les flics. Pendant ce temps, Philippe Poutou, candidat NPA à la présidentielle, vient apporter son soutien aux grévistes. La pluie a cessé avec la tombée de la nuit, chacun entend tenir bon jusqu'à la fin du service. Le piquet est même si bien tenu que plusieurs salariés s'en vont renforcer celui de Neuilly où, la conscience de classe n'étant pas aussi développée, les clients tendent à passer outre. Toujours est-il que, suite à cette journée, Pizza Hut, qui n'a rien voulu lâcher ce mardi, se dit prête à ouvrir de vraies négociations dans les jours qui viennent en vue de parvenir à un accord qui mette fin au conflit. D'ores et déjà, les syndicats annoncent que, s'ils n'obtiennent pas satisfaction, ils appelleront à une nouvelle journée de grève.
Article 11
L'article du Monde libertaire
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|   Soutien au collectif antifasciste de MontbéliardLe Monde libertaire n°1655 (15-21 décembre 2011)
Le développement de l'extrême droite ainsi que des idées fascistes est une triste réalité que subit aujourd'hui l'ensemble de l'Europe, se nourrissant comme à son habitude de la misère sociale et de la détresse des plus fragiles. La France n'est pas épargnée par le développement de ces idées. En effet, celui-ci s'y structure et des organisations explicitement racistes n'hésitent plus à s'afficher dans la rue. C'est le cas dans la région Franche-Comté avec le Front comtois. La présence de ces idées nauséabondes dans le Pays de Montbéliard n'est pas un hasard. Elle se nourrit du malaise social, du mal vivre d'un nombre grandissant de personnes en désignant des boucs émissaires, faisant fi du rôle joué par le capitalisme forcené qui précarise nos vies. Un collectif antifasciste de Montbéliard, réunissant de nombreuse associations, partis politiques et organisations syndicales, a porté plainte contre le Front comtois. Celle-ci sera instruite ce jeudi 8 décembre au tribunal de Montbéliard. Ce même collectif a décidé d'organiser un concert de soutien au procès contre le Front Comtois. Un groupe audincourtois et le groupe ZEP étaient programmés. Toutefois, cédant aux pressions de l'extrême droite, le sénateur-maire socialiste d'Audincourt, Martial Bourquin, vient d'interdire l'accès à la salle de concert, annulant celui-ci. Nous condamnons fermement l'initiative du maire d'Audincourt qui, cédant devant l'extrême droite, annule le concert de soutien à la plainte déposée contre le Front comtois. Elles soutiennent clairement le collectif antifasciste de Montbéliard dans sa démarche d'opposer à la haine et au mépris la solidarité, la fraternité et la tolérance pour faire barrage au recul des libertés, instrumentalisé par l'extrême droite. Elles appellent à la mobilisation de toutes et tous, le jeudi 8 dès 8 h 30, à la cité judiciaire à Montbéliard aux Hexagones en soutien au procès contre le Front comtois.
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|   Travail le dimanche et déréglementation : l'intersyndicale Commerce de Paris passe à l'attaqueLe Monde libertaire n°1655 (15-21 décembre 2011)
La généralisation et la banalisation du travail du dimanche sont depuis longtemps sur la feuille de route du gouvernement, et les « aménagements » des règles en vigueur remontent déjà à plusieurs années. Ainsi, par exemple, la loi du 10 août 2009 prévoit l'octroi de dérogations pour les communes et les zones dites « touristiques ». Dans ces lieux déréglementés, le travail du dimanche est autorisé, et ce sans aucune contrepartie pour les salariés : pas d'augmentation du salaire horaire, pas de récupération en temps de travail et obligation d'accepter de bosser ce jour-là, sous peine de licenciement (dans les zones « non touristiques », les salariés ont la possibilité de refuser de travailler le dimanche). Cette offensive contre les droits des travailleurs ira sans doute encore plus loin mais devra aussi affronter une riposte sociale qu'on espère de taille. En attendant, des militants syndicalistes s'attellent déjà à mater les entreprises qui violent les quelques règles auxquelles elles sont encore soumises. C'est notamment le cas du Comité de liaison intersyndical du commerce Paris (Clip-P : CFDT, CFTC, CGC, CGT, FO et SUD) qui, depuis plusieurs mois, traîne devant les tribunaux les magasins qui contreviennent aux lois sur le travail du dimanche. La bataille commence en début d'année 2011 lorsque le comité s'attaque à 8 supérettes de Franprix, Monop', G20, Spar et Carrefour City pour violation de la réglementation. Reconnues coupables, la justice les appelle à respecter les règles, sous peine d'une amende de 6 000 euros pour chaque dimanche où le magasin sera ouvert après 13 heures. Encouragé par cette première victoire, le Clip-P remet ça le 17 novembre 2011 en traînant au tribunal cinq Franprix et Carrefour City, puis le 22 novembre avec 12 autres. D'ores et déjà sont prévues de nouvelles comparutions pour une trentaine d'autres commerces. Inutile de dire que le comité n'entend pas lâcher l'affaire. D'autant que, si la lutte s'inscrit dans la sauvegarde des acquis sociaux, elle porte aussi en elle un certain choix de société où la marchandise n'inonde pas chaque jour de nos vies. Voici d'ailleurs ce que confiait récemment le Clip-P : « La capitale n'a pas vocation à devenir un vaste centre commercial ouvert 7 jours sur 7… Et les salariés ont droit à ce temps de repos dominical privilégié et indispensable à leur vie personnelle. Ces dérives ne doivent pas avoir force de loi. » Si cette lutte peut sembler « anecdotique » ou « symbolique » (certaines supérettes étant prêtes à ouvrir le dimanche malgré l'amende), il est néanmoins possible qu'elle engendre quelques avancées sociales du point de vue de la loi. En novembre, la commission des Affaires sociales a validé une proposition de loi visant à préserver le repos du dimanche. S'en prenant directement à la loi du 10 août 2009, elle affirme que, « dans l'intérêt des salariés, de leurs familles et de la société, le repos hebdomadaire est donné le dimanche. Aucune dérogation à ce principe n'est possible ». Elle énonce aussi que le « refus de travailler le dimanche pour un salarié d'une entreprise bénéficiaire d'une dérogation ne constitue pas une faute ou un motif de licenciement ». L'Assemblée nationale rejettera sans aucun doute cette proposition, mais sa simple existence souligne que ce petit acquis social qu'est le repos dominical n'est pas encore tout à fait mort. Il ne tient désormais qu'à nous de nous mobiliser contre ces attaques qui en veulent au principe même du droit au repos. Sans doute pareil combat paraîtra à certains horriblement réformiste ou bien trop inscrit dans le système salarial, mais rappelons-nous à cet égard la pensée de l'anarchiste Stephen Mac Say qui écrivait : « La réduction des heures de travail, la multiplication et l'étendue du repos sont des étapes, modestes certes, mais précieuses, dans cet arrachement de l'existence à l'étau du travail. Sans doute, les maux premiers sont de misère, de privations, d'insuffisance ; mais ceux qu'engendrent le travail sans mesure […] apportent la mort au travailleur et aux siens. Ce n'est pas dévier de sa route que de porter au premier plan des revendications immédiates du prolétaire le droit à la santé, que de lutter contre le surmenage, de batailler pour des conditions saines de vie au foyer comme à l'usine. » Pour s'opposer aux violations des patrons de supérettes, les travailleurs concernés comme l'ensemble des consommateurs ont une marge de manœuvre. Boycotter les magasins contrevenant aux règles est un acte simple et non dénué d'efficacité. Et si jamais, un dimanche, on se rend compte qu'on n'a plus de farine, eh ben tant pis, la lutte des classes bouffera ses crêpes plus tard.
Guillaume Goutte
L'article du Monde libertaire
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1654Le Monde libertaire n°1654 (8-14 décembre 2011)
C'est pas ma faute, c'est les autres… C'est en substance la défense de Sarkozy dans son discours de Toulon II (en espérant qu'il n'y ait pas de III). C'est ce même personnage qui, avant, affirmait que « l'idée de la toute-puissance des marchés financiers qui ne devait être contrariée par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle ». Ah bon ? Parce qu'aujourd'hui c'est différent ? Comme en Italie, les puissances financières ne prennent plus la peine de se cacher derrière leurs représentants politiques. Les banques privées, renflouées avec l'argent public, spéculent contre les États endettés et menacés de faillite, et donc contre les peuples de ces États. Et notre président d'affirmer : « Il faudra imposer aux banques de financer le développement économique plutôt que la spéculation. » Et c'est les anarchistes qu'on traite de rêveurs ! « On ne sortira de la crise que par le travail, l'effort et la maîtrise des dépenses. » Travail et effort on connaît ; maîtrise des dépenses ? De qui et de quoi ? Bon sang, mais c'est bien sûr : de la retraite à 60 ans, des 35 heures, de notre modèle social qu'il va falloir « réformer » au plus vite d'après notre agité du bocal. Il devrait quand même être conscient que sans ce modèle social, les Français ne supporteraient déjà plus l'insupportable. Mais notre grand timonier à nous voit loin : au-delà de la France, il faut établir un « nouveau traité européen » car une « révolution mondiale a commencé ». Pas sûr que nous parlions de la même révolution mondiale, mais on constate que partout ça craque, ça s'indigne, ça proteste y compris chez nos prétendus flegmatiques voisins britanniques. Alors ici comme ailleurs, résistons, passons à l'offensive, nous savons bien qu'en 2012 nous n'avons rien à attendre d'un jeu électoral dont les règles ont été fixées par les représentants de la classe possédante.
L'article du Monde libertaire
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|   L'atome désinformeLe Monde libertaire n°1654 (8-14 décembre 2011)
Alors qu'Europe écologie Les Verts et le Parti socialiste viennent de signer un accord de campagne en trompe l'oeil en ce qui concerne le nucléaire, la campagne de désinformation mondiale concernant le nucléaire bat son plein. Commençons par ce foutage de gueule électoral : fermer 24 réacteurs (sur 58) d'ici 2025 et réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50 % (pas loin de 80 % actuellement). Cela ne dit pas combien de réacteurs seront construits en plus de l'EPR de Flamanville ? Certes EdF est prête à abandonner le chantier de l'EPR pour calmer les esprits, surtout à cause du fiasco financier, mais pour pouvoir construire des centrales de son cru et non plus siglées Areva. Ah la guerre capitaliste… Pendant ce temps, dans l'indifférence générale, depuis la mi-octobre, l'Europe est balayée par une pollution à l'iode 131. Aucune instance du nucléaire n'est capable (ou ne veut) en donner l'origine. Il faut savoir que la demi-vie de ce radioélément est de huit jours donc sa persistance dans l'atmosphère signifie une pollution qui se prolonge… Certes les doses détectées sont infimes et donc sans danger immédiat, mais nous savons depuis l'accident de Tchernobyl qu'il n'y a pas de dose inoffensive, aussi faible soit-elle. L'exposition prolongée à cette pollution sans goût, sans odeur et invisible fait mourir à petit feu. Plusieurs hypothèses se dessinent : accident dans une centrale européenne, réactivation du corium de Tchernobyl, ou conséquences de la reprise d'activité du réacteur 2 de Fukushima ? Quoiqu'il en soit une très mauvaise nouvelle pour l'industrie nucléaire qui va tout faire pour minimiser l'incident, voire le faire oublier dans les médias comme à son habitude. En effet, qui a parlé des dernières pollutions nucléaires en France ? Quid du pic d'iode à 32µBq/m3 le 22 septembre 2008 dues à la fissure d'un générateur de vapeur à Fessenheim, ou de celui du 16 au 25 septembre 2005 en région parisienne avec un taux dépassant 1000µBq/m3 sans aucune explication, et pourquoi les balises de la région parisienne ne donnent plus aucune donnée depuis 2009 ? Que dire aussi des pluies radioactives que subit l'Amérique du nord ? Conséquences de la reprise d'activité d'un des réacteurs de la centrale de Fukushima ou simplement liées à l'accumulation dans l'atmosphère de la pollution radioactive depuis l'accident du 11 mars et qui nous retombe sur la tête sous forme de pluie ? À Fukushima, véritable terrain d'expérimentation de contrôle social pour les prochains accidents nucléaires, la désinformation bat son plein. Évacuation uniquement sur 20 km autour de la centrale (au temps de Tchernobyl, c'était 300 km et déjà insuffisant), dispersion des déchets radioactifs sur le territoire japonais, augmentation des normes de la radioactivité dans l'eau potable bien au-dessus des normes de l'Organisme mondial pour la santé (qui ne peut être accusé de faire dans l'angélisme puisque soumise par accord aux diktats de l'Agence internationale pour l'énergie nucléaire), distribution des aliments irradiés par soucis de solidarité nationale, etc. Il semblerait même que le gouvernement japonais envisage d'envoyer ces aliments dans le tiers monde sous prétexte d'aide humanitaire ; faibles doses, pas de risques… Et sans parler des capitalistes qui savent qu'ils peuvent facilement socialiser les pollutions plutôt que les prendre à leur charge puisque les actionnaires de Tepco semblent avoir refuser de couler des dalles sous les coriums pour éviter qu'ils s'enfoncent dans la terre et polluent durablement, coût trop élevé… Devant toute cette désinformation, une association et un laboratoire indépendant se sont créés au Japon avec le soutien notamment de la Criirad mais combien de temps lui faudra-t-il pour avoir accès aux « grands » médias ? Après vingt-cinq ans d'existence, la Criirad y arrive tout juste et il n'est pas à douter qu'en cas d'accident en France, elle sera interdite d'antenne. La Criirad et les quelques autres associations plus ou moins indépendantes ne pourront s'opposer à la vague de désinformation qui déferlera. Seuls un travail d'information de tous les jours dès à présent, une prise de conscience de l'ensemble de la population et sa mobilisation déterminée pourront peut-être inverser le rapport de forces avec les institutions, sans parler de celui avec les industriels et leur lobby.
Guillaume, individuel 29 et groupe La Lune Noire de la Fédération anarchiste
À consulter : le site de la Criirad : criirad.org, un blog sur Fukushima : fukushima.over-blog.fr, un site d'informations en continu sur Fukushima : www.scoop.it/t/fukushima-informations
L'article du Monde libertaire
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|   La crise capitaliste, la fin d'un monde et la gaucheLe Monde libertaire n°1654 (8-14 décembre 2011)
Loin des stratégies électorales, l'auteur nous invite à œuvrer et nous préparer sans tarder à une transformation profonde, un « effondrement » du système. Il faut dit-il construire ici et maintenant du « non capitalisme » pour jeter des bases pour l'après, pour l'inconnu. Nous faisons partie de cette crise ; il faut donc aussi « nous changer dans le monde » pour y faire face et imaginer de nouvelles stratégies. Dans l'édition de novembre du Monde diplomatique, Serge Halimi développe dans un long article sa vision des problèmes que traverse la gauche européenne. Dans La gauche dont nous ne voulons plus 1, il déroule une forte critique envers les gouvernements qui se proclament socialistes pour leur gestion de la crise, puisqu'il ne trouve pas de différences majeures entre ce que font les conservateurs et les progressistes une fois qu'ils dirigent la chose publique. « La gauche réformiste se distingue des conservateurs le temps d'une campagne par un effet d'optique. Puis, lorsque l'occasion lui est donnée, elle s'emploie à gouverner comme ses adversaires, à ne pas déranger l'ordre économique, à protéger l'argenterie des gens du château » écrit Halimi. Elle critique aussi la gauche radicale qui rêve « de se blottir dans une contre-société isolée des impuretés du monde et peuplée d'êtres exceptionnels ». Ce qui est intéressant dans son analyse, c'est qu'il mise sur des ruptures. Il récupère le triomphe électoral du Front Populaire français de 1936, non pour ce qu'a fait le gouvernement, mais parce que sa victoire « a libéré un mouvement de révolte sociale en donnant aux ouvriers le sentiment qu'ils ne se heurteraient plus au mur de la répression policière et patronale ». En somme, il mise sur la voie électorale en ce qu'elle peut être un activeur de la protestation sociale pour procéder aux ruptures nécessaires avec le capitalisme. C'est un changement vis-à-vis de la stratégie traditionnelle des gauches, non seulement européennes, puisque le sujet est redevenu la lutte sociale, la lutte des classes, et plus les appareils politico-électoraux. Halimi reconnaît les risques que contient la crise actuelle, à savoir, le débordement des États par le capital financier après son attaque frontale contre les secteurs populaires. Son analyse ne parvient pas, malgré tous les éléments positifs qu'elle comporte, à concevoir une stratégie alternative à celle qui, jusqu'à présent, a été hégémonique dans les diverses gauches : tant les européennes que celles des pays périphériques, tant les modérées que les radicales. Beaucoup des dilemmes qui se posent au « continent qui avait vu naître syndicalisme, socialisme et communisme – et qui paraît plus volontiers que d'autres se résigner à leur effacement », sont en réalité des problèmes qui chagrinent tous les anticapitalistes partout dans le monde. Je les résumerais en deux aspects : nous n'avons pas de stratégies pour vaincre le capital, ni électorales, ni insurrectionnelles, et nous n'avons même pas un imaginaire alternatif aux urnes ou à la prise du palais [d'hiver]. En second lieu, nous n'avons pas mis sur pied des économies durables par elles-mêmes, capables de soutenir la vie et d'enthousiasmer ceux d'en bas à consacrer toute leur énergie pour de telles tâches. En somme, si nous arrivons à triompher contre le capital, nous ne savons pas avec quoi remplacer le capitalisme, sauf nous engager à répéter ce « socialisme d'État » (qui était en réalité un capitalisme d'État autoritaire) qui s'est effondré à la fin des années quatre-vingt. La social-démocratie, le socialisme, le communisme et le mouvement syndical sont paralysés parce que le monde où ils sont nés et ont grandi est en train de disparaître rapidement. Même ce que nous appelons les « mouvements sociaux » sont en crise parce qu'ils ne peuvent plus continuer à agir de la même manière. On parle déjà de crise de la démocratie, de coups d'État, en pronostiquant que ce monde, qui a donné naissance aux idées et pratiques émancipatrices, est en faillite. C'est cela la crise du capitalisme ou la fin du système-monde capitaliste. Quand les gauches disent que le capitalisme est en crise, à peine se rapprochent-elles d'une demi-vérité. Si nous acceptons l'idée que nous faisons face à la crise du système-monde, nous devons comprendre que nous faisons partie de cette crise, parce que nos mouvements sont nés dans ce système et sont appelés à disparaître avec lui. C'est pourquoi il s'agit de construire autre chose, d'imaginer d'autres stratégies pour « nous changer dans le monde », parce qu'il ne s'agit pas seulement de changer le monde comme si c'était quelque chose placé en dehors de nous. Il manque deux questions : La première est de comprendre qu'il faut davantage de crise pour que quelque chose puisse changer. Il faut que le système s'écroule et nous devons travailler pour que cela arrive. Quand quelque chose s'effondre, il est évident que nous chutons avec, et c'est là un risque que nous ne pouvons pas éluder, parce qu'il serait vaniteux de prétendre que nous pouvons nous sauver par le seul fait de nous croire révolutionnaires, et parce qu'il s'avère éthiquement inacceptable de dissimuler ce risque aux êtres humains avec lesquels nous coexistons et avec lesquelles nous militons. Il y a des possibilités pour réduire l'impact d'un effondrement tout en faisant partie de ce qui s'autodétruit. Mais il est bon de savoir que la logique d'un écroulement consiste en ce qu'on ne peut pas contrôler complètement le processus, parce que dans la vie réelle les choses ne fonctionnent pas comme ces démolitions programmées que nous montre la télévision. Dans cette débâcle systémique il y a une force interne autodestructrice et incontrôlée (le système financier ou la guerre nucléaire). Sur cette scène nous devons reconstruire quelque chose qui n'est pas le capitalisme. La seconde question est qu'il faut faire du non capitalisme ici et maintenant, parce que ce qui viendra après l'effondrement ne peut pas s'improviser. Seuls les peuples indigènes et les paysans, les afro descendants et les secteurs populaires urbains de notre continent ont l'expérience de vivre de cette manière. Leurs savoirs seront indispensables pour survivre lors de ces écroulements et pour faire un monde meilleur. Mais, évidemment, rien de cela n'est utile pour gagner des élections. La logique du moindre mal est aussi en crise.
Raoul Zibechi
1. Publié dans La Jornada (Mexique) le 18 novembre 2011
L'article du Monde libertaire
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|   Poitiers, 1er décembre : procès de deux militants suite à leur soutien aux migrantsLe Monde libertaire n°1654 (8-14 décembre 2011)
Le 5 février 2011 avait eu lieu une manifestation de soutien aux migrants. Elle s'était soldée par l'arrestation et la garde à vue de sept personnes. Ainsi que deux perquisitions, où du « matériel militant anarchiste » avait été saisi et détruit, notamment du matériel de la Fédération anarchiste. Après plusieurs péripéties, reports et annulations pour cause de changement de la loi sur les gardes à vue, le procès a finalement eu lieu le 1er décembre 2011, pour deux militants seulement. Malgré le réquisitoire du procureur réclamant un mois de prison avec sursis pour chacun des militants, avec jours-amendes et TIG, le TGI de Poitiers a finalement relaxé les prévenus sur le refus de prélèvement d'ADN d'une part, et sur le regroupement en vue de commettre des dégradations d'autre part. En revanche, l'un des prévenus, dont le tribunal a rappelé avec insistance les idées anarchistes (d'après les résultats de la perquisition), a été condamné à 150 euros pour un tag qui aurait été fait durant la manif, et qu'il assure n'avoir pas commis. Cette condamnation est faite sur la seule déclaration d'un policier et ce malgré le témoignage discordant d'un autre policier. Malgré aussi qu'aucune bombe de peinture n'ait été retrouvée sur lui. Malgré enfin, et surtout, que le prévenu affirme ne même pas comprendre le sens de ce tag (« Contraindre le KO qui est en nous à prendre forme ») Ce que police et justice ciblent évidemment, en cherchant tous les prétextes possibles, c'est la solidarité et les idées libertaires, et les individus qui les portent. Pas plus tard qu'hier encore, des policiers venaient contrôler l'identité d'un militant du groupe Pavillon Noir pour diffusion d'un tract contre les élections.
Groupe Pavillon Noir, Fédération anarchiste 86
L'article du Monde libertaire
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|   Si le chômage frappe, la révolution doit embaucher Le Monde libertaire n°1654 (8-14 décembre 2011)
Après avoir atteint en septembre un niveau inégalé depuis douze ans, le nombre de chômeurs a encore battu un record en octobre. Avec une hausse de 1,2 % sur ce mois et cumulant depuis le 1er janvier une augmentation de 4,9 %, le nombre de personnes n'ayant pas travaillé du tout atteint des sommets. Ces calculs qui sont proportionnels à la population qui travaille sont un peu abstraits, c'est vrai. Alors, voilà : en additionnant les diverses catégories de sans-emplois, on atteint un chiffre de 4 459 400 personnes qui sont au chômage. Ce qui me parle davantage encore, c'est que ces « personnes au chômage », sont des hommes et des femmes, jeunes et moins jeunes, que je côtoie comme vous, et qui sont peut-être nos voisins, nos enfants ou nos amis, vous et moi, nous tous et toutes qui dépendons du salariat, c'est à dire de notre seule force de travail pour vivre, payer le loyer, acheter à manger et de quoi s'habiller, envisager l'avenir, se soigner, s'éduquer… Dès le troisième trimestre, des visionnaires avaient déjà prédit la catastrophe sociale et humaine : la création d'emplois fléchissait nettement par rapport au deuxième trimestre, et surtout, les plans sociaux et les réductions d'effectifs se multipliaient. La création nette d'emplois ne suffisait plus à compenser les pertes de postes. Et la situation ne devrait pas s'améliorer. Grands princes pour eux-mêmes, les porte-voix du gouvernement estiment déjà que les objectifs affichés par Matignon en matière de lutte contre le chômage ne seront pas atteints, à cause de la crise. J'en connais à qui çà va faire une belle jambe. Tartuffes ! Ces hausses du chômage touchent fortement les seniors – entre autres – pour qui l'augmentation du non-emploi est de plus de 15 % depuis le 1er janvier. Or, avec une moyenne de 39,7 % du taux d'emplois des 55-64 ans (plus de 70 % en Suède !), la France déroule un tapis rouge vers la précarité et la misère à ceux dont l'âge serait un facteur défavorable. Blanchir sous le harnais est donc un risque sérieux pour un salarié, en économie soi-disant organisée par l'État providence. Nos patrons ont besoin de jeunes loups aux dents longues et au sang frais, et d'allégements des coûts du travail, paraît-il… Les prévisions semestrielles de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), parues le 28 novembre, ne nous aideront pas à retrouver le sourire. Avec des économies en récession, ils nous annoncent un niveau de chômage de 10,3 % dans la zone euro fin 2012 et un pic de 10,4 % pour l'Hexagone (9,2 % fin 2011). Pendant ce temps, les prélèvements opérés par les 62 % de ménages français (environ 24 millions de personnes) possesseurs d'assurances vie sont massifs, pour le deuxième mois consécutif. En septembre puis octobre, les retraits étaient largement supérieurs aux dépôts : 1,8 puis 1,4 milliards d'euros ont été récupérés par les Français pour faire face à la situation. Une première depuis dix ans. Quand on sait que ces assurances vies sont envisagées par leurs détenteurs comme des épargnes pour les coups durs, on fait vite le lien avec le chômage de masse. Mais cette semaine, nous avions au moins deux raisons de ne pas désespérer. Les 25 et 26 novembre, en France, le réseau des banques alimentaires a collecté auprès des clients de supermarchés de quoi fournir 25 millions de repas pour l'hiver, soit un million de plus que l'an dernier. C'est inattendu en temps de crise qui s'approfondit. Et à travers tout le Royaume-Uni, une grève, le 30 novembre, a rassemblé des centaines de milliers de grévistes dans une journée de protestation inédite depuis 1978-1979, sous l'ère Thatcher. Il s'agit aujourd'hui de s'opposer à une autre vague de restrictions sociales et budgétaires du gouvernement de David Cameron. Ces deux faits isolés de l'actualité de cette semaine indique bien que, par crainte de l'avenir, ou par solidarité de classe, des populations ont toujours capacité à s'entraider, et à lutter. C'est important, par ces temps où la misère croissante et le chômage qui dure s'intensifient. Même si la peur du lendemain n'est pas la même pour tous, selon qu'on est salarié ou boursicoteur. Mais le jour où l'on se débarrassera de ceux qui exigent que nos vies empirent au nom de valeurs boursières viendra bien, non ? Et pour çà, il y a du travail pour tout le monde ! Allez, au turbin !
Daniel Vidal
L'article du Monde libertaire
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|   Toulouse : solidarité avec les inculpésLe Monde libertaire n°1654 (8-14 décembre 2011)
Le 5 juillet dernier, une dizaine de personnes ont pénétré dans les locaux de la Protection judiciaire de la jeunesse, à Labège, pour manifester contre l'incarcération des mineurs. En dépit du fait que, au dire même du procureur, l'action menée « n'a finalement fait que peu de dégâts », la répression s'exerce aujourd'hui de façon brutale et arbitraire. Une centaine de gendarmes ont en effet opéré le 15 novembre à Toulouse des perquisitions et procédé à une dizaine d'interpellations dans sept lieux d'habitation, pour l'essentiel des squats – embarquant au passage une famille de sans-papiers –, et bien sûr ordinateurs et écrits divers. Ils ont placé en garde à vue six personnes (que la presse, à son habitude, et suivant en cela le ciblage policier destiné à criminaliser au maximum, s'est empressée de classer dans les « mouvances anarchistes »), et quatre d'entre elles se trouvent depuis en détention à la maison d'arrêt de Toulouse-Seysses. Comme d'habitude, le juge a refusé la mise en liberté provisoire pour ces personnes, alors que les garanties de représentation étaient présentées, au prétexte qu'elles pourraient communiquer ensemble et prendre la fuite. Dix jours après leur mise en détention, elles se trouvent toujours privées de tout contact avec l'extérieur : les mandats, le courrier et les affaires personnelles tardent à leur arriver. Bref, tout est mis en œuvre pour maintenir la pression sur les inculpé.e.s et tenter de les faire craquer. Ils et elles sont accusés « de participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destruction ou de dégradations de biens ; violence commise en réunion sans incapacité ; dégradation ou détérioration du bien d'autrui commise en réunion ». Des faits minimes, une action de solidarité, mais des chefs d'inculpation très lourds et qui risquent d'être lourds de conséquences. Que ces personnes soient impliquées ou non dans cette action n'a pas d'importance, tant il est juste sur le fond d'avoir exprimé sa solidarité avec celles et ceux qui subissent la répression de manière brutale, ici les jeunes prisonniers de Lavaur qui se sont mutinés en mai 2011. Quand l'État enferme pour quelques graffitis, il tente de terroriser ses détracteurs et à tous ceux et celles qui, frappés de plein fouet par la débâcle économique, se risqueraient à quelques actions directes expropriatrices et/ou revendicatives. Ce n'est pas un milieu que l'on cible, c'est la capacité d'action de toute lutte. C'est pourquoi nous appelons à dénoncer à la fois la politique sécuritaire – dont la récente réforme sur la répression de la jeunesse ainsi que l'annonce d'un prochain décret permettant un fichage centralisé de la jeunesse (justice/école/santé) constituent des épisodes supplémentaires – et la répression menée à l'encontre des personnes actuellement incarcérées et poursuivies. L'époque résonne du bruit de bottes. Omniprésence de flics et de militaires sur la voie publique, multiplication des fichiers, délation institutionnelle, interdictions et amendes en tout genre : la pression policière s'accentue sans cesse sur la population ; contrôles, surveillances et contraintes sont le lot quotidien de tout un chacun, particulièrement des pauvres. Nous ne voulons pas de ce monde qui nous contrôle et nous emmure. Leurs matraques ne nous feront pas taire, ni marcher d'un seul pas !
Samedi 17 décembre, Descendons en nombre dans la rue ! Rendez-vous à Jean Jaures, 14 heures. Contact du Collectif liberté pour les inculpés du 15 novembre : nonalepm (arobase) riseup.net Soutien financier pour les frais de justice et la cantine en prison : envoyez vos chèques à l'ordre de « Maria », CAJ c/o Canal Sud, 40, rue Alfred Duméril, 31400 Toulouse.
L'article du Monde libertaire
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|   Nouvelle chronique de mauvaise humeur....................... J'en ai marre de ces petits cons nés, non pas avec une petite cuillère mais une louche en argent dans la bouche et qui, après avoir passé leur jeunesse à glander à Neuilly ou autres lieux déshérités, prétendent, aujourd'hui, sans la moindre culture historique, comprendre et résoudre les problèmes que posent à la collectivité les heureux occupants des "barres" et des "tours" abusivement appelées "cités" ou "quartiers".
Non pas à leur intention : il n'y a aucune chance qu'ils me lisent et de toutes façons, ils s'en foutent, mais peut-être à celle de mes petits-enfants ou de mon entourage.
Petit rappel historique :
I. Dès le début des années 50, organisation d'une véritable "traite" de main-d'œuvre originaire d'Afrique du Nord et, tout particulièrement d'Algériens. Ces derniers, issus de "départements" "bénéficiaires" d'une carte d'Identité spéciale mentionnant "Français de religion musulmane" ... Cette traite était nécessitée par la ré-industrialisation de la France et, par la suite pour les besoins du BTP. Elle a été grandement facilitée par la misère effroyable, une véritable famine qui affectaient les populations "indigènes" locales (cette misère éclaire d'un jour cru le "bilan positif de la colonisation" ; pour ceux qui la mettraient en doute, ils peuvent en trouver témoignange dans les chroniques d'Albert Camus ou les souvenirs de Monique Hervo, édités par le Seuil : "Chroniques du bidonville".) Cette main d'œuvre, en grande partie illettrée, (ce qui par la suite a posé quelques problèmes aux employeurs comme PSA) était amenée à pleins bateaux et, le plus souvent "lâchée" aux portes des villes avec le conseil d'aller "se loger" dans les bidonvilles éclos aux périphéries. Dans ce contexte, ces derniers étaient majoritairement occupés par des célibataires dont les salaires étaient majoritairement utilisés à permettre aux familles "restées au bled" de survivre............
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| |   DÉSERTONS LES URNES, OCCUPONS LA RUE !Abstention active aux élections !
LE SEXISME, L'ÉCOLE, L'ENTREPRISE, LES MÉDIAS ET LES POLITICIEN.NE.S nous moulent dans une vision résignée, hiérarchiste et autoritaire des rapports sociaux. Ils taisent, dénigrent, étouffent et répriment toutes tentatives de réinventer des rapports humains sans pouvoir, sans « spécialistes ». Les pouvoirs nous éduquent à la croyance qu'ils sont indispensables et perfectibles. Et malgré leur responsabilité fagrante dans le désastre social et écologique actuel, ce discours continue de nous être asséné par les partis politiques.
LE CIRQUE DES ÉLECTIONS de « représentant.e.s » nous est ainsi présenté comme un « droit » et même un « devoir civique ». Et pourtant, si l'on connaît un peu l'histoire, le droit de vote n'a été accordé que très progressivement. D'abord aux seuls riches et de sexe masculin. Il n'a été élargi qu'après des décennies de luttes sociales indépendantes des pouvoirs, et uniquement dans la mesure où la bourgeoisie et les gouvernements en place s'assuraient bien que ce droit de vote… ne remettrait pas en cause les fondements de leur domination : la propriété patronale et étatique des moyens de production. Qui excluent de fait les populations des décisions réelles sur la société dont elles veulent. Le parlementarisme est un simulacre de démocratie. Les élections vont de fait avec le capitalisme et l'État. Elles entérinent, en jouant avec l'accord des exploité.e.s elles.eux-mêmes, la dépossession globale de nos existences et l'accaparement des décisions réelles qui nous concernent par une « élite » de bourgeois.es et de bureaucrates. Cette domination ne repose pas que sur le « consentement » forcé des populations à obéir et à relayer les ordres, mais aussi sur l'abrutissement médiatique, le chantage généralisé à « l'emploi », la répression. ... Lire la suite de l'article... |
| |   Le Monde libertaire éditorial du n°1653Le Monde libertaire n°1653 (1er-6 décembre 2011)
Les élections, prochaines, à venir ou en cours, ont vraiment la cote d'amour dans les médias tous azimuts. Pour celles du passé, on ne fera malheureusement pas table rase… La Tunisie, pour ne pas parler d'elle, voit arriver les politiciens barbus et raccourcisseurs de liberté. Dernièrement, au Maroc, les islamistes ont été en tête des élections. Donc, en un mois, les religieux politiques recueillent les fruits de la colère du printemps arabe dans deux pays du Maghreb. Il y a, peut-être, une sorte de vote sanction, comme en France avec le Front national ? Bon, il y a quand même des sursauts de lucidité. « On a vraiment peur des islamistes, malgré tous leurs discours policés », déclaraient des Marocains à la sortie de leur bureau de vote. Pour la Syrie et l'Égypte, on attendra le résultat des derniers événements pour savoir à quelle sauce elles et ils seront mangés. Les califes en place tiennent toujours les manettes et l'armée est omniprésente et tire à balles réelles ! Les populations ont déjà goûté à la rugosité (sic) des pouvoirs en place, les prétendants à la succession vont montrer leur vrai visage. En tout cas, les mobilisations populaires en cours sont porteuses d'espoir et pourraient bien venir à bout des tyrans engalonnés. Sur la place Tahrir, les manifestants s'organisent déjà, en affirmant haut et fort ne vouloir aucun parti politique ou autres fossoyeurs professionnels des dynamiques révolutionnaires. Si bien, d'ailleurs, que Le Monde nous a gratifiés, la semaine dernière, d'un article intitulé : « Le “rêve d'anarchie” de la place Tahrir ». Et s'il n'y a pas de drapeaux rouge et noir, l'idée est bel et bien là.
L'article du Monde libertaire
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|   Bons baisers des grèves : quand le prolétariat met à genoux le patronatLe Monde libertaire n°1653 (1er-6 décembre 2011)
« Il vaut mieux être piquet de grève que par un scorpion. » Pierre Dac Il est depuis longtemps coutumier, chez nombre de nos « intellectuels » contemporains, d'affirmer, avec l'outrecuidance de celui qui croit apporter du neuf, que la lutte des classes est dépassée, que la grève et autres mobilisations syndicales ne sont plus que de vieilles pratiques de lutte anachroniques, bonnes à ranger avec les souvenirs d'un autre temps. Il arrive aussi, dans nos milieux révolutionnaires, d'entendre parfois quelques militants prétendre que l'arrêt de travail, c'est sympa, mais que l'avenir de la transformation sociale est ailleurs. Où ? Ces gens-là en ont sans doute une idée, reste que, pour le moment, on ne voit pas grand-chose, en termes d'efficacité s'entend. En revanche, du côté des grèves et des mobilisations syndicales, si ce n'est pas encore le raz de marée rouge et noir tant espéré, quelques récentes victoires témoignent que ces pratiques ne sont pas si obsolètes.
Unilever boit la tasse
Première victoire : celle des travailleurs de Fralib 1 qui, après une année de lutte « très difficile moralement et physiquement 2 », ont finalement obtenu gain de cause. Bref rappel des faits : il y a un peu plus d'un an, le 28 septembre 2010, la multinationale Unilever décide de fermer l'usine Fralib de Gémenos (près de Marseille), sous le prétexte d'importants soucis économiques ; prétexte évidemment fallacieux, le groupe ayant réalisé plus de 44 milliards de bénéfices en 2010 et connu une croissance de 11 % depuis 2009. En réalité, outre les habituelles raisons liées au « toujours plus de profit », cette décision semble davantage intervenir pour sanctionner des salariés qui, en mars et avril 2010, s'étaient mis en grève reconductible pour obtenir des augmentations de salaire. Menacés de chômage pour la plupart, ou de reclassements honteux pour certains (dix-sept postes étaient à pourvoir en Pologne pour 420 euros par mois !), les travailleurs se sont donc mobilisés, avec le soutien de l'UL CGT 13 et de l'UL CGT d'Aubagne, pour éviter le pire et dénoncer les méthodes de voyous de la multinationale néerlando-britannique. Après des grèves, des appels au boycott, des occupations, des manifestations, la lutte a fini par payer. Le 17 novembre dernier, la cour d'appel d'Aix-en-Provence juge « non valable » le plan de sauvegarde de l'emploi (plan social) d'Unilever. Estimant « qu'un tel plan de sauvegarde de l'emploi ne peut être considéré comme suffisant, sérieux et pertinent » et « qu'il est bien évident qu'aucun salarié du site de Gémenos ne peut accepter de telles conditions et que présenter de tels postes revient à ne rien proposer 3 », la justice aixoise annule les 182 licenciements prévus. La nouvelle a été accueillie avec des larmes et des cris de joie par les salariés qui voient ainsi « récompensés » des mois de lutte intense et téméraire. Mais le combat n'est pas fini, et nul ne doute que la multinationale propriétaire de l'usine ne tardera pas à proposer un nouveau plan de sauvegarde de l'emploi qui, cette fois, ne fera peut-être pas l'objet d'une annulation judiciaire. Désormais, les salariés vont tout faire pour qu'aboutisse leur proposition de reprendre l'usine en société coopérative, autour de la marque Éléphant. Comme le dit si bien Olivier Leberquier, délégué CGT chez Fralib : « On vient de remporter la demi-finale, on est en finale, il faut se mobiliser pour la jouer et la remporter, car seule la victoire est belle 4. »
Ça booste sous le capot de Renault
Deuxième victoire : celle des agents de sécurité incendie de Samsic, sous-traitant de Renault à Lardy, en Essonne. En grève depuis le lundi 14 novembre, ils ont obtenu, ce jeudi 17 novembre, une prime de site à hauteur de 50 euros par mois, intégrée au salaire. Une petite victoire, certes, mais aussi une petite revanche contre le licenciement de Soumarou Souleyman, syndicaliste cégétiste chez Samsic, en octobre dernier. Par ailleurs, les salariés de TFN Propreté (sous-traitant nettoyage de Renault) sont eux aussi en grève, réclamant principalement des augmentations de salaires et d'effectifs. Leur combat n'a pas encore abouti, mais la victoire des Samsic leur a sans doute mis du baume au cœur. Et ce d'autant que la tension ne cesse de monter chez les sous-traitants du constructeur automobile, comme l'explique Bernard Bachetta, secrétaire CGT de Renault Lardy : « Dans le cadre de son plan d'économies, Renault impose aux sous-traitants une baisse des coûts de 5 % par an. À force de tirer sur la corde, le ras-le-bol des salariés finit par éclater 5. »
Petits acquis arrachés à Saipol
Petite victoire aussi pour les 140 salariés de Saipol Grand-Couronne (Rouen) qui, le 9 novembre dernier, après un mois de grève – initié par les syndicats CGT et SUD – et d'actions médiatiques (blocage de routes), ont obtenu le versement d'une prime de 500 euros et la création d'un poste d'opérateur pour effectuer les remplacements. Leurs collègues de Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique) qui les avaient rapidement rejoint dans la lutte, ont, quant à eux, obtenu une prime de 150 euros et la titularisation de trois travailleurs, alors en contrat temporaire.
Ce n'est pas la Sociale, mais…
« Mettre à genoux le patronat » est une expression certes un peu excessive, mais ces quelques victoires témoignent que les « gens » ne sont pas aussi amorphes, passifs et infantilisés que le disent certains. Elles montrent aussi que le travail des syndicats ne se limite pas à des journées de manifestations nationales « traîne-savates » et qu'il serait judicieux – et plus honnête – de s'intéresser aux luttes et à l'activisme qui se construisent à la base des grandes centrales, avant de les condamner d'emblée en les plaçant du côté de la cogestion et de l'accompagnement capitaliste, certes incarné par leurs directions confédérales. Bref, en tout cas, une chose est sûre : grèves et mobilisations syndicales payent encore et, n'en déplaise à notre président, si elles ne sont pas toujours très visibles, elles n'en sont pas moins parfois victorieuses. Il ne tient qu'à nous de faire de quelques triomphes une généralité.
1. Usine qui fabrique les thés Lipton, actuellement dans les mains du groupe Unilever. 2. Témoignage de Jean-Michel Masselot donné à L'Humanité, édition papier du 18 novembre 2011. 3. Cité par L'Express, édition en ligne du 17 novembre 2011. 4. Cité par L'Humanité, édition en ligne du 21 novembre 2011. 5. Cité par L'Humanité, édition en ligne du 15 novembre 2011.
Guillaume Goutte
L'article du Monde libertaire
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|   Le capitalisme nuit gravement au secteur médico-socialLe Monde libertaire n°1653 (1er-6 décembre 2011)
Aujourd'hui, le secteur médico-social accompagne en France plus de 1,2 million de personnes âgées et handicapées. Ce secteur d'activité, qui regroupe 30 000 établissements et services et représente près d'un million d'emplois (éducateurs spécialisés, moniteurs éducateurs, aide médico-psychologique, psychologues, assistants sociaux, secrétaires, comptables, agents d'entretien, cuisiniers, etc.), se trouve dans un état alarmant. En effet, depuis plusieurs décennies, ce secteur en permanence réformé connaît une situation dangereuse, autant pour la prise en charge des personnes concernées que pour les salariés, leur reconnaissance et leur spécificité.
De la solidarité…
Un petit retour en arrière pour expliciter les notions qui ont fondé et modelé le secteur médico-social s'impose, non pour étayer un discours passéiste stérile, mais pour souligner la dérive progressive d'un secteur de service vers un secteur typiquement marchand. Ce secteur a une vieille histoire qui tire son origine dans deux grands courants : la solidarité de corps par le compagnonnage et les caisses de solidarité d'un côté, la charité chrétienne et sa morale de l'autre. C'est en 1652 que Louis XIV crée l'hôpital général, qui enferme malades, fous, mendiants et autres défavorisés, dans une structure fermée. La charité était alors le moteur de l'aide « aux miséreux ». L'industrialisation du début du xxe siècle et ses retombées sociales favorisent de nouvelles formes d'assistance pour apporter réponse à de nouveaux fléaux tels que la tuberculose, l'alcoolisme, la misère, etc. L'issue du conflit de 14-18 conduit la nation à se préoccuper des invalides, et des associations, encore actives aujourd'hui, naissent dans les années vingt (Ladapt, Ligue pour l'adaptation des diminués physiques au travail et l'APF, Association des paralysés de France). Après la dernière guerre mondiale, et les tragiques constats des abominations commises par les nazis, la société est marquée par cette folie d'extermination du « différent ». La bienfaisance, alors majoritairement privée, se professionnalise, se fédère en associations, abandonnant peu à peu la prédominance confessionnelle. La Sécurité sociale, instituée en 1946, marque un virage important dans le développement du secteur médico-social, en permettant la généralisation des soins et le développement des institutions (poids important du secteur associatif) chargées de les administrer. En 1956, un texte fondateur, « les annexes XXIV », crée les conditions d'une approche psychopédagogique et médico-sociale dans le traitement des enfants inadaptés pris en charge par la Sécurité sociale. On passe d'une prise en charge basée sur la notion d'assistance à une prise en charge reposant sur la notion de solidarité. Dans les années soixante, les professions sociales se mettent en place (création du diplôme d'éducateur spécialisé en 1967), les directions départementales des affaires sanitaires et sociales (DDASS) sont créées et on assiste à une période de planification et de réalisation de nombreux équipements sur l'ensemble du territoire, ce qui sera consolidée par la loi du 30 juin 1975 (création des commissions départementales d'éducation spécialisée pour les enfants et des commissions techniques d'orientation et de reclassement professionnel pour les adultes) 1.
… à la rentabilité
Dans les années quatre-vingt, la décentralisation contribue à une politique sociale territoriale et contractualisée en confiant aux départements des pouvoirs très importants. Puis les années quatre-vingt-dix voient la création des agences régionales de l'hospitalisation et le vote par le Parlement de l'encadrement des dépenses de santé (ordonnances de Juppé). C'est le début de la fin qui s'accélère avec la réforme de la loi de 1975 en 2002 : mise en concurrence du secteur, régulation par la commande publique (autorisation de création nécessaire entraînant le financement, mise en place des procédures d'autoévaluation et évaluation), application de méthodologies du management et de gestion des ressources humaines. Le capitalisme s'intéresse de plus en plus sérieusement au médico-social qui se découvre solvable : les personnes âgées financent leurs prestations avec l'aide des moyens publics, les handicapés également en bénéficiant du « droit à compensation » ; la formation des professionnels est lucrative. En 2005, la création des maisons départementales de la personne handicapée (MDPH) mutualise de façon draconienne les services CDES et Cotorep, puis la loi Hôpital-patient-santé-territoire (2010), qui met en place les agences régionales de la santé (ARS), confirme l'idée de l'ouverture du médico-social au secteur marchand et concurrentiel. Le rôle des ARS (financées par une subvention de l'État et des contributions de l'Assurance maladie et de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie) est de rationaliser l'offre de soins, autrement dit les dépenses hospitalières et médicales. Ces agences privilégient une approche administrative et financière plutôt qu'une approche médicale du secteur médico-social, lequel entre alors dans la logique de l'évaluation généralisée : prouver l'efficacité de son action et faire mieux avec moins pour être financé. Les établissements doivent respecter un cahier des charges établi par les autorités ; ils doivent maîtriser leurs dépenses en signant des contrats pluriannuels d'objectifs et de moyens (CPOM). Pour faire simple, les établissements reçoivent une enveloppe financière globale de trois ans (auparavant, le prix était fixé par jour et par usagers en fonction du nombre et de la diversité du personnel) et se débrouillent pour faire tourner la boutique en réduisant les coûts (matériel et personnel).
Quelles conséquences ?
Les chefs d'établissement et les associations gestionnaires présentent des projets satisfaisants sur le papier aux autorités en échange d'une enveloppe financière adéquate pour les mettre en œuvre. Ils se regroupent pour mutualiser leurs services (restructurations et licenciements) et freinent leurs dépenses pour répondre aux exigences de la politique sociale et aux restrictions budgétaires. Les résultats ne se font pas attendre : dégradation de la qualité de l'accueil et de l'accompagnement des usagers, avec un recul des dépenses pour les activités éducatives et une baisse du personnel diplômé, difficulté pour certains établissements à boucler leur budget (salaires du personnel non payés, factures de prestataires comme EDF ou factures de téléphone non honorées), remise en cause des conventions collectives par les syndicats employeurs. En effet, pour baisser le coût du travail, les patrons souhaitent réviser les conventions collectives (CC66 menacée depuis 2005, CC51 et Croix-Rouge révisée en 2003 et de nouveau attaquée, CLCC dénoncée en 1997) en individualisant les rémunérations et en s'attaquant aux acquis conventionnels pour pouvoir réduire les masses salariales et être ainsi dans les clous des CPOM. Face à cette situation catastrophique et aux différents projets de casse soutenus par les employeurs, la négociation n'est pas admissible (la CFDT continue pourtant à faire des propositions malgré l'opposition des salariés). Seule une mobilisation d'ampleur de l'ensemble du secteur médico-social peut assurer la défense des garanties collectives. Le 7 décembre prochain, les syndicats Sud Santé sociaux, CGT action sociale et FO appellent à manifester dans toute la France afin de dénoncer la dégradation des conditions de travail, de la qualité de l'accueil et de la prise en charge des usagers du secteur médico-social, tout en refusant de détruire les conventions collectives de ce même secteur. Si les familles et amis des enfants ou adultes handicapés ou en difficulté pouvaient également entrer dans la lutte pour défendre l'avenir et la prise en charge des leurs, le combat pourrait peut-être prendre une nouvelle tournure.
Philippe, groupe Gard-Vaucluse de la Fédération anarchiste
1. Le secteur est le champion toutes catégories de l'utilisation de sigles ; par respect du lecteur, je me suis contraint à limiter leur nombre !
L'article du Monde libertaire
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|   Une place, un militaire, une élection et des grèvesLe Monde libertaire n°1653 (1er-6 décembre 2011) Une place, un militaire, une élection et des grèves Donc c'est reparti ! Malgré la place prise par la crise de l'euro et autres dettes européennes, la place Tahrir refait parler d'elle. Pourtant, on pouvait croire que la révolution était finie. Les médias racontaient la belle histoire d'un printemps arabe où l'armée avait fait rempart de son corps pour protéger la démocratie arabe en gestation. Dans notre monde de la consommation instantanée et rapide, nous avions pu croire que la « révolution » était un moment court et décisif. Ce qui se passe en Égypte nous montre qu'il s'agit en fait d'un processus long et qui peut être meurtrier. Il aura fallu trente morts ou plus pour que le maréchal (quel beau titre) Tantaoui prenne la parole et dise que la marche vers une démocratie représentative allait reprendre le cours normal des choses. Il aura fallu ce nombre de morts pour que l'armée fasse de la politique. Mais ce n'est pas aussi simple. Les intérêts sont divers, complexes et souvent contradictoires.
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| |   Le Monde libertaire éditorial du n°1652Le monde libertaire n°1652 (24-30 novembre 2011)
Les prochains mois nous montreront à nouveau que les gouvernements, quels qu'ils soient, ne portent en eux aucune possibilité de sortie de crise. Après la fuite lâche et hypocrite de l'ignoble Berlusconi, l'Italie s'est doté d'un nouveau chef, un certain Mario Monti, économiste de profession. Après avoir enivré le populo avec des promesses de politicards, voilà qu'on essaie de l'endormir avec celles d'experts, de spécialistes, de docteur ès trucmuche. Une sorte de technocratie, tout aussi infantilisante, si ce n'est plus. Le pire, c'est que spécialiste ou pas, grand économiste ou pauvre plouc autoritaire, ils n'y pourront rien. Pieds et poings liés aux marchés qu'ils protègent et qui les portent au pouvoir, ils n'ont aucun intérêt à ce que la donne économique et sociale évolue vers davantage de justice et de dignité. Le « grand » Monti n'a d'ailleurs pas « délivré » son pays du plan d'austérité qui va le faire sombrer de plus en plus dans la misère sociale. Nous parions également sur un scénario similaire en Espagne. À l'heure où l'on écrit ces quelques lignes, les élections législatives sont pour bientôt. La droite sera sûrement triomphante et, là encore, peu de chances que les choses bougent et que la porte de sortie se dessine à l'horizon. On pourrait même parier pour que ce soit pire, les élus de droite n'ayant jamais été connus pour leurs bienfaits à l'égard des travailleurs. Idem pour la France et ses proches échéances électorales qui, contrairement à l'Espagne, verront sans doute la gauche monter sur le trône. En revanche, comme chez notre voisin ibérique, on parie qu'on s'en prendra encore plein le buffet ! Alors, on vote, ou on ne vote pas ? On s'en fout, on se met en grève !
L'article du Monde libertaire
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|   Austérisons-nous ? L'austérité, les hedge funds, les Indignés américains, et le bordel ambiant (2/2)Le monde libertaire n°1652 (24-30 novembre 2011)
On pourra toujours dire que ceux qui aujourd'hui occupent Wall Street ont mis du temps à démarrer, il reste qu'ils posent assez bien le problème, faute de proposer de bonnes solutions. Ils affirment représenter les 99 % de la population qui ne se livrent pas à la surconsommation et qui accumulent l'essentiel des richesses du pays. C'est dire qu'ils affirment représenter quasiment toute la population du pays. Ils s'en prennent à l'extrême concentration des richesses effectuée par le sommet de la société et la dénoncent comme le point central de la politique américaine. Jusqu'à présent, on considérait que la politique économique, les réductions d'impôts pour les riches, les subventions aux sociétés pharmaceutiques, la dérégulation finan-cière, etc., étaient des choses trop compliquées pour les gens ordinaires. Désormais, il semble que le brouillard qui masquait ces réalités se soit levé, et c'est la légitimité même du capitalisme financier qui est en jeu. La question est de savoir si cette tendance va se pérenniser… et si elle débouchera sur un projet politique. Les manifestants ont explicitement désigné Wall Street comme le cœur du capitalisme financier et comme leur ennemi. Ils ont accueilli dans leurs rangs les sans-abris, les exclus. En répétant le message « Nous sommes les 99 % », ils montrent que pratiquement tout le monde est la victime de la rapacité d'un très petit nombre. Un organisme, le US Census Bureau, a établi qu'en 2011, 47 millions d'Américains vivent en dessous du seuil de pauvreté ; 19 millions vivent dans une extrême pauvreté. Et la situation va s'aggraver à l'avenir. Sont particulièrement victimes de cette situation les mères célibataires 1. Mais les chiffres officiels sont en dessous de la réalité. En effet, la détermination du seuil de pauvreté est calculée comme étant trois fois le budget minimal de nourriture tel qu'il a été défini en… 1959, et réajusté pour cause d'inflation dans le prix de la nourriture. Autrement dit, ne sont pas pris en compte les prix du logement, de l'essence, des transports, de la santé, qui ont augmenté beaucoup plus que le prix des produits alimentaires de base. ... Lire la suite de l'article du Monde libertaire... |
| |   Pôle chômageLe monde libertaire n°1652 (24-30 novembre 2011)
« Le chômage est la période pendant laquelle une industrie est momentanément arrêtée. Le chômage peut être partiel ou total, local, national. Il se peut aussi qu'une usine, un atelier, une entreprise, une exploitation ne marchent qu'au « ralenti ». Ce moyen est souvent employé pour ne pas créer des troubles. Dans ce cas les ouvriers ne font plus qu'un certain nombre d'heures par jour et parfois, par roulement, ne travaillant que quelques jours par semaine. Le chômage c'est donc, pour l'ouvrier, l'arrêt forcé du travail. Le chômage tient à des causes multiples : incapacité du capitalisme à organiser la production d'une façon rationnelle, limitation du capital argent, mauvaise répartition des matières premières, spéculation sur celles-ci et sur les produits, afflux de main d'œuvre sur un point donné par voie d'immigration organisée par le patronat, fabrication intense de produits spécifiques et nouveaux dont l'offre arrive à dépasser la demande, sous-production des objets utiles, journées trop longues. Telles sont les causes générales et principales qui engendrent le chômage sous toutes ses formes et à toutes les époques. » Ainsi s'exprimait Pierre Besnard dans L'Encyclopédie anarchiste (1925-1934) à l'article « chômage ». Certes les choses sont plus compliquées aujourd'hui, entre autre, le problème de l'immigration… Pour autant les faits sont là multipliés à l'infini ou presque avec les délocalisations. Quand il y a quelques années les pouvoirs publics procédèrent à la fusion de tous les organismes qui s'occupaient des chômeuses et chômeurs on pressentait le danger à venir 1. Dans un premier temps les arguments avancés tournaient autour de l'efficacité dans le regroupement des efforts. La suite prouva que non et que la machine gouvernementale ne visait en fait à traquer celles et ceux qui étaient suspectés, à des degrés divers, d'être des « tire-au-flanc ». Il y a un an des agents de Pôle Emploi (de quel drôle de cerveau est sortie cette appellation ?) inscrivaient sur leurs banderoles : « 38 % d'agences en moins = 1 800 emplois » En fait c'est près de 18 000 postes qui se sont envolés en trois ans. Pour traiter correctement tous les cas sociaux, ça fait un peu court… Dernièrement la dernière goutte d'eau a fait déborder le vase. Au bord de l'implosion ou de l'explosion, on ne sait. Celles et ceux de ce que l'on peut appeler maintenant « ex-ANPE » étaient en grève la semaine dernière. Dix pour cent des salariés auraient suivi le mouvement 2. Alors échec malgré tout le grain à moudre côté conditions de travail ? Pourtant écrasés par la charge de travail, les violences verbales et autres de la part de la population chômeuse qui les prend pour la cause de tous leurs maux, la coupe est pleine. Mais comme il y a des décennies entre les employés de l'ANPE/Pôle emploi et le monde des privés de travail, il y a souvent peu de différence. Chaque individu pouvant basculer d'un champ à l'autre… Vous avez dit sous-effectifs ? En voici un exemple parmi tant d'autres, comme le constate un militant du SNU (Syndicat national unitaire Pôle emploi) : «ça craque de tous les côtés, les conditions de travail sont très tendues. On a des clash à l'accueil, des agents qui partent en pleurant en pleine journée… » Tristement les violences contre les personnels suivent la courbe du chômage. Un militant CGT de Lorraine en remet une louche : « De façon quasi automatique, la hausse de l'agressivité des usagers correspond à la dégradation du service rendu. On ne leur donne aucune réponse ! On ne prend plus le temps de faire notre travail. » Pourtant sur internet tout semble aller comme dans le meilleur des mondes… Pendant ce temps le locataire de l'Élysée et son staff gouvernemental lancent la chasse aux « fraudeurs » (appelés « voleurs » !) de tout poil. Tout en laissant entendre que le chômage est volontaire. Alors qu'il n'est pas besoin d'être sorti des grandes écoles pour comprendre que les problèmes (fraude sociale, déficit de la Sécurité sociale…) sont largement dus aux cotisations non versées par les patrons !
1. Il y avait l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) et les Assedic (ASSociation pour l'Emploi dans l'Industrie et le Commerce). 2. Nous y reviendrons. Quelques chiffres : Basse-Normandie 31 %, Lorraine 21 %, Aquitaine 20 %, Limousin et PACE 17 %.
Jean-Pierre Germain
L'article du Monde libertaire
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|   Tragédie grecque : la santé des Hellènes en criseLe monde libertaire n°1652 (24-30 novembre 2011) Tragédie grecque : la santé des Hellènes en crise 1652JhanoLe récent remplacement de Georgios Papandréou par Lucas Papademos au poste de Premier ministre du gouvernement grec illustre de manière éclatante la main mise grandissante de la finance européenne sur les États mauvais élèves de la zone euro. Papadéemos, comme son comparse l'Italien Mario Monti, tous deux anciens employés de la Banque centrale européenne (BCE), est sommé par ses patrons de mener jusqu'à son terme le plan de démantèlement de l'état social grec et de faire payer par le peuple, accusé de tricherie et des pires maux 1, l'ardoise contractée par les gouvernements successifs auprès des marchés rapaces. Baisse des salaires et des retraites (jusqu'à 30 % en moins !), augmentation des taxes (100 % d'augmentation du coût de l'essence et du fioul, 50 % sur l'électricité et le gaz !), avec entre autres conséquences la fermeture de 30 % des quelque 165 000 commerces d'Athènes et l'explosion du chômage : voilà la réalité de ce plan d'austérité, jugé nécessaire, difficile, mais juste par nos éminents commentateurs. La baisse de l'activité commerciale et industrielle due à ces coupes réglées entraîne mécaniquement la diminution des rentrées fiscales escomptées et censées permettre le remboursement de la dette. Le remède est pire que le mal ! Quels sont les conséquences de ce terrible plan d'ajustement structurel pour la santé de la population grecque ? C'est le sujet d'un excellent article paru le 22 octobre dernier dans la revue médicale anglaise The Lancet, une des plus prestigieuses et des plus reconnues dans son domaine : à coté de publications purement scientifiques, cette revue publie régulièrement des articles ayant trait aux aspect sociaux et politiques de la santé, comme par exemple les conséquences pour la population de la guerre en Irak ou la situation sanitaire en Palestine. Les auteurs de cet article 2 ont mené une enquête en 2009, alors que la crise venait de s'installer de manière durable et effective. Ils ont questionné plus de 15 000 Grecs, selon une méthodologie rigoureuse et scientifique, et ont comparé les résultats de cette enquête avec ceux d'une enquête analogue menée en 2007, avant l'éclatement de la crise de la dette. Ils ont aussi consulté les données rapportées par les organisations non gouvernementales, les rapports médicaux grecs et européens et les données de différents observatoires de santé.
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| |   Les Indignés expulsés à la veille du forum LibérationPar Damien Licata Caruso,Étudiant en journalisme article de rue89
Tôt ce matin, le campement de fortune du mouvement lyonnais des Indignés, place des Terreaux, a été évacué sans ménagement par les forces de l'ordre, pour « faire le ménage » à la veille du forum Libération.
Un débat sur les pratiques non-violentes devait avoir lieu, à 10h, face à la fontaine des Terreaux. Mais, à 8h, ce sont plusieurs officiers de police qui sont venus déloger la déclinaison locale du mouvement des Indignés. Cueillis à froid au réveil, les huit activistes n'ont pas eu le temps de réaliser que quatre voitures de police avaient investi la place. Venues avec un camion de déménagement, les forces de l'ordre ont démonté le camp de fortune et enlevé les pancartes installées depuis le début du mouvement à Lyon, le 11 novembre.
« Nous avons été traités comme des merdes et insultés par les agents. Ils nous ont tout pris sans violence. Mais ils ont fait preuve de violence verbale en nous disant que nous avions dix minutes pour dégager nos affaires », raconte Fred, un Indigné qui a assisté, incrédule, à la scène.
« On gâchait l'image de la ville »
Depuis près de deux semaines, une cinquantaine de militants tenait « une zone de résistance et de réflexion » sur l'une des plus célèbres places lyonnaises, face à l'Hôtel de ville. Or, ce week-end, le journal « Libération » y tient son forum, baptisé « Nouvelles Frontières ». Ironie du sort, un débat sur les Indignés se tiendra, samedi après-midi, à quelques pas de l'ancien camp. Fred s'insurge : « Ils nous ont affirmé que nous gênions la population et que cela gâchait l'image de la ville d'avoir des SDF sur la place publique. Ils vont échanger sur le mouvement et ils nous ont viré juste avant ! ». L'avenir du mouvement, à Lyon, est plus qu'incertain. Mais, après avoir dormi plusieurs nuits dans le froid, les Indignés ne désarment pas : « Nous sommes en résistance, alors nous allons rester ici jusqu'à que ce qui se passe quelque chose ». La police a prévenu : toute tentative de reformer un camp sera interdite. Au téléphone, la préfecture du Rhône a déclaré « qu'elle n'avait aucun commentaire à faire » sur l'évacuation.
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|   Le droit de planter et cultiver librement bientôt interdit ?Par Sophie Chapelle de bastamag(24 novembre 2011)
Les industries et multinationales semencières veulent rendre les paysans captifs… grâce à la loi. Les députés doivent examiner le 28 novembre un texte instaurant une « contribution volontaire obligatoire » : une véritable dîme sur les semences. Ressemer librement sa propre récolte ou échanger des variétés de plantes deviendra illégal. Soucieux de préserver l'autonomie alimentaire, des paysans et des citoyens entrent en résistance.
Demain, graines et semences ne seront peut-être plus libres. Des agriculteurs s'inquiètent d'une proposition de loi votée par les sénateurs le 8 juillet dernier, et déjà appliquée par décret aux productions de blé tendre. S'ils veulent conserver une partie de leur récolte pour la ressemer l'année suivante (quoi de plus naturel ?), les producteurs de blé tendre doivent payer une redevance appelée « Contribution volontaire obligatoire » (sic). « L'enjeu de cette nouvelle proposition de loi est d'étendre ce mécanisme à tous les paysans, alerte Guy Kastler, du Réseau semences paysannes. Chaque fois qu'on cultivera un hectare, ils prendront un peu d'argent de nos poches pour payer les détenteurs de propriété intellectuelle. » La loi prévoit de considérer la reproduction de semences à la ferme, sans payer cette dîme moderne à leurs « propriétaires », comme une contrefaçon [1]. La récolte pourra alors être saisie.
Qui sont ces propriétaires de semences à qui la « contribution volontaire » sera reversée ? Depuis 1949, toute variété de semence mise sur le marché doit obligatoirement être inscrite sur le catalogue géré par l'Office communautaire des variétés végétales (OCVV), dont le siège est à Angers [2]. Cet office accorde un droit de propriété intellectuelle, d'une durée de 25 à 30 ans, à « l'obtenteur », celui qui a sélectionné cette variété. Les principaux détenteurs de ces « certificats d'obtention végétale » [3] ne sont autres que les grandes multinationales semencières : Bayer, Limagrain, Monsanto, Pioneer, Vilmorin ou Syngenta. Tous réunis au sein de l'Union française des semenciers, qui aurait fortement appuyé le projet de loi.
Rendre les paysans captifs
« Le fait que l'obtenteur soit rétribué pour son travail de recherche ne nous pose pas de problème, explique Jean-Pierre Lebrun, un maraîcher biologique à la retraite. En revanche, nous sommes opposés à ce que ces obtenteurs récupèrent des taxes sur le travail de sélection que nous menons dans nos fermes. » Avec d'autres paysans et des consommateurs soucieux de préserver l'autonomie alimentaire, Jean-Pierre a fait le déplacement à Angers ce 19 novembre pour « débaptiser » l'OCVV, renommé « Office communautaire de la confiscation des semences ». Un geste symbolique qui en dit long sur les menaces pesant sur l'avenir de notre alimentation.
Yves Manguy, agriculteur à la retraite, connaît bien les semences de ferme, ces graines récoltées à partir de variétés sélectionnées par l'industrie semencière, mais multipliées par l'agriculteur lui-même par souci d'économie et d'indépendance. Pour cet ancien porte-parole de la Coordination nationale pour la défense des semences fermières (CNDSF), l'objectif des firmes semencières est clair : « Elles veulent instaurer un marché captif, que les agriculteurs achètent leurs semences et qu'ils n'en fassent plus chez eux. La loi en préparation consiste non pas à interdire complètement mais à restreindre un maximum le droit des semences à la ferme. » Le texte propose ainsi d'autoriser la semence de ferme pour seulement 21 espèces – en échange du paiement de la Contribution volontaire obligatoire – et d'interdire cette pratique pour toutes les autres espèces. |
|  | « Ce n'est pas la recherche qu'ils veulent rémunérer mais les actionnaires »
Pourquoi cette redevance ? Officiellement, pour financer la recherche. Actuellement, 85 % des sommes récoltées par la Contribution volontaire obligatoire sont reversées directement aux obtenteurs, et 15 % servent à alimenter le Fonds de soutien à l'obtention végétale en blé tendre. « Les objectifs de sécurité et de qualité alimentaire doivent être définis par le public, et non par les seules recherches de profits des entreprises semencières privées », argue la Confédération paysanne. D'après le syndicat, l'application de la proposition de loi entraînerait un prélèvement supplémentaire sur le revenu des agriculteurs français estimé à 35 millions d'euros. « La recherche doit être financée aussi par le public et non par les seuls agriculteurs. Il convient de mettre en place un mécanisme de financement public de la recherche », estime la Confédération paysanne. Le syndicat suspecte l'Union française des semenciers de vouloir d'ailleurs tripler la redevance (environ 3,50 euros par hectare aujourd'hui).
Des carottes illégales et des choux clandestins
Non loin de l'Office communautaire des variétés végétales, sur la place du Pilori, dans une rue piétonne d'Angers, se déroulent les rencontres des semences paysannes et fermières d'Anjou. Ici, des artisans semenciers partagent une même passion, celle de la sélection, de la conservation, de la multiplication et de l'échange des semences. François Delmond est membre de l'association Les Croqueurs de carottes, qui sauvegarde les variétés potagères traditionnelles menacées de disparition. Sur le stand, plusieurs variétés de carottes et de choux rouges sont proposées à la dégustation. Les réactions varient du « surprenante, celle-là » au « celle-ci a un goût de noisette très fort, vous ne trouvez pas ? ». Pour François, ces dégustations sont l'occasion de montrer l'impact des choix variétaux sur la qualité gustative.
« Ce que vous mangez est une variété de carotte illégale car elle a été radiée du catalogue, elle ne respectait pas les critères », explique François à une passante. Entre 1954 (date d'existence du premier catalogue des variétés de plantes potagères) et 2002, 80 % des variétés ont été radiées du catalogue, à cause d'une réglementation de plus en plus contraignante. « Ce que nous voulons, c'est la liberté de faire notre travail en âme et conscience, la liberté du jardinier de semer la variété qu'il veut et la liberté du consommateur d'accéder à des aliments différents. » Une liberté qui contribue à l'augmentation et à la conservation de la biodiversité cultivée, à la réduction de l'utilisation des pesticides ainsi qu'à l'essor de variétés adaptées à leurs terroirs et aux variations climatiques.
Rébellion contre la dîme des multinationales
Une campagne pour une loi de reconnaissance positive des droits des agriculteurs et des jardiniers sur les semences vient d'être lancée par plusieurs organisations. « Les droits des agriculteurs de conserver, ressemer, échanger et vendre leurs semences, les protéger de la biopiraterie et des contaminations par les OGM brevetés, et de participer aux décisions nationales concernant la biodiversité cultivée sont reconnus par le Traité international sur les semences approuvé en 2005 par le Parlement français », rappelle Anne-Charlotte Moÿ, en charge des questions juridiques au Réseau semences paysannes. Or, une succession de règlements européens et de lois nationales conduisent progressivement à leur interdiction totale.
La proposition de loi relative aux certificats d'obtention végétale doit être débattue le 28 novembre à l'Assemblée nationale. Il est encore possible de participer à la cyberaction, qui a déjà recueilli plus de 14 000 signatures, et un rassemblement est prévu devant l'Assemblée. « Il nous faut rester mobilisés, avertit Guy Kastler, afin de ne pas abandonner l'alimentation à quelques firmes multinationales. » Il y a trois siècles, les paysans versaient la dîme ou étaient contraints à des corvées au profit du seigneur local, propriétaire des terres... Aujourd'hui, cette domination s'est déplacée vers les semences.
Sophie Chapelle
Notes [1] Lire à ce sujet Comment les semenciers tentent d'asservir l'agriculture paysanne. [2] Pour être inscrites, les variétés doivent répondre à trois critères : la distinction (la variété doit être nettement distincte de toute autre variété notoirement connue) ; l'homogénéité (la variété est suffisamment uniforme dans ses caractères pertinents) ; la stabilité (la variété reste conforme à la définition de ses caractères essentiels après avoir été reproduite ou multipliée). [3] En Europe, on utilise le terme de « certificat d'obtention végétale », qui protège une variété. Son équivalent outre-Atlantique est le brevet, qui protège l'information génétique contenue dans une même variété. Du coup, il arrive qu'une plante fasse l'objet d'un double droit de propriété intellectuelle...
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1651http://www.monde-libertaire.fr/n1651-17-23-novembre-2011|Le monde libertaire n°1651 (17-23 novembre 2011) ]]
Austérité. Dans leur grande et pitoyable soumission aux marchés financiers (et aux agences de notation), les États s'appliquent tous azimuts à échafauder des plans de redressement, histoire de faire ici et là quelques précieuses économies. Du moins, c'est ce qu'on nous dit. Ce qu'on nous rabâche. Les États seraient les faibles victimes de la Finance, les malheureux esclaves du tout puissant dieu Monnaie. Le discours sous-jacent, c'est celui de la possible existence d'un État porteur de préoccupations sociales, un État indépendant et entièrement dévoué au bien-être de son bon peuple. À droite comme à gauche, on nous le fait miroiter, sous des appellations différentes et à travers la mise en avant de stratégies et de modalités diverses. Et pourtant, quand on jette un œil (un seul, pas les deux, sinon on ne voit plus rien) sur le passé, on constate, sans difficulté aucune, que le rôle de l'État a toujours été celui du fidèle serviteur et du protecteur acharné du capital ; et ce même quand il s'enorgueillissait d'être « ouvrier ». Outil indispensable au maintien de la paix sociale dans un monde divisé en deux classes aux intérêts antagonistes, il s'est, dès le départ, rangé du côté des puissants, des dominants – les patrons, les actionnaires et autres « possédants » –, au détriment des plus faibles et des plus nombreux – les travailleurs. Et il n'y a pas de raisons que ça change. Qu'on se le dise donc, tant que l'État existera, nous continuerons à subir les plans d'austérité, les économies drastiques et tout ce qui les accompagne (hausse des impôts impopulaires, baisse ou gel des salaires, licenciements, casse des quelques rares services publics, etc.) L'État n'est pas soumis aux marchés et à leurs avatars, il y est intrinsèquement lié, comme un enfant à ses parents : créé pour maintenir les privilèges, il ne changera jamais ses prérogatives. Hier comme aujourd'hui, notre seul espoir c'est de l'abattre.
L'article du Monde libertaire
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|   Austérisons-nous ? : l'austérité, les hedge funds, les Indignés américains, et le bordel ambiant (1/2)Le monde libertaire n°1651 (17-23 novembre 2011)
Qu'est-ce qui est arrive à Papandréou ?
Il a stupéfié le monde – le monde financier surtout – en annonçant qu'il organiserait un référendum sur le dernier accord négocié avec les dirigeants européens et les banquiers. On se dit : Papandréou en a marre d'être l'agent de la destruction économique de son pays au service des banquiers. Il en a marre de l'impopularité que lui vaut le rôle qu'il est obligé de jouer. Quelques-uns – des naïfs – ont pu se féliciter de voir un Premier ministre européen se la jouer démocrate en consultant – pour une fois – les citoyens. Ça pourrait faire contagion : une bonne chose pour certains, une très mauvaise pour d'autres. Selon toute probabilité, Papandréou n'en a rien à faire de l'opinion des citoyens grecs. On a pu dire également que c'était un coup de génie : harcelé par les conservateurs, en organisant un référendum qu'il était pratiquement sûr de perdre, il remettait la patate chaude auxdits conservateurs, contraints de montrer comment ils feraient mieux. En fait, la probabilité est qu'il a fait un coup d'éclat pour contraindre ses interlocuteurs à négocier un point particulièrement délicat. En effet, Charles Dallara, qui négociait au nom des banquiers, obtint une remise de 50 % de la dette publique grecque détenue par les banques. Le problème, c'est que lesdites banques ont immédiatement tenté de réduire les effets néfastes (pour elles) de cette réduction de dette et de réduire leurs pertes en jouant sur les taux d'intérêt et les délais de paiement, afin de perdre beaucoup moins que les 50 % convenus – et la Grèce se retrouverait avec beaucoup moins de 50 % de remise. Plus les Grecs serrent leur ceinture, plus leur économie s'effondre. Il faut savoir que les dettes se négocient comme n'importe quel produit financier, et que détenir une dette peut rapporter gros. Un banquier qui prête de l'argent peut vendre cette dette à un tiers. Le problème est simplement de savoir quelles garanties se trouvent derrière cette dette. Si des États ou des institutions internationales comme le FMI ou la Banque mondiale se portent garants, ou encore la Communauté européenne, ça va. C'est comme si le citoyen Lambda empruntait de l'argent à sa banque, appelons-la le Crédit général ; la banque en question revend la dette à une autre banque, ou à n'importe quelle institution, disons la Société béthunoise d'investissement. Cette dette peut passer de mains en mains, et l'emprunteur peut devoir de l'argent à une banque dont il n'a jamais entendu parler. Dans ce traficotage de dettes se trouve une trouvaille qui démontre l'extraordinaire inventivité humaine, ce qu'on appelle les hedge funds. ... Lire la suite de l'article... |
| |   Incendie du CRA de Vincennes : un procès pour l'exempleLe monde libertaire n°1651 (17-23 novembre 2011)
Jugées en mars 2010, six des dix personnes condamnées, jusqu'à trois ans d'emprisonnement, pour l'incendie du centre de rétention administratif (CRA) de Vincennes avaient fait appel. Leur procès a eu lieu en octobre dernier. Le jugement devrait être rendu à la mi-janvier. Pour Jean-François Cormaille-de-Valbray, un centre de rétention c'est un peu comme un hôtel : « Ce n'était pas un quatre étoiles, mais cela paraissait propre » ; c'est « un lieu tenu », où les retenus jouissent d'« une certaine liberté » (se déplacer, téléphoner, recevoir des visites). Aussi, bien qu'il admet que « la rétention est très stressante », il ne comprend pas que des êtres humains s'y révoltent : « Quelle mouche les a piqués ce jour-là ? » « Ce jour-là », le 22 juin 2008, les « piqués » du centre de rétention de Vincennes ont marché en hommage à l'un d'entre eux mort la veille, « comme un chien » (faute de soins médicaux). Jean-François estime que les keufs-matons du CRA « ont fait leur travail, et ce travail a été bien fait » ; en effet : aux questions sur cette mort, ils ont répondu à coups de lacrymo dans la gueule. Mais, cette fois, les retenus ont eu le dessus et leur prison a entièrement brûlé. Jean-François, lui aussi, fait son boulot : avocat général, il est chargé de faire condamner ; et on sent bien qu'il a à cœur de travailler aussi bien que sa collègue juge qui avait condamné tous les accusés après avoir si bien convaincu leurs avocats qu'ils n'étaient là que pour la forme qu'ils avaient décidé de quitter le procès au bout de quatre jours. ... Lire la suite de l'article... |
| |   Inondations en Thaïlande : entre colère et consternationLe monde libertaire n°1651 (17-23 novembre 2011) Inondations en Thaïlande : entre colère et consternation Depuis deux mois, la Thaïlande est victime d'inondations catastrophiques. à l'heure actuelle, plus de cinq cents morts, le tiers du pays sous les eaux, le cinquième de la capitale Bangkok sous une hauteur d'eau plus ou moins importante mais pouvant aller jusqu'à deux mètres. Les touristes, les tour operators et les investisseurs financiers s'affolent. La fréquentation touristique a chuté de 25 %, les prévisions de croissance devraient passer de 5 à 2 points. Le coût de la crise pourrait s'élever à environ cinq milliards d'euros. La Thaïlande n'est pas seule à souffrir des inondations, ses voisins le Laos et le Cambodge également, mais c'est elle la plus touchée. Les informations contenues dans cet article sont tirées du Bangkok Post, journal anglophone paraissant en Thaïlande et proche des milieux « démocrates » et libéraux, a priori opposé au gouvernement en place. Les évaluations des causes et des conséquences possibles, qui se trouvent pour certaines confirmées par des médias locaux, relèvent de ma propre responsabilité. ... Lire la suite de l'article... |
| |   La grève des électeursOctave Mirbeau Le Figaro, 28 novembre 1888 Une chose m'étonne prodigieusement — j'oserai dire qu'elle me stupéfie — c'est qu'à l'heure scientifique où j'écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre chère France (comme ils disent à la Commission du budget) un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu'un ou de quelque chose. Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n'est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ? ... Lire la suite de l'article... |
| |   "Electeur, écoute" Bureau Anti-Parlementaire 1919 Groupe de propagande par la brochure Réédité en 1924
Chaque fois que les pouvoirs de la Chambre des Députés arrivent à expiration, c'est un cri unanime : «Enfin ! Elle va donc disparaître, cette Chambre infâme ! Le pays va donc être débarrassé de ce Parlement maudit !» Ce langage traduit expressément les sentiments successifs : déception, lassitude, écœurement qu'ont fait naître, dans l'esprit public, au cours de la législature qui prend fin, l'incapacité, la corruption, l'incohérence et la lâcheté des Parlementaires. Pourquoi faut-il que l'engouement irréfléchi du populaire, son ignorance et son inobservation le poussent à espérer que la Chambre qui va naître vaudra mieux que celle qui va mourir ? Il est inconcevable que, périodiquement trompée, constamment abusée, la confiance de l'électeur survive aux déceptions dont il souffre et dont il se lamente ; et, pour l'être raisonnable et pensant, c'est une stupeur que de constater que les législatures se succèdent, chacune laissant derrière elle le même désenchantement, la même réprobation et que, néanmoins l'électeur persiste à considérer comme un devoir de voter. La période électorale s'ouvre, elle est ouverte. C'est la crise qui, périodiquement, convulsionne la multitude. Elle dure officiellement quelques semaines et, si l'on tient compte de l'effervescence qui précède et du bouillonnement qui suit cette crise, on peut dire qu'elle dure trois mois. Trois mois durant lesquels, peuplé d'agités, le pays semble frappé de démence : candidats, comités et courtiers électoraux, tour à tour confiants dans le succès ou désespérant d'y atteindre, vont et viennent, avancent et reculent, crient et se taisent, affirment et nient, implorent et menacent, acquiescent et protestent, attaquent et se défendent. C'est un spectacle fou : drame, comédie, vaudeville, bouffonnerie, farce, pantomime, tous les genres, du tragique au burlesque, s'y donnent rendez-vous et s'y rencontrent, associés, confondus. Le malheur est que c'est aux frais du spectateur que la farce se joue et que, quels que soient les acteurs, c'est toujours lui qui paie, et qu'il paie de son travail, de sa liberté, de son sang. Eh bien ! électeur, avant de passer au guichet pour solder ta place, écoute-moi. Ou plutôt écoute ce que te disent les Anarchistes ; écoute attentivement et réfléchis. ... Lire la suite de l'article... |
| |   L'extrême droite à LyonÉmission de France culture « Les Pieds sur terre » 09/11/2011 13h30 par Sonia Kronlund, Jérôme Sandlarz
Depuis deux ans, on assiste à Lyon à une recrudescence de l'extrême droite : ouverture de local néo nazi, manifestations sauvages violentes, actions anti-musulmans et agressions fascistes. Témoignages de victimes.
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| |   Comprendre la dette publique (en quelques minutes) Apprenez en quelques minutes ce qu'est la création monétaire par le crédit, le système des réserves fractionnaires, et l'article 123 du traité de Lisbonne... sans lesquels il est impossible de comprendre l'origine des dettes publiques et privées qui ravagent l'ensemble des pays développés.
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| |   Le Monde libertaire éditorial du n°1650Le monde libertaire n°1650 (10-16 novembre 2011)
Faut-il parler de ce qui agite le monde des médias ? Vous savez bien, ce pays où serait née la démocratie… Tout ce que nous pouvons dire c'est que quand les « grands » de ce monde sont d'accord sur un point c'est, en général, pas mirobolant pour celles et ceux du monde du travail. Dernier avatar, le G20 de Cannes. Comme il a été écrit dans la presse quotidienne : « L'heure est à l'austérité mais au rendez-vous des puissants, le luxe et une banque s'affichent en toute liberté ! » Foutre dieu, que fait la police ? Sûr que, quand le G20 se fera à Maubeuge ou à Petaouchnock, ça fera moins de barouf. Sinon, pour faire bien dans le décor realpolitik, l'ex-Dany le Rouge (et noir ?) salue « l'initiative courageuse » de Georges le Grec. Diable, les dernières nouvelles ont dû le faire changer de cap. On a l'habitude avec l'ancien trublion de mai 1968 ! À part ça, mettre à contribution Arthur Rimbaud, la presse française a belle allure. Qualifier l'Europe actuelle de « bateau ivre », fallait le faire. Émile Pouget, au-delà des siècles, est toujours présent sur le pavé parisien. En gros 1 500 pompiers professionnels (pas ceux qui sont militaires…) ont manifesté jeudi dernier à l'appel de la CGT, SUD et CFDT. Ils protestaient contre un accord signé par FO, CFTC, Unsa et CGC. On verra pour les divergences internes du mouvement syndicaliste, mais, pour l'heure, la virulence des manifestants – voire il y a quelque temps l'affrontement physique avec les forces de l'ordre – vous met du baume au cœur ! Voir la survie de l'action directe dans la débandade syndicale actuelle est toujours bon à prendre. Tout ceci nous ramène au problème « central » : quand la gauche est au pouvoir, les revendications ouvrières sont à la trappe, ou disons à l'arrière-plan. Ce qui est traduit par Michel Pialoux interviewé par l'Humanité : « Au milieu des années 1980, les problèmes du mouvement ouvriront été rendus invisibles. » Aveu quasi interne que nombres militantes et militants politiques avouent entre quatre yeux : quand la gauche est au pouvoir, on avale encore plus de couleuvres. Ben oui, c'est pour ça que les anarchistes ne croient pas à une nouvelle société issue des urnes !
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|   Presse de mal en pis Ça branle dans le manche à Presstalis ! Depuis la grande grève des commis NMPP en décembre 2010 qui se solde par de nombreux départs en retraite anticipée pour les salariés, Presstalis (SPPS pour la distribution de la presse en région parisienne) s'est considérablement restructuré, en pire bien entendu : un seul dépôt à Bobigny, une augmentation de la sous-traitance au niveau des porteurs (livreurs), payés au lance-pierre et réduits à être de vrais bagnards du portage (horaires compressés et cadences de dingues) en sous-effectifs, avec aussi l'apparition d'un nouveau sous-traitant pour livrer une partie des mensuels (Géodis). Depuis des années les plans de restructuration se sont succédé. Un test grandeur nature doit avoir lieu ce mois-ci : il s'agit de faire distribuer la presse quotidienne nationale en province par un groupement de quotidiens régionaux. Une étude menée par treize quotidiens régionaux sur 69 départements (représentant 400 millions d'exemplaires par an), et se proposant de diffuser 80 % des volumes fournis par les quotidiens nationaux, aboutit à un coût s'établissant entre 49 et 53 millions d'euros – hors subvention – et ces chiffres n'incluent pas les coûts liés à la mise en œuvre initiale de ce dispositif s'il était retenu. Mais le problème des cadres (plus ou moins en sur-effectifs eux !) n'a pas été résolu. Presstalis ressemble un peu à une armée mexicaine : une pléthore de généraux et de colonels et peu de soldats. Les dits cadres du « service de qualité » traînent les pieds et pratiquent concrètement une espèce de grève du zèle en ne traitant les dossiers de litiges entre les diffuseurs et l'entreprise qu'au compte-gouttes, en ne répondant pas au téléphone etc. Ce qui exaspère au plus haut point les diffuseurs de presse (kiosques et petites librairies) que cette situation rend exsangues… Il y a bien longtemps qu'ils n'ont plus de trésorerie et vivent au jour le jour. Leurs ventes baissent de plus en plus chaque jour (alors qu'ils sont commissionnaires). C'est un constat, la presse papier se vend de moins en moins ! En 2010 les quotidiens ont vu diminuer leurs ventes de près de 8 % et les magazines de près de 5 %, pendant que le réseau perdait 455 points de vente. Les acheteurs de presse papier font partie d'une tranche d'âge vieillissante, et les jeunes clients potentiels vont plus volontiers sur internet. En général la population des travailleurs qui vont au chagrin ramassent par terre l'information formatée des gratuits (Métro, Info matin, 20 Minutes). L'abrutissement est total avec cette pseudo presse tronquée ! Beaucoup de lecteurs se sont abonnés et les publications et quotidiens se sont tiré une balle dans le pied en bradant leurs abonnements ou en offrant des abonnements groupés et à vil prix ! Plusieurs titres sont actuellement dans la tourmente : France-Soir où 85 salariés doivent être éjectés son propriétaire (Pougachev) désirant tout miser sur le net ; Le Parisien où 48 suppressions de postes sont prévues, non pas que ce journal soit particulièrement déficitaire, mais sa direction « doit anticiper les évolutions pour garder son leadership » ; Le Monde où là il s'agit de supprimer 150 postes dans son imprimerie. Les gratuits aussi connaissent des problèmes : le premier hebdo d'annonces Paru-vendu vient de mettre la clef sous la porte et l'addition est salée pour les salariés : 1 650 emplois supprimés par le patron Philippe Hersant (fils de son père) centième fortune de France où il ne paye pas d'impôts car résidant en Suisse. Sur le terrain non plus les postes de presse n'arrivent pas à vivre malgré les aides de Médiakiosk (délégataire de la Ville de Paris pour les kiosques) et que Decaux vient de racheter : Jean-Claude Decaux leader mondial du mobilier urbain, vient en effet d'acquérir (fin octobre) 95 % de Médiakiosk qui est rappelons-le une filiale de Presstalis. Ceci n'est pas survenu par hasard, les élus parisiens projettent de réduire de 30 % l'affichage publicitaire. Avec ses 16 000 emplacements, Decaux est directement concerné, d'où ce rachat qui va lui permettre de récupérer la publicité extérieure de 746 kiosques en France (chiffre d'affaires pour 2010 : 26 millions d'euros). Pour obtenir ce marché il s'est engagé à « développer et mettre en valeur » le réseau des kiosques (comprenez : plus de pub encore et toujours ! Et d'ailleurs de plus en plus de publicités affichées n'ont rien à voir avec la presse) Presstalis a vendu cette filiale rentable pour combler son immense trou financier. Mais en vendant « l'argenterie » il ne lui reste plus rien de solvable puisqu'il est criblé de dettes, tout le monde pratiquant allègrement une « cavalerie » suicidaire ! La presse se vend moins également car face à une baisse considérable de leur pouvoir d'achat, les gens n'en n'achètent presque plus. Les revues sont chères : tout le monde veut les lire mais sans les payer. La part du marché publicitaire diminue et se réduit à une peau de chagrin : les annonceurs désertent la presse papier. Depuis juillet 2011, la loi Bichet de 1947 qui assurait une répartition équitable entre les gros groupes et la presse dite d'opinion ou alternative (avec peu ou pas de publicité) a été totalement modifiée. La distribution de la presse est assurée désormais par une société privée avec une direction, un conseil d'administration, et des actionnaires. Elle se compose de deux coopératives d'éditeurs, une pour les magazines (75 %) composée des groupes Bayard (cathos, revues pour enfants), Lagardère (Matra, marchand d'armes), Prisma presse (people à donf), Condé Nast (mode, déco.) etc. Et une seconde pour les quotidiens (25 %) composée du Groupe Amaury (Le Parisien, Aujourd'hui en France, L'équipe), Dassault (marchand d'armes, Le Figaro…), Le Monde (journal de tous les pouvoirs). Le tout supervisé par « une personnalité indépendante ». Tout cet organisme privé étant chargé de faire du fric et de combler les déficits sur le dos de tout le réseau : employés Presstalis, porteurs et diffuseurs en bout de chaîne. L'esprit a complètement changé puisque la filière est en grande difficulté. Les pseudo-coopératives sont dirigées par des requins : patrons de la presse débilitante et marchands d'armes qui régentent la propagande gouvernementale et les messages marchandisés du capital. Arrêter le papier et foutre le camp sur Internet, c'est priver la population d'une information plus variée. Tout le monde n'a pas Internet et une société à deux vitesses se profile très sérieusement. Les gueux n'auront que les gratuits entre les mains, les mieux lotis essayeront de lire sur le web… L'injustice de classe s'établira là aussi. Les petites librairies disparaissent les unes après les autres, les kiosques sont souvent fermés (Pas grave du moment que la pub s'affiche dessus). Ces lieux de vie, d'échanges disparaissent du panorama urbain. La presse libre, dont le Monde libertaire fait partie, est menacée d'asphyxie puis de mort à cause du nouveau système de rétribution de Presstalis. Quand la liberté d'information est atteinte, c'est la liberté tout court qui est en danger. La liberté n'a pas de prix, et sans une presse libre (et sans publicité), elle mourra sur l'autel du moloch capitaliste.
Patricio Salcedo, groupe Anartiste de la Fédération anarchiste et secrétaire général du SNDP-CGT
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|   Ils intimident, ils incendient, ne laissons plus faire !Plus les violences du capitalisme se font précises, et plus la chasse aux prétendus responsables de la crise prend le visage de l'intolérance et du fascisme : on en veut pour preuve trois faits d'actualité. Le premier n'a pas fait la une des média, et pourtant l'incendie à l'aide de cocktails Molotov de la Maison des Rroms, le 24 octobre, 163 rue des Pyrénées à Paris, a causé la mort de Ion Salagean, qui n'avait commis d'autre crime que de fuir la misère et le racisme dont souffrent les Rroms . Le second est la mobilisation de la mouvance catholique (Civitas) pour qui la proximité de l'extrême-droite tombe sous le sens, contre la pièce de Romeo Castellucci, "Sur le concept du visage du fils de Dieu", taxée de " christianophobe", terme calqué sur celui d'"islamophobe", vocable forgé par les Frères Mususulmans pour faire passer pour opprimés ceux dont le but n'est autre que de contrôler chaque instant de la vie humaine dans le carcan du rite religieux. Il est à noter que, lorsqu'il s'agit de pratiquer l'intolérance et de détruire la liberté de création artistique, les religions concurrentes s'entendent comme larrons en foire pour crier au blasphème, puisqu'aux côtés de la soutane, on a pu voir barbus et femmes intégralement voilées. Le troisième est l'incendie à l'aide de cocktails Molotov de la rédaction de Charlie Hebdo au moment même où il se "baptisait" provisoirement " Charia Hebdo" et prenait un individu qu'on n'est pas sensé pouvoir représenter comme rédacteur en chef. Pour la Fédération anarchiste, ces récents événements montrent que les violences fasciste et religieuse prospèrent sur le terreau de l'exploitation capitaliste, et qu'on ne peut espérer les voir disparaître sans s'attaquer aux racines du problème. Tant qu'un modèle économique inégalitaire sera protégé par un modèle politique étatique et délégataire, les solidarités de classe, celles qui transcendent les frontières, et les libertés individuelles, y compris , et surtout, celle de blasphémer, seront menacées par les religions, fanatiques par définition, et par le fascisme.
Fédération anarchiste, Secrétariat aux Relations extérieures. 2 novembre 2011.
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|   Enfin !Un peu d'histoire
1959. Création d'ETA par cinq jeunes dissidents du PNV (part nationaliste basque, conservateur bourgeois), dont Iulen de Madariaga. Franco est au pouvoir. Le pays basque espagnol, qui avait pris le parti de la république en 1936, est littéralement colonisé. Interdiction de sa langue. Exploitation éhontée du pays et de ses travailleurs. La guerre d'Algérie bat son plein. Ces jeunes gens voulaient libérer leur pays et y instaurer le socialisme. 1968. Premier attentat mortel attribué à l'ETA. 1973. Pulvérisation de l'amiral Carrero Blanco, chef du gouvernement et successeur pressenti de Franco. Ici et ailleurs, on fait péter le champagne. 1975. Mort de Francisco Franco. Dans son lit. 1977. Amnistie des prisonniers politiques hormis ceux condamnés pour terrorisme. La démocratie bourgeoise est, une fois de plus, pitoyable ! 1978. Création de Herri Batasuna, bras politique d'ETA. 1979. Approbation du statut d'autonomie du pays basque espagnol. 1980. Premières élections au parlement basque, remportées par le PNV. 1983. Apparition des GAL, organisation para-policière qui, en quatre ans, assassinera 14 militants d'ETA. 1986. Assassinat par l'ETA de Dolorès Gonzalez Catarain, alias Yoyes. Elle avait intégré ETA début des années soixante-dix. C'était la première femme membre de la direction. En 1980, en désaccord avec la ligne « dure » du moment, elle quitte ETA et se réfugie au Mexique. En 1984, elle obtient, en France, le statut de réfugié politique. Le 11 novembre 1985, elle décide de rentrer en Espagne avec son mari et son fils. Pour continuer son combat, mais d'une autre manière qu'auparavant. Le 10 septembre 1986, elle est assassinée devant son fils. ETA l'avait condamnée à mort, comme « traître ». Txomin, son ami, le dirigeant historique, exilé en Algérie par la France, n'a pas pu la protéger. Dès ce jour, la petite sympathie que j'éprouvai pour ETA s'est définitivement estompée. 1987. Explosion d'une voiture piégée à l'Hypercor de Barcelone. 21 morts et 45 blessés. ETA affirmera avoir prévenu la police. Naïveté ou crétinisme. Pour moi, la messe est dite. 1997. Assassinat de Miguel Angel. Un simple conseiller municipal du PP (Parti populaire, de droite). Des centaines de milliers de gens crient leur dégoût dans la rue. 2006. Après une trêve, attentat à l'aéroport de Madrid. Deux morts. Deux énièmes innocents. La légitimité d'une lutte comme les tortures subies par les militants ne peuvent plus justifier cette succession d'assassinats imbéciles. 2010. Le 17 mars, le brigadier Serge Nerin est tué à Dammarie-les-Lys. Une fusillade avec la police. Le 29 mars, déclaration de Bruxelles. Une vingtaine de personnalités, dont cinq prix Nobel de la paix, appellent ETA à déclarer un « cessez le feu permanent et vérifiable ». Le 5 septembre, ETA dit mettre un terme à ses « actions offensives armées ». Le 1er octobre, Ekin (agir), l'appareil politique d'ETA, annonce son auto dissolution. 2011. 19 octobre. La « conférence internationale pour promouvoir la résolution du conflit au pays basque » lance un appel à « l'arrêt définitif de l'activité armée » d'ETA. Le 20 octobre. ETA renonce définitivement à la lutte armée.
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| |   Athènes : et un supermarché de plus exproprié… Samedi 5 novembre 2011, un groupe de compagnons a exproprié un supermarché de la chaîne Bazaar/Fresh Express à Exarchia.
Des biens de base et de la nourriture ont été expropriés et distribués parmi les gens du marché ouvert de la rue Kallidromiou.
La foule a reçu les chariots pleins de courses avec enthousiasme et a accepté les produits avec plaisir et joie pour l'action.
Leurs richesses sont notre sang.
Exproprier partout le Capital.
Des compagnons
Traduit de l'italien par Brèves du Désordre de informa-azione
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|   Premier exercice pour des réservistes, en cas de « très haute tension sociale »En face, ça s'organise…
Des réservistes mobilisables en cas de crise
De Vannes, du Mans ou de Rennes, ces 80 réservistes ont été appelés par téléphone et ont dû se mobiliser en quelques heures pour rejoindre le terrain. Pour la première fois, un exercice militaire implique des réservistes, prêts à tout lâcher en 48 heures pour rejoindre leur unité. Ce dispositif a fait l'objet d'un test grandeur nature, hier, au 2e Rima du Mans. ... Lire la suite de l'article... |
| |   Le Monde libertaire éditorial du n°1649Le monde libertaire n°1649 (3-9 novembre 2011)
Les lecteurs ont sans doute apprécié le silence de la rédaction à propos des primaires des socialistes. C'est vrai qu'on voudrait pas être à leur place. Supposition qu'ils soient élus en 2012, après dix ans de hold up néolibéraux commis en toute impunité par une association de malfaiteurs méritant plus le nom de repris de justice que de représentants du peuple, il leur restera tout juste les yeux pour pleurer. Avec les trous et autres endettements, il va leur falloir continuer à prendre tout plein de mesures fiscales et antisociales parfaitement impopulaires. C'est la coutume en Franchouillie, qu'en période d'« alternance », la gauche se mange les dégâts du précédent pillage droitier. Il va en falloir des titatas pour faire passer l'amère pilule, il va en falloir des complaisances centralo-syndicales. Mais, on le sait, ils y arriveront et la place sera bien propre quand les réacs, par la grâce de la prétendue démocratie représentative et du formatages des cerveaux, siffleront, dans cinq ou dix ans, la fin de la récréation. On va pas les plaindre, ces réformistes timorés, ces socio-traîtres comme on disait encore il y a peu. La soupe leur semble bonne à laper tout comme à leurs concurrents sortis des mêmes écoles. Même goût prononcé pour les passe-droits et les faveurs galantes, même absence de programme (ou plutôt un seul : moi moi moi), même ambition égoïste, même déni de la lutte des classes, même abandon de toute justice sociale , même complaisante servilité devant le Médef, les puissances financières, bancaires, multinationales, même aveugle foi bigote dans un capitalisme voyou considéré comme « fin de l'histoire », même surréaliste confiance en la divine croissance, même regards pudiquement détournés devant les violeurs et les assassins de la Nature, cette belle et bonne fille qui ne peut donner que ce qu'elle a et qui n'en peut plus. Sombre période en perspective. Plus que jamais, à n'en pas douter, les anarchistes préféreront – au pèlerinage quinquennal à Sainte-Mairie-de-mes-deux-urnes – s'investir quotidiennement dans les luttes, les réalisations autogérées, l'occupation de la rue, pour patiemment bâtir une société sans pouvoirs, fédérative et libertaire.
L'article du Monde libertaire
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|   Ça pète de partout, à quand le grand chambardement ?Le monde libertaire n°1649 (3-9 novembre 2011)
De la révolution à l'expropriation…
Le dictateur libyen n'était pas encore «otanasié» que le secrétaire d'État au commerce extérieur Pierre Lelouche et le député UMP Renaud Muselier débarquaient le 12 octobre à Tripoli, accompagné de 80 patrons d'entreprises françaises. Sans aucun scrupules, les deux sbires du président Sarkozy entendaient bien assurer le retour sur investissement de l'intervention militaire menée par l'armée française contre l'ancien ami d'hier. L'opération « Harmattan » aura coûté quelques 300 millions d'euros au contribuable français, ce qui faisait dire au sous-ministre qu'il n'avait « aucun complexe » à venir s'approprier les richesses pétrolières (et autres infrastructures à construire et reconstruire) au peuple enfin débarrassé de leur fanatique guide Kadhafi. La délégation de rapaces est donc venue à la rencontre du CNT – pas le syndicat mais le gouvernement de transition en uniforme. Un comité national de transition, qui annonçait fièrement dès la fin officiel des hostilités contre l'ancien régime, la remise en place de la charia – la loi islamique comme ciment de la nouvelle société libyenne, tout un programme… En Libye, comme ailleurs dans le monde arabe qui s'affranchit jour après jour de ses dictateurs mégalomaniaques, les révolutionnaires, qui ont payé avec leur sang et leur vie leur liberté, doivent déjà affronter l'obscurantisme religieux et la rapacité occidentale, toujours prêtes à spolier les peuples. Une dictature en poussant une autre, la capitalo-cratie finit d'étendre ses tentacules sur un pactole estimé à 145 milliards d'euros (sur dix ans), avec l'assentiment des barbus. Ainsi, en Tunisie, où les élections ont désigner les heureux élus qui rédigeront la constitution et mettrons en place le fonctionnement « théocratique » du pays révolutionné, le parti islamiste « modéré » (sans rire) ennadha est arrivé en tête. Déjà, une poignée de révolutionnaires est en grève de la faim, parce que blessés ils ne servent plus à rien et risqueraient probablement de s'insurger à nouveau contre cette confiscation, par la nomenklatura tunisienne, d'une révolution qu'ils ont payée dans leur chair. Les touristes peuvent revenir dépenser leurs rentes. En Égypte, le gouvernement se prépare à transiter pour de longues années… En Syrie, Bashar al-Assad a massacré plus de 3 000 personnes depuis mars, tandis que son homologue yéménite Ali Abdullah Saleh en revendique à peine 1 500, et ce dans l'indifférence occidentale la plus totale qui a bien d'autres puits de pétroles à pomper. Pendant ce temps, en Europe comme aux États-Unis, les agences de notation distribuent les mauvais points aux États qui ne se plient pas à une politique suffisamment libérale et austère contre leurs citoyens. Les marchés suivant opportunément les admonestations de ces vigies de bonne conduite économique et financière, augmentant ainsi leurs taux d'intérêts aux emprunts accordés à ces États encore bien trop socialisés à leur goût. À Rome comme à Athènes, les médias complaisant décrivent des manifestations qui dégénèrent, omettant de détailler les mesures assassinent prisent par les gouvernements contre leur propre population pour satisfaire leurs usuriers. C'est ainsi que, dans une vision unilatérale de l'économie, les technocrates de la commission de Bruxelles font appliquer, au vieux continent, une politique ultralibérale jugée incontournable, indiscutable et indépassable sauf à sombrer dans les pires heures du communisme stalinien. Une politique confortée par le gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, qui n'entend pas se laisser dicter ses prêches par les ineptes citoyens européens. Angela l'Allemande et Nicolas le Franzose peuvent convoler en juste opportunisme pour garder leur pouvoir hégémonique sur le no man's land européen sans trop froisser leur électorat respectif qui pourrait bien les éjecter de leur trône si confortable aux prochaines élections. Parallèlement, et en parfaite symbiose, le G20 accélère ses non-décisions et repousse aux calendes grecques la régulation a minima des banques et la taxation des transactions financières. De Madrid à Wall Street les indignés ont beau s'insurger et multiplier les initiatives pour dénoncer cette confiscation de la démocratie par l'oligarchie politco-économique, et les anarchistes de gueuler « Ni Dieu, ni État, ni marchés ! », les gourous de l'ordre mondial n'en n'ont cure et entendent bien imposer leur manière « moderne » d'administrer la planète, au mépris des libertés et de la solidarité. À Tripoli, à Tunis, à Athènes, à Rome, à Lisbonne, à New York, comme à Paris ne laissons plus cette classe privilégiée accaparer nos richesses pour mieux nous asservir. Ne laissons pas les dictatures sanguinaires se substituer à celles, toutes aussi violentes, de la spéculation financière. La révolte ne doit pas conduire à l'expropriation de nos vies et de nos biens par une poignée d'illuminés guidés par leur insatiable soif de profits. Il est désormais urgent que les révolutions de par le monde soient sociales, libertaires et autogestionnaires pour ne pas se retourner contre la liberté des individus et la solidarité des peuples !
Sébastien Pillias
L'article du Monde libertaire
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|   La dette, c'est le vol !Le monde libertaire n°1649 (3-9 novembre 2011)
Face à la vaste entreprise de conditionnement que subissent les exploités ces dernières semaines, la Fédération anarchiste dénonce le règne de la pensée unique et appelle à pratiquer l'autodéfense intellectuelle. Asséner sans sourciller que payer une dette est un devoir impérieux revient à passer sous silence que, comme la propriété privée des moyens de production et de distribution, la dette est un vol. Le même vol que celui qui consiste à empocher à la place des exploités la plus-value créée par le travail lui-même ; lorsqu'un prêteur accorde une somme donnée, il sait que c'est par le travail de l'emprunteur qu'il pourra recouvrer les intérêts dans un premier temps, le capital en second lieu. C'est la preuve incontestable que l'intérêt financier est un prélèvement de plus sur la force de travail. C'est sur ce principe qu'a pu se construire et se complexifier le système du crédit, jusqu'à aboutir en 2008 à la crise dite des subprimes : des millions d'Américains se retrouvent jetés à la rue parce que la variabilité de leur taux d'intérêt est en faveur des organismes de prêt, et qu'ils ne peuvent faire face à des engagements intenables. On n'insistera jamais trop sur le rôle de contrôle social que joue l'emprunt dans l'économie capitaliste : quand le prolétaire paye son logement, il y réfléchit à deux fois avant de faire grève, avant de se syndiquer, avant d'être solidaire de ceux qui luttent autour de lui ; pour les possédants, le système n'a donc que des avantages ! Concernant la dette dite publique, contractée par l'État et ses déclinaisons locales que sont les régions et les départements, on cherche à nous faire croire que l'argent emprunté le serait pour une bonne cause : assurer à chacun l'accès aux services publics qui caractérisent l'État-providence ; c'est oublier que, si l'on prend l'exemple de la sécurité sociale, ce n'est pas l'État qui finance les caisses, mais les salariés, qui payent à la fois pour eux et pour le patronat (dont les cotisations, on ne le rappellera jamais assez, proviennent de la plus-value dégagée par le travail). C'est oublier que l'indemnisation du chômage n'est pas davantage payée par l'État, que les entreprises dites « publiques », rapportent davantage qu'elles ne coûtent, et que les salariés des trois fonctions publiques font les frais de la rigueur salariale depuis qu'en 1983 le gouvernement Fabius a montré par la désindexation des salaires par rapport à l'inflation le vrai visage du socialisme de gouvernement, qui change la vie, mais au seul profit de la bourgeoisie… Que fait l'État de l'argent qu'il ventile dans son budget, si ça n'est pas, comme voudraient nous le faire croire les bien-pensants de la gauche réformiste, pour redistribuer les richesses ? Réponse : il attribue le premier poste au service de sa dette, il rembourse du capital, un peu, mais, surtout, il paye les intérêts des intérêts de tout ce qu'il a pu emprunter depuis que le monde est monde… Ainsi, pour 2010, l'État français a dû rajouter à un déficit budgétaire de 149,7 milliards d'euros (dont 42,5 milliards d'euros d'intérêts), les « amortissements » des dettes à moyen et long terme arrivant à échéance en 2010 pour un montant de 83 milliards d'euros. Les intérêts à payer représentent 96 % des engagements financiers. En 2010, ce sont 125,5 milliards d'euros (83 de capital + 42,5 d'intérêts) que l'État nous fait rembourser, prix d'une austérité bien réelle, mais qui ne dit pas son nom. En 1995, le stock de la dette publique s'élevait à 431 milliards d'euros. Fin 2011, le total cumulé des intérêts servis et des capitaux remboursés s'élèvera lui, à 2 013 milliards d'euros, soit 4,6 fois plus qu'en 1995 ! Dans le même temps, la dette aura été élevée à 1 333 milliards d'euros, soit plus de 3 fois le montant de 1995. Les intérêts payés (658 milliards d'euros) représenteront plus du double du total des dépenses du budget général (285,7 milliards d'euros pour 2011). La dette publique représente 37 % des dépenses publiques ! De tels chiffres peuvent donner le vertige à tous ceux qui survivent avec leur RSA : ainsi, ce dont ont peur les marchés, c'est la simple perspective qu'une partie infime de la dette d'un État puisse ne pas être remboursée, et c'est là que le système dévoile toute sa perversité : les organismes financiers ont tout intérêt à maintenir leurs débiteurs en état de dépendance, autrement dit, ils pratiquent avec les États le plus grand credit revolving du monde, ils prêtent pour rendre possible le remboursement de ce qu'ils ont déjà prêté parce que l'État est une sorte de super-huissier qui possède tous les moyens coercitifs : loi, police, armée, pour persuader la classe laborieuse de payer toujours plus… La grande originalité de la situation qui se dessine en cet automne 2011, c'est qu'elle révèle à ceux qui ne veulent pas l'admettre l'extrême similitude des problèmes qui se posent au prolétariat où qu'il soit dans le monde : les exploités, salariés ou sans emploi, des pays dits « développés » connaissent à leur tour les difficultés que vivent depuis des dizaines d'années leurs camarades du tiers-monde, écrasés sous la dette dans l'indifférence générale. En Grèce, en Italie, en Islande, en Espagne, au Royaume-Uni, aux USA, en France, le couperet est financier, mais c'est toujours un couperet, comme celui qui naît du renchérissement des matières premières agricoles, et qui a poussé dans la rue l'ensemble des travailleurs d'Afrique du Nord. Face à cette avalanche de mauvais coups, il est impératif de réagir. Qu'on ne compte pas sur la Fédération anarchiste pour bêler avec ceux, de gauche ou d'extrême-gauche, qui, tout en déplorant la lourdeur de la dette, ne remettent pas en cause le vol caractérisé qu'elle constitue ; qu'on ne compte pas sur la Fédération anarchiste pour souscrire à une déclaration de collaboration de classe comme celle qu'a publiée le 18 août 2011 l'intersyndicale nationale, qui, en appelant aux journées d'action machines-à-perdre, s'affirme soucieuse de sauver l'Europe et de réduire les déficits publics, ou pour exonérer de leurs responsabilités les organisations syndicales qui n'en font pas partie. Le seul mot d'ordre pour réagir au chaos capitaliste, c'est : « Faut pas payer ! » Cela suppose, dans le cadre d'une grève générale expropriatrice et gestionnaire, l'effacement pur et simple de toutes les dettes : privées pour soustraire les salariés à la mainmise de la classe possédante, publique par destruction de l'État en tant que structuration politique destinée à faire perdurer le capitalisme. Une phase transitoire avant la disparition de l'économie monétariste pourrait consister en la mise en place d'un service public autogéré de crédit gratuit sur la base des principes proposés par Proudhon. On comprend dans ces conditions qu'il est encore plus illusoire que jamais d'attendre un quelconque changement des élections à venir.
Fédération anarchiste
L'article du Monde libertaire
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|   Lutter, toujours lutter : l'actualité sociale au portillonLe monde libertaire n°1649 (3-9 novembre 2011)
« Si tu pouvais écrire ton article un peu plus rapidement que d'habitude, parce que avec le trentième anniversaire de Radio libertaire, on est un peu occupés. » Et moi, confiant, je dis qu'il n'y a pas de problème. Sauf que l'actualité sociale se bouscule au portillon. Alors que PSA annonce 5 000 licenciements boursiers en Europe, dans ma région (Normandie) c'est pas triste non plus : annonce de la fermeture de la papeterie M-Real d'Alizay (330 licenciements), et dans la foulée, annonce de 120 suppressions d'emplois, en attendant la fermeture totale, à la raffinerie Petroplus de Grand-Couronne. Y a pas à dire mais les plans de restructuration continuent, même si c'est devenu banal et que ça ne fait plus la une des journaux. Si, depuis quelques temps, un nombre croissant de personnes se prononcent contre l'industrialisme et pour la fin de l'industrialisation, les patrons, du moins pour l'Europe, vont plus vite qu'eux et toute l'industrie lourde ferme ses usines de plus en plus rapidement. Dans les années 1970, l'industrie manufacturière représentait 30 % de l'emploi salarié, contre 11 % aujourd'hui. Et ce n'est pas fini. Du coup, ce matin (26 octobre), on était un vrai paquet à bloquer dès 6 h 30 une des entrées stratégiques de la zone industrielle rouennaise. Comme au bon vieux temps. Il y avait les copains des deux boîtes menacées1 mais aussi ceux de Saipol (fabriquant de Diester), qui sont en grève depuis vingt-deux jours et à 100 % pour obtenir de meilleures conditions de travail et une prime de 2000 euros. Comme quoi, les luttes sont toujours à l'ordre du jour. Ce qui m'amène à vous causer des salariés de Goodyear d'Amiens. L'affaire ne date pas d'hier, mais s'éternise depuis 2007. Suite à un projet de fusion entre les deux usines d'Amiens (Dunlop et Goodyear) juste séparées par un grillage, la direction annonce la suppression de 400 à 500 emplois dans un premier temps et l'application d'un régime de travail en 4X8, ce dont les salariés ne veulent absolument pas. Après des réunions houleuses, la direction impose un référendum aux salariés qui répondent par la grève. S'en suivent de nouvelles réunions. Un nouveau référendum est proposé et là, 80 % du personnel posté se prononce contre le roulement en 4X8. Ça n'est pas du goût de la direction qui porte plainte mais qui est mise en échec. En 2008, la direction s'en prend à Mickaël Wamen, secrétaire du syndicat CGT, particulièrement combatif et grande gueule sympathique, et demande des sanctions disciplinaires. Cette menace ne fait même pas peur et, en plus, c'est Mickaël qui gagne. En même temps, profitant de la crise, Goodyear annonce une nouvelle restructuration avec cette fois-ci la fin des emplois dans le pneumatique « tourisme », soit 817 emplois menacés et la reprise par un autre géant du pneumatique, Titan. « Depuis, dit Mickaël, grâce à une lutte sans faille, pas un seul salarié n'a perdu son emploi. Nous avons gagné tous nos jugements et, socialement, les Goodyear ont toujours su se mobiliser à chaque grand rendez-vous. À chaque fois que nous avons dû nous déplacer devant les tribunaux de Nanterre, nous l'avons fait, accompagnés de centaines de salariés motivés à bien se battre jusqu'au bout. » La direction Goodyear est de plus en plus agacée. Quoi, on tient tête au leader mondial du pneumatique ? La direction n'hésite pas à donner des coups bas, et se trouve même des alliés. Le 8 septembre dernier, lors d'un comité central d'entreprise (CCE), le ton monte entre CGT et CGC. Deux élus du syndicat des cadres déposent alors plainte pour insultes et menaces. La direction n'en demande pas tant. Et, suite à la plainte, quatre délégués syndicaux CGT (dont Mickaël) sont convoqués par la direction pour des entretiens préalables à d'éventuels licenciements. « Ce que nous inflige une nouvelle fois la direction Goodyear est une preuve supplémentaire de l'impuissance totale de ce groupe à obtenir satisfaction sur son projet morbide. La direction sait plus que jamais que son énième projet va exploser devant les tribunaux mais pour autant elle n'a pas le droit de sanctionner sans aucune preuve des militants CGT qui ne font que leur travail. » Le jour de la convocation, une manifestation et des grèves ont lieux pour soutenir les 4 délégués. En plus, on ne vire pas des élus syndicaux comme ça : l'inspection du travail vient d'ailleurs d'invalider la plainte. La CGT-Goodyear réplique également par d'autres plaintes contre la direction (pour harcèlement moral) et la CGC pour diffamation et manipulation… Cerise sur le gâteau, le tribunal de Nanterre vient de retoquer Goodyear sur le nouveau plan de sauvegarde de l'emploi ainsi que sur l'éventuelle reprise par Titan. Et ce n'est pas tout, ces syndicalistes sont sur tous les fronts, en effet « depuis que nous avons découvert (suite à un article paru dans Que Choisir ?) que les composants utilisés pour produire les pneumatiques de notre marque contenaient des produits hautement cancérogènes, nous avons décidé d'attaquer le groupe pour non respect de ses obligations. » Et, là encore, la justice leur donne raison. La direction de Goodyear vient de nouveau d'être condamnée (19 octobre) à verser au global 50 750 euros d'amende et 22 000 euros au syndicat CGT (cette somme sera reversée intégralement à l'association des salariés et ex-salariés exposés). Être sur le terrain juridique ne marche qu'un temps et on est en droit de penser que si le conflit ne dépasse pas le cadre de l'usine, Goodyear arrivera à ses fins, pourtant comme l'affirme encore Mickaël : « Nous serons encore des Goodyear en 2012 et au-delà. Qui aurait mis un euro sur la table il y a 4 ans en pariant sur le fait que nous serions encore tous ici présents ? (…) Regardez ce qu'il se passe avec les Conti, moins de 200 sur les 1 130 ont retrouvé un CDI et avec des droits et rémunérations divisés par deux bien souvent. Voilà ce que la direction veut faire de nous. » On le voit, leur détermination reste sans faille, agace de plus en plus une direction à la dérive et va même bien au-delà des simples frontières de Goodyear Amiens Nord. Ce combat est sans doute unique au monde. Ce groupe qui réalise des bénéfices colossaux est ridiculisé par des salariés déterminés et courageux. C'est une lutte emblématique qui devrait donner des idées à d'autres.
1. Les salariés de Saipol, après vingt-deux jours de grève, viennent de reconduire pour une semaine leur mouvement, ceux de Petroplus, eux, viennent de voter l'arrêt de production.
Jean-Pierre Levaray
L'article du Monde libertaire
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|   La prison par Jacques LESAGE DE LA HAYE Conférences de l'université populaire de St Denis La Dionyversité conférences des 1, 8, 15 et 22 avril 2008
La prison pose la question de la politique de l'Etat. L'application de la loi justifie le principe pseudo-démocratique du maintien du pouvoir pour les privilégiés. En sont systématiquement exclus les déviants et les rebelles qui refusent l'ordre capitaliste et étatique. La prison a pour fonction de les éliminer, avec le secret espoir de susciter la peur chez ceux qui seraient tentés de les imiter.
Jacques Lesage de la Haye connaît bien la prison, pour y avoir passé une douzaine d'années, et militer depuis 40 ans contre l'univers carcéral. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont plusieurs sur l'enfermement: "La mort de l'asile", "La guillotine du sexe - la vie sexuelle et affective des prisonniers", "La machine à fabriquer les délinquants"... ... Lire la suite de l'article... |
| |   Radicalisation du mouvement des Indignés aux Etats-Unis, un appel à grève générale parti d'OaklandRadicalisation du mouvement des Indignés aux Etats-Unis, un appel à grève générale parti d'Oakland
Des Indignés américains appellent à la grève générale
30 Octobre 2011 Par Jean-Pierre Anselme Le mouvement des Indignés américains se radicalise. Ceux d'Oakland, en Californie, appellent à la grève générale sur l'ensemble de la ville, pour le mercredi 2 novembre. Ailleurs, des vétérans de la guerre en Irak, en armes, ont rejoint les manifestants pour les protéger de la police.
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| |   Le Monde Libertaire n°1648 ne sortira pas en KiosquePar suite d'un oubli de code-barres sur la parution, Le Monde libertaire n°1648 n'est pas sorti en kiosque le jeudi 27/10/2011.
L'administration du Monde Libertaire a décidé de faire exceptionnellement une diffusion gratuite de tous les titres non diffusés en kiosque cette semaine là. Soit 66 % de notre diffusion hebdomadaire.
Ce Monde Libertaire n° 1648 a donc été expédié en nombre aux groupes de la Fédération Anarchiste et notamment aux groupes de la région parisienne en vue de l'anniversaire des 30 ans Radio Libertaire ce week-end sur Paris.
Bien entendu le titre n°1648 est intégralement mis en ligne sur le site du Monde Libertaire.
Exceptionnellement, ce numéro ne sera donc pas diffusé en kiosque mais par nos propres soins.
Nous espérons que nous serons capables d'assurer une diffusion INTEGRALE de ce numéro n°1648.
Toutes nos excuses pour les lectrices et lecteurs qui n'auront pas trouvé leur hebdomadaire favori en kiosque cette semaine.
Libertairement,
Manolo Administrateur du Monde Libertaire administration-ml@federation-anarchiste.org http://www.monde-libertaire.fr/
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1648Le monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011)
La semaine dernière, les travailleurs grecs ont à nouveau lâché l'outil de travail pour rejoindre étudiants et chômeurs dans la rue, et ce afin de protester contre l'austérité qui ruine un peu plus chaque jour leur niveau de vie. Plus de 125 000 personnes battaient le pavé des rues. Un record, nous dit-on. En face, la réaction se sentant menacée, ses chiens de garde officiels protégeaient les alentours du Parlement à l'aide, entre autre, de palissades antiémeutes. La colère grogne de plus en plus, la tension ne cesse de monter. Les affrontements avec les cognes, jusqu'alors essentiellement le fait de quelques groupes de jeunes se revendiquant de certains courants de l'anarchisme, ont cette fois impliqués des personnes plus âgées, moins politisées également, bref, des gens qui en ont simplement ras-le-bol d'être ignorés et systématiquement réprimés. Si tout cela peut sembler promettre une radicalisation certaine de la lutte, on ne peut toutefois s'empêcher de se demander si, une fois encore, les choses iront vraiment plus loin. Ça fait déjà plusieurs années que la Grèce vit au rythme des « grèves générales » sporadiques, des manifestations et des quelques affrontements violents avec la flicaille, abondamment retransmis par les médias de la société du Spectacle. Mais, pourtant, rien ne change. Au contraire, le mouvement social grec semble stagner dans cette spirale et se répéter inlassablement, sans évoluer. C'est que, de leur côté, les syndicats se refusent à assumer ce pourquoi ils ont été créé à l'origine : organiser les travailleurs jusqu'à l'abolition du salariat et de l'État. Du coup, les travailleurs – qui, dans leur majorité, ne semblent pas vouloir ou pouvoir se réapproprier leurs organisations – s'épuisent dans des grèves et des manifs sans perspectives et se condamnent à vivre encore et encore dans la même merde. Et tant que ça ne bougera pas à ce niveau là, la sortie de crise ne sera qu'un doux lendemain qu'on rêve.
L'article du Monde libertaire
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|   Après Kadhafi, la liberté ?Le monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011)
Ainsi donc Kadhafi est mort. Les armes à la main ? En s'enfuyant ? Blessé puis lynché ? Difficile de le savoir avec certitude, mais en tout cas, contrairement à d'autres (Franco, Pinochet), pas dans son lit. Dictateur est un métier à risque et 42 ans de cotisations ne suffisent pas à s'assurer une retraite paisible. Nous ne verserons bien entendu pas une larme sur cette disparition violente, qui a dû faire pousser un ouf de soulagement à de nombreuses démocraties occidentales ayant entretenu, surtout ces dernières années, des rapports plus que douteux avec le colonel/guide du peuple autoproclamé. C'est que l'argent n'a pas d'odeur et le pétrole encore moins. Kadhafi pris vivant et son procès ayant lieu, on imagine sans mal les révélations gênantes – sur les livraisons d'armes et de matériel technologique ayant servi à combattre et museler toute opposition en Libye – qu'un avocat type Vergès auraient pu balancer. ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Chronique néphrétiqueLe monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011)
L'autre jour était discuté, dans un collectif associatif organisateur d'un festival du livre, le refus d'accepter partis ou syndicats. Pourtant nous, anarchistes, y sommes présents depuis le début. Je m'attendais à devoir justifier notre présence par notre ancienneté dans le collectif… Une dame affirma alors : « L'anarchie ce n'est pas un parti, c'est une philosophie. » Ce qui eut pour effet, à mon grand étonnement, de clore la discussion. Qu'est-ce que cela voulait dire ? Elle nous plaçait d'emblée hors de l'échiquier politicien. Je l'en remercie et je m'interroge : souvent, où nous situons-nous sur l'échiquier politique ? Ou plutôt : où nous a-t-on situés ? À la gauche de la gauche de la gauche ? Bien rangés dans la petite case ? Avec le risque, en étant placé longtemps à la marge, de nous y complaire. Et, parfois, on nous sort de là pour effrayer le bon peuple, tel un petit diable hors de sa boîte. Mais que faisons-nous pour ne pas jouer ce rôle ? Pour ne pas nous enfermer nous-mêmes dans l'image que le pouvoir ou nos adversaires veulent donner de nous ? Il y a là une contradiction. Si nous refusons de cautionner le va-et-vient électoral droite-gauche, si nous pensons que choisir le moins pire n'est pas une solution, si nous militons pour que tous prennent leurs affaires en main, nous ne pouvons accepter d'être cantonnés dans une case de l'échiquier. Nous ne voulons pas jouer à ce jeu-là, nous en contestons les règles ? Inventons d'autres règles. Et que cela se voie ! Différents, dans le discours, dans l'attitude, dans les pratiques militantes, ne pas être là où on nous dit d'être, pas là où l'on nous attend, ne pas jouer leur jeu pour éviter les pièges tendus, surprendre l'ennemi, contourner, prendre à revers… Les règles de la guérilla appliquées non pas au combat de rue mais à la vie politique, aux raisonnements, à la propagande, aux alternatives. Incasables, inclassables, incassables. Parce que nos idées, si elles sont intelligemment formulées, peuvent être reprises par d'autres, par une majorité. Et c'est ce à quoi nous devons nous atteler, pour ne pas être seuls à les porter. C'est déjà en train de se produire. Les leçons du XXe siècle ont tout de même eu une portée. Le projet communiste et principalement ses conséquences sur les libertés ont provoqué un rejet global. Les trotskystes ont pu argumenter depuis quatre-vingt ans sur la dégénérescence de l'état ouvrier, sur les conditions matérielles qui ont provoqué le stalinisme, ils n'ont pas gagné en crédibilité. L'effet repoussoir demeure. Du côté libéral, après une phase ascendante ces dernières dizaines d'années, les désastres humains, sociaux, écologiques que les crises occasionnent dévoilent l'idéologie des prédateurs. La conscience d'une opposition trompeuse et dérisoire gauche/droite a fait du chemin chez beaucoup, mais cela ne s'est pas concrétisé dans un premier temps par un appel d'air pour nos idées. On peut se gausser des politiciens centristes et de leurs gesticulations, leur grand écart permanent et leur course aux places. Mais voter centre, c'est aussi le désir de ne pas se reconnaître dans la gauche ou la droite, de refuser le tout-étatique et le tout-libéral. (Ce n'est pas que la traduction mécanique en politique d'une classe moyenne broyée entre un « grand Capital monopoliste » et un « prolétariat collectiviste ».) Une autre forme de ce rejet a été capitalisé par l'extrême droite, qui se proclame hors du jeu des partis classiques, qui les renvoie dos-à-dos. Ne pas se faire d'illusions sur les objectifs de ces dirigeants politiciens, et les dénoncer, ne doit pas nous faire oublier que les motivations des électeurs peuvent être autres. Pensons aussi à tous ceux qui choisiront « le moins pire », sans enthousiasme, résignés, ou la mort dans l'âme. Que les motivations premières soient détournées vers des votes sans issue, pour l'instant, ne doit pas nous empêcher de nous adresser à eux, de nous appuyer sur ce rejet du monde politicien, et d'activer la suite du raisonnement : pas de sauveur, sauvons-nous nous-mêmes ! D'autres, mais qui ont joué le jeu électoral, ont semblé un temps bénéficier d'une audience élargie, grâce à la médiatisation de leurs candidats : Laguiller puis Besancenot. Il apparaît pourtant que la personnalisation a été un piège. Si nous, anarchistes, n'y tombons pas, que cela ne nous empêche pas de réfléchir sur l'échec du NPA de s'ouvrir, d'élargir sa base. échec qui s'explique sans doute (en plus des tensions présentes déjà dans la LCR) par leur non-capacité à changer de méthode et de recettes militantes, malgré la volonté affichée. Nous ne sommes pas à l'abri de déboires analogues. Louper le coche par manque de réactivité : les révolutions n'attendent pas les révolutionnaires… Pourtant, nous ne sommes pas seuls à porter nos idées. Et l'histoire s'accélère sous nos yeux : les mouvements qui surgissent un peu partout sur la planète, mouvements dit « indignés », d'occupation de Wall Street, ces mouvements qui « se cherchent », affirment les journalistes préformatés, parce que « sans leader ». Mais c'est justement cela qu'il faut trouver ! C'est le juste contraire de leur présidentialisation de la politique. D'autres règles, avec des inclassables, des gens « normaux » parce que de tous milieux, de toutes provenances, avec des fonctionnements qui apparaissent inédits, qui se méfient des médias et des prises de pouvoir… et qui diront bientôt : « L'anarchie, c'est une philosophie » de la vie !
Rodkol
L'article du Monde libertaire
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|   Dans un Athènes en grève, Socrate voit rougeLe monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011) Dans un Athènes en grève, Socrate voit rouge Ce mercredi 19 octobre, la Grèce a encore sonné le clairon de la « grève générale ». Une grève pour protester contre le vote d'une loi introduisant de nouvelles mesures d'austérité. Une grève record, avec des manifestations d'une ampleur inégalée. Une grève de deux jours cependant, guère plus. Et c'est sans doute ça, aujourd'hui, le problème du mouvement social grec qui fait de la « lutte saute-mouton », coincé dans le carcan des politiques passives des directions syndicales. Cependant, la radicalisation est de plus en plus intense et dépasse désormais les seuls groupes anarchistes et formations d'ultragauche. C'est que le peuple grec est dans une misère affolante, entre chômage et absence de pension, flambée des prix et baisse ou gel des salaires. Poussés à bout, sans perspectives de sortie de crise par les voies parlementaires, les Grecs – qu'ils soient travailleurs, chômeurs, étudiants ou retraités – descendent dans la rue et manifestent leur désir d'en finir avec leur gouvernement et ce modèle de société. Mais cette radicalisation n'est pas du goût de tout le monde, et pas seulement du gouvernement. Comme dans tout élan révolutionnaire, l'ennemi de classe a plusieurs visages. Et c'est celui, bien rouge et bien connu, du stalinisme qui, ce jeudi 20 octobre, s'est manifesté en Grèce, à Athènes, dans toute son infâme splendeur. ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   De l'école en société libéraleLe monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011)
Le traitement médiatique du suicide par le feu d'une enseignante est symptomatique des dérèglements de notre société. Toutes les questions des journalistes et les réponses qu'elles orientent vont dans le même sens : cette pauvre femme était fêlée (fêlure confondue opportunément avec celle de l'homme au sabre, lui aussi enseignant, qui presque au même moment a tué une policière). « Cette prof avait des problèmes personnels », rengaine que nous ne connaissons que trop, et qui pourrait s'appliquer à chacun de nous sans prétendre expliquer nos actes ! Resservie systématiquement à l'occasion des suicides chez Renault ou à France Télécom… et qui permet de gommer le sens symbolique et politique du suicide sur le lieu de travail. Sont ainsi évacués les propos de l'enseignante aux élèves qui tentaient de la sauver en étouffant les flammes : « Je fais ça pour vous. » Et l'ombre portée au système par ses probables revendications professionnelles. Résultat : il n'y a pas de problème sociopolitique de l'école actuelle, uniquement des problèmes d'individus faiblards… Méthode d'occultation également applicable aux élèves en difficulté ! Celui ou celle qui se supprime ou tente de le faire n'avait qu'à se faire soigner… Dans le cas qui nous occupe, les victimes, aussitôt assistées, elles, psychologiquement pour le maintien de l'ordre, sont les élèves : et parce que traumatisés par la violence d'un tel acte, et parce que privés d'un prof… auquel certains ont dû mener la vie dure. Souhaitons que malgré cette propagande éhontée, ce drame soit l'occasion pour certains d'entre eux et pour leurs parents de mener une vraie réflexion sur la signification protestataire d'un tel geste. Combien de morts faudra-t-il pour qu'on prenne enfin en compte la détresse des travailleurs du public et du privé qui tentent d'accomplir leur tâche dans des conditions de plus en plus difficiles, malgré et contre la pression libérale cherchant à tordre leur rôle dans le sens du rendement et d'une prétendue efficacité.
Marie-Claire Calmus
L'article du Monde libertaire
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|   De trois plumes rouge et noireLe monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011) De trois plumes rouge et noire À contretemps se définit comme un bulletin de critique bibliographique. Chaque année, depuis 2001, il propose aux lecteurs de nombreuses recensions d'ouvrages ou de films traitant, de près ou de loin, du mouvement libertaire. Régulièrement – et, en cela, il est bien plus qu'un bulletin bibliographique – il nous livre aussi des dossiers thématiques solides sur une vie, une œuvre, un mouvement, une organisation. C'est, d'après moi – comme pour beaucoup –, ce qui se fait de mieux aujourd'hui en termes de revue libertaire. Chaque article, qu'il s'agisse de dossiers thématiques ou de recensions, est fait avec le sérieux et la rigueur qu'exige toute production intellectuelle honnête (au sens large), et ce sans embrasser pour autant cette prose universitaire froide et désincarnée. Son exigence d'esprit critique, son refus intransigeant de tomber dans les travers de la pensée prisonnière des œillères (qu'elles quelles soient), son aversion pour l'escroquerie intellectuelle, en font un outil précieux pour la construction de tout un chacun, et une véritable bouffée d'air dans un monde – y compris militant – qui manque profondément de remise en cause, de questionnements et d'intégrité. À contretemps ne fait donc pas de cadeaux, et surtout pas au mouvement libertaire. Mais ne nous méprenons pas pour autant : anarchiste, À contretemps l'est pleinement et sans ambiguïté. Et c'est d'ailleurs parce qu'il l'est qu'il est tant attaché à cette constante remise en question de sa propre « famille ». ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Des camps militaires pour résoudre la délinquance ?Le monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011) Des camps militaires pour résoudre la délinquance ? « Cassons les prisons ! » est un slogan comme un autre, souvent repris dans les milieux libertaires. Comme tout slogan qui se respecte, il est à la fois provocateur et excitant pour les uns, outrancier et terrifiant pour les autres. Ce que l'on peut dire, c'est que ce slogan est bien entendu réducteur et ne sert pas à grand chose s'il n'est pas accompagné d'une certaine pédagogie. Prenons comme exemple la justice pénale des mineurs. Depuis plusieurs années, un bouquet de lois et mesures a été adopté et a permis un glissement progressif du versant éducatif vers un versant plus répressif. Nous nous retrouvons avec un mille-feuilles immangeable de mesures de prévention et de coercition qui tente d'encadrer une délinquance juvénile sans y parvenir : établissement pénitentiaire pour mineur, centre éducatif fermé, centre éducatif renforcé, centre de placement immédiat, foyers d'action éducative, etc.
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| |   Dès l'âge de cinq ans, tous des « racailles » en devenir ?Le monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011) Dès l'âge de cinq ans, tous des « racailles » en devenir ? Décidément, au sein de la camarilla d'honorables citoyens qui tient la France en otage depuis le printemps 2002, les idées perverses ne font que proliférer. Dans un premier temps, il s'agissait de mettre au pas les citoyens réticents à accepter l'ordre nouveau. Avant même qu'il ne soit élu président de la République, l'inspirateur de la société sécuritaire qui se mettait en place commençait à désigner d'un doigt vengeur les possibles criminels risquant de mettre à mal le bon fonctionnement de notre France moralisatrice. ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   ETA : l'adieu aux armes !Le monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011)
Précisons les choses, je ne suis ni de l'ETA ni de ses compagnons de route. Pour plein de raisons que j'ai déjà énoncé et que je reénoncerais. Pour autant, comme Bakounine, je suis partisan du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Et, donc, du droit du peuple basque à disposer de lui-même. Tout en ne voyant pas l'intérêt de remplacer un patron ceci, un flic ceci ou un militaire cela par les mêmes estampillés ceci ou cela. Les hasards de la vie m'ont simplement amené à rencontrer, et à aimer, des gens de l'ETA. Les parents d'un petit basque que, pendant trois ans, nous avons scolarisé (à l'école libertaire Bonaventure) et hébergé (chez nous). Pour faire court, il est devenu notre fils adoptif et, depuis sept ans, nous l'éduquons, conjointement avec ses parents qui en ont pris pour vingt ans. Et c'est dur ! Très dur. Vous ne pouvez même pas imaginer. Une fois de plus ce môme fait 2 000 bornes (aller et retour) pour voir ses parents. Et, une fois de plus on lui annonce (il comprend le français, grâce à nous) que, nenni, ses vieux sont au mitard ou ont été transférés vers… La moitié de cela et tu hurles à la mort. Nous ne cessons de hurler à la mort et de harceler les grands, moyens et petits chefs de la matonerie. Vous ne pouvez pas savoir à quel point ils en ont marre de Thyde. Parce que ma fiancée d'amour, c'est pas la moitié d'une chieuse, et c'est bien pourquoi je l'aime. Simplement pour cela, nous nous réjouissons que l'ETA (Euskadi to askatasuna) mette les pouces par rapport à la violence et à la lutte armée. Depuis déjà un certain nombre d'années, ça n'avait tout simplement plus de sens. Trois frondes contre des milliers de missiles Tomahaks. Aucune base arrière. Huit cent militants en tôle. À un moment, il faut arrêter de se la jouer ou se la rejouer comme, en 1939, la charge de la cavalerie polonaise contre les Panzers nazis qui faisaient du tir aux pigeons. Surtout à l'heure où la mouvance indépendantiste basque vient de remporter un succès électoral écrasant en Guipuskoa. Le cœur du pays basque sud. San Sébastien, Bilbao. L'ETA a vu le jour en 1959. Franco la muerte était toujours en place. Le pays basque était, alors, véritablement colonisé et nié en tant que peuple. Son combat était, donc, légitime. En 1973, quand l'amiral Carrero Blanco a été pulvérisé, je ne suis pas le seul anarchiste et autre à avoir fait pêter le champagne. Anecdote. Le jour de la pulvérisation, j'étais à Biarritz, chez un ami. On têtait le narguilé. On était bien fait. La porte qui s'ouvre. Une de nos connaissances. Abaitua Gomeza. Un réfugié politique. Il est blême. Vous êtes au courant ? Ma photo passe en boucle sur toutes les télés. On m'accuse d'être le maître d'œuvre de cela. Abaitua Gomeza, ingénieur des mines, aurait pu être. Il n'était pas. Nous l'avons rapatrié à Bordeaux. Conférence de presse. Nous sommes passés par les petites routes. L'ETA vient, ce 20 octobre 2011, de renoncer définitivement à la lutte armée. C'est courageux, parce que ce renoncement est sans conditions. Et parce que ça va mettre mal à l'aise des prisonniers qui peuvent avoir, légitimement, le sentiment de s'être battu pour des prunes. Il en est ainsi dans toute guerre ! Mais, maintenant, la balle est dans le camp de l'Espagne et de la France. Merci à Gerry Adams, Kafi Anam, Berthie Ahern, Jonhathan Powell, Pierre Joxe d'avoir été à l'initiative du processus actuel. Un texte plus approfondi dans Le Monde libertaire de la semaine prochaine. Pour l'heure, on me pardonnera d'être heureux qu'une mauvaise paix se substitue à une mauvaise guerre. Pour notre petit basque, ça pourrait simplement lui permettre de revoir ses vieux avant qu'ils ne le soient trop !
Jean-Marc Raynaud
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|   Indignés de tous les pays, révoltez-vous !Le monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011)
Samedi 15 octobre, ceux qu'on appelle les indignés manifestaient à travers la planète pour dénoncer la finance et les politiques de rigueur qu'elle veut imposer à tous les peuples sous toutes les latitudes. De la Suède au Japon, de l'Australie à la Grèce, de l'Italie au Canada, partout dans 82 pays plus de mille manifestations ou rassemblements ont eu lieu. À Londres, shocking : une centaine de tentes installées sur le parvis de la cathédrale St Paul. À Berlin ils étaient 8 000 à hurler : « De la justice, pas des banques ! », et à Francfort 5 000 devant le siège de la Banque centrale européenne. Les Grecs qui n'en peuvent plus des mesures de rigueur qu'on leur impose déjà, ont prolongé cette journée de mobilisation en manifestant violemment contre leur parlement : « Fini la patience et l'apathie, la révolution sociale est la seule solution ! » À Rome, les indignés qui se disent comme ailleurs pacifistes, ont montré qu'ils n'étaient pas disposés à tendre l'autre joue devant la répression policière ; la manifestation a tourné à l'affrontement violent quand les forces de l'ordre ont chargé : 135 blessés (dont 105 flics, comme quoi il n'y a pas que des mauvaises nouvelles !)
Descends dans la rue, crée un nouveau monde ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Les malades paierontLe monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011)
Comme s'il fallait qu'il détruise tout sur son passage, Sarkozy essaye de terminer sa tâche de liquidation des droits sociaux, de la Sécurité sociale et plus largement de notre système de santé. Au nom du déficit, il décide d'en finir avec cet acquis social issu des dures luttes menées par les travailleurs en 1936. Or, nous ne sommes pas dupes : la dégradation considérable des comptes de la Sécu ne résulte pas de dépenses trop élevées mais d'un effondrement des recettes. Aussi la dernière idée du gouvernement, au nom de la rigueur, est de taxer les mutuelles. Or, si cette proposition est maintenue devant les deux Chambres, l'augmentation des cotisations sera faite sur le dos des adhérents. Les cas de renoncement aux soins, déjà trop nombreux, ne feront que se développer dans les foyers les plus vulnérables et chez les personnes seules et vieillissantes. De fait, cette taxation supplémentaire ne manquera pas de dégrader l'accès aux soins de nos concitoyens, mais elle entraînera également une augmentation des dépenses hospitalières, comme on le constate à chaque fois que l'on réduit l'accès aux soins de ville.
Médecins du Monde : « une politique plus sécuritaire que sociale » Le dernier rapport de Médecins du Monde (MDM) confirme que les personnes les plus démunies accèdent de plus en plus difficilement aux soins, du fait des politiques publiques « plus sécuritaires que sociales », soulignant le retard mis par un nombre grandissant de patients à se faire soigner. Selon l'association, les consultations médicales dans les 21 centres de soin de Médecins du Monde en France ont augmenté de 10 %, pour atteindre le chiffre de 38 606. Près de 12 % des patients reçus en 2010 par MDM étaient des mineurs, dont la moitié avait moins de 7 ans et un tiers seulement était suivi par les services de protection maternelle et infantile. Par ailleurs, 8 % des femmes enceintes suivies par l'ONG vivent dans la rue et plus de la moitié présentent un retard de suivi de grossesse. MDM s'inquiète également du fait que 24 % des patients viennent trop tardivement se faire soigner, tandis que 45 % des consultations nécessiteraient un suivi d'au moins six mois, notamment pour des cas de diabète, asthme, hypertension artérielle, troubles psychiques, etc. Selon Jean-François Corty, de MDM, « les malades retardent leurs soins parce que c'est compliqué d'ouvrir des droits quand on ne parle pas la langue ». 95 % des personnes accueillies par l'association sont en effet étrangères. De plus, « ces populations, qui vivent pour la quasi-totalité sous le seuil de pauvreté, ne peuvent payer le ticket d'entrée de 30 euros obligatoire depuis 2010 pour bénéficier de l'Aide médicale d'État, destinée aux étrangers en situation irrégulière ». Et Jean-François Corty de conclure : « Pour ces personnes, se déplacer entre le lieu de vie et le lieu de consultation, c'est prendre des risques de s'exposer à des arrestations. » De fait, on assiste à une recrudescence d'épidémies que l'on croyait éradiquées.
Cerise sur le gâteau : fin annoncée du 100 % pour les ALD ? Martin Hirsch profite de la campagne présidentielle pour « vendre » à la gauche comme à la droite son idée de bouclier sanitaire. Ce dernier consisterait, plutôt que de prendre en charge à 100 % les affections de longue durée (ALD), à « garantir à chaque Français que ses dépenses de santé ne dépasseront pas un certain pourcentage de ses revenus ». Ce qui signifierait la fin des soins gratuits pour les 7 millions de Français qui souffrent de la trentaine d'affections de longue durée reconnues (AVC, insuffisances cardiaques, VIH, diabète, paraplégie, sclérose en plaque, affections psychiatriques de longue durée, etc.). Si pour ce politicard ex-socialiste vendu à Sarkozy, les ALD sont responsables des deux tiers de l'augmentation des dépenses de santé, pour Le Monde libertaire, l'égoïsme et l'étroitesse de vue de Martin Hirsch sont seuls responsables… de sa connerie !
Patrick Schindler
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|   Les mensonges des capitalistesLe monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011)
La doxa gouvernementale et économico-financière prétend que les vertus du capitalo-libéralisme résident dans la prise de risque, la concurrence, l'épargne, le « doux commerce ». Commençons par le goût du risque. Sans être un expert on peut constater que toute la stratégie des trente dernières années a été de reporter les risques sur d'autres acteurs que les firmes multinationales et les sociétés financières qui, pourtant, les suscitent pour les autres. Donnons quelques exemples majeurs. Les risques de crise de liquidité des banques et autres boîtes ont été massivement reportés sur les États chargés de garantir le crédit (en reconstituant les prêts interbancaires et en prêtant aux banques à des taux d'intérêt proches de zéro), l'épargne des particuliers hors portefeuilles d'actions ou d'obligations, d'assurer la mise à disposition de liquidités quand les titres et autres effets de commerce deviennent invendables (c'est l'effet d'un krach boursier ou de la méfiance quant au contenu et à la valeur réelle des fameux produits structurés), de sauver les banques en danger de faillite par aide à leur recapitalisation en fonds propres et par le rachat ou la garantie de leurs actifs toxiques. Ainsi pour contrer la crise de 2008, les États ont considérablement accru la dette publique afin de sauver la dette privée. Ils l'ont fait sans garanties, sauf la Grande-Bretagne qui a nationalisé ses banques en faillite. Et, ô merveille, la crise a permis de concentrer le secteur bancaire au point que les banques US sont devenues : « too big to fail », trop grosses pour faillir. Les gouvernants ont ainsi créé un « aléa moral », ce qui veut dire que les preneurs de risques peuvent y aller à fond car ils ne paieront pas les conséquences de leur prise de risque. Comme un assuré automobile tout risque sans franchise qui peut alors s'en donner à cœur joie car ce n'est pas lui qui paye. En général, pourtant, l'argument de l'aléa moral est réservé aux assurés sociaux qui chargeraient la barque de la Sécurité sociale en surconsommant de la santé. Remarquez que c'est pour la même raison que le pouvoir tsarkozyste préfère enlever la paille de l'œil des assurés sociaux fraudeurs à la SS (2 milliards au maximum) que la poutre des fraudeurs professionnels (20 milliards, minimum) de la santé (fausses déclarations de soins ou de prestations) et des employeurs (fraudes aux cotisations et travail au noir). Les risques financiers ont été massivement reportés sur les peuples et les petits épargnants. La titrisation, qui transforme des créances individuelles détenues par les banques prêteuses en paquets de titres agglomérés vendables à la Bourse, transfère les impayés, par exemple de crédits immobiliers, en pertes pour les acheteurs de ces produits plus ou moins structurés. Par ailleurs, cela permet aux banques de sortir leurs avoirs toxiques de leur bilan, donc de conserver leur ratio obligatoire de fonds propres. C'est d'autant plus facile que lesdits produits structurés ont été confiés à des filiales (special investment véhicules, SIV, ou special purpose entities, SPE) offshore dans des paradis fiscaux, filiales souvent minoritaires, ce qui permet de ne pas assumer les dettes éventuelles en cas de krach pour ces valeurs pourries. Cette diffusion massive, croisée, interdépendante de titres risqués a conduit à un risque systémique résultant de ce que tout le monde se tient par la barbichette. Et cela ne suffit pas : les financiers se couvrent contre les risques avec des assurances spéciales dites CDS, Credit Default Swap (échange de défaut de crédit). Ces CDS poussent au crime car ils consistent souvent à assurer un avoir que l'on ne possède pas en pariant sur la perte de valeur de ce bien financier. Pari de plus en plus juteux quand on joue à faire monter le prix de l'assurance, ce qui revient à organiser la prophétie des pertes voulues par les spéculateurs à la baisse agissant « à nu » ou à découvert (sans détenir la dette) et en empruntant aux banques à faible taux (effet de levier) pour payer la prime du CDS. Pis, les financiers, grâce aux gouvernements qui leur obéissent, ont obtenu (mouvement non terminé, hélas) que les salariés assument les risques d'entreprendre. Comment ? Élémentaire, Watson : remplacer la Sécu par des assurances individuelles, substituer aux retraites par répartition celles par capitalisation, promouvoir l'assurance-vie grâce à des détaxations, remplacer les progressions de salaire par des plans d'épargne d'entreprise en actions de celles-ci, etc. C'est le modèle anglo-saxon que Tsarko voulait importer en France avant le krach de 2008, lequel nous a valu le superbe discours de Toulon demandant la mise à mort (verbale) de la finance. Verbale, car notre Machiavel de pissotière a continué dans les faits le processus de libéralisation (voir la réforme, à la hussarde, des retraites). Le résultat est que le salarié perd sur tous les tableaux : son épargne, sa retraite, son salaire, sa santé, sa liberté (lois de plus en plus répressives), sa sécurité (Tsarko n'en peut mais et la délinquance sur les personnes augmente, la violence persiste comme le montrent les émeutes en Angleterre). La concurrence « libre et non faussée » est une blague peu drôle bien qu'elle soit présentée comme une condition impérative du fonctionnement libéral du capitalisme. Or ce dernier comporte une tendance à la concentration pour au moins deux raisons convergentes et cumulatives. La première est d'origine technique : les moyens de production sont devenus si productifs par rapport à une demande solvable stagnante et précaire que les marchés nationaux ne suffisent pas. Il faut conquérir des marchés à l'international et un moyen pratique de le faire est d'absorber des concurrents, ce qui automatiquement fait grossir la firme. La chose est devenue facile avec les OPA et autres OPE dans lesquelles une boîte peut en racheter une autre par échange de leurs titres. Ce qui revient à payer sans sortir d'argent frais et à créer donc de la monnaie, ce qui dans ce cas n'est pas surveillé par les banques centrales. Ce qui encourage aussi à tricher pour valoriser son action (sa valeur boursière) afin de payer en monnaie de singe. Enron ou Vivendi furent des spécialistes de ce jeu. La deuxième raison est financière : la concentration permet des « économies d'échelle » donc une meilleure rentabilité puisque les « doublons » sont éliminés et les employés superflus dégraissés. De plus, plus on vend plus on dégage de la marge quand le point mort a été atteint (niveau des ventes qui couvre juste les coûts de production), ce n'est que du bénéf. De plus, avec les moyens modernes les rendements sont devenus croissants et les coûts de production ne sont plus que de 10 % du prix de revient ; ce qui coûte cher à amortir, ce sont les dépenses fixes de recherche-développement, de conception, de lancement, de marketing et de pub. Produire des DVD ou des films ne coûte plus rien quand les dépenses initiales ont été couvertes. Le monde s'est couvert de multinationales apatrides en configuration d'oligopoles, ce qui montre à quel point les organes publics censés lutter contre la concentration ne peuvent pas ou ne veulent pas faire grand-chose. Sauf en Europe ou la grosse commission s'évertue à empêcher la naissance de champions européens face aux interventions étatiques aux USA, en Chine, en Corée du sud, etc. Ces multinationales, par le jeu des transferts entre filiales situées de façon à « optimiser » la fiscalité, ne payent plus guère d'impôts. De façon générale, les entreprises ont obtenu des baisses d'impôts, des exonérations de cotisations sociales, des « niches » fiscales et sociales en tout genre, de telle sorte que l'impôt a été massivement reporté sur les petits et les classes moyennes. L'épargne est censément la vertu principale demandée aux gens et aux entreprises bénéficiaires pour financer l'investissement productif et le développement. C'est l'ascétisme puritain des protestants qui aurait permis cette mentalité propice au capitalisme (Max Weber). C'est devenu faux. En effet, les riches n'épargnent plus ; ils spéculent ou touchent des intérêts sur les dettes publiques (ils le peuvent puisqu'ils sont presque exonérés d'impôts). Ils dépensent de façon ostentatoire (yachts, palais, autos, art, fêtes, danseuses, etc.) mais comme ils ont bien trop d'argent ils ne peuvent pas tout gaspiller. Alors, au lieu d'investir dans la production ils préfèrent prêter ou spéculer, d'autant plus qu'avant la crise c'était plus juteux. Une large part des petites gens vit dans l'insécurité et la gêne et ne peut rien épargner du tout. Les plus aisés ont de plus en plus de mal à acheter un logement ou à compléter leur retraite ou à s'assurer. Les boîtes par l'autofinancement (réinvestissement des profits) pourraient épargner et investir dans la production. Cela ne se fait plus : elles préfèrent les investissements financiers bien plus rentables et se sont mises à emprunter aux banques pour l'investissement productif et cela de façon plus que modérée car les capacités de production sont excédentaires. De façon plus profonde, le capitalo-libéralisme encourage au contraire et systématiquement la dépense, la consommation, le gaspillage, l'ostentation. Car, et c'est la logique du capital, pour transformer le capital marchandise en capital argent (le seul qui intéresse les capitalistes) il faut que la production soit vendue à des consommateurs solvables. C'est le rôle essentiel de la pub et du marketing que de pousser les gens à acheter du sable au Sahara ou de la glace au pôle Nord. L'épargne est dangereuse car elle entretient la sous-consommation de la production. Sauf si elle est investie (Keynes, car alors l'achat de biens productifs supplée à la consommation d'objets courants). La question ne se pose plus ; elle n'est pas réinvestie ou peu hors dans les spéculations, les OPA, OPE, etc. D'un côté, le capital a besoin de l'épargne pour accumuler, de l'autre il fonctionne à la consommation dilapidatrice et sans souci de l'environnement, de la santé et des ressources naturelles. Ces trois contradictions ou mensonges libéraux (il y en a bien d'autres mais ce sont les principaux) expliquent que Tsarko, libéral pur sucre de chez libéral, n'ait que des rustines à proposer pour contrer les perversités du système financier, d'autant plus qu'il est mondialisé et pas franco-hongre. Cela explique aussi que les dirigeants de la planète (y compris chinois), tous plus libéraux les uns que les autres, ne fassent rien pour démonétiser les écritures libérales et réglementer les pratiques qui en proviennent, notamment celles de l'efficacité des marchés comme meilleur allocataire des ressources. Il en est de même pour les socialistes en peau de lapin qui vont se trouver piégés s'ils restent eux aussi dans la religion du marché et de la libre circulation des capitaux, et, de façon générale, dans leur acceptation du modèle capitalisto-libéral ; Tsarko leur fera manger leur chapeau pour une politique d'austérité et de réduction des déficits. Ils sont du reste déjà allés à Canossa baiser les pieds des agences de notation. Contre la règle d'or de Tsarko qui les met entre le marteau et l'enclume, ils se contentent d'arguer qu'elle doit s'appliquer dès 2012 et non en 2013 (car Tsarko peut profiter du budget 2012 pour soigner sa clientèle électorale !) ! Le problème est très simple : soit on reste dans l'enveloppe du capitalisme, financier ou industriel ou les deux, et on s'enfonce, soit on propose un autre modèle et on agit dans ce sens. Eh oui, camarades, il va falloir choisir une réforme radicale du système. Je vous conseille d'abandonner le marxisme, le libéralisme et de lire Proudhon et les anarchistes.
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|   Météo syndicale : souvenirs du passéLe monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011)
Le cinquantième anniversaire du 17 octobre 1961 n'est pas passé inaperçu. Articles dans toute la presse, des films, mais aussi « le silence assourdissant de la CGT ». Au centre confédéral de Montreuil, on est plus préoccupés par le 70e anniversaire des fusillés de Chateaubriand. Certes cette mobilisation est légitime, mais l'histoire du mouvement ouvrier ne se morcelle pas ! Même pas un communiqué, une prise de parole d'un membre du Bureau confédéral… Pourtant beaucoup d'Algériens morts autour du 17 octobre 1961 étaient syndiqués à la CGT. Comme l'écrivait le poète algérien Kateb Yacine : « Tu as vu ta police assommer les manifestants et les jeter dans la Seine. Et maintenant vas-tu parler ? Et maintenant vas-tu te taire ? » Encore aujourd'hui le problème reste, à la CGT comme ailleurs ! Pourtant il y a eu des réactions syndicales, des communiqués, des débrayages de solidarité à l'appel de la CFTC, de la CGT. La dernière nommée faisant référence à la volonté « de l'ensemble du peuple algérien d'obtenir son indépendance ». Pourtant, un délégué algérien, au congrès confédéral de la CGT en 1959, déclarait : « Le syndicalisme français n'a pas préparé la classe ouvrière aux problèmes coloniaux du XXe siècle. » * Tout ça laisse transpirer une certaine gêne… l'internationalisme n'a pas été très présent dans la France des années 1960. On pense à Pierre Monatte, à sa lettre de démission du Bureau confédéral avant la Première Guerre mondiale et à ses prises de position avant la seconde. Aujourd'hui confits dans la désunion syndicale les boutiques représentatives s'en battent… L'internationalisme est rangé rue des Morillons et tous les acquis du mouvement ouvrier sont à la casse. Faut-il tout refaire ? Certes, mais pas seulement avec des incantations quasi religieuses. Comme il a été fait à la fin du XIXe siècle sur la base du réel… mais avec une dose de rêve qui est indispensable !
Torrent impétueux
*. Pour cet article, il a été largement fait référence au site internet ouvalacgt.over-blog.com
L'article du Monde libertaire
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|   Pédale vite, camarade, le monde nouveau est devant toi !Le monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011)
Quand libertaires et écolos travaillent à la chaîne, c'est le Tour de France qui tremble sur ses bases. Sans dérailler, Jean-Jacques nous raconte la Vélorution paysanne qui vient.
Le Monde libertaire : Jean-Jacques, militant au groupe libertaire Lochu (Vannes), tu as participé pour la deuxième année consécutive à deux événements liés au « militantisme cycliste », lequel englobe des problématiques sociales comme les moyens de transport, l'aménagement des villes et de la voirie, le rapport à la vitesse, à l'environnement, à autrui et même à sa propre santé. Peux-tu nous présenter rapidement chacun de ces événements et leurs objectifs respectifs ?
Jean-Jacques : En fait, j'ai participé à trois mobilisations de ce type. J'ai commencé par le Détour en Bretagne en 2007. Le Détour, c'était un tour cycliste décroissant qui a eu lieu en même temps que le tour de France. C'était un anti tour ou plutôt un alter tour avant la lettre, initié par de jeunes décroissants de Nantes. Les participants venaient de toute la France. Ce Détour visait à rencontrer des pratiques alternatives (agriculture, maisons écolos, lieux de vie). « Tour et détour » selon le rapport entre les mots « faire et défaire ». Sur ce modèle a été créé, de manière complètement indépendante, le Cyclo foncier devenu Cyclo paysan. J'étais le seul à avoir fait les deux. Au début, le Cyclo foncier se focalisait sur l'accès à la terre, d'où son nom. Mais, très vite, il est apparu que l'accès à la terre devait être lié à un mode de vie paysan et non pas d'exploitations agricoles. Par l'accaparement (Marx disait « appropriation privative ») des terres par une minorité d'anciens paysans transformés en exploitants agricoles, l'ensemble de la population française a été exclue du territoire que l'État est censé lui attribuer. Cet accaparement se fait au bénéfice des seules grandes sociétés capitalistes (chimie, semenciers, grande distribution). Le Cyclo paysan a donc pour but de porter cette thématique de l'accaparement auprès des institutions agricoles (Chambres d'agriculture, Mutualité sociale agricole, Safer, Crédit agricole, services de l'État et administrations locales). Nous avons presque toujours été accueillis et soutenus par des paysans de la confédération paysanne en agriculture biologique et quelques communes qui voulaient revivifier la vie rurale et développer l'autonomie alimentaire. Le Cyclo paysan promeut l'installation de petits paysans en poly-activités (travail partiel dans le tertiaire ou le secondaire). Plusieurs participants étaient des jeunes urbains, installés ou en recherche de terres. L'Alter Tour est né en 2008, sans lien organique avec le détour, bien que quelques participants du détour aient pris part à l'alter tour. L'Alter Tour « pour une planète sans dopage », « vers la sobriété énergétique » est réellement l'anti-Tour de France et cherche à relier et aider par des manifestations (Vélorution) des pratiques alternatives diverses (agriculture biologique, constructions écologiques, énergies indépendantes, opposition à l'urbanisation, lieux alternatifs…). L'Alter Tour est un projet plus vaste et plus général. ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
|   Salmigondis tsigane, roms et gens du voyageLe monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011)
Il y a un peu plus d'un an, le locataire de l'Élysée montrait du doigt, juridiquement parlant, les gens du voyage, les Roms, les Tsiganes… En somme, celles et ceux qui seraient venus il y a belle lurette d'Inde et d'ailleurs. Tous ces gens-là étaient coupables de la hausse de l'insécurité tous azimuts, bref il fallait les renvoyer chez eux ! Beaucoup sont citoyens français depuis des générations, mais quand on veut faire des effets d'annonce, on ne s'encombre pas de tels détails… Pour faire court, on dira que, dans notre charmante métropole, extrême droite et consorts ont d'autres « non-Français » en ligne de mire. Néanmoins, ils exhortent leurs partisans à faire des commentaires dans tous les médias qui sont à leur disposition. On n'en est plus à insulter les « voleurs de poules », mais c'est pas loin. Si on se branche sur le site internet des Dépêches tsiganes on peut lire l'avis de journalistes sur l'évolution du délit de « sale gueule ». Ainsi, l'ethnie du délinquant est-elle une information pertinente ? Voici l'avis d'un journaliste de Libération : « Non, la culture ou l'origine d'une personne n'a pas grand-chose à voir avec les délits qu'il peut commettre, mais il faut tenir compte de la pression exercée par une partie des lecteurs… Lorsque je traite d'un fait divers, je raconte à chaque fois des histoires où la psychologie tient une grande place. En étant très précis nous pouvons limiter les généralités et démonter les préjugés. Il existe des voyous de toutes origines et tous milieux sociaux. Nous devons comprendre les cheminements individuels en nous méfiant des généralisations simplistes. » ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Sortie du nucléaire : discours de Bordeaux du 15 octobre 2011Le monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011)
À Tokyo, le 19 septembre, des dizaines de milliers de personnes, bien plus lucides que les membres de leur gouvernement et les dirigeants de l'industrie qui le financent ont manifesté pour la sortie du nucléaire. Aujourd'hui à Dunkerque, Rennes, Strasbourg, Toulouse, Périgueux, Bugey, Avignon, Toulon, Nice et Bordeaux, le mouvement antinucléaire se rend une nouvelle fois visible. Constitué essentiellement du Réseau sortir du nucléaire et de collectifs locaux, il a développé une force de frappe militante importante par la diffusion massive de tracts et fascicules qui ont permis à de nombreuses personnes de se forger un argumentaire antinucléaire de base solide. ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Squat, la ville est à nous : un film de Christophe CoelloLe monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011)
Quelques coups de pied-de-biche, un verrou qui cède, une porte qui s'ouvre, et c'est un logement condamné à la démolition qui redevient libre. De 2003 à 2011, Christophe Coello a suivi et filmé les actions de « Miles de iviendas » (« Des milliers de logements »), un groupe de « flibustiers barcelonais » dont les revendications peuvent se résumer à : « Plus de vie, plus de temps, plus d'espace ! » Ce film, qui décrit des luttes actuelles, nous rappelle finalement que depuis de nombreuses années Barcelone subit d'importantes transformations urbanistiques. Ce n'est d'ailleurs pas un phénomène nouveau, l'historien Chris Ealham a développé ce sujet dans son livre : La Lutte pour Barcelone : classes, culture et conflit – 1898-1937 1 où il démontrait la volonté politique de tous les pouvoirs en place, de redessiner l'espace urbain en fonction des intérêts de la classe dominante, et de briser la culture autogestionnaire des quartiers, si caractéristique de Barcelone. Cette ville avait déjà subi des transformations socialo-urbanistiques à la fin du XIXe siècle : les remparts avaient été abattus pour permettre l'extension vers le nord et construire les riches quartiers de la bourgeoisie catalane. ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Trente ans, toujours là, debout, fidèle à ses idéaux et principesLe monde libertaire n°1648 (27 octobre-2 novembre 2011)
Radio libertaire a 30 ans cette année. Depuis sa création en 1981, avec la reconnaissance officielle des radios libres, elle est devenue, bien au-delà des milieux se réclamant spécifiquement de l'anarchisme, une institution atypique de la bande FM parisienne, tant par sa liberté de ton, sa programmation musicale originale, que par son indépendance face à un monde résolument tourné vers les compromissions. Et son refus d'être financée par la publicité, garant supplémentaire de sa liberté. En 1981, dans un studio de 12 m² dans une cave de la Butte Montmartre, une équipe de six personnes assurent quatre heures de programmes quotidiens… Ce sont maintenant 200 bénévoles qui participent à la vie de Radio libertaire ! Une vie basée sur l'autonomie, l'entraide et l'interactivité. Synergie entre animateurs, techniciens, militants, et même auditeurs… qui n'hésitent pas à protester contre les imperfections techniques ou à exprimer approbations ou désaccords. Inscrite dans la durée et résolument tournée vers l'avenir, notamment technique, Radio libertaire n'hésite pas à affirmer sa place dans le paysage radiophonique actuel comme média militant, que ce soit sur les champs politiques, idéologiques ou culturels par l'utilisation des ressources qu'offre internet tels que : site web actualisé avec écoute haute qualité en direct et podcast, visibilité par des communiqués, etc. ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |  | |   Le Monde libertaire éditorial du n°1647Le monde libertaire n°1647 (20-26 octobre 2011)
Une fois n'est pas coutume. Nous citerons la une de vendredi dernier du « quotidien sans faucille ni marteau » : « Primaire PS : cherchez la différence ». À l'heure où vous aurez ce Monde libertaire entre les mains, le monde entier (sic) saura qui aura été choisi pour porter l'estocade du socialisme parlementaire dans le flanc de la droite au pouvoir. Vous aurez peut-être remarqué qu'aucun des candidats socialistes n'a causé du monde du travail, du syndicalisme. Françaises-Français, citoyennes-citoyens, mais rien sur celles et ceux qui vivent/survivent de leur virement bancaire de fin de mois. C'est, en ombres chinoises, toujours le même refrain : on est toutes et tous sur le même bateau. Celui-ci se nomme France et il faut le décrasser de l'influence néfaste du locataire actuel de l'Élysée et de ses sbires. Soit, mais cela suffira-t-il pour faire la rue Michel ? Au point de vue des partis politiques qui se réclament du socialisme passant par la voie électorale peut-être… Sûrement pas du côté des anarchistes et de celles et ceux que l'émancipation du monde du travail viendra de l'intérieur et non de guides inspirés. En fait, dans le « monde de gauche » on ne semble pas loin de penser que les Européens ont des conditions de travail satisfaisantes et qu'il faut plutôt se mobiliser pour le tiers-monde, pour des pays où les salaires sont de misère et les enfants exploités avant l'adolescence. Ainsi le quotidien hexagonal, cité au début a consacré la semaine dernière un dossier « Chine, quel avenir pour le mouvement ouvrier ? » Plein de questions, de constatations, mais… Allons-y en vrac : « La vague de contestation sociale pousse les organisations syndicales à se transformer », « Comment définir aujourd'hui la classe ouvrière chinoise ? ». Bon, on arrêtera là quoique… « Les grèves chez le constructeur Honda sont le résultat d'un long processus » à la fois enfoncent des portes ouvertes et réduisent à néant ce qui pouvait rester des « rêves » maoïstes. Rideau ? Il y a un peu plus de trente ans, la presse communiste française ne se penchait pas avec autant de sollicitude sur le problème du syndicalisme indépendant dans les pays de l'Est. L'enjeu principal était en Pologne avec Solidarnosc, mais il n'y avait pas qu'eux ! Pour revenir à notre cher Hexagone, matériel moderne et baisse de la publicité font miroiter plus d'un projet. Avant la fin de l'année France-Soir sera seulement sur internet, il sera le poisson pilote de toute la presse française. La presse militante, qu'elle soit d'extrême gauche ou libertaire, n'échappe pas au maelström. De quoi sera fait l'avenir, juste profits et réduction des coûts de production ? Sale temps pour la Sociale, comme dirait Sitting Bull !
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|   30 ans de Radio libertaire : Non, ce n'est plus une utopie, c'est une réalitéLe monde libertaire n°1647 (20-26 octobre 2011)
Cette année, Radio libertaire fête ses 30 ans. Nous vous invitons les 29 et 30 octobre à la salle Olympe de Gouges, dans le 11e arrondissement de Paris, pour célébrer dignement cet événement. En attendant, un éphéméride de la « Voix sans maître » de la Fédération anarchiste... 1er septembre 1981 Radio libertaire apparaît sur la bande FM à la fréquence 89.5. Quatre heures d'émissions quotidiennes (de 18 heures à 22 heures).
1983 13 décembre : gala de soutien à Radio libertaire de Léo Ferré à l'espace Balard devant 6 500 spectateurs. 28 août : des CRS défoncent la porte des locaux de Radio libertaire, saisissent une partie du matériel, détruisent le reste et sectionnent l'antenne. 3 septembre : 5 000 personnes défilent à Paris au son du Temps des cerises. Dans le même temps, Radio libertaire commence à réémettre.
1984 Radio libertaire et Radio Pays se voient imposer un partage du temps d'antenne par la Haute Autorité de l'audiovisuel.
1985 Édition des entretiens avec Henri Laborit en cinq cassettes : L'éloge de la fuite, Copernic n'a pas grand-chose, L'Homme et la ville, La Nouvelle Grille, La Colombe assassinée.
1986 2 février : inauguration du Théâtre libertaire parisien, boulevard du Temple. Jusqu'à sa fermeture en 1992, le TLP et Radio libertaire multiplieront les collaborations et les concerts de soutien. Radio libertaire devient la radio du mouvement étudiant : reportages dans les rues, tables rondes dans le studio, antenne ouverte pour témoigner des violences policières…
1989 3 au 4 juin : c'est l'écrasement du soulèvement populaire place Tienanmen à Pékin. Des émissions spéciales dénoncent ce crime contre l'humanité en pays stalinien. 9 novembre : chute du mur de Berlin, Radio libertaire s'associe à cet élan de liberté mais fait part de ses inquiétudes sur le monde monopolaire et répressif qui se dessine.
1991 Durant la première guerre du Golfe, Radio libertaire est la radio des anti-guerre. Heure par heure, elle annonce manifestations, meetings, réunions des comités de quartier, tout en proposant débats et analyses.
1992 Radio libertaire dénonce avec force le traité de Maastricht qui défend la libre circulation des biens et limite la circulation des individus non ressortissants de la zone Europe.
1995 Décembre : Radio libertaire devient le porte-parole des grévistes de l'hiver. Nombreux directs du front des luttes (SNCF, Poste, etc.)
1998 Radio libertaire quitte ses studios historiques du XVIIIe arrondissement pour s'installer dans le XIe. C'est le parcours historique des communards qui se soulevèrent massivement à Montmartre pour finir assassinés au mur des Fédérés au Père-Lachaise.
2001 L'explosion de l'usine AZF fait 31 morts et 2 500 blessés. Radio libertaire analyse et commente l'événement à travers une série d'émissions.
2003 Radio libertaire s'associe au Studio Campus (11 bis, rue Froment) pour réaliser des émissions en direct et en public.
2004 Septembre : Radio libertaire s'installe à Merlieux (Aisne) et diffuse en direct des émissions sur Paris, dans le nord de la France, grâce à un nouvel émetteur hertzien. Radio libertaire réalise de nombreux directs via des radios temporaires dans plusieurs lieux : salon du livre libertaire de Paris, rencontres libertaires de Grenoble, etc.
2005 Mai : après plusieurs tentatives, Radio libertaire devient internationale, un streaming Internet est installé. Depuis, l'écoute se fait sur toute la planète, même dans les lieux les plus improbables. Suite à une souscription lancée auprès de ses auditeurs, Radio libertaire se dote d'une véritable table de mixage broadcast et renouvelle une partie du matériel technique de son studio principal.
2006 Le signal Internet de Radio libertaire est repris et réémis en FM dans une vallée des Alpes à Oraison. 25 mars : en perspective d'une réforme menaçant les radios associatives, Radio libertaire se mobilise, le combat est toujours présent. Manifestation suivie d'un meeting pour la liberté d'expression. Radio libertaire a 25 ans et lance, avec la Fédération anarchiste, un appel à l'abstention active à l'élection présidentielle de 2007.
2007 La RNT, le grand serpent de mer, fait parler d'elle. Radio libertaire dépose un dossier et est retenue pour l'avenir numérique
2008 Radio libertaire lance des soirées thématiques et donne la parole directement à ses auditeurs. Radio libertaire a suivi les rencontres et le colloque sur Albert Camus qui se tenaient à Lourmarin vendredi 10 et samedi 11 octobre 2008. Radio libertaire a teinté de noir le festival La Belle Rouge. Le 27 septembre, une fête de soutien à la radio est organisée par le groupe libertaire d'Ivry au squat Sans plomb.
2009 Grâce à l'apport et au soutien financier de ses auditeurs, Radio libertaire peut de nouveau remettre à jour ses équipements en prévision d'un éventuel passage au numérique. Ras-les-murs, émission emblématique de Radio libertaire, fête ses 20 ans.
2010 Afin d'apporter une meilleurs qualité d'écoute, la radio modifie complètement son système de transmission.
2011 Pour ses 30 ans, Radio libertaire propose différentes rencontres à Campus et Olympe-de- Gouges pour partager différents moments ensemble.
Philippe, groupe Henry-Poulaille de la Fédération anarchiste
L'article du Monde libertaire
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|   Les imposteursLe monde libertaire n°1647 (20-26 octobre 2011)
Imposture : « Action, procédé de quelqu'un qui cherche à tromper » nous dit Le Petit Larousse. Cela décrit assez bien la situation sociale et politique en France comme ailleurs. Dans un précédent article, je dénonçais l'arnaque absolue de la fameuse dette que les banquiers, les spéculateurs, les grands patrons et leurs bras armés les États, entendent faire payer au prix fort les salariés, les chômeurs, les jeunes. Imposteurs ces escrocs qui, jouant au grand Monopoly mondial, veulent nous faire rembourser aujourd'hui la crise financière de leur système capitaliste. Imposteurs ces soi-disant experts économiques et autres chieurs d'encre qui mettent sous le vocable de déficits tout et n'importe quoi (notamment les dépenses sociales) et veulent en plus, ces ordures, nous culpabiliser sur la prétendue dette que nous laisserions à nos enfants. Eux qui défendent un système qui tue, avilit, exploite les hommes et détruit la planète. Imposteurs ces politiciens de droite comme de gauche qui trouvent irresponsables d'augmenter les salaires, les minima sociaux, les retraites pour ne pas « creuser une dette déjà abyssale », mais qui trouvent raisonnables par contre de trouver en une semaine – comme Fillon en 2008 – 96 milliards pour renflouer les banques ! Le même qui expliquait, peu de temps auparavant, qu'il était à la tête d'un État en faillite ! Imposteurs ceux qui nous expliquent que les primaires socialistes étaient un grand moment de démocratie « moderne » et que la question essentielle était effectivement de savoir qui d'Aubry ou de Hollande l'emporterait alors même que rien ne les distingue substantiellement, si ce n'est leur appétit du pouvoir et leurs ambitions personnelles. Imposteurs ces pseudo-syndicalistes qui s'inquiétaient le 18 août dernier dans un communiqué commun (CFDT, CGT, FSU, UNSA, Solidaires) du sort de l'euro et de l'Union européenne, et se portaient candidats pour discuter avec Nicolas Sarkozy des meilleurs moyens de « réduire les déficits publics et la dette ». Un peu difficile dans ces conditions de mobiliser les foules le 11 octobre dernier, surtout quand la journée d'inaction s'inscrit dans un processus de journées saute-mouton dont l'inefficacité n'est plus à prouver. Sauf bien évidemment si l'objectif n'est pas de gagner mais d'épuiser et d'écœurer les militants sur le terrain social pour mieux les diriger ensuite vers les marécages électoraux. Face à ces imposteurs et leur propagande quotidienne, il en reste pourtant un certain nombre à ne pas se résigner : les salariés, les fonctionnaires, les retraités, les étudiants grecs en manifestation par milliers le 5 octobre à Athènes (et qui subissent des coups d'une brutalité inouïe), la population de Mayotte qui se bat contre la vie chère et pour l'augmentation des salaires, les salariés de la raffinerie de l'étang de Berre qui, au terme de dix jours de grève, ont remporté une première victoire en obtenant un sursis concernant la fermeture du site. Victoire aussi pour les employés du Crédit mutuel de Bretagne qui, après onze jours de grève, ont arraché une augmentation d'une centaine d'euros par mois. En grève encore des salariés de Pôle emploi qui n'en peuvent plus de leurs conditions de travail et des conséquences que cela entraîne pour les chômeurs. Et l'on pourrait citer bien d'autres exemples. Et puis, sur un autre terrain, la lutte de classe s'exerce aussi dans les syndicats. À la CGT, bien évidemment, où nombre de militants n'acceptent pas la « CFDéTisation » de leur organisation. À Solidaires aussi où la signature, par la direction, du communiqué lamentable du 18 août ne passe pas, pas plus que les accords liberticides de Bercy signés en juin 2008. À FO, certes la direction a eu une position correcte à l'automne dernier en exigeant le retrait pur et simple du projet de loi sur les retraites (alors que l'intersyndicale pleurnichait pour une « autre réforme ») et en appelant à une grève « franche », voire à un blocage du pays (sans vraiment, cela dit, tenter de l'organiser). Certes, à cette rentrée FO a refusé de signer, à juste titre, le communiqué collaborationniste du 18 août et de s'engager dans la machine à perdre des journées d'action. Mais les militants « luttes de classe », qui refusent à la fois les dérives bureaucratiques de la direction et ses ambiguïtés (candidature à des présidences de caisse par exemple) et certaines manœuvres politiciennes, ont ressenti l'impérieuse nécessité de se rassembler et de mieux s'organiser autour d'un appel des « compagnons de Pelloutier ». Pour conclure ce petit tour d'horizon de la situation sociale, citons l'exemple belge qui pourrait donner des idées à tous ceux qui veulent se battre. Le Figaro s'inquiétait récemment de l'exemple de nos voisins qui « sans gouvernement affichent une croissance insolente » ! Tout simplement, nous expliquait-on dans le même journal, parce que les ministres qui expédient les affaires courantes n'ont osé prendre aucune mesure d'austérité… L'imposture démasquée en quelque sorte.
Fabrice (groupe La Sociale)
L'article du Monde libertaire
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|   Les pommes de Sidi Bouzid : si Steve Jobs avait été tunisienLe monde libertaire n°1647 (20-26 octobre 2011)
Un journal vespéral bien connu des marchés, j'ai nommé Le Monde, se fait l'écho dans son édition du 13 octobre 1 d'un texte intitulé « Si Steve Jobs avait été napolitain » publié sur Facebook, par un certain Antonio Menna, qui imagine ce qu'aurait pu être la vie d'un équivalent napolitain de Steve Jobs. Bien sûr, contrairement à ce qui est arrivé à son glorieux modèle, le Jobs du Vésuve, qui s'appelle Lavori, Stefano Lavori (Lavori comme travaux, traduction de Jobs, CQFD !) ira de déboire en déboire. Confronté à la police, à la mafia et à l'administration italienne (je vous laisse choisir laquelle des trois est la pire), le malheureux inventeur n'aura plus comme unique ressource que de s'employer comme gardien de parking. Il n'a pas eu la chance de naître et grandir au pays où, selon la fable mille fois ressassée, les opportunités savent s'offrir à ceux qui le veulent. Si tu veux réussir en pays capitaliste, quand tu pars de pas grand-chose, il faut te bagarrer encore plus si tu as la mauvaise idée de venir au monde au mauvais endroit : c'est je crois la morale de l'histoire postée sur Facebook. Quant à se révolter contre un système qui écrase les plus faibles en magnifiant les plus forts, il n'en est pas question dans cette fable. Je me suis réapproprié cette histoire, non en fait j'ai commis un plagiat (que j'assume contrairement à certains plumitifs…) et je me suis dit… Si Steve Jobs avait été tunisien, il serait devenu sans-papiers. Et Steve Wozniak, son copain, s'il avait été tunisien, serait lui aussi devenu sans-papiers. Et voilà leur histoire, complètement inventée, quoique… ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Radio libertaire, vous connaissez ?Le monde libertaire n°1647 (20-26 octobre 2011)
L'article qui suit est tiré du numéro 7 du Magazine libertaire, paru en 1985 sous le titre « Histoire(s) de radio(s) libertaire(s) ». Certes daté, il permet néanmoins de rendre compte des préoccupations d'alors et des projets ambitionnés. Il constitue également un rappel historique intéressant sur les débuts endiablés de la plus rebelle des radios. Nous le publions dans le cadre de l'anniversaire des 30 ans de Radio libertaire, que nous fêterons ensemble, les 29 et 30 octobre, à Paris (salle Olympe de Gouges, dans le 11e arrondissement). « Radio libertaire ? Oui je connais, c'est la radio des anarchistes. J'écoute pour les chansons… » (Une collègue de travail). « Les anarchistes ? C'est ceux qui font la radio sans dieu, sans maître et sans publicité… (Mon dentiste). Ces propos parmi d'autres, venant d'interlocuteurs sans préoccupations anarchistes apparentes, ouvrent la porte aux questions que l'on peut se poser sur l'influence, au niveau premier, de Radio libertaire dans la société. Aujourd'hui, rares sont les auditeurs, même occasionnels, de la bande FM qui ne connaissent pas, ne serait-ce que de nom Radio libertaire. La radio des anarchistes s'est donc faite une place dans l'espace médiatique et dans le public. À quoi cela tient-il ? Il faut bien se rendre compte qu'en même temps qu'elle devait lutter pour son existence, pour obtenir une fréquence et résister aux appétits des convoiteurs de la bande, Radio libertaire s'est créée avec un ton, un style qui lui sont propres, avec des idées des thèmes, des émissions qui reflètent ses options fondamentales et sa conception de la société. Ces deux caractéristiques ont lancé une dynamique autour de Radio libertaire et à laquelle participent certains milieux artistiques, culturels et scientifiques. Sur ces bases il est possible d'analyser ce qui fait de Radio libertaire une radio écoutée et un outil essentiel pour la diffusion de nos idées.
Quelque chose à dire
Puisque c'est la justification première (à notre avis) d'un média tel que la radio (de tous les médias ?), examinons le contenu des émissions. Quelles émissions entend-on sur Radio libertaire ? Tout d'abord la radio permet de commenter à chaud l'actualité immédiate. C'est l'occasion de donner notre point de vue, de faire entendre nos analyses et, pour nous, d'adapter notre réflexion au présent de la société. C'est la fonction « journal » de la radio, avec cet immense avantage de pouvoir s'adresser à un public plus large que celui qui achète le Monde libertaire, mais aussi avec cet inconvénient de taille qui réside dans les possibilités d'accès à l'information dont peuvent disposer les militants et « présentateurs ». La disponibilité de ceux-ci, les obstacles techniques et financiers évidents, expliquent que ce type de message soit encore insuffisamment développé. Mais il n'en reste pas moins qu'à l'heure actuelle, les auditeurs qui souhaitent une information qui ne soit pas à la solde d'un parti ou d'un groupe de pression (d'oppression ?) politico-économique, écoutent les commentaires de Radio libertaire. Il n'est pas question pour nous de fournir du « prêt à penser », mais bien de donner les éléments d'une réflexion sans contraintes et surtout de ne pas gober les tirades d'une presse sous influence. Il y a aussi sur Radio libertaire des émissions à caractère de propagande : par exemple, la mémoire sociale, les émissions syndicales, féministes, antimilitaristes, anticléricales, celles de nos compagnons espagnols ou sud-américains dont les thèmes sont souvent sociaux ou militants, celles sur les prisons etc. Ce type d'émission est, bien sûr, destiné à développer nos positions, à rappeler l'histoire du mouvement anarchiste, à préciser l'alternative sociale que nous souhaitons, à faire connaître les luttes de nos compagnons… Bref à servir à la formation et à l'information de tous ceux qui s'intéressent à l'anarchie ou à certains des thèmes qui nous mobilisent. Car Radio libertaire est une radio militante, elle a été créée pour contribuer à la propagande anarchiste. Elle est elle-même l'expression d'une lutte. Elle a été, elle est encore un pôle de résistance au rouleau compresseur du pouvoir qu'elle gêne et qui ne désire rien d'autre que bâillonner sa liberté, comme celle des individus et des groupes. Nous avons des idées, des expériences, une culture à faire connaître. Nous avons à discuter, à débattre, à faire partager et comprendre. La radio nous offre, mieux qu'une publication, la possibilité d'engager le débat, de l'ouvrir auprès de ceux qui n'auraient peut-être pas fait l'effort de dénicher le Monde libertaire chez le marchand de journaux ou de venir à notre librairie pour des ouvrages spécialisés ou pour discuter directement. Mais outre la connaissance théorique et sa diffusion, la radio est en elle-même un moyen de combat que redoutent d'ailleurs nos adversaires. On l'a bien vu lors des mutineries dans les prisons : Radio libertaire a aussitôt été soupçonnée par les autorités judiciaires et policières d'avoir fomenté la révolte, de l'avoir en quelque sorte « téléguidée ». On nous a réclamé (en vain, faut-il le dire ?) les enregistrements des émissions sur les prisons où s'exprimait le syndicat des prisonniers. Bien sûr l'intérêt évident de ce type d'émission est d'amener au militantisme. Mais ce n'est pas le seul objectif. Car outre le fait que ce désir est certainement irréaliste, il conduirait par ailleurs à privilégier le discours convaincu et racoleur que nous rejetons chez les marchands de soupe des partis de tous poils. Ce qui nous importe c'est aussi de susciter l'intérêt et l'adhésion à certaines de nos idées, de faire douter les sympathisants des thèses adverses, de provoquer des interrogations, des dissidences, des remises en cause. L'autre aspect de Radio libertaire est son côté culturel (qui n'est pas idéologiquement neutre). Dans le domaine artistique, littéraire, poétique, musical, philosophique, scientifique, on trouve des émissions telles que : Grand angle, Trisomie 21, Le Fou parle… qui ont un auditoire très large et très motivé. C'est que là on peut y entendre ce que l'on n'entend pas ailleurs. Une place a été faite à l'expression non officielle, souvent expérimentale et souvent aussi brimée par le mode de sélection des médias officiels qui décident de ce qu'il faut faire consommer. Passée à la moulinette du système, la culture officielle ressasse à longueur d'ondes, les mêmes rengaines, les mêmes clichés, les mêmes histoires à dormir en dansant. Nous avons choisi quant à nous, de donner la parole – et le micro – à ceux qui inventent, qui refusent toute complaisance à la mode, au modèle imposé, qui recherchent, qui doutent, et qui n'ont pas la possibilité de s'exprimer. Nous avons choisi de faire connaître des cultures qu'on dit « parallèles » (mais qui seraient bien plutôt « perpendiculaires »), des gens qui n'ont pas obtenu, ni voulu le label standard de la communication destinée à l'usage public. Ceci étant, nous n'avons rien diffusé d'incompatible avec nos positions et nos conceptions générales, mais on imagine mal des créateurs tels que nous les avons décrits, des chercheurs sans certitudes, qui défendraient des théories autoritaires, étatistes, cléricales… Il est clair tout de même, que, pour notre propre cohérence, nos adversaires ne soient pas présents sur notre radio. Sous cette réserve, s'est développé à Radio libertaire, un ensemble d'émissions touchant de nombreux domaines des sphères culturelles et scientifiques et où sont venus parler des savants (Laborit, Jacquard), des écrivains (Ragon), des plasticiens, des auteurs de B.D., des chanteurs, des avocats, des représentants de mouvements associatifs etc. Tous ces intervenants ne sont pas des anarchistes. Mais ils ont trouvé sur Radio libertaire un espace indépendant où dire ce qu'ils pensent. Ils y ont trouvé aussi un auditoire, curieux d'autre chose que ce qu'on lui sert ailleurs. La radio des anarchistes est devenue un pôle d'attraction où tous ceux qui ne trouvent pas la possibilité de s'exprimer par les médias admis, viennent partager le fruit de leur réflexion. Ce dynamisme autour des thèmes culturels revêt une importance considérable pour notre stratégie militante. Car le but atteint par l'audience de la radio, est bien une modification de la perception de l'anarchie dans la société. Démarginaliser l'anarchie, donner d'elle une image positive (« ils » ont quelque chose à dire, « ils » construisent, « ils » sont honnêtes), montrer que l'anarchie, telle que nous la pensons et vivons n'est pas une fantaisie à l'usage des adolescents ou une rêverie de poètes ou encore une théorie terroriste qui ne cherche qu'à semer la pagaille sans rien proposer… voilà ce que la radio, par le moyen de son impact culturel, est en train d'accomplir. En effet, si elle a su gagner un auditoire aussi large, c'est que le public, (très peu enclin à se fidéliser sur une radio), y trouve suffisamment de rigueur et d'intérêt. D'autre part, si des gens d'horizons aussi divers acceptent de venir s'y exprimer, c'est aussi qu'ils trouvent à Radio libertaire le sérieux et l'indépendance qui garantiront leur crédibilité et préserveront leur liberté de penser. Il faut aussi souligner que Radio libertaire, ce n'est pas seulement le contenu des émissions, c'est un ton, un langage, un style.
La façon de le dire
Sans dieu, sans maître et sans publicité… Alors que les autres radios, dites libres, se sont vendues à des groupes financiers et politiques dès l'instant où, la publicité étant autorisée, la bande FM devenait lucrative, Radio libertaire a choisi de préserver son indépendance et de ne pas accepter d'annonces publicitaires. Ceci implique le non professionnalisme de ses intervenants et la participation des auditeurs à son financement. Cette condition est une de celles qui font le ton de Radio libertaire. Non que nous cherchions à donner une image d'amateurisme, bien au contraire. Nous avons toujours voulu privilégier la qualité à la fois sur le plan technique et sur le plan du contenu des émissions. Mais face aux obstacles financiers, c'est bien sûr le contenu qui prime. La radio est l'œuvre de tous ceux qui y croient et non le produit de quelque intérêt économique. Dès lors on comprend qu'il soit plus dur (mais plus motivant) de la faire exister. De là, nos luttes incessantes, de là notre combativité, notre désir obstiné de résister aux tentatives pour l'empêcher d'émettre, aux saisies, aux empiétements de fréquences, aux destructions. Le public nous a largement soutenu, gagné par notre moral, notre dynamique de combat, et nos succès. Le refus de toute publicité, comme de toute allégeance à un groupe de pression, nous permet d'éviter toute complaisance envers qui ou quoi que ce soit. Le ton de Radio libertaire n'est pas à la mièvrerie sucrée des obsédés des indices d'écoute, ni au racolage embrigadeur. Nous avons fait le choix de diffuser dans nos heures d'antenne et dans les interrupteurs d'émissions, des chansons françaises de qualité. Ce choix (qui se justifie par notre volonté de ne pas céder aux modes préfabriquées et d'offrir des interludes qui ne soient pas des matraquages de tubes incompréhensibles aux nombreux non bilingues) marque aussi le ton de la radio, et amène à notre écoute tous ceux qui sont lassés d'entendre, sur d'autre fréquences, et dans tous les lieux, la répétition massive des « succès de l'été ». Ce style particulier, qui est celui de Radio libertaire et qui est le résultat de son indépendance, a conquis un public, mais aussi trouvé une reconnaissance auprès des autres médias. Il est certain que pour ces derniers, inféodés au pouvoir politico-économique, Radio libertaire constitue une gêne. C'est la preuve qu'elle occupe un créneau, qu'elle s'est fait une place dans l'espace médiatique. Ceci constitue une avancée considérable pour l'anarchisme, qui voit ainsi se lever le rideau de confidentialité derrière lequel il avait été relégué depuis le siècle dernier. Beaucoup reste à faire sans doute, en particulier pour améliorer la qualité technique et journalistique des émissions. Notons aussi que la radio, à elle seule, ne peut tout accomplir : notre travail d'édition, de diffusion, de distribution, contribue au succès de la radio et à élargir l'audience des idées anarchistes. La librairie est un espace où une dynamique s'est créée, comme autour de la radio. Des initiatives telles que « Théâtre libertaire de Paris » ou des cabarets très proches de nous, constituent des pôles d'attraction qui rendent vivantes la pensée et la pratique anarchiste, accroissent notre notoriété et renforcent notre crédibilité. En ce qui concerne la radio, nous sommes conscients qu'il faut à présent, non seulement persévérer, mais aussi améliorer, pour répondre aux exigences croissantes d'un auditoire sollicité de toutes parts, et ceci sans rien céder de notre volonté d'indépendance et de notre fidélité à nos principes.
Odile
L'article du Monde libertaire
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1646Le monde libertaire n°1646 (13-19 octobre 2011)
Le capitalisme se meurt, le capitalisme est mort, ânonnent les médias et les comptoirs : ben tiens bonne pomme ! Il tue toujours et sans vergogne. Il est plus que jamais aux manettes et – comme le rappelait il y a peu dans ces colonnes l'ami Philippe Pelletier – ses crises font cyniquement partie de son fonctionnement normal. Patrick Mignard lui aussi sait regarder le monstre dans les yeux : « Non seulement il ne s'est pas effondré, mais il a gagné toutes les couches de la société et sévit dans le monde entier. » Globalisation ! Pourtant, dès son apparition au XIXe siècle, un tel système semblait ne pouvoir durer. Trop dur, trop inhumain. Mais la pressentie cheville ouvrière de sa destruction, la classe ouvrière justement, étourdie de promesses électorales, « s'est jetée dans la consommation, donnant ainsi une légitimité aux aventuriers du néolibéralisme »; ceux-ci ont su user d'habiles titatas bien saignants : division des prolétaires des villes et des campagnes, guerres nationalistes, invasions coloniales, concessions à contrecoeur de lois sociales, États fascistes. Concurremment à l'effondrement des pays dits « socialistes », le capitalisme puis le néolibéralisme ont su se doter « d'une couverture politique qui fonde sur le peuple sa légitimité et où les citoyens réduits au simple rôle d'électeurs sont systématiquement piégés ». Ce maudit système « trompe, truque, manipule des milliards d'individus, et ça marche ! [...] Les lois du marché seraient éternelles, certains, même à “gauche”, les comparent aux lois de la gravitation ». Le système pollue et contamine les façons de concevoir la vie de tout un chacun et les diktats de rentabilité apparaissent incontournables même aux plus radicaux, aux plus libertaires ; parfois, tel Gribouille, se jetant à l'eau pour éviter le pluie, ils sont tentés d'en appliquer les préceptes indignes aux plus militantes de leurs entreprises. « Paradoxe, il dicte sa loi. » Comme Patrick Mignard le conclut : « C'est donc en marge du système que l'action doit se mener. Ruinons le système, non pas en croyant aux promesses de celles et ceux qui le pérennisent, mais en fonctionnant autrement. Sans croire aux vieilles lunes. »
L'article du Monde libertaire
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|   Hommage à ShenzenLe monde libertaire n°1646 (13-19 octobre 2011) Hommage à Shenzen Steve Jobes, le co-fondateur d'Apple, après avoir été terrassé par un cancer, est en train de crouler sous les tombereaux de louanges et d'hommages déversés unanimement. Jamais patron ne connut une telle apothéose, triomphe digne de celui d'un empereur romain: on n'attend plus que sa canonisation ! Cependant, si on est attentif au sens des mots, le nom même de Jobs renvoi au travail. Ce travail qui disparaît comme par magie, alors qu'il est le socle de la gloire et de la fortune du défunt. Non pas son propre travail, mais celui de milliers de personnes,
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| |   L'extrême centre en deuilLe monde libertaire n°1646 (13-19 octobre 2011)
Au moins, avec Marine ou Jean-Marie Le Pen ou avec tous les nazillons qui leur tournent autour, on sait clairement sur quoi on tape. L'ennemi est clairement identifié et il n'y a aucun compromis possible. Mais dans le cas des centristes c'est une toute autre affaire. « Être de gauche ou de droite, c'est choisir une des innombrables manières qui s'offrent à l'homme d'être un imbécile; toutes deux, en effet, sont des formes d'hémiplégie morale », nous dit joyeusement Ortega y Gasset qui pourtant n'en n'était pas à une compromission voire une crapulerie près. Et oui entre les démocrates-sociaux, les sociaux-démocrates, les chrétiens-libéraux, les radicaux que sais-je, c'est un peu beaucoup la purée de pois idéologique, le dogmatisme mou du jarret. Le centrisme c'est le ventre mou, la fange, le marais, rien de bien clair, un peu comme les cathos de gauche, un brouet insipide, sans goût sans saveur et surtout sans les yeux dans le bouillon. Borloo faisait très bien l'affaire, un bien beau représentant, un spécimen hors catégorie qui savait à merveille patauger et se balancer au gré de ses intérêts dans toute cette eau tiède passablement croupie. Malheureusement, les occasions de rire se faisant de plus en plus rares, ça ne va pas s'arranger après sa capitulation en rase campagne sans prévenir. Mais filandreux comme un vieux navet et le charisme d'une endive cuite à l'eau claire revoilà cet ancien avocat de Bernard Tapie, ça impec dans le CV, propulsé dans ce qu'il n'aurait jamais dû quitter : le néant. Et Copé qui n'est pas son copain – en a-t-il d'ailleurs des copains? – à l'instar de toutes les coteries de lèche-culs qui l'entourent s'est immédiatement réjoui en lui donnant le baiser de la mort, l'accolade du Judas de service, jamais autant comblé que lorsque sont à terre tous ceux qui pourraient lui faire de l'ombre. Pitoyable spectacle que ces marivaudages, que ce théâtre d'ombres chinoises, que ces bestialités et ces violences byzantines qui seront notre spectacle médiatique, à moins d'être un ermite, pendant encore quelques mois. Le temps va s'arrêter et les seuls pôles d'attraction seront de connaître celui ou celle qui l'emportera dans cette élection présidentielle, mère de toutes les batailles disent-ils, et dans laquelle décidément les libertaires n'ont la moindre envie ni le moindre intérêt à y mettre leur museau. Borloo va donc se retrouver à la rue. Nous autres serions bien inspirés d'y être aussi. Sans doute pas pour y faire la même chose. Notre chance serait de ne pas le croiser.
Emile Vanhecke
L'article du Monde libertaire
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|   Quelques réflexions autour du massacre du 17 octobre 1961Le monde libertaire n°1646 (13-19 octobre 2011) Quelques réflexions autour du massacre du 17 octobre 1961 Le 17 octobre 1961, dans l'indifférence d'une France anesthésiée, c'est une véritable guerre de type colonial qui devait se dérouler à Paris. Le lendemain, la presse ne s'était pas trop étendue sur un massacre froidement organisé par la police parisienne. La répression conduite contre les Algériens paraissait être à cent lieues des préoccupations ordinaires de la France profonde. La police s'était simplement contentée de remettre au pas quelques trublions.
La France, pays des Droits de l'homme, ne s'est jamais contentée de conduire des guerres de conquêtes coloniales. Les ressortissants des pays qu'elle prétendait civiliser ont été considérés comme des indigènes à qui il était possible de « faire suer le burnous », ou de fournir de la chair à canon, comme cela avait été le cas au cours des deux guerres mondiales qui s'étaient déroulées durant la première partie du XXe siècle. Sans que cela puisse poser problème aux grands républicains qui gouvernaient la France, d'authentiques razzias étaient effectuées dans les pays de l'Afrique noire, comme dans le Maghreb. Ces troupes coloniales allaient constituer les régiments de zouaves, spahis, turcos, tirailleurs algériens, tabors marocains, aux uniformes rutilants. Tous étant placés sous la férule d'officiers impitoyables, et nul ne devait broncher dans les rangs. ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Drame à LyonLe monde libertaire n°1646 (13-19 octobre 2011)
Le 6 octobre, à l'appel de l'intersyndicale Sud, CGT, CFDT, FO, et CNT, 3000 personnes se sont mobilisées devant le Centre des congrès à Lyon, lieu du congrès de la FEHAP (Fédération des établissements hospitaliers et d'aides à la personne), cela pour s'opposer à la casse de leur convention collective 51 (secteur sanitaire et social), récemment dénoncée par cet organisme patronal. C'est lors du premier gazage par les nombreux CRS, et autres flics, eux aussi sur place, que trois syndicalistes (dont une déléguée syndicale CGT d'une clinique de Saint-Étienne), lors d'un mouvement de foule, se sont retrouvées à plusieurs mètres sous terre, après qu'une grille au sol ait cédée. Deux d'entre elles sont gravement blessées, l'une étant entre la vie et la mort. Malgré ce drame survenu en fin de matinée, les manifestants ont dû faire face à d'autres charges policières et au lâche silence des patrons de la FEHAP, qui le soir même, faisaient ripaille avec monsieur le maire de Lyon ! La riposte s'organise, solidarité !
Guillaume Groupe de Dijon de la Fédération anarchiste et Sud Santé Social
L'article du Monde libertaire
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|   La lutte c'est dans la rue, vers la grève généraleLe monde libertaire n°1646 (13-19 octobre 2011)
C'est sous ce mot d'ordre que plusieurs organisations syndicalistes révolutionnaires ont appelé à manifester le 29 septembre en Espagne. Le Monde libertaire avait signalé les préparatifs de cette journée dans son numéro 1643. Cette mobilisation s'est déroulée à travers toute la péninsule Ibérique et principalement dans une trentaine de grandes agglomérations. Les différentes manifestations de rue ont ainsi rassemblé des milliers de participants de tous âges et de tous les secteurs professionnels, qui ont exprimé leur opposition à la privatisation des services publics, aux coupes budgétaires, ainsi que leur soutien à différents conflits actuellement en cours : Éducation, la Poste, les Chemins de fer. Ainsi à Madrid, CGT- CNT-SO-Cobas rejoints par les Assemblées populaires de quartiers ou de villages (issues des Indignés du 15 mai) ont parcouru la ville pour déboucher Puerta del Sol aux cris de « Nous sommes à la Bastille ! ». Les prises de parole ont rappelé que cette journée de lutte n'était que le point de départ d'autres mobilisations devant servir à préparer la convocation d'une prochaine grève générale. ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |  | |   Météo syndicale brûle le dur…Le monde libertaire n°1646 (13-19 octobre 2011)
La nouvelle de l'agression d'un contrôleur de la SNCF a laissé au second plan une autre aventure syndicale. Certes, cela a permis aux divers médias de mettre sous le boisseau l'initiative de la CGT cheminots à la gare Saint-Lazare dans le nord de Paris. Comme le disait un militant syndicaliste : « La direction veut nous faire croire qu'elle ne parvient pas à recruter faute de postulants. » Revenir au contrôle de l'embauche, à la fonction de contre-société des Bourses du Travail, chères à Fernand Pelloutier, au syndicalisme du début du XXe siècle ? Chiche ! Celle-ci, et j'assume, relève plus de l'époque de Pelloutier que de la conception actuelle du marche-pied dévouée à ce qui reste de syndicalisme dans notre belle France. On verra bien ce que donnera la journée de mobilisation du mardi 11 octobre, mieux que les retraités du 6 octobre. Il vaudrait mieux pour l'avenir du syndicalisme que dans le futur on batte tous ensemble le pavé, non ? « Salariés, retraités, tous ensemble » devrait être le leitmotiv de la base confédérale, toutes boutiques confondues ! Moulinex n'a jamais eu droit à l'appellation contrôlée de citadelle ouvrière. Personne n'a eu la chance des Lip de posséder un trésor de guerre. Comme l'a dit un quotidien hexagonal de l'après-midi : « Avec le dépôt de bilan de l'entreprise d'électro-mécanique il y a dix ans, près de 3 800 personnes ont perdu non seulement leur emploi, mais aussi tout un pan de leur vie. Et la mécanique du reclassement n'a pas fonctionné pour tout le monde. » Dans le Calvados, à Cormeilles-le-Royal, dans la banlieue de Caen, les anciennes et les anciens se retrouvent régulièrement pour avoir des informations, des contacts. Comme on dit dans le jargon du management quand ils causent de krach industriel : « le personnel féminin, âgé, peu diplômé et peu qualifié » a particulièrement souffert. Libérer la femme était le slogan de la marque « aux lettres rouges ». Elle a aussi ouvert des plaies qui ne se sont pas refermées. Nous y reviendrons. « Les principes de l'économie socialiste, telles que nous les concevons, nous autres anarchistes, sont clairs. Ils supposent l'abolition d'un système économique basé sur le profit, la plus-value et l'accumulation du capital, la collectivisation des moyens de production et d'échange, la suppression des différenciations de classe, l'abrogation de la centralisation étatique, agent de coordination et de coercition du système capitaliste, la limitation de l'autorité aux accords passés librement, entre les participants à l'élaboration d'une économie socialiste. » Ainsi s'exprimait Maurice Joyeux, en 1973, dans la revue Autogestion et socialisme (n° 22/23). Le reste, on me pardonnera, ce sont des propos de bistrot.
Torrent Impétueux
L'article du Monde libertaire
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|   Nouvelles des frontsLe monde libertaire n°1646 (13-19 octobre 2011)
Danger absolu ou pas ? Le groupe Fiat quitte la Confindustria, le Medef italien. C'est la fin du compromis fordiste, les maîtres de forge ne négocient plus au niveau général mais veulent imposer leur loi d'airain entreprise par entreprise. Ce n'est peut-être pas une si mauvaise nouvelle, ni un si mauvais exemple… un moyen de relancer la lutte des classes au niveau local et d'en finir avec les compromissions syndicales confédérales… À tester. Grève dans l'Éducation pour protester contre les suppressions de postes, manif des retraités en voie de paupérisation le 6 octobre, journées d'action bidon contre l'austérité sarkozienne le 11, le tout en ordre dispersé, en deux mots, dernière démarque avant les élections ! On solde le mouvement social et on brique les urnes. La gauche de retour en 2012 fera sans doute comme à son habitude le sale boulot, les Grecs en savent quelque chose. Toujours plus d'efforts pour le salariat, toujours plus de profit pour le capital. Rien à dire, c'est dans la logique des choses tant qu'on acceptera le principe de la domination économique et sociale. Indignés oui, mais après ? Et pourtant le cave se rebiffe, fonderie du Poitou, occupation face à une baisse des salaires inacceptable, tout comme à la raffinerie Lyondellbassell (États-Unis) sur l'étang de Berre (13) où on occupe pour protester contre une fermeture annoncée et la suppression de 350 emplois sur le site, sans compter ceux de la sous-traitance, environ 700 envoyés à la fonte. Ça grogne aussi en Lorraine où le dernier haut-fourneau de Florange à cracher ses dernières coulées… Va-t-on appeler à la rescousse le fils Chérèque qui après le père, plénipotentiaire mitterrandien, ouvrira un second parc d'attraction pour sauver Jeanne d'Arc ? Lorraine, cœur d'acier… Lorraine cœur d'artichaut… moins 45 000 emplois dans la décennie. Petite manif à Hayange, le désert économique s'élargit encore un peu plus en Moselle. PSA, 8 200 intérimaires menacés, 8 200 variables d'ajustement face à un marché en berne auxquels s'ajoutent 880 « départs volontaires ». Et comme chez Fiat (coïncidence) des menaces sur les salaires et une tentation de faire cavalier seul dans les négociations… Zodiac (17) 60 emplois pardessus bord ; LCI (TF1), liquidation annoncée, 142 collaborateurs licenciables au 31 décembre… Alcan dans la Somme, 127 licenciements, on séquestre et la police libère. Sogeres dans le Val-d'Oise grève dans la restauration scolaire, 23 000 repas bloqués en protestation contre la pénibilité du travail. Grève des sages-femmes pour une meilleure reconnaissance sociale et salariale de leur activité. Grève dans l'éducation, tous ensemble, privé, public, main dans la main face au démantèlement… Et pourquoi ne pas rapatrier les emplois publics de profs mis à disposition des établissements privés sous contrat ? Pourquoi laisser des postes de fonctionnaires à disposition des archevêques ? Public, privé, même combat, sans doute pas. L'école de Marianne malgré ses limites vaut encore mieux que celle du goupillon ! Et puis du neuf, de la solidarité active : appel à la grève chez Lafarge en soutien des 12 employés de Frangey dans l'Yonne menacés par la fermeture du site ; Goodyear à Amiens, grève de solidarité avec des délégués syndicaux licenciés… Un retour aux bonnes pratiques, la grève non plus pour soi exclusivement (salaires, conditions de travail) mais pour l'autre face à l'injustice et à l'arbitraire, comme ça, gratos, et pour la dignité. Grèce, toujours dans tourmente, manifs, grève générale, indignation, et toujours plus de rigueur, 30 000 fonctionnaires en danger, baisse de 40 % des traitements et licenciement au bout d'une année, 150 000 emplois publics dans le collimateur d'ici à 2014, manifs, grève, indignation… Va falloir trouver autre chose. Suède, faillite annoncée de Saab, 3700 salariés à la casse ; Espagne, le groupe Telefonica va réduire de 20 % son effectif soit environ 27 000 postes sans correspondants ; Pologne,13 % de chômeurs avec des pointes à plus de 21 % dans le nord du pays. Europe, près de 10 % de chômeurs recensés, combien d'ignorés ? Corée, au nord aussi, 6 millions de crève-la-faim, ni le socialisme, ni l'électricité, ni même à bouffer… Le socialisme réel n'a pas fini de nous faire rêver. Pas plus d'ailleurs que le capitalisme tout aussi réel, aux États-Unis, chômage officiel à 9,1 % très largement sous-estimé, les sans-droit sont pléthores, 15 % des familles vivent sous le seuil de pauvreté, soit 4,6 millions de personnes, et 25 % survivent grâce à des coupons alimentaires. Les indignés de Wall Street ont du pain sur la planche. Ici comme aux USA, aux indignés on leur envoie les cognes et ici aussi l'indignation ne sera sans doute pas l'arme fatale. 66 % des hexagonaux ont peur du chômage, 75 % estiment vivre moins bien qu'avant, 30 % des salariés en ont sérieusement « plein le cul » et souhaiteraient pouvoir démissionner, ambiance. Fillon, droit dans les bottes dont on ne sait trop qui, nous promet la retraite à 67 ans en manipulant l'opinion par une comparaison bidouillée avec nos voisins d'outre-Rhin où la retraite est acquise dès 35 ans de cotisations et à taux plein à 67 ans en cas de cotisations insuffisantes. Une seule solution l'indignation ? Indignons-nous dans un premier temps, puis, surtout, autogérons-nous dans un second.
Hugues Lenoir
L'article du Monde libertaire
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|   Quand la police (s')éclateLe monde libertaire n°1646 (13-19 octobre 2011)
C'est un bien triste anniversaire que l'on s'apprête à célébrer en ce mois d'octobre 2011, celui du massacre de plusieurs centaines d'Algériens par les forces de police françaises le 17 octobre 1961. Si, depuis, la France n'a pas à nouveau vécu pareille hécatombe, force est de constater que, cinquante ans après, la police continue à tuer et à baver (pour « bavure »…), et bien souvent dans la plus totale impunité. Orgueilleux dans leurs uniformes bleu-marine, épris d'un sentiment de toute puissance à l'idée de se savoir assermentés et armés, nombreux sont les flics qui, pendant leur service, donnent libre cours à leurs pulsions, engendrant, dans le meilleur des cas, insultes et mépris, et, dans le pire, tabassages en règle et assassinats. ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Le Monde libertaire éditorial du n°1645Le monde libertaire n° 1645 (6-12 octobre 2011)
On a gagné ! On a gagné ! Historique : le Sénat passe à gauche. Du jamais vu sous cette Ve République. Bien entendu, tout va changer. Les pointures socialistes sont pratiquement venues en cortège pour fêter ça. Pensez donc : le Sénat ! De fait, on reste un peu abasourdis devant les congratulations de ces « représentants du peuple ». Le Sénat ! Cette chose dont la gauche disait pis que pendre à une certaine époque puisque inutile voire néfaste – comme d'ailleurs de Gaule qui l'aurait volontiers supprimée lui aussi. Le Sénat ! Activité ? Relecture des textes votés au Parlement pour éventuellement les amender, rarement dans un sens disons progressiste. Le Sénat qui prend son temps et argumente dans un esprit « non partisan » afin de servir de garde-fou à une Assemblée nationale jugée parfois trop superficielle et expéditive : à l'Assemblée, on s'invective, au Sénat, on discute en oubliant sa couleur politique. Voire. On se demande donc pourquoi de telles luttes pour des sièges si les différences de formations sont gommées sous les fameux lambris de cet endroit. Et maintenant ? La gauche victorieuse et majoritaire va-t-elle relire les textes de lois pour impulser une république plus populaire ? C'est à peu près aussi drôle que le jour où on a appris que Mitterrand était socialiste. Un Sénat à gauche ? Mais le grand capital fait déjà ses valises pour quitter le pays, à moins qu'il ne mise sur une victoire de son représentant en 2012. En attendant, la gauche appelle « à être à la hauteur de la volonté de changement des Français ». C'est quoi être à la hauteur ? Mieux libeller des textes de loi du genre Hadopi, réforme des retraites ? Les véritables acquis sociaux des travailleurs ont rarement été obtenus au Parlement et encore moins au Sénat, mais plutôt dans la rue et en occupant les usines et autres lieux de travail. Alors Sénat à droite ou à gauche, pas de changement : restons mobilisés.
L'article du Monde libertaire
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|   Après le soleil, la pluie !Le monde libertaire n° 1645 (6-12 octobre 2011)
Le soleil, c'était jeudi 15 septembre 2011. Le tribunal de grande instance de Bordeaux, suite au réquisitoire courageux d'un petit procureur, refusait le « prêt temporaire » de Maixol Iparraguirre à l'Espagne. Un sursis, donc, à une extradition et aux tortures qui s'en ensuivent. La pluie, c'était tout à l'heure. Lundi 26 septembre 2011. Une lettre de Mikel Albizu (alias Antza). Un grand chef de l'ETA dans les années… On le cite comme négociateur essentiel à Barcelone et en Suisse dans les années… C'est, surtout, le compagnon de Maixol et le père d'un enfant que nous avons scolarisé (à l'école libertaire Bonaventure) et hébergé (chez nous) pendant trois ans. Il nous apprend que, désormais, lui et Maixol ne pourront plus nous téléphoner plusieurs fois par semaine, comme ils le faisaient depuis juin 2011. Rappelons les faits ! ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Flics et bandits : une belle histoire d'amourLe monde libertaire n° 1645 (6-12 octobre 2011)
Une réponse policière forte. C'est ce qu'annonçait Michel Neyret à propos du grand banditisme dans l'émission « Zone interdite » du 4 septembre 2011, sur M6. Mais la chaîne de télévision – qui, à l'instar de bien d'autres, se complaît depuis longtemps à essayer de redorer le blason bien cradingue de la police à travers des reportages bidons – aurait dû choisir mieux. Car ce bonhomme, qui n'est autre que le directeur adjoint de la police judiciaire de Lyon – oui, oui – est aujourd'hui empêtré dans une bien sombre affaire. Ce jeudi 29 septembre, cet éminent fonctionnaire a été placé en garde à vue pour… complicité dans un trafic de drogues et de blanchiment d'argent à envergure internationale ! Visiblement balancé par certains des gangsters avec lesquels il bossait depuis un bail, le voilà désormais de l'autre côté de la grille des cellules. Mais, pour le coup, soyons assurés qu'il n'y aura pas de bavures : ni tabassages en règle ni pressions morales. Conscience de flic oblige !
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| |   Guerre des classes : nouvelle guerre de la dualité scolaireLe monde libertaire n° 1645 (6-12 octobre 2011)
Grosse colère
C'était le 27 septembre dernier, un enseignant sur deux était en grève. Des milliers dans les rues. Bien sûr, ce n'était qu'une journée d'action de plus, programmée depuis des mois par l'intersyndicale empêtrée dans sa volonté d'apparaître unie et déterminée à la veille des élections professionnelles et dans la nécessité d'offrir un moment d'expression au mécontentement général de toute la communauté éducative. C'est peu de le dire, l'école est sacrifiée sur le banc des finances publiques. L'ensemble des mesures subies est sans égal depuis le début de l'investiture Sarkozy : 80 000 suppressions de postes, dont 14 000 programmées pour l'an prochain. Certes, la décision aveugle de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux est déterminante. Elle se traduit par la suppression des IUFM (institut de formation des maîtres), de 600 postes de Rased (enseignants spécialisés), de 800 postes d'intervenants en langues, et par 1 500 classes fermées, dont beaucoup sont des maternelles (la scolarisation des moins de 3 ans est passée de 36 % en l'an 2000 à 19 % aujourd'hui). Mais cette économie de moyens revendiquée par le gouvernement ne doit pas cacher une attaque idéologique en règle contre l'école publique et ce qui lui restait d'humanité et de valeurs : l'accueil de tous les élèves et la volonté au moins affichée de résoudre les difficultés scolaires. Le mode de gestion est devenu managérial : évaluations généralisées, livrets de compétences, fichage des élèves, mise au pas des enseignants, précarisation des personnels, répression des désobéisseurs, etc.
Même le privé dans la rue !
Pour toute la presse, le fait marquant de ce jour de mobilisation a été la présence inhabituelle des enseignants du privé. Si eux ne sont pas contents, alors, il faut vraiment s'inquiéter ! Qu'en est-il des attaques contre le privé ? Alors qu'ils accueillent 16,9 % des élèves, les établissements du privé n'ont subi que 10 % des fermetures de classes. Ce qui représente un détournement de 747 postes. Il a été calculé que si le privé rendait les subventions qu'il touche, cela permettrait de créer 24 000 postes dans le secondaire public ! De plus, par méconnaissance de la loi ou par complaisance, de nombreux maires financent le privé de façon abusive. Par exemple, le forfait communal versé aux écoles privées sous contrat d'association ne concerne que l'école obligatoire (comme le rappelle une jurisprudence du Finistère du 21 juin 2010). Or, l'enseignement catholique a pris l'habitude de créer des établissements de la maternelle au lycée et, de ce fait, reçoit une dotation globale. La maternelle privée ne devrait pas être financée. Claude Barratier, qui anime le Collectif pour la défense de l'école publique de proximité à Chessy-les-Mines, a calculé que si on rétablissait la seule subvention au privé prévue par la loi, celle-ci baisserait de moitié. Voici de bonnes économies à réaliser ! Une autre injustice est la disparition d'options entières dans les lycées professionnels obligeant les parents dont les enfants veulent suivre certaines filières à les envoyer dans le privé. En Seine-Maritime, par exemple, les bacs pros logistique et sécurité-prévention ont disparu dans le public. Il existe un monopole du privé pour les BTS comme transport, assurances, communication et industrie graphique. Alors, dans la rue, on comprendra que la solidarité a ses limites et doit s'arrêter là où la laïcité devrait être la règle : fonds publics à la seule école publique ! Tous ces petits arrangements font que le privé prospère au détriment du public qui est bien la seule entreprise à financer sa concurrence ! Détournement de fonds publics, inégalité de traitement, sans compter le bourrage de crâne et le tri des élèves, rien ne justifie l'existence de ce dualisme scolaire. Si les anarchistes ne doivent pas se contenter des arguments des laïques en faveur de la stricte application de la loi Debré, la connaissance de ces détournements peut être utile mais n'est pas suffisante. C'est la renationalisation sans concession ni rachat qu'il faut défendre. Et, au-delà de la défense de l'école publique, sa réappropriation par tous ses acteurs afin d'en faire un outil d'émancipation.
Virginie Benito
Rappel : Depuis la loi de séparation des Églises et de l'État en 1905, les entorses à la laïcité se sont multipliées. 1918 : maintien du concordat, rétribution des ministres du Culte par l'État, enseignement religieux dans les écoles publiques. 1940-1941 : loi Vichy autorisant les congrégations catholiques à enseigner. 1951 : lois Marie-Barangé octroyant des bourses d'État aux élèves du privé. 1959 : loi Debré instituant des contrats simples (enseignants payés par l'État) ou d'association (subventions et contrôle des programmes). 1966 : loi d'orientation sur la formation professionnelle (convention école-entreprise). 1967 : Fouchet, création des IUT patronaux 1977 : loi Guermeur, spécificité religieuse pour les établissements (caractère propre). 2004 : loi Carles obligeant les maires à financer la scolarisation des enfants de leur commune dans une école privée voisine. à cela, s'ajoutent les déclarations tonitruantes du chef de l'État montrant son choix entre le curé et l'instituteur, ainsi que sa présence remarquée aux offices religieux et les visites au pape…
L'article du Monde libertaire
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1644Le monde libertaire n°1644 (29 septembre-5 octobre 2011)
Troy Davis a donc été exécuté. La peine de mort est ainsi de nouveau au cœur de l'actualité, y compris chez nous où elle a pourtant été abolie il y a trente ans : on continue d'entendre certains politiciens parmi les plus réactionnaires réclamer son retour. Les États-Unis, même si les abolitionnistes y sont de plus en plus nombreux (16 états ont supprimé la peine capitale), s'accrochent encore à la loi du talion ; en 2010 il y a été procédé à quarante-six exécutions (en majorité au Texas), ce qui les place dans le top-ten des nations pratiquant l'assassinat légal : l'Iran (252 exécutions), le Yémen (53), l'Arabie Saoudite (27), la Corée du Nord (60 au moins), quant à la Chine, les chiffres font partie des mystères de l'orient. Troy Davis a donc été exécuté. La Cour suprême des États-Unis a finalement refusé d'annuler sa condamnation à mort. Et ce, malgré le fait qu'il ait toujours clamé son innocence. Malgré le fait que sept des neuf témoins de l'accusation s'étaient rétractés depuis son procès, en ayant précisé – pour certains – que les enquêteurs les avaient « fortement » influencés. Malgré le fait que les opposants à la peine de mort l'aient soutenu durant les vingt ans de captivité. Malgré les protestations de la presse américaine et internationale. Malgré même le fait que la France (dernière tribu des coupeurs de tête jusqu'en 1981) ait officiellement appelé l'état de Géorgie à la clémence. Troy Davis a donc été exécuté. Au-delà de savoir si un condamné à mort est innocent ou coupable, l'important est tout de même de dénoncer et d'en finir avec tout système judiciaire qui fait procéder à une exécution, à un meurtre de sang froid.
L'article du Monde libertaire
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|   Aux armes citoyens ?Le monde libertaire n°1644 (29 septembre-5 octobre 2011)
Une brochette d'élus UMP vient d'émettre la volonté de transformer les jeunes Français en féaux guerriers. Il leur a fallu réfléchir longuement pour trouver un étonnant argument de fidélité envers la mère patrie, alors que s'ouvre la campagne des élections présidentielles. Ces braves gens exigent rien moins qu'au jour de leur majorité, les garçons et les filles prononcent un serment de « fidélité aux armes ». Qu'est-ce que cela peut bien signifier ? En fait, l'équipe de patriotards, tendance Action française, avec leur porte-parole Hervé Mariton, va droit à l'essentiel en expliquant que ce serment sous-entend évidemment le sacrifice de la vie de ceux qui s'engageraient ainsi. Les mêmes s'étaient déjà illustrés en janvier 2003, en faisant adopter, dans le cadre de la loi « sécurité intérieure » de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, un amendement prévoyant les délits d'outrage au drapeau et à l'hymne national (amendement voté par les parlementaires socialistes). Cet outrage pouvant coûter aux « délinquants » six mois de prison et 7 500 euros d'amende. Il est évident que le sinistre Paul Déroulède est appelé à la rescousse et, bientôt, les abominables chansons de ce va-t-en-guerre seront peut-être programmées dans nos écoles, après la leçon de morale quotidienne. Je me souviens qu'à l'école primaire, il y a bien longtemps, nos instituteurs « hussards noirs de la République » nous enseignaient une rengaine qui ne soulevait guère d'enthousiasme : « Mourir pour la patrie C'est le sort le plus beau Le digne d'envie… » Soixante ans plus tard, dans mon livre Aphorismes subversifs, je ne manquais pas de persifler : « Mourir pour la patrie, c'est le sort le plus con ! » Après le vote de cet amendement scélérat, nous avions été nombreux à proclamer que nous nous réservions le droit d'outrager le drapeau et la chansonnette. Ce qu'exprimait sans équivoque le réalisateur Bernard Cerf, dans une tribune publiée dans Le Monde daté du 8 février 2003 : « Cinéastes, musiciens, artistes, écrivains, faisons des œuvres d'outrage au drapeau et à La Marseillaise, car c'est le premier droit du citoyen. Si nous ne le faisons pas nous acceptons de fait la mort de la liberté d'expression ! » Dans la foulée, l'enseignement de La Marseillaise était de nouveau rendu obligatoire dans les écoles primaires. Comme ce n'était pas suffisant, en juin 2006, l'Assemblée nationale et le Sénat se permettaient d'améliorer la loi Sarkosy (toujours ministre de l'Intérieur) sur l'immigration et l'intégration d'un amendement permettant « le retrait de la carte de résident étranger de dix ans pour outrage public à l'hymne national et au drapeau tricolore ». Christian Estrosi, alors ministre dans le gouvernement Villepin, insistait sur le fait que « l'étranger qui outrage le drapeau et l'hymne national démontre qu'il n'est pas intégré » ! Revenons au sacrifice suprême évoqué par Hervé Mariton, le 20 septembre dernier, comme complément éventuel à l'allégeance aux armes. Cet élu républicain – comme on dit – n'a certainement pas oublié l'enseignement de Paul Déroulède, ce forcené de la revanche, après la défaite de 1870. En 1875, dans ses Nouveaux chants du soldat, il se répandait en vers de mirliton inoubliables : « Le tambour bat, le clairon sonne Qui reste en arrière ? Personne ! C'est un peuple qui se défend. En avant ! En avant, tant pis pour qui tombe La mort n'est rien, vive la tombe Quand le pays en sort vivant. En avant ! » En ce mois de septembre 2011, nous bénéficions des remugles du sieur Mariton, à qui nous serions tenté de demander pour quelle cause il serait prêt à verser son noble sang qui abreuverait nos sillons. Qu'il soit permis à un Français d'origine étrangère d'exprimer ici son dégoût le plus profond face aux proclamations de ces bravaches toujours prêts à entonner l'air bien connu : « Armons-nous et partez ! »
P.S. : Le 22 septembre, Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP, convenait que l'expression « allégeance aux armes » pouvait ne pas plaire, et se disait prêt à en changer pour, « engagement loyauté ». Selon un sondage Ifop, rendu public le 23 septembre, 62 % des Français approuveraient le « serment d'allégeance ».
Maurice Rajsfus
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|   Le Jargon libre : archives et de documentation révolutionnairesLe monde libertaire n°1644 (29 septembre-5 octobre 2011)
Le Jargon libre a rouvert ses portes à Ménilmontant au 32, rue Henri-Chevreau dans le XXe arrondissement de Paris. Il est en cours d'installation, d'organisation et d'agencement. Bientôt, chacun pourra consulter archives et livres sur le mouvement ouvrier et révolutionnaire, l'anarchie, le marxisme, le surréalisme, le situationnisme, l'éducation, le féminisme, la prison, etc., et les luttes, bien sûr. Il sera possible d'étudier sur place et de photocopier les documents (lorsque nous aurons une photocopieuse !). Le loyer est de 850 euros par mois et, le but n'étant pas commercial, nous allons galérer ! Alors nous faisons appel à tous ceux qui pensent le projet utile. Vous trouverez plus bas le Rib du compte de l'association. Nous vous proposons soit de faire un versement automatique de dix euros (minimum) par mois de votre compte à celui du Jargon, soit d'envoyer un chèque pour l'année, ou chaque mois, libellé au nom du Jargon libre. Nous vous tiendrons au courant de la réalisation des divers dossiers d'archives que nous envisageons de confectionner, et nous nous engageons à vous envoyer des photocopies (ou des versions numérisées) des documents qui vous intéressent et qui sont dans nos archives, lorsque tout sera déballé, rangé et répertorié. Ce projet est ambitieux, les archives et documents qui seront consultables au Jargon retracent des années d'histoire. Votre solidarité n'est pas seulement nécessaire, elle est vitale ! Sans vous, le Jargon disparaîtra à nouveau…
Brève histoire du Jargon libre La librairie libertaire créée en 1974 a été contrainte de cesser ses activités en 1984, la libraire ayant été embastillée pour activités subversives (Action directe). Absente, elle n'a pu négocier la passation du bail. La librairie est perdue, personne n'ayant assuré la relève militante et financière. En 1990, le Jargon libre devient une association, à Avignon, et publie Front, revue de prisonniers révolutionnaires emprisonnés. En 1995, la librairie associative s'installe boulevard Voltaire à Paris, plus tard à Montreuil, puis à Vincennes. Transformée en bibliothèque, elle trouve refuge « aux condensateurs » dans les locaux de l'Insomniaque et enfin dans le local de Tiqqun, rue Saint-Ambroise. Elle remballe ses livres très peu de temps avant l'arrestation des camarades, le local changeant de destination. Armand Gatti lui a offert un refuge, mais le lieu sombre et humide au fond du théâtre ne permet pas la « permanence » et la fréquentation d'une bibliothèque. Les livres y ont dormi plus d'un an dans des cartons. Nous avons décidé de créer un lieu propice à la consultation de la richesse et de la diversité des expériences du mouvement à travers le temps, en espérant que ce lieu sera aussi celui d'échanges enrichissants et constructifs… et, bien sûr, une oasis de fraternité.
Hellyette pour le Jargon libre Association Jargon libre Société générale 264, rue de Pyrénées 75020 Paris RIB : 30 003 03 434 00 050 740 050 53
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|   Quand la droite est décomplexée, son antisémitisme l'est aussi !Le monde libertaire n°1644 (29 septembre-5 octobre 2011)
Depuis la participation de l'extrême droite au gouvernement autrichien, en l'an 2000, l'Autriche a acquis la réputation, hélas justifiée, d'un pays où les leçons de l'histoire n'ont pas porté leurs fruits. L'antisémitisme et plus généralement le racisme y sont largement répandus, ce qui se traduit dans les résultats des élections : 30 % pour l'extrême droite aux dernières législatives de septembre 2008, 28 % aux élections régionales de Vienne, en octobre 2010, soit +92 %. Mais au-delà des scrutins électoraux, toute une série d'affaires et de dérapages plus ou moins contrôlés renseigne sur l'évolution des mentalités.
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| |   « Œil pour œil, et le monde sera aveugle » (Gandhi)Le monde libertaire n°1644 (29 septembre-5 octobre 2011)
Quelle que soit l'opinion que l'on peut avoir de l'affaire Troy Davis, quels que soient les doutes – et ils sont nombreux – sur sa culpabilité, quelle que soit la confiance – et elle est faible – dans ce verdict définitif, une chose est sûre : le 21 septembre 2011, le crime a changé de côté. Pour un homme abattu dans des circonstances mal définies, pour une fraction de seconde au cours de laquelle l'irréparable a été commis, la vie d'un homme. ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Le Monde libertaire éditorial du n°1643Le monde libertaire n°1643 (22-28 septembre 2011)
Dans la presse dite grande, les marronniers reviennent inlassablement année après année, au gré des saisons : « Spécial vins », « spécial immobilier », « salaires des cadres », « classement des hôpitaux ou des écoles », variations à l'infini sur le thème des Francs-maçons etc. L'été étant traditionnellement réservé aux « spéciaux sexe ». Cette année, pas de problème, DSK a particulièrement contribué à fournir journaux et magazines en détails croustillants. Pouvoir et harcèlement sexuel semblent décidément aller souvent de pair. Autre thème récurent, les « affaires », avec des procès qui traînent en longueur : Clairstream (Sarko-Villepin) à peine bouclé, les emplois fictifs de la Ville de Paris (Chirac) toujours en cours en attendant qu'il retrouve la mémoire ? Les mises en examens qui pleuvent (les frères Guérini) début d'une nouvelle histoire marseillaise. Et puis, et puis, le fric : les mallettes de billets qui circulent dans certains endroits, qui sont vues par les uns et pas par les autres (Bettancourt/Sarko et encore Chirac/Villepin). Bref, cette rentrée est placée sous le signe de l'argent. Pas celui nécessaire aux travailleurs pour améliorer leurs conditions de vie, non, plutôt celui qu'on va leur demander pour payer une crise dont ils ne sont pas responsable, ou pour renflouer des banques qui continuent de faire joujou avec la bourse via leurs traders, en « perdant » des milliards d'euros. Des valises de billets pour les uns, des taxes et des coupes budgétaires pour les autres. Sûr qu'il va falloir plus qu'une journée de mobilisation syndicale pour clouer le bec à tous les exploiteurs. S'indigner ne va plus suffire, se révolter va de plus en plus être à l'ordre du jour.
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|   Météo syndicale : été indien ?Le monde libertaire n°1643 (22-28 septembre 2011)
« Nous sommes unis parce que nous sommes divisés. » Ainsi s'exprimait un délégué syndicaliste de la ville de Sète en 1882 1. Cela était dans l'euphorie de la création des Bourses du Travail ; dans ce qui allait devenir, avec la CGT, le mouvement ouvrier français. À la fin du XIXe siècle cela pouvait avoir une signification fédéraliste ; mais la suite prouva que non…En ce triste début de ce siècle personne ne déclare plus de telles choses… Toutes les boutiques syndicales confondues déplorent la division ou l'ignorent. Il est établi que le mouvement syndical est divisé puisque les partis de gauche le sont. Triste victoire de la voie parlementaire (éphémère nous l'espérons) . Le patronat, les pouvoirs publics remuent le fer dans la plaie. Les réunions syndicales et ce que l'on a appelé les réunions informelles ont supplanté peu à peu les relations issues du rapport de force. On ne s'appuye plus sur la grogne ouvrière mais sur les divergences syndicales ! Pour parler de ce qui fâche actuellement parlons d'Aulnay, de Valenciennes et de Madrid. Depuis trois ans il y a des plans de régulation de l'emploi dans l'ancien fief de Renault. Ce qui veut dire en français que chômage partiel, préretraites, départs volontaires , suspensions temporaires de contrat de travail sont au menu du profit capitaliste. Les Commissions ouvrières proches de la CGT française, l'UGT, proche du PS donc (?) de la CFDT, et d'autres, ont signé tous les compromis. Selon le site Internet Où va la CGT : « Seule la CGT (Espagnole, NdlR.) (d'obédience anarchosyndicaliste) a refusé de signer. « Syndicat le plus important dans le passé, il a fortement reculé aux dernières élections sans doute la peur des licenciements et la propagande conjointe de la direction et des autres centrales syndicales. » Pour en rajouter une louche…à Goodyear la répression se montre. Quatre procédures de « licenciement pour faute grave avec mise à pied conservatoires. Sont concernés le secrétaire du CE, le secrétaire adjoint, le trésorier adjoint et le secrétaire du syndicat Mickäel Wanen (syndicat_cgt.goodyear -arobase- aliceadsl.fr). Le mardi 20 aura lieu un rassemblement de soutien sur le parking de l'usine d'Amiens. Haut les cœurs et vive Pelloutier !
1. Cité dans À contretemps (septembre 2011) en note à l'article « Eclectisme et dimension autodidacte de l'anarchisme ouvrier » de Daniel Colson. Page 7, note 11.
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|  Salon du livre anarchiste de Merlieux 2011 : le grand prix «Ni Dieu Ni Maître» va être attribué à…Le monde libertaire n°1643 (22-28 septembre 2011)
La sixième édition du Salon du livre anarchiste de Merlieux (Aisne) se déroulera le 25 septembre. La veille, le grand prix « Ni dieu ni maître » sera attribué à un auteur dont nous devons encore taire le nom. Le suspens est insoutenable. Merlieux (Aisne), ses 260 habitants, son groupe libertaire Pierre-Kropotkine, son salon du livre anarchiste. Ainsi se résume à peu près la page Wikipédia dédiée à cette commune de moins de six kilomètres carrés située dans le canton d'Anizi-le-Château, non loin de Laon. Depuis un paquet d'années, une bande d'anarchistes plus ou moins hirsutes a investi le village picard pour y créer un athénée libertaire. Les activités y sont multiples. Entre les débats de la bibliothèque sociale, les repas conviviaux, les actions diverses à Merlieux et au-delà (le 18 juin, les militants sont allés pousser la chansonnette à Paris devant des policiers qui n'aiment visiblement pas du tout les refrains de Georges Brassens), les activistes ont encore le temps de préparer des salons du livre anarchiste réputés. Les anars en sont à la sixième édition. Depuis 2003, de nombreux écrivains s'y pressent. Les affiches sont signées par des pointures. Après Tardi, Siné et Tignous, c'est Cabu qui s'y colle cette année. Les festivités vont commencer une nouvelle fois la veille au soir avec l'attribution du grand prix « Ni dieu ni maître ». Dans une ambiance électrique où l'on croise d'étranges personnages habillés en diable, en bonne sœur, en juge, en colonel, en moine bouddhiste et autres curiosités, le prix tant attendu ira à un ouvrage d'art qui a été remarqué, nous dit-on, par les plus hautes autorités culturelles de ce beau pays. Aucun membre du jury n'a voulu vendre la mèche. La soirée, mi-farce politique mi-charivari potache, sera également animée par Fred Alpi et Les Frères Lumière. Côté ripailles, les convives pourront savourer à prix libre un bourguignon de l'illustre Benoist Rey (auteur de l'indispensable manuel Mieux vaut boire du rouge que broyer du noir) ou des plats végétariens. Le tout sera arrosé par un excellent chinon rouge, une cuvée spéciale livrée avec des étiquettes du sieur Cabu. Le dimanche 25 septembre, une brochette d'auteurs, de journalistes, d'artistes est annoncée. Ont déjà confirmé leur venue, Gérard Mordillat, Léo Lapointe, Bertrand Rothé, Nan Aurousseau, Jean-Pierre Lecercle, Jean-Hugues Lime, Sarah et Adolfo Kaminsky, Philippe Pelletier, Benoist Rey, Jean-Marc Raynaud, Jean-Jacques Reboux, Maurice Rajsfus, Suzanne Weber, Pascal Colé, Nathalie Funès, Thierry Maricourt, Marie-Claire Calmus, Patrick Schindler, Pierre Brasseur, Sylvie Cohen… Frédéric Pagès, journaliste au Canard Enchaîné, sera aussi de la partie pour parler de son ami Jean-Baptiste Botul. Le grand philosophe a déjà été honoré à Merlieux puisque les anarchistes du cru ont, le 28 mai, fait poser une plaque en son honneur au cours d'une cérémonie émouvante. Des animations musicales, des expositions, des rencontres avec de nombreux éditeurs et/ou organisations anarchistes et des débats diffusés en direct sur Radio libertaire vont ponctuer la journée. Au programme :
- « Il n'y a pas d'alternative à la révolution », avec Gérard Mordillat et Bertrand Rothé auteurs de Il n'y a pas d'alternative : trente ans de propagande économique (Seuil 2011).
- « Botul et l'anarchie », avec Frédéric Pagès, Jean-Hugues Lime et Bertrand Rothé.
- « L'Anarchisme, idées reçues », avec Philippe Pelletier auteur de L'anarchisme (Le Cavalier bleu 2010).
- « Le délit d'outrage », avec Maurice Rajsfus et Jean-Jacques Reboux auteurs, avec Romain Dunand, de Lettre au garde des Sceaux pour une dépénalisation du délit d'outrage (Après la lune 2008).
Paco
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|   Sida : démêler le vrai du fauxLe monde libertaire n°1643 (22-28 septembre 2011)
Selon les propres déclarations de l'Institut national de veille sanitaire (INVS), l'organisme public qui réalise les statistiques officielles, 10 à 20 % des nouveaux cas de sida ne sont pas déclarés, et 15 à 25 % des décès liés au sida ne le sont pas non plus. D'après la Cour des comptes, à présent, fin 2006, la prévalence du VIH concernant toute la population française pourrait s'élever entre 67 000 et 175 000 cas, et pour 2004, 37 % des nouvelles découvertes de séropositivité n'auraient pas été déclarées par l'INVS. D'après le gouvernement qui a lancé une campagne de dépistage, près de 144 000 personnes vivent avec le VIH dans notre pays et 40 000 à 50 000 d'entre elles ont contracté le virus sans le savoir. Un nombre important de personnes ignorent donc être séropositives, ce qui ne facilite pas le travail des statisticiens de l'INVS. Concernant les chiffres alarmants du taux de séropositifs parmi la population gay (un gay sur huit est officiellement séropositif), les statistiques sont réalisées principalement dans les milieux de la prostitution masculine, ou en lieux de rencontres sexuels tels que saunas gays. De même, cette population est surreprésentée dans les centres de dépistages anonymes et gratuits, ce qui a pour conséquence d'augmenter les chances de découverte d'une séropositivité. En réalité, il est possible que la population gay soit légèrement plus atteinte par le VIH. Cependant, étant donné que les gays ont un nombre annuel de partenaires proche de celui des hétéros, mais que les gays utilisent davantage le préservatif qu'eux, il paraît logiquement impossible que les gays soient réellement beaucoup plus contaminés que la population hétéro. Il fallait le dire.
Patrick Schindler
L'article du Monde libertaire
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|   Les précaires et la réforme des indemnités maladieEn ce lundi 26 septembre 2011, quoi de neuf en ce monde ???O officiellement, il s'agit d'une simple harmonisation. Mais une harmonisation qui doit rapporter 220 millions d'euros au budget de la Sécu a forcément des conséquences. Dans le budget de la Sécurité sociale pour 2012, présenté jeudi 22 septembre, le gouvernement a introduit un nouveau mode de calcul des indemnités journalières pour maladie et accident du travail qui va se traduire par une perte pour un certain nombre de salariés, les plus jeunes et les plus précaires. ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Ainsi les Grecs “refusent d'économiser” ?Thessalonique, le 16 septembre. Un homme tente de s'immoler par le feu pour protester contre le gouvernement, les banques et les partis politiques. AFP
Ainsi les Grecs “refusent d'économiser” ? Un juriste de Vienne, qui a un pied-à-terre à Athènes, les a observés au quotidien. Sa conclusion : ils économisent à en crever.
On ne peut rester sans réagir aux diverses déclarations des plus hauts responsables de toute l'Europe, certaines frisant l'imbécillité, au sujet de ces "fainéants" de Grecs qui "refusent d'économiser". Depuis 16 mois, je dispose d'une résidence secondaire à Athènes, et j'ai vécu cette situation dramatique sur place. On se plaint que les plans d'économie ne fonctionnent pas parce que les revenus fiscaux chutent. On remet en question la volonté des Grecs d'économiser. Quelle surprise ! Voici quelques faits : ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   En Espagne aussi c'est la rentréeLes incessantes attaques du patronat et du gouvernement (socialiste) contre les droits de travailleurs (conditions de travail, coupes budgétaires, etc.) ont fini par provoquer le mouvement de protestation connu sous le nom des « indignés » ou 15M (puisque né un 15 mai) 1. Ce mouvement s'est rapidement développé dans toute la péninsule rejetant les « grands » partis (PSOE/PP) 2 mais aussi les deux centrales syndicales institutionnelles (UGT/CCOO) 3. Depuis juillet, le mouvement a pris d'autres formes, relayé souvent par les comités de quartier et également par les organisations syndicales alternatives, parmi lesquelles on trouve principalement les libertaires. C'est ainsi que, durant tout l'été, ces organisations syndicales se sont rencontrées à plusieurs reprises, faisant abstraction de leurs divergences, pour mettre sur pied une riposte unitaire ayant pour but une grève générale, afin de contrer les atteintes aux droits de travailleurs, les coupes budgétaires, politiques impulsées par les différents gouvernements et institutions européennes aux ordres des patrons et des sacro-saints marchés financiers. ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Quelques nouvelles de Tunisie À près d'un mois des élections pour l'assemblée constituante, et huit mois après la chute de Ben Ali le 14 janvier dernier, où en sont les Tunisiens ? Faire un état des lieux de la situation est difficile : les informations vérifiables font souvent défaut. Les principaux acquis, liberté d'expression et d'organisation, ont été âprement défendus contre les tentatives de reprise en main par la fraction la plus policière du gouvernement de transition actuel. L'insurrection populaire, née dans les régions les plus pauvres du centre-ouest de la Tunisie, a chassé le dictateur, certes. Mais les structures de la dictature, son appareil étatique et policier entre autres, sont encore en place, au prix de réarrangements internes. L'unité des premières heures, construite autour du rejet de Ben Ali et de son entourage, a laissé la place à des mouvements contradictoires, qui recoupent la division en classes de la société tunisienne : prolétaires des régions de l'intérieur et membres de la classe moyenne des riches villes côtières, jeunesse au chômage et sans perspective de Sidi Bouzid et fils et filles hyper branchés de la bourgeoisie de Sidi Bou Saïd 1, petits artisans ou commerçants et patron d'entreprises tournées vers l'international : voilà à grands traits quelques-unes des lignes de fracture qui traversent la société. ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Le pire n'est jamais certain : au sujet du procès de Maixol Maixol Iparragirre, militante d'ETA, a été arrêtée en France en octobre 2004. La cour européenne de justice exige la remise en liberté d'un présumé innocent non jugé au bout de cinq ans. Maixol a été jugée en décembre 2010, soit six ans après avoir été arrêtée. La France préfère payer des amendes à l'Europe. Maixol a pris vingt ans. On lui reprochait beaucoup de choses en Espagne. Mais le dossier était vide. Pas d'empreintes digitales. Pas de trace ADN. Pas de témoignage direct. Juste des aveux extorqués sous la torture par la Guardia Civil à des prisonniers basques. La justice française savait et s'est couchée. Maixol a fait appel. D'un point de vue juridique, cet appel suspend toute autre procédure. D'extradition, entre autre. On apprend cela en première année de droit. Mais, l'Europe de la répression marche beaucoup mieux que l'Europe sociale et a trouvé une astuce. On n'extrade plus, on « prête temporairement ». Maixol, la maman d'un petit garçon que nous avons scolarisé (à l'école libertaire Bonaventure) et que nous avons hébergé (chez nous) pendant trois ans comparaissait mardi 13 septembre 2011 devant le TGI de Bordeaux. Motif, mandat d'arrêt européen, pour « prêt temporaire », émis par l'Espagne du « camarade » Zapatero. Bordeaux, mardi 13 septembre 2011, 11 h 15, Tribunal de Grande Instance. Escaliers majestueux. Un soleil de plomb. Bizarre. Pas un rat. Nous montons les marches, rongés par l'inquiétude. Ces enfoirés sont capables d'avoir changé la date du procès au dernier moment. À l'entrée, deux flics débonnaires devant un portique antédiluvien. Même pas de scanner. On aurait pu rentrer n'importe quoi. On est à la campagne et dans le sud ? Ça cause pointu. Comme on dit à Bordeaux : « C'est bonnard ! » ... Lire la suite de l'article du monde libertaire |
| |   Le Monde libertaire éditorial du n°1642Le monde libertaire n°1642 (15-21 septembre 2011)
L'été semble avoir été assez plombé… Le chauffage a été rallumé dans pas mal de maisons, quant au mouvement social, il reste sous les braises ! Il y a, comme d'habitude heureusement, des actes de bravoure syndicale ça et là, mais, dans l'unité, ça branle dans le manche. En cette rentrée 2011, les manifestations unitaires ne font pas florès. Dans les médias tous azimuts on cause plus de la Libye et de l'après-Kadhafy, de l'anniversaire du 11 septembre… Il y a aussi des coups bas dans les diverses équipes politiques qui se propulsent en avant pour la charge suprême de la présidence de la République. La majorité actuelle ne chante plus d'une même voix, le locataire actuel de l'Élysée est critiqué par ses potes de l'UMP. Du côté de la gauche, ça se marche allégrement sur les pieds… Pour ce qui est de l'extrême gauche, on ne fera pas de discours. À vouloir jouer dans la cour des grands sans les billes qu'il faut, qui paye les pots cassés ? Et si la grande nouvelle était l'effort de syndicalisation des employées d'hôtel ? De quoi remettre sur des vrais rails les dérapages du grand argentier du Parti socialiste ! Les pets de travers des ténors de la social-démocratie prennent l'avantage sur les problèmes sociaux cela aurait déplu aux militants qui ont créé la CGT. Certes nous n'en sommes plus là et la jeunesse actuelle cherche du boulot dans des voies qui semblent loin du mouvement ouvrier. Mais à la fin du XIXe siècle, avait-on une vision claire de ce qui allait se passer ? Aujourd'hui, où tout semble s'écrouler, faut-il désespérer ? Un monde nouveau est toujours à l'ordre du jour, quels que soient les chemins !
L'article du Monde libertaire
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|   Mort du dernier Triangle roseLe monde libertaire n°1642 (15-21 septembre 2011)
Rudolf Brazda, déporté pour homosexualité par les nazis avait été fait chevalier de la Légion d'honneur en avril dernier, à son grand étonnement… Il s'est éteint cet été à l'âge de 98 ans. Ses proches ont fait paraître ce communiqué : « Rudolf s'est endormi paisiblement dans son sommeil à l'aube du 3 août, il résidait depuis le mois de juin dans un établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes, à Bantzenheim (Haut- Rhin). Conformément aux dispositions de son testament, sa dépouille sera incinérée et ses cendres déposées à côté de celles de son compagnon de vie de plus de 50 années, Édouard Mayer, décédé à Mulhouse en 2003 ». Rudolf Brazda avait fait partie des quelque 10 000 personnes déportées sous Hitler en raison de leur orientation sexuelle, les nazis considérant l'homosexualité comme une «épidémie dangereuse pour la perpétuation de la race ». Il avait été déporté au camp de concentration de Buchenwald où il porta le triangle rose, avant de choisir de vivre en France. Né en 1913 en Saxe (Allemagne) dans une famille tchèque germanophone, Rudolf avait pris conscience de son homosexualité comme « une disposition naturelle qu'il avait accepté comme telle, conscient d'avoir eu la chance d'avoir toujours eu un compagnon à ses côtés ». En 1937, il est condamné à six mois de prison pour « débauche entre hommes », puis expulsé vers la Tchécoslovaquie. Là, après l'annexion des Sudètes par Hitler, il est à nouveau jugé et condamné pour le même type de faits, cette fois à 14 mois de prison. Cette peine purgée, Rudolf, considéré comme un récidiviste, est interné au camp de concentration de Buchenwald, dans le centre de l'Allemagne. Il survécut à 32 mois d'enfer dans ce camp, grâce à son amitié avec un kapo communiste et à « un peu plus de chance que les autres ». Rudolf Brazda avait gardé le silence sur les motifs de sa déportation jusqu'en 2008 mais l'annonce cette année-là de l'inauguration d'un mémorial aux victimes homosexuelles du nazisme à Berlin poussa des proches à l'inciter à faire connaître son histoire. À l'occasion de ses obsèques des militants d'Act Up ont rendu hommage à Rudolf Brazda à Paris, mais aussi à Pierre Seel, et toutes les personnes que le régime nazi a harcelé, forcé à porter le triangle rose et déportées dans des camps de concentration. Rudolf a ainsi poursuivi le travail de mémoire commencé par Pierre Seel en 1982. Il aura fallu attendre le milieu des années 2000 pour que les cérémonies officielles françaises de commémoration de la déportation commencent timidement à accepter d'évoquer les déportés homosexuels. Malgré les progrès depuis une décennie, la question est encore très peu travaillée par les historiens de l'Hexagone. La déportation des lesbiennes et des autres minorités sexuelles est encore ignorée. Comme si, à l'horreur de la déportation, il fallait encore rajouter le silence, la honte et l'oubli volontaire… Par leurs témoignages, les survivants comme Rudolf Brazda ou Pierre Seel ont permis de combattre ce silence, cette honte et cet oubli. Et, plus que jamais, leur combat doit aujourd'hui être relayé par les militants mais aussi les historiens parce que la haine des homosexuels et des trans continue de tuer, qu'elle prenne la forme de violence individuelle, de groupes ou même d'un État. Hélas, comme les colonnes du Monde libertaire en font régulièrement état on compte encore trop de pays où le fait d'être homosexuel, lesbienne ou trans est un crime passible de la peine de mort !
Patrick Schindler
L'article du Monde libertaire
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|   S'indigner, s'organiser, se battreLe monde libertaire n°1642 (15-21 septembre 2011)
L'indécence des tenants du système capitaliste n'a pas de limites et l'actualité sociale de cette rentrée le démontre une fois de plus. Voilà des gens qui ont défendu partout des politiques où les spéculateurs et les banquiers ont été arrosés de dizaines de milliards, voilà des gens qui ont justifié partout les plans massifs de licenciements, les destructions des services publics, l'allongement de la durée du temps de travail, les remises en cause des conventions collectives et des statuts, tout cela au prétexte de « la crise », voilà des gens au service des entreprises du Cac 40 qui ont enregistré en 2010 82 milliards d'euros de profits (40 milliards au premier semestre 2011), et les mêmes nous refont aujourd'hui le coup de la dette ! Mais comme ont pu le dire par milliers les salariés grecs : « Cette dette n'est pas la notre ». Mais comment des gouvernements souvent très affaiblis (Berlusconi, Zapatéro, Sarkozy) peuvent-ils encore tenir ? La réponse est malheureusement toujours la même : essentiellement grâce à la complicité des organisations syndicales. En Italie, le 28 juin dernier, le patronat et les trois principaux syndicats ont signé un « pacte national pour l'emploi » qui reprend dans ses grandes lignes l'accord signé en janvier 2011 chez Fiat : grève quasi interdite, pauses réduites, travail six jours par semaine, procédure de licenciement sans motif facilité, suppression de trois jours fériés… On comprend la joie du ministre des Finances Giulio Trémonti déclarant aux trois leaders syndicaux : « Merci pour ce que vous avez accompli dans l'intérêt du pays. » En Espagne aussi, avant l'été, les directions de l'UGT et des CCO ont signé un pacte social avec le gouvernement. Quant à la France, les responsables de la CFDT, de la CGT, de la FSU de l'Unsa et de Solidaires (!) ont signé, le 18 août, un communiqué commun pitoyable mais révélateur – s'il en était encore besoin – de leur orientation : ces braves gens, qui s'inquiètent dés le préambule de la « stabilité de la monnaie commune et de l'avenir de l'Union européenne », réclament – après quelques considérants sur le système qui est pas gentil avec les travailleurs – des « mesures pour réduire les déficits publics ». Ça tombe bien, camarades, Fillon s'en occupe justement ! Bien sûr, ces fossoyeurs des luttes vont expliquer qu'il faut d'autres mesures plus justes pour réduire la dette comme ils expliquaient à l'automne dernier qu'il fallait non pas le retrait de la loi Sarkozy sur les retraites mais « une autre réforme ». Ces gens là se placent désormais en permanence sur le terrain de l'accompagnement du système voire de la colégislation et il faudra bien qu'un jour ils payent leur dette aux salariés qu'ils trahissent… Parallèlement, les mêmes ont mis en place un dispositif fort peu original mais efficace de journées saute mouton : 27 septembre dans l'éducation nationale pour « un budget 2012 ambitieux » (ce qui revient à avaler la rentrée 2011 pourtant catastrophique), 6 octobre pour les retraités seulement et 11 octobre au plan interprofessionnel pour que les salariés « pèsent dans le débat ». Tout cela, bien évidemment, débouchera sur une impasse et on nous expliquera que la seule issue est de bien voter en mai 2012… Tout cela semble bien ficelé à quelques détails près. Tout d'abord, tout comme l'automne dernier, tout ce petit monde, malgré le maniement de la carotte et du bâton, n'a toujours pas réussi à intégrer Force Ouvrière dans ce dispositif et ça les emmerde un peu. Certes on ne peut pas dire que la direction de FO fasse preuve de beaucoup d'audace ou de détermination (c'est le moins que l'on puisse dire), mais elle n'a pas franchi le trait qui permettrait au gouvernement, comme en Italie ou en Espagne, de passer à une étape supérieure (cela dit, le risque existe de toute évidence, d'où l'initiative, dont nous reparlerons, de militants anarchistes, libertaires, syndicalistes révolutionnaires, de se regrouper). Et puis, il y a ces centaines de milliers de salariés, de chômeurs, de jeunes qui ne sont pas près à se laisser marcher sur la tête et qui, s'ils trouvaient un point d'appui, pourraient passer de l'indignation à la révolution… Notre tâche est immense. Sans prétendre donner de leçons à quiconque, mais sans renier non plus nos pratiques et nos analyses, il nous revient à notre modeste niveau d'aider à la clarté politique et à l'organisation des luttes.
Fabrice (groupe La Sociale)
L'article du Monde libertaire
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|  Le Monde Libertaire Hors-série n°42 du 7 Juillet au 7 Septembre 2011
La Fédération anarchiste
La Fédération anarchiste est un groupement de militants politiques organisé sur le principe du libre fédéralisme (c'est-à-dire la libre association) garantissant aux groupes et aux individus qui la composent la plus grande autonomie afin de permettre le pluralisme des idées et des actions, dans le cadre d'un pacte associatif que nous appelons nos « principes de base » (disponibles sur demande). C'est notre outil de lutte qui doit être fonctionnel et rationnel. Nous rejetons en effet tout fétichisme d'organisation. Pas de hiérarchie, donc pas de chefs chez nous ! C'est à tous les militants et militantes qu'il appartient de faire progresser leur organisation. Nous ne reconnaissons pas la division dirigeants/exécutants, la participation effective des militants et militantes aux structures collectives de l'organisation est un principe d'éthique et de solidarité. Ces structures fédérales sont : le Monde libertaire hebdomadaire, Radio libertaire, hier parisienne, aujourd'hui planétaire, et la librairie du Monde libertaire, à Paris également. En dehors de ces oeuvres fédérales, les groupes ont aussi des locaux, souvent des librairies, éditent des revues, menant ainsi leur propre activité au niveau local.
Les buts de la FA
Nous sommes pour une révolution radicale et globale, à la fois économique, sociale et politique ; pour détruire la société fondée sur la propriété privée ou étatique des moyens de production et de consommation ; pour la suppression de toutes les formes d'exploitation, de hiérarchie, d'autorité. Cette phase de destruction est nécessaire et c'est sans doute pour cela que certains ne voient ou ne veulent voir les anarchistes que comme des partisans fanatiques du désordre. Qu'ils regardent autour d'eux et qu'ils nous expliquent comment faire pire ! Les anarchistes sont, au contraire, partisans d'une société organisée d'une manière beaucoup plus rationnelle et logique que la jungle capitaliste ou les dictatures marxistes-léninistes. Il s'agit, dans le cadre d'une société libertaire, non pas de gouverner les hommes mais d'administrer les choses au profit de la collectivité tout entière. Nous voulons construire une société libre sans classes ni État, sans patrie ni frontières, avec comme objectifs : l'émancipation des individus ; l'égalité sociale, économique et politique ; la liberté de création ; la justice ; l'éducation libertaire et permanente ; l'organisation sociale sur les bases de la libre fédération des producteurs et des consommateurs (autogestion) ; la démocratie directe ; une économie tournée vers la satisfaction des besoins ; l'abolition du salariat ; l'écologie ; la libre union des individus ou des populations ; la liberté d'expression ; la libre circulation des individus. Voilà en quelques lignes un aperçu de ce que veulent construire les militants et militantes de la Fédération anarchiste. Rendre possible l'édification d'un ordre social fondé sur l'entraide, la solidarité, sur le respect absolu de l'intégrité physique et morale de l'individu, voilà l'idéal qui nous anime et que nous souhaitons partager avec le plus grand nombre pour un monde meilleur.
Sommaire
Les banksters, J. Langlois, page 3 Repenser l'anarcho-syndicalisme, G. Goutte, page 6
- Dossier anticarcéral de L'Envolée
Des peines toujours plus longues, L'Envolée, page 9 Appel à la résistance, des prisonniers d'Arles, page 10 L'appel de Clairvaux, des prisonniers longues peines, page 11 Bois-d'Arcy, 8 mai 2011, Djamel, page 12 À lire, page 13 Anarchisme et décroissance, J. Rackham, page 14 Entretien avec Daniel Colson et Valéry Rasplus, page 18 Lettre sur le séisme de San Francisco, K. Shusui, page 23 Kôtoku Shûsui à San Francisco, P. Pelletier, page 24 Intronisation de l'indétrônable bêtise, R. Dadoun, page 26 Notes sur le roman noir, J. Rolin, page 30 Chroniques polardesques, G. Pidard, page 33 Balada Triste : la claque de l'année, B. Collins, page 36 Solidarité avec le Cira de Marseille, page 37 En souvenir d'un copain et d'une copine, page 38 Liste des groupes, page 39 Grille des émissions de Radio libertaire, page 42
Le Monde Libertaire Hors-série n°42, 44 pages pour 4 euros dans vos kiosques du 7 Juillet au 7 Septembre 2011.
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|   Le Monde libertaire éditorial du hors-série n°42Le monde libertaire hors-série n°42 (7 juillet-7 septembre 2011) Traditionnellement, au cours des mois d'été, le comité de rédaction du Monde libertaire prend une pause. Ce numéro hors série vous attend, chez votre marchand de journaux, jusqu'au 7 septembre. Achetez-le, faites-le acheter, et dévorez-le ! Le site web du ML, quant à lui, restera actif via la mise en ligne d'articles d'actualité et d'archives. Quelques surprises vous attendent à la rentrée... Le Monde libertaire hebdo reprendra le 15 septembre prochain.
Vive l'anarchie !
L'article du Monde libertaire
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|   Anarchisme et décroissanceLe monde libertaire hors-série n°42 (7 juillet-7 septembre 2011)
Depuis Thoreau, il existe des rapports historiques entre anarchisme et écologie, pas systématiques, mais bien réels (Louise Michel, Kropotkine, Reclus, Butaud et Zaïkowska, Bookchin et bien d'autres). À côté de l'harmonie sociale, il s'agit de réfléchir sur une harmonie entre l'homme et l'espace qu'il occupe, et de réfléchir sur la qualité même de la vie que l'on veut construire individuellement et socialement. Dans le paysage actuel de l'écologie, la décroissance est un mouvement tout aussi varié que l'anarchisme l'est au sein de l'histoire du socialisme, mais il est possible de relever un certain nombre de points communs entre ces deux courants, et pourquoi pas d'opérer des rapprochements, sur la base de convergences réelles dans certaines pratiques concrètes.
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| |   Appel à une journée de résistance, centrale d'ArlesLe monde libertaire hors-série n°42 (7 juillet-7 septembre 2011)
Le 9 octobre est une date, cela fait vingt ans que la peine de mort a été abolie dans ce pays. Vingt ans, et le 9 octobre est le type même de représentation publicitaire de la nouvelle religion d'État. Un culte dont nos sociétés aiment à célébrer chaque messe, chaque ave jusqu'au dernier soupir de félicité. Dans les mimétismes ad nauseaum, il faut consacrer la gloire sans mémoire : oublier que cette « France des Lumières » se décidant à en finir enfin avec la suprême violence d'État était le dernier pays d'Europe occidentale à renoncer à la vengeance publique ? Et ceux qui brodent cet acte sublime au Te Deum d'un président défunt, sont-ils à ce point amnésiques ? Comment gommer les pouvoirs spéciaux, l'œuvre de cet ancien ministre de la Justice et le crime de dizaines de prisonniers politiques algériens et français ? La mémoire se découpe-t-elle suivant les pointillés comme les corps des suppliciés ? Mais précisément le rôle des célébrations n'est-il pas celui d'en finir avec le passé pour lisser un présent de mille ans, un temps suspendu aboutissant au non-sens de la seule marchandise et des dividendes ? Amputé du passé, le présent consacré se dissimule sous le masque, il se conjugue aux mensonges domestiques et aux nouvelles tyrannies. Nous, prisonniers qui vivons dans le ventre de la bête carcérale, nous adressons cette supplique à ceux qui, réunis, fêteront l'anniversaire.
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| |   Comment les banquiers ont volé et volent le mondeLe monde libertaire hors-série n°42 (7 juillet-7 septembre 2011)
C'est une histoire navrante dans laquelle on peut voir que l'agitation verbale de Zébulon Ier vise à conserver le statu quo tout en donnant l'impression d'être un révolutionnaire altermondialiste. Au commencement est le désir typiquement américain de devenir proprio comme signe visible de réussite sociale car les tenants (« locataires ») sont considérés aux États-Unis comme du pipi de chat. C'est la version US du « si t'as pas une Rolex à 50 balais, t'as raté ta vie ». Ce désir est évidemment encouragé par les politicards de toute obédience puisque pendant que le salarié paye les traites de son logement, il est tranquille : il aménage, il embellit, il ne fait pas grève, il participe à la vie sociale où il est reconnu comme personne et non plus comme prolo. On comprend pourquoi Gnafron Ier voulait importer ce modèle en France, modèle qui en plus enrichit les banques par le biais du versement des intérêts de l'emprunt et les municipalités via les taxes foncières. C'est pourquoi, du reste, on n'entend guère les « socialistes municipaux ». Las, après la révolution libérale de Reagan/Thatcher, les salaires se sont mis à stagner et même souvent à reculer quand exprimés en dollars constants depuis 1970. Le revenu des Américains n'a globalement augmenté que parce que le taux d'activité des femmes s'est accru et que les ménages ont eu alors un double salaire. C'est un effet induit et voulu de la mise en concurrence des différents pays sur un marché mondialisé avec la libre circulation des capitaux : les pays les moins « coûteux » (frais de main d'œuvre, etc.) ont détruit les emplois industriels des autres et exercé une pression à la baisse sur les rémunérations. Accéder à la propriété devenait chose impossible pour les petites gens. Eurêka : on a ouvert en grand les vannes du crédit, notamment immobilier. En plus des crédits hypothécaires dits « primes » pour les emprunteurs aisés et solvables, les banques inventèrent les « subprimes » pour les fauchés peu fiables. Pas de problème : en cas de défaillance de l'emprunteur, la banque ferait saisir le bien qui, ô miracle, aurait augmenté de valeur entre-temps. En effet, le développement du crédit entraînait un boom immobilier et une inflation des prix des maisons et logements. Et ces plus-values immobilières attendues permettaient de souscrire des crédits supplémentaires à la consommation de type « revolving » (cartes de crédit renouvelable à 20 % de taux d'intérêt que Tsarko admirait tant). Il se trouve que les subprimes étaient à taux d'intérêt variable. Or, en 2005-2006, la FED augmenta son taux directeur afin de conserver et attirer des acheteurs de bons du Trésor US comblant les énormes déficits budgétaires dus aux guerres d'Irak et d'Afghanistan. Patatras, les taux d'intérêt montèrent en flèche, ce qui empêcha les pauvres de payer leurs traites mensuelles. De plus, dans ces prêts, on ne payait le capital emprunté que vers la fin et les premières années étaient à faible taux d'intérêt. Tout cela précipita les prolos dans la mouise. Dès 2006, et surtout dès début 2007, les banquiers d'affaires virent que le marché immobilier se retournait et que les défaillances d'emprunteurs en subprimes se multipliaient. Eurêka et première solution véreuse : titriser les titres d'hypothèques, c'est-à-dire en faire des paquets par milliers, en les transformant en un effet financier unique vendable sur le marché. Ce sont les Assets Backed Securities (ABS) qui ont l'avantage, en étant vendables, de transférer les risques aux acheteurs et de pouvoir ainsi être sortis lors du bilan des banques (qui auraient été obligées de passer des provisions pour pertes) et d'échapper aux obligations prudentielles (avoir 2 % des engagements de la banque en ressources propres et actifs). C'est le début de la finance fantôme dite aussi « hors bilan ». Las, ces papiers risqués finirent par avoir du mal à trouver preneur. Les subprimes ne représentaient pourtant que 4 % du PIB (600 milliards de dollars) contre une dette privée globale atteignant 190 % (près de 30 000 milliards). Pourquoi, alors, cet écroulement de la finance US ? C'est à cause de l'installation d'un risque systémique introduit par icelle. La titrisation fait partie de cette complexité où une chatte ne reconnaîtrait pas ses petits. Eurêka bis. Les banques inventèrent alors la Collaterized Debt Obligation (CDO). Vasistas ? C'est « un produit structuré », regroupant différents paquets d'ABS (ou autres titrisés comme les MBS, Mortgage Backed Securities, paquets regroupant des créances sur les hypothèques primes, ou tout autre titre de regroupement de créances, par exemple sur les crédits voiture ou sur les prêts pour études ou traitement médical lourd), hiérarchisés par niveau de risque ou découpés en tranches à taux d'intérêt différents, comme un millefeuille où la tranche supérieure serait de la nougatine (les bons du Trésor US peu rentables mais sans risque) et l'inférieure, de la génoise (les subprimes). Quand il y a défaillance, ce sont les tranches du bas qui écopent en premier ; ce sont celles qui rapportent le plus mais sont les plus osées et défaillantes en premier. C'est ce qui explique que les CDO s'écroulèrent car la génoise a pourri tout le paquet comme une pomme véreuse dans un panier. Grâce aux subprimes, cependant, le CDO était un produit financier juteux sur lequel les banques européennes se précipitèrent aussi en les intégrant dans des « SICAV dynamiques ». En France, les banques « universelles » (à la fois de dépôt et d'investissement ou d'affaires) en achetaient pour leur partie affaires et celle-ci priait la partie dépôt de les fourguer aux petits épargnants. De façon générale, les banques souscrivaient des montagnes de CDO juteux. Las, les ABS plombèrent rapidement les CDO. Et, parallèlement, les banques avaient mis leurs CDO dans des filiales sises dans des paradis fiscaux. Eurêka ter, ce qui a accru encore le risque systémique. On inventa alors génialement le Credit Debt Swap (CDS, échange de titres de dettes). Vasistas ? C'est une assurance contre la perte de valeur des titres : un acheteur de CDS paie une prime à un assureur (ce fut en général AIG, dont la faillite a été évitée car elle a été rachetée par le gouvernement US pour 185 milliards de dollars) ; en cas de perte, l'assureur la rembourse. Le CDS est merveilleux : vous pouvez (comme pour les ABS, CDO et tout autre titre ou comme pour tout objet de spéculation) l'acheter à terme, à découvert ou « à nu ». C'est-à-dire sans dépôt de garantie ou avoir préalable existant. Auquel cas, en cas de perte, vous ne payez que la différence entre l'engagement et la réalité : vous promettez de vendre 100 titres à 90 euros – sans les avoir – en espérant qu'ils vaudront 80 euros dans 3 mois ; s'ils en valent 100 vous devez 100 multiplié par 10 – 100 moins 90 – à l'acheteur soit 1 000. C'est donc une perte sur un avoir fictif (ou un gain si vous avez spéculé à la hausse) sans avoir réellement acheté puis vendu la marchandise ou le titre ! On s'est rapidement retrouvé avec des CDO et des CDS au carré, au cube, etc. Mais le CDS a une autre qualité : c'est comme si vous pouviez assurer la voiture de votre voisin en espérant un accident ; on peut spéculer sur ce que les autres ont. Par exemple, des obligations de la dette grecque. Plus les CDS sont souscrits sur celle-ci, plus la confiance dans ladite dette diminue, plus sa valeur faiblit, plus les taux d'intérêt exigés pour la refinancer sont élevés. Ce qui ruine la Grèce et qui procure d'énormes bénéfices aux spéculateurs (des banques ou Hedge Funds, évidemment) à la baisse des titres de dette grecs. Et comment fait-on chez les spéculateurs pour acheter des CDS (ou des CDO ou des ABS) ? On emprunte au trésor US à 0,25 % ou à la BCE à 1 % (le fameux effet de levier de l'emprunt) ! Rappelons que Tsarko avait fait prêter des sommes considérables aux banques françaises pour qu'elles maintiennent et développent le crédit aux entreprises et aux ménages. Prêts sans contrepartie et vite remboursés, car les banques ont profité de ces prêts à faible taux d'intérêt pour spéculer à nouveau, d'où la réapparition des bonus versés aux traders (seule règle : ils sont gelés pendant trois ans) et les gros profits bancaires. Seuls les Britanniques avaient nationalisé leurs banques pourries… Les banques ont multiplié à l'infini les « produits dérivés ». Vasistas ? En premier lieu, c'est une technique d'assurance ; par exemple, vous vendez à terme un stock de blé à un prix convenu à un acheteur prêt à prendre le risque d'une diminution de valeur du stock constitué. Votre capital, réel dans ce cas-là, est sauvé. Cet accord est le produit dérivé ; il est cessible sur le marché financier ; le blé qui sert de garantie réelle (ou tout autre matière ou produit ou créance réelle ou titre financier comme les actions ou obligations, etc.) est appelé le « sous-jacent ». Ensuite, c'est devenu de la spéculation pure à terme et à découvert. Les produits dérivés sont rapidement devenus des papiers (et surtout maintenant des écritures électroniques circulant à la vitesse de la lumière) sans garantie objective comme les ABS, CDO, etc. Qui plus est, les échanges de dérivés se sont rapidement faits sur des marchés inorganisés (sans surveillance publique ou de la corporation) dits de gré à gré (ou over the counter, par-dessus le comptoir) entre échangistes. Pour ce faire en toute discrétion, les banques usèrent de filiales offshore dans des paradis fiscaux afin de développer l'évasion fiscale et surtout les activités hors-bilan de cette finance fantôme. On en est arrivé ainsi à une pyramide dont la pointe servait de base en reposant sur les subprimes pour une très petite part (600 milliards, 4 % du PIB US), de 600 000 milliards de dollars alors que le PIB mondial n'est que de 60 000 et le PIB US de 15 000. Cette pyramide, qui pourtant est imaginaire et n'offre aucune garantie objective, produit des engagements toxiques (et systémiques où tout le monde se tient par la barbichette) à respecter sans que, évidemment, il y ait les liquidités nécessaires pour les honorer. D'où la débandade des banques avec la faillite de Lehmann Brothers en septembre 2008 : personne ne savait ce qu'avaient les autres banques comme titres pourris, dès lors lesdites banques refusèrent de se faire crédit entre elles et coupèrent le crédit aux autres acteurs pour refaire leurs ressources et actifs sûrs afin d'éviter la faillite. Si les banques, les assureurs, les multinationales s'étaient mis à spéculer, c'est parce qu'il y avait une masse énorme de capitaux flottants à la recherche d'un placement (dont les dettes publiques) et parce que les entreprises étaient en situation de surproduction à cause des moyens modernes et de la faiblesse du pouvoir d'achat, malgré l'inondation de produits low cost en provenance de Chine et autres pays. Elles n'investissaient donc pas. Au contraire ; les entreprises rachetaient leurs propres titres pour en faire monter la valeur, notamment pour payer des fusions par échange d'actions. Les PDG poussaient à ces manœuvres à cause de leurs stock-options (titre de la boîte vendable après cinq ans ; d'où l'idée d'en gonfler la plus-value). La surproduction provient de ce que par l'accumulation des intérêts au fil du temps, le capital cherche sans cesse à entasser des moyens productifs de profit. Mais quand écouler la production devient trop difficile, alors le capital s'accumule de façon purement financière pour le plus grand profit des organes de spéculation et, en outre, des fonds de pension par capitalisation. Au passage, du capital productif est détruit par suite des fusions-acquisitions supprimant un concurrent et donnant lieu à des restructurations. Il doit être clair que les pratiques des banques et autres financiers ont été tout simplement autorisées et facilitées par les législations et les fausses régulations décidées par les politicards, y compris socialistes (les Fabius, DSK, Bérégovoy, etc.). Cela nous a conduits au pied du gouffre ; le capital ne va pas tarder à y tomber ; hélas avec nous. Il n'y a qu'à regarder la situation de la Grèce (dette publique de 154 % du PIB), du Portugal et de l'Irlande… À qui le tour ? Rien d'étonnant : en réalité, par la pratique des portes tournantes entre le public et le privé (le « pantouflage » en France), ce sont les banquiers qui dirigent la politique financière des USA, y compris avec Obama. Et en France, Tsarkowitch s'entoure des précieux conseils du banquier Pébereau et les inspecteurs des finances pantouflent dans la banque… Cela dit, la débâcle financière ne révèle que la surface des choses ; en profondeur, ce sont les énormes déséquilibres mondiaux qui en sont la cause : excédents commerciaux chinois contre déficits américains (ou excédents allemands contre déficits européens des « cigales ») compensés en sens inverse par un flux de fric chinois (2800 milliards de dollars de réserves dont 800 en bons du Trésor) et des PVD vers le Trésor US et l'Occident (ce devrait être l'inverse !), stagnation du pouvoir d'achat des salariés (malgré les achats low cost venant de Chine et autres PVD) contre fortunes croissantes (en patrimoine immobilier et en titres financiers) et mal acquises des riches (poussés à spéculer car ne pouvant dépenser leur pactole), poids de la finance (20 à 30 % du PIB britannique) infiniment supérieur à celui de l'investissement productif, valse des taux de change et des taux d'intérêt entre pays nourrissant des spéculations, etc. Les G 8 et G 20, emmenés par Tartarin de Neuilly, n'ont rien prévu pour régler ces déséquilibres…
NB : il faut féliciter la France d'avoir donné aux banques les meilleurs concepteurs de produits structurés grâce à son excellence en mathématiques, en général et financière en particulier, notamment via l'Université de Paris-Dauphine. Pour une fois que l'on est dans les meilleurs… C'est M. Tourre (de cochon) qui avait inventé un CDO particulièrement vicieux et fumeux que Goldman Sachs a vendu à des spéculateurs ou investisseurs tout en jouant à la baisse contre ce produit miracle ! Ce qui a ruiné les clients, d'où le procès intenté à Tourre (de vice) aux États-Unis.
Jacques Langlois
L'article du Monde libertaire
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|   Au revoir à un copain et une copine de NancyLe monde libertaire hors-série n°42 (7 juillet-7 septembre 2011)
Les libertaires nancéiens sont en deuil. Deux disparitions successives parmi nos camarades viennent de nous toucher. Jacques Taillaumard, membre des groupes Jean-Roger Caussimon et Marée noire de la Fédération anarchiste, nous a quittés en mai dernier. Depuis la fin des années quatre-vingt, époque à laquelle il participa à la fondation du groupe Caussimon, Jacques a été de tous les combats menés par les anarchistes de Nancy. Militant discret, il s'est illustré par une grande régularité dans son engagement et une solidarité sans faille. Amateur d'art, il donna de nombreux dessins (dont un ci-contre) pour illustrer Le Pétroleur, revue du groupe Marée noire, mais aussi Le Monde libertaire. Quelques semaines auparavant, Cathy Dufour, militante de la CNT et de nombreux collectifs et associations nancéiennes, nous a également quittés. Nous leur rendons ici hommage et adressons nos condoléances à leurs familles et leurs proches. Que leur souvenir alimente nos combats présents et futurs pour un monde libéré de la domination et de l'exploitation.
Thierry Libertad, au nom du (feu) groupe Marée noire de la Fédération anarchiste
L'article du Monde libertaire
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|   Le Centre international de recherches sur l'anarchisme de Marseille a besoin de nousLe monde libertaire hors-série n°42 (7 juillet-7 septembre 2011)
Appel à la solidarité de tous, individus et organisations pour permettre au Cira de mettre définitivement à l'abri les archives du mouvement libertaire. Le Centre international de recherches sur l'anarchisme (Cira) de Marseille a été fondé en 1965 à l'initiative de René Bianco avec l'aide de quelques militants anarchistes. Il fait partie de la Fédération internationale des centres d'étude et de documentation libertaires (FICEDL). Pendant toutes ces années, le Cira a collecté, classé et archivé tout ce qui a un rapport avec l'anarchisme. Le fonds se compose désormais de plusieurs milliers de livres, brochures, journaux, archives personnelles de militants, affiches, tracts, travaux universitaires, cartes postales, films. Les documents sont écrits dans plusieurs langues, principalement le français, le castillan et l'italien. Le Cira propose des causeries mensuelles, organise et participe à des salons de livres libertaires. Il publie un bulletin, une feuille d'infos mensuelle, une bibliographie annuelle. Depuis sa création, le Cira a dû déménager plusieurs fois. Le bail pour le local actuellement occupé ne sera pas renouvelé et nous devrons libérer les lieux à la fin de l'année 2011. Nous avons acheté un beau local de 100 m² vendu 100 000 euros, en rez-de-chaussée avec vitrine, dans une rue passante en plein centre de Marseille. Afin de rembourser un prêt amical et de financer les équipements nécessaires, en raison de notre déménagement imminent, il nous faut trouver encore 15 000 euros. Si vous pensez comme nous que l'existence du Cira est non seulement utile, mais indispensable au mouvement libertaire, vous pouvez participer à cette souscription, en parler autour de vous. Une multitude de petites sommes finit par constituer une grosse somme. Les chèques doivent être libellés à l'ordre de « Les Acrates » et envoyés au Cira. Pour les virements et mandats internationaux, nous contacter. Cira, 3, rue Saint-Dominique, 13001 Marseille Courriel : cira.marseille (arobase) free.fr Téléphone : 09 50 51 10 89 Web : http://cira.marseille.free.fr/
L'article du Monde libertaire
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|   La Pose, la Lèche, la Débâcle et le principe Bêtise : France 2011, Prurit élections 2012Le monde libertaire hors-série n°42 (7 juillet-7 septembre 2011)
Voici comment, à l'aube du XXe siècle (hier), un poète imagine, anticipe la manière dont il serait judicieux de se figurer ce que peuvent être, un siècle plus tard – c'est-à-dire aujourd'hui même, en la France 2011 qu'obnubile et que gratouille un électoral « prurit anal 1 » – les pouvoirs politiques et culturels (les médiatiques inclus, élevés à la puissance suprême – « puissance Dingue ») : « Nul aujourd'hui, nul homme vivant ne nie… nul ne songe même plus à dissimuler qu'il y a un désordre […], un réel désordre d'impuissance et de stérilité ; nul ne nie plus ce désordre, le désarroi des esprits et des cœurs, la détresse qui vient, le désastre menaçant. Une débâcle » (Péguy, « À nos amis, à nos abonnés », 1909, Œuvres en prose complètes, Gallimard, t. II, p. 1273). Ajoutons-y cet apophtegme capital pour notre temps : « Je hais la POSE comme un VICE et la LÈCHE comme une ORDURE. » Il est difficile d'imaginer propos plus précis et plus (im)pertinent que, prise mot pour mot, cette citation de Péguy, datant de plus d'un siècle, pour caractériser le pouvoir actuel, et la société en son ensemble, toutes branches confondues (la confusion des genres, sur laquelle il insista tant, bat aujourd'hui son plein). Avec les termes inscrits ici en capitales : POSE, VICE, LÈCHE, ORDURE, quatuor dur au mufle pestilentiel, on a à peu près couvert l'essentiel de l'économie libidinale qui régit les sphères de pouvoir – économique, politique, médiatique et culturelle – et les comportements individuels qui s'y inscrivent, les révèlent et les expriment.
Quatuor dur
En premier lieu s'expose et s'impose la POSE. L'économie médiatique, télévisuelle au premier chef, exige, impérativement, des prises de POSE – et non plus ces fadasses et ressassées prises de position et convictions qui font défiler interminablement notabilités notoriétés et autres entités ou qualités nageant en eaux troubles ou illuminées des spotiques éclairages et dont il est avéré qu'elles ne sont que frime et verbiage. POSE, dit Péguy, prendre la POSE 2 : c'est-à-dire adopter et afficher une « allure », un « genre », une « prestance », un look (petit gros mot, loquet servant à verrouiller une silhouette, pitoyable mode – mais, pour l'image qu'il donne, il est vraiment, comme lui-même l'articule en hoquet : « ok »), d'une forme ou figure (Gestalt) qui correspond à ce que le psychanalyste Winnicott appelle « le faux self », le « faux Soi ». La « personne humaine » habillée télé n'est même plus une « personnalité », la « personnalité » n'est même plus un « personnage », le « personnage » même n'est qu'à peine une « persona », c'est-à-dire un masque de théâtre à fonction de « porte-voix » (per sona), formaté, souriant, avenant, sympa, propret, chicos, séducteur, correct, compassionnel, bouche bordée de « convictions » et de « valeurs » (« cul bordé de nouilles » – traduirait peut-être le philosophe Giovanni Invitto dans sa revue de Lecce segni e comprensione), bien écoutant, bien causant, bien sexy et bien gentiment râlant d'« indignation » (de cette « indignation » que l'on voit ces temps-ci, déstockée, hoquetant en clinquantes castagnettes médiatiques, appliquée au look loquace d'un ex-ambassadeur, exhaler de nauséeux relents, émotion polluée recyclée pour démagogie humanitaire gnangnan, pelotant les consensus populistes et les éloges de quelques hardies « élites » intellocratiques – des « ex » ayant retourné leurs vestes au gré des pouvoirs – qui s'exaltent et s'exnobelisent [extorquer le Nobel pour un si maigrelet libelle !], tandis que la surdite « indignation » déboule sur le marché éditorial et journalistique en POSES surrémunératrices). Le VICE désignerait les modalités dégradées désormais généralisées et prédominantes de rapports humains exercés, comme ils disent, « sans états d'âme » (l'État n'aurait donc plus d'âme ?). Matez donc sur toutes chaînes télé toutes ces têtes d'accrocs à la « visibilité » s'escrimant à visser dévisser cocassement leur libido. Ladite libido y fait ses gammes – et c'est assourdissants grincements. Sado-masochisme : plus riche et plus puissant que moi tu meurs – et la mort livre ses moissons de suicides, meurtres, pathologies, folies (vous avez dit « suicides » ? mais c'est là une question de « mode », décréta – sans nul état d'âme – du haut de ses stock-options le patron de France Télécom, qui ne se résigna à prendre la porte qu'en prenant du même coup, au passage, à flux ininterrompus, quelques millions d'euros – ça fait combien, par suicidé ?). Narcissisme : plus « beau », plus « visible », plus « en vue » que moi-je tu meurs – et la mort, sous couvert de mutisme (car on ferme sa gueule) et d'aveuglement (car on n'a rien vu), se charge d'envoyer à la trappe, ni vus ni connus, les « in-visibles », les « non-vus », ceux qui ne se sont pas « fait un nom », comme dirait le quinzenier nadeau. Paranoïa : tapieusement dit, mandibules au carré et acolyte clin d'œil « surmalin », cela donne : « qui qu'est plus fort que moi ici, hein dites ? ». Perversités polymorphes : traitement, exploitation et avilissement de la sexualité, du travail, des communications et relations, jouant autant sur le tableau des solidarités mafieuses que sur celui des mortifères exclusions et mises au ban. La LÈCHE, elle, grimpant vite fait l'échelle de Richter des salivations et bavasseries, s'en met plein la langue, universel lubrifiant dégoulinant (à l'envers !) à tous les échelons de toutes les hiérarchies qui se retrouvent partout barbotant en terrain propice – c'est vraiment dingue, c'est pas croyable, c'est pas possible : plus flagorneur que moi tu meurs – et la mort poursuit en son silencieux crachotement ses abattages. Aussi, clamons-le ici haut et fort : merci, grand merci à cette fantastique evidence (sens riche du mot anglais signifiant : signes, preuves, témoignages, « visibilité ») que nous offre, à en perdre la boule, la télé, qui rabat notre écoute et nos regards sur l'essentiel : s'ils, les m'as-tu vu lécheurs et pourlécheurs, se retrouvent tous droits obliques courbes ou torses dans leurs bottes ou leurs gants, cravatés ou chemisés bellâtres, ce n'est que pour mieux s'offrir s'adonner au geste cirageur universel du lustrage. Et « plans de carrières », goulûment affichés ou sournoisement rampants, de gagner en brillance et en vernis. L'ORDURE, enfin, est le mot qui vient irrésistiblement aux lèvres modalité libidinale, matérielle et globale, qui fait que le corps social se complaît dans une espèce de « social-sodomie 3 » contagieuse, une montée en puissance de la libido anale (rétention et sado-masochisme d'un côté, incontinences organiques et intempérances verbales de l'autre et en parallèles) traitée retraitée recyclée reversée en ses diverses productions, aussi bien le bas de gamme (people) que le haut de gamme (têtes à gotha) – il y en a pour tous les goûts (Marcel Duchamp avait proposé ce rebus : « tous les égouts sont dans la nature »). L'Argent, étron sublime, impavidement « trône » – trône ! Aux côtés des dérives compensatoires ouvertes à tous – sports, voyages, voyeurismes, agressivités –, les sublimations fleurissent, plus enivrantes que les « Cent fleurs » mortuaires de Mao le tueur : pouvoir, religion, philosophie, idéologie, art, écritures, c'est messes en tous sens et tous lieux, sur la terre comme au ciel, à tout bon dieu miséricorde va, les idoles et leurs prophètes se bousculent se chevauchent au portillon de la Bêtise, faisant alterner voix de châtrés homélitiques, râlements hystériques, intonations putassières, moulins à prière, éructations fanatiques, scribes onaniques et universitaires à l'honoris causant.
Sales coup de « dé- »
Le sens fort du propos péguyen poussé au noir aiguise son tranchant à faire passer et repasser sur la meule du « je hais » le préfixe « dé » dans tous les mots ici soulignés, et qui nous entraînent et nous plongent dans le sinistre processus actuel de dé-création, de dé-molition (casse tous azimuts : école, hôpital, travail, liberté, solidarité, relation, droits, désir, santé, jouissance – « culture du résultat » des gouvernances mortifères : elles réussissent à infliger et entretenir dans la vie de chacun une exécration quotidienne) – processus exacerbé par les frénésies médiatiques, et qui crève les yeux, et qui frappe sans relâche en notre chair et en notre âme : Dé-sordre, Dé-sarroi, Dé-tresse, Dé-sastre, et enfin Dé-bâcle (les philosophes au parfum exciperaient volontiers de la « dé-construction » derridantesque – mais le mot se porte de plus en plus pâle, et demeure à la traîne des bâclages politiques et culturels). Ces sales coups de « dé- », dé-taillés au coutelas par le fondateur des Cahiers de la quinzaine (entreprise « communiste », affirmait-il – signifiant par là « communisme anarchiste » tel qu'il en fit la magistrale analyse dans ses trois mémorables leçons sur « l'anarchisme politique » en 1904, publiées par Jacques Viard dans Les Œuvres posthumes de Charles Péguy, 1969), ces coups-là, ils sont partout et sur tous et sur tout un chacun aujourd'hui portés et assénés, tandis qu'autoritaires et dominants, emportés dans leur morgue de classe et leur furie de casse, ramènent sans le moindre scrupule (vous dites ?) leur face de tueurs « sans états d'âme » aussi bien dans les plus minables affaires de harcèlement et d'exclusion que dans les escroqueries les plus cyniques et les postures les plus souveraineuses (il faut voir comment les machineries judiciaires à la fois aux ordres et aux abois, détournant abus et délits dont elles accablent les pauvres, les faibles et les malades, distribuent à bras vite raccourcis aux plus possédants les plus effarants « non-lieux » – c'est le règne oxymorique du « circulez, vous voyez bien qu'il n'y a rien à voir ni à entendre »). Les diagnostics et pronostics de commentateurs, spécialistes, experts, consultants et autres conseilleurs « censés savoir » – qui donnent pour et perçoivent en argent comptant leurs observations et interprétations foireuses de bateleurs – tiennent pour qualité négligeable et « blagues » rigolotes les séries symptomatiques de manifestations convergentes (bévues, bavures, lapsus, mots déplacés, expressions outrancières, manières de parler, de se tenir et retenir, de se lâcher et relâcher, provocations, etc.) qui donnent leur tonalité vomitive et leurs couleurs glauques, leur « style » propre, si l'on peut dire, aux actuels barbotages dans le « désastre », le « désarroi » et la « débâcle ». (Rarement baratineurs, barboteurs, barbeaux et barbouzes en tous genres auront autant proliféré, de sorte que, pour ne citer que le plus puant exemple, nul aujourd'hui ne peut ignorer les envapantes et fofolles fragrances de l'« affaire Oréal » qu'auréolent les milliards irriguant toujours divers voies et réseaux de détournement et s'engouffrant dans tant de poches et de comptes wide open and shut.) Il nous faut donc, sans coup férir (le latin peut opportunément ici s'immiscer, en nous susurrant les mots fera, « bête sauvage », ferus, « animal »), invoquer la chose nommée Bêtise. Nous y invite, dans la continuité de la précédente, une courte citation de ce même Péguy évoquant le « monde moderne » – le nôtre, celui d'aujourd'hui même, jouerait-il à se « postérieuriser », se « positionner » et « postillonner » en cette ringardise dite « postmoderne » : « Un monde de barbares, de brutes et de mufles, plus qu'une pambéotie… une panmuflerie sans limite […], un monde, non seulement qui fait des blagues, mais qui ne fait que des blagues, et qui fait toutes les blagues, qui fait blague de tout » (Deuxième élégie XXX, 1908, texte posthume). Le poète flingue frontalement sa cible dans une formule coup de poing : « cette abhorreur, cet abîme de barbarie et de lassitude, de corruption publique et politique » – « corruption publique et politique », on ne saurait mieux dire, c'est tout dire, y compris y inscrire en zèle et connivence les corruptions culturelles, intellectuelles et médiatiques, que « nul aujourd'hui… ne nie », que nul ne peut plus décemment (vous dites ?) nier. Les mots mêmes, « barbares », « brutes », « pambéotie », « blagues », tambourinent par dedans notre caboche leur balbutiement, leur bégaiement de « b », bélier d'abêtissement, qui fait remonter et affleurer ce fond secret, cette puissance refoulée, cette ligne de force et de forcing irrésistible omniprésente qu'est la Bêtise – la chose du monde la mieux partagée.
Du sceau de la bête immonde
Par Bêtise, avec son initiale grand « B » bedonnant et bêtifiant en capitale (cette lettre capitale signifiant pour nous, comme dans les traités anciens de zoologie, le nom de l'Animal, mais aussi, comme en morale actuelle, le « Capital » d'animalité, de bestialité dans l'homme), on vise ici quelque chose de plus profond que les « bêtises » courantes, aux illustrations multiples, allant des scolaires et financières aux sexuelles – qui sont, pourrait-on dire, bêtises d'apprentissage (l'école, le gain, le sexe, la relation), qui ne s'opposent pas vraiment au savoir et à la raison et appelleraient plutôt l'indulgence ou la sympathie dues aux « enfantillages ». Notre Bêtise à nous (sic) se tient au plus près, au plus juste de sa racine étymologique : la Bête, la bestialité – en même temps qu'elle demeure collée, soudée à son irréductible adversaire, la Raison, sur laquelle elle pèse de toutes ses pesanteurs, tire de toutes ses racines, agit comme frein et barrage, mais aussi comme excitateur, cri des profondeurs, déployant la frontière, le film, l'écran où se jouxtent et se jouent dans l'âme humaine animalité et humanité (qui ont tant de choses en commun : structures moléculaires, chromosomes, corps, instincts, gestuelles, émotions, survie, etc.), qui demeurent comme pacsées en une originaire, féconde et redoutable copulation. (Propos de Brecht observateur de la « Bestialité » nazie : « Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde. ») Enfin, et puisqu'il faut toujours en revenir à Pascal, le passionné géomètre fauconnier de la structure humaine, libérons de son inoxydable cage son impérial aigle apophtegme, honoré de tous : « Qui veut faire l'ange fait la bête. » Qui force trop et trop vite en direction de l'humanité, surtout celle qui, pieuse, religieuse, tout en se faisant rêveuse d'ange, traîne en son sillage l'ancêtre animal, et le pire : l'animal dé-naturé, dés-équilibré, dé-routé, la bête affolée cannibalisée abêtie d'humanité (ces animaux que le Dr. Moreau de Wells, dans l'île d'épouvante où règne le surhomme Charles Laughton, charcute pour les rendre plus « humains »). À bête abêtie d'humanité (telle que l'homme la perçoit et la traite) répond l'homme abêtie d'animalité – un Homo sapiens en qui persiste et signe l'empreinte originaire, le sceau de la bestialité. C'est quelque chose qui a été déjà, avec prolixité, relevé, déploré, dénoncé, condamné. Mais, la plupart du temps, pour fabriquer des « damnés », autant « de la terre » que du ciel : on s'en tient là à une perspective morale confuse, montant en épingle une violence dite « bestiale », où l'être humain se voit attribuer les férocités, impulsivités et instincts jugés spécifiques du monde animal. Il faut tenter de passer outre, et d'essayer de traquer en ses obscurs retranchements (symétriques des plus obscènes épanchements), élaborés en culture, proprement humains, cette figure de la Bêtise, à laquelle se sont trouvés confrontés à peu près tous les créateurs (si l'on accepte de reconnaître que tout véritable créateur ne saurait être créateur que d'humanité, et de rien d'autre). Pour n'en citer qu'un, des plus célèbres, Flaubert a fait de la Bêtise son obsession anthropologique, en même temps, croyons-nous, qu'il la percevait intuitivement comme l'ombre menaçante et damnée de son écriture. C'est dire que, à la lumière même de la Bêtise (les lumières d'un principe Bêtise, pourquoi pas, au moins par ses reflets ou ses calques, mimétiques, puisqu'elle colle à la Raison ?), il nous faut aujourd'hui chercher à savoir à quoi correspondent, prises sur le vif, offertes comme rarement aux yeux de tous, les manifestations et expressions notoires et notables dont se gobergent les médias, qui se multiplient et font grand bruit et brouhaha, et – détournons ici le lexique ordinateur – nous (a)« buzzent » : lapsus (« fellation », « gode », « périnée », « foutre »), déplacements (croisières, « croisade », « terroirs », « embarquer », « quotas », « poisser », « chewing-gum » présidentiel en turquerie), manières de parler (intonations, accents, pédantisme, cuistrerie, muflerie, coupes, clichés, tics, mimiques, rythmes, attitudes, etc.), toutes jaculations, oraculations et gesticulations qui ont pour effets et causes, tous ces temps-ci, d'émoustiller et de « booster » toutes sortes de publications et émissions.
Quand la « bête à came » crache le morceau
Le contexte actuel de « désarroi-détresse-débâcle » signalé plus haut tend à favoriser les attitudes de « panmuflerie » et de « pambéotie » que suscite, nourrit, et fait fructifier ce que nous qualifions sommairement de principe Bêtise (mufle et béotie), définie avant tout comme puissance aussi active dans l'homme que les principes de plaisir et de réalité qui soutiennent toute la construction freudienne, ou, parmi d'autres, en plus sophistiqué et aléatoire (l'article ayant « bêtement » chuté), le principe Espérance d'un Ernst Bloch ou le principe Responsabilité d'un Hans Jonas. Élevée ainsi au rang de « principe », la Bêtise se révèle être un remarquable instrument d'observation et de perception de cet incroyable et affolant grouillement de signes et symptômes que nous offre, jusqu'au délire et jusqu'à la nausée, la télévision. Stupéfiante naïveté (« bêtise » ? Péguy dirait « sottise ») de ces politiciens, artistes, animateurs, médiaticiens (invités-invitateurs indécollables scotchés voltigeant sur toutes chaînes) qui, lèche en bouche, hargneux ou suaves, courent comme pris de panique après leur image pixelisée, et refusent (narcissique refoulement) de voir (eyes wide shut) à quel point, malgré fards, looks, robes et costumes, grâceries et séductilités (par quels autres mots décrire leurs finassières contorsions ?), la Betacam – vraie « bête à came », qui crache le morceau, qui nous renvoie leur « came » — est habile à extorquer, sous les apparences pelliculaires, toute la « camelote » politicienne, promotionnelle, idéologique, mystificatrice, décervelante, mortifère, que véhiculent ces « apparitions » de têtes, ces prestations-prestances de « personae » qui ne veulent plus, elles, canines entées en bec, lâcher le morceau, bouche pompant goulûment les flux de divin nectar de la télé, qui est tout ors (in Gold we trust, my God !) et tout images (faciès dupliqués à l'infini – dix vingt cent fois la même tête agitée kaléidoscopiquement pour un plan d'une fraction de seconde). Porté par « l'esprit de révolte » (Kropotkine) qui souleva récemment la traditionnellement accueillante Tunisie, un manifestant, au hasard d'un micro passant sous son nez, prononça l'exact mot de ce début de « printemps 2011 », de ce désir éclatant d'un renaître : « marre de voir leurs gueules » – et « gueules » de s'abolir, bibelots en toc se déboulonnant soudain effrités pourriture (l'or, lui, puissance mondialitaire, perdurant pur et dur !). Jusqu'où devra monter, hic et nunc, ici et maintenant, semblable « marre », sur « nos » écrans à nous, magazines et murs, et surtout dedans nos têtes, pour que nos propres « gueules » à nous (« nos » stars et starlettes, vedettes, « valetaille » et veaux d'or, icônes et conards, bellâtres et furibards, nanas et nanards, grands et petits chefs et chiens de garde et tutti frutti), « se cassent » un peu – « dégagent » ?
Gratouille et graille électorales
Les ici dénommés « Ils », ou « leurs gueules », pour faire écho au « printemps arabe », ne sont certes – chaque jour en offre l'indécrottable illustration – pas prêts de « dégager ». Ils ou elles grouillent comme vers sur fleurs, fruits, racines et arborescences d'enracinés et branlants pouvoirs – médiatique, politique, économique, culturel – vautrés sur les malheurs, misères, détresses et désarrois de ceux, nommés « peuple », « pauvres », « petites gens », « chienlit », « manifestants », la dite « racaille » qu'ils exploitent et vampirisent avec une voracité et une férocité croissantes. « Ils s'obstinent, ces cannibales », donc, à masquer « l'abîme de barbarie et de lassitude » qu'ils ont eux-mêmes creusé, et qui suscite, au plus profond d'eux-mêmes, terreur et vertige – ventre de Bêtise 4. Vertigo d'une « débâcle » pourtant annoncée, il y a plus d'un siècle, et que leur Bêtise constitutionnelle transforme en Bête d'apocalypse, « s'emploie » à nier (« on travaille ! », s'exclament-ils en chœur au sortir de leurs « Conseils » de tous ordres, en se congratulant jalousement pour leurs surhonorants « emplois » – « hauts » emplois des « grands serviteurs de l'État », « hautes » positions des éminentes sphères économiques, « hautes » performances d'artistes et penseurs patentés, et partout surtout hauts revenus, ô vertige !). Les deux citations exhumées plus haut servent ici de toile de fond séculaire, opaque et sacrément marouflée, afin que se détache, dans son relief et sa vilenie, le prurit, la gratouille électorale qui s'empare – délirants relais de têtes filant sur l'écran à la vitesse grand vide ou ralentis empâtés à effet clownesque – d'une société française déjà, en cet an 2011, tout oedémateuse d'absurdités. Parler, sur un ton pittoresque, de « cuisine électorale » serait attenter aux subtilités et savantes compositions de l'art culinaire. L'élection présidentielle et toutes celles qui lui font cortège, primaires, secondaires ou tertiaires, sociétaires, associatives, amicales, circulaires ou territoriales, relèvent, servies sur plateaux télé, de ce qui s'apparente à de la graille, espèce de fast food autoroutier ou saucisson-pinard populacier (obésité et assommoir) – graillons de « pathétique », d'imaginaire et de pensée même, tout juste bons à faire baver et bavasser un « people » de « citoyens » couvés en batteries médiatiques. Qu'y faire ? Quelques regards attentifs jetés sur les enfilades de faces télévisuelles surbookées et jacassant toute denture déployée (nous résistons, pour éviter de leur « faire de la pub », à l'envie mauvaise de nommer ne serait-ce que quelques-unes de ces têtes familières, de ces « bêtes de télé » domestiques – tout observateur vigilant saura extraire dans ces déferlantes de faces ses facebooks personnels) suffiront peut-être, à qui veut vraiment savoir voir, non pas à s'enivrer des mirages et miracles d'opinions qu'on cherche à lui refiler (à chaque heure, pour chaque peur – un sauveur, un parleur), mais à tenter une reconstruction rationnelle de tout ce qu'il a vu et entendu, y incluant comme il se doit, ce qui importe tant : le non-vu et le non-entendu. S'esquisse ici, en toute humilité, la fragile et irrépressible défense dont nous disposons encore pour résister aux assauts sournois, hargneux et meurtriers du principe Bêtise.
1. Au cours d'une de ses leçons à l'hôpital Saint-Antoine, dans les années cinquante, le professeur Chabrol, éminent spécialiste des maladies du foie, avait évoqué « le prurit anal des intellectuels ». 2. Dans Catalogne libre, la première chose qui frappe George Orwell dans les comportements et manières libertaires de vivre (ensemble) qui caractérisent la population de Barcelone, c'est que « pose, thésaurisation, crainte du patron, etc., avaient absolument cessé d'exister » (p. 116). 3. Voir revue X-Alta, n° 4, avril 2001, « Social-sodomie ». 4. Dans L'Argent, suivi De l'argent (suite), Péguy note, parmi d'autres tracés fulminants, à propos d'un article de « monsieur Rudler » louant dithyrambiquement M. Lanson : « Dans cette lèche extraordinaire apparaît très nettement une secrète inquiétude… » (p. 87), et à propos des « emplois » de cette engeance universitaire-médiatique qu'il dénonce sous le nom de « parti intellectuel » : « On se demande[rait] quand ces hommes-là travaillent… » (p. 103). Que dirait-il des maîtres cumulards d'aujourd'hui, détenteurs insatiables de ces postes et positions que l'on qualifie vulgairement de « casquettes » (enseignement, télé, radio, journaux, édition, consultants, écrivants, voyageants, dînants, politiquants, comitants, conseillants, etc.), et que l'on coifferait plus adéquatement, ridicule en prime, de ces couvre-chefs aux noms si éloquents, tels que hauts-de-forme ou huit-reflets ? On n'imagine pas à quel point, par ailleurs, l'apophtegme sans cesse cité et proclamé ou réclamé de Pascal, « Qui veut faire l'ange fait la bête », est terrible, et chargé d'épouvante. « Qui veut faire l'ange » « fait signe », comme on dit, ostensiblement vers le religieux, que l'on sait tout froufroutant d'anges et angelots, de putti ruisselant d'angélisme (« Aimez-vous les uns les autres », et autres palpitantes ailes). Mais si l'on répercute dans sa plus flagrante signification la sentence de Pascal, le voici du coup, ce religieux, cet « ange », brutalement poussé et repoussé tout contre la « bête », tout contre cette même animalité que la foi s'acharne à récuser et refouler (Satan, la Bête par excellence). Pareil rapprochement, pareille contiguïté ne laisse pas de suggérer des équivalences et interpénétrations aussi troublantes que celles-ci : le religieux serait la substance et le terrain d'élection du principe Bêtise ; le principe Bêtise agirait comme le socle, le nerf et la nourriture du religieux. On comprend dès lors pourquoi le religieux, quelles que soient les acrobaties théologiques et prêchi-prêcha des prêtres et philosophes, témoigne d'une telle répulsion et d'une telle cruauté (massacrer les hérétiques, brûler les Jeanne d'Arc et les Giordano Bruno) à l'endroit de la raison. Dans la voie ici tracée qui va en ligne directe de Pascal à Péguy et traverse la pensée anarchiste, on retiendra ces crucifiantes remarques du poète d'Ève, de nature à nous ressourcer en vivace rationalité dans les étouffantes vapeurs d'encens dégagées par l'actuelle hystérie pontifiante béatifiante : « Un bon chrétien doit manquer d'un certain attachement à la vie, animal… ». Le christianisme « n'est qu'un semblant de la vie, une image grossière, une étrange combinaison d'infini déraisonnable et de vie assez malade. J'irai jusqu'à dire qu'il n'est qu'une contrefaçon, une malfaçon de la vie. […] Il faut qu'il y ait au fond du sentiment chrétien une épouvantable complicité, une hideuse complaisance à la maladie et à la mort » (Toujours de la grippe, 1900, Œuvres en prose complètes, Gallimard, t. I, p. 463-470).
Roger Dadoun
L'article du Monde libertaire
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|   Repenser l'anarcho-syndicalisme : de la nécessité d'un constant renouvellementLe monde libertaire hors-série n°42 (7 juillet-7 septembre 2011)
« Si ce renouvellement indispensable [de la pensée anarcho-syndicaliste] se produit de manière effective, alors, mais seulement alors, nous aurons, compagnes et compagnons, de bonnes raisons, de bonnes raisons d'être confiants que l'anarcho-syndicalisme demeurera, comme il l'a fait dans le passé, un défi de premier ordre et un problème très sérieux pour les pouvoirs économiques et politiques. » Tomás Ibáñez 1
L'impasse de l'« anti-syndicalisme libertaire »
Il est plus ou moins de coutume, dans nos milieux, de vilipender les syndicats à la moindre défaite sociale. Régulièrement présentés comme des « traîtres », on en vient rapidement à contester la structure dans son ensemble plutôt que de concentrer ses critiques sur les directions bureaucratiques. On appelle alors à « dépasser les syndicats » ou, plus souvent encore, à les « déserter ». Plongé dans une sorte de mystique révolutionnaire, on harangue les travailleurs à la « guerre sociale », à la « grève générale », à l'« expropriation », à l'« autogestion », et patati et patata. On prône les vertus d'une auto-organisation de la classe laborieuse, auto-organisation qu'on se refuse de définir clairement, par peur de se rendre compte qu'il pourrait bien s'agir, au final et avec un peu de boulot, d'un syndicat, cet organisme tant honni, détesté, voué à toutes les gémonies de l'anarchiste pur et dur, maximaliste, jusqu'au-boutiste. Si tout cela est bien joli, ça ne va guère plus loin car, au fond, ce n'est que du Spectacle. Ce ne sont que des mots et des expressions qu'on ne précise et ne définit plus depuis bien longtemps. On ressasse et répète les mêmes rengaines, pensant qu'il suffit de quelques collages d'affiches « grève générale expropriatrice et autogestionnaire » et distributions de tracts pour que les travailleurs, dans un élan sublime, illuminés par la divine lumière de la sainte anarchie, se décident enfin à faire le grand soir. Mais, voilà, nombre de ces travailleurs ne sont absolument pas réceptifs à ce genre de sermons politiques, nombre d'entre eux n'ont pas non plus envie d'une grève générale, et si les appareils syndicaux sont aujourd'hui bien peu offensifs, voire, pour certains, englués dans le réformisme et la cogestion, c'est bien parce que les bases ne sont pas aussi radicales que ce qu'on essaie de se faire croire à chaque mouvement social. Or c'est bien là que se trouve la première tâche qui nous incombe, à nous autres révolutionnaires porteurs d'un anarchisme social : conscientiser et radicaliser les luttes du monde du travail.
Réinvestir les organisations syndicales et repenser l'anarcho-syndicalisme
Alors, quitter les syndicats ? Bien sûr que non. Cet appel est une parfaite absurdité, doublée d'inconscience. C'est le meilleur moyen pour livrer le monde du travail aux mains du patronat, de dépouiller les travailleurs des rares outils de défense dont ils disposent pour faire face aux attaques quotidiennes du Capital. Chacun en pensera ce qu'il veut, mais personne ne peut nier que, globalement, les organisations syndicales (et je ne parle pas de celles noyautées par les jaunes) forment un rempart contre les ambitions du patronat. Un rempart certes tout à fait relatif, qui n'a souvent rien d'offensif, mais un rempart tout de même, et étant donné la situation dans laquelle se trouve aujourd'hui le monde du travail, il serait suicidaire de les éliminer en appelant les travailleurs à les déserter. En outre, pour que les luttes du monde du travail se radicalisent, il est évidemment absolument nécessaire que les travailleurs soient préalablement conscients de l'impérieuse nécessité d'aller au-delà de la simple défense ou obtention – au demeurant absolument indispensables – d'acquis sociaux. Sans une base radicale, même une direction révolutionnaire – que nous ne souhaitons pas, il va de soi – serait inefficace, aussi « éclairée » soit-elle. Il ne sert donc profondément à rien de se contenter systématiquement de proposer la grève générale à des gens qui ne savent même pas de quoi il en retourne et qui, le moment venu, seraient incapables – car non sensibilisés à ces problématiques – de transformer un simple blocage en une réorganisation révolutionnaire du tissu économique d'une région, voire – rêvons un peu ! – d'un pays. La révolution espagnole de 1936 – encore elle ! – a été le résultat d'un travail incessant de sensibilisation et d'éducation mené pendant plus de 70 ans. Aujourd'hui, ce travail est encore à faire, et ce n'est pas en brassant des expressions et des concepts tout faits qu'on y parviendra… Je reviendrais sur ce point en fin d'article. En limitant notre action militante à tenter de se faire une place (identitaire) en tant qu'anarchiste dans le mouvement social, en prônant un discours délibérément maximaliste, nous mettons la charrue avant les bœufs. Non que cela soit futile, mais qu'il y a des tâches autrement plus importantes – mais aussi plus ardues – à remplir pour les travailleurs libertaires. Politiquement, l'heure n'est plus à approcher le monde du travail par des tracts, des affiches et des banderoles aux abords des manifestations, mais à l'intégrer pour y faire pénétrer nos idées et nos pratiques. Et, pour cela, le meilleur moyen est d'entrer dans les organisations de travailleurs – à savoir les syndicats –, en rejoignant celles en place ou, si celles-ci sont dès le départ fermement noyautées par des jaunes – ce qui est fréquent dans le privé –, en créant une nouvelle section affiliée à une autre centrale. à mon sens, il n'est absolument pas impératif pour les militants libertaires d'intégrer une organisation ouvertement anarcho-syndicaliste, sauf si elle est déjà bien implantée – ou qu'elle a de réelles possibilités de le faire – au sein de l'entreprise ou du secteur professionnel. Il est certes bien évidemment préférable d'évoluer dans une structure fonctionnant statutairement sur des principes antiautoritaires, mais si celle-ci ne parvient pas à regrouper, au sein de la boîte, de nombreux travailleurs, elle n'aura aucun poids, ne saura être en mesure de défendre correctement et concrètement les employés et, de fait, n'aura que peu de perspectives d'évolution. Or, l'objectif principal du syndicat est, avant tout, de rassembler l'ensemble des travailleurs – du moins le plus possible –, et c'est pourquoi il n'y a aucun intérêt pour les libertaires à s'isoler dans des organisations minuscules qui peinent à développer et expérimenter une vraie pratique syndicaliste. Autant aller là où les travailleurs sont, plutôt que de s'enfermer dans un purisme idéologique qui ne mène pas à grand-chose. Cette idée – qui n'est pas nouvelle – en fera peut-être sauter certains au plafond, mais elle me semble pourtant primordiale. L'anarcho-syndicalisme, qui s'est forgé dans les luttes sociales, ne peut exister qu'en évoluant avec son temps, et notamment avec les changements qui peuvent subvenir – et qui subviennent – dans le monde du travail. Les formes de lutte d'hier ne sont plus forcément viables aujourd'hui, et c'est pourquoi, entre autre chose, une organisation ouvertement anarcho-syndicaliste ne me semble pas, à l'heure qu'il est, le meilleur moyen pour les militants anarcho-syndicalistes de faire valoir leurs idées. Le « terreau » culturel et politique du monde du travail n'est plus celui de la fin du XIXe et du début du XXe siècle ; au contraire, il a profondément évolué et nombre de références du discours anarcho-syndicaliste ne parlent plus autant qu'avant à bon nombre de travailleurs. Ce qui, au fond, n'est pas un frein au développement de l'anarcho-syndicalisme – considéré comme théorie et pratique (antiautoritarisme, action directe, indépendance et lutte contre les partis, élaboration permanente d'un projet de société) – qui peut se construire et agir dans d'autres organisations syndicales, sans pour autant se désigner comme tel à tous prix. Il ne fait aucun doute que les libertaires ainsi impliqués dans les grandes centrales syndicales (genre CGT) sont systématiquement en butte à bien des problèmes. Bien des compagnes et compagnons auraient des témoignages édifiants à apporter quant à leurs combats contre les différentes magouilles, à tous les niveaux, des « staliniens », des jaunes et de la direction. Mais si ce choix comporte certaines difficultés, il peut aussi permettre, à terme, de toucher beaucoup plus de travailleurs. Si cette modernité peut changer certaines pratiques et formes de lutte, elle peut aussi susciter la nécessité d'en élaborer de nouvelles. Ainsi, par exemple, aujourd'hui en 2011, il faudrait enfin parvenir à mettre en place une vraie pratique syndicaliste, efficace, pour les intérimaires, les vacataires et les pigistes dont le nombre ne cesse d'augmenter. Pour ces travailleurs qui ne restent pas longtemps dans l'entreprise et/ou qui n'ont d'autres lieux de travail que leur maison ou appartement, certaines pratiques du syndicalisme – et encore plus de l'anarcho-syndicalisme – « traditionnel » ne sont pas praticables. Sans doute y en a-t-il à créer, mais la réflexion est à entamer (ou à poursuivre), et les anarcho-syndicalistes du xxie siècle ne peuvent s'en faire l'économie. S'il ne parvient à dépasser certains postulats d'une autre époque, l'anarcho-syndicalisme est voué à la stagnation et n'existera bientôt plus que comme une relique que quelques irréductibles entretiennent de temps à autre en souvenir de l'ancien temps. Et c'est pourquoi nous devons penser et repenser sans cesse sa théorie et sa pratique, à la lumière de l'actualité et des bouleversements qui surgissent dans la société et, en particulier, dans le monde du travail.
Coordonner l'action des libertaires syndiqués
Certes, il y a déjà un certain nombre de militants libertaires impliqués dans des syndicats mais, la plupart du temps isolés, ils ne parviennent pas souvent à faire entendre leur voix et à faire valoir leurs idées et pratiques. C'est pourquoi il est nécessaire que les militants libertaires syndiqués se regroupent, non pas dans une nouvelle centrale syndicale – cela n'a aucun sens de créer un syndicat exclusivement composé d'anarchistes –, mais dans une organisation leur permettant de développer collectivement – tous secteurs professionnels et cartes syndicales confondues – des axes de travail et des stratégies pour faire valoir significativement dans le monde du travail et dans les syndicats leurs analyses, leurs principes et leurs pratiques. Là encore rien n'est à inventer et notre histoire politique comporte un certain nombre de tentatives similaires. Je pense notamment à l'Alliance syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste (Asras) des années soixante-dix 2. Sans cette démarche unitaire, sans cette volonté d'organiser la présence et l'action des anarchistes syndiqués, nous resterons au stade d'une présence réelle mais insignifiante sans vraiment d'autres perspectives de développement. L'heure n'est pas, pour le moment, à la création d'organisations ouvertement anarcho-syndicalistes qui, de part un discours trop ancré dans une culture politique aujourd'hui minoritaire, n'attirent pas ou peu les travailleurs. à mon sens, l'avenir de l'anarcho-syndicalisme réside actuellement dans la construction de ce rassemblement de nos forces, à la coordination de leur action et à au développement d'activités collectives, parallèlement à l'engagement de chacun dans le syndicat de sa profession.
Dépasser le seul cadre du lieu de travail
Le 12 décembre 1899, Fernand Pelloutier, dans sa Lettre aux anarchistes, écrivait que « pour hâter la révolution sociale et faire que le prolétariat soit en état d'en tirer tout le profit désirable, nous devons, non seulement prêcher aux quatre coins de l'horizon le gouvernement de soi par soi-même, mais encore prouver expérimentalement à la foule ouvrière, au sein de ses propres institutions, qu'un tel gouvernement est possible, et aussi l'armer, en l'instruisant de la nécessité de la révolution, contre les suggestions énervantes du capitalisme ». Je n'apprendrais rien à personne en disant qu'aujourd'hui les syndicats se contentent généralement de simplement défendre ou obtenir quelques acquis sociaux, et que cela fait bien longtemps que la plupart d'entre eux ont perdu et oublié leur tradition éducative et culturelle, indispensable à l'émancipation individuelle et collective des travailleurs. Beaucoup de choses seraient donc à créer ou à réactiver par les organisations syndicales pour conscientiser le monde du travail en dehors du strict cadre de l'entreprise, et l'histoire du mouvement ouvrier international est riche en expériences qu'il serait bon de faire ressurgir, réactualisées si nécessaire. Il paraît primordial, par exemple, que les syndicats se réapproprient désormais davantage les Bourses du travail et les locaux des Unions locales pour y organiser régulièrement des activités éducatives et culturelles à destination des travailleurs, des espaces de discussions et de partages des savoirs, voire y mettre en place des structures d'entraide basées sur des principes de gestion collective (coopératives de production, amaps, sel, crèches collectives, etc.). Ce travail parallèle permettrait non seulement d'enrichir et de renforcer les liens entre travailleurs de différentes professions, mais aussi – et surtout – de construire et de penser collectivement une radicalisation des luttes. C'est dans ces espaces et ces expériences de discussions, d'apprentissage et d'entraide que la grève générale deviendra autre chose qu'un simple slogan. Et si les syndicats ne les développent pas ou peu, il est fort probable qu'ils ne puissent jamais réveiller le puissant potentiel révolutionnaire qui existe – sommeille – dans le monde du travail.
1. « Apuntes sobre el pensamiento anarcosindicalista » in Rojo y Negro, n° 242, janvier 2011. 2. Voir l'article de Thierry Porré dans Le Monde libertaire n°1611 ou encore la brochure de René Berthier : À propos de l'Alliance syndicaliste, 1970-1980, No Pasaran, 48 pages.
Guillaume Goutte
L'article du Monde libertaire
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|   Un anarchiste japonais et le séismeLe monde libertaire hors-série n°42 (7 juillet-7 septembre 2011)
Une lettre de l'anarchiste japonais Kôtoku Shûsui au sujet du séisme de San Francisco de 1906, suivie d'un commentaire de Philippe Pelletier.
La Heimin-sha 1 saine et sauve à San Francisco
À mon frère Koizumi Sanshin 2, à mon frère Sakai Kosen 3, à Chiyoko 4. Les télégrammes sur le séisme de San Francisco et l'incendie qui s'ensuivit ont dû vous étonner par rapport aux journaux. Nous sommes tous sains et saufs. Et quelque part rassurés. Le feu n'a pas cessé depuis trois jours. Au centre, à Market street, qui est au cœur de San Francisco, la plupart des quartiers ont brûlé et sont des champs de ruines. Le feu s'est étendu juste à côté de la Heimin-sha de San Francisco, mais nous avons pu nous sauver. Mon refuge temporaire étant situé dans la ville haute, j'ai pu, d'une pièce située à l'avant au troisième étage avec une longue vue à la main, observer nuit et jour ce paysage à grande échelle 5. Oui, c'est vraiment un grand paysage. Je le pense. Quelque chose qui a rarement été vu dans l'histoire, qu'on pourrait comparer aux torches des hommes de Hu qui ont mis le feu au palais de Xiangyang des Qin 6, ou encore au spectacle des rues de Rome en flammes incendiées par l'empereur Néron. On dit que 30 000 personnes ont quitté leur maison incendiée et dorment en plein air à la périphérie. La nourriture qui reste dans toute la ville est réquisitionnée par le gouvernement, et on ne peut pas en acheter à sa guise. Les habitants endurent la faim avec le secours de tous les fonctionnaires. Si l'on a de plus en plus faim, pour se procurer de la nourriture dans les jours suivants, je quitterai San Francisco avec Katô, et nous irons à Berkeley. Berkeley fait partie de ces villages autour de San Francisco où travaillent Nabeoka, le beau-frère de Kosen, et mon neveu Kôhei. Les Blancs disent qu'ils ont l'intelligence. Mais nous, les Orientaux, nous ne pouvons pas nous empêcher de trouver comique leur manque d'à-propos et de courage. Eux, quand ils se trouvent face à une catastrophe inattendue, ils perdent leur sang-froid, ils perdent leur tête, ils ne savent pas ce qu'il est bon de faire. Ils poussent des grands cris, ils pleurent, ils ne font que gémir. Dans les cas extrêmes, ils ne sont pas rares ceux qui deviennent fous de désespoir parce qu'ils ont perdu leurs biens dans le feu ou bien simplement par peur. Maintenant, il n'y a plus d'électricité ni de gaz dans la ville, et en plus il est interdit d'utiliser des lampes à pétrole ou de brûler du fuel pour s'éclairer dans les pièces. La nuit, il faut rester dans l'obscurité. La loi martiale a été proclamée et si quelqu'un est pris en train de faire du feu dans une pièce, il est immédiatement fusillé par les soldats. On ne compte plus les pilleurs, les chapardeurs et les voleurs qui ont été tués. Ah, le feu ! Il ne s'arrête pas par plaisir. Là où il se tourne, il n'y a plus de dieu, plus de richesse, plus d'autorité. Les temples qui ont perdu leur splendeur, les grands bâtiments municipaux qui se dressaient sous nos yeux, les banques en grand nombre, les fortunes en grand nombre, tout cela est passé sous la pluie de feu. Il n'est pas nécessaire de dire qu'à cause de cela, les pauvres, qui n'y sont pour rien, subissent le froid, la faim et bientôt le chômage, et vivent de grandes souffrances. Mais ce n'est pas de la faute du feu, c'est la faute de l'organisation de la société actuelle. Je me tourne vers mes camarades, mes parents et mes amis, où qu'ils soient, pour leur dire que nous sommes en sécurité. Dans le cirage. Salutations.
La réalisation du système anarcho-communiste
J'ai vécu une expérience profitable à l'occasion de ce grand séisme de San Francisco. Et pas d'autres. Depuis le 18, toute la ville de San Francisco est totalement dans une situation de système anarcho-communiste (de communisme anarchiste) 7. Tous les magasins sont fermés. Les postes, les chemins de fer, les navires sont arrêtés. Tout est gratuit, la nourriture est distribuée gratuitement par les secouristes. Tous les valides s'activent par devoir, pour le transport de la nourriture, le soin pour les malades et les blessés, le déblaiement des ruines et la construction des abris. Voudrait-on acheter quelque chose qu'il n'y a plus de marchandises et que l'argent est devenu totalement inutile. N'est-ce pas intéressant ? Mais ce paradis idéal ne durera que quelques semaines, et on reviendra au système privé des capitalistes qui précédait. Lamentable.
Publiés dans le numéro 1-13 de la revue Hikari du 20 mai 1906. Le premier texte est une lettre datée du 21 avril 1906, le second est daté du 24 avril 1906.
1. La Heimin-sha, ou Société plébéienne, a été fondée à Tôkyô le 8 octobre 1903 par Kôtoku Shûsui et Sakai Toshihiko, à leur suite de leur démission du journal Yorozu Chôhô dont ils refusaient le ralliement belliciste à l'orée de la guerre russo-japonaise (1903-1905). Lors de son séjour à San Francisco, Kôtoku fonde une branche américaine avec les émigrés japonais présents en Californie. 2. Koizumi Sakutarô (1872-1937), alias Sanshin, aide Kôtoku à rentrer dans le journalisme, devient son ami et son compagnon de beuverie, écrit dans le Heimin Shimbun (le journal de la Heimin-sha), puis se fait élire député en 1912. 3. Sakai Toshihiko (1871-1933), alias Kosen, ami de Kôtoku, futur cofondateur du Parti communiste japonais en 1922, puis en dissidence avec le Komintern sur des positions socialistes-révolutionaires. 4. Kôtoku Chiyoko est la deuxième femme de Shûsui. 5. Kôtoku utilise alors un vocabulaire moderne pour désigner le « paysage » (keikan) et son « échelle » (en recourant à l'anglais scale). Le mot de keikan prend ici le sens de « spectacle ». 6. Cet épisode de l'histoire médiévale chinoise est narré dans un texte classique de l'histoire japonaise, le Konjaku monogatari. 7. Kôtoku utilise entre parenthèses les termes anglais de anarchist communism.
Kôtoku Shûsui à San Francisco en 1905-1906
Alors qu'une partie du Japon se relève du désastre engendré par le tsunami du 11 mars 2011 et de la série d'accidents qui s'ensuivit dans la centrale nucléaire de Fukushima, un texte écrit (deux lettres, en fait) par un anarchiste japonais un siècle auparavant, à la suite du séisme de San Francisco du 18 avril 1906, nous donne un aperçu de ce qu'un militant révolutionnaire japonais pouvait ressentir d'une catastrophe majeure. Kôtoku Shûsui (1871-1911), son auteur, est un personnage que tous les Japonais instruits connaissent, peu ou prou 1. Il est au socialisme japonais un peu l'équivalent de ce qu'est Jean Jaurès au socialisme français. Antibelliciste, il connaît lui aussi une fin tragique à cause de ses idées, mais plus dramatique, car Kôtoku est exécuté par l'État japonais dans le cadre d'une répression généralisée prenant prétexte d'un complot contre l'empereur, auquel il n'a lui-même pas pris part, et qui est largement monté de toutes pièces par le pouvoir. Et en plus significatif car Kôtoku était passé de la social-démocratie vaguement marxisante à l'anarchisme.
L'évolution du socialisme à l'anarchisme
Cette évolution s'est effectuée quelque temps avant son départ pour la Californie, à la suite de son emprisonnement à Tôkyô pour infraction à la « loi sur les publications ». En prison de février à juillet 1905, Kôtoku approfondit sa connaissance du socialisme. Il poursuit activement la correspondance entreprise avec Albert Johnson, un vieux militant vivant à San Francisco. On ne sait pas exactement si ce Johnson était anarchiste, toujours est-il qu'il a envoyé à Kôtoku un exemplaire du livre de Kropotkine, Champs, usines et ateliers (première édition anglaise 1898), une photo de Kropotkine et son adresse en Angleterre 2. L'intérêt de Kôtoku est tel qu'il engage une correspondance avec Kropotkine. Dans une lettre à Johnson datée du 10 août 1905, Kôtoku écrit qu'il « est entré [à la prison de Sugamo] comme socialiste et qu'il en est sorti comme radical anarchiste ». C'est bien à ce moment, à près de 33 ans, qu'il s'éveille sérieusement à l'anarchisme, qu'il connaissait jusque-là plus ou moins bien 3. Libéré, il s'embarque pour la Californie en novembre 1905, laissant derrière lui un mouvement socialiste réprimé pour ses positions antibellicistes et incertain sur la riposte à mener. Comme d'autres militants socialistes japonais de son époque, Kôtoku cherche à savoir concrètement ce qui se passe en-dehors du Japon, et singulièrement dans les autres mouvements socialistes. Comme il l'écrit dans d'autres lettres, il cherche à vivre et à discuter du socialisme dans un pays où on peut le faire plus librement qu'au Japon. Sur le bateau, il lit les Mémoires d'un révolutionnaire de Kropotkine. Dans son journal, il note que, lors du passage où Kropotkine commente la scission entre Bakounine et Marx au sein de l'AIT, il « ressent une profonde émotion ».
Le séjour en Californie
Le voyage de Kôtoku tombe on ne peut mieux pour sa quête, et pour l'avenir du socialisme au Japon. En effet, il coïncide avec la création toute récente aux États-Unis des IWW (1905), dont il fréquente les militants. Kôtoku rencontre d'abord des membres du Socialist Party of America (SPA), dont la tendance réformiste le déçoit. Surtout, il est choqué par l'attitude xénophobe et même raciste d'une grande partie du mouvement socialiste et syndical américain, excepté les IWW, quant à l'immigration japonaise aux États-Unis. Car ce qui l'offusque, ainsi que d'autres compagnons comme Kaneko Kiichi, Nishikawa Kôjirô ou Sakai Toshihiko, c'est que la critique « socialiste » de l'immigration – supposée tirer vers le bas les salaires des travailleurs américains et dégrader leur condition – ne vise pas les populations venues d'Europe, donc « blanches », mais les populations chinoises, japonaises ou coréennes, donc « jaunes ». Elle se place de surcroît dans un contexte où, à la suite du Kaiser Guillaume II, les dirigeants occidentaux glosent sur le « péril jaune ». Pire encore, les congrès de l'Internationale socialiste (Amsterdam en août 1904, Stuttgart en août 1907) refusent de clarifier la question, en laissant passer des discours non seulement colonialistes mais aussi racistes. Pour les militants socialistes japonais, c'est la stupeur, l'incompréhension totale et une impression de trahison vis-à-vis du slogan « travailleurs de tous les pays, unissez-vous ». Il ne faut pas sous-estimer ce sentiment qui dépassera les seuls rangs du socialisme et gagnera une large fraction de la population japonaise, laquelle, dépitée de l'Occident, finira par soutenir l'expansionnisme japonais déployé sous la rhétorique de l'asiatisme et de la libération des peuples d'Asie.
Le séisme niveleur, l'argent inutile
C'est probablement dans cette perspective que Kôtoku oppose dans le premier texte l'attitude des Occidentaux face au séisme à celle de « nous autres Orientaux » (warera Tôyôjin), critiquant les premiers et revalorisant les seconds. Cela n'est pas dans ses habitudes. Entre la première lettre (datée du 21 avril 1906) et la seconde (du 24 avril 1906), on observe d'ailleurs une évolution chez lui. Il cherche d'abord à rassurer les siens, à décrire la situation catastrophique. Il pointe le sentiment de panique, qui le surprend. On ignore si Kôtoku, originaire de Shikoku – qui est l'une des rares régions du Japon à être moins touchée par les séismes tout en étant victime des typhons – a lui-même vécu au Japon une situation de catastrophe, mais sa prise de position est nette. Il souligne enfin la sévérité des mesures prises par les autorités. La fin de la première lettre annonce la tonalité de la seconde. Il met en avant le caractère destructeur du feu, à la fois comme élément incontrôlable de la nature mais aussi comme facteur relativisant la destinée humaine. Face au feu, plus rien n'existe, mais ce sont les pauvres qui en souffrent le plus à cause de l'injustice du système social existant, et qui subissent en quelque sorte une double peine. Kôtoku reprend dans la seconde lettre cette idée du séisme et du feu qui nivellent tout, mais cette fois dans un sens qui peut être positif : face à la difficulté, les êtres humains révèlent leur sens de l'entraide, ils peuvent se passer de l'État, devenu impotent, et faire fonctionner eux-mêmes les services publics et l'économie. Certes, Kôtoku explique que les autorités locales ont réquisitionné la nourriture. Mais c'est l'inutilité de l'argent et de la marchandise en tant que telle dans la circonstance qui le séduit – l'argent dont il dénonçait déjà la corruption dans ses premiers écrits de jeune journaliste pour lesquels il était devenu célèbre – parce que cela démontre l'existence d'une autre vie, et la possibilité d'un autre système.
L'anarchisme comme alternative
Kôtoku, qui a également rencontré des anarchistes en Californie et lu la revue Mother Earth, revient au Japon en juin 1906 avec la conviction de propager la tactique syndicaliste sur la base de « l'action directe » (chokusetsu kôdô), c'est-à-dire le refus de l'action parlementaire considérée comme un leurre, et de la « grève générale » (zenesuto, traduction raccourcie de l'anglais general strike). L'adhésion de Kôtoku Shûsui à l'anarchisme s'explique non seulement par un raisonnement théorique et idéologique, mais aussi par une analyse de ce qu'est devenue la social-démocratie, comme il l'a concrètement observée aux États-Unis, et comme il l'explique remarquablement dans ses trois interventions refondatrices au cours de 1906-1907, dont le fameux texte J'ai changé d'opinion 4. En l'absence de Kôtoku, un nouveau parti socialiste, le Parti socialiste du Japon (Nihon shakai-tô), s'était constitué le 24 février 1906. Son deuxième congrès, qui se tient le 17 février 1907 à Tôkyô en présence de soixante délégués, donne naissance à trois motions en présence. Celle qui défend la ligne social-démocrate (portée par Tazoe Tetsuji) est battue à plates coutures. Celle qui défend un compromis (portée par Sakai Toshihiko) remporte le plus de voix. Et, juste derrière, arrive celle qui prône l'« action directe » (portée par Kôtoku Shûsui). Globalement, la position des anarchistes ressort renforcée. Mais le parti est interdit le 22 février suivant. Quant au présent, sous réserve d'un inventaire plus complet, d'importants phénomènes de solidarité se sont accomplis au Japon après le 11 mars 2011, outre la réaction collective qui a limité le nombre de morts face au tsunami. Dans certaines communes, de nouveaux réseaux d'entraide et de consommation se créent. Mais le poids de l'État est beaucoup plus lourd, l'inertie bureaucratique freine les initiatives, l'institutionnalisation des syndicats obère les alternatives et, par-dessus tout, la menace nucléaire complique le sursaut.
Philippe Pelletier, groupe Nestor-Makhno de la Fédération anarchiste
1. Lévy Christine (2002) : « Kôtoku Shûsui et l'anarchisme ». Ebisu, p. 61-86. Pelletier Philippe (1985) : Kôtoku Shûsui, socialiste anarchiste. Subversion, 3, groupe Louis Bertho-Lepetit éd., 48 p. Kôtoku Shûsui (2008) : L'Impérialisme, le spectre du XXe siècle, texte (éd. or. 1901) traduit, présenté et annoté par Christine Lévy, Paris, CNRS Éditions, 194 p. 2. Crump John (1983) : The origins of socialist thought in Japan. New York, St-Martin's Press, 380 p., p. 182. 3. Il n'est donc pas tout à fait exact d'écrire, comme l'ont fait Nadine et Thierry Ribault, qu'« à San Francisco lors du séisme de 1906, c'est dans l'élan de fraternité qu'il [Kôtoku] a conçu sa vision de l'anarchisme » (« Le cœur qui tremble, lettre à un ami de Kyôto », Libération du 23 mars 2011). 4. Traduit intégralement à partir de l'original in Pelletier (1985), op. cit.
L'article du Monde libertaire
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|  Rencontre internationale de l'anarchisme - St Imier - 09 au 12 août 2012 |  | Du 09 au 12 août 2012 se tiendra à St-Imier ( Jura Bernois, CH) une rencontre internationale entre libertaires de tout poils, ainsi que toutes personnes désirant faire connaissance ou connaitre d'avantage les différentes mouvances anarchistes.
Ce « Mondial de l'Anarchisme » sera en fait une commémoration de la première internationale anti-autoritaire qui fût organisée en 1872 en réponse à l'internationale de Marx. Depuis le monde a passablement changé, du moins sous certains angles, les courants libertaires ont su évoluer avec le temps et cette rencontre en sera représentative. Une chose est sûre, le temps n'a en rien diminué l'oppression des puissants vis-à-vis des plus faibles. Cette rencontre exposera de multiples moyens de résistance sous des formes variées et diverses.
La Fédération Jurassienne :
L'Association Internationale des Travailleurs (AIT) se fonde en 1864. Très vite des sections se créent à la Chaux-De-Fonds, au Locle, à St-Imier et dans le reste du Jura suisse. Beaucoup d'ouvriers-ères qui y adhèrent sont encore des travailleurs-euses à domicile. Ils-elles ont le goût de la lecture et de l'indépendance. Lorsqu'en 1869 Bakounine vient dans la région, leur rencontre n'est pas sans conséquence. La convergence d'idées qu'ils-elles découvrent va faire de la Fédération Jurassienne le pôle libertaire de l'AIT qui s'oppose à la tendance marxiste. Excédé par cette opposition Marx fait tout ce qu'il peut pour éliminer ce courant. En 1872, il croit bien y parvenir. Au congrès de La Haye, il réussit à faire venir un maximum délégués-ées qui lui sont acquis, dont certains-nes sont censés-ées représenter des sections qui s'avèrent inexistantes. Grâce à cette majorité factice il fait voter l'exclusion de Bakounine et James Guillaume et manque de quelques voix pour celle d'Adhémar Schwitzguébel, tous-tes délégués-ées du Jura. Scandalisées, les sections de tendance anti-autoritaire de l'AIT, notamment d'Espagne, d'Italie, de France, de Belgique, des USA, organisent un congrès à St-Imier où les résolutions prises seront clairement libertaires. L'AIT anti-autoritaire survivra à la branche marxiste jusqu'à la fin du siècle. 140 ans après le congrès de St-Imier, l'exploitation et l'aliénation des travailleurs-euses sont toujours aussi brutales. L'illusion marxiste s'est dissipée au vu des dictatures communistes. Le capitalisme vit de crise en crise, crise sociale, crise politique, auxquelles s'ajoute désormais la crise écologique
Et le mouvement anarchiste ?
Ces rencontres internationales d'août 2012 seront l'occasion de faire le bilan de l'histoire du mouvement anarchiste, ses idées, ses réalisations, ses espoirs, ses défaites ; ce qu'il en reste aujourd'hui ; les combats qui sont les siens et ceux qu'il partage avec d'autres : antimilitarisme, antiracisme, antisexisme, autogestion, décroissance, éducation, féminisme, internationalisme, non-violence, etc.
Un certain nombre d'ateliers et de manifestations sont d'ores et déjà prévus : conférences historiques, conférences thématiques, théâtre, concerts, expositions, cinéma, salon du livre, radio, camping libertaire, foire à l'autogestion et aux produits bio, ateliers pratiques, réstauration, etc.
Cette manifestation internationale sera publique et se veut ouverte à l'ensemble du mouvement anarchiste international mais aussi à l'ensemble de la population, sans discrimination. Les zones gratuites et le prix libre seront favorisés afin de permettre à chacun-e de pouvoir y participer.
Le comité d'organisation se réserve le droit d'accueillir tel-lle ou tel-lle participant-te. Les décisions seront prises en fonction des idées et des pratiques qui nous sont propres et qui sont celles de l'Internationale antiautoritaire. L'expression et la manifestation du racisme, du sexisme, de la xénophobie, de l'homophobie et de toute forme de violence et de discrimination de ne seront pas tolérées.
Sur la base de ce qui vient d'être dit, toute personne, structure ou organisation peut demander à s'associer à cette initiative et proposer des lieux d'exposition, de débats ; des conférences, spectacles, intervenants ; des ateliers, etc. Nous sommes aussi à la recherche de bénévoles (flm.osl@espace noir.ch)!
Le Comité d'organisation des Rencontres Internationales de l'Anarchisme St-Imier 2012
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|   Décès de Charlie Bauer, mort à la prison !mardi 9 août 2011 Fédération anarchiste Secrétariat aux Relations extérieures
Charlie Bauer vient de s'éteindre. Pour tous les militants de la Fédération anarchiste, c'est une figure majeure du combat anticarcéral qui disparaît. Charlie a toujours répondu présent à toutes les demandes de participation à des réunions publiques que lui adressaient les groupes de notre organisation, jamais il ne comptait son temps, tant son rêve de connaître enfin une société d'ou seraient bannis tous les lieux d'enfermement lui tenait à coeur ; la Fédération anarchiste assure ses proches de sa profonde sympathie .
Fédération anarchiste, le 9 août 2011.
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1641Le monde libertaire n°1641 (23 juin-6 juillet 2011)
C'est le dernier numéro de l'année. Et quelle année. Déceptions et gueule de bois après le mouvement social contre la réforme des retraites à la rentrée 2010, des pauvres bougres assassinés par la volaille en uniforme (au moins trois), des milliers d'autres traqués et expulsés pour défaut de papiers en règle, une éducation nationale de plus en plus incapable d'enseigner quoi que ce soit avec qualité, une montée toujours croissante des intégristes religieux de tous poils – des musulmans aux (s)catho(philes) –, un retour de l'extrême droite parlementaire sur le devant de la scène politique, l'énergie nucléaire qui de nouveau fait preuve de sa dangerosité – sur le long comme le court terme –, des pays qui s'effondrent (Grèce, Islande et Irlande au premier chef), bref, Le Monde libertaire a, une année de plus, dû relater les horreurs, les injustices et les malaises d'un monde à la dérive, qui laisse les trois quarts de la planète dans la misère et la pauvreté, soumis à l'exploitation économique et à l'oppression politique. Et, pourtant, on n'en sort pas complètement abattus. Quelques lueurs d'espoir se sont tout de même manifesté. Plusieurs pays arabes se sont enfin débarrassé de leurs tyrans, d'autres essaient encore. On ne sait pas encore ce qui les remplacera, mais ces instants de rage et de révolution, ces intenses moments de liberté auront au moins permis de secouer le vieux monde et de remettre au goût du jour les velléités de changements sociaux et politiques. Et ce, bien au-delà des seuls centres névralgiques des révoltes arabes. En Grèce et en Espagne aussi, le peuple révolté contre le chômage, la corruption des sphères politiques et la vie chère se soulève. Tout n'est pas perdu, loin de là. Mais, tout le boulot reste à faire. Alors, une fois de plus, ne mettons pas notre engagement entre parenthèses, évitons de le vivre comme une routine parfaitement intégrée au mode de vie capitaliste et continuons à construire, dans nos chaumières et dans la rue, dans nos boîtes et nos bistrots, sur internet et dans nos journaux, cette révolte qui deviendra révolution.
L'article du Monde libertaire
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|   68e congrès de la Fédération anarchisteLe monde libertaire n°1641 (23 juin-6 juillet 2011)
Le 68e congrès de la Fédération anarchiste s'est tenu les 11, 12 et 13 juin à Corbigny dans la Nièvre. Près de 120 délégués se sont réunis dans une ancienne abbaye, désertée par les curaillons depuis la Révolution française et rebaptisée depuis « abbaye du Jouïr ». La matinée du samedi a été consacrée à l'accueil des congressistes, l'adoption de l'ordre du jour et la composition des tables de séances. Le secrétaire général a ensuite fourni un rapport synthétique des secrétariats, suivi par les rapports des administrateurs des œuvres, du trésorier et des commissaires aux comptes. L'après-midi du samedi a été occupé par le débat sur la stratégie politique de la Fédération anarchiste, les orientations et débouchés pratiques. Ce débat a été suivi d'une réunion publique sur le thème « L'anarchisme, idées reçues » avec Philippe Pelletier. La séance du dimanche matin a été consacrée au fonctionnement de la Fédération, notamment ses œuvres (la librairie, Radio libertaire et Le Monde libertaire). Un prochain congrès extraordinaire devra prolonger la réflexion sur notre journal menacé, comme l'ensemble de la presse militante, par la réforme liberticide de Presstalis. En attendant, son format hebdomadaire, comme sa présence en kiosque, sont confirmés. Nos Principes de base, constituant le pacte associatif de la Fédération anarchiste, ont également été modifiés avec l'introduction de la lutte contre le sexisme, le patriarcat et les dominations de genre. Ensuite, le principe de la participation de la Fédération anarchiste à l'achat d'un nouveau local militant à Poitiers a été adopté. Enfin, la matinée s'est achevée sur la prise de parole des invités, notamment les collectifs dijonnais de l'Espace autogéré des Tanneries et Maloka, le Jardin potager collectif, des faucheurs d'OGM, Food not Bombs, Anarchist Black Cross. Le dimanche après-midi a été occupé par la réunion de nombreuses commissions (stratégie, antifascisme, moyens de communication, liberté d'expression, énergie et environnement, etc.), puis par le rapport en séance plénière de chaque commission. S'en est suivi une soirée festive et musicale en plein air avec trois groupes locaux. La dernière séance du lundi matin a été dédiée à l'adoption des mandats et des motions, pour se conclure par la nomination des divers secrétaires et administrateurs. Nous ne pouvons terminer ce compte rendu sans saluer et remercier les groupes La Mistoufle de Dijon et La Vache noire de Chalons-sur-Saône pour leur accueil chaleureux et leur organisation parfaite de ce 68e congrès de la Fédération anarchiste.
Julien Bournique Secrétaire aux Relations intérieures de la Fédération anarchiste
L'article du Monde libertaire
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|   Je n'ai pas l'habitude de dire du mal des collègues, mais…Le monde libertaire n°1641 (23 juin-6 juillet 2011)
Notre envoyé spécial à Brive-la-Gaillarde a réussi à retrouver l'adjudant Scrogneugneu qui officiait lors de la fameuse échauffourée. On s'assoit !
Brive, samedi matin. La gare est quasi déserte. Je réussis à trouver un taxi. Direction toute : le marché. Là, ça grouille de monde. Tous les bruits, toutes les odeurs, toute la gouaille d'un vrai marché de province. J'avise une vieille paysanne poilue à souhait qui harangue la foule à propos de ses canards et de ses bottes d'oignons. C'est, à l'évidence, un signe du destin. — Bonjour madame. Connaîtriez-vous Hécatombe, la chanson de Georges Brassens ? — Eh, boudiou, tu me prends pour un rastaquouère de la ville ! Bien sûr que je connais ! — Pardon madame. Mais sauriez-vous si l'adjudant Scrogneugneu, qui dirigeait la brigade à l'époque d'Hécatombe, est toujours en vie ? — Ah, le vieux Amédée. Mais, bien sûr ! Tu vois le Café de la Plage, là. Il doit y être avec ses copains. Et ils ont déjà dû attaquer au blanc ! Quatre très vieux tapent le carton autour d'une bouteille de blanc. L'un d'eux a vraiment une tête de gendarme. — Adjudant Scrogneugneu ? — Oui, petitou, c'est pourquoi ? — Vous en étiez lors de Hécatombe ? — Et comment ! C'est même moi qui ai raconté l'histoire à Georges, un soir, à Paris. Chez Jeanne. Il était explosé. Il a écrit la chanson en vingt minutes. Nous étions morts de rire. — Comment cela ? — Ecoute, petitou, chez nous, ça a toujours été comme ça. Nos femmes sont belles comme la vie. Elles ont de grandes gueules et aiment la castagne. Alors, de temps à autre, dès qu'il s'agit de rosser les cognes, tout le monde se réconcilie ! — Eh bé ! Mais est-ce vous dont la tête était entre de gigantesques fesses et que l'on a obligé à crier « Mort aux vaches. Mort aux lois. Vive l'anarchie ! » ? — Obligé, mon cul ! J'aurais fait encore pire pour pouvoir rester davantage au sein de ce merveilleux fessier. Ça me rappelait la mêlée, à l'USB. J'y étais talonneur. Avec Domenech à mes côtés, comme pilier. — Vous avez conscience de ce que vous êtes en train de dire ? — Ah, les Parigos, vous êtes bien tous les mêmes. Vous confondez toujours le match et la troisième mi-temps. — Comment cela ? — Monsieur le Parisien ignore sans doute qu'à Brive, même si les gendarmes ont cette chance de recevoir des coups de mamelles et de côtoyer les fesses des femmes de la ville, le soir, on boit un coup ensemble en chantant « Mort aux vaches, mort aux lois, vive l'anarchie ! ». — Une dernière question, mon adjudant. Que pensez-vous de la condamnation d'un jeune homme pour avoir chanté l'Hécatombe devant une gendarmerie ? — Je n'ai pas l'habitude de dire du mal des collègues, mais là, putain con mes couilles, ils ont dû attraper la maladie de la vache folle. Vous savez, la sarkosite. Ou bien le chef et le proc' sont des sous-marins de la Fédération anarchiste qui ont décidé de s'amuser aux dépens du ministre de l'Intérieur et du nain. Dans les deux cas de figure, je ne saurais que trop recommander aux camarades, moi qui suis adhérent au Club du livre libertaire – j'ai vu Franck, récemment au salon du livre libertaire de Gaillac –, de lire Le Capitalisme c'est le vol de Jacques Langlois, en vente à la Librairie Publico, qui vient de sortir aux éditions libertaires. Tout y est dit ! Mais, tu bosses pour quel canard ? — Le Monde libertaire. — Ah, Le Monde, j'aurais préféré Sud-Ouest, c'est plus lu, et ma mère y est abonnée !
Jean-Marc Raynaud
L'article du Monde libertaire
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|   La convergence concrète avec les anarchistesLe monde libertaire n°1641 (23 juin-6 juillet 2011)
Ce texte, issu de la réflexion de plusieurs militants, a servi de base d'introduction au débat en séance plénière sur la stratégie et les axes d'intervention de la Fédération anarchiste lors de son 68e congrès à Corbigny (juin 2011). Il nous a semblé important de le publier ici et d'ouvrir le débat dans ces colonnes. Notons cependant que ce texte ne fit pas l'unanimité et qu'il ne saurait représenter la diversité des opinions de la Fédération anarchiste sur ce sujet.
Une situation objectivement favorable à l'anarchisme, mais…
Avec l'effondrement du bloc soviétique, le recul du stalinisme et du communisme autoritaire devait nous libérer la voie. Mais c'est la contre-offensive libérale (ou néolibérale) qui l'a emporté, avec ses trois corollaires : la droitisation de la social-démocratie, l'impasse de l'écologisme partidaire et le développement du postfascisme (en Italie d'abord avec Gianfranco Fini, en France ensuite avec Marine Le Pen). Parallèlement, le mécontentement populaire n'a jamais été aussi fort, non seulement dans la France de Sarkozy, mais aussi dans la Grèce ou l'Espagne dirigées par des socialistes, au Portugal et actuellement au Royaume-Uni. Pour autant, le mouvement anarchiste et singulièrement la Fédération anarchiste restent faibles, et ne se développent pas. Alors que le mouvement social français a été défait en 2010, et que les révoltes grondent autour de la Méditerranée, la question de la convergence des luttes pour la révolution reste non résolue. Les acteurs du mouvement social anticapitaliste recherchent plus ou moins confusément cette issue où un puissant mouvement fédérateur submergerait un système économique intolérable et une organisation politique discréditée. Les élections cantonales en France de mars 2011 confirme en outre que le premier parti est celui des abstentionnistes. Il est désormais à peine nécessaire de démontrer la corruption et l'impasse des partis politiques dont le peuple français est majoritairement convaincu.
Les alternatives décousues
Toutes ces aspirations nécessitent une stratégie qui structure la convergence des individus et des organisations sociales, syndicales, politiques, associatives ou informelles, désespérés de l'impuissance à grouper les diversités œuvrant pour une société postcapitaliste et autogestionnaire. À ce jour et en France, les réponses apportées n'ont pas été satisfaisantes. En 2010, le champ syndical a montré une fois de plus ses divisions profondes. À part certains secteurs, il a renoncé à son ambition historique de valoriser l'unité dans le monde du travail. Des organisations politiques ont tenté de rassembler sur des bases idéologiques hétéroclites, mais leurs efforts ont fait long feu. D'autres encore, dans le cadre du mouvement altermondialiste, par l'intermédiaire de forums sociaux, internationaux ou locaux, essaient de travailler au « mouvement des mouvements », opposé au capitalisme néolibéral. Ces divers types de réponses, auxquels nous nous associons parfois (forums sociaux, syndicalisme), sont des éléments d'une problématique de la convergence. Les « microrésistances », aujourd'hui si valorisées, sont à la fois le constat d'un échec à pouvoir rassembler plus largement et la reconnaissance que nos réalisations ne pourraient être que des contre-pouvoirs locaux. Les anarchistes doivent avoir pour ambition, et stratégie, de participer encore à ces efforts, mais en proposant une autre direction : la convergence des groupements autogestionnaires à l'échelle des territoires, celui de la commune sans oublier le lien fédéral. Ce qui implique l'usage du décloisonnement sectoriel ou géographique, l'acceptation de la diversité organisationnelle et la conscience qu'il s'agit d'une construction à partir des capacités et volontés réelles des acteurs tels qu'ils sont et non tels que nous aimerions qu'ils soient.
Les alternatives à coudre
Nous ne partons pas de rien. Il y a eu récemment les coordinations locales intersecteurs qui sont apparues au cours du mouvement sur les retraites sur la base d'un fonctionnement autogestionnaire, à partir d'assemblées générales souveraines et avec des pratiques d'action directe. Pour le moment, ces coordinations sont en veille, après s'être dotées d'outils de coordination. Il y a aussi les groupements les plus divers de type Amap qui, au-delà de leurs insuffisances, offrent l'intérêt de réfléchir à nouveau sur les modes de production et de consommation, de promouvoir de nouvelles pratiques à la limite de l'économie marchande (produits sains, agriculture biologique ou raisonnée, circuits courts, convivialité, démocratie directe, etc.). Il est réjouissant et fondamental de constater que ces mouvements sont largement nés en dehors du mouvement anarchiste, mais qu'ils en portent bon nombre de ses idées ou pratiques. Cela confirme que le projet sociétal anarchiste n'est pas un dogme, mais qu'il est présent dans les aspirations des individus et des sociétés. Les anarchistes sont nombreux à s'y engager et sont confrontés à divers défis entremêlés, comme le risque de la bureaucratisation (avec une possible multiplication des permanents, d'abord pour des motifs « techniques », puis de plus en plus dans une position de contrôle, sinon de défiance vis-à-vis de la base), l'inféodation à des institutions officielles et administratives (via, notamment, la demande de subventions). La présence résolue des anarchistes dans ces groupements est essentielle non seulement d'un point de vue stratégique mais également d'un point de vue humain car la désintégration sociale s'accélère. Pour le moment, les groupements autogestionnaires ne font peur à personne. Mais s'ils s'étendent et s'ils gagnent les couches les plus défavorisées, ils menaceront bien des intérêts. Il faudra savoir résister et s'opposer encore plus nettement à ce moment-là. Il faut déjà s'y préparer, au moins dans les esprits. La présence anarchiste n'en est que plus souhaitable dans cette perspective.
Dépasser le clivage léniniste réforme ou révolution
C'est sur ces questions concrètes que doivent s'engager les anarchistes, sans avoir peur de se faire taxer de réformistes. L'opposition binaire entre réforme et révolution relève d'ailleurs d'une culture léniniste qui n'est pas la nôtre, mais qui, après mai 1968, vu notre faiblesse, nos insuffisances et l'inclination pour le romantisme révolutionnaire chez certains, nous ont trop éloigné du terrain concret. Le peuple et les classes travailleuses, qui n'ont jamais été aussi nombreuses dans le monde mais dont la conscience de classe reste faible, n'ont pas besoin de dogmes ou de grands discours, mais de solidarité concrète à partir de laquelle se fondent, si possible, une réflexion et un débouché révolutionnaires. Au cours de leur longue histoire, les anarchistes ont souvent contribué à mettre en œuvre des outils facilitant la convergence. Ces outils, de l'Association internationale des travailleurs à la Fédération des Bourses du travail en France, des organisations syndicales aux groupements coopératistes ou mutuellistes, ont souligné une éthique libertaire d'entraide et de solidarité comme ferments nécessaires pour résister à l'injustice. Notre mémoire collective se souvient de ces participations souvent décisives, car ce fut aussi l'occasion de réaliser des groupements humains conformes à la société que nous appelons de nos vœux. Toutes choses égales par ailleurs, la construction de la convergence de collectifs autogestionnaires au début du XXIe siècle représente un enjeu similaire à la construction du syndicalisme au début du XXe siècle. Le contexte n'est pas identique, mais les mêmes erreurs (purisme, dogmatisme, velléitarisme, insouciance) ne doivent pas être renouvelées vis-à-vis des dérives politiciennes et autoritaires qui se profilent.
L'article du Monde libertaire
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|   La Rôtisserie se bat contre son expulsionLe monde libertaire n°1641 (23 juin-6 juillet 2011)
Actualité de la mobilisation pour soutenir
Les associations impliquées dans le restaurant La Rôtisserie et les habitants du quartier Sainte-Marthe (Paris) se mobilisent depuis plusieurs années dans la bataille qui oppose le restaurant associatif à un spéculateur immobilier. Une manifestation est prévue le 25 juin. Une conférence de presse aura lieu le 22 juin à 10 h 30 à La Rôtisserie, 4, rue Sainte-Marthe, 75010 Paris.
La Rôtisserie, un projet unique
La Rôtisserie, petit restaurant associatif et autogéré du bas Belleville, est un lieu exceptionnel où s'affirment les valeurs de solidarité, d'entraide et de générosité. Depuis seize ans, cette cantine de quartier permet tous les soirs à des associations culturelles adhérentes, caritatives ou sociales, de financer leurs projets (plus de 150 associations par an viennent y faire à manger). Il s'agit d'un lieu symbolique qui fait la fierté du quartier Sainte-Marthe, quartier populaire niché entre Belleville et l'hôpital Saint-Louis.
La Rôtisserie face à la spéculation immobilière
Il y a sept ans, les propriétaires du local où s'est implantée La Rôtisserie le mettent en vente. Alors que l'association propose de l'acheter au prix demandé, l'agent immobilier mandaté pour la vente achète le restaurant pour lui-même, à un montant bien inférieur au prix du marché et à celui proposé par l'association. Depuis, ce nouveau « propriétaire » tente d'évincer La Rôtisserie par tous les moyens. D'abord en triplant le loyer, puis en tentant d'obtenir par les tribunaux l'éviction de l'association.
La Rôtisserie dans la tourmente juridique
Depuis le changement de propriétaire, La Rôtisserie résiste donc aux tentatives d'évictions et aux manigances du spéculateur immobilier. Mais le 6 janvier 2011, au terme d'une longue procédure qui aura duré quatre ans, le tribunal de grande instance de Paris rend une décision ordonnant l'expulsion de La Rôtisserie, sans indemnités d'éviction, mais surtout sans condamner le comportement du spéculateur immobilier. Cette décision a-t-elle pris en compte les méthodes frauduleuses du propriétaire pour acquérir le local ? Les sept salariés en danger ? L'utilité sociale du lieu ? Tout cela est tout simplement ignoré par les attendus du jugement. Le spéculateur peu scrupuleux est conforté dans son statut de propriétaire et La Rôtisserie est congédiée sans délai et sans indemnités. La Rôtisserie est donc, plus que jamais, menacée. Bien entendu, elle va faire appel. Mais l'appel n'est pas suspensif.
La Rôtisserie se mobilise
Face au danger, La Rôtisserie poursuivra la lutte pour la reconnaissance de ses droits et pour le maintien de son activité. Bénéficiant du soutien de très nombreux habitants, associations et élus du Xe arrondissement, La Rôtisserie a créé un comité de lutte pour sa défense, pétitionne et participe aux événements locaux pour faire connaître sa bataille. Elle organise une manifestation de soutien, le samedi 25 juin à 11 heures, devant le restaurant, 4, rue Sainte-Marthe, métro Belleville. Parce que La Rôtisserie veut continuer à vivre, parce qu'elle ne veut pas se soumettre à la logique financière de quelques investisseurs en mal de plus-values, parce que le droit est du côté de La Rôtisserie, parce que les habitants du quartier Sainte-Marthe veulent que ce lieu exceptionnel qui fait partie de leur histoire et de l'identité du quartier ne disparaisse pas, venez nous soutenir le samedi 25 juin !
L'article du Monde libertaire
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|   Salut l'ami, salut LarryLe monde libertaire n°1641 (23 juin-6 juillet 2011)
J'ai rencontré Larry Portis dans le milieu des années quatre-vingt lors d'une émission des Chroniques syndicales de Radio libertaire, à l'occasion de la publication aux éditions Spartacus de IWW et syndicalisme révolutionnaire aux États-Unis. Première rencontre radiophonique qui donna lieu à une série d'émissions sur le syndicalisme et le mouvement ouvrier aux États-Unis 1, puis à quelques autres au cours du temps. Depuis lors, sans être intimes, une grande confiance réciproque et une immense fraternité nous unissaient. Sans doute parce que Larry partageait avec moi et beaucoup d'autres cet optimisme viscéral dans les valeurs et les capacités réalisatrices de l'anarchisme social. Larry 2 était né le 3 juillet 1943 à Bremerton (État de Washington, États-Unis) et il vécut aux États-Unis jusqu'en 1977, tout d'abord à Seattle (Washington) de 1943 à 1949, puis à Billings (Montana) de 1957 à 1961, à DeKalb (Illinois) de 1968 à 1974 et enfin à Seattle (Washington) de 1974 à 1977. Il séjourna cependant en France en 1970 et toute l'année 1972 pour sa recherche sur la naissance du mouvement ouvrier français et le syndicalisme révolutionnaire. Après avoir fait des études universitaires tout en travaillant, il fut en 1968 Bachelor of Arts, puis Master of Arts et enfin PhD (Doctor of Philosophy). En 1994, à l'université Paris VII, il fut habilité à diriger des recherches puis enseignant-chercheur, spécialiste de la civilisation américaine à l'université Montpellier III. De 1958 à 1968, aux États-Unis, Larry Portis occupa divers emplois : plongeur, manutentionnaire, employé municipal au service des eaux, projectionniste. Il participa, dès l'âge de 14 ans, en 1957, à son premier combat social en impulsant une grève des caddies au club privé de golf de Billings, dans le Montana, qui se solda par une victoire. Suivant ainsi les traces de son père, Everett Eugene Portis, né en 1924 à Scotia (Nebraska, États-Unis), qui fut simultanément chauffagiste et pompier et qui, à ce double titre, fut membre du syndicat des tôliers (sheet metal workers) de l'AFL-CIO et membre-organisateur du syndicat des pompiers (Billings, Montana). De 1967 à 1968, Larry fut membre du syndicat des employés municipaux de Billings. En 1973-1974, il participa aux piquets de grève des ouvriers pour les United Farm Workers, à DeKalb (Illinois). Il quitta le milieu universitaire en 1974 et voyagea en Europe, ce qui lui permit de prendre différents contacts avec des groupes radicaux. Par la suite, il occupa à nouveau divers emplois jusqu'en 1981. À Paris, il mit sur pied une section syndicale CGT à l'Université américaine de Paris où il fut délégué syndical entre 1993 et 1995. Il rencontra Daniel Anselme en 1977, René Lefeuvre en 1984, Roger et Madeleine Bossière, qui eurent une influence sur son engagement militant. En 2002, il participa à la fondation de l'organisation des Américains pour la paix et la justice à Montpellier. À la retraite depuis 2009, il continua, jusqu'à sa mort subite, son combat pour l'idéal libertaire. Larry est décédé le 4 juin 2011 et a été incinéré sans fleurs ni couronnes le 10 à Saint-Martin de Valgargues, près d'Alès. Ses cendres ont été dispersées par sa compagne Christiane Passevant et quelques amis dans un lieu de mémoire du mouvement ouvrier révolutionnaire parisien. Larry Portis souhaitait un anarchisme sorti de sa gangue sectaire et destructrice, c'est pourquoi, contrairement à d'autres, il ne fit pas le choix de rejoindre une organisation spécifique. Reste que pour beaucoup, il restera l'une des figures d'un anarchisme fraternel et ouvert. Alors pour lui et pour nous, bâtissons-le.
1. Réédité en 2003 toujours chez Spartacus. 2. La plupart des informations publiées ici proviennent du Dictionnaire biographique du Mouvement libertaire francophone (titre provisoire), à paraître. N.B. : Larry Portis avait publié récemment Histoire du fascisme aux États-Unis, Éditions CNT-RP, 2008 et Qu'est-ce que le fascisme ?, Éditions d'Alternative libertaire, 2010.
Hugues Lenoir
L'article du Monde libertaire
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|   Syndicalisme d'été ?Le monde libertaire n°1641 (23 juin-6 juillet 2011)
« La référence anarcho-syndicaliste, au sens qu'elle revêt encore actuellement, apparaît en France au début des années vingt, d'abord dans la bouche et sous la plume des militants communistes, puis, très vite, comme référence revendiquée par les petits groupes syndicalistes anarchisants qui s'opposent vainement au nouveau parti. Dans cette naissance, interne au mouvement ouvrier français, apparaît sans doute le plus nettement le passage entre d'un côté un espace militant se passant de théorie, de l'autre un agencement où la théorie est essentielle, où l'impuissance à théoriser, à produire du discours théorique condamne à la marginalisation. » Ainsi s'exprimait en 1984, à Venise, le camarade Daniel Colson, au cours d'un colloque sur l'anarchisme contemporain 1. Il s'agissait, bien sûr, de l'entre-deux-guerres, mais nous étions nombreux dans le mouvement libertaire français à penser que le problème restait entier. La référence ultérieure à l'Espagne et à la CNT ajoutait, pour certains, au manque de propositions concrètes actuelles pour un courant syndicaliste antiétatique, œuvrant en dehors, contre les partis politiques. Ça et là, dans l'actualité sociale, il y a, en ce début du XXIe siècle, des références à ce qu'a été l'anarcho-syndicalisme. On évoque la CGT du début du XXe siècle souvent pour dire que c'est une pratique statique, qui, au-delà du déclamatoire, ne mord pas sur la réalité. Les seuls aptes à ça étant, comme de bien entendu, les partis politiques. D'autres voix se font entendre et pas seulement pour se référer à l'âge d'or du syndicalisme français. Ainsi, dans Le Monde libertaire, nous nous faisons l'écho de luttes qui sont à mettre en parallèle avec les conceptions syndicalistes du mouvement libertaire. Ainsi, à Valenciennes, le 7 juillet, est appelée une grève au niveau régional suivie d'une manifestation. Les syndicats CGT de Sevelnord, Renault Douai, Française de mécanique, Mercedes…, bref toute la métallurgie battante, ont décidé d'entamer la bataille contre la fermeture des trois usines de PSA à Aulnay, Valenciennes et Madrid. Dans la ville espagnole, leur contact de lutte est la CGT espagnole (« syndicat anarcho-syndicaliste de lutte de classe »). Internationalisation de la lutte syndicale ? Bon été !
1. Anarcho-syndicalisme et luttes ouvrières, Lyon, Atelier de création libertaire, 1985.
Loulou Barbesois
L'article du Monde libertaire
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|   Une soirée aux urgencesLe monde libertaire n°1641 (23 juin-6 juillet 2011)
Il est presque banal de dénoncer l'état de délabrement de ce qu'il est convenu d'appeler « le service public » et du service hospitalier en particulier. Sans interruption, depuis la politique de « modernisation » (du social-démocrate Rocard dans les années quatre-vingt) jusqu'à celle de la « révision des politiques publiques » (RGPP du néolibéralisme que Sarkozy, le casseur, incarne à merveille), il s'est agi de promouvoir un basculement des services rendus par le public vers le secteur privé. Capitalisme « triomphant » oblige. Les deux brefs témoignages qui suivent remplacent (en partie) de longs développements.
Une journée ordinaire aux urgences hospitalières. Le patient.
Tout a commencé par une main qui enfle à une vitesse peu maîtrisable. À l'origine de ce net désagrément, une morsure vache d'un charmant chat noir. Le médecin généraliste consulté décide qu'il est urgent de rallier les urgences de l'hôpital Saint-Antoine, spécialisé dans la chirurgie de la main. Ce que je fais, un peu inquiet tout de même. Arrivée vers 18 heures. L'accueil est plutôt sympathique, l'inscription presque immédiate. La morsure par un chat fait plutôt sourire. Une partie du hall est occupée par de nombreux brancards, lits et fauteuils roulants, avec une population de « patients » très variée. L'un d'eux s'est visiblement échappé d'une chambre de dégrisement un peu avant l'heure. Tout semble paisible malgré les beuglements de ce dernier. À 18 h 30, je prends place dans une sorte de salle d'attente ouverte sur le hall, qui fait antichambre à un espace de soins, entrée interdite. Tout va bien, il n'y a pas là foule. Je suis rassuré, la main n'a qu'à bien se tenir. Commence alors une attente qui devient de plus en plus inexplicable. Dans le hall, l'agitation médicale est continue. Au compte-gouttes, la porte des soins s'entre-ouvre et un heureux élu est appelé. Vers 23 heures, alors que certains « patients » ont filé (veinards ou inconscients), la sensation d'être oublié ou même exclu de cette agitation se fait de plus en plus vive. La sensation d'une aggravation de l'état de la main croît en intensité. Il est évident que manifester énergiquement son indignation n'a aucun sens ; visiblement, le personnel soignant ne joue pas la montre. Bien au contraire. Je fais alors l'expérience de la fatalité prenant vie concrètement. Je suis loin d'être à l'agonie (heureusement pour moi), mais ma capacité d'attente tend à devenir infinie et mon sentiment d'avoir une réalité à peine distincte de celle de l'ectoplasme, idem. C'est sûrement ça l'exaltation transcendantale métaphysique. Enfin, mon nom est appelé, il est alors 23 h 30. Je franchis enfin, heureux, la porte qui mène aux soins, tout en recouvrant mes esprits. Il était temps. Une accorte infirmière m'installe dans un box et après quelques relevés basiques, elle m'indique que je n'ai plus qu'à attendre le passage de l'interne de service. Questionnée sur cette attente prolongée (!), sa réponse évidente et attendue confirme que la diminution des effectifs et une affluence accrue ne peuvent que conduire à ce collapsus. Et les victimes sont aussi bien les patients que le personnel soignant. Nous sommes une douzaine dans la même situation, dans nos box respectifs, certains des patients sont accompagnés. Vers minuit trente, je renonce à la position allongée, qui m'avait été conseillée, pour jeter un coup d'œil dans le couloir. Nous nous y retrouvons presque tous, et unanimement habités par une « juste » indignation et par une pointe de crainte. Autour de 1 h 30, l'interne, unique, un jeune homme barbu et visiblement fatigué, prend les choses en main. Pour ma part, le diagnostic est qu'il doit consulter l'orthopédiste, bien occupé ailleurs semble-t-il. Acquiescement contrit. Une heure après, il est de retour : il a été décidé de me bourrer d'antibiotiques et d'étudier la réaction à ce traitement. Je suis alors transporté dans une grande salle, une sorte de salle des pas perdus, mais où chaque patient est entouré de cloisons basses mobiles. La circulation des lits et des fauteuils est incessante, mais discrète. Vers 4 heures du matin, ce même interne repasse et me propose de choisir entre finir la nuit chez moi tout en me demandant de revenir à l'hôpital le plus tôt possible dans la matinée, et rester à cette même place et attendre la visite d'un orthopédiste. Bien que je comprenne combien le lit que j'occupe est précieux dans la gestion des places disponibles, je décide égoïstement de ne pas bouger de place. Cher lecteur, je ne voudrais pas t'ennuyer davantage. Vers 11 heures de cette matinée ensoleillée, un orthopédiste m'examine, puis disparaît sans autre forme de procès. Me voici à nouveau dans un flou préoccupant, mais que je vis avec difficulté cette fois. Le temps passant, énervé, avant de plonger dans un excès verbal aussi certain qu'injuste, je demande avec véhémence à une infirmière si elle dispose de quelque information me concernant. Suis-je appelé à ne plus sortir du mécanisme de traitement des urgences ? Quelques minutes plus tard, j'apprends que je vais être opéré dans l'après-midi. Ce qui a bien lieu vers 16 h 30. En résumé, vous qui aimez les chats, prenez bien garde à ce qu'ils ne prennent un malin plaisir à vous envoyer aux urgences hospitalières. On y est bien traité, mais c'est une bien redoutable épreuve d'initiation. Ma main va plutôt bien, merci. Le chat aussi.
Une garde ordinaire aux urgences hospitalières. L'urgentiste.
J'arrive vers 18 h 20 dans le service des urgences. Un rapide coup d'œil à la salle d'attente des patients valides me permet d'apprécier la faible affluence, me laissant le secret espoir, un peu vain, que la nuit sera calme. Espoir vite démenti dès que je franchis le sas d'accès au service : tous les box sont occupés, la zone d'attente des alités est presque saturée et l'agitation dans le couloir est digne des grands soirs. Mon collègue de la journée est soulagé de me voir arriver : il me fait les transmissions, passe en revue les patients en cours de prise en charge ; parmi eux, deux sont en salle de déchocage, avec des atteintes vitales graves, le réanimateur est prévenu, il doit arriver d'une minute à l'autre. Comme tous les soirs, les seules places disponibles dans l'hôpital sont celles du service post-urgence : c'est Byzance, il reste trois lits… Je jette un rapide coup d'œil sur l'écran d'ordinateur qui m'indique la situation de chacun des box, et me donne le degré d'urgence de leurs occupants. Le collègue de la journée s'en va, je salue les deux internes qui vont me seconder pour la nuit et je me dirige vers la salle de déchocage pour m'occuper des deux patients les plus graves (en jargon médical, ce sont des « tri 1 »). Il me faut pas moins de trois heures pour finir la prise en charge, avec l'aide de mon collègue de réanimation, qui a pu débloquer un lit, mais pour le deuxième patient il faudra trouver une place de réanimation dans un autre hôpital : ce qui sera chose faite après une bonne heure et dix coups de fil. Pendant tout ce temps, je suis interrompu par les internes, qui viennent me solliciter à tour de rôle pour un avis, une orientation et pour voir d'autres patients. L'un des internes, un jeune barbu qui est débutant, me parle d'un monsieur mordu à la main par son chat : le chat est-il vacciné contre la rage ? Le monsieur est-il allergique aux antibiotiques ? À quoi ressemble la plaie, peut-il plier les doigts ? Depuis que je suis arrivé, il y a maintenant plus de six heures, je ne me suis pas assis plus de cinq minutes, et à chaque fois, c'était pour téléphoner ou répondre au téléphone : trouver une place, répondre aux familles, aux demandes du SAMU… Vers 1 heure 30 du matin, je monte en salle de garde pour manger un morceau et me détendre quelques instants. Même pendant ce bref moment le téléphone sonne : l'interne me dit que la plaie du monsieur mordu à la main par son chat n'est pas très belle, je lui dis que je descends le voir dans quinze minutes. De retour aux urgences, alors que j'allais me rendre près du monsieur au chat, l'infirmière me hèle : l'état de la patiente âgée amenée par les pompiers, celle qui est en box 4, s'est brutalement aggravé ; avec le brancardier, nous la transférons en catastrophe en salle de déchocage et je commence la réanimation – le réanimateur est au chevet d'un patient grave dans son service, il ne pourra pas se libérer tout de suite. Avec l'aide d'un de mes internes, un peu plus chevronné, je m'occupe de la vieille dame. Au bout d'une heure, elle semble tirée d'affaire, mais il va falloir refaire le tour des hôpitaux pour lui trouver une place en réanimation : je laisse la surveillante du service s'en occuper. La liste des patients en attente s'est encore allongée, la salle d'attente déborde : la routine… On me reparle du monsieur au chat, l'interne a fait appel au chirurgien orthopédiste de garde, qui l'a envoyé sur les roses. Je décroche le téléphone, je m'engueule avec le chirurgien, qui finalement propose de voir le patient dans la matinée, et dans l'attente, propose de le laisser repartir après quelques soins locaux et la prescription d'antibiotiques. Finalement, le patient préfère rester sur place, me dira l'interne. La fin de la garde s'étire en longueur, je vais pouvoir rentrer chez moi et prendre un peu de repos, après cette garde tout à fait banale…
Félix et Mohamed
P.-S. : si le premier témoignage est bien réel, le second ne l'est pas, mais il est écrit par un médecin urgentiste qui, après lecture de la mésaventure relatée ci-dessus, n'a eu aucun mal à imaginer un scénario plus que probable…
L'article du Monde libertaire
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|   éditorial du n°1640Le monde libertaire n°1640 (16-22 juin 2011)
Payer à rien foutre. Cest ce que fut pendant plus de quinze ans Luc Ferry. Notre philosophe ex-ministre de l'éduc n'a, en effet, pas mis le moindre pied, depuis les années 1990, sur le campus de l'université Paris VII Denis-Diderot où il est censé travailler comme professeur de philosophie. Depuis 1996, il bénéficie systématiquement de décharges de service d'enseignement par le biais d'arrêtés ministériels. Et, malgré cette absentéisme absolu, il continuait à percevoir son salaire mensuel, à savoir la modique somme de 4 499 euros ! Du foutage de gueule, ni plus ni moins. Cependant, il se pourrait bien que cette situation scandaleuse prenne fin sous peu. Eh oui, la non moins scandaleuse loi sur l'autonomie des universités aura au moins eu cette avantage de donner la possibilité à Paris VII de virer ce glandeur richissime. Désormais pleinement responsable de la gestion de son personnel, elle est en mesure de l'éjecter, de lui dire « A+, mec » et ainsi d'économiser plus de 4 000 euros par mois. Alors, après, pour faire quoi ? Ça, aucune idée. Toujours est-il que l'ex-ministre a de fortes chances de devoir aller enseigner Kant ailleurs, voire même – mais là on en doute un peu beaucoup – de devoir rembourser toutes ces années de glandage. Ah, pour sûr, ce serait le pied ! Un genre de petit coup de justice sociale dans un pays qui n'en connaît pas. En tout cas, cette affaire en rajoute encore une couche sur le piteux état du système d'éducation nationale de notre douce France. Et dire que, pendant le temps où un prof proche des sphères du pouvoir est payé pour ne rien enseigner, le maire d'un village se voit obliger, afin de sauver une école, de créer une association pour réunir les fonds nécessaires au paiement du salaire d'un instituteur…
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|   Bobines rebelles 2011Le monde libertaire n°1640 (16-22 juin 2011)
En 2008, des militants creusois ont lancé en pleine nature sur le plateau de Millevaches un festival de films documentaires qui se voulait « engagé ». Engagé au niveau du contenu bien entendu mais aussi de la forme puisqu'il s'agissait de proposer une participation à « prix libres » pour visionner les films comme pour les repas… Quatre ans ont passé et des Bobines rebelles se sont développés un peu partout : que ce soit dans l'Aisne ou dans la Seine- Saint-Denis en attendant les Bouches-du-Rhône, l'Essonne ou le Vercors… Pour en revenir à la Creuse, la quatrième programmation aura lieu les 17 et 18 juin. Une programmation qui va ravir les amateurs de documentaires « politiques » qu'ils soient courts ou longs. Sans être exhaustifs et pour répondre à mes goûts personnels, j'y ai retenu Nosotros del Bauen de Didier Zyserman, une expérience autogestionnaire menée depuis 2003 par les employées du plus grand hôtel de Buenos-Aires, le remarquable Small is beautiful d'Agnès Fouilleux sur les mécanismes de la mondialisation et la financiarisation de l'agriculture et aussi La Photo déchirée de José Vieira sur l'immigration portugaise des années soixante. Vade retro spermato de Philippe Lignières rappellera aux plus anciens les luttes contraceptives masculines des années soixante-dix et We had a dream de D. Raclo-Douliac le travail militant et libertaire d'Heretik System, moteur des « rave party » en France dans les années quatre-vingt-dix. Au total, ce seront 14 longs et 15 courts qui seront proposés de 10 heures à 24 heures au Villard le samedi 18 juin. Une bonne occasion de découvrir une région magnifique où les Hommes savent toujours porter haut et fort le terme « résistance ». Liste des films, horaires, hébergements, débats, sur le site www.bobinesrebelles.org
Jean-Claude Richard, groupe Henry-Poulaille de la Fédération anarchiste
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|   Gros porc maladeLe monde libertaire n°1640 (16-22 juin 2011)
Tirant tête hors du trou, qu'entends-je ? Les voix de nos Saigneurs, à l'assaut de nos poches de guenillards, de salopiots d'assistés et autres bénéficiaires, si l'on peut dire, du RSA. Il s'agirait cette fois encore de nous mettre au boulot, nous, dégénérés profiteurs. Une exception, cependant : selon Marc-Philippe Daubresse, numéro deux de l'UMP — une façon de Poulidor, quoi—, « les cas les plus lourds seront exclus de la mesure. » Lourds, c'est-à-dire ? Et pèsent-ils tant ? Pas si sûr. Car c'est 150 000 foyers qui se verront, au final, condamnés au travail obligatoire, service oblige. Et le même Daubresse d'évoquer en un rauque final le mirifique « complément de revenu » que toucheront ces privilégiés, soit, pour 40 heures mensuelles, et puisque l'aloc' de base baissera, 60 euros de plus, par mois. Je laisse à vos calculettes le soin d'afficher le taux horaire relatif à cette aumône. Tout en cognant sur le lumpen — caution crasse, électoraleuse, cousue de fil bleu marine —, Sarkozy rentame sa complainte à destination des pov'gens, et se présentait l'autre jour, devant les députés Ump, comme « le président du pouvoir d'achat. » Elle serait presque drôle, celle-là. Le pas encore candidat s'est ensuite laissé aller à définir la stratégie du candidat qu'il est déjà. Faisant référence aux socialistes, à l'agressivité dont ils feraient soi-disant preuve à son égard: « je ne me laisserai pas entraîner dans un combat de rue. » Street fighter 2, ça le fait pas ? Dommage. Puis, plus étrange, ceci : « il ne faut pas prendre le vent dans la plaine, moi, j'attends la montagne. » Métaphore cycliste, qu'on nous dit, tourdefrancesque à souhait, signifiant qu'il se déclarera le plus tard possible, à la mode Mitterrand cuvée 88. Dans la catégorie des « il faut, y'a ka qu'on », il eut enfin cette fulgurance : « il faut avoir une parole rare, car la parole use. » Si c'est un bavasseur qui le dit... Sinon quoi, sous la dent ? Creuse, autruche, mais creuse donc !, quand bien même, en ces temps, le sable pue la pisse ou le sperme, selon. Strauss-Kahn, en sa cage dorée sur tranche (de lard ? dollars !), plaide not guilty comme convenu, tandis qu'en métropole ses amis suent, s'activent, tel Cambadélis : « Il est extrêmement triste, mais extrêmement combatif. Je souhaite qu'il puisse revenir », dit-il de l'ami Dominique. D'autres avancent avec, à la main, le chapelet des excuses aussi bidonnées qu'habituelles. Dominique souffrirait d'une pathologie relativement répandue, dite du « troussage de domestiques » (Jean-François Kahn, dans le texte). Gros porc malade, en somme. Vivement le prochain album. Mais laissons-là ces billevesées indignes d'un lecteur ou lectrice averti, tel celle ou celui parcourant, à l'instant, ces pages — la pommade, ma gueule, c'est gratuit, et sans augmentation du prix de l'abonnement —, revenons plutôt à la vraie vie, c'est-à-dire au Sida. Selon les conclusions du sommet international mené sous l'égide de l'ONU, 6 milliards de dollars permettraient d'éviter les 12 millions de nouvelles infections attendues d'ici 2015. Vous me direz, smicards que vous êtes : six milliards, c'est une somme. Certes. Sachez alors que le coût mensuel, oui j'ai bien dit mensuel, de la guerre en Irak est de 4 milliards de dollars. Aussi ahurissant que puisse paraître ce rapprochement, il n'en reste pas moins tout à fait vérifié. Et j'en suis, comme vous, sur le cul. Sur le cul, d'autant plus que les conclusions onusiennes préconisent dans le même temps aux pays développés « d'arrêter de mettre en œuvre des stratégies visant à bloquer la production, l'exportation, le transit et l'importation de médicaments génériques. De nombreuses nouvelles infections pourraient être ainsi évitées.» Sur le cul, j'y suis : j'y reste. Il me faut du Brassens pour, un peu, me redresser : mercredi 8 juin, à Toulouse, 29 joyeux drilles l'ayant chanté à pleine voix furent conduits au poste par le Cruchot local. Les voilà convoqués au tribunal, de surcroît. On attend, avec impatience, de connaître l'intitulé du chef d'accusation.
Frédo Ladrisse
(Par erreur, cette chronique de l'Autruche n'a pas été publiée dans l'édition papier du Monde libertaire. Nous profitons du site web du journal pour réparer cette bévue. Sans rancune, Frédo !)
L'article du Monde libertaire
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|   Pauvre GrèceLe monde libertaire n°1640 (16-22 juin 2011)
La Grèce est de nouveau dans la tourmente financière après une première aide de 110 milliards d'euros en 2010, aide consentie après de nombreuses tergiversations, notamment chez les Teutons qui ne se rappellent pas avoir occupé et ruiné ce pays en 39-45. Il y a eu depuis un premier plan « d'ajustement structurel » imposé par la troïka composée du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque centrale européenne (BCE) et de l'Union européenne (UE). Toujours les mêmes recettes qui avaient fait faillite en Asie et en Amérique du Sud : réduction des salaires, privatisations, abaissement de l'âge de la retraite, augmentation des impôts et de la TVA, fin des prix réglementés, etc. Cette cure d'austérité n'a pas permis de redresser les comptes publics : 150 % du PIB comme dette, plus de 10 % de déficit budgétaire, chômage augmenté de 9 à 16 %, 300 milliards de dette privée et publique (très largement détenue par l'étranger). La Grèce a du coup impérativement besoin de 12 milliards tout de suite pour éviter la faillite. Évidemment, puisque l'austérité ne peut engendrer que la récession, ce qui rend le remboursement des dettes plus que problématique. Alors, les agences de notation s'en donnent à cœur joie et, de plus, ont mis le Portugal (78 milliards d'aide pour 2011), l'Espagne, l'Irlande (84 milliards en 2010), l'Italie. À qui le tour, en plus des « PIGS » (Portugal, Irland, Grèce, Spain) ? Soulignons aussi que la Grèce n'est plus un pays souverain et indépendant. En effet, des experts de l'Union européenne contrôlent ses comptes (budget, déficit) pour empêcher toute nouvelle fraude. De plus, ce sont les agences de notation qui gouvernent ; le pouvoir politique cherche seulement à ne pas les vexer, ce qui fait que lesdites agences sont aux manettes.
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| |   Sentier interdit aux curés… pédophiles !Le monde libertaire n°1640 (16-22 juin 2011)
Qui l'eût cru ? C'est dans la très catholique Autriche, encore sous le joug d'un concordat (comme en Alsace-Moselle), que nous viennent de réjouissantes nouvelles. Un véritable mouvement laïque, visant d'abord à lutter contre les privilèges dont bénéficie l'Église catholique, trouve actuellement des formes d'expression intéressantes en province. Ainsi, le propriétaire d'une forêt de 120 hectares très empruntée par les pèlerins de Mariazell 1 a eu la bonne idée de mettre des panneaux suggestifs interdisant la traversée de son domaine à certains hommes d'Église. Le panneau d'interdiction précise en effet que l'entrée est interdite aux curés et assimilés, s'ils sont accompagnés d'enfants sans leurs parents. Le dessin est sans ambiguïté, car on distingue clairement un homme en soutane courant derrière deux jeunes enfants. Cette petite forêt est ainsi devenue une zone protégée pour les enfants qui ne risqueront pas d'être agressés par des curés et autres évêques, archevêques, etc. Le propriétaire, qui fait partie d'une association visant à rompre le silence pour toutes les victimes de curés et assimilés, entend faire sérieusement respecter sa décision : il a installé quelques caméras dans sa forêt et a annoncé qu'un service d'ordre viendrait ramener aux frontières les impudents pervers en robe noire. Provocation suprême, il a annoncé aux journaux que, le cas échéant, il porterait plainte. L'affaire a fait grand bruit, non seulement en raison de l'audace de la démarche dans un pays tout de même assez conservateur, mais encore, parce que deux députés du parti de l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche, le BZÖ du défunt Jörg Haider, ont tenté d'interdire cette initiative. Le tribunal de Graz (capitale de la Styrie) a estimé qu'on ne pouvait pas voir dans cette démarche une incitation à la haine, les deux députés d'extrême droite ont donc été déboutés. En signe de protestation, ils ont envisagé de mettre sur un autre terrain un panneau interdisant l'endroit aux musulmans. En attendant, ne boudons pas notre plaisir : des citoyens commencent ainsi à être sensibilisés aux dangers de la religion, mais, dans un pays comme l'Autriche, la route est encore longue. En tout état de cause, ce ne sera pas un chemin de croix !
Jérôme Segal
1. Ville située en Styrie, élevée au rang de ville mariale (relatif au culte de la Vierge Marie). Benoît XVI y est venu en 2007. (Ndlr.)
L'article du Monde libertaire
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|   Sous la soutane, la familleLe monde libertaire n°1640 (16-22 juin 2011)
Dans les nouveaux manuels de sciences de la vie et de la Terre (SVT) des classes de première L et ES, qui entreront en vigueur à la rentrée de septembre, on trouve, conformément au programme édicté par le ministère de l'Éducation nationale, l'étude des inégalités sociales hommes-femmes (module « Féminin/Masculin » ; nouveaux chapitres « Devenir homme ou femme », « Vivre sa sexualité », « Maîtrise de la procréation »). Il est rare que l'on se félicite d'une initiative de ce ministère dans ce journal, mais en l'espèce cette innovation quant aux contenus enseignés est appréciable. On y apprendra notamment que « les facteurs affectifs et cognitifs, et surtout le contexte culturel, ont une influence majeure sur le comportement sexuel humain » (séries littéraire et économique et sociale), que « si l'identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l'orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée », que « l'activité sexuelle est associée au plaisir » (en série scientifique). Toutes choses évidentes pour nous, mais l'affirmation de ces thématiques et de ces positions dans le cadre scolaire est à noter. Plus encore, aborder la question sexuelle via la théorie du genre dans des manuels de biologie indique une prise en charge épistémologiquement originale d'une question qui fait donc intervenir de manière intriquée des facteurs biologiques, psychologiques, sociaux. Bien entendu, aborder cette question ainsi, c'est rendre caduc, voire grotesque, le modèle classique de la famille, du couple, de la sexualité, etc., tel qu'il est proclamé par l'Église catholique (et par les autres cultes, bien sûr).
Branle-bas de combat chez les cathos
Encore une annus horribilis pour les agenouillistes. Christine Boutin, ex-ministre de Sarkozy et présidente du Parti chrétien-démocrate 1, s'empourpre et proteste auprès de Luc Chatel, le ministre de l'Éducation nationale : « […] Nous ne pouvons accepter que l'école devienne un lieu de propagande, où l'adolescent serait l'otage de préoccupations de groupes minoritaires en mal d'imposer une vision de la “normalité” que le peuple français ne partage pas », pour demander le retrait des manuels. Imaginez la tête des profs du lycée Saint-Joseph de Draguignan, aux mains des dominicaines du Saint-Esprit, lorsqu'ils ont reçu les nouveaux manuels ! Pour les autorités religieuses mises en branle par la situation, « ces chapitres […] sont une attaque en règle contre la loi morale naturelle, rejetant toute signification anthropologique et éthique à la différence naturelle des sexes », comme le précise, par exemple, le responsable de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon et également enseignant à l'Institut politique Léon Harmel-Fondation Jérôme Lejeune 2. Il s'insurge contre le sexe-plaisir, la sexualité libérée de l'injonction reproductive imposée par le dogme qu'il chérit : « D'une manière générale, c'est la sexualité humaine qui est totalement “désacralisée” au fil des pages. La masturbation, martèle Belin 3, jadis encouragée dans l'Antiquité, n'est devenue un “péché” qu'avec “l'avènement du monothéisme en Occident”. Le même éditeur fait d'ailleurs de cette pratique un critère de puberté ou indicateur de maturité sexuelle. » Et, tout à son désarroi, de citer la « Lettre aux évêques de l'Église catholique sur la collaboration de l'homme et de la femme dans l'Église et dans le monde 4 » du 31 mai 2004, rédigée par la Congrégation pour la doctrine de la foi, aux mains à l'époque du cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI : « Ainsi, le masculin et le féminin se révèlent comme faisant ontologiquement partie de la création, et donc destinés à subsister par-delà le temps présent. »
La reconquête à petits pas ?
Sans dramatiser, mais en restant vigilants, on peut se demander si cette offensive, il est vrai bien normale de la part de la secte catholique, ne précède pas, ou même n'aide pas à en établir une autre, celle contre l'enseignement de l'évolution à l'école. Je n'ai pu exposer ici que quelques-uns des extraits choisis par le « bioéthicien » cité ci-dessus ; ils attaquent principalement l'idée matérialiste et darwinienne que l'humain appartient au monde animal, qu'il est un être façonné par l'évolution biologique puis par l'évolution culturelle, que le plaisir fait partie de son répertoire comportemental, que sa sexualité connaît des modalités multiples et inventives, qu'il n'a pas d'âme 5... On retrouve cette même inquiétude chez les cathos intégristes, comme sur le site Chrétienté Info, benoitement sous-titré « Coopérateurs de la Vérité », où un proche de Bernard Antony (figure majeure du FN et président de l'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne – Agrif) et de Reconquête (la revue de Bernard Antony) se dévoile : « Cette idéologie [la théorie du genre] se combine naturellement à une autre idéologie, elle-même enseignée depuis longtemps : l'évolutionnisme, qui dissout la spécificité humaine. »
Carcharodon Carcharias, groupe Louise-Michel de la Fédération anarchiste
1. Qui se présente ainsi : « Parti associé et fondateur de l'UMP […], le Parti chrétien-démocrate a une vocation : donner à la France une nouvelle génération de responsables politiques qui fondent leur engagement sur le respect de la personne, de sa conception à sa mort naturelle. » 2. Jérôme Lejeune : biologiste qui fut l'un des chefs de file du mouvement anti-avortement français. 3. Un des éditeurs de ces manuels. 4. Cette lettre commence ainsi : « Experte en humanité, l'Église s'est toujours intéressée à ce qui concerne l'homme et la femme. » (Je souligne.) 5. Voir l'article sur ce sujet dans le présent Monde libertaire.
L'article du Monde libertaire
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|   Je sais tout sur vousLe monde libertaire n°1640 (16-22 juin 2011)
On le sait, qu'ils savent tout. On le sait que tous les téléphones portables sont écoutables, et qu'ils sont tous enregistrés par Echelon, le programme anglo-saxon d'écoute mondiale. On sait que si c'est sur un e-mail, c'est stocké dans un ordinateur du Pentagone. Ce que l'on sait un peu moins, c'est le raffinement avec lequel les actes en apparence les plus simples permettent à présent aux autorités de manipuler consommateurs, dissidents, terroristes, etc. Un article paru dans The Economist de septembre 2010, frétillant d'admiration mal contenue, nous les décrit. Les consommateurs, tout d'abord : les petits sournois du marketing savent qu'une bonne méthode pour vendre consiste à vendre aux « influenceurs », qu'ils définissent comme les personnes que les autres suivent et imitent. Hélas, ça marche. Très bien, même. Mais comment savoir qui est un influenceur ? Très simple. Quand ils appellent et que ça ne répond pas tout de suite, on les rappelle vite. Plus vite et plus souvent que les influencés. Les influenceurs appellent plus souvent tard la nuit, ils n'hésitent pas à déranger. Et on les appelle plus souvent aux périodes de préparation des évènements sociaux, par exemple les vendredis après-midi. Quand on les appelle, c'est bref, on n'ose pas s'imposer. Quand eux appellent, ils prennent tout leur temps. Après les consommateurs, les escrocs. IBM et ses concurrents vendent aux banques, assureurs, etc., des logiciels très spéciaux. Grâce auxquels on voit si un investisseur téléphone ou envoie des courriels, depuis longtemps, aux gens avec lesquels il devrait être en contact, s'il est ce qu'il prétend être. Un spécialiste de physique des solides qui n'a aucune institution scientifique dans ses contacts, c'est louche. Mais grâce à son usage de sa carte de crédit (confidentiel ? vous êtes naïf, vous…), on peut aussi savoir quels livres il achète (s'il en achète), s'il a assisté à des congrès scientifiques, etc. Et pour le même prix, on vérifie rapidement si ses contacts ont, eux, des contacts avec des gens plus directement suspects, par exemple dotés de casiers judiciaires. Nul ne sera surpris que le fisc américain se soit doté de ces précieux logiciels. La police française, posséder de tels outrages à la vie privée ? Jamais de la vie, voyons ! Venons-en justement aux logiciels directement policiers. Pas bien méchant, en apparence au moins, celui qui observe Facebook, MySpace et Twitter, qui compte et localise les messages et qui permet aux pandores d'en déduire où se dérouleront le plus d'évènements susceptibles de conséquences policières : ivresse, tapage, violences, etc. Personne ne pense, promis-juré, à adapter cela aux activités protestataires. Qu'allez-vous inventer là, monsieur ? On ne l'adapte pas aux activités contestataires, mais aux activités terroristes, nuance. En se concentrant sur les appels téléphoniques des rouages petits mais indispensables, en particulier les chauffeurs, on réussit à remonter aux plus gros poissons. L'idée n'a rien de neuf (la Résistance en sut quelque chose), mais la technologie permet d'améliorer les rendements. D'ailleurs, on adapte tout ça « à la diffusion des idées démocratiques ». Si, si, la CIA utilise ces logiciels pour infiltrer des idées subversives, en Azerbaïdjan ou en Birmanie. Que chez de vilains dictateurs. Ni Berlusconi, ni Sarkozy, ni Poutine, ni personne d'autre ne songe, ou ne commence, à utiliser ces puissants moyens. Viser les influenceurs pour les convaincre de pencher dans tel ou tel sens politique ? Déterminer qui compte vraiment dans un syndicat, une lutte, une association écologiste ? Sachez simplement ceci. M. Venkatramana Subrahmanian, de l'université du Maryland, a conçu un joli petit logiciel qui lui a permis de prédire la fréquence des tirs de roquette par le Hezbollah contre Israël. Mais oui, en surveillant combien d'argent les prétendues ONG islamistes envoient au Liban, en suivant les élections (moins de tirs pendant les élections, les militants sont occupés à conquérir ou à conserver leurs fromages), etc. Faut-il s'étonner que ce logiciel « Soma Terror Organization Portal » soit financé par l'armée de terre et l'armée de l'air américaines ? Mieux encore, saviez-vous que Spadac, un brillant petit business américain, en utilisant des masses incroyables d'informations, dont les photos satellites des bidonvilles, réussit à prévoir la fréquence des émeutes et de leurs répression ? 27 millions de dollars de revenus pour Spadac, cette année.
Nestor Potkine
L'article du Monde libertaire
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|   Kees Van DongenLe monde libertaire n°1640 (16-22 juin 2011)
Elles sont hautes en couleur, massives et plantureuses, les femmes peintes par Van Dongen. Souvent, leur corps s'élance sur toute la hauteur de la toile et le sommet du crâne est écrasé par le cadre. Visages aux immenses yeux cernés d'un épais khôl noir, lèvres rouge vif, pulpeuses, sensuelles. Attention portée aux accessoires : chapeaux, bijoux, étoffes, chaussures, comme autant de prétextes pour jouer avec les couleurs… Il les peindra toujours, toujours fasciné, toujours attiré, jusqu'à la fin, envers et contre tout. Libre, indépendant, il suit son chemin, résolument figuratif, face à la décomposition cubiste du monde orchestrée par Braque et Picasso, et ignorant l'éviction du réel que constitue l'abstraction. L'exposition du Musée d'art moderne cible les périodes qui vont de 1895 à 1931, comme autant d'étapes à la fois artistiques et sociales, franchies par le peintre néerlandais, né le 26 janvier 1877 dans un faubourg de Rotterdam. Les débuts de Kees Van Dongen sont anarchistes : il travaille très tôt dans la malterie de son père tout en suivant les cours du soir de dessin graphique à l'Académie des beaux-arts et des sciences de la ville. En 1895, il quitte la maison familiale pour rejoindre un cercle artistique de Rotterdam et lit les œuvres de Ferdinand Domela Nieuwenhuis, puis ceux de Kropotkine dont il illustre avec Jan Krulder l'édition hollandaise de L'Anarchie. Après s'être fait dispenser du service militaire, Van Dongen arrive à Paris en 1897 où il commence un travail d'illustrateur pour différentes revues. Il découvre avec enthousiasme les œuvres de Steinlen et réalise des dessins et aquarelles où transparaissent ses préoccupations sociales : scènes de rue, ouvrières quittant l'usine, chevaux fatigués tirant de lourdes charrettes. Ses rencontres avec Felix Fénéon en 1899, puis Maximilien Luce en 1902 vont s'avérer déterminantes sur les plans à la fois politique et artistique. En 1901, Fénéon lui confie la réalisation totale du numéro de L'Assiette au beurre paru le 26 octobre, intitulé ironiquement : Petite histoire pour petits et grands nenfants. Il s'agit en fait de l'histoire d'une mère et de sa fille condamnées l'une comme l'autre à se prostituer. Fénéon va publier également quatre de ses dessins dans La Revue blanche. En 1904, Kees Van Dongen expose pour la première fois au Salon des indépendants, puis connaît sa première exposition personnelle chez Vollard où il montre des vues de Montmartre, des gens du cirque, des moulins… Cette année-là, il rencontre aussi les futurs « fauves » : Maurice de Vlaminck et Henri Matisse. Proche du mouvement littéraire « naturisme » prôné par Maurice Leblond et Saint-Georges de Bouhélier, Van Dongen critique l'hermétisme élitiste du symbolisme et souhaite faire de la « vie » le sujet principal de ses tableaux. Conformément à l'idéal anarchiste, il pense que l'art doit cesser d'être un luxe pour privilégiés afin de devenir une source d'épanouissement accessible à tous et toutes. C'est l'époque où beaucoup d'artistes se tournent vers l'art dit « primitif » ou « sauvage » car il leur apparaît comme l'expression d'une créativité spontanée, libre et sans entraves. De même, le néo-impressionnisme mis au point par Seurat et Signac semble être la forme esthétique qui correspond le mieux à cet idéal. Comme bon nombre de ses contemporains, Van Dongen découvrira vraiment la force de la couleur grâce à la touche juxtaposée et pavimentée de Signac. Les tableaux présentés dans cette exposition comme Le Boniment ou Le Manège des cochons en témoignent. Les sujets sont ceux du cirque, des fêtes foraines, des divertissements populaires. Les couleurs explosent et se juxtaposent jusqu'à gêner la lisibilité de l'œuvre. En 1905, Kees Van Dongen s'installe au Bateau-Lavoir, peut-être invité par Picasso qui le surnomme le « Kropotkine du bateau-lavoir ». Les deux artistes sont amis et partagent le même modèle : Fernande Olivier, dont Van Dongen fera le portrait à plusieurs reprises dans un style fauve d'une énergie flamboyante. Très vite, la peinture de Van Dongen sera reconnue par la critique et par le public averti. Il va vendre ses toiles et s'enrichir. Plusieurs expositions chez Vollard, chez Bernheim-Jeune ou chez Berthe Weil, ainsi que sa participation régulière au Salon d'automne et aux Indépendants, vont lui assurer succès et notoriété. Ses œuvres, toujours figuratives et intensément colorées, restent sans doute plus faciles d'accès au sein de l'avant-garde, cette avant-garde dont il va peu à peu s'éloigner. Van Dongen va quitter le Bateau-Lavoir dès 1907 pour s'installer dans un nouvel atelier rue Lamarck, puis, en 1908, rue Saulnier, dans le IXe arrondissement, juste à côté des Folies- Bergère. Très bon danseur lui-même, il aimera peindre les danseuses et chanteuses de cabaret, l'atmosphère nocturne des bars parisiens ; il sera l'un des premiers à utiliser la lumière électrique pour « chauffer » les couleurs. Les sujets de ses tableaux évoluent : il peint les vedettes du « Paris by night », des nus intensément sensuels, une peinture totalement décomplexée, assumant sa charge de fantasmes et de désirs, ce qui lui vaudra d'être qualifié de « peintre des lupanars » par Salmon en 1912. Mais Van Dongen assume ; il dira : « Vous êtes pudiques, mais je vous dis que les sexes sont des organes aussi amusants que les cerveaux, et si le sexe se trouvait dans la figure, où serait la pudeur ? » La femme reste le thème central de son œuvre, à la fois fatale et proie du désir masculin. On pourrait même dire que Van Dongen, c'est une peinture « qui bande ». Au Salon d'automne de 1913, son tableau intitulé Le Châle espagnol ou tout simplement Tableau sera retiré de l'exposition sur l'ordre du secrétaire d'État aux Beaux-Arts. Peint au moment de sa rupture avec sa première femme, Guus, mère de sa fille Dolly, cette dernière expliquera que l'homme agenouillé dans le coin droit de cette composition est l'artiste lui-même implorant l'amour de sa femme… Il y a en outre une mise en scène théâtrale très décorative, ici, par ce châle qui s'ouvre comme un rideau sur un corps nu, pubis noir, éclatant au cœur de l'œuvre, et jambes gainées. La tête est comme accessoire, reléguée dans l'ombre du décor au sommet du tableau. Van Dongen restera à Paris durant la Première Guerre mondiale. Sa femme et sa fille sont en Hollande. Il va bientôt faire la connaissance d'une jeune femme mannequin, Léa Jacob, dite « Jasmy ». La vente de ses toiles lui permet de s'installer dans une imposante maison près du bois de Boulogne. Montmartre est loin… L'ex-anarchiste évolue désormais dans le milieu cossu et mondain de ses acheteurs. Il fréquente assidûment le couturier Poiret, organise des fêtes luxueuses et peint pour ces « privilégiés » qu'il a jadis dénoncés… Vlaminck dira : « Il a été l'historiographe de tout le dévergondage cynique d'après la victoire. » Un reste d'indépendance artistique s'exprimera pourtant encore en 1921 avec son portrait d'Anatole France qui scandalisera tout le monde sauf le principal intéressé : portrait sans déférence aucune, ni allusion à l'œuvre littéraire, montrant l'écrivain vieilli et fragile, le regard vide. Cela n'empêchera pas le peintre de recevoir et d'accepter par deux fois la Légion d'honneur… Il terminera sa carrière fidèle à la figuration en peignant des portraits de « stars », par exemple celui de Brigitte Bardot en 1954. Il mourra riche et célèbre le 28 mai 1968, bien loin du mouvement social qui vient de secouer l'Hexagone… Demeure sa peinture, dont les étapes les plus significatives sont effectivement celles que présente l'exposition actuelle du Musée d'art moderne jusqu'au 17 juillet 2011.
Yolaine Guignat, groupe Pierre-Besnard de la Fédération anarchiste
L'article du Monde libertaire
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|   L'anarchisme en pratiques : égalité et anti-autoritarisme dans les prises de décisionLe monde libertaire n°1640 (16-22 juin 2011)
Les modes de prise de décision sont un élément particulièrement important du fonctionnement d'un groupe politique. Ils sont en effet révélateurs des relations que les individus entretiennent entre eux et de la place qu'occupe chaque individu par rapport au collectif. Faire un vote à la majorité ou adopter une position de façon consensuelle sont des procédures liées à des styles politiques et des motivations très différents.
Majorité et consensus
La prise de décision par un vote à la majorité est un trait bien connu dans les démocraties représentatives. Elle allie efficacité et rapidité en organisant la domination de la majorité sur la minorité. Elle permet par conséquent de trancher entre des options prédéfinies et de permettre la mise en place de gouvernements stables. Le vote à la majorité est donc particulièrement adapté à un système inégalitaire (divisé entre les dirigeants et la base), mais pluraliste, c'est-à-dire dans lequel plusieurs personnes (et pas un dictateur) doivent faire un choix entre différentes solutions possibles. La délibération collective et la prise de décision au consensus sont particulièrement présentes dans la mouvance libertaire, mais la dépassent aussi largement. Elles peuvent d'abord être liées à une culture individualiste (et non pas égoïste), c'est-à-dire qui met en avant l'irréductible singularité de chaque être : elles sont alors le fruit d'une volonté d'expression et d'autonomie personnelle. Assurer que chacun-e participe à la décision et est en mesure de faire entendre sa position permet à tou-te-s de sauvegarder l'intégrité de leur personne et de ne pas abdiquer leur volonté propre au profit de celle des autres ou d'un leader. Certains groupes peuvent donc favoriser l'horizontalité et l'inclusivité (pas de chefs, participation de tou-te-s) dans le but essentiel de respecter l'individualité de chacun. Mais ce principe individualiste de base peut également être imprégné de considérations plus directement et plus consciemment politiques : l'horizontalité et la recherche du consensus naissent alors également d'un rejet de l'autoritarisme, d'une volonté de faire en sorte que personne ne puisse imposer à quiconque sa décision, et donc de favoriser l'égalité et l'autogestion. Individualisme et égalitarisme sont intimement liés, mais ce n'est sans doute que quand les positions individualistes parviennent à faire naître une conscience égalitariste – ou anarchiste – que la notion de consensus acquiert toute sa dimension et son efficacité.
De la nouvelle gauche à l'altermondialisme
La prise de décision au consensus n'est pas un fait historique récent, une nouvelle forme de dépassement de la démocratie majoritaire ; c'est un courant ancien qui a pour ainsi dire toujours existé parallèlement à d'autres modes de concertation. On peut le retrouver dans certaines sociétés dites « primitives », et il a été adopté par la secte protestante des quakers depuis le XVIIe siècle. Pour ne retenir que des groupements politiques récents ayant opté pour la prise de décision au consensus, on peut évoquer d'abord les mouvements de la nouvelle gauche étudiante aux États-Unis dans les années 1960, ainsi que le mouvement des droits civiques. Ces mouvements fédéraient de petits groupes locaux fonctionnant au consensus, mais sans que des règles spécifiques et définitives soient fixées en la matière. Si le consensus était alors pensé comme un instrument d'émancipation individuelle, il constituait davantage une pratique spontanée qu'une procédure institutionnalisée. C'est peut-être ce qui le rendait imparfait et qui a conduit de nombreuses femmes à créer leurs propres groupes en réaction au sexisme qui existait dans les collectifs prétendument égalitaires de la nouvelle gauche. C'est donc dans le mouvement féministe de la fin des années 1960 que les modes d'organisation et de prise de décision ont commencé à devenir un aspect central. Ce qui ne signifie pas pour autant que le système est alors devenu parfait. De nombreuses désillusions et frustrations sont nées des défauts et difficultés liés à la prise de décision au consensus, qui exige à la fois responsabilité et conscience politique de la part des participant-e-s. Mais c'est sur la base de ces expériences féministes que les mouvements suivants ont construit leur organisation. Beaucoup des mouvements écologistes qui se sont développés dans les années 1970 en Europe et aux États-Unis ont repris et essayé d'améliorer ce fonctionnement égalitaire et consensuel, en s'inspirant notamment des expériences anarchistes espagnoles et sud-américaines des grupos de afinidad (groupes d'affinité). Cette expérience accumulée s'est retrouvée dans les mouvements radicaux des années 1980 et 1990, et s'est véritablement diffusée à grande échelle avec l'émergence d'une nébuleuse altermondialiste dans le sillage des premiers soulèvements zapatistes (1994). À partir de la fin des années 1990 et du début des années 2000, ce sont des réseaux militants altermondialistes comme l'Action mondiale des peuples ou le Direct Action Network américain qui ont peut-être le mieux représenté le fonctionnement au consensus. Nourri dans les mobilisations transnationales, celui-ci s'est aussi largement diffusé, au point qu'on peut maintenant le retrouver dans des groupes locaux n'ayant jamais participé à un contre-sommet international. C'est toutefois souvent la proximité avec la nébuleuse altermondialiste qui permet de rendre compte des pratiques organisationnelles adoptées. Ainsi, bien qu'ils fonctionnent formellement sur les mêmes principes et valeurs, on constate d'importantes différences entre certaines organisations anarchistes classiques, relativement peu investies dans les réseaux altermondialistes, et les groupes d'activistes directement impliqués dans la protestation transnationale. Car il y a plusieurs façons de pratiquer la prise de décision égalitaire et consensuelle.
Des idéaux aux processus
Un mouvement comme le Direct Action Network, même s'il ne s'est pas construit à l'origine sur une adhésion aux théories anarchistes et si ses membres ne sont pas nécessairement des grands lecteurs de Proudhon, Bakounine et consorts, se définit largement comme anarchiste en raison de son attachement aux principes égalitaires et autogestionnaires. Mais le fonctionnement d'un tel réseau est finalement assez différent de celui d'une organisation comme la Fédération anarchiste, par exemple. On peut évidemment évoquer la structure réticulaire plutôt que fédérale du premier, mais c'est aussi et peut-être surtout la façon dont les décisions sont collectivement élaborées et prises qui différencie les deux collectifs. Si l'un et l'autre font preuve du même rejet de la prise de décision à la majorité (simple) comme essentiellement oppressive, car négatrice de l'égalité des individus et de leur autonomie, ils ne lui opposent pas exactement le même modèle. Sans doute faut-il évoquer en premier lieu une différence de vocabulaire : alors que les altermondialistes parlent de consensus, les anarchistes organisés évoquent plus souvent la notion d'unanimité. En pratique, les deux termes peuvent être parfaitement synonymes, dans la mesure où l'idée est dans chacun des cas qu'une décision doit être approuvée par tous les membres du collectif. Mais en pratique, on constate souvent que la notion d'unanimité se focalise davantage sur la prise de décision elle-même alors que celle de consensus intègre d'abord l'idée d'un processus délibératif. Le consensus, tel qu'il a été conceptualisé par de nombreux groupes radicaux d'inspiration libertaire, issus de la nébuleuse altermondialiste, est un processus, une façon de se comporter les uns vis-à-vis des autres qui met l'accent sur le respect mutuel et la créativité. C'est une façon de faire qui cherche à assurer que personne ne puisse imposer sa volonté à d'autres et que toutes les opinions soient entendues. Ce processus se veut donc égalitaire et anti-autoritaire. Il vise à la fois à préfigurer une société future dépourvue de domination et à agir aujourd'hui en cohérence avec ses idéaux. Mais ce qui fait sa particularité, c'est que les positions personnelles sont supposées évoluer avec la délibération. Elles ne sont donc pas considérées comme figées. Le but du processus délibératif est de trouver un terrain commun dans la diversité des positions. Il faut par conséquent chercher ce qu'il y a de bon et d'intéressant dans les arguments des autres plutôt que d'essayer de les réfuter en montrant leurs mauvais côtés. Le consensus n'est donc pas un compromis ou la recherche du plus petit dénominateur commun, mais une quête de créativité, une recherche de solutions qui puissent satisfaire tout le monde. Cela peut impliquer d'abandonner purement et simplement les propositions initiales au profit d'une nouvelle position qui tienne compte des aspirations et des objections de chacun-e. L'important, au final, est que chaque participant-e ait le sentiment que son point de vue a été entendu et pris en compte. Le concept d'unanimité quant à lui ne suppose pas nécessairement ce processus délibératif préalable ; il repose sur l'adhésion générale aux propositions en débat, qui sont adoptées s'il n'y a pas d'opposition. Bien sûr, si des objections se manifestent, les propositions peuvent être reformulées afin d'en tenir compte. Dans ce cas, on se rapproche alors formellement d'un processus délibératif, et donc du consensus. Le risque, si l'on s'en tient à une prise de décision à l'unanimité sans travailler véritablement sur la construction préalable de positions consensuelles, est de voir plus fréquemment émerger des oppositions et donc d'éventuels blocages de l'organisation.
Procédures formelles et styles organisationnels
Pour pallier ce risque, les partisan-e-s du consensus ont élaboré tout un ensemble de procédures formelles visant à améliorer la qualité de la délibération. Il s'agit alors de procéder par étapes et de se doter de techniques destinées à faciliter l'émergence de positions consensuelles. Cela consiste notamment à présenter et à expliciter longuement les options initialement proposées, avant de recueillir les objections et d'adopter des amendements ou de formuler de nouvelles propositions. Pour permettre un débat serein et efficace, différents outils sont disponibles. On peut citer en premier lieu la désignation d'un-e ou deux animodérateur/trice(s), chargé-e(s) notamment de noter les différentes propositions et objections, de les synthétiser et de reformuler les propositions. L'animodérateur/trice s'assure également de la libre participation de tous au débat et tient donc la liste des tours de parole. En effet, ce mode de délibération suppose que chacun demande formellement la parole afin d'éviter le plus possible que quelques-un-e-s ne la monopolisent. Cela suppose à la fois d'attendre son tour pour parler, et de ne pas interrompre celui/celle qui parle. Dans certains groupes, afin de favoriser l'expression des plus discret-e-s ou timides (ou, pour le dire plus brutalement, des plus dominé-e-s), on donne la priorité à celles et ceux qui ne se sont pas exprimé-e-s depuis longtemps. On peut également recourir aux signes de la main qui rendent les débats plus fluides : ils permettent à celles et ceux qui ne sont pas en train de parler d'exprimer leur adhésion ou leur circonspection par rapport à ce qui est dit sans interrompre l'orateur/trice, ou encore d'intervenir directement dans le débat pour apporter une précision technique indispensable sans devoir attendre longuement son tour de parole. Enfin, il est possible de procéder à un ou plusieurs « tour(s) de table » qui permet(tent) de recueillir toutes les opinions en donnant à chacun-e l'occasion de s'exprimer sur la question, de façon posée, sans avoir à demander préalablement la parole. Bien d'autres techniques encore peuvent être utilisées, en fonction des habitudes et de la composition des groupes. À travers ces exemples, on voit à quel point l'élaboration égalitaire et inclusive d'une décision collective suppose efforts et procédures spécifiques pour être optimale. L'objectif est bien sûr d'empêcher autant que possible que quelques individus ne s'imposent dans les débats pour imposer leur volonté. Pourtant, certain-e-s militant-e-s (et notamment des individus se revendiquant de l'anarchisme) rejettent parfois les tours de parole au motif qu'ils constitueraient une atteinte à la liberté d'expression personnelle et au principe d'autogestion. Cela traduit toutefois une méconnaissance ou une négation du fonctionnement de la domination sociale, qui ne réside pas dans le fait de fixer des règles de prise de parole, mais bien dans celui de laisser les plus à l'aise à l'oral et les plus déterminé-e-s monopoliser les débats. Il n'est pas nécessaire de multiplier les procédures formelles pour assurer l'égalité de tous. Toutefois, les différents outils facilitent les débats et constituent des garde-fous contre les tentations autoritaires ou les solutions de facilité qui font préférer la rapidité des procédures à la qualité des échanges. Les fonctionnements dépendent de chaque groupe, de son histoire, sa composition et donc de sa culture. Les organisations d'inspiration libertaire les plus récentes tendent à se conformer davantage au modèle du consensus, et cela d'autant plus si elles ont participé à des mobilisations altermondialistes. Et une même organisation peut recourir à différents systèmes. Ainsi, les groupes fédérés peuvent reposer sur le consensus, avec éventuellement un recours à des procédures formelles, tandis qu'au niveau fédéral, et notamment en congrès, c'est une version plus simple de décision à l'unanimité (dans le cas de la Fédération anarchiste) ou à la majorité renforcée (dans le cas d'Alternative libertaire, par exemple) qui s'impose.
De la difficulté de prendre collectivement des décisions
Les limites et problèmes de la prise de décision à la majorité simple ne sont plus à démontrer. Cette pratique implique en effet la domination de la majorité sur une minorité qui peut être numériquement importante. Les procédures à la majorité renforcée (2/3 ou plus, par exemple) entraînent, dans une moindre mesure, le même type de problèmes, mais jouissent aussi du même avantage : ils permettent une prise de décision relativement rapide et évitent les blocages liés aux oppositions. C'est l'efficacité qui est privilégiée, au détriment du principe d'égalité et de respect de l'autonomie individuelle. Il n'y a pas de consensus sans possibilité pour un individu de bloquer une décision. Mais cette possibilité est censée garantir la prise en compte de toutes les opinions plutôt que d'offrir à un-e seul-e le pouvoir d'empêcher le collectif d'agir. Une opposition ne doit pas être formulée à la légère : elle est théoriquement supposée empêcher une action qui serait néfaste pour le groupe ou contraire à ses principes et ne doit pas représenter un moyen pour une seule personne d'exercer un pouvoir sur le groupe. Cela implique que les participant-e-s à la prise de décision partagent une conception commune du groupe et de ses valeurs, faute de quoi les accords sont difficiles à conclure. Dans ce cas, les désaccords aboutissent soit à un blocage, soit à une scission. Une délibération de qualité, accompagnée de procédures formelles, doit normalement faciliter le consensus, mais cela implique à la fois de longues discussions et un accord au moins tacite des participant-e-s sur les buts à atteindre et les moyens légitimes pour les atteindre. Par conséquent, le consensus est relativement difficile à obtenir, quelle que soit la taille de l'organisation. Il suppose fréquemment une homogénéité culturelle et sociale (blancs de classe moyenne, socialisés dans le même type d'organisations et d'actions) que les militant-e-s ne reconnaissent pas toujours. Se pose alors la question de la viabilité du projet et des pratiques anarchistes à une grande échelle et dans une population diversifiée socialement et culturellement. Pour être possible, la recherche de consensus requiert donc probablement un certain degré d'éducation aux principes égalitaires et donc d'homogénéisation de cette population. Refuser le pouvoir et la domination et choisir de s'organiser de façon égalitaire sont des défis. Ils impliquent du temps et des efforts spécifiques, pour surmonter une habitude acquise dans les démocraties à trancher les débats à la majorité. Sans doute même impliquent-ils plus de vigilance qu'il n'est souvent de mise dans les organisations anarchistes. Car prendre des décisions à l'unanimité ne signifie pas nécessairement que la voix de chacun-e a été entendue. Il faut en effet prendre garde à ce que l'absence d'opposition ne cache pas la domination des plus charismatiques sur celles et ceux qui s'estiment moins légitimes à exprimer leur point de vue. Pour ce faire, des procédures formelles existent, qui enlèvent de la spontanéité aux débats, mais garantissent leur inclusivité. Reste à avoir conscience que l'égalité formelle n'empêche pas toujours l'émergence de leaderships informels, qui doivent faire l'objet d'une vigilance de tous les instants.
Romain Constant, groupe Louise-Michel de la Fédération anarchiste
L'article du Monde libertaire
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|   Météo syndicaleLe monde libertaire n°1640 (16-22 juin 2011)
Depuis 2008, il y aurait eu 60 suicides à France Télécom. La grosse difficulté au niveaux syndical, comme au niveau humain, est de faire reconnaître par la direction qu'il s'agit bien d'un accident du travail… Comme il y a un mois à Mérignac (Gironde) 1. Le PDG du groupe a demandé « que soit engagée la procédure conduisant à la reconnaissance du suicide ». Cet « accident du travail » ouvrant droit à une indemnisation pour la famille de la victime. Mais quid des conditions de travail qui restent les mêmes et qui provoquent de tels drames ? Nous avions évoqué il y a quelques semaines la lutte des salariés de Carrefour Market 2. La réouverture des négociations sur les salaires se fait attendre ! La CGT demande 5 % d'augmentation et dénonce la polyvalence (toutes et tous vendeurs…) qui produit une nouvelle dégradation des conditions de travail. La CFDT, tout en jugeant insuffisante la proposition d'une augmentation de 2 % en juillet, hésite à poursuivre l'action. Pour la CGT (majoritaire) « tant que la direction ne rouvre pas les négociations, les débrayages continueront chaque vendredi et chaque samedi ». Espérons que l'unité syndicale dans les luttes se fera pour le plus grand bien de toutes et de tous. La grève à l'Agence France Presse (AFP) n'a pas fait couler beaucoup d'encre. Pourtant au Sénat il y a quelque temps, un adhérent de l'UMP a déposé de nouveaux statuts portant atteinte à l'indépendance de cet organisme qui fait partie de l'héritage du Conseil national de la Résistance. Déjà que les pouvoirs publics songent aussi à mettre le licol aux journalistes dignes de ce nom, il faudrait y mettre le holà ! « Pas un kilo de ciment ne devra sortir des usines Lafarge Ciments de France ! » Lundi 6 juin, tel était l'appel des quatre organisations syndicales de l'entreprise, CGT, CFDT, FO et CFTC. Les salariés étaient invités à une grève reconductible pour exiger le maintien du site de Frangey, dans l'Yonne. Le secteur est pourtant florissant. « Il y a une vraie volonté de la part de Lafarge de réduire la voilure en France, notamment en fermant les petites unités, » estime la CGT. Pour mettre les points sur les « i », on dira qu'il s'agit d'une stratégie de démantèlement de l'industrie cimentière française. Les annonces autour de la fermeture de l'usine PSA d'Aulnay-sous-Bois juste avant les vacances montre que tout est mis en place pour faire de la mousse pour entretenir la confusion pour la présidentielle de 2012. Sauveur suprême, apprentissage de la rigueur, tout est en rayon pour ceux et celles qui briguent la charge suprême ! Terminons sur une victoire du monde du travail, même si elle arrive un peu tard et n'enlève pas le souvenir du drame. La cour d'appel de Versailles a confirmé la « faute inexcusable » de l'entreprise Renault dans le suicide d'un ingénieur de Guyancourt, dans les Yvelines, en 2006. Une première « dans le sens où l'organisation du travail, la charge de travail sont mises en cause », commentait l'avocate de la famille du défunt.
1. Le salarié s'était immolé par le feu. 2. Une grève très suivie avait eu lieu le 9 avril dernier, suivie le 14 mai par une journée d'action.
Loulou Barbesois
L'article du Monde libertaire
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|   Observations d'un Québecois au moment de rentrer chez luiLe monde libertaire n°1640 (16-22 juin 2011)
Au moment où je rédige ces lignes, je m'apprête à rentrer au Québec, après avoir passé neuf mois en France. Quand je suis arrivé, j'ai dit aux premiers compagnons rencontrés que je souhaitais faire tout ce que les anarchistes me demanderaient qui pourrait aider le mouvement : j'ai fait de mon mieux pour tenir parole. Je me suis en conséquence beaucoup promené à travers le pays pour y donner des conférences, ai vu des tas d'endroits que je ne connaissais pas et surtout rencontré de très nombreuses militantes et de très nombreux militants. Dans le texte qui suit, j'aimerais partager avec vous, livrées en vrac, quelques impressions à la suite de ces voyages et rencontres. Il est entendu qu'il ne s'agit que d'impressions et aucunement du résultat d'une enquête scientifique : les remarques qui suivent sont donc avancées sans dogmatisme ni prétention et surtout sans vouloir donner de leçons à quiconque. Je me limiterai à quatre observations/réflexions.
Notre mouvement reste modeste par le nombre de ses partisans…
La première chose que je voudrais noter ne peut manquer de très vite frapper l'anarchiste étranger de passage ici : c'est la petitesse (quantitative, bien entendu) du mouvement. Il est en effet facile, du Québec ou même d'ailleurs, de s'illusionner sur le nombre d'adhérentes et d'adhérents formels ou informels à l'anarchisme en France. Cette longue histoire qui a été ici celle du mouvement, ces ancêtres illustres et ces innombrables militants qui ont contribué à l'écrire, le fait qu'on rencontre parfois – j'en ai croisé – des gens qui sont anarchistes de famille depuis plusieurs générations, ces nombreuses publications, dont, bien entendu, l'illustre Monde libertaire, sans oublier une radio : tout cela donne l'impression d'un mouvement toujours vaste. Mais le fait est, vous le savez sans doute mieux que moi, que le mouvement est modeste et que derrière la généreuse et parfois débordante activité de certaines et de certains, c'est un nombre restreint, voire minuscule, de personnes qui y sont impliquées.
… mais forts de leur militantisme
Et pourtant, et ce sera ma deuxième observation, malgré le petit nombre de militantes/militants ou de sympathisants, de nombreuses et remarquables actions de toutes sortes sont accomplies. Des journaux se publient, des émissions de radio se font, des conférences et des débats sont organisés, des activités militantes en grand nombre sont réalisées. Le mérite en revient, bien entendu, à toutes ces personnes qui donnent temps, argent et énergie à la cause en laquelle elles croient. J'en ai rencontré plusieurs et je les salue chaleureusement ici, sans les nommer, puisqu'ils et elles sont trop nombreux. Mais je pense aussi que nous – et je m'inclus bien entendu dans ce nous – pouvons faire mieux. Pour cela, et ce sera ma troisième observation, nous devrions avoir ce que j'aime appeler «un programme positif crédible à mettre en avant». Nous avons en effet un problème de vision et, pour le résoudre, une longue vue me semble indispensable.
La longue vue ou notre problème de vision
Trop souvent, on pourra observer ceci.. Demandez à une personne libertaire contre quoi elle est et elle vous donnera une longue liste de maux qu'elle combat, avec raison. Demandez-lui ensuite en faveur de quoi elle est, et la réponse sera infiniment plus courte et le plus souvent vague à souhait. C'est tout particulièrement le cas dans les deux secteurs où les libertaires, mais aussi plus généralement toute la gauche, ont été particulièrement pauvres en idées et propositions, je pense : l'économie et le politique. Les gens à qui nous nous adressons sont parfaitement conscients de l'horreur économique et politique dans laquelle nous pataugeons, les personnes que nous voulons inviter à lutter savent tout cela parfaitement, en étant souvent les premières victimes. Mais qui saurait articuler de manière crédible une réelle, inspirante et crédible vision d'une économie saine, incorporant des valeurs qu'on souhaite implanter et promouvoir, une telle économie étant valable pour maintenant, pour toute une société, et pas seulement pour un lieu de travail tentant d'exister en marge de l'économie dite «de marché» actuelle ? De même pour une politique et des modalités de prises de décisions valables à l'échelle d'une société et qui seraient assez satisfaisantes à nos yeux et à ceux des personnes à qui nous les soumettons pour inciter à se battre pour elles ? Nous manquons terriblement de tout cela et sur ces deux plans, économie et politique, nous devons être plus créatifs, plus innovateurs. Il y a à cet exercice des vertus pédagogiques immenses et nous avons alors quelque chose à proposer, non seulement à court et à moyen terme, mais aussi à long terme. Je déplore donc le peu de travaux en ce sens, et le fait que ces types de réflexion n'irriguent pas plus l'action des libertaires mais aussi celle de tous les progressistes réels ou présumés – comme ces socialistes français que ces questions n'intéressent plus et qui pensaient présenter à la présidence du pays le directeur du FMI, ce qui est surréaliste. Vous le savez peut-être : j'ai de mon côté fait de mon mieux pour faire connaître l'économie participaliste de Michael Albert et Robin Hahnel, ainsi qu'un modèle de politique participative de Steve Shalom, tout cela au sein du Project for a Participatory Society. Ces deux visions vont dans le sens que je préconise (l'autogestion et la démocratie participative) ; mais bien d'autres directions restent à développer, explorer, implanter – je pense notamment aux différents modèles de coopératives. Il est urgent de faire ici montre d'audace, et un mouvement libertaire, à mon goût, alimenterait la réflexion sur tout cela et aiderait aussi à mettre sur pieds diverses expériences avec, à chaque fois, l'ambition de sortir des cadres convenus. Il faut imaginer des lieux de travail non hiérarchiques, ne visant pas le profit ou, en tout cas, pas le profit à tout prix, des manières différentes de produire et de consommer, de prendre des décisions. Ce sont de vastes chantiers et on les a trop négligés. Ce qui est grave puisque, pour reprendre ses mots à Kropotkine, c'est l'espérance et non le désespoir qui fait le succès des révolutions. En évoquant ces expériences qu'il faut tenter, j'ai déjà commencé à aborder ma quatrième observation. Il s'agit de notre problème d'attraction/rétention. Empruntant de nouveau une image à Michael Albert, je le nomme le problème du pot de colle.
Le pot de colle
Nous tentons de comprendre le monde, dénonçons des injustices qu'on y trouve ; en luttant contre diverses institutions, nous alertons nos contemporains, nous leur proposons des manières différentes de fonctionner. Nous voulons être entendus, écoutés : c'est le problème de l'attraction. Et ces gens qui sont venus, nous voulons les garder avec nous pour que le mouvement soit de plus en plus fort et soit finalement capable d'obtenir les changements qu'il cherche à gagner : c'est le problème de la rétention. Voilà ce que symbolise ce pot de colle. Ce problème est crucial si on veut gagner. Et on ne milite pas pour perdre, mais pour gagner et, je veux dire, pas seulement pour préserver des gains, mais pour en remporter de nouveau. Et, pour cela, il nous faut attirer et conserver des gens. Il nous faut mobiliser. Il nous faut un pot de colle. Or, là-dessus, nous ne sommes pas à la hauteur. En le disant, rassurez-vous, je ne veux surtout pas nier le rôle de l'idéologie et des institutions dominantes dans tout cela : il est central et se manifeste jusque dans le langage (on a tout fait, par exemple, pour que le mot «privé» soit associé à positif, excellent, efficace et le mot « public » à mauvais et inefficient ; le saccage des retraites chez vous s'appelle une « réforme » ; les sables bitumineux de l'Alberta, au Canada, un des drames écologiques majeurs de notre temps, sont appelés des « sables pétrolifères » ; et « anarchie » est entendu comme signifiant désordre et chaos) et je rage comme vous quand les médias ne couvrent pas, ou trop peu, ce qu'on dit et qu'on fait, même lorsque cela mobilise beaucoup de monde. Mais je pense aussi que nous avons notre part de responsabilité dans notre malheur. Nous avons manqué de vision, d'abord, comme je l'ai dit, et cela est impardonnable. Mais nous avons aussi parfois été – nous le sommes même peut-être encore trop – arrogants, sectaires, intransigeants, nous entre-déchirant sur des points qui doivent paraître bien mineurs (parfois avec raison) vus de l'extérieur, d'une acerbe et inutilement dure critique pour de bons camarades avec lesquels on n'est pas d'accord sur un point ou un autre, et finalement méprisants pour les gens que nous tentons de convaincre et pour leurs valeurs et modes de vie. Nous avons donc, je le crains, parfois donné un bien piètre spectacle à celles et ceux que nous voudrions attirer. Michael Moore, le cinéaste bien connu, a suggéré il y a quelques années à tous les gens de gauche aux États-Unis, et spécifiquement aux intellectuels, d'aller jouer au bowling et de faire de la danse en ligne – je vous laisse décider ce que serait la traduction en France de cette idée. Je comprends parfaitement le message et il a raison. La question du pot de colle est plus vaste qu'une simple question d'image de respect des personnes. Il concerne aussi notre capacité d'être unifiés sur des questions de fond. La droite l'est. Malgré ses divisions, elle sait faire front commun pour préserver ce qui lui est cher. Nous les sommes beaucoup moins, et je le déplore.
Des souvenirs heureux
Je me souviendrai toujours de ces mois parmi mes cousins compagnons et de ces personnes magnifiques que j'ai croisées. Parmi tous ces souvenirs, un de mes plus précieux sera d'avoir pris la parole, comme je l'ai fait à quelques reprises, dans des Bourses du travail et de ce mélange de fierté, de vive émotion et de nostalgie que cela faisait naître en moi. Certes, je le sais bien, il n'est pas possible de simplement répéter aujourd'hui ce qui a été fait hier. Mais dans ces bâtiments admirables où se trouvaient, comme on sait, des salles de rencontre, des musées, des livres, des ressources de toutes sortes et mille autres incarnations à la fois de la solidarité et d'un idéal de vie sociale, politique et économique préfigurant la société de demain dans laquelle on espérait vivre, je trouvais de quoi méditer sur ce que l'anarchisme a été et pourrait être de nouveau. Sur ce qu'il devrait être aussi, en ces heures où il est d'une si grande et indéniable actualité. C'est que nos idées, j'en suis profondément convaincu, sont plus que jamais depuis très longtemps un fruit mûr dont d'innombrables personnes ont, sans le savoir, soif et faim. À nous de leur en faire connaître la saveur. Je tiens pour finir à remercier de tout cœur les personnes qui m'ont invité et permis d'échanger avec tant de gens.
Normand Baillargeon
L'article du Monde libertaire
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|   Olibrius Humanun Est : selon Duncan McDougall, de quoi l'âme est-elle le nom ?Le monde libertaire n°1640 (16-22 juin 2011)
L'âme est une entité bien utile pour les pensées despotiques, en d'autres termes, les théologies. On stipule, et souvent on impose, l'idée qu'il y a le corps et l'âme : le corps qui est agi et l'âme qui agit, le corps qui est instinct et l'âme qui est une destinée, le corps qui ressent et l'âme qui pense, le corps qui singe et l'âme qui s'ingénie, le corps qui nous animalise et l'âme qui nous théologise, le corps qui se dégrade et l'âme immortelle. Ce dualisme épuisant – car immarcessible – pour le penseur matérialiste, en d'autres termes, antispiritualiste, n'est pas qu'une vieille lune devenue insipide avec l'avènement des sciences biologiques et des neurosciences modernes ; il surgit et resurgit avec ténacité, aussi bien dans les propos les plus quotidiens que dans nombre de conceptions savantes. Les exemples sont pléthores. Pour l'anecdote, mais pas seulement, le SOS salutaire des marins signifie Save Our Souls : «Sauvez nos âmes» ! 1 Le prédicateur de quelque culte que ce soit réprime les corps et ne s'intéresse qu'aux âmes et à leur salut. Une grande partie de la psychologie préscientifique ou antiscientifique (comme la psychanalyse jungienne, par exemple), pourtant encore très présente, a pour élément de doctrine le dualisme de l'âme et du corps.
Comme une âme en peine
Comme toute idée suprême – en ce qu'elle est cruciale pour savoir de quoi le monde est fait et pour s'assurer d'un pouvoir sur ses habitants, pas nécessairement en ce qu'elle serait vouée à la vérité –, la notion d'âme fut défendue de maintes manières. Par la parole sacrée et indiscutable des Églises, par la seule force oppressive de la foi, ou encore par la sophistication de philosophes on ne peut plus sérieux (Descartes par exemple). Il y eut aussi les « démonstrateurs » de la réalité de l'âme qui entrèrent dans l'histoire par la petite porte du ridicule achevé… Duncan McDougall, médecin américain portant un nom à la Highlander (personnage de fiction immortel, écossais, qui renforce son pouvoir de vie en décapitant d'autres immortels), fut l'un d'eux. En 1907, dans les revues American Medicine et Journal of the American Society for Psychical Research, il publia des articles sur « l'hypothèse concernant la substance de l'âme et les preuves expérimentales de l'existence d'une telle substance », dans lesquels il prétendait avoir déterminé la masse de l'âme, et que cette dernière ne pesait rien de moins que 21 grammes. La définition de l'âme venait d'entrer dans le monde étriqué du scientisme. McDougall fut un intervenant singulier dans le débat bimillénaire à propos de la nature de l'âme car il la conçut comme une entité physique, donc susceptible d'être mesurée, alors que la notion d'âme, chez tout spiritualiste qui se respecte, se doit de posséder des caractéristiques d'impondérabilité et d'inétendue : l'âme est plus évanescente que l'évanescence même. Or, pour revenir à McDougall, il est patent que ce dernier explore son objet, l'âme, dans le cadre d'une démarche se voulant scientifique . Il produit un faisceau d'hypothèses (un truc du nom d'âme existerait, cette âme est physique, donc mesurable, elle est liée au corps et c'est la mort qui provoque la séparation du corps et de l'âme) ; il établit un protocole expérimental (c'est là que les choses deviennent particulièrement grotesques, et sordides – comme nous le verrons plus loin) ; il observe, il mesure ; il tire des conclusions. Quand on a ces idées en tête, le raisonnement impose de considérer que le corps mort sera moins pesant que le corps vif, et que la différence entre la masse ante mortem et la masse post mortem provient de l'évacuation de l'âme de son corps réceptacle. Le hic, c'est qu'il faut peser des vivants qui vont bientôt trépasser. Pas de la tarte ni du nougat, comme on dit à Montélimar… Mais Duncan est un opiniâtre. Il entreprend de poser les lits des moribonds sur des balances et d'observer la variation des masses lors du passage de l'arme à gauche. Vous imaginez la difficulté technique de l'opération, ne serait-ce que pour faire un constat de décès à une époque qui ne dispose pas des moyens actuels de monitoring. (Notons que notre médecin se moque de la question éthique comme de sa première liquette.) En sa qualité de médecin, il n'est certes pas dupe du fait que, après l'agonie, c'est la sarabande des gaz et des fluides qui s'échappent par tous les orifices disponibles, et qui produisent les émanations les plus diverses. Par conséquent, croit-il, ces multiples expulsions seront comptabilisées tout simplement parce qu'elles seront gardées dans le lit du défunt ; le docteur Jabuse veille aussi à prendre en compte l'évaporation de la transpiration du cobaye. Ah oui, j'allais oublier, ce dernier pourrait bouger, convulser, se révolter pourquoi pas, et donc fausser les mesures par ces mouvements intempestifs. Qu'à cela ne tienne : McDougall prend la précaution de n'expérimenter que sur un « matériel humain » conciliant : des tuberculeux rendus inertes par leur maladie (« Il me semblait idéal de sélectionner un patient mourant d'une affection causant un grand épuisement. La mort se produisant presque sans mouvement musculaire, la balance pouvait être plus aisément contrôlée, ce qui permettait de noter toute perte de poids avec davantage de certitude »). Le respect du trépassé est décidément une préoccupation inexistante chez notre « animologue ». Confiant dans son dispositif expérimental, il ne douta pas que toutes les variables fussent sous contrôle – ce qui est parfaitement illusoire –, et que la différence de masse, si différence il y a, ne pourra être interprétée qu'en tant que signe de l'existence d'une âme pondérable. Et, en effet, il prétend trouver cette fameuse différence de masse : « Le poids de l'âme est retiré du corps quasiment à l'instant du dernier souffle, bien que chez les sujets de tempérament oisif elle puisse rester une minute entière dans le corps. » Pour que l'histoire soit encore plus ridicule, mais cependant très instructive, il ne faut pas que j'omette les précisions suivantes. Six cobayes humains et quinze chiens ont été étudiés. D'après les mesures, les chiens font le même poids, morts ou vivants, ce qui est une bonne nouvelle pour les chiens de garde de toutes les religions : quelle hérésie de considérer que les animaux puissent posséder une âme, apanage des humains, attribut conféré par Dieu à la seule créature formée à son image. L'un des plus puissants dogmes religieux est ainsi sauf. Cela étant, à propos de la question de la scientificité des expériences de McDougall, une objection de base s'impose : les échantillons sont statistiquement non pertinents. Rien que sur ce point, l'étude peut être déclarée caduque (indépendamment même du caractère farfelu de l'hypothèse de départ et, comme nous l'avons vu, des conditions bancales d'utilisation des lits-balances). Mais le médecin n'en a cure. Des six cas – desquels il en ôte deux pour des raisons qui valent leur pesant de cacahuètes : il reconnaît avoir foiré une manip dans un cas, et note, en ce qui concerne l'autre, que les « mesures [ont été] perturbées par des opposants à l'expérience » –, il tire néanmoins un ensemble de conclusions auxquelles il veut donner… tout leur poids : l'âme existe, elle est le propre de l'homme, elle est matérielle puisque pesée, et, cherry on the cake, elle a un poids de 21 grammes.
Quelle leçon tirer de cette histoire ?
Que la science n'est pas ce quantitativisme obtus qu'exhibe un McDougall et que cette compulsion de la mesure est stérile parce qu'initiée par une idée elle-même stérile. Faire science, c'est, au départ du processus de connaissance, émettre une idée – une « idée préconçue », comme disait le physiologiste Claude Bernard dans l'Introduction à l'étude de la médecine expérimentale (1865), autrement dit, une idée déjà élaborée, soupesée – une idée qui fût donc une idée prometteuse, une hypothèse que celui qui la propose souhaite d'une grande portée heuristique (terme signifiant « qui contribue à la découverte »).
Leçon bis
L'exercice est délicat, mais on peut tenter de transposer cet épisode somme toute falot à notre époque. Selon des procédures, des moyens techniques et une échelle autrement plus développés, les nucléolâtres ne forment-ils pas des manières de convaincre qui, à y regarder de près, sont aussi dérisoires que les lits-bascules de McDougall ? Les hypothèses à prouver – (I) l'innocuité des centrales nucléaires, leur infaillibilité en situations sismiques ou terroristes ; (II) l'impossibilité d'une alternative énergétique – s'avèrent celles-là mêmes que les zélateurs de l'atome posent au départ de leur raisonnement : l'énergie électrique d'origine nucléaire est la plus sûre qui soit et la seule qui puisse être. Quatre mois après l'explosion de la centrale de Tchernobyl, Morris Rosen, alors directeur de la sureté nucléaire de l'Agence internationale de l'énergie atomique 2, déclarait : « Même s'il y avait un accident de ce type tous les ans, je considérerais le nucléaire comme une source d'énergie intéressante » (Le Monde, 28 août 1986). En 1987, au cours d'une audition parlementaire du Conseil de l'Europe sur les accidents nucléaires, le même – que nous prenons ici en tant qu'archétype du bureaucrate nucléolâtre – n'en finit pas de vider son sac à mensonges : « Les accidents comme Tchernobyl sont inacceptables mais les risques, comparés à ceux d'autres moyens de production d'énergie, peuvent être tolérables pour la société. » Il poursuit avec ces poncifs risquophiles : « Un accident nucléaire grave n'est pas impossible, mais il est très improbable. L'accident de Tchernobyl n'est pas acceptable, mais comparé à ceux que comportent d'autres sources d'énergie les risques qu'un tel accident se produise pourraient être tolérables. » « Un accident nucléaire n'est certainement pas tolérable pour l'individu, mais pourrait être tolérable pour la société. » « Tchernobyl a déjà illustré ce qui pouvait se produire dans les pires conditions, et la population soviétique a survécu. Quant au Japon, ce pays a l'un des programmes nucléaires les plus ambitieux au monde, en dépit des deux bombes atomiques qui ont été lâchées sur lui pendant la guerre 3. » Près de vingt-cinq après, ce n'est pas sans colère et dépit qu'on lit cette dernière phrase – si prégnante après Fukushima – dans l'air vicié de notre époque où les frasques ancillaires d'un « parrain » du capitalisme globalisé pèsent plus lourd – ô combien – dans les médias de masse 4 que la situation au Japon. Remarquons, pour finir, que les autoproclamés « climato-sceptiques » (Claude Allègre et consorts, parmi lesquels un géographe nippon ni mauvais), généralement docilement nucléolâtres, usent des mêmes sophismes, des mêmes entorses à la rationalité, des mêmes fraudes de la pensée. Mais c'est une autre – et longue – histoire, sur laquelle j'aurai sans doute l'occasion de revenir dans un article consacré à l'épistémologie de la modélisation du climat.
Conclusion
Au-delà du grotesque de ce qui pourrait n'être perçu que comme une simple anecdote historique, au-delà également du sale goût laissé par le récit des expériences conduites sur des sujets humains dans de si innommables conditions de mépris de leurs derniers instants, il y a sans doute – par effet de contraste avec ce simulacre pathétique de science – une ultime et néanmoins indécise leçon, que chacun développera à sa guise, sur la subtilité et la force probante de la science authentique, celle dont nous avons voulu donner quelques aperçus dans la rubrique « Sciences » du Monde libertaire durant cette année.
1. En code Morse, cela s'écrit « ti ti ti ta ta ta ti ti ti » (rien à voir avec les savoureux « titatas » avec lesquels l'un de nos amis truffe ses éditos du Monde libertaire). C'est par commodité mnémotechnique que cette suite de trois points, trois traits, trois points sans intervalles fut adoptée. Cette signification, ainsi que celle plus terre à terre – bien que s'agissant de mer – de « Save Our Ships » (Sauvez nos navires) ne lui fut accolée que plus tard, par un processus appelé rétro-acronymie (le fait d'attribuer après coup un sens à un acronyme ou un signe initialement choisi pour une autre raison). 2. Organisation internationale, placée sous l'égide de l'Onu, comportant 139 membres. D'après ses statuts, son rôle est d'assurer un usage sûr et pacifique des technologies nucléaires via les inspections des installations, la publication de recommandations visant la sûreté des installations. Elle est de facto une agence de promotion de cette source d'énergie. 3. Propos rapportés par La Gazette du nucléaire (n° 84-85, janvier 1988), publication du Groupement des scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire (http://resosol.org/InfoNuc). 4. C'est-à-dire là où la somme des intelligences des industriels de l'information qui désinforment et des trop nombreux spectateurs qui l'ingurgitent sans broncher équivaut au poids de l'âme selon McDougall…
Marc Silberstein
L'article du Monde libertaire
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1639Le monde libertaire n°1639 (9-15 juin 2011)
On ne s'étendra pas sur les mésaventures potagères et drôlatiques du concombre masqué ni sur l'acampada à la française plus réprimée par la flicaille à Paris qu'un apéro géant à Nantes (en démocratie sécuritaire mieux vaut chahuter bourrés que s'indigner sans violence). Qu'il soit permis de revenir sur la vague de scandales liés au sexe et à la politique. De façon avérée ou sous forme de présomptions insistantes , DSK au fond de sa prison dorée, le secrétaire d'État Tron et plus récemment un bien snob et bien réac ex-ministre de l'Éducation nationale nous le rappellent: Pour la nième fois, le voile se lève sur une « réelle réalité » bien peu reluisante, celle des violences faites par des mecs aux femmes et aux enfants, ces « sous-hommes ». Cette barbare et affligeante réalité réelle serait une des constantes de cette société si riche, si fière et si libérale. On rappellera en passant que la grosse moitié des terriens est constituée de femmes. Si on y adjoint les enfants, ça fait une écrasante majorité. Or donc en ce début de 21e siècle, comme avant, comme partout, dans les humbles chaumières, dans les glauques sacristies, dans les palais de marbre, on harcèle, on sadise la grande majorité du genre humain. Ça ne semble pas déranger outre mesure les titatas des télés, journaux et autres ordinateurs servilement soucieux de dénoncer « une vague de délations sans fondement avéré visant à déstabiliser la classe politique » et en appellent sans rougir à cette farce de « présomption d'innocence ». Mais les médias ont beau dire : d'Outreau à Marrakech en passant par New-York, la catholique Irlande, la Normandie profonde, dans les cages à lapin, les repaires à bondieuseries, les « riads » luxueuses et les palaces, des hommes souillent, torturent, violent, éventrent des enfants et des femmes - à couilles rabattues et en grande impunité : les incrédules pourront se reporter avec profit au site de l'association marocaine « Touche pas à mon enfant », le courageux TPAME qui lutte depuis des années contre la « hchouma », la honte qu'on devrait tous ressentir au spectacle de la pornographie, de la pédophilie et de la prostitution. Rien à faire des états d'âme ou des pertes de prestige des bourreaux. Aux anarchistes, une fois encore, de se cabrer devant cette ignominie planétaire, oubliée à force d'être actuelle et universelle.
L'article du Monde libertaire
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|   Au pays du touche-pipiLe monde libertaire n°1639 (9-15 juin 2011)
Tirant tête hors du trou, qu'entends-je ? Après le DSK circus voici, en piste, le Tron show, du nom de ce secrétaire d'État qui, selon ses employées, aimait à caresser leurs pieds. Mazette, quelle affaire ! Et les pisse-copies de se jeter sur le podophile en position de démissionnaire, comme la misère (du journalisme) sur le pauvre monde politique. N'écoutant que son courage et aussi, un peu, son penchant pour les perversités de toutes sortes, l'autruche s'est renseignée au sujet de la podophilie. Elle a ainsi appris que cette pratique s'inscrivait dans le cadre, plus large, des « paraphilies ». Bien. Kézako cette chose, l'amour des parachutes ? Ladite podophilie n'en concerne pas moins des milliers de gens dans ce pays, et connait nombre de variantes telles le footjob, acte qui, comme son nom l'indique, consiste à masturber le sexe du partenaire avec ses pieds, ou le trampling : se faire marcher sur le corps, par quelqu'un de chaussé ou non, plus subtil encore, le crushing, qui revient à écraser sous ses talons, aiguilles ou non, des insectes, à défaut de petits animaux — des bisons, non : trop compliqué. Au détour du blog « Onanisme and Co » (oui monsieur, quand l'autruche enquête elle le fait avec sérieux), on apprend également que « dans l'argot des maisons closes, sucer les pieds d'une prostituée était appelé « faire petit-salé ». Ça donne soif. Mais comme si Tron ne suffisait pas au bonheur des journaux du soir, voilà t-y pas que le philosophe au nom de bateau moche s'y met. Ferry, Luc, balance. Lâche tout de go le cas « d'un ancien ministre qui s'est fait poisser dans une partouze à Marrakech avec des petits garçons. » Son nom ? Là, silence. « Quand on n'a pas de preuves, on ferme sa gueule », précise très élégamment le présumé philosophe. C'est surtout que la transparence a ses limites, n'est-ce pas, des limites imposées par le code implicite de la caste à laquelle appartient Luc Ferry. Il risque des poursuites, dit-il, s'il cite le ministre pédophile. M'est avis qu'il risque bien pire, de son point de vue du moins, s'il brise l'omerta : la pure et simple mise au ban. Quoi qu'il en soit, au cœur même de ce Sarkozystan en totale capilotade, les affaires de cul risquent fort de s'accumuler durant l'année qui vient, au point que les solides armoires du ministère de la Justice verront leurs gonds céder sous le poids des dossiers. Ce n'est plus le pays des droits de l'homme, mais celui de sa langue, de son sexe, de ses doigts. Le pays du touche-pipi. Même le concombre s'y met, cuisiné à la mode serial killer ! À l'observer, comme ça, comme à la dérobée sur l'étal du concombrier, il nous paraissait jusqu'à lors parfaitement inoffensif. Que nenni, le voilà qui tue, en rafale, bien qu'aux dernières nouvelles ça ne serait pas lui mais la laitue, mais les radis, mais les tomates tueuses !... Cinq fruits et légumes par jour, qu'ils disent. Pas de doute, ils veulent notre peau. Elles devaient ne valoir pas cher, la peau des 250 passagers disparus en mer et au large de la Tunisie. Bougres et braves et courageux, embarqués de fortune, qui jamais ne verront ces côtes européennes rêvées comme accueillantes. Selon d'aucuns, aux macabres comptes, depuis 1988 il y aurait eu dans cette région, le détroit de Sicile, environ 12 000 noyés. « Ce qui en fait le plus grand cimetière marin, au monde », indique le journaliste en queue de reportage. Cimetière des espoirs, cimetière des illusions. Les murs de la forteresse Europe sont dressés, droits, solides, imperméables, inflexibles. Et l'Europe, depuis longtemps, ne rêve plus.
Frédo Ladrisse
L'article du Monde libertaire
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|   Espagne : réchauffement politiqueLe monde libertaire n°1639 (9-15 juin 2011)
Indignez-vous !
Ça a débuté comme ça : le 15 mai à Madrid les réseaux internet-facebook-twitter appellent les habitants à « s'indigner » ensemble pour protester contre la précarité de la population et la corruption des politiciens. Ces réseaux vont prouver leur efficacité ; en quelques heures 50 000 personnes se regroupent Puerta del Sol pour dénoncer la situation économique dans laquelle ils se trouvent, ainsi que la corruption du personnel politique, tous partis confondus. Le soir venu 200 manifestants décident de rester dormir sur place. Les forces de l'ordre les éjectent sans ménagement le lendemain. Encore une fois internet prouve son efficacité: ce sont 2 000 personnes qui viennent s'installer pour une deuxième nuit. Le jour ce sont des dizaines de milliers qui viennent « camper », et interactivité oblige, les campements commencent à se propager dans toute l'Espagne (jusqu'à une centaine de villes).
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| |   Les anarchistes biélorusses condamnés sans preuvesLe monde libertaire n°1639 (9-15 juin 2011)
Le 27 mai, le juge Zhanna Khvoynitskaya a condamné les anarchistes Ihar Alinevich, Mikalaj Dziadok, Aliaksandar Frantskievich, Maxim Vetkin and Yevgeni Silivontchik. Les jeunes hommes sont accusés de multiples actions politiques, parmi lesquelles figure l'attaque de l'ambassade de Russie à Minsk en août 2010. Ihar Alinevich est accusé des attaques contre l'ambassade de Russie et la BelarusBank (« Destruction de bien privé avec préméditation » article 218 paragraphe 3 du Code pénal biélorusse), une attaque contre le centre de détention provisoire de Minsk (même article), une attaque contre un casino et une manifestation illégale au quartier général de l'armée (« Hooliganisme aggravé » article 339 paragraphe 2 du Code Pénal Biélorusse). Le procureur demandait 9 ans en colonie pénitentiaire à régime strict 1, il a finalement été condamné à huit ans.
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| |   64e Festival de Cannes : palmes, iguane et autres chosesLe monde libertaire n°1639 (9-15 juin 2011)
Cannes est la plus grande foire commerciale du cinéma mondial, qui s'installe pendant onze jours dans une ville moyenne et multiplie le nombre de ses habitants et les prix de ses denrées, récoltant la manne du plus prestigieux des festivals de cinéma.
Le business concerne non seulement les films vendus et achetés, souvent sur scénario, mais aussi les tractations autour des films de renom. Ainsi le film mythique de Terrence Malick L'Arbre de vie (The Tree of Life), attendu depuis plusieurs années, n'aurait été obtenu qu'à condition de programmer également un autre film du même distributeur. C'est comme cela que La Source des femmes de Radu Mihaileanu – une grève d'amour dans un village anonyme du Maghreb pour obtenir l'adduction d'eau –, s'est retrouvé en compétition : la société Europacorp de Luc Besson distribuait L'Arbre de vie et imposa La Source des femmes.
Le film de Terrence Malick est considéré comme un grand film pour certains et un soap opera kitsch pour d'autres. Sur fond de grande épopée universelle filmée avec une esthétique digne du National Geographic, on assiste à l'histoire d'une famille. Le père (Brad Pitt) tient ses trois fils sous sa férule, tandis que sa femme essaie d'arrondir les angles mais ne parvient pas à protéger ses enfants. Sean Penn, censé être le fils aîné, est réduit à un rôle de figuration. Allergiques aux évocations mystico-planétaires, s'abstenir ! Même si ce grand réalisateur trouve étrangement encore ses images les plus convaincantes pour évoquer la solitude de son personnage dans le monde déshumanisé des gratte-ciel d'acier et de verre.
Domination américaine ?
Robert De Niro, président du jury, a surtout récompensé le cinéma américain : Palme d'or à Terrence Malick ; prix d'interprétation féminine à Kirsten Dunst pour sa performance dans Melancholia de Lars von Trier, luimême hors course après ses déclarations inavouables et persona non grata au Festival. Tandis que Tilda Swinton, l'extraordinaire interprète de We need to talk about Kevin (Nous devons parler de Kevin) était oubliée. Ce qui donne à penser que la famille dudit Kevin, un garçon pervers qui provoque sa mère et commet l'irréparable, a représenté un choc violent et inavouable, à l'aune des valeurs familiales traditionnelles.
L'attribution du Prix de la mise en scène à Drive (film américain du Danois Nicolas Winding Refn, tourné à L.A.) qui raconte la mort d'un conducteur exceptionnel, reste très discutable, alors que Nanni Moretti ou Aki Kaurismäki l'auraient tout autant mérité.
De la même façon, on peut s'interroger sur le fait qu'un maître du suspense avec un sens exceptionnel du plan tel que Nuri Bilge Ceylan ait à partager le Grand Prix du jury. Il était une fois en Anatolie est à l'opposé du cinéma des frères Dardenne, dont Le Gamin au vélo n'apporte rien de nouveau.
Magie passée et pouvoir du présent
The Artist – prix d'interprétation masculine pour Jean Dujardin et troisième film qu'il tourne avec Michel Hazanavicius – est un divertissement exquis. L'histoire d'une star déchue et d'une étoile montante, d'un serviteur fidèle et d'un chien adorable, qui sauve la vie de son maître, évoque Chaplin et le passage du cinéma muet au parlant, avec les mélos des années trente… Dujardin grimace trop, mais son « with pleasure » à la fin, alors qu'il est resté muet tout le long du film, est parfait.
Sean Penn aurait largement mérité cette récompense du meilleur acteur pour son interprétation magistrale d'un ancien rocker cheyenne dans le film de Paolo Sorrentino, This must be the place. Le timbre de sa voix reste gravé dans nos mémoires comme la rengaine d'un bon tube. Ce film amorce en plus une saine réflexion sur le non-conformisme, sur la responsabilité des artistes et sur les modes de résistance au pouvoir.
Même à Cannes, on résistait à l'emprise du Festival : manifestations des sans-papiers, travailleurs au festival, projections gratuites dans le cadre de «Visions sociales », plus de vingt films, au château de la Napoule, événement organisé par les comités d'entreprise des cheminots et des électriciens et gaziers de France. Les films primés des sections parallèles y étaient projetés. Comme simple cinéphile, il était possible de voir les films gratuitement à la Bocca après accréditation et en faisant la queue. (À noter que les accrédités presse font aussi la queue pendant une bonne heure sans aucune garantie de voir le film.)
Pater, La Conquête et autres films
Les films sur le pouvoir en place faisaient la part belle aux acteurs : ainsi Alain Cavalier, dans son film Pater, s'adresse en tant que « président » avec circonspection à son «Premier ministre », Vincent Lindon. Dans ce film élaboré ensemble, ils se disputent le pouvoir et discutent abus et transmission. Seule leçon à tirer de ce film imaginaire : ceux qui sont au pouvoir mangent des truffes et autres délices… Pourtant, le film de Cavalier restait le meilleur de ces portraits des puissants de ce monde : Xavier Durringer, dans La Conquête, montre un homme qui gagne le pouvoir et perd sa femme. Les tics du personnage de Sarkozy sont imités à la perfection par Denis Podalydès.
Pierre Schoeller, L'Exercice de l'État, trace un portrait au vitriol des arcanes du pouvoir.
Sans oublier Rithy Panh, Duch, le maître des forges de l'enfer, frère numéro quatre des khmers rouges, filmé dans sa cellule. Ce film pose des questions sans donner de réponses, Rithy Panh désirant continuer à filmer mais craignant l'interdiction.
Surtout, les cinéastes iraniens, Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof, assignés à résidence et condamnés à vingt ans de silence, ont bravé l'interdit et ont fait parvenir des oeuvres splendides à Cannes. Leurs films, montrés en l'absence de leurs auteurs, apportaient la preuve de leur courage et de leur talent : Jafar Panahi filme, dans son appartement, son quotidien d'homme surveillé interdit de sortie et menacé de toutes parts. Il garde l'iguane de sa fille et réfléchit sur le cinéma et ce qu'il peut dire, même dans cette situation extrême. Son assistant, Rasoulof, a réalisé Au revoir, un film sur une avocate interdite de plaider et qui veut quitter l'Iran. « Mieux vaut se sentir étranger à l'étranger que dans son propre pays », dit-elle à son mari qui ne veut pas partir. Tous les deux seront arrêtés.
Même le Polisse de Maïwenn entre dans cette catégorie des films-réflexion sur les limites du pouvoir. Le film secoue pas mal de certitudes. Et si une brigade de mineurs essayait vraiment de protéger les enfants ? De quel pouvoir policier s'agit-il, s'il y a toujours un supérieur qui protège un suspect haut placé, si les voitures de service ne sont pas disponibles lorsqu'il faut mener une opération contre les proxénètes et la prostitution d'enfants ? Maïwenn mène son film à un rythme effréné. Coécrit avec Emmanuelle Bercot, elle y révèle les qualités d'acteur de Joey Starr qui, dans le film comme dans la vie, assure la réalisatrice, ne peut voir un gamin pleurer sans voler à son secours et ferait volontiers la peau d'un père qui abuse de sa petite fille.
Mais il y avait aussi de la joie dans ce festival de Cannes…
La Fée, coécrit et interprété par trois auteurs : Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy (Iceberg, Rumba) ouvrait la ronde des films où le rire est au rendez-vous. Le gardien d'un hôtel minable accueille une femme en pyjama. C'est « la fée », échappée d'un asile, qui exaucera ses voeux : un scooter et de l'essence à vie et à volonté. Pour le troisième voeu, on attend toujours. La Fée a été tournée au Havre où des Africains cherchent à partir en Angleterre. Ils sont installés sur la plage en attendant que la promenade nocturne et aquatique de nos amoureux leur procure des habits neufs. La grande tradition du burlesque (Keaton, Tati) est ici revisitée. Ce sont des athlètes du gag qui travaillent leurs numéros comme autant de performances, moteurs du récit : sans truquages, camoufler une femme enceinte sous un imperméable que porte l'homme qui l'enlève et s'enfuit avec elle sur un scooter !
Deuxième merveille : Le Havre, film du finlandais Aki Kaurismäki. Première séquence : Les chaussures des gens qui vont au travail sont filmées en gros plan. Tout le monde porte des baskets. Et puis on voit que ce sont les cireurs qui regardent les souliers avec consternation. André Wilms, Évelyne Didi, Kati Outinen et d'autres disent des paroles de tous les jours et habitent les anciens quartiers ouvriers de la ville du Havre. La boulangère, l'épicier et la tenancière de bistrot forment une communauté témoin d'une qualité de vie disparue. Ils ravivent la solidarité ouvrière, créent du lien social, mieux, des complicités qui résistent aux lois sur l'immigration et arrivent à faire partir un jeune Africain vers l'Angleterre où sa mère est installée depuis des années. Le cinéma de Kaurismäki est toujours fait de manière artisanale, il se sert de sa vieille caméra des années soixante-dix, sa palette de couleurs est fondamentale. Il cadre au cordeau et fait rire de bon coeur, alors que la tragédie menace. Tout se termine bien, même le commissaire (Jean-Pierre Darroussin) donne un coup de main, il en a marre d'être détesté, donc il défie sa hiérarchie.
On peut rire de choses graves, mais pas avec n'importe qui, semble dire Moretti qui s'attaque à la puissance du Vatican et à la personne du pape dans le film le plus intelligent de la compétition. Nous avons ri et assisté à des matchs entre cardinaux, nous avons entendu le pape (Michel Piccoli) pousser un cri de bête traquée et refuser son ministère, car comment peut-on montrer la voie à l'humanité quand on est perdu soi-même ? Habemus papam est une leçon d'humilité et de vérité : Nanni Moretti réalise là son chefd'oeuvre. Il atteint le degré de détachement nécessaire pour dire quelque chose d'implacable sur la société italienne, le pouvoir du Vatican et le non-sens de la papauté.
Et puis il y a ce Festival de Cannes où la Tunisie et l'Égypte ne proposent que des oeuvres mineures, mais où la jeune cinéaste Leila Kilani sauve l'honneur de ce monde arabe en révolte en transmettant l'esprit de l'insoumission incarné par Badia, jeune fille, ouvrière «crevette » dans Sur la planche (Quinzaine) : « Je ne vole pas, je me rembourse. Je ne cambriole pas, je récupère. Je ne trafique pas, je commerce. Je ne me prostitue pas, je m'invite. Je ne mens pas, je sais déjà ce que je serai, je suis juste en avance sur la vérité : la mienne.»
Badia (Soufia Issami) a la rage au ventre. Quand elle a une pause dans l'usine où elle épluche des crevettes dix heures par jour, donc un moment pour se poser ou fumer une cigarette, elle ne tient pas en place. Elle essaie plusieurs fois de prendre d'assaut un mur vertical. Elle s'élance, alors que ce mur est infranchissable. Badia va toujours s'attaquer à plus fort qu'elle. Dommage que Badia ne puisse rencontrer Joey Starr, utiliser sa douche et faire partir cette odeur de crevette. Ainsi se met-on à rêver de rencontres. Preuve s'il en est que le cinéma peut transformer le monde, au moins pendant 90 minutes.
Heike Hurst
L'article du Monde libertaire
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|   Alternatives en actes, ou comment construire une Amap libertaireLe monde libertaire n°1639 (9-15 juin 2011)
Les réflexions portées depuis quelques temps par des membres et groupes de la Fédération anarchiste quant à la place que doit prendre un libertaire dans les alternatives en actes : Amap, coopérative de production, groupements d'achat, offrent de nombreux champs d'applications et cela que l'on soit « fédéré» ou tout bonnement «libertaire ». Entre un pragmatisme visant à envisager la Révolution en consommant bio et un dogmatisme enfermé dans un verbiage radical du genre : « C'est moi le meilleur anarchiste et les autres sont tous des cons donc je ne m'en occupe pas! » Il existe aujourd'hui, dans notre société, où les appareils politiques n'ont plus grand poids, un immense espace de libertés créatrices. L'exemple de Court Circuit, une «Association » pour le maintien de l'agriculture paysanne, créée à Saint-Denis (93), en mai 2010 par des membres du groupe Henry Poulaille peut servir de fil conducteur.
Une pratique et un contenu libertaire
Il se créé actuellement des Amap un peu partout en France à l'initiative de personnes souhaitant consommer des produits de bonne qualité, souvent des produits bio. La question ne sera donc pas simplement de créer une Amap mais de se donner, et d'appliquer, un certains nombre de principes qui donneront à cette Amap une coloration libertaire. Le point essentiel que nous avons expérimenté à Saint-Denis est le refus de créer une structure au sens institutionnel du mot et que ce soit une association ou une multinationale. Lorsque nous avons lancé cette initiative à la Bourse du travail, avec un public d'environ 200 personnes, la question de l'association a bien évidemment été posée et, comme organisateurs, nous avons radicalement exprimé notre scepticisme quant à la nécessité de créer une telle structure… Un débat, animé sans doute, mais qui a débouché sur un collectif sans président , sans bureau ou plus simplement sans espace de pouvoirs où risqueraient de s'incruster quelques politiciens en herbe, ou alors quelques emmerdeurs. L'Amap Court Circuit fonctionne ainsi de façon horizontale et nous verrons bientôt comment.
Le refus de rentrer dans « l'institutionnel »
Un autre point essentiel quant au fonctionnement de la structure a été de revendiquer une totale indépendance vis-à-vis du pouvoir politique en place et cela quel que soit sa couleur. À Saint-Denis, notre maire est membre du Parti communiste et la négociation que nous avons menée en décembre 2009 reposait sur des principes forts : nous sommes des militants de la Fédération anarchiste, nous voulons créer une Amap de plusieurs centaines de paniers, nous voulons des moyens et non pas de l'argent… Bien évidemment, tout n'est pas gagné d'avance face à un élu mais il n'empêche que cette approche politique de l'action est claire et radicale… Ou bien le projet peut être mis en place ou bien cela n'est pas possible…
Une charte morale entre les Amapiens
L'engagement des Amapiens est politique et c'est pour cela que notre charte revendique des principes forts et hiérarchisés… Tout d'abord, Court Circuit est une association pour le maintien de l'agriculture paysanne. Habitants d'une ville, notre propos est avant tout de soutenir des agriculteurs ayant une pratique respectueuse de l'environnement et de la biodiversité. Sa vocation est de tisser des liens fondés sur une solidarité entre producteurs et consommateurs. Les relations sont simplement basées sur la compréhension d'intérêts partagés et construites autour de contrats conclus entre humains libres. La lutte contre la grande distribution est l'objet du second point de notre charte. La création d'un espace de rencontres, de convivialité, d'amitiés, de créativité et d'échanges est le troisième point d'ancrage de Court Circuit. Enfin, et contrairement à de trop nombreuses Amap, la question des produits est restée largement ouverte puisque l'engagement de notre agriculteur repose, afin d'aller dans de bonnes conditions vers une production bio, sur l'utilisation dans un premier temps de produits chimiques acceptés par l'agriculture biologique et dans une second temps, sur la demande de certification bio d'ici trois ans.
Les résultats
Après avoir trouvé un jeune agriculteur de proximité (ce qui n'est pas le plus compliqué contrairement à ce que l'on dit souvent !) nous avons lancé Court Circuit en mai 2010 pour un premier panier hebdomadaire de cinq légumes et fruits à 10 euros à partir de septembre 2010. Soixante-dix familles se sont engagées sur six mois, soit jusqu'à mars 2011. À cette date, cinquante nouvelles familles nous ont rejoint pour la période mars 2011 à septembre 2011. Enfin, un nouvel agriculteur, producteur bio, propose, depuis mai 2011, quarante paniers supplémentaires en attendant la rentrée de septembre où Court Circuit comptera 200 paniers.
Un terreau fertile aux pratiques et idéaux libertaires
La création de Court Circuit nous a permis de mettre en lumière une pratique et des valeurs libertaires. L'espace nécessaire à la distribution des paniers hebdomadaires les mercredi et jeudi a débouché sur l'ouverture d'un lieu alternatif qui regroupe Court Circuit mais aussi l'université populaire de Saint-Denis, un centre sur la laïcité, une bibliothèque sociale forte de 350 ouvrages, offerts par les éditeurs amis, un rayon de vente de produits équitables en libre service et, bien sûr, le groupe Henry Poulaille. Ce local est à la disposition des membres de l'Amap qui y organisent des ateliers vélos, des projections de documentaires, des répétitions artistiques diverses. Parallèlement, une équipe d'une vingtaine d'Amapiens a lancé une expérience de culture « en lasagnes » sur une friche abandonnée et un autre groupe réfléchit à un développement du compost sur notre ville. Enfin, cette expérience nous a permis de soutenir, à hauteur de 70 pains par semaine, la boulangerie coopérative La Conquête du pain, qui s'est créée à Montreuil en septembre 2010.
Et alors !
Parce que nous sommes membres de la fédération anarchiste, nous pensons que l'action organisée est nécessaire face au capital et aux politiciens de droite comme de gauche… La création d'une Amap, au-delà du soutien à un jeune agriculteur, de la qualité des produits consommés et d'une convivialité évidente peut devenir un creuset libertaire. C'est ce à quoi nous nous emploierons dans les mois qui viennent.
Jean-Claude Richard, groupe Henry-Poulaille (Saint-Denis) de la Fédération anarchiste
Un site Internet : www.amap-court-circuit.org
L'article du Monde libertaire
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|   Météo syndicaleLe monde libertaire n°1639 (9-15 juin 2011)
C‘était il y a un peu plus d‘un mois. À Nancy, au magasin du Printemps, on trouve un stand de la marque Kookaï. Vient à passer Nadine Morano, ministre de l'Apprentissage et de la Formation professionnelle, sa fille et un garde du corps. Une vendeuse fait une réflexion un peu sarcastique, on lui demande de s'excuser, ce qu'elle fait mais son licenciement intervient quand même ! Et là, triste succession de couacs syndicaux. S'il est plus qu'avéré que c'est ladite Morano qui a exigé la mise à pied, côté riposte syndicale de base c'est le calme plat. Du côté CFDT Kookaï (dont l'employée dépend) on donne raison à la direction, la « réflexion un peu sarcastique » ayant donné une « mauvaise image » de la marque. La CGT Printemps déclare, en gros, ne pas pouvoir intervenir puisque le stand Kookaï n'est pas dans sa juridiction. Sale temps pour le syndicalisme ! Si dans le commerce les réflexes de classe sont tels des couteaux ébréchés, on attendait plus de la Fonction publique. Puisque souvent l'opinion publique déclare à l'envi que les boutiques officielles du syndicalisme s'occupent surtout des grandes entreprises et du secteur public. C'est mardi de la semaine dernière (31 mai) que les quelque 5,2 millions d'agents de la Fonction publique (État, territoriale et hospitalière) étaient appelés à s'opposer à la politique d'austérité salariale du gouvernement. Entre autres le gel du point d'indice suscite le mécontentement du personnel. Comme le déclare Anne Baltazar, secrétaire générale FO-Fonctionnaires : « Il intervient dans un contexte détestable marqué par les suppressions d'emplois et la dégradation des conditions de travail imposées par la révision générale des politiques publiques (RGPP). » Les huit fédérations syndicales des fonctionnaires avaient uni leurs efforts. Cela n'a pas donné lieu à de grandes démonstrations de force… 150 manifestations et rassemblements n'ont récolté que le refus catégorique du nouveau ministre de la Fonction publique de revenir sur le gel du point d'indice. « Le gouvernement ne veut rien entendre et il y a donc là casus belli », a déclaré la CGT au nom de l'intersyndicale. Une nouvelle réunion est prévue mais on reste dubitatif sur la capacité actuelle à « développer ensemble la riposte ». Si l'avenir est incertain pour le mieux-être dans la Fonction publique, sur le front de l'emploi des jeunes ce n'est guère mieux. La semaine dernière un sentiment de déception dominait chez les délégués CFDT, CGT, CFTC, FO et CFE-CGC après une réunion avec le patronat. Le sujet en était le point « alternance et stages de la négociation sur l'emploi des jeunes ». Du côté de la CGT on dénonce un texte « trop centré sur les aides aux employeurs. Il n'y a rien dans le maintien dans l'emploi de ces jeunes ». Quant à FO, la centrale syndicale qualifie cette négociation « de ratée, impulsée en réaction à la politique du gouvernement… ». Tout le monde doit se revoir, mais c'est pas la joie. Bref, pour ce qui est des luttes, pour autre chose, on est mal en point. Il y a comme toujours des victoires salariales ça et là, mais, pour faire bref, on cherche toujours la locomotive fédérative !
Loulou Barbesois
L'article du Monde libertaire
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|   Que reste-t-il du FHAR, quarante ans après ?Le monde libertaire n°1639 (9-15 juin 2011)
De jeunes camarades demandent régulièrement aux quelques anciens militants du Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) s'ils ne veulent pas intervenir dans la presse militante ou dans des conférences. En effet, ce mouvement né, comme le Mouvement de libération des femmes (MLF), en 1971 est directement issu de la lutte des femmes. Il a laissé une image très positive, même quarante ans après 68. Cela vient-il du subtil mélange qu'a su entretenir le FHAR entre humour, sens de la dérision et militantisme, ou bien de son organisation sur des bases libertaires ? Nous avons essayé de répondre à ces interrogations durant le Festival des résistances et des alternatives à Paris, qui a rassemblé beaucoup de militants des jeunes générations.
Avant le FHAR, il n'y avait rien ou presque ! Avant 68, l'homosexualité était encore taboue en France, et Arcadie et son mensuel étaient la seule et unique voix d'expression des gays en France. La revue, qui permettait de faire partie de l'association avait été créée par André Baudry, avec le soutien de Roger Peyrefitte et de Jean Cocteau. Elle fut interdite aux mineurs dès 1954, et censurée. En 1960, à la promulgation de l'amendement Paul Mirguet comptant l'homosexualité parmi les « fléaux sociaux », les petites annonces et les photographies furent supprimées. Autant dire qu'à cette époque, la devise des homos était plutôt : pour vivre heureux, vivons cachés ! Il fallu attendre Mai 1968 pour que deux militants rédigent un texte-affiche signé « Comité d'action pédérastique révolutionnaire », dont huit furent collés sur les murs de la Sorbonne. Le lendemain, elles avaient disparu. Cependant, un millier de tracts en reproduisant le texte furent distribués à l'Odéon et dans les tasses, de Paris (à l'époque, les tasses ou vespasiennes, étaient les seuls lieux de drague accessibles avec quelques parcs et jardins). Pendant quelques années, il ne se passa plus rien en France.
La revanche de Stonewall
En revanche, c'est de l'autre côté de l'Atlantique qu'en 1969 éclatent les fameuses émeutes de Stonewall. Dans la nuit du 27 au 28 juin, la police new-yorkaise opère des descentes musclées dans les bars gays de Greenwich Village. Quand elle investit le Stonewall Inn, établissement installé à Christopher Street, les clients se rebellent. Des passants se joignent à eux, la foule grossit et les forces de l'ordre sont obligées de se barricader dans l'établissement en attendant les renforts. Suivront une série de manifestations spontanées et violentes qui durèrent cinq jours et cinq nuits, comme si toutes les brimades endurées par les homosexuels durant des siècles ressurgissaient subitement. Ces événements sont souvent considérés comme le premier exemple de résistance des gays et des lesbiennes contre l'homophobie aux États-Unis et partout dans le monde. Un an plus tard, les militants gays de New York organisent une marche pour commémorer l'événement: la première Gay Pride.
Femmes et « pédales » mêmes ennemis, même combat !
Retour en France : le 26 août 1970, les militantes féministes « rendent les honneurs à la femme du soldat inconnu ». En septembre de la même année, à la suite d'un numéro de la revue Partisans consacré à la libération des femmes, un certain nombre de lesbiennes militantes rejoignent ce petit groupe qui n'a pas encore de nom officiel et sont bientôt suivies par un certain nombre d'homosexuels hommes. Le groupe devenu mixte participe activement au sabotage du meeting organisé par le professeur Lejeune, le « conseiller scientifique» de l'association anti-IVG Laissez-les-vivre. Un mois plus tard, le 10 mars 1971, salle Pleyel, a lieu une intervention du tout jeune MLF et de militants homosexuels des deux sexes, contre l'émission publique de Ménie Grégoire « L'homosexualité ce douloureux problème » sur Radio Luxembourg. L'estrade est envahie et les orateurs s'enfuient sous les cris de « À bas les hétéroflics » et « Les travelos avec nous ». En mai 1971 paraît le premier des six numéros du journal Le Torchon brûle, édité par le MLF jusqu'en 1973.
Création du FHAR sur un mode libertaire
Malgré la présence de quelques homosexuels masculins tolérés dans certaines AG, le MLF est non mixte et la question du désir lesbien et de l'homosexualité a du mal à émerger. De ce fait, plusieurs militantes du MLF participent avec les militants gays à l'émergence du Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) en mars 1971, rejoints par des militantes des Gouines rouges, un groupe qui constitue la liaison entre le MLF et le FHAR. Le FHAR est donc issu d'un rapprochement entre des féministes lesbiennes et des activistes gays et marque la naissance de l'image de « la folle – ou la goudou – revendicative » (en opposition à « la folle – ou la goudou – honteuse », versus Arcadie), à la fois aux plans de la sexualité et du genre. Les militants du FHAR portent leur critique sur toutes les formes de contraintes sociales (la normalité, la famille, la domination masculine, les « hétéro-flics » et les « homo-flics »). Le fonctionnement du groupe s'appuie sur une pratique politique anti-autoritaire, la « fierté communautaire » et l'action de rue. Au FHAR, il n'y a pas de chef, pas de comité directeur, pas de porte-parole. Les principales activités du groupe consistent en des distributions de tracts dans les boîtes homosexuelles et les réunions hebdomadaires dans un amphithéâtre des Beaux-Arts, ou des interventions à la faculté libre de Vincennes. Au plan théorique, des groupes de travail et de réflexion sont constitués autour de plusieurs thématiques.
Un mouvement trop voyant
Sans se revendiquer comme leaders, l'écrivain et coauteur avec Félix Guattari de Trois milliards de pervers, Guy Hocquenghem et l'écrivaine et cofondatrice du MLF, Françoise d'Eaubonne sont les deux principales figures qui animent le mouvement. Lors des réunions aux Beaux-Arts, on croise également la chercheuse du CNRS, Christine Delphy, spécialisée dans le féminisme et les questions de genre, l'écrivain communiste-libertaire Daniel Guérin ou encore René Schérer, le philosophe fouriériste proche de Gilles Deleuze et de Michel Foucault (habitué aujourd'hui du Monde libertaire et de Radio libertaire), etc. Fort de cette « petite armée » intellectuelle mais pacifique, en avril 1971, le FHAR participe à la rédaction du journal Tout – ce que nous voulons : la révolution, et obtient un quatre pages où le mouvement a la possibilité de s'exprimer librement (c'est à la suite de ce numéro que je militerai au FHAR). Le groupe décide, entre autre, de publier un manifeste inspiré de celui des 343 salopes avorteuses, avec un préambule choc : « Nous sommes plus de 343 salopes. Nous nous sommes fait enculer par des Arabes. Nous en sommes fiers et nous recommencerons. » Les pouvoirs publics s'émeuvent de sa large diffusion… le numéro est saisi et Jean-Paul Sartre est poursuivi pour y avoir publié une déclaration. Finalement, un arrêt du Conseil d'État déclare inconstitutionnelles les atteintes à la liberté d'expression et fait cesser les poursuites.
1er mai 1971 : le FHAR au milieu des syndicats
Le 1er mai 1971, pour la première fois de l'histoire, des hommes, des femmes et des transsexuelles défilent fièrement et joyeusement, sans service d'ordre, avec à leur tête une simple banderole en toile blanche bombée du nom du FHAR, tandis que les militants massés derrière scandent : « Les pédés dans la rue », « Nous sommes tous un fléau social », « Nous ne sommes pas des poupées, phallocratie : à bas ! ». Les réactions sont mitigées, plutôt récalcitrantes du côté des syndicats et, selon mes propres souvenirs, plutôt amusées du côté des libertaires, à l'époque la Fédération anarchiste (FA) – dont je faisais également partie, tout en ne cachant pas mon appartenance au FHAR – et l'Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA). Des gros bras de la CGT essayent de nous interdire la manif, mais, instinctivement, suivis par les comités de lycéens, nous emboîtons le pas à la FA, qui entre également en force (comme chaque année) dans le cortège syndical, et nous collons derrière… Un scénario qui se reproduira tous les ans (peut-être explique-t-il les liens avec des associations comme Act Up-Paris, qui préfèrent encore aujourd'hui défiler avec les libertaires le 1er mai avant de se glisser dans le cortège purement syndical de l'après-midi ?).
Qui trop embrasse mal étreint !
À la suite aux quatre pages parues dans le journal Tout et à la manifestation du 1er mai, le FHAR prend rapidement de l'ampleur et de l'importance. Une dizaine de comités de quartier sont créés et fonctionnent, ainsi que dans différentes villes de l'Hexagone, notamment à Marseille, où des militants organisent plusieurs actions. Le courrier afflue, surtout de province. Le 27 juin 1971, les militants du FHAR se joignent aux féministes pour fêter l'anniversaire de la fondation du Groupe de libération des femmes, au jardin des Tuileries. Mais la fête militante est interrompue par l'arrivée massive des flics qui interpellent et embarquent quatre participants. Cependant, les réunions hebdomadaires continuent aux Beaux-Arts, mais la prédominance numéraire des hommes commence à agacer les féministes et les lesbiennes qui ont l'impression que leurs spécificités sont occultées, et finit par amener à la scission. Les lesbiennes et des femmes du FHAR constituent formellement le groupe des Gouines rouges, qui a pour objectif d'orienter plus spécifiquement leur lutte contre le sexisme et la phallocratie. C'est une époque où d'autres fractions se singularisent, comme les Gazolines, et où naissent la revue théorique situationniste Le Fléau social et la revue L'Antinorme, qui explique dans son premier numéro: « Être militant au FHAR, c'est revendiquer notre liberté physique et morale par la destruction des lois de la société en place et des tabous de la religion judéo-chrétienne. » C'est dans cette optique qu'il faut interpréter le défi lancé aux moeurs par certains camarades qui se sont mis à poil dans l'amphi de Beaux-Arts au cours d'une assemblée générale. Ce geste était un acte libérateur visant à une égalisation des rapports. La nudité estompe les critères apparents de richesse déduits de l'habillement, une tentative de destruction des notions bourgeoises selon lesquelles il y a d'un côté une belle jeunesse qui doit se taire, et de l'autre des vieux, compensant leur « laideur » par l'exercice du droit à la parole et du pouvoir et enfin, une pratique révolutionnaire attaquant sur un mode radical les lois antisexuelles de notre société qui se fondent uniquement sur des critères idéalistes : la pudeur, ou les bonnes moeurs. Pour leur part, les militants du FHAR publient en 1971 un Rapport contre la normalité et se collent à l'écriture d'un épais numéro spécial de la revue Recherches dirigée par Félix Guattari, qui ne paraît qu'en 1973.
L'heure des scissions
Bien que tous ces groupes se reconnaissent dans les slogans du FHAR : « Prolétaires de tous les pays, caressez-vous ! », « Lesbiennes et pédés, arrêtons de raser les murs ! » et la lutte contre les « hétéro-flics », ils finissent par prendre leurs distances les uns par rapport aux autres. D'autres conflits s'amorcent, notamment celui concernant les positions (non majoritaires) du FHAR sur le droit à la libre sexualité pour les mineurs. Les Gazolines sont un autre point de discorde. En effet, leur groupe situationniste pousse la logique de la provocation à l'extrême et interroge la structuration du pouvoir à l'intérieur du FHAR, selon elles, détenu par quelques intellectuel(le)s, tout en pointant du doigt la rigidité morale des militants d'extrême gauche. Ainsi, apparaissent-elles voilées de noir à l'enterrement de Pierre Overney, militant maoïste tué par un vigile en 1972, en scandant « Liz Taylor, Overney, même combat ! ». Cette performance suscite la colère des organisations d'extrême gauche qui reprochent au FHAR son manque de tenue et son manque de sérieux. Si les Gazolines ont atteint leur but, c'est-à-dire rendre visibles les limites de l'extrême gauche en matière de sexualité, elles provoquent la démission de Daniel Guérin qui quitte le FHAR, à cause de leurs outrances durant l'enterrement de Pierre Overney. Pour sa part, Françoise d'Eaubonne quitte également le Front, n'y voyant plus qu'un « vulgaire lieu de drague ». Après trois ans d'existence et de militance, c'est en février 1974 que la police interdit les réunions à l'école des Beaux-Arts, et que le FHAR, après avoir fait bouger bien des choses, abandonne ses actions spectaculaires.
Quel héritage pour le FHAR ?
Cependant, le FHAR a fait des petits ! Ses héritiers sont les Groupes de libération homosexuels (GLH), la plupart situés en province, le GLH-PQ (politique et quotidien) et les groupes Sexpol (sexe et politique), qui ont autant d'histoires propres. Leurs objectifs et revendications, issus du FHAR, perdureront à travers les associations homosexuelles des années 1980, comme les Universités d'été euro-méditerranéennes des homosexualités et le CUARH ou la création de la revue Gai Pied. Malgré les ravages causés par les années sida, les côtés radicaux et politisés du FHAR seront repris par les mouvements lesbiens, gay, bi et trans, inspirant en partie le courant queer, aux États-Unis et en France. Sur un autre registre, Act Up-Paris sera créé en 1989 et se démarquera en proposant une nouvelle forme militante : « le pédé séropositif », qui marquera une rupture générationnelle. Pour autant, si le premier objectif d'Act Up est la lutte contre l'épidémie, l'association ne reniera jamais, mais au contraire continuera à s'appuyer sur la « figure de la folle » fortement revendicative sur le plan de la sexualité et, en quelque sorte par extension, sur l'identité des personnes séropositives. Au fur et à mesure de son existence, l'association deviendra mixte et radicalisera son discours politique, avec des actions toujours non violentes, gardant en son sein une poignée de militants libertaires. Ces derniers seront les garants d'une pratique issue du FHAR : les décisions sont prises en assemblée générale, qui a lieu tous les jeudis dans un amphithéâtre des Beaux-Arts, en souvenir des plus belles années du FHAR. Et à quand la remise au goût du jour d'une convergence de toutes les luttes pour la Sociale, le libre choix et l'autodétermination des individus dans le respect mutuel ?
Patrick Schindler
L'article du Monde libertaire
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|   Quel pouvoir veut-on abolir ? Les mots ont des sens, écoutons-les…Le monde libertaire n°1639 (9-15 juin 2011)
Quand on se fait chier, des fois, on ouvre un dico, n'importe lequel. C'est ce qui m'est arrivé la dernière fois, et je suis tombé sur ce fameux mot de « pouvoir ». Comme je pouvais m'y attendre, j'y ai lu « puissance », « autorité », « influence exercée sur quelqu'un » et « avoir l'autorisation ». Mais, à bien y regarder, j'y ai aussi lu « possibilité », « capacité », « avoir la faculté de faire quelque chose », « oser », « avoir l'audace », « être possible ». Si les premières définitions données renvoient au principe de domination, c'est-à-dire à l'idée qu'un individu investi du pouvoir est un individu au-dessus des autres, qui les soumet, qui limite – s'il le souhaite – leur liberté, les secondes relèvent, quant à elles, du registre de l'action, du « faire », de la possibilité, de la construction, de la création, de l'art. Si les premières s'inscrivent dans l'idée du commandement des hommes par des hommes, les secondes appartiennent à l'idée de capacité d'agir sur son environnement, de créer, de gérer. Si les premières renvoient à l'autoritaire, les secondes appellent plutôt la liberté. Dès lors, fort de ces quelques lumières lexicales, peut-on toujours avancer – sans paraître absurde – que l'anarchisme tend à abolir le pouvoir ? Ne devrait-on pas plutôt parler d'abolition de la domination, c'est-àdire du pouvoir transformé en instrument de soumission d'autrui ? L'anarchisme lutte-t-il à détruire le pouvoir entendu comme « faculté de faire quelque chose »? L'anarchisme serait-il le néant, la négation de tout, y compris de l'action humaine sur son environnement naturel et social ? L'anarchisme serait-il, en fait, un nihilisme ? Bien sûr que non, et grand mal en fasse aux bourgeois. Il est, au contraire, porteur d'un véritable projet global de société. Il est créateur, constructeur, bâtisseur, capable, actif, mouvant, vivant. L'anarchisme agit, il peut, il est un pouvoir. Le pouvoir d'avoir sa propre vie entre ses propres mains. Mais un pouvoir construit de sorte qu'une personne l'investissant ne puisse soumettre autrui, s'imposer, se hisser « au-dessus » de la base sociale, dominer. Un pouvoir qui fait que celui qui fait, qui agit, qui est capable n'est jamais supérieur aux autres. Un pouvoir qui s'épanouit dans le cadre d'un contrôle permanent assuré par des principes et des structures formels. Un pouvoir qui nie la domination, un pouvoir qui nie le commandement, un pouvoir anarchiste. Mais, au fond, et je vous l'accorde très volontiers, tout cela n'est qu'une question de langage, une réflexion qui ne pourrait être traduite en anglais, langue qui, contrairement à la nôtre, dissocie, dans son vocabulaire, le pouvoir de faire de cette odieuse idée d'autorité et de domination…
Guillaume Goutte
L'article du Monde libertaire
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|   Le monde libertaire éditorial du n°1638Le monde libertaire n°1638 (2-8 juin 2011)
Pendant que nos journalistes nous gavent d'affaire DSK et de Roland Garros, le gouvernement syrien continue à massacrer les manifestants qui demandent sa chute et davantage de liberté. En dix semaines de contestation, les organisations de défense des droits de l'homme estiment à plus d'un millier le nombre de personnes tuées par les autorités syriennes qui tirent à balle réelle dès qu'elles croisent un insurgé. À Deauville, les grands de ce monde – réunis pour le G8 – se sont dit « consternés » par la férocité de cette répression et ont demandé à Damas de cesser immédiatement cette boucherie. Sinon quoi ? Bah, sinon rien. Ah ah. Petit moment de « politiquement correct » pour tenter, vainement, de redorer le blason et de légitimer cette réunion qui, tous les ans, réorganise l'exploitation des travailleurs et la domination des États, le tout dans cette sempiternelle logique de course aux profits. Pendant ce temps-là, au gouvernement français, on revient sur la décision de supprimer les panneaux de signalisation des radars parce que 73 pellos de l'UMP s'en étaient indignés. Exemple éloquent d'un gouvernement qui a snobé avec mépris la colère de plusieurs millions de travailleurs en 2010 pendant la mobilisation contre la réforme des retraites, mais qui change d'avis en deux jours lorsqu'il s'agit de la protestation de quelques dizaines de députés au sujet de panneaux routiers… Si avec ça on croit encore que les instances gouvernementales sont là pour garantir notre bien-être et que, jamais, ô grand jamais, ils ne se foutent de notre gueule, on se met le doigt dans l'oreille jusqu'au coude. Hypocrisie, violence, manipulation, contrôle, exploitation sont leurs maîtres mots, et le seul moyen d'en finir c'est de les abattre.
L'article du Monde libertaire
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|   Canicule, bisounours et desperadosLe monde libertaire n°1638 (2-8 juin 2011)
Tirant tête hors du trou, qu'entends-je ? Deauville, sa plage, son G8. Son Dsk qui, finalement, n'est pas venu puisque retenu pour affaire, mais sa Carla Bruni en tunique blanche telle une oie, gavée, là, engrossée. Deauville : un festival. Pas de cinéma cette fois, ces jours-ci c'est rien moins que la fête à Neuneu. L'agglomération se retrouve, comme à l'accoutumée, placée sous haute surveillance : 14 000 flicaillons pour une population de 4 300 habitants. Il semblerait que les 8 nains régnant sur le bas monde aient légèrement la frousse aux trousses. Sinon Blanche-Neige, comment elle va ? « La première dame, tout sourire, jetait des regards sur son ventre bien en évidence, posant ses mains croisés dessus », nous rapporte, à l'envi, les pages roses du Figaro. Tricotait-elle des chaussons pendant les réunions, cela, la presse ne nous le dit pas. De même qu'elle ne souffle mot, ou quasi, et depuis des jours, de la Syrie, du Yémen, de la Libye, ou de ce qui se trame du côté de Fukushima. Aujourd'hui comme hier, l'engeance journaleuse, seule maîtresse abhorre ce qui doit être tu, ce qui doit être su, l'adore. Et nous le fait subir en boucle. Même quand elle s'essaie à l'écart, on la voit trébucher sur ses lacets et se vautrer, piteuse, dans les poncifs d'arrière-salle. Exemple, Daniel Mermet, célèbre animateur officiant sur les ondes de Radio Paris-Val. Enregistrant l'autre jour du son en provenance du campement de la Puerta del Sol à Madrid, le bougre s'est lâché. « Oh, on nous offre une pomme, et en plus c'est gratuit ! Et même de l'eau, hein, c'est gratuit ! Merci, gracias mucho ! » Sic. L'homme ne s'en remettait pas, d'autant de gratuité. Plus tard, le même : « Les jeunes Madrilènes, ils ont inventé un langage, lors des assemblées générales ils font des moulinets ou bien des marionnettes avec leurs mains si ils sont d'accord ou non, c'est génial, c'est génial ! » C'est d'autant plus génial que ça existe depuis vingt ans… Vous me direz : pouvait-on attendre autre chose d'un type qui va jusqu'à Madrid pour ensuite nous asséner quarante minutes d'entretien avec des membres d'Attac Espagne, quarante longues, très longues minutes d'insipidité dormitive tendant à prouver que, oui, Attac a eu raison avant tout le monde ? Vous me direz aussi, bavards comme vous êtes, que Mermet se trouve être un des membres fondateurs d'Attac, ce qui bien entendu n'est que coïncidence. Vous me direz, pour finir : y-a-t-il, pour le moment, autre chose à narrer au sujet de ces indignados ? Il paraît que ça se construit, et que ça risque d'être énorme. Je ne demande pas mieux, mais je suis comme vous, j'attends de voir. Au reste, entre indignados calibrés à la mode Mermet/Hessel et desperados autrement plus remontés – et dont bien sûr on parle moins –, bien malin qui peut dire lesquels prendront le dessus. Pour l'heure, le mouvement semble se bercer d'illusions bisounours. Mais, pas plus tard qu'aujourd'hui c'est à coups de matraques bien sentis que fut dégagée manu, surtout militari, la Plaça Catalunya, à Barcelone. « La police est là pour faciliter le travail des services de nettoyage », expliquait un condé local, « on enlève tout type d'objets qui peut être dangereux, comme des casseroles ». Bien. Dans ce cas, veillez à enlever les tourniquettes à vinaigrette. Mais à quelle fin, déjà, ce grand nettoyage de printemps ? C'est que ce soir a lieu la finale de la coupe d'Europe de foutebol, et que si Barcelone l'emporte une vaste fête est prévue à l'emplacement même du campement. En un mot comme en cent, toutes les excuses sont bonnes, et tous les coups semblent permis. Soyons justes : si une telle opération à gros coups de tonfas dans la gueule peut contribuer à déniaiser ceux d'entre les campeurs qui s'acharnent à penser qu'il suffit de s'asseoir par terre pour que la police devienne gentille, ça sera toujours ça de gagné. En Grèce aussi ça bouge, dans d'autres capitales européennes, idem. Paris ? Bof, ça frémit, c'est mol, c'est bouche bée. Or, une place de la Bastille ne se prend pas en silence, les gens. Allons-y gueule ouverte, les gens, et l'été sera chaud. Canicule !
Frédo Ladrisse
L'article du Monde libertaire
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|   Fragments de ciel et cheval des douleursLe monde libertaire n°1638 (2-8 juin 2011)
Toujours, les humains ont vu dans les pierres précieuses des fragments du ciel. Même si on les pensait nées de la sueur de la terre, ou des accouplements des sels obscurs, on affirmait, on espérait que les appeler larmes des dieux, gouttes de soleil, éclats d'arc-en-ciel rendrait hommage à leur véritable nature. L'Occident a révéré les diamants de Golconde, la plus ancienne mine des Indes. L'Orient musulman, lui, avait faim d'émeraudes. Parce que l'émeraude est verte et le vert est la couleur du Prophète ; c'est aussi la couleur des étoffes des divans du paradis, ceux sur lesquels les élus jouissent des soixante-douze houris ; et l'arbre aux branches d'émeraude se dresse à la source des quatre fleuves du Paradis, le Nil, l'Euphrate, le Selsebil et le Kawthar. Les empereurs moghols ont laissé des biographies et des autobiographies ; après les batailles, c'est de joyaux que ces livres parlent le plus. Nulle pierre précieuse n'était jugée meilleure pour la préservation du souverain que l'émeraude, en particulier si on y avait gravé des versets coraniques. D'où ces quasi-armures de gemmes dont se caparaçonnaient les moghols, colliers d'énormes perles scandées par des émeraudes larges comme l'œil, larges comme la main, denses concentrés de jus de divin. L'Orient croyait les émeraudes orientales, mais ses mines se tarirent vite. Pourtant, l'offre, elle, ne tarit pas, grâce aux réseaux des Juifs sépharades. En 1492, Colomb découvre les Caraïbes. Cette même année, Isabelle la Catholique expulse les Juifs d'Espagne, à moins qu'ils ne se convertissent. Les « Nuevos Cristianos » vont pourtant en profiter pour étendre leurs réseaux internationaux, car les membres de leurs familles qui refusent de se convertir émigrent, parfois très loin. La persécution renforce paradoxalement leur position : en effet il faut pouvoir attendre longtemps entre l'achat de la pierre brute et la vente du joyau taillé et il faut pouvoir se fier à l'acheteur, au transporteur, au lapidaire. Bref, il vaut mieux bénéficier d'un réseau compact de collègues unis par les persécutions subies en commun. Les joailliers chrétiens-sépharades vont voyager dans les deux sens : vers l'ouest et les mortelles jungles colombiennes, vers l'est et les imprévisibles, donc parfois non moins mortelles, cours orientales. Avec pour alternative la richesse extrême ou la mort. L'Inquisition les attend en embuscade, à juste titre persuadée que leur conversion n'est que de façade. De temps en temps, par pur amour des âmes, pour les sauver du péché de judaïsme, les bons moines arrêtent les mauvais chrétiens. Un peu de cheval des douleurs, la machine par laquelle on étire le corps jusqu'à disloquer les épaules ou briser les chevilles. Qu'importe lorsque l'accusé en meurt de gangrène, s'il a renié ses erreurs, le Paradis, le bon, l'attend. Les oubliés, comme d'habitude, dans le circuit sanglant des morceaux de sacré, sont les producteurs. L'émeraude est rare. Plus rare encore que le diamant. Elle se cache au sein de veines de calcite qu'on ne débusque qu'après avoir déplacé des tonnes et des tonnes de sol encombrant. Les Indios n'ont jamais fait de bons esclaves ; les uns ont combattu, les autres ont fui, la plupart se sont laissé mourir plutôt que de perdre leur vie à gagner celle des autres. Comme dans les plantations de cannes à sucre, comme dans les mines de diamant, il fallut importer du Nègre. Résistant au climat, dur à la tâche. Néanmoins, on a beau croire le Nègre aussi bête qu'une bête, il réfléchit, lui aussi. En dépit de l'intelligente idée d'arrêter sur-le-champ le travail dès que l'on tombait sur une veine de calcite fertile, afin de ne le reprendre qu'une fois une quantité suffisante de gardes accourue sur les lieux, l'esclave nègre revenait creuser la nuit. Il ne va pas sans ironie que l'une des meilleures cachettes connues pour la contrebande de ces pierres extraites par des animistes, transportées par des juifs et achetées par des musulmans, eût été un cierge chrétien. Creux. À quoi pensait donc Notre Seigneur ? À tous les Indios, tous les Africains morts sous le fouet pour l'impôt du roi catholique et la parure de l'empereur islamique ?
Nestor Potkine
L'article du Monde libertaire
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|   Grèce : appel urgent à la solidarité internationaleLe monde libertaire n°1638 (2-8 juin 2011)
Le but de ce message est de vous informer brièvement sur ce qui se passe ces derniers jours dans notre pays et de lancer un appel international de solidarité à tous les anarchistes à travers le monde. La Grèce est à un tournant critique et de nombreux changements dramatiques ont lieu dans la société, autant sur le plan politique qu'économique. La désintégration et la dissolution – récentes – du modèle dominant de pouvoir et d'exploitation sont plus qu'évidentes, avec ce qui est communément appelé « crise ». Ce que nous vivons maintenant est la faillite totale d'un système incapable d'assurer plus longtemps un consensus social, et qui est en train d'engager une attaque frontale massive. Au début de cette situation qui a été appelé « crise », l'attaque a été menée sur un plan économique, avec la dévaluation du travail, la réduction des salaires, la « flexibilité » du travail, l'institutionnalisation de l'insécurité, l'augmentation du prix des biens de consommation et des services publics, l'augmentation des impôts et la réduction des aides sociales. Dans le même temps, on a assisté à la vente des biens publiques à des particuliers, la présence policière généralisée dans les rues, la hausse du chômage…
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| |   Piège syndical !Le monde libertaire n°1638 (2-8 juin 2011)
L'un des principaux buts de la FSM est « d'unifier dans son sein les syndicats du monde entier, indépendamment des questions de race, de nationalité, de religion ou d'opinion politique ». Diable, cet extrait de la déclaration de principes de la Fédération syndicale mondiale voudrait œucuméniquement rassembler le monde du travail sur la planète ? Illusion, le nom d'Internationale des syndicats rouges n'est pas inscrit au fronton, mais dans la tête de certains l'ordre de Moscou veille toujours ! Comme après la Seconde Guerre mondiale avec le rôle de la CGT au sein de la FSM en tant que fidèle alliée des Soviétiques, « lorsque les dissensions du mouvement communiste international se répercutent sur la FSM, la CGT adopte une position orthodoxe 1 ». Des événements de Hongrie à l'exclusion des syndicats yougoslaves, il y aura de la part de la CGT une « défense complète et [une] fidélité sans faille à l'égard de l'URSS 2 ». Pourquoi, après la chute du bloc soviétique, parler de la FSM, organisation quasi squelettique et que la CGT, entre autres, a quitté définitivement en 1995 ? Pas seulement parce que la FSM a tenu dernièrement son congrès dans la même ville que la Confédération européenne des syndicats (Athènes), mais aussi pour mettre les points sur les « i » au sujet du militantisme syndical. On ose espérer que les grossiers miroirs aux alouettes n'attirent que les déçus du stalinisme ! Leurs tracts pour un « Front syndicaliste de classe » critiquent l'appareil confédéral de Montreuil, son syndicalisme « accompagnateur du capitalisme », peuvent attirer l'œil un instant. Mais que dire de l'offre réitérée d'adhérer individuellement à la FSM, ça laisse dubitatif… Dans la CGT, il y a beaucoup de militantes et de militants qui sont critiques vis-à-vis de l'orientation de la boutique syndicale. Certes on est beaucoup à militer pour l'unité à la base, dans les unions locales dans les sections d'entreprise, mais ce n'est pas pour contribuer à servir de courroie de transmission à des nostalgique du rideau de fer ! Quand on a choisi de rester syndicalement à la CGT, on sent dans la militance qui rue dans les brancards des options politiques. Avec la présidentielle qui s'annonce, ça tire souvent dans tous les coins. L'union dans les luttes, un front commun à la base, ça semble possible mais certains camarades (quelquefois charmants au quotidien) pensent qu'ils doivent diriger le mouvement ouvrier, ce qu'il en reste. Quand Brupbacher rencontra Trotsky en 1921, celui-ci considérait « que le syndicalisme révolutionnaire représentait l'élément le plus sain du mouvement français », mais la direction c'était le parti ! La cerise sur le gâteau a pu être une motion d'un congrès de la CGTU parlant du rôle dirigeant du PC : « La proclamation de ce rôle dirigeant et sa reconnaissance ne sauraient être interprétées comme le subornation du mouvement syndical. » La liquidation politique viendra après… Les gesticulations à la FSM comme à la CES appartiennent à une autre stratégie.
1. Tania Régin, « La CGT et la FSM dans les années 1950 », in La CGT dans les années 1950, Presses universitaires de Rennes, 2005, p. 473. 2. Ibid.
L'article du Monde libertaire
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|   Quand le G8 s'amuse…Le monde libertaire n°1638 (2-8 juin 2011)
Le G 8 est une extension du G 7, soit les 7 pays les plus puissants du monde développé, créé par Fiscard Déteint (en 1975, d'abord avec 5 pays, puis, en 76, avec l'Italie et le Canada ; actuellement : états-Unis, Japon, Allemagne, G-B, France, Italie, Canada et Russie), pour réunir les chefs d'État ou de gouvernement (avec plus ou moins de ministres concernés par les sujets à l'ordre du jour), afin de papoter et de se concerter sur les problèmes économiques ou généraux en cours. Le 8 provient de l'admission de la Russie ce qui représente 43 % du PIB mondial contre 65 il y a dix ans. Et il a été suivi, par effet de crise, de la création du G20, bien plus large car ouvert aux pays émergents comme le Brésil, le Mexique, la Corée du Sud, l'Inde ou l'Afrique du Sud, etc. La présidence est tournante et c'est actuellement Tsarkozy qui en est le président. Le G8 s'est réunit à Deauville les 26 et 27 mai. Gnafron 1er a même eu l'idée d'organiser un « e-Geek 8 » sur l'Internet ; en oubliant qu'il avait réduit l'accès au web avec sa loi Hadopi, punitive et anticonstitutionnelle parce qu'elle donnait à des instances privées des pouvoirs de sanction en l'absence de tout jugement. Les G8 ou 20 débouchent sur des platitudes, des pétitions de principe, des vœux pieux et une belle photo de groupe. Et sur des manipulations de chiffres car, par exemple, le G8 de Deauville a reçu un rapport (de l'UMP et sarkozyste de Riancourt) donnant 49 milliards de réalisation d'aide au développement (50 promis au G 8 de Gleneagles en 2005) au lieu de 31 en réalité (statistiques OCDE). On sait aussi que chaque réunion des puissants de ce bas-monde amène des contre-sommets animés par les altermondialistes et autres opposants à la marchandisation de la planète ; ce qui nous vaut un déploiement considérable de forces de police (12 000 flics en tout genre) et des entraves aux libertés de circulation et de travail des citoyens. Ainsi, pour Deauville, les pêcheurs ont été priés de rester à quai et la ville à été mise en état de siège. Les contestataires ont dû se replier sur Le Havre et Caen… Les sujets pour le sommet de Deauville, auquel l'UE est associée, ne manquent pas. La crise qui continue, notamment pas pour la zone euro, l'aide au développement, la situation dans les pays du printemps arabe (la Tunisie et l'Égypte sont invitées), la régulation financière mondiale, la sûreté nucléaire, le changement climatique, la paix et la sécurité en Afrique, l'Internet, le terrorisme sont au menu. Semblent, notamment, oubliée la renaissance de l'inflation et les manipulations des taux de change des monnaies. Il ne faut pas s'attendre à autre chose que l'accouchement d'une souris par la montagne ; par exemple, en ce qui concerne l'aide au développement (censée être de 0,7 % du PIB), l'UE en est loin. La France plafonne à moins de 0,5 (0,37 sous Jospin le socialiste) et, qui plus est, en truquant les chiffres (par exemple en y mettant les aides en matériel militaire). Le G 8 de 2005 à Gleneagles en Écosse avait, sur la base des objectifs du millénaire fixés par l'ONU (réduction de la pauvreté, éducation, santé, etc.), fixé un programme de 50 milliards de dollars d'aide dont 25 pour l'Afrique, programme qui n'a pas été réalisé, et de loin (11 seulement ont été attribués pour l'Afrique). Cependant, à Deauville, on s'orienterait vers une aide de 25 milliards de dollars sur cinq ans pour l'Égypte (qui a besoin tout de suite de 11) et la Tunisie (qui demande aussi 5). Ce serait l'aide au « printemps arabe ». Sur le nucléaire après la catastrophe de Fukushima, il n'y aura qu'un accord en trompe-l'œil car les pays ne sont pas d'accord sur la nature des tests de sûreté à imposer aux centrales, notamment pour le degré de résistance aux séismes ; par exemple aussi, la France a fait exclure l'hypothèse d'un crash d'avion sur les centrales françaises ; historiquement, elles ne sont conçues que pour résister à la chute d'un Cesna ! Sur la crise, les grands déséquilibres commerciaux, monétaires et financiers entre pays ne sont pas à l'ordre du jour. Pourtant le yuan est sous-évalué malgré les excédents commerciaux et les réserves de devises de la Chine ; le dollar devrait baisser car les états-Unis font tourner la planche à billets (en achetant des bons du trésor US et des actifs toxiques des banques ; il ne baisse pas car la Chine et d'autres pays comme le Japon ou les émirats continuent d'acheter des obligations US) et ont une dette équivalente à leur PIB (environ 15 000 milliards de dollars) ; l'Allemagne engrange 153 milliards d'euros d'excédent de la balance commerciale au détriment des autres pays européens qui ont un gros déficit (la France, 48 milliards en 2010), ce qui crée, en sens inverse, des dettes desdits pays, dettes qui font hurler les Tudesques qui ne veulent plus sauver la Grèce une deuxième fois. Le problème de type : les déficits commerciaux entraînent un flux financier de sens contraire sous forme d'endettement, est loin d'être résolu et le G 8 de Deauville ne le fera pas. De même, il ne traitera pas du problème central de la parité des monnaies ; ni des pratiques, notamment teutonnes, de désinflation et de dévaluation compétitive pour voler les parts de marché des autres pays et exporter chez eux ; ni des difficultés de l'euro avec le problème des « PIGS » (Portugal, Irlande, Grèce et Spain). Difficultés qui vont s'aggraver avec la hausse probable des taux d'intérêt par la BCE due à la reprise de l'inflation. Sur la régulation financière, le G 8 continuera de préconiser une tapette à mouches contre les ptérodactyles de la finance ; on n'a rien vu dans les précédents G 8 ou 20 et on ne verra rien de substantiel aujourd'hui sur les paradis fiscaux, les stock-options, les bonus, les produits dérivés, les opérations boursières à découvert et à crédit, les agences de notation, les achats par LBO, le contrôle de la finance fantôme (hors-bilan et hors-marchés organisés) et des réserves obligatoires des banques (cependant montées à 7 % des engagements des banques contre 2 auparavant), etc. Pourtant, c'est reparti comme en 40 avec des bénefs retrouvés pour les multinationales et les banques, la distribution de bonus aux traders, la spéculation sur les matières premières et vivrières, etc. Les autres sujets – tels le changement climatique (qui a ses propres instances), la lutte contre le terrorisme, sujet bateau, la sécurité en Afrique (sujet tabou) – seront sûrement peu traités car le grand problème est celui du remplacement au FMI de DSK par Lagarde-Michu. Tsarkozy continuera de faire des moulinets pour se poser en leader mondial et sauveur suprême. Grands oubliés : la précarité et la pauvreté, la destruction des ressources naturelles, le chômage, l'immigration, les conséquences sociales des plans d'austérité ; bref tout ce qui est une conséquence négative du libéralo-capitalisme sur les peuples du tiers monde et des pays occidentaux ruinés par la crise. C'est que ces choses n'intéressent pas les puissants en tant que fondés de pouvoir des banques, des trusts, des financiers capitalistes. C'est le contre-sommet du Havre (CNT, Attac, altermondialistes, etc.) qui les rappellera… à distance.
Jacques Langlois
L'article du Monde libertaire
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|   Rennes : tentative de meurtre sur un militant antifascisteLe monde libertaire n°1638 (2-8 juin 2011)
Ce samedi 21 mai, une diffusion de tracts avait lieu à l'appel du Collectif antifasciste rennais devant le café Le Fleurte, à Rennes. Le but était de contrer pacifiquement une réunion publique du parti Égalité & Réconciliation, notoirement raciste et antisémite. Des lectures de textes devaient être faites par l'écrivain Laurent James, un proche d'Alain Soral qui partage ses thèses politiques. Les militants antifascistes, parfaitement calmes, étaient au rendez-vous, faisant face à l'extérieur du bar à une dizaine de militants d'extrême droite qui s'y étaient repliés. Vers 15 heures, le ton a brusquement monté du côté des organisateurs : menaces de mort à plusieurs reprises, menaces physiques et bousculades, puis charge contre les militants antifascistes. Cette attaque a été menée à coups de matraques télescopiques, de grenades lacrymogènes grand format, de canettes vides lancées à leur encontre, mais également de Flash-Ball, dont ils ont fait usage à de nombreuses reprises en visant la tête. Pourchassés par une dizaine de militants d'extrême droite armés extrêmement violents, les militants antifascistes n'ont eu d'autre choix que d'assurer leur sécurité en tentant de se replier vers le centre-ville. Durant ce repli, rue Jean Guéhenno, alors même qu'ils étaient toujours pourchassés à pied par les militants d'Égalité & Réconciliation, ils ont été pris pour cible par une voiture lancée à toute vitesse et conduite par l'un d'entre eux. Violemment percuté par le véhicule, un militant a dû être évacué vers l'hôpital tandis que son agresseur prenait la fuite, par le boulevard de Sévigné. Nous considérons que cet acte est sans aucune ambiguïté une tentative de meurtre : plusieurs antifascistes n'ont échappé à la mort que par une chance extraordinaire et la volonté de tuer est flagrante. Le camarade pris en charge à l'hôpital s'en sort par miracle avec des entorses et des contusions, malgré un choc particulièrement violent. Au moins une personne a également été touchée par un tir de Flash-Ball et un certain nombre ont été atteints par des jets de lacrymo. Le Collectif antifasciste rennais condamne fermement les actes perpétrés par Égalité & Réconciliation à Rennes ce samedi. Il affirme que toutes les dispositions nécessaires seront prises pour que les auteurs de ces actes soient jugés et condamnés. Il rappelle également que de tels événements, particulièrement graves, ne pourraient exister si on ne tendait pas quotidiennement le micro et l'oreille aux sirènes de l'extrême droite ; que le climat de stigmatisation des étrangers entretenu par les partis majoritaires permet de développer le terreau dans lequel ce type de mouvements prospère ; enfin, qu'il est nécessaire que chacun enlève ses œillères et se préoccupe sérieusement de s'investir dans la question de l'antifascisme, faute de se faire déborder par des mouvements insuffisamment pris en compte. Toutes nos pensées vont ce soir aux camarades blessés et à leurs familles. La lutte continue.
Le Collectif antifasciste rennais
L'article du Monde libertaire
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|   Révolutions, vous avez dit révolutions ? Regard sur les « révolutions du soleil »Le monde libertaire n°1638 (2-8 juin 2011)
Les origines du mouvement de protestation espagnol
Le mouvement de protestation que connaît l'Espagne depuis début mai fait suite à un « manifeste », intitulé Démocratie réelle, maintenant !, appelant « les chômeurs, les mal rémunérés, les employés en sous-traitance, les précaires, les jeunes » 1 à défiler dans les rues le 15 mai 2011 pour protester contre « les réformes antisociales », le chômage, les gros problèmes de logement, les lois liberticides, la corruption des classes dirigeantes économico-politiques et « les banques qui ont provoqué la crise et qui augmentent les prêts » 2. Il appelle également à réclamer un accès libre et pour tous « à la culture, à la santé, à l'éducation, à la participation à la vie politique, au libre développement personnel ainsi que le droit à la consommation des biens nécessaires pour mener une vie saine et heureuse 3 ». Dès sa publication, ce manifeste a reçu un engouement considérable et fut ratifié par plusieurs dizaines de groupes et associations dans les semaines qui suivirent sa publication. En outre, il a également suscité, indirectement, d'autres initiatives qui se sont greffés autour de lui, avec des mots d'ordre quelque peu différents. C'est le cas, par exemple, avec le manifeste intitulé Ne vote pas pour eux dénonçant une « corruption dans les fondements même du système 4 », l'absence du reflet de la diversité idéologique et politique au sein des instances décisionnaires (et, notamment, au parlement), la soumission des dirigeants politiques à des lobbies économiques, et la transformation de ce qui devrait être une démocratie en une « partitocratie ». En conclusion, ce manifeste appelle les citoyens espagnols à ne pas voter pour les candidats des grands partis traditionnels lors des élections municipales et régionales, le 22 mai 2011. Il n'appelle pas formellement à l'abstention, mais plutôt au vote en faveur des « petites listes » de gauche. Autre mouvement à l'origine des événements de ces derniers jours, celui de la « Jeunesse sans future », rassemblant des étudiants – essentiellement madrilènes – dénonçant les réformes du travail et des retraites, les logiques de privatisation de l'enseignement public et, plus généralement, l'absence de perspectives d'avenir. Leur mot d'ordre est, en cela, plus qu'explicite : « Sans maison, sans travail, sans pension, sans peur. » Enfin, autre acteur également important, le mouvement dit « état du mal-être » qui vise à manifester, par des actions pacifiques, le mal-être de la société espagnole et de ses principaux maux : corruption politique, crise économique, absence d'avenir, etc. La plupart des actions organisées dans ce cadre relèvent soit du purement symbolique soit de la créativité, voire de l'art (théâtre de rue). Le but est, chaque semaine, d'investir un lieu public – généralement une place – et de manifester, par des activités absolument pacifiques, le mal-être social et politique de l'Espagne. En l'espace de quelques jours, donc, ce qui n'était qu'un simple manifeste pour une « démocratie réelle » a su réveiller toutes les dignes rages qui « sommeillaient » dans les cœurs et les esprits du peuple espagnol. Le 15 mai, l'ensemble de ces initiatives convergent et se retrouvent dans la rue, même si la plupart d'entre elles n'avaient pas officiellement appelé à se rendre à cette manifestation organisée par le collectif « Démocratie réelle, maintenant ! ».
De la manifestation du 15 mai aux occupations
Le 15 mai, la manifestation tant attendue n'est pas, numériquement parlant, un énorme succès. Des gens d'horizons très divers sont présents, mais, globalement, le nombre de manifestants n'a rien d'extraordinaire. Néanmoins, à Madrid, malgré cette mobilisation de petite ampleur, environ 150 manifestants décident, en fin de manifestation, d'installer un campement sur la place Puerta del Sol et de l'occuper jusqu'aux élections du 22 mai, un peu à l'image de l'occupation de la grande place du Caire, lors de la révolution égyptienne du début de l'année. Dans la nuit du lundi au mardi, les occupants – qui se sont baptisés les « indignés » – sont expulsés avec brutalité par la police. Mais cette expulsion met « le feu aux poudres ». Le soir même, en soutien avec les occupants et contre cette éviction brutale, des milliers de personnes sortent dans les rues de la capitale et convergent vers la Puerta del Sol. On en compte alors entre 5 000 et 10 000 ! En outre, le mouvement essaime un peu partout dans le pays et des occupations de places centrales apparaissent dans d'autres villes (Barcelone, Grenade, Séville, Saragosse, Valence, etc.). Le mercredi – le 18 mai – le gouvernement de Madrid décide d'interdire le rassemblement du soir à Puerta del Sol, estimant qu'il met en péril le système démocratique. Mais, de son côté, le campement décide de rester et de passer outre l'interdiction officielle. Le soir, plusieurs milliers de personnes se réunissent à nouveau sur la place centrale de la capitale. Dans les autres villes, les rassemblements nocturnes se gonflent également. Le samedi 21 mai, selon Le Post, 70 villes espagnoles étaient le théâtre d'occupations massives 5. Le jeudi, le vendredi et le samedi soirs suivants, les places des villes sont encore occupées et la police ne charge toujours pas. Mieux encore, les autorités auraient eu pour consigne de ne faire évacuer la place qu'en cas d'incidents majeurs. Arrivé au dimanche 22 mai, les élections marquent une chute considérable des voix en faveur du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, au pouvoir) au profit des candidats de droite du Parti populaire. Beaucoup voient dans ces résultats la manifestation d'une sanction de la politique d'austérité menée par le gouvernement « socialiste » actuel. Les indignés madrilènes, quant à eux, ont collectivement décidé de reconduire l'occupation de la Puerta del Sol pour encore au moins une semaine. Mais, dès le vendredi 27 mai, la répression pointe le bout de son sale nez. À Barcelone, le campement de la Place de Catalogne est évacué par la police avec une brutalité qui, aujourd'hui, ne nous étonne même plus. La raison officielle ? L'approche des « festivités » liées à une potentielle victoire du FC Barca, le samedi 28 mai, dans le cadre de la Ligue des champions de foot. À Madrid, le ministre de l'Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, a déclaré étudier une évacutation de la Puerta del Sol, notamment à la demande des autorités de la région. Bref, à ce train-là, il se pourrait bien que le mouvement espagnol ne connaisse pas les premiers jours de juin… En attendant, expulsion ou pas, les campements s'organisent, se transforment en petits « villages » et grouillent d'activité : assemblées pour décider des suites à donner au mouvement, ateliers, cuisine, distributions de nourriture, potager urbain, concerts, etc. Ensemble, tous ces individus se réapproprient et redeviennent, à la petite échelle de cette grande place, acteurs de leurs propres vies.
En France, la « Hessel revolution »
Relié via Internet – principalement sur Facebook et Twitter –, ce mouvement de protestation de grande ampleur a rapidement touché d'autres pays, dont la France. Le collectif « Réelle démocratie, maintenant ! » – dont les membres ou sympathisants se font eux aussi appelé les Indignés – ont appelé à occuper, le vendredi 20 mai, la place de la Bastille à Paris et d'autres lieux partout en France. Le jour J, environ 300 personnes étaient réunies à Paname avec des mots d'ordre rappelant ceux du mouvement espagnol – « Démocratie réelle », « Prenez la rue », « Le capitalisme n'a plus d'avenir » –, et faisant, là aussi, écho à une fraîche actualité éditoriale : « Indignez-vous ! ». Et, en effet, comme en Espagne, nombreux sont aussi les présents à se revendiquer de « l'esprit » du livret du même nom écrit par Stéphane Hessel. Les revendications de ces indignés français se veulent à la fois ancrées dans la solidarité internationale – à travers le soutien au mouvement espagnol – et la réalité politique et économique française, bien que le tout reste, somme toute, très vague. Un des membres du collectif, interviewé par Rue89, disait : « Nous sommes tous touchés par la précarité, les étudiants comme les jeunes salariés. Nous étouffons tous dans des pays contrôlés par des oligarchies, de vieilles élites qui virent xénophobes. » 6 La mobilisation en France semble, à l'image de l'Espagne, se répandre dans tout le pays. Lundi 23 mai, des campements et des rassemblements sont annoncés à Perpignan, Lyon, Strasbourg, Nancy, Reims, Lille, Grenoble, Montpellier, Nantes et Toulouse. Néanmoins, à l'heure qu'il est, ces premiers appels restent encore bien moins suivis qu'en terre ibérique… Mercredi soir à Bastille, le mouvement ne rassemblait pas plus de 150 personnes…
De réelles perspectives révolutionnaires ?
Très médiatique, inscrit – volontairement ou non – dans le climat des révolutions arabes (bien qu'il ne vise absolument pas à la chute du gouvernement), quelles perspectives s'offrent à ce mouvement de protestation venu d'Espagne ? Quel regard libertaire peut-on porter dessus ? Tout d'abord, il ne s'agit absolument pas, au départ et pour le moment, d'un mouvement de transformation sociale radicale, mais simplement d'un combat social-démocrate qui ne vise pas à rompre avec le système actuel, mais à le changer. Les manifestes qui en sont à l'origine ne s'inscrivent pas dans une dynamique, ni même un esprit, révolutionnaire. Si la critique portée au système politique remet en cause la corruption des sphères dirigeantes, elle ne porte, en revanche, aucune critique du système parlementaire. Les manifestes et leurs hérauts ne réclament pas la démocratie directe, tout juste une démocratie participative, une démocratie dans laquelle les citoyens seraient davantage écoutés, notamment en mettant un terme au bipartisme en prenant en compte et en faisant valoir les autres forces – les minorités – de l'échiquier politique. Autrement dit, ce sont davantage les dysfonctionnements des organismes à l'origine de ces problèmes qui sont visés par ce mouvement que les organismes eux-mêmes. De fait, il n'y a donc aucune remise en cause de l'état et de l'idée d'une société dans laquelle les individus n'ont pas la possibilité de participer eux-mêmes, directement, aux prises des décisions les concernant. Il n'y a pas, non plus, de volonté d'instaurer un vrai système de contrôle et de révocabilité permanente des représentants. Au fond, donc, il n'y pas de vraie critique du pouvoir institutionnalisé, tout juste de ses dérives (corruption, bipartisme, etc.). Et c'est bien cette absence de critique qui pourrait conduire ce mouvement dans une impasse, car, dès le départ, il se construit sur une contradiction : celle de réclamer une démocratie réelle sans contester l'appareil d'état, instance oligarchique par essence qui, de par son existence même, empêche les citoyens de participer directement – donc réellement – aux prises de décisions. En outre, ce mouvement ne saurait avoir d'avenir s'il ne cherche pas à établir des liens solides avec le mouvement social et ses organisations de lutte, les syndicats. Il semble n'y avoir, à l'heure qu'il est, aucune dimension classiste dans cet élan de protestation qui se revendique avant tout « citoyen » et « éthique ». Au contraire, dès le départ, les manifestes déclaraient vouloir bâtir un mouvement large à l'aide d'une plate-forme de revendications vagues, réformistes, susceptibles de séduire autant les « progressistes » que les « conservateurs » 7. Et cette ambition de ratisser large et un peu partout – à partir de réclamations imprécises – implique nécessairement l'absence de volonté de construire quelque chose de nouveau, en rupture avec les logiques mêmes du système capitaliste et de la démocratie parlementaire. Bien que je ne sache pas vraiment qui se cachent derrière les « conservateurs » mentionnés dans le manifeste, il me paraît en effet impossible de mettre en place de vrais changements en avançant main dans la main avec ces gens-là. Enfin, bien que plutôt massif, ce mouvement ne semble pas, du moins pour l'instant, offensif, ni même vraiment résistant. La plupart de ses faits d'armes ne relèvent que de logiques spectaculaires, sans aucune portée et impact réels sur le cours des événements. S'ils ne sont évidemment pas condamnables, l'on peut tout de même regretter qu'ils semblent vouloir se suffire à eux-mêmes.
L'auto-organisation en route ?
Pour autant, je pense qu'il y a aussi du bon dans ce mouvement, et que les anarchistes n'ont pas à le délaisser en prenant comme prétextes les critiques que j'ai avancées ci-dessus. En effet, ce mouvement traduit tout de même, fondamentalement, une crise du modèle des systèmes démocratiques européens : de plus en plus de gens semblent ne plus avoir aucune confiance dans le jeu des élections. Même si le parlementarisme n'est pas dénoncé par ce mouvement, il n'en reste pas moins que ces personnes mobilisées aspirent à vouloir participer aux prises de décisions qui les concernent, à vouloir prendre davantage en main leur existence. Et cette volonté semble se traduire par des actes au sein des campements. Je ne suis pas en Espagne à l'heure où je rédige ces quelques lignes, mais il semblerait en effet qu'une véritable démocratie directe se soit instaurée dans les campements autour d'assemblées générales souveraines. Si tel est le cas, il est intéressant – et agréablement surprenant – de voir que des revendications molles et réformistes accouchent, dans la pratique de la lutte, à la mise en place d'un système radicalement différent de ce qui est revendiqué dans les manifestes. Et il ne fait aucun doute que s'il y a, dans ce mouvement, de l'espoir, c'est bien dans ces campements où s'épanouit une telle expérience d'auto-organisation, loin des récupérations des partis politiques. Ne serait-ce qu'en cela, ce mouvement est encourageant et porteur d'espoir, et notamment pour les idées et les pratiques libertaires qui sont, entre autre, basées sur ces aspirations. Et c'est pourquoi, à mon sens, les anarchistes ont toute leur place dans ce mouvement. Les gens ne seront peut-être jamais autant ouverts à la discussion autour de ces problématiques que maintenant. Et, dans cette histoire, nous, les anarchistes avons plus d'une bille à apporter.
1. Manifeste « Democracia real, ya ! ». 2. Idem. 3. Idem. 4. Manifeste « No les votes ». 5. Le Post, 21 mai 2011. 6**. « La French revolution qui vient d'Espagne », sur Rue89, édition du 21 mai 2011. 7^^. Manifeste « Democracia real, ya ! ».
L'article du Monde libertaire
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1637Le monde libertaire n°1637 (26 mai-1er juin 2011)
De l'Internationale à l'Intergalactique ? Il était 8 heures du mat', je prenais mon petit déj' avant d'aller au turbin. La tête dans le cul. Comme d'hab'. Du moins jusqu'au moment où mon poste radio me beugla une info qui me la fit ressortir vite fait bien fait. Le gouvernement des États-Unis décidait de ne plus financer le projet Seti. Seti ? Non, pas le pharaon. Seti ? Oui, Seti. Seti pour « Search for Extraterrestrial Intelligence », autrement dit – pour mes aminches qui ne billeraient pas grand chose à l'english – « Recherche d'une intelligence extraterrestre ». Eh ouais, mon bougre ! Barrack Obama, qui se sent pousser des ailes depuis qu'il a buté le barbu le plus recherché de la planète, a décidé de rompre toute communication avec nos frères et sœurs éparpillés un peu partout aux quatre coins de l'Univers. Ce brave bonhomme a choisi de plonger la Terre dans un mutisme intergalactique. Une décision qui doit sans doute s'inscrire dans cette vielle logique du moment (sic) du repli identitaire. Après les cons régionalistes et les cons nationalistes, bonjour aux cons planétistes ! Mais n'est-ce seulement qu'une question de repli identitaire terrien ? Pas sûr. Des bruits courent comme quoi des extraterrestres auraient répondu aux messages envoyés continuellement depuis 1984, année de création du Seti… Un informateur, dont je tairai l'identité (il faut toujours protéger ses sources, hein !), m'a transmis cette réponse que mon devoir de journaliste honnête et consciencieux m'oblige à porter à votre connaissance. La voici : « Sur Terre comme ailleurs, la même merde. Des patrons, des flics, des curés. Nous aussi, on en a assez. Exploités de l'Univers, unissez-vous. L'Intergalactique sera le genre vivant. » Eh ouais, les fameux petits hommes verts aussi voient rouges. Et ça, ça leur fout les boules. Vous imaginez le bordel ? Une grève générale épaulée par des vaisseaux spatiaux ? Des brigades intergalactiques de soutien venus de toute la galaxie ? Sûr qu'à ce moment-là, on l'aura notre jour de l'indépendance ! Sûr qu'ce serait classe, j'vous l'dis ! Mais pour ça, encore faudrait-il qu'on se décide enfin à construire cette grève générale… Sans quoi, pas de lendemains chantants à l'horizon. Allez, tous à nos piquets !
L'article du Monde libertaire
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|   DSK et le FMILe monde libertaire n°1637 (26 mai-1er juin 2011)
Les événements amènent à s'interroger sur le rôle de DSK dans le traitement de la crise économique et financière en Europe et ailleurs. Il faut rappeler que la doctrine passée et ancienne du FMI repose sur les « plans d'ajustement structurel » imposés aux pays en difficulté pour obtenir une aide financière, difficultés liées le plus souvent à leur dette. La doctrine est toujours, bien que plus modérée et appliquée avec doigté par DSK, celle du « consensus de Washington » : ouverture des marchés intérieurs au libre-échange (notamment par la baisse des droits de douane qui sont une ressource fiscale bien nécessaire), privatisation des services et entreprises publics, suppression des prix réglementés pour le maintien du pouvoir d'achat des classes défavorisées (notamment pour l'eau, l'électricité, les céréales), instauration de la concurrence « libre et non faussée » dans le pays avec disparition des « monopoles », libre circulation des capitaux et ouverture aux banques et investissements extérieurs, etc. Les plans d'ajustement avaient pour objectif caché de permettre aux pays ruinés de rembourser leurs dettes aux banquiers et aux affairistes privés. Le FMI est donc, par politique constante, au service du capitalisme financier privé. Notamment, la privatisation permet de céder les mines (uranium au Niger, par exemple) à des investisseurs étrangers pour une bouchée de pain et des royalties maigrichonnes souvent versées aux dictateurs qui avaient privatisé sur demande du FMI. Et ce qu'il y a d'insupportable dans cette position, c'est que la dette résultait de la stratégie des pays développés vis-à-vis des pays du Sud, souvent des anciennes colonies. Celle-ci était la suivante : nous banquiers ou investisseurs (essentiellement privés) nous vous prêtons (en fait à taux variable) des capitaux pour vous développer à condition que vous vous positionnez dans la division internationale du travail avec vos « avantages comparatifs ». Mettez-vous à produire des denrées ou des matières premières rentables pour vous et désirées par le commerce international : café, cacao, huile de palme, coton, minerais divers, combustibles fossiles, etc., au lieu de cultures vivrières et de profiter d'une maîtrise locale des ressources. Pour ce faire, nous vous prêtons afin d'investir (mines, latifundia, infrastructures de transports, barrages électriques, ports, etc.). Las, l'Occident avait oublié de mentionner (pur cynisme) que les pays emprunteurs se mettaient alors en concurrence sur les mêmes produits, ce qui a eu pour effet de faire baisser les prix. Par ailleurs, la non-convertibilité du dollar (décidée en 1971 par Nixon et opérationnelle en 1973) a conduit à une baisse dudit dollar, qui plus est monnaie des États-Unis, pays très endetté (guerre du Vietnam, guerre des étoiles, choc pétrolier), ce qui a été compensé par une hausse des taux d'intérêt des prêts à taux variable consentis aux pays du Sud. D'où, en réalité, leur incapacité à rembourser et la croissance vertigineuse de la dette du tiers-monde. D'où l'intervention du FMI assortie de plans d'ajustement qui, en instaurant l'austérité maximale pour les peuples soi-disant aidés, contribuaient à enfoncer les débiteurs dans la crise et l'aggravation de la dette. C'est exactement ce qui se passe aujourd'hui dans les pays comme la Grèce ou le Portugal aidés par l'UE et le FMI moyennant un plan d'austérité : privatisations, baisse des salaires des fonctionnaires, hausse de l'âge de la retraite, diminution du nombre de fonctionnaires, restrictions du droit du travail, etc. Las, cette thérapeutique a produit l'effet inverse du but recherché : le déficit ne diminua guère car les recettes fiscales s'effondrèrent à cause de la rigueur. Ainsi, la Grèce ne parvient pas à descendre en dessous de 10 % du PIB comme déficit du budget et ne peut honorer son plan économique exigé par les 110 milliards d'euros que l'UE et le FMI lui ont déjà prêtés. D'où une deuxième crise en cours alors que DSQ est enchristé aux États-Unis. Or notre homme, parlant le germain, avait su convaincre les Teutons d'accepter que l'UE aide la Grèce (l'Irlande, le Portugal) sans infliger aux Grecs un drastique plan d'ajustement structurel à la mode du FMI vis-à-vis des peuplades exotiques. La pilule était cependant très amère et insuffisante. D'où la rechute contre laquelle on espérait des miracles de DSK. Rechute que DSK proposait de contrer par un plan de privatisation de 50 milliards (sur les 280 d'actifs publics détenus par la Grèce) comme condition d'un nouveau prêt européen. Car DSK ne voulait pas d'une autre solution : la restructuration de la dette grecque (plus d'étalement dans le temps et abandon d'une partie des créances). Cela tombe bien : les banquiers européens, lourdement engagés dans des prêts douteux à la Grèce, n'en veulent pas non plus. Certains pays se rebiffèrent (Malaisie, Chili) alors que d'autres (l'Argentine) furent ruinés par lesdits plans. Par ailleurs, des pays émergents comme le Brésil commencèrent à se développer suffisamment pour se passer du FMI et s'associèrent pour se financer entre eux. De plus, la Chine s'était mise à investir en Afrique, notamment en lieu et place des Occidentaux. Le FMI mit alors un peu d'eau dans son vin afin de conserver des clients (il émarge sur les emprunts, donc si pas d'emprunts, pas de budget). Il se mit à prendre en considération la situation sociale des emprunteurs, à se concerter bien davantage avec l'OIT, la FAO, l'OMC, l'OMS pour établir des plans moins sauvagement et uniquement économiques et financiers. C'est sur ces entrefaites que DSK arriva à la tête du FMI il y a un peu plus de quatre ans : légèrement avant la crise commencée en 2007 et éclatée en 2008. DSK ne fit que prendre le train en marche, train lancé antérieurement par la montée des pays « émergents » ou BRIC (Brésil, Inde, Chine). La crise força les pays développés à ouvrir encore plus le FMI aux pays émergents : davantage de droits de vote au détriment notamment de l'Europe, qui en conserve cependant 30 %, et des États-Unis, 17 %. Petite amélioration donc, exécutée par DSK, qui laisse pourtant toujours aux États-Unis un pouvoir de monopole dans les grandes décisions puisque pour celles-ci il faut obtenir 85 % des votes, ce qui est impossible avec les 17 % des États-Unis. DSK, grand libéral qui a fortement contribué à convertir le socialisme français au libéralisme financier mondialisé, est à l'aise avec ce genre de solution, qui sont rouges à l'extérieur et blanches dedans (contre 500 000 radis par an, pardon dollars, comme DG du FMI). Évidemment, après la perte « irréparable » de DSK, les Européens voudraient conserver pour eux le poste de DG du FMI, les émergents ou autres ne le veulent pas car cet organe, sous DSK, s'est mis plutôt à aider les pays ex-développés en crise post-2008. On sait que cette crise a ravagé les pays lourdement endettés à l'étranger comme la Grèce, l'Irlande, le Portugal ; chose amusante, la dette y est essentiellement privée, notamment et surtout pour les banques. Ces pays avaient construit leur prospérité sur l'emprunt en profitant des faibles taux d'intérêt permis par l'euro ; leur industrie avait été sacrifiée au profit du tourisme, de l'immobilier, des investissements étrangers pour cause de bas salaires et de faible fiscalité ou protection sociale. D'autres pays (l'Espagne, la France, l'Angleterre) serrent les fesses : leur situation est médiocre et leurs banques privées ont beaucoup prêté aux PIGS (Portugal, Ireland, Greece, Spain). C'est ce qui explique que, malgré les grandes réticences germaniques, l'UE, assistée par le FMI pour un tiers, ait fini par prêter (ou garantir des emprunts internationaux) à la Grèce et au Portugal. En effet, sans cela, la faillite de ces pays amènerait des pertes considérables pour les banques privées (françaises, allemandes, espagnoles) très engagées dans ces pays. On attendait de DSK, auréolé de son étiquette de socialiste, des solutions permettant de sauver le système capitaliste européen et mondial et qui apparaîtraient réformatrices et progressistes. C'est manqué. On notera que sous DSQ, on n'entend plus parler de l'Afrique ou des pays latino-américains. C'est que l'Afrique a trouvé de nouveaux investisseurs moins regardants, notamment sur le degré de démocratie des emprunteurs. La Chine, la Corée du Sud, les monarchies pétrolières y achètent des terres et s'y implantent en construisant des infrastructures contre le droit d'exploiter des ressources avec des contrats moins léonins qu'avec, autrefois, l'Occident. L'Afrique n'a donc plus besoin du FMI et cela d'autant plus que les prix des matières premières et des denrées agricoles augmententà cause de la demande des pays émergents. En Amérique latine, ce sont des changements politiques (Venezuela, Bolivie) ou le développement qui amènent les pays à se passer du FMI, d'autant plus qu'ils ont été largement refroidis par les anciens plans d'ajustement structurel (Mexique, Argentine). Ces pays ont tendance à créer leurs propres institutions financières et bancaires en s'associant entre eux pour se passer du FMI. Donc, par ironie de l'histoire, alors que le FMI aidait les pays pauvres en difficulté, maintenant DSK assiste surtout les vieux pays européens. Enfin, quand je dis DSK, c'est une facilité de langage car le bonhomme ne décide pas tout seul de tout. C'est surtout un bon négociateur entre parties intéressées et leurs représentants au FMI, un bon coordonnateur des services du FMI, un bon pédagogue et « innovateur » pour faire accepter la continuation des solutions libérales en tant que vieilles recettes déguisées en idées salvatrices et la primauté des banquiers privés. Le FMI n'a pas un DG tout-puissant à l'instar de la France avec son hyper et omniprésident, Tsarkozy de Bossa Nova. Lequel, sans vergogne, est déjà en train de pousser Lagarde, pourtant dans le viseur de la Cour de justice de la république (affaire Tapie), pour remplacer le priapique DSK.
Jacques Langlois
L'article du Monde libertaire
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|   Manifestation pour l'autogestion : les anarchistes dans la rueLe monde libertaire n°1637 (26 mai-1er juin 2011)
Le 21 mai 2011 avait lieu une manifestation pour l'autogestion à Paris. Cela faisait environ un mois que des groupes de la Fédération anarchiste, un peu partout en France, avaient organisé des événements autour de ce thème : rencontres, débats, ateliers, projections, émissions radio, articles, etc. Cette initiative est née du constat que les anarchistes ne peuvent plus se contenter de se mobiliser seulement « contre », en luttant seulement en réponse à telle ou telle attaque. Il nous faut mettre en avant nos propositions et nos réalisations. Prendre enfin l'offensive au lieu de toujours nous restreindre à contrer des attaques qui se soldent souvent par la négociation de reculs. Partant de Belleville et arrivant place de la République, c'est environ 300 personnes qui ont défilé : un cortège jeune et énergique sous le soleil de Paris. Slogans, mais aussi arrêts ponctuels à quelques endroits importants dans l'histoire ancienne ou récente des anarchistes (un lieu autogéré en lutte, le siège de la CNT en exil, la bourse du travail, etc.). Nous n'avons pas oublié non plus qu'il y a 140 ans, jour pour jour, les Versaillais reprenaient le contrôle de la capitale dans ce qu'on allait appeler la Semaine sanglante. Ces Versaillais qui, aujourd'hui encore sont au pouvoir, au G8 ou ailleurs. Après avoir traversé les rues de l'est parisien, parfois sous des applaudissements, la manifestation s'est terminée par des prises de paroles de personnes impliquées dans des réalisations autogérées (boulangerie, lycée autogéré, etc.). Alors qu'on essaye trop souvent de nous faire croire que les gens sont résignés, abattus, et que nos combats sont des luttes d'arrière garde, cette manifestation apporte un démenti cinglant. Ce n'est qu'un début ! Les mauvais jours finiront !
Bibo, groupe Quartier pirate de la Fédération anarchiste
L'article du Monde libertaire
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|   Répression contre le mouvement social en GrèceLe monde libertaire n°1637 (26 mai-1er juin 2011)
Le 11 mai, un appel à la grève générale a été lancé en Grèce. La manifestation a été brutalement réprimée à Athènes. Cette attaque policière survient dans un climat de tension : inculpation de trois militants pour des faits qui se sont passés le 5 mai dernier (mort de trois employés de banque dans un incendie suite à une manifestation contre la crise et les mesures d'austérité), attaque par les fascistes des lieux occupés. Lorsque la manifestation, regroupant plusieurs dizaines de milliers de personnes, a débuté, la police a attaqué violemment le cortège libertaire et les syndicats de base. Il y a eu plusieurs blessés et des dizaines d'arrestations. Un manifestant est entre la vie et la mort. Le gouvernement grec est accusé de tentative de meurtre par les manifestants. La Fédération anarchiste apporte son soutien aux manifestants, aux mouvements sociaux et aux groupes anarchistes impliqués dans la lutte contre les mesures de régression sociale imposées par le gouvernement grec et le FMI. Nous condamnons la répression policière et la violence étatique. Nous soutenons le mouvement anarchiste grec qui, comme dans d'autres pays, construit les nouvelles formes de résistance sociale.
Fédération anarchiste
L'article du Monde libertaire
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|   « La prison n'est qu'un espace muré qui cache les échecs de la société. »Le monde libertaire n°1637 (26 mai-1er juin 2011) (Anthony Dacheville, Une autre vie)
Lancés en 2006 à l'initiative de l'Observatoire international des prisons (OIP), les états généraux de la condition pénitentiaire se proposaient de rendre les murs plus transparents, à défaut de les faire tomber. Par le biais d'un questionnaire détaillé, détenus et personnels de l'administration pénitentiaire étaient invités à s'exprimer sur l'état des prisons et les moyens à envisager pour aboutir à une situation digne d'un État de droit, selon l'expression de Gabriel Mouesca, alors président de l'OIP. Cette forme d'audit, inédite, ne manquait pas de pertinence après les nombreux rapports officiels (constats des commissions d'enquête parlementaire et sénatoriale, puis du commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe), tous accablants, qui pointaient une « humiliation pour la République ». C'est dire si l'humiliation pour les détenus allait de soi ! Les états généraux de la condition pénitentiaire visaient à interpeller les politiques, alors en lice pour la présidence, sur une urgente et ambitieuse réforme de la politique pénale. Certes, les anarchistes ne goûtent guère les assaisonnements de la sauce punitive, ni cette façon de demander aux principaux intéressés comment ils préféreraient être châtiés. Reste que, si l'on veut de toutes ses forces faire disparaître ce cancer social qu'est la prison, on peut aussi, en attendant, tâcher de réduire au minimum la douleur subie. Par milliers, les détenus avaient répondu à l'invitation, suivis – assez timidement, il faut le dire – par certains fonctionnaires de l'administration pénitentiaire. Les observateurs furent même assez surpris par la qualité des réflexions élaborées par les taulards, animés d'un esprit citoyen qu'on ne rencontre pas toujours à l'extérieur des hauts murs.
La suite de l'article : « La prison n'est qu'un espace muré qui cache les échecs de la société. » |
| |   Le Monde libertaire éditorial du n°1636Le monde libertaire n°1636 (19-25 mai 2011)
Pointons du doigt ces injustices perpétrées par les institutions politiques. Ici un ministre appelle à faire travailler des pauvres qu'on n'aide qu'insuffisamment, là une mairie évacue un camp rom suite aux élucubrations de citoyens réactionnaires. Mais il n'y a pas que les détenteurs du pouvoir qui sont à l'œuvre : la prison, par exemple, si oppressante qu'elle pousse au suicide, est l'un de ces lieux où l'on ne peut se défendre, pas même créer une association syndicale de prisonniers visant à améliorer leurs conditions de vie. Plus loin sur le chemin de l'injustice d'État, Cuba nous offre un exemple crasseux de censure, de sabotage et de surveillance des opposants politiques. Ce chemin, il est possible de le prendre, si l'on endosse les idées fangeuses de ceux qui, le 8 mai, marchaient derrière les multiples banderoles extrême-droitistes. Mais on peut aussi s'en écarter, si l'on accepte d'abolir l'édifice institutionnel qu'est l'État en gérant nous-mêmes les affaires publiques. Et il en va de même au sein de ces autres institutions, privées, supposément créatrices de richesses, qu'on nomme entreprises. La fermeture injustifiée d'une usine de composants pour l'automobile en Corée du Sud vient renforcer l'idée selon laquelle partout les salariés sont soumis au bon vouloir de leurs patrons et des actionnaires, les codes du travail se fissurant dans tous les pays. De même donc, la gestion directe des moyens de production par ceux qui les utilisent conduirait à l'effondrement de la structure symbolique qu'est l'entreprise. Anarchistes, nous formulons simplement ce souhait : politique et économique, l'autogestion, vite !
L'article du Monde libertaire
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|   Prison : surveiller, punir et pousser au suicideLe monde libertaire n°1634 (5-11 mai 2011)
Secret médical pas assez respecté, parloirs non adaptés, correspondances violées, voilà quelques points, et non des moindres, issus du dernier rapport de 400 pages du contrôleur général des lieux de privation. Les contrôleurs de cette structure observent les pratiques courantes dans les prisons évidemment, mais aussi dans les hôpitaux psychiatriques, les centres éducatifs fermés pour mineurs, les geôles des tribunaux, les locaux de garde à vue, les centres de rétention et les zones d'attente pour les sans-papiers. Leur constat est « sans appel » : les droits élémentaires sont de moins en moins respectés dans les prisons françaises. Après l'annonce de la dissolution de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) – voir dans Le Monde libertaire n°1636 –, il s'en est fallu de peu pour que la fonction de contrôleur général des prisons, créée en 2008 pour illusionner le peuple après la vague des suicides, ne soit elle aussi refondue par Sarkozy dans la grande marionnette « fourre-tout » du nouveau poste de défenseur des droits, qu'il va mettre sur pied pour couper le peu d'indépendance qu'avaient encore certaines instances de médiation étatique. Sa direction, après que Jack Lang eut été pressenti, reviendrait au plus « politiquement correct », Dominique Baudis.
La suite de l'article : Prison : surveiller, punir et pousser au suicide |
| |   Riri expose à PublicoLe monde libertaire n°1636 (19-25 mai 2011)
Vous aussi vous adorez les œuvres de Riri ? Eh bien, ne manquez pas son exposition à la Librairie du Monde libertaire au 145, rue Amelot (dans le 11e arrondissement de Paris). Vous y trouverez une bonne dizaine de ses tableaux, reflets artistiques de la pensée anarchiste et des grands maux dont souffre notre société (salariat, prison, etc.). Que vous soyez artiste ou pas, anarchiste ou pas (enfin, on espère quand même !), vous en prendrez plein la vue. Alors, vous n'avez plus qu'une chose à faire, y courir, et en vitesse, s'il vous plaît !
La rédaction du Monde libertaire
L'article du Monde libertaire
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|   Salauds de pauvres !Le monde libertaire n°1636 (19-25 mai 2011)
Il y a des ministres (ou ex) qui affichent directement leurs sales intentions sur leurs tronches. On le voit tout de suite que des Besson, Hortefeux, Copé, Devedjian, et j'en passe, ont les dents qui rayent le parquet ou des désirs d'État fort et policier qui transpirent. C'est bête à dire mais ils le portent sur eux et leur délit de sale gueule fait qu'on ne se posera pas longtemps la question, quand viendra la révolution (bientôt… faut bien rêver) pour brandir ou non leurs têtes au bout de piques prévues pour. Et puis il y en a d'autres, qui le font en douceur, qui font les gentils, les presque sympas, même avec un cheveu sur la langue, histoire d'amadouer le populo. Voilà donc que Laurent Wauquiez tombe le masque du gentil pour montrer qu'il est comme les autres et que son ambition lui fait dire tout et son contraire, histoire d'avoir une bonne place sur l'échiquier politique. Celui-ci a proposé d'imposer cinq heures hebdomadaires de service social aux « bénéficiaires » (sic) du RSA et de plafonner le cumul de tous les minima sociaux à 75 % du Smic. Il est allé jusqu'à qualifier de « cancer de la société française les dérives de l'assistanat » et suggérer d'établir une durée minimale de travail pour que les étrangers puissent bénéficier du système de protection sociale français. Marine Le Pen a dû applaudir. Dans le milieu médiatico-politique, bien sûr, toute la droite et les ministres, Fillon en tête, ont dit que ça ne le faisait pas et qu'il fallait raison garder et ne pas toucher au RSA (de toute façon, cette proposition de loi ne pourra pas passer car elle est contraire à la convention de 1957 de l'OIT sur l'abolition du travail forcé ; n'empêche que le mal est fait et que c'était juste l'effet d'annonce qui comptait, pas autre chose. Après avoir été secrétaire d'État chargé de l'emploi, et aujourd'hui ministre des Affaires europénnes, Wauquiez a toujours voulu donner de lui une image de catho-social. Il répète à qui veut bien l'écouter que lorsqu'il était étudiant à l'Ena, en 1999, il a demandé à travailler dans les bidonvilles du Caire avec l'association de sœur Emmanuelle et que c'est « une expérience qui l'a transformé ». En 2005, il bossait avec Martin Hirsch, pour « éradiquer la pauvreté » (essaie encore). En 2009, il fustigeait Total qui annonçait le licenciement des 500 salariés de la raffinerie de Dunkerque. Dernièrement il a créé le cercle de réflexion « Droite sociale » qui rassemble des parlementaires de l'UMP, pour « la défense des classes moyennes et des petits ». Mais voilà, les élections présidentielles approchent, Copé a pris les rênes de l'UMP et le FN remonte dans les sondages. Sarkozy donne le ton pour 2012 : à droite toute ! L'ambitieux et opportuniste Wauquiez se transforme alors en porte-flingue de Sarkozy, allant sans états d'âme sur les terres du FN. Dans un premier temps, il ne fait que réactualiser le slogan de 2007, « Travaillez plus pour gagner plus », mais surtout il attise le fantasme réac à propos de la France, « pays d'assistés ». Le Figaro et Le Point, dernièrement, faisaient leurs couvertures sur « la France qui triche » et « sur ceux qui ruinent la France » (et ce sont évidemment les plus pauvres). « Quelle est, pour moi, la principale injustice dans notre pays ? C'est que celui qui travaille n'ait pas un véritable écart avec celui qui bénéficie des minima sociaux », déclare-t-il sur BFM-TV. Plutôt que de s'en prendre aux entreprises et aux patrons qui paient au minimum les salariés alors qu'ils se rémunèrent grassement et se goinfrent de stock-options, ou aux boîtes comme Total qui ne paient même pas d'impôts sur les bénéfices, il estime que c'est du côté des pauvres qu'il faut s'attaquer. C'est un véritable racolage lepéniste qui consiste à stigmatiser les plus faibles et à monter la « France d'en bas » contre celle qui est au fond du trou. De même, il s'en prend aux étrangers qui viennent « profiter » de notre système de protection sociale, « le plus généreux d'Europe » (sic). Selon lui, les étrangers bénéficient trop rapidement de nos « différents outils de solidarité ». D'où la durée minimum de travail pendant cinq ans, proposée par Wauquiez, pour que les étrangers puissent accéder aux prestations d'assistance. On a envie de vomir quand on entend des trucs pareils. Les déclarations de Wauquiez ne sont que le reflet de l'air du temps où les immigrés, chômeurs et RSAistes, premières victimes du capital, se retrouvent présentés comme coupables. On appelle ça la lepénisation des esprits. Le pire, c'est que les élections sont dans un an et qu'on n'a pas fini (si on les laisse faire) d'entendre et de subir de tels propos. Et j'oubliais, pendant que Wauquiez s'attaquait aux pauvres, le gouvernement réformait l'ISF et faisait encore des cadeaux fiscaux aux riches. Salauds de riches. Allez, qu'on prépare le goudron et les plumes…
Jean-Pierre Levaray
L'article du Monde libertaire
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|   Vive la révolution ! Forum social de La HavaneLe monde libertaire n°1636 (19-25 mai 2011)
Le premier Forum social organisé sur l'île de Cuba n'a pas bénéficié du soutien des institutions, contrairement aux forums organisés dans d'autres pays. Le réseau de l'Observatoire critique, à l'origine de cet événement, a dû faire face, à quelques jours de la rencontre, à toute une série d'obstructions visant à empêcher l'organisation du Forum. Alors que les rencontres étaient au départ prévues au centre culturel le Mejunje de Santa Clara, les autorités ont fait pression sur le directeur de ce centre pour qu'il annule l'événement. C'était sans compter avec l'imagination des organisateurs du Forum. Les rencontres ont eu lieu dans un jardin extraordinaire, dans le quartier marginal de Coco Solo, à Marianao, à la périphérie de La Havane, les 26 et 27 mars derniers. Un lieu unique, le jardin luxuriant d'une maison particulière, celle de la famille Pérez, qui est aussi le siège du projet culturel Coco Solo Social Club animé par le dramaturge cubain Manuel Martínez. C'est dans ce cadre qu'une soixantaine d'activistes sociaux, d'écrivains, d'artistes, de promoteurs culturels, de chercheurs, de journalistes, de blogueurs et de dirigeants communautaires se sont réunis pour dialoguer à propos des perspectives révolutionnaires, apporter leurs critiques sur l'actualité cubaine et mondiale, et formuler des propositions pour un changement de société émancipateur. Le Forum était également organisé par le Groupe international de travail anticapitalisme et sociabilités émergentes (membre du Conseil latino-américain de sciences sociales, Clacso) et par l'atelier Vivre la Révolution. Pour la première fois, cette rencontre annuelle, convoquée historiquement sous le concept de Rencontres de l'Observatoire critique, a été organisée de façon totalement autogestionnaire. Dépassant le cadre strict d'un événement académique de critique et d'investigation socio-culturels jusqu'ici parrainé par l'Association des frères Saíz – un organisme officiel –, les organisateurs ont travaillé intensément en partant des objectifs définis lors de la première édition des Rencontres, en 2006. Cette année-là, la création d'un réseau protagoniste et solidaire de projets autonomes et la progressive transformation de l'événement en un véritable forum social furent décidées. « Créer, solidariser, révolutionner », c'est sur ce thème que les organisateurs souhaitaient « socialiser et analyser les expériences créatives et libératrices » de Cuba à partir des témoignages de militants qui travaillent volontairement sur des initiatives locales et communautaires dans différents projets concernant l'écologie, le féminisme, la liberté, sur internet ou sur le terrain social. La suite de l'article : Vive la révolution ! Forum social de La Havane |
| |   Le Monde libertaire éditorial du n°1635Le monde libertaire n°1635 (12-18 mai 2011)
Nous sommes à un peu moins d'un an de l'élection présidentielle. Comme chaque élection, en particulier celle qui fournit à quelqu'un le logement indécent qu'est le palais de l'Élysée, il ne s'agit que d'un passage de Charybde à Scylla. Les participants au tournoi s'entraînent déjà et les champions arborant les couleurs nationales se disputent. Les sondages, supposément prophétiques si l'on en croit les analyses pointues et sans faille des journalistes autorisés, annoncent le renforcement d'un Front national qu'on aurait voulu voir disparaître il y a des années. Comment la France peut-elle plier sous le vent extrême-droitiste qui souffle d'Europe du Nord et de l'Est ? Et pour s'assurer l'adhésion d'électeurs bien ciblés comme les ouvriers ou les commerçants, le FN tait provisoirement ses thèses racistes pour présenter des principes économiques nouveaux, montrant encore une fois l'instabilité de leurs positions en la matière. Des principes tellement nouveaux qu'ils avaient déjà un nom : le poujadisme. Le FN se développe et théorise vaguement sur la monnaie, une monnaie actuellement défendue par la brave armée française en Libye. Parce que de l'autre côté, le champion bleu-blanc-rouge au pouvoir instaure des mesures dignes de son rival réactionnaire vis-à-vis des étrangers, de la sécurité et du sentiment nationaliste mais établit toujours un peu plus profondément sa doctrine néolibérale qui le conduit à envoyer l'armée au secours de ses intérêts. C'est bien la seule différence entre les deux champions de l'inhumanité : les positions économiques de l'un sont pestilentielles et bien assurées, celles de l'autre sont nauséabondes mais mal argumentées. Alors, que choisiront les dindons de la farce électorale : celui qui envoie la Marine nationale au secours du capital ou ceux qui voient en la Marine nationaliste un secours capital ?
L'article du Monde libertaire
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|   À bas la calotte d'ÉtatLe monde libertaire n°1635 (12-18 mai 2011)
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, etc. Le 1er mai a été entaché par la présence au Vatican, lors de la béatification de Parkinson II, de trois ministres d'une République qui se prétend encore laïque. François Fillon, Claude Guéant et Alain Juppé avaient fait ce pieux déplacement. Toute honte bue, ces trois éminences venaient de faire allégeance à la papauté, oubliant la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État. Ce 1er mai, sur France 2, il était possible de voir Mme Fillon exécuter une belle révérence à Benoît XVI, sous le regard obséquieux de son Premier ministre de mari. Depuis l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, rien n'a été épargné pour évoquer les racines chrétiennes de la France. Le président d'une République qui se voudrait confite en dévotion, n'a eu de cesse de nous ramener sur les chemins de l'église catholique. Particulièrement à l'occasion du discours de Latran, en 2007, lorsque le petit Nicolas martelait que le curé était plus important que l'instituteur pour l'éducation des petits Français. De même, très récemment, comme en de nombreuses autres situations, le président qui se voudrait en odeur de sainteté, faisait le signe de croix, de façon très visible, au Puy-en-Velay. De retour de leur pèlerinage du déshonneur, nos trois Rois mages nous ont confirmé de bonnes nouvelles : répression accrue contre les sans-papiers, augmentation du travail précaire, instauration d'une société de plus en plus autoritaire. Dans le même temps, il y a cette volonté de nous convaincre que la religion est… l'eau de rose des peuples !
Maurice Rajsfus
L'article du Monde libertaire
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|   À propos d'un anniversaire : de la chasse active aux Juifs à la traque aux sans-papiersLe monde libertaire n°1635 (12-18 mai 2011)
Il n'est pas possible d'évoquer les années noires de l'occupation nazie, et du régime de Vichy, sans rappeler les mauvaises manières policières de l'immédiat avant-guerre, tout comme celles d'un présent pour le moins inquiétant. En décembre 1938, alors que la République espagnole était à l'agonie, un ministre de l'Intérieur de la IIIe République, Albert Sarrault, martelait : « Il faut purger la France de la tourbe étrangère ! ». En mars 2011, un autre ministre de l'Intérieur de la République, Claude Guéant, affirmait tranquillement que, « suite à une immigration mal contrôlée, les Français ne se sentent plus chez eux ! ». Dans l'un et l'autre cas, le rejet de l'étranger avait pour volonté de fédérer les haines et les rancœurs face à une situation économique et sociale de plus en plus préoccupante.
Le régime de Vichy comme modèle ?
Entre ces deux périodes, il y a eu cette horreur qui ne peut être comparée à aucune autre. Il n'est pas inutile de noter que les premières lois xénophobes et racistes, édictées par le pouvoir de Vichy, dès le mois de juillet 1940, n'avaient pas autrement ému ce qu'il est convenu de désigner comme la « France profonde ». Les responsables de la défaite ne pouvaient être que ces étrangers qui encombraient la France depuis de trop longues années, et c'était une excellente initiative de tenter de s'en débarrasser. Bon vent à ces métèques qui n'avaient pas été invités, et pouvaient retourner d'où ils venaient. Faute de quoi il était possible de les mettre à l'ombre, pour la plus grande tranquillité des Français de bonne origine. Très rapidement, en septembre 1940, il y avait eu cette loi sur « les étrangers en surnombre dans l'économie française », qui paraissait naturelle à ceux qui adoraient Pétain, sauveur de la patrie en déroute. Dans le même temps, la suspicion était jetée sur les enfants d'étrangers qui ne pouvaient plus postuler aux emplois de la fonction publique. Viendra ensuite une mesure de salubrité publique ; la dénaturalisation des Juifs d'Algérie, désormais réduits au statut de l'indigénat. En zone occupée, comme si elles avaient été orchestrées, des lois françaises, depuis Vichy, et des ordonnances nazies, promulguées à Paris, avaient désormais les Juifs pour cibles. Déclaration obligatoire de l'origine dans les commissariats de police, ce qui préludait au fichage et à l'apposition du cachet « juif » sur les cartes d'identité ou les permis de séjour. C'était le 29 septembre 1940. Quelques jours plus tard, le 3 octobre, allait suivre le statut des Juifs de France, avec de nombreux interdits professionnels. Viendront ensuite un certain nombre de mesures vexatoires : interdiction de posséder un poste de TSF (radio), de disposer du téléphone, précédant l'instauration d'un couvre-feu, entre 20 heures et 6 heures du matin. Ces mesures n'étonnant pas vraiment ceux qui n'étaient pas visés.
C'était il y a soixante-dix ans
Viendront bientôt les arrestations de masse, exclusivement à Paris où nos policiers, anciennement républicains, ne tarderont pas à s'illustrer. Le 14 mai 1941, près de 3 000 Juifs étrangers seront interpellés dans les commissariats où ils avaient été convoqués, « pour affaire vous concernant ». Il en ira de même les 20 et 21 août 1941 avec, après la rafle en vraie grandeur de près de 5 000 Juifs dans les 11e et 4e arrondissements de Paris, l'ouverture du camp de Drancy, dans la banlieue nord de Paris. Les victimes de cette rafle étant mises sous haute surveillance de la police et de la gendarmerie françaises. Cela ne devait pas émouvoir les foules, tandis que la presse de la collaboration se félicitait vivement de cette épuration ethnique devenue indispensable. C'était il y a soixante-dix ans ! Bien sûr, une fois encore, il ne peut être question de faire quelque amalgame que ce soit avec la période présente, mais il y a quand même lieu de s'interroger sur l'existence, au pays des droits de l'homme et du feu droit d'asile, d'une trentaine de centres de rétention administrative. Dans ces lieux de non-droit sont odieusement « retenus » des hommes, des femmes, et même des enfants en bas âge, dont l'unique délit est d'être démunis de papiers d'identité. De ces centres, qui ressemblent à d'authentiques prisons, où l'on traite les parias comme des criminels de droit commun, ceux qui nous gouvernent se félicitent d'expulser environ 30 000 étrangers chaque année. Au risque de devoir insister, il n'y a évidemment pas de comparaison possible avec cette période où la France était soumise à la botte nazie, la soldatesque des miliciens et les partis fascistes triomphants. Il n'en reste pas moins que nous sommes censés vivre dans un pays démocratique où les libertés fondamentales ne seraient pas menacées. Pas de panique, braves gens. La République ne fait que se séparer de ces étrangers qui auraient mieux fait de rester chez eux.
De l'ignominie à l'horreur
Au fils des mois, la situation de ceux qui ont été mis au ban du pays ne fera que se détériorer, et les missions de nos policiers français deviendront de plus en plus précises. En juin 1942, la marginalisation des Juifs ne connaissant plus de limite, une ordonnance nazie décide qu'ils seront marqués, afin de pouvoir les distinguer parmi la population. À partir du 7 juin, il leur faudra, dès l'âge de 6 ans, être décorés de cette abominable étoile jaune qui leur sera délivrée par la police française. Suivra le 9 juillet 1942, l'interdiction de paraître dans de nombreux lieux publics ainsi décorés. La police française, chargée de faire respecter ces édits, y mettra un zèle digne de tous les éloges, y compris lorsque parmi ces interdits et obligations va figurer une dernière ignominie : dans le métro, les Juifs ne peuvent voyager que dans le wagon de queue. Tout comme nos policiers de 2011 veillent aux portillons du métro en espérant y « choper » un sans-papiers, ceux de 1942 ne dédaignent jamais d'interpeller les imprudents qui se seraient risqués à négliger la loi nazie. En période troublée, les esprits le sont également. Il convient donc de rappeler que, tout au long de la mise en place de ces mesures répressives, l'Église catholique, à l'image de la grande masse des Français, n'émettra jamais la moindre protestation officielle. Pas plus lors de la promulgation du statut des Juifs, que de l'obligation qui leur était faite, en zone occupée, de porter l'étoile jaune. La réaction indignée de quelques rares prélats ne se fera entendre qu'après les rafles effectuées en zone non occupée, au cours de la seconde quinzaine d'août 1942. Comment s'étonner de ce long silence si l'on veut ignorer que l'Église catholique, à cette époque, jouait son rôle de police de l'ordre moral, sous l'égide du régime de Vichy qui accordait toute sa bienveillance à un enseignement libre où l'on ne cessait d'encenser cet ordre nouveau tout à la dévotion de l'Allemagne hitlérienne ?
La rafle du Vel'd'Hiv' : un crime contre l'humanité !
Dans la zone occupée par les nazis, la police française tenait le haut du pavé. Les fonctionnaires d'autorité, qui arboraient fièrement la francisque de Pétain sur leur vareuse, veillaient avec l'attention de geôliers sur une population apeurée. Dans la région parisienne, des milliers de familles vivaient dans l'anxiété depuis les arrestations du printemps et de l'été 1941. Il y avait cette certitude que cela ne tarderait pas à recommencer. Les rumeurs constantes ne pouvaient qu'alimenter cette crainte. Déjà 10 000 hommes avaient été arrêtés, en 1941, et certains d'entre eux déportés, « pour le travail ». La rafle du 16 juillet 1942, dite « rafle du Vel'd'Hiv' », allait représenter une nouvelle étape de la barbarie raciste. Avec comme maîtres d'œuvre des policiers français, chargés cette fois non seulement de rafler des hommes mais également des femmes et des enfants en bas âge, des vieillards grabataires, des malades, et des même des aveugles. Tout était bon pour faire du chiffre. Les nazis n'avaient pas demandé que soient arrêtés les enfants, presque tous français alors que la rafle n'aurait dû concerner que des étrangers. Un mois plus tard, il faudra toute l'insistance du secrétaire général à la Police de Vichy, René Bousquet, pour que les services du SS Adolf Eichman finissent par accepter que les enfants soient déportés à leur tour, alors que leurs parents avaient déjà disparu dans l'enfer d'Auschwitz. L'inhumanité de cette rafle, effectuée – comme celles de 1941, et comme le seront les rafles de l'automne 1942, de février 1943 – par les seuls policiers et gendarmes français, n'est plus à démontrer. Les témoignage ont été nombreux de cette brutalité, physique et morale, de nos forces de l'ordre qui ne se risqueront que très rarement à remettre en cause les consignes émanant de la Gestapo. Y ajoutant même suffisamment de zèle pour ne pas paraître contre-performants. Si, à cette époque, il y avait eu le moindre esprit de résistance dans la police française contre les tâches répressives qui lui était confiées, d'excellents témoins de moralité n'auraient pas manqué de nous le faire savoir.
Ni responsables, ni coupables !
La Libération venue, quelques rares policiers de haut rang, très actifs au sein des services de la Gestapo française ou à la Spac (police anticommuniste), seront rapidement jugés, et quelques-uns d'entre eux exécutés. (Peut-être pour que ces salauds n'aient pas le temps de « balancer » certains de leurs collègues tout aussi « mouillés » qu'ils avaient pu l'être eux-mêmes.) Il en ira différemment pour le corps policier dans son ensemble – même pour les plus impliqués parmi les plus actifs à tous les niveaux de l'institution policière, qui seront rapidement réintégrés après quelques années de purgatoire. Il ne faut pas oublier que René Bousquet, grand organisateur des rafles dans les deux zones, traduit devant la Haute cour de justice, sera finalement acquitté. Il en ira de même du commissaire Jean François, directeur de la police générale, et à ce titre responsable des camps d'internement, qui ne sera jamais inquiété. Mieux, si l'on peut dire, le 14 octobre 1944, deux mois après la Libération de Paris, le général de Gaulle décorera de la fourragère rouge l'ensemble du corps de police parisien. C'est-à-dire, parmi ces policiers qui s'étaient illustrés à la 25e heure, le 19 août 1944 en prenant la préfecture de Police, ceux qui, sans défaillir, avaient participé aux rafles ordonnées par les nazis. Jusqu'alors coupables, ils n'étaient même plus responsables puisque le « libérateur de la patrie » leur rendait une honorabilité perdue. Comme il y a une morale à cette histoire répressive, les plus jeunes de ces défenseurs de l'ordre public, au terme d'une carrière bien remplie, se distingueront peut-être lors de la répression sanglante contre les Algériens de Paris, le 17 octobre 1961, ou même au plus fort du matraquage et du gazage des étudiants, en mai et juin 1968. Il serait contre-productif de simplement se lamenter sans tirer de leçons d'une histoire dont on aimerait qu'elle ne puisse se reproduire. Au-delà d'Auschwitz et des camps d'extermination nazis, il faut bien constater que la tentation est toujours présente de marginaliser d'autres exclus et, dans le meilleur des cas, de les inciter à aller voir ailleurs. Là où les libertés fondamentales ne sont pas plus en péril qu'au pays des droits de l'homme.
Maurice Rajsfus
L'article du Monde libertaire
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|   DSK : homme providentiel ? Pour qui ?Le monde libertaire n°1635 (12-18 mai 2011)
La bande dessinée de Goscinny et Uderzo nous a rendu familiers les fantasmes de pouvoir du vizir Iznogoud qui veut devenir calife à la place du calife. Nous sommes depuis trop longtemps habitués au spectacle confondant des Iznogouds du Parti socialiste qui se chamaillent et se posent en candidats pour l'élection présidentielle – chamailleries dont on peut se demander si elles ne servent pas de paravent pour masquer les vrais problèmes de la population laborieuse : attaques sur les retraites, attaques à venir sur la Sécurité sociale, etc. On croyait avoir tout vu, mais non. Le Parti socialiste semble avoir des réserves inépuisables de diables à ressort pour occuper la scène médiatique et occulter les vrais problèmes : parmi les Iznogouds putatifs se trouve un candidat dont on ne sait même pas s'il est candidat, mais que tout le monde désigne comme tel, et à qui d'aucuns – d'aucunes, dirais-je – attribuent tout de même un poste au gouvernement dont il serait élu calife ! Je parle évidemment de Dominique Strauss-Kahn, que nombre de socialistes désignent comme le parfait anti-Sarkozy, et que Ségolène Royal verrait bien comme Premier ministre. Les médias eux-mêmes semblent prendre fait et cause pour la candidature du directeur général du Fonds monétaire international – organisme qui est, rappelons-le, directement partie prenante dans la mise en œuvre des mesures qui aboutissent à la liquidation générale des services publics dont nous sommes les témoins impuissants, à la liquidation du système de retraite par répartition et à la liquidation future de notre système de Sécurité sociale. On comprend dès lors que les médias, sondages à l'appui, et les grands patrons voient dans DSK l'homme providentiel qui permettra de consolider, grâce à un vague vernis de gauche, les réformes effectuées à la machette par Sarkozy. Il est vrai que les médias, pour la plupart, et les grands patrons (Lagardère, Bouygues, Dassault), c'est un peu bonnet blanc-blanc bonnet, puisque ces derniers possèdent les premiers… Les grands patrons susmentionnés, eux, n'ignorent pas ce que les promoteurs de la candidature Strauss-Kahn occultent, et que nombre d'électeurs éventuels ignorent : DSK, comme ministre de l'économie et des finances, a été un acteur majeur de la grande campagne de privatisations initiée sous le gouvernement Jospin : lorsqu'il quitte son poste en novembre 1999, il n'y a plus de secteur financier public : un an et demi aura suffi pour le liquider. Le GAN, le Groupe Caisse d'Épargne, le CIC, le Crédit Lyonnais, le Crédit Foncier de France, la Marseillaise de Crédit auront été privatisés, c'est-à-dire offerts aux actionnaires. à l'initiative de Strauss-Kahn, le gouvernement Jospin a davantage privatisé que les gouvernements de droite présidés par Balladur et Juppé : Airbus, Air France, Thomson-CSF, France-Télécom, Thomson Multimedia sont passés à la moulinette. Citons encore le secteur de l'énergie : en accord avec les positions de l'Organisation mondiale du commerce, Strauss-Kahn soutient l'adhésion du gouvernement Jospin aux propositions européennes qui aboutiront peu après, sous la droite, à la privatisation d'EDF-GDF. Strauss-Kahn prend des mesures qui, avec entre autres les stock-options, permettent les rémunérations pharaoniques des hauts dirigeants d'entreprises. Il lance en outre l'idée de fonds de pension « à la française ». Il pousse Jospin à remettre en cause tous les engagements que le PS avait pris envers les électeurs en 1997, parmi lesquels le renforcement des services publics. On ignore que Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international, est directement impliqué dans la situation dramatique d'endettement des pays du Nord. En effet, les grands financiers internationaux ont obtenu une chose invraisemblable : les pouvoirs publics ne peuvent plus emprunter de l'argent aux organismes publics de crédit – lorsqu'ils n'ont pas été eux-mêmes liquidés – à des taux qui étaient par nature beaucoup plus avantageux que ceux proposés par les banques privées. Les pouvoirs publics ne peuvent plus emprunter qu'aux organismes financiers privés dont les taux sont beaucoup plus importants que ceux des institutions financières publiques : c'est là une des principales causes de leur énorme endettement. C'est une fantastique ponction des actionnaires privés opérée au détriment des contribuables européens. Pourtant, si les états ne peuvent pas faire appel aux organismes financiers publics pour emprunter, ils sont largement sollicités pour renflouer les banques lorsque celles-ci, par leur rapacité spéculative, provoquent des catastrophes planétaires : là encore, les contribuables sont une fois de plus ponctionnés. Sous la direction de Strauss-Kahn, le Fonds monétaire international n'a rien fait d'autre que poursuivre sa politique traditionnelle : – réduction des salaires de fonctionnaires ; liquidation des retraites par répartition au profit des assurances privées ; réduction des investissements dans la santé, l'éducation, la culture. – vente des services publics aux multinationales. – liquidation du droit du travail pour instaurer la flexibilité, pour faciliter les licienciements, pour favoriser les délocalisations. – exonérer les sociétés privées de cotisations sociales, réduire leurs impôts pour maximiser les profits. Cette politique-là, le directeur général du FMI l'a défendue, promue non seulement dans les pays du tiers monde mais en Europe même. Concernant le seul problème des retraites, DSK se trouve à un niveau de réflexion confondant. Interrogé dans l'émission À vous de juger sur France 2, il déclare refuser tout dogme sur l'âge de départ à la retraite : « Je ne pense pas qu'il faille y avoir de dogme. Le monde change très vite et on vit dans la mondialisation, qui a des avantages, des inconvénients, mais c'est la réalité, il faut tenir compte de cela. » C'est donc la tarte à la crème de la « mondialisation » qui impose de travailler plus longtemps. DSK estime que « si on vit 100 ans, on ne va pas continuer à avoir la retraite à 60 ans » (rapporté par Le Figaro, 20 mai 2010). Il est étonnant de constater à quel point tous ceux qui n'ont « pas de dogme » sur la question sont tous d'accord pour faire travailler les salariés plus longtemps – accusant explicitement ceux qui veulent maintenir la retraite à 60 ans d'être, eux, des « dogmatiques ». On ne s'étonnera donc pas que DSK ait approuvé les réformes de Sarkozy sur la retraite. On ne s'étonnera pas non plus que la perspective d'une candidature Strauss-Kahn soit particulièrement bien perçue par le patronat : doté d'une stature internationale, offrant, vu ses fonctions actuelles, toutes les garanties, il constitue le successeur idéal d'un Sarkozy quelque peu dévalué. Par ailleurs, rien de tel qu'un « socialiste » pour faire passer la réforme sur les retraites, pour mettre un peu de baume sur les plaies provoquées par les coups de hache du gouvernement Sarkozy-Fillon.
Eric Vilain
L'article du Monde libertaire
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|   Fanzine À Bloc !Le monde libertaire n°1635 (12-18 mai 2011)
Fanzine ? Kézako ? Un fanzine est un journal réalisé par des amateurs, des passionnés de tel ou tel domaine, de tel ou tel genre musical. On a vu dans les années 1980 émerger une grande quantité de fanzines, dont beaucoup tournaient autour du rock alternatif, de l'anarchisme, bref, nous avons connu l'épanouissement d'une presse alternative accompagnant des domaines eux aussi en quête d'alternatives, d'expérimentations, de recherche 1. Lancer un fanzine papier en 2011, voilà une idée qui paraît bien saugrenue. Le XXIe siècle sera numérique ou ne sera pas, avait-on pu croire. Même Le Monde libertaire a désormais un site web en parallèle à sa version papier, et de nombreux fanzines, eux, ont soit disparu soit basculé sur Internet, sous forme de site ou de blog. Cela n'enlève rien à la qualité d'écriture, à la passion… mais force est de constater que… ce n'est plus pareil. Peu de fanzines existent encore. On a un peu perdu le plaisir de le feuilleter, de le lire en picorant ici et là, d'y revenir, de le prêter, de le diffuser à son tour. Une petite vingtaine d'activistes des milieux anarchistes, punks, antifascistes, ont donc décidé, contre vents et marées de remettre du charbon dans la chaudière. Le résultat : un fanzine au format carré, de 56 pages, avec ce qui fait l'essence même du fanzinat : la passion, le plaisir, le besoin de s'exprimer, de faire découvrir. Les choses sont claires, comme le proclament les rédacteurs dès la première page : « On parle de quelque chose parce que ça nous plaît et pas seulement parce que c'est important, on essaye de ne pas se prendre au sérieux. » Pourtant, force est de constater la bonne tenue et le graphisme appliqué et soigné de ce fanzine imprimé. Les sujets abordés, eux, reflètent la diversité de ses rédacteurs. Des reportages internationaux sur les bidonvilles de Buenos Aires à l'Allemagne et à Rome, en passant par un lieu militant plus près de chez nous comme le Café de la pente ou un zoom sur un bistrot parisien qui vaut le détour, À Bloc ! promène ses docs là où ça lui plaît. On retrouve bien entendu les rubriques classiques, à savoir les chroniques de lecture et les chroniques musicales incontournables, mais aussi les interviews de groupes et d'artistes, de Loran et Schultz (respectivement de Bérurier Noir et Parabellum) à Vulgaires Machins et Bobby 6 Killers, en passant aussi par DDD un pochoiriste détonnant (et oui, il n'y a pas que Banksy !). Nouvelles, rencontre avec un historien sur le rôle des intellectuels nazis, et questionnement crucial de la présence de fenêtres dans le métro, puisqu'il n'y a rien à y voir. On y retrouve aussi une interview amusante et pertinente sur la boulangerie autogérée La Conquête du pain, dont Le Monde libertaire s'était déjà fait l'écho. La passion ? Elle est bien là du début à la fin. Une bonne raison pour les encourager à poursuivre l'aventure 2.
Z. Yarost
1. La fanzinothèque de Poitiers est d'ailleurs une structure qui reçoit, classe et archive des fanzines du monde entier. Un lieu incontournable si vous vous intéressez à ce domaine. La fanzinothèque, 185, rue du Faubourg du Pont-neuf, 86000 Poitiers. 2. Pas d'abonnement, mais on trouve À Bloc ! sur les tables de presse et dans les bonnes librairies. On peut envoyer aussi 15 euros pour 5 exemplaires, port compris par chèque à GDO, 44, rue Poulain, 93100 Montreuil. Pour commander un seul numéro, allez sur la site de Maloka : http://malokadistro.com
L'article du Monde libertaire
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|   Homophobie : le dernier survivant Triangle rose victime des nazis enfin reconnuLe monde libertaire n°1635 (12-18 mai 2011)
Rudolf Brazda, Mulhousien de 97 ans, est le dernier survivant connu au monde des Triangles roses (en allemand : « Rosa Winkel »), ces homosexuels qui ont été déportés par les nazis pour leurs tendances sexuelles. C'est avec beaucoup d'étonnement (!) qu'il s'est vu remettre le titre de chevalier de la Légion d'honneur. Pour rappel, la mémoire de la déportation homosexuelle est assez récente. En France, les Flamands roses ou le Mémorial de la déportation homosexuelle sont des associations qui ont entamé cette dynamique de mémoire. Actuellement c'est principalement l'association Les Oublié(e)s de la mémoire qui œuvre pour la connaissance et la reconnaissance de cette mémoire. Cette association a notamment obtenu en février 2008 qu'une rue de Toulouse porte le nom de Pierre Seel. Il était le seul Français à avoir obtenu le titre de déporté à la suite de la répression de l'homosexualité par le régime nazi en Alsace annexée. À l'heure actuelle, le seul survivant connu de cette déportation est donc Rudolf Brazda. Ce dernier a longtemps pensé que son histoire n'intéresserait personne ! À tel point que Rudolf n'a révélé son expérience qu'il y a trois ans à peine. Jusqu'en 2003, ce couvreur vivait avec son compagnon, Edi, mort cette année-là, dans le plus parfait anonymat. Une vie paisible qu'il revendique aujourd'hui comme un symbole de résistance au nazisme : « Vivre heureux comme je l'ai fait est pour moi un pied de nez à Hitler et sa bande de chiens », a-t-il confié au président de l'association des Oubliés de la Mémoire. Rudolf Brazda est né en 1913 à Brossen, en Allemagne. Huitième enfant d'une famille de mineurs venus de Bohème (Tchéquie), il a vécu tranquillement son homosexualité dans la région de Leipzig, jusqu'à l'arrivée au pouvoir des nazis en 1933. Mais son orientation sexuelle viole le paragraphe 175 du code pénal allemand, ce qui lui vaut d'être condamné à six mois de prison en 1937 puis d'être expulsé en Tchécoslovaquie. Le IIIe Reich le rattrape dès l'année suivante avec l'annexion de la région germanophone des Sudètes. En 1942, après un long périple carcéral, il est déporté. Il survit, rencontre Fernand, un communiste français avec lequel il se lie et qu'il suivra à la Libération en Alsace. Une région qu'il ne quittera plus et où il rencontre Edi, originaire de l'actuelle Serbie. En 1960, Rudolf, apatride, est naturalisé français mais continue de ne s'exprimer qu'en allemand, sa langue maternelle avec le tchèque : « Si l'on devait revenir aux nazis, il ne faudrait plus que les gens se laissent faire comme cela a été le cas à l'époque. Il faudra se révolter avant qu'il ne soit trop tard », tout à fait conscient de son optimisme quand il prétend qu'avec les avancées de l'Union européenne, « on est aujourd'hui davantage à l'abri ». Un avis que nous ne partageons malheureusement pas : il suffit de lire les brèves et articles consacrés à l'homophobie qui courent malheureusement trop souvent dans nos colonnes pour nous en convaincre !
Patrick Schindler
L'article du Monde libertaire
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|   L'éducation populaire, un mythe ?Le monde libertaire n°1635 (12-18 mai 2011)
Ces dernières années cette activité traditionnelle déjà ancienne, dont Internet est devenu un des haut-parleurs, a pris une ampleur nouvelle. L'association coopérative Le Pavé en apparaît comme le navire amiral. Google, interrogé, indique plus de 140 000 résultats. C'est dire que l'on peut être amené à s'interroger sur ce renouveau. Un site web aussi radical qu'il veut être que celui intitulé Jura libertaire offre à la tête de pont du Pavé, Frank Lepage, une tribune, sans discuter la fonction de ce bateleur doué et percutant. Tentons de notre côté une analyse actualisée.
De toute éternité la connaissance est une exigence humaine. Elle a partie liée avec les notions du bien et du mal. Dans la tradition judéo-chrétienne, elle apparaît dès le début du récit biblique avec l'arbre du bien et du mal, l'arbre de la connaissance en relation avec la recherche d'autonomie d'Adam et Ève. Nul ne pourra remettre en cause le fait que la connaissance s'acquiert à la fois par la transmission du savoir, c'est-à-dire l'éducation, et par l'expérimentation personnelle. De tout temps le savoir a été reconnu comme à la fois un outil de pouvoir et de libération. La notion d'éducation « populaire » est, elle, particulièrement récente. Elle est contemporaine de celle d'enseignement obligatoire chère à Jules Ferry. L'adjonction du terme « populaire » est la prise de conscience qu'il y avait une éducation pour les riches et une autre pour les pauvres que l'on appelait alors « le peuple », la «populace ». C'est l'époque où sous les coups de la révolution industrielle une nouvelle classe sociale voit le jour, celle qui selon les traditions prendra le nom de classe ouvrière ou de prolétariat. C'est dans la mesure où cette nouvelle entité s'organise qu'apparaît la nécessité de se former aux nouveaux défis que présente une société en complet changement. Des écoles parallèles vont alors naître partout en Europe. En France, le mouvement ouvrier qui s'organise autour des Bourses du travail proclame qu'il est nécessaire de se former et de lutter. L'un ne va pas sans l'autre. L'un de ses leaders, Fernand Pelloutier, dans un texte resté célèbre, l'exprimera mieux que tout autre : « Actuellement, notre situation dans le monde socialiste est celle-ci : proscrits du Parti parce que, non moins révolutionnaires que Vaillant et que Guesde, aussi résolument partisans de la suppression de la propriété individuelle, nous sommes en outre ce qu'ils ne sont pas , des révoltés de toutes les heures, des hommes vraiment sans dieu, sans maître et sans patrie, les ennemis irréconciliables de tout despotisme, moral ou matériel, individuel ou collectif, c'est-à-dire des lois et des dictatures (y compris celle du prolétariat) et les amants passionnés de la culture de soi-même. » Les partis ouvriers vont très rapidement mettre en place des « écoles du parti » qui sous prétexte de formation des militants procéderont essentiellement à leur formatage. Il arrivera dans certains pays comme en Allemagne que les contestataires de la ligne officielle seront « promus/mutés » dans ces écoles pour ne plus être dans les pattes des leaders. Mais nulle part comme en Espagne les prolétaires eux-mêmes ne prendront en main leur propre nécessité de formation. Cela va être la période des « athénées » libertaires qui vont marquer durablement la pensée anarchiste. Ces lieux de formations seront en même temps des lieux de réflexion et de liaison sur les combats en cours jusqu'à la défaite de la révolution espagnole. En France, après la Première Guerre mondiale et le reflux du syndicalisme d'inspiration libertaire, ce sont les partis dits ouvriers qui prendront le relais. Les milieux catholiques, progressistes ou pas, tailleront leur part dans ce qui est au fond un travail de formation permanente. Une des plus belles créations de ces courants sera le mouvement des auberges de jeunesse qui seront alors autre chose que des hôtels à bon marché. La Seconde Guerre mondiale sonne l'arrêt de ces efforts. Mais c'est encore d'une de ces écoles, celle d'Uriage, dans l'Isère, que partira un grand mouvement de résistance aux nazis. Dès la fin de la guerre, dans l'effort collectif pour reconstruire la France (cocorico !), les mouvements d'éducation populaire redonnent de la voix. Pour s'en persuader il suffit de regarder l'évolution des clubs Léo Lagrange, émanation du Parti socialiste, qui d'une simple association se transforma en « employeur de l'économie sociale ». Il s'agissait toujours sous une forme ou sous une autre de pallier le manque de formation académique des individus des classes populaires.
Le changement
À partir de 1968, ce courant tend à diminuer si ce n'est à disparaître. Une des activités les plus médiatiques, les ciné-clubs, qui furent les lieux où se formèrent tant et tant de cinéphiles, fermèrent les uns après les autres, vaincus par la télévision. Disparurent ainsi les lieux où des opinions pouvaient se former, s'opposer, s'écharper, souvent au profit du repli sur soi et du gavage télévisuel. Simultanément, l'accès à l'instruction se démocratisa. Parler de démocratisation dans ce cas est un excès de langage. La révolution industrielle étant dans une nouvelle période caractérisée par une technicisation de plus en plus grande de sa production et le début de l'informatisation à tout va, il lui fallait une main-d'œuvre apte à comprendre ces nouveaux processus et donc mieux formée. La durée de scolarité fut allongée et le passage au lycée fut facilité. Puis survint la décision d'amener 80 % d'une classe d'âge au baccalauréat. Toutes ces modifications dans l'instruction publique eurent des conséquences profondes dans la formation des militants. Il y eut dans un premier temps l'inversion des proportions des « éduqués » par rapport aux ouvriers. Ces derniers devinrent minoritaires et souvent même disparurent des groupes politiques, conséquence aussi d'être le plus souvent ouvriers et habitants dans un « quartier », et qui explique la disparition de ces militants de ces organisations. Ce nouveau rapport à l'éducation révèle une des raisons liées à la mise en sommeil des structures d'éducation populaire. Les appareils de formation n'ont jamais été aussi nombreux, à tel point que les organismes de formation permanente sont devenus des pompes à fric sans égales. D'autre part, la pseudo- démocratisation de l'enseignement, public comme privé, a eu un effet joint dans la croissance du corps enseignant. Il représente environ 4 % de la population active française. Ce corps a hérité d'une tradition de syndicalisme très forte, mais simultanément il a abandonné la mission de transmission de l'idéologie issue de la iiie République, et son statut social s'est estompé sous les coups de la transformation et du déclassement des classes moyennes. L'allongement de fait (au-delà de 16 ans) de la durée d'éducation a une conséquence négative qui est de faire de ceux qui n'arrivent pas au baccalauréat des individus en échec et non des bénéficiaires de choix alternatifs. Tous ceux qui sont passés par l'institution éducative ont développé peu ou prou une allergie au processus éducatif qu'ils lient à la sanction de la note. Ils ont du coup l'impression, fausse de notre point de vue, qu'ils n'ont plus ni envie ni besoin de se former. En conséquence, il n'existe pas de façon générale un besoin d'apprendre, la formation acquise dans la structure académique est considérée comme suffisante par la majorité de ceux qui l'ont subie. Par ailleurs, apparaît la prise de conscience de la dimension viciée de l'instruction publique, du remplacement du principe de formation par une tendance à formater les individus afin de les faire intégrer, soit comme producteur soit comme chômeur,le monde du capital et de l'État. D'un autre côté la crise de l'emploi de gens qui avaient une formation dite supérieure a créé une frange de personnes avec un réel bagage universitaire qui, sans travail, sont à la recherche d'emploi sur la marge. On est donc dans une situation complètement nouvelle : un mouvement ouvrier en animation suspendue si ce n'est en coma dépassé, une population bénéficiant d'une instruction d'un niveau jamais acquis auparavant et des formateurs potentiels au chômage. On peut déplorer que le mouvement ouvrier ou quelqu' autre nom que l'on puisse lui donner n'ait plus de projet contestataire du système en place, je n'ose dire révolutionnaire. On peut trouver déplorable que, lié à l'instruction officielle, ne se soit pas greffé dessus un sens de la critique comme de l'autocritique aigu. On peut trouver comique que des enseignants potentiels n'aient pas d'autres envies que de l'être, incapables d'aller faire autre chose. On peut se plaindre encore et encore. Et pourtant, la fonction historique de ces enseignants parallèles ne serait-elle pas d'insuffler l'idée à tous ces instruits plus ou moins jeunes que ce qu'ils savent n'est, non seulement d'aucune utilité pour se battre pour un autre monde, mais en plus que ce savoir acquis porte en lui le monde actuel. Il faudrait probablement que ces enseignants potentiels rompent avec la vieille idée d'éducation populaire et montrent et démontrent qu'il n'y a d'enseignement qui vaille que produit par la lutte et pour la lutte. Mais au fond ne sont-ils pas tous seulement produits par la réalité, donc la réalité elle-même ?
Pierre Sommermeyer
L'article du Monde libertaire
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|   Martin Circus ou les Rubettes ?Le monde libertaire n°1635 (12-18 mai 2011)
Tirant tête hors du trou, qu'entends-je ? J'ai tenté, cette semaine, une expérience extrême. Pour toi lecteur, pour toi lectrice, à seule fin de rassasier ton appétit sans faim pour les gourgandineries et palinodies de palais, j'ai : lu L'Express. Eh oui. Pratiquement de bout en bout, et comme on traverse un désert – une fois qu'on est dans le sable, reste, n'est-ce pas, à s'y enfoncer. Mais j'ai mon excuse, toute trouvée : c'est que Nicolas Sarkozy s'y exprimait, et sur 10 pages s'il vous plaît ! Pour dire quoi ? Peu de choses. Une fois retranchées de cette logorrhée les subtilités fausses et absurdités en trompe-l'œil du genre « si je doute beaucoup, je redoute assez peu » – pauvre formule sûrement piquée à Charles Maurras ou à Daudet – pas Alphonse, l'autre, le Léon ; une fois, donc, mises de côté les simagrées simiesques du mâle dominant les jardins de l'Élysée – parterres, dit-on, mièvres et médiocres, aux pâles allures de Jardiland –, que sauver de cet amas de mots ? Ceci, peut-être, qui signe l'homme et le livre, comme pieds et poings liés, à la plus saine des vindictes : « Plus le temps passe, plus je me sens indépendant de mes amitiés, de mes fidélités. » Étrange aveu en vérité, que celui d'un petit monsieur ayant ainsi choisi comme conduite la tromperie, la duperie et, pour le moins, la solitude. N'est pas Chateaubriand qui veut : le temps, c'est certain mon gars, passe, mais comme disait Brassens « il ne fait rien à l'affaire, quand on est… » Tais-toi donc, autruchon, claque ton bec, enfin ! paraît que désormais traiter de gros con le chef de l'État serait passible de poursuites. Donc, nous l'affirmons : Sarkozy n'est pas gros. « Président de la République, cela s'apprend à chaque minute. C'est si difficile, et si grave », confie le maigrichon au final d'une interview longue comme un jour sans ecsta. Oui, nous sommes d'accord : c'est grave. Grave aussi lorsqu'à Gravelines, devant un public de convaincus – en un mot comme en deux, selon –, le même Sarko lâche que « ceux qui veulent sortir du nucléaire, est-ce qu'ils expliqueront aux Français que l'électricité leur coûtera quatre fois plus cher, et est-ce qu'ils sont prêts à trouver les 45 milliards d'euros pour compenser ? » Ils y sont d'autant moins prêts que, renseignements pris, ces chiffres sont purement et débonnairement bidonnés. Peu importe, ça enchaîne dans la bêtise, ça nous martèle qu'« on n'a pas le droit de jouer sur des peurs moyenâgeuses pour remettre en cause des choix qui font la puissance de notre pays ». À notre connaissance, Fukushima n'est pourtant pas une de ces bourgades médiévales au charme légèrement désuet, pas plus que Tchernobyl ne fut le nom d'un tournoi de chevalerie d'antan. Mais une fois encore, qu'importe. Au point où il en est de décrédibilité crasse, Sarko pense pouvoir se permettre de dire à peu près nawak, parce qu'il croit qu'on ne l'écoute pas. Grave, également, sa greluche, tentant pour une fois de faire peuple plutôt que people. Elle campait, en pied, dans Le Parisien-le-journal-qui-vous-veut-que-du-bien. « Je ne suis plus du tout, du tout, de gauche », avouait Bruni, laquelle, en 2007, avait pourtant voté Royal : c'est dire comme elle était de gauche. Maintenant, promis, c'est fini : « Je suis ultra-sarkozyste », assène madame Sarkozy. Elle nous confie aussi que personnellement elle aimerait bien que Téléphone se reforme, « Allez-y, revenez, on vous attend ! » Tout un programme… Quelle horreur, quand on y songe, et quel goût de chiottes aussi : Téléphone, reformé ? Et pourquoi pas, tant qu'on y est, Martin Circus ou les Rubettes ? « Je suis égoïste, comme tout le monde », admet ensuite l'ex-femme de gauche. Comme tout le monde ? C'est-à-dire ? Mais laissons de côté le monde vu par Carla Bruni, et revenons aux choses sérieuses avec des gens, eux, très sérieux : Mélenchon et Besancenot. Ils se sont rencontrés, ils se sont parlés. Se sont-ils, par la suite, aimés ? On ne sait, et on s'en cogne. On s'en tamponne à fond, d'autant qu'une nouvelle de la plus haute importance vient de tomber, à l'instant, sur nos téléscripteurs : finalement, Ben Laden ne sera pas candidat aux prochaines présidentielles.
Frédo Ladrisse
L'article du Monde libertaire
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|   Météo syndicaleLe monde libertaire n°1635 (12-18 mai 2011)
« L'annonce par le président de la République et le gouvernement de la mise en place d'une prime est une manière de reconnaître qu'il y a un problème de pouvoir d'achat. Du coup tout le monde en parle et il vaut mieux parler de cela que des questions d'immigration qui peuvent vite conduire à des commentaires nauséeux. Mais en parler ne suffit pas à régler le problème surtout dans le cas présent. La prime en question pose plus de difficultés qu'elle n'en résoud. Prime obligatoire ? Elle le serait dans des conditions à négocier dans les entreprises de plus de 50 salariés où il existe des dividendes versés aux actionnaires qui augmenteraient d'une année sur l'autre ! » Ainsi Jean-Claude Mailly, secrétaire de Force Ouvrière, mettait-il son grain de sel dans son édito du 17 avril. Depuis, l'eau a coulé sous les ponts et le miroir aux alouettes a été dénoncé tous azimuts. Entre-temps, il y a eu les défilés du Premier Mai qui furent plus qu'éparpillés, disons carrément pas à la hauteur des espérances. Comme ça François Chérèque, secrétaire de la CFDT pouvait répéter à l'envi dans la manif parisienne : « Le syndicalisme c'est pas descendre dans la rue mais signer des accords. » Ce n'est pas entièrement faux mais plus qu'incomplet ! Avec Force Ouvrière le matin jusqu'au Père-Lachaise et Bernard Thibault « retenu » par un lumbago, on aura fait le tour… « Je suis un délégué, un militant, je ne suis pas un délinquant, je ne suis pas un criminel. » C'est ce qu'avait dit Xavier Mathieu, l'ex-porte-parole des Continental après son refus de se soumettre aux tests ADN. La semaine dernière, il a été convoqué au tribunal correctionnel de Compiègne. Un mois de prison avec sursis a été requis. On y reviendra. « Non à la criminalisation des luttes. » était inscrit sur la banderole. Mercredi 4 mai, un inspecteur du travail s'est suicidé dans les locaux de la direction générale du travail en se jetant du cinquième étage. Secrétaire général de SNUTEFE-FSU, Luc Béal-Ramaldy était impliqué dans le mouvement des sans-papiers. L'ambiance dans son ministère, son malaise face aux restructurations l'ont emporté sur la raison de vivre… À la SNCF, il y a eu deux suicides en quinze jours. Un sur le chantier de Corbeil-Essonnes, un second à Granville dans la Manche. Toujours les conditions de travail, les mutations forcées. Comme on dit au niveau syndical « les directions sont en responsabilité ». Toujours à la SNCF, ce qu'on appelle « l'affaire des vigiles » est devant la justice. Il s'agit de travail au noir de sans-papiers pour le gardiennage. Onze entreprises sous-traitantes ont donc comparu devant le tribunal de grande instance de Paris pour « délit de travail dissimulé par dissimulation d'activité en minorant les déclarations sociales » et « absence de déclaration préalable à l'embauche ». Le syndicat Sud-Rail a été partie prenante depuis 2008 de la dénonciation de ces « agissements ». La machine a été vaincue pour un temps. Le jugement a été mis en délibéré au 29 juin. Le ministère public a requis des peines allant jusqu'à six mois d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. Mais quid des cotisations à l'Urssaf ? Affaire à suivre et pas seulement pour la jurisprudence ! Quand on a deux casquettes on aurait tort de se gêner. Xavier Bertrand, ministre du Travail est aussi maire de Saint-Quentin dans l'Aisne. Il vient simplement de tout mettre en branle pour expulser l'union départementale CGT de l'Aisne et l'union locale de Saint-Quentin des locaux que la ville leur a attribués depuis des lustres en leur proposant des choses inadéquates. Il aurait même demandé un avis d'expulsion sans attendre la décision de justice en appel. Pour un syndicalisme indépendant de l'État et des partis !
Loulou Barbesois
L'article du Monde libertaire
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1634Le monde libertaire n°1634 (5-11 mai 2011)
L'Éducation nationale s'effondre peu à peu sous les coups à répétition d'un gouvernement qui voudrait bien se débarrasser une bonne fois pour toutes – et à plus ou moins long terme – de ce coûteux secteur. Eh oui, de l'argent, il en faut bien pour financer l'arsenal de l'État policier, que ce soit l'équipement de plus en plus performant des cognes ou la création de nouveaux postes, comme ces centaines de « policiers patrouilleurs », créés – selon Guéant – pour « donner plus de visibilité à la police ». On supprime des enseignants et on met en place de nouvelles unités policières. Toute la logique de notre gouvernement se voit résumée dans ce triste constat. « Ouvrez des écoles, fermez des prisons » qu'il disait l'autre ! Nos dirigeants, eux, préfèrent faire l'inverse. Plus rentable ? Pas sûr. Mais, sans l'ombre d'un doute, voilà qui est bien plus rassurant pour une bourgeoisie qui se voit bien obligée, pour vivre et se pérenniser, de peupler nos villes de volailles en uniformes, armées jusqu'aux dents (oui, les poulets ont des dents) et libres de faire ce que bon leur semble, protégées qu'elles sont par une immunité judiciaire garantie par une justice corrompue, au service des puissants. Et ces tristes sires auront encore de beaux jours devant eux tant que nous n'aurons pas su, nous autres tristes bougres, nous unir pour boire à la ronde et mettre à bas ce vieux monde où la racaille politico-économique n'a que trop grouillé.
L'article du Monde libertaire
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|   Ah bon, vous êtes styliste ?Le monde libertaire n°1634 (5-11 mai 2011)
Tirant tête hors du trou, qu'entends-je ? Rafle à Marseille, rafle à Paris, on ramasse, à la pelle, les Tunisiens qui traînent. Les paponnades se multiplient au pays des droits de l'homme pur porc, sans émouvoir plus que cela un personnel politique ayant élevé au sein Le Pen, s'estimant désormais contraint de cavaler au cul de la fille cadette. Imbéciles, savent-ils au moins que pendant qu'ici on s'échine à rejeter en mer 3 000 (trois mille !) de ses ressortissants, la Tunisie ouvre, elle, grande ses frontières et accueille au bas mot 20 000 Libyens, et dans des conditions décentes ? Générosité, bienveillance et solidarité : ces mots n'ont pas le même sens, selon qu'on se trouve d'un côté ou de l'autre de la Méditerranée. Cependant, ceux pour qui l'accueil de 3 000 étrangers constitue un problème extrême devraient lire de toute urgence le programme de Hollande, François, lequel confiait il y a peu avoir « fait un rêve pour la France ». L'homme qui, visiblement, ne s'est toujours pas réveillé, pourrait les inspirer, puisqu'il propose par exemple d'envoyer les gamins des cités prendre l'air. C'est généreux. C'est bienveillant. Les « emplois francs », qu'il appelle ça. Ça vous a un côté Clovis… « Un jeune venant d'une zone défavorisée pourrait avoir un statut de salarié particulier, et être employé plus facilement partout en France. » Mouais, mais encore ? « Il y a des territoires ruraux qui ne demandent qu'à accueillir des jeunes, alors que nous avons une concentration de population trop forte en Île-de-France. » Traduction : envoyons les mômes de Bondy, de Bobigny ou des Minguettes à Montargis, Vesoul, Maubeuge. Autant de camps de déconcentration permettant de débarrasser les quartiers de ceux qui gênent, tout en repeuplant les champs de naviots, crédié ! Encore faudrait-il que Hollande parvienne à convaincre les gamins de s'exiler à Bourg-Les-Noix. Fussent-elles de cajou, c'est rien de dire que c'est pas gagné. Hollande, donc, rêve. Il se trouve que moi aussi. D'une justice, par exemple, équitable et indépendante : pauvre rêve que celui-ci, salement bousculé par la réalité de magistrats aux ordres prononçant un non-lieu pour les deux policiers responsables de la mort de deux gosses à Clichy-sous-Bois (2005). Nous disons : responsables. Nous disons : policiers. Parce que nous savons tous que ces trous du cul à calot auraient pu éviter ces morts. Leur avocat considère lui que « la petite voix de la vérité judiciaire a fini par recouvrir le tintamarre des leurres ». Déclaration qui ne manquera pas de toucher, jusqu'au cœur, les parents et amis de Zyed et Bouna, carbonisés dans le transfo, sans tintamarre ni leurre. Tintamarre ? Il se confirme que les flics tuent, ici, hier, là-bas, demain, en toute impunité. Se confirme également le fait que les enfants des quartiers en sont avertis. Et on s'étonne qu'ils s'arment ? Je m'étonne moi, chaque jour, que leurs canons ne soient pas d'ores et déjà pointés sur les cerveaux béchamel de ceux qui, à l'abri des pauvres maisons poulagas, perpétuent les affaires et ramassent la caillasse. Bougre indigent, sais-tu au moins que cette année l'ISF sera réformé, et que, dixit Baroin, « tout le reste, c'est pour 2012 » ? Le reste ? Mais l'abandon du bouclier fiscal, qui ne presse, non, n'est-il point ? Foutage de gueule intégral, et nouveau cadeau pour les riches, pardon : les « petits riches », selon le même Baroin. Fouette cocher, hardi ! sans renoncer à se lancer aux trousses du piteux fretin de la classe à peine supérieure, voilà t'y pas la Sarkozerie qui s'entiche de la Pen et de ces idées saugrenues. Elle n'est malheureusement pas la seule : là, pas loin de mon trou, dans le lycée Auguste Blanqui à débaptiser de toute urgence, un quarteron de nonnes (proviseure et adjointe, en passant par la CPE), convoquent des gamines et les menacent d'expulsion au motif qu'elles portent des robes longues, signe religieux ostensible selon ces Robespierre de cours de récréation. Des listes circulent, dans ce lycée, de jeunes filles « réputées musulmanes ». Ça ne vous rappelle rien ? Nous voici donc dans un pays où, selon la longueur de la jupe, on vous absout ou vous condamne. « Décidément, ce n'est pas un style que d'être vêtue de la sorte », a balancé la proviseure. « Ah bon, vous êtes styliste ? » a rétorqué une des filles, avant que d'être, avec ses copines, interdite de cours en l'attente d'une décision de l'administration. On croit, comme Hollande, rêver, alors qu'en fait le cauchemar a déjà commencé.
Frédo Ladrisse
L'article du Monde libertaire
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|   Billet d'humeur d'un ouvrier du Livre…Le monde libertaire n°1634 (5-11 mai 2011)
« Les morts sont tous de braves types » et les métiers de l'imprimerie qui ont du plomb (sic) dans l'aile sont à l'honneur dans les colonnes d'un quotidien hexagonal du soir. C'était au sujet d'un bouquin, Souvenirs de la maison des mots, écrit anonymement et édité par les Éditions 13 BIS. L'ouvrage est pertinent sur le métier de correcteur mais on cherchera en vain des références à ce que fut le syndicat des correcteurs CGT, « citadelle libertaire » ayant eu un rôle non négligeable dans la Confédération générale du travail au début du siècle dernier. De nombreux militants libertaires, Pierre Monatte, Louis Lecoin, May Piqueray, Gaston Leval, Jacky Toublet, André Devriendt et d'autres y ont milité presque toute leur vie 1. Là n'est pas le but de cet ouvrage qui, répétons-le, apporte moult réflexions sur l'évolution du métier de correcteur. Il est vrai que le temps où on corrigeait avec une copie est révolu depuis des lustres. Maintenant voguent l'écran et la réécriture, l'incorporation des images et souvent un bout de maquette. En gros, tous les métiers du prépresse (photograveur, typographe, secrétaire de rédaction) réunis dans un même poste ! Ne parlons même pas des charges sociales qui passent souvent à la trappe avec le miroir aux alouettes du statut de travailleur indépendant… Et, cerise sur le gâteau, on ne parle nulle part de la presse quotidienne et de la fonction de correcteur. Dans le journal Le Monde (nommons-le !), il y avait « au siècle dernier » plusieurs relectures successives et une équipe digne de ce nom. Avec les plans de licenciement, le non-remplacement des départs en retraite, l'équipe de correcteurs est fantomatique. Le journal le mieux corrigé de l'Hexagone est devenu un sujet de dérision. Ben voilà, le « correcteur masqué » est bien mal vengé !
1. Au cours des ans, ladite citadelle a eu des côtés « tour d'ivoire », mais c'est une autre histoire.
Sitting Bull
L'article du Monde libertaire
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|   Écoles en difficulté : casse gouvernementale de l'école publiqueLe monde libertaire n°1634 (5-11 mai 2011)
Les suppressions de postes dans l'Éducation nationale ont été massives cette année et s'annoncent du même ordre l'année prochaine. Cela se traduit par des fermetures de classes et des effectifs (d'élèves) en hausse. Malgré la contestation grandissante des parents et enseignants, la politique de casse du service public d'éducation se poursuit. Il faut bien avoir à l'esprit que le dogme, qui reste en toile de fond, c'est le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux et le gouvernement d'annoncer qu'on peut encore faire mieux.
Déstructurer
Paradoxalement, c'est au nom de la lutte contre l'échec scolaire que les mesures de casse de l'école publique ont été prises. Avec ses 10 % d'illettrisme, ses jeunes qui sortent sans diplômes, ses résultats aux enquêtes internationales, le système éducatif français est à revoir. Il est foncièrement élitiste, compétitif, stressant. Tout le monde, notamment les enseignants, veut aider les élèves en difficulté. Aussi, quand le ministre a instauré les deux heures d'« aide personnalisée », des voix se sont élevées contre cet alourdissement de l'emploi du temps des élèves et contre leur stigmatisation. Elles pointaient les effets pervers d'une telle mesure et craignaient de voir disparaître les Réseaux d'aide aux élèves en difficulté (Rased). Ces postes sont occupés par des enseignants spécialisés. Ces deux heures d'« aide personnalisée » sont assurées par les enseignants, avec leurs élèves qui présentent des difficultés passagères sur tel ou tel point du programme. Ce dispositif était censé s'ajouter à la prise en charge par les Rased des élèves en grande difficulté ou en difficulté persistante. Après la lutte des enseignants des Rased, après le refus des enseignants d'assurer ces deux heures ou leur aménagement différent pour répondre aux besoins des classes, la plupart des enseignants ont joué le jeu du ministère et accepté de mettre en place cette « aide personnalisée ». Ils y ont mis leur savoir-faire professionnel pour que ces heures, malgré toutes les critiques qu'on peut leur faire, soient tout de même bénéfiques aux élèves… et elles peuvent l'être dans certains cas. Oui mais !
Supprimer
Comme nous le redoutions, ces deux heures d'« aide personnalisée », une fois mises en place, se sont accompagnées de la disparition des postes de Rased. À Besançon, il n'y a tout simplement plus de formation d'enseignants spécialisés l'année prochaine. Fermer le robinet, puis fermer les postes ! La plupart des fermetures de postes se font dans les Rased et dans les zones d'éducation prioritaire, là où la difficulté scolaire est la plus importante. Mais ces fermetures de classes se font aussi en milieu rural, là où les Rased avaient déjà du mal à aller, là où les enseignants se retrouvent souvent isolés et où la misère sociale, culturelle, économique est tout aussi présente. Ensuite, c'est une perversité du gouvernement que de faire croire qu'il entend lutter contre l'échec scolaire, comme si les enseignants n'avaient pas à cœur la réussite de tous les élèves ; comme si le fait d'ajouter deux heures à l'emploi du temps était la solution. Dans ce cas, les mouvements pédagogiques qui se battent et innovent depuis plus de cent ans auraient été vraiment idiots de ne pas y penser plus tôt.
Précariser
Les deux heures d'« aide personnalisée » se font en petits groupes. C'est cela qui plaît aux élèves et aux enseignants. Oui mais ! Les suppressions de postes se traduisent directement par des effectifs en hausse. Trente élèves, et plus, par classe, voilà qui va redevenir la norme. À cela s'ajoute la prise en charge des élèves en situation de handicap. Depuis 2005 et la loi d'intégration des enfants handicapés, les écoles accueillent de plus en plus d'élèves en situation difficile. L'Éducation nationale en profite, en même temps, pour fermer des classes, supprimer des postes, dans les structures d'éducation spécialisée. Ces élèves devraient être accompagnés par des aides à la vie scolaire (AVS). Ces précaires de l'Éducation nationale ne sont pas toujours en nombre suffisant. Ils coûtent « trop chers », 800 euros par mois, et sont donc progressivement transformés en EVS (emplois de vie scolaire) encore plus précaires et moins payés.
Casser
Cette précarisation agit comme une lame de fond. Précarisation des contrats, précarisation des conditions de travail, précarisation des conditions d'entrée dans le métier. À ce niveau, la réforme de la « formation » des enseignants est ahurissante. Les journaux se sont fait l'écho des difficultés rencontrées par les jeunes enseignants : trop de travail, pas assez de formation, peu ou pas d'aide, etc. Certains ont déprimé, démissionné, voire se sont suicidés. Pour ceux qui réussissent à tenir le coup, malgré une année de travail à temps complet dans des conditions difficiles, leur titularisation n'est pas certaine. L'Éducation nationale fabrique donc de futurs profs non titulaires qu'elle pourra embaucher au coup par coup sur des contrats précaires. Pour nous, c'est une exigence, les enseignants doivent tous être titularisés sans condition !
Résister
On voit bien que plusieurs fronts sont ouverts pour mettre en difficulté les écoles, c'est-à-dire les enseignants et les enfants. Les attaques contre l'école maternelle, associées à une politique de déréglementation des crèches, vont mettre les familles en difficulté. Les nouveaux programmes, les rythmes scolaires, etc., tout est bon pour entretenir un climat de suspicion contre les enseignants. Tout est bon pour casser ce qui reste du droit des travailleurs de l'éducation. Tout est bon pour en finir avec le service public d'éducation. Notre réponse doit donc être à la hauteur des enjeux. Les liens, les réseaux qui se tissent entre parents et enseignants contre les fermetures de classes doivent s'intensifier et s'ouvrir à d'autres sujets, à d'autres acteurs de la vie de l'enfant. C'est l'enfance qui est en danger.
Fred (groupe Proudhon, Besançon)
L'article du Monde libertaire
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|   Justice de merde !Le monde libertaire n°1634 (5-11 mai 2011)
Un non-lieu. C'est ce dont viennent de bénéficier, une fois de plus, les deux flicards qui, lors d'une course poursuite en 2005, avaient conduit à la mort deux jeunes de Clichy-sous-Bois. Poursuivis en plein après-midi alors même qu'ils n'avaient commis aucune infraction, Zyed Benna (17 ans) et Bouna Traoré (15 ans) avaient été tués par électrocution dans un transformateur où ils s'étaient réfugiés pour échapper à la soldatesque bleu marine. En octobre 2010, les juges d'instruction chargés de l'enquête avaient voulu envoyer au tribunal correctionnel les deux flics pour « non-assistance à personne en danger », mais – comme on pouvait alors s'en douter – le parquet de Bobigny avait fait appel de cette décision. Après avoir examiné cet appel (conformément à la procédure…), la chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris a finalement décidé de le conforter et, de fait, de prononcer un non-lieu. Peu étonnant, la justice nous habitue depuis des temps immémoriaux à ce genre de conclusions quand les roquets en képi se retrouvent sur le banc des accusés. Mais tout de même, il est « cocasse » de s'attarder quelque peu sur les motivations de ce rendu judiciaire. D'après ses responsables, les deux volailles n'auraient soi-disant pas eu connaissance du danger. Ah, ah. On savait les flics profondément débiles, mais peut-être pas au point de ne pas avoir conscience qu'un transformateur électrique était potentiellement mortel… Et preuve en est – si toutefois il en fallait – avec cette remarque pleine de cynisme qu'avait eu un des flics lors d'un échange radio avec ses collègues pendant la course-poursuite : « En même temps, s'ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau. 1 » Pour cet agent – et, franchement, peu importe l'outrage – « connard » n'est pas un faible mot. Bref, la justice de notre pays a encore montré qu'elle était une justice de classe, du côté des puissants, de ceux qui en ont plein les poches et de ceux qui, pour éviter qu'elles ne se vident, tuent sans impunité.
1. Le Point, édition internet du 27 avril 2011.
Guillaume Goutte
L'article du Monde libertaire
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|   Les anarchistes condamnent fermement l'attaque terroriste de Minsk.Le monde libertaire n°1634 (5-11 mai 2011)
Une explosion très puissante s'est produite à l'heure de pointe à Minsk dans le métro Oktiabrskaya. Douze personnes sont mortes, plus de cent cinquante ont été hospitalisées. Le 12 avril, le dirigeant du KGB biélorusse, Vadim Zaitsev, a donné ses trois versions de cet acte terroriste. « Aujourd'hui nous avons trois versions. La première, la déstabilisation de la situation en Biélorussie. Je ne dirai pas qui est derrière ces tentatives de déstabilisation, mais l'existence de ceux qui n'apprécient pas la manière dont la société biélorusse est organisée est une donnée objective. C'est une tentative de semer la peur, la panique et le mécontentement contre les forces d'ordre, et donc du pouvoir lui-même. Deuxième version, l'implication des jeunes extrémistes. Il existe des représentants d'organisations des jeunes extrémistes. En ce moment on est en train de boucler une affaire criminelle sur les anarchistes. Nous n'excluons pas que de tels actes ont pu être commis par vengeance, surtout envers le KGB. Cette version est liée en partie aux dernières élections présidentielles, certaines personnes des organisations des jeunes voulaient participer aux événements de décembre, quand la manifestation des opposants a été dispersée par les forces de l'ordre avec les méthodes violentes. La troisième version, l'œuvre d'un malade non seulement mentalement, mais aussi au niveau de ses ambitions personnelles. » Nous ne savons pas qui est derrière l'acte terroriste à Minsk. Et nous n'allons pas jouer aux devinettes. Sans l'ensemble des données sur les organisateurs et les auteurs de ce crime, on ne peut que se livrer à des spéculations politiques stériles. Mais nous pouvons dire avec certitude que les anarchistes n'ont aucun lien avec ce massacre. Nous sommes en colère et nous condamnons fermement les individus qui ont perpétré cet attentat. Les adversaires des anarchistes sont le pouvoir et ses représentants. Les présidents, les ministres, les généraux, les propriétaires des grandes entreprises, ainsi que les policiers cruels, les procureurs sans cœur, les juges lâches, les fonctionnaires corrompus, les cadres supérieurs avares. Nos ennemis sont également les nazis, les maniaques-tueurs en série potentiels. Les gens qui descendent sous terre pour rejoindre, entassés dans des wagons, leur lieu de travail, ce sont ceux et celles avec qui les anarchistes sont solidaires, et dont ils et elles font souvent partie. On peut supposer que les généraux du KGB ne prennent pas le métro, pour les raisons qu'il reste à élucider. Quand bien même ils le prendraient, on y trouve surtout les masses travailleuses avec des revenus modestes, les étudiants et les retraités qui sont potentiellement des amis ou des proches des anarchistes. C'est pour cette simple raison que les anarchistes ne peuvent pas être liés à cette explosion. Il faut aussi rappeler que les anarchistes biélorusses, dans l'affaire criminelle que le dirigeant du KGB mentionne dans son speech, sont accusés d'avoir incendié les bâtiments suivants : une banque, un poste de police, la clôture d'un centre de détention, un bureau du KGB, le bureau d'un pseudo-syndicat corrompu et propouvoir. Ils sont également accusés de l'incendie d'une voiture d'une ambassade, du piratage d'un site de l'administration d'une ville et d'une manifestation antimilitariste non autorisée sous les fenêtres de l'état-major biélorusse. Tous les incendies ont été allumés en pleine nuit. Les pertes humaines lors de ces actions ont été évitées. On voit donc que les cibles des anarchistes biélorusses sont de natures variées, et, même selon les enquêteurs, ces derniers respectent les vies humaines et n'utilisent pas d'explosifs.
Le collectif anarchiste « Contre l'État, contre le capital ! »
L'article du Monde libertaire
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|   Les luttes syndicales des années 1970 et 1980Le monde libertaire n°1634 (5-11 mai 2011)
Extrait de l'interview donné par Jacky Toublet à la revue Agone. Je reviens à l'après-1968 : toute une série de camarades, des vieux militants de la RP [Révolution prolétarienne], des autres groupes, de la Fédération anarchiste, de l'Union des anarcho-syndicalistes, des indépendants comme Lecoin, etc., décident de se réunir pour faire quelque chose… Ils se rencontrent dans une, puis plusieurs conférences nationales, à la Bourse du travail déjà, et ça discute, longtemps… De fil en aiguille naît un mouvement, enfin, un petit mouvement, qui prend comme nom Alliance syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste (Alliance syndicaliste) et qui se veut un regroupement d'anarcho-syndicalistes des différentes confédérations. Je suis partie prenante de cette création. Il reste entendu que chaque militant un peu averti du mouvement est venu jeter un petit coup d'œil pour voir ce qui se passait au cours des conférences nationales ; puis il est reparti chez lui. Chez lui, ce sont les groupes anarchistes « spécifiques ». Or, le mouvement « spécifique » libertaire est en pleine révolution, si on peut dire… Une scission s'est produite à la Fédération anarchiste, et une partie des groupes scissionnistes ont fondé l'Ora (Organisation révolutionnaire anarchiste), qui a eu, pendant quelque temps, une certaine influence. C'est de cette organisation que provient Alternative libertaire. L'orientation qui dominait, à l'époque, consistait à constituer des collectifs autonomes d'entreprise, et nombre de jeunes militants snobaient les syndicats. Beaucoup de copains, dont Thierry Renard et Patrice Spadoni (tout jeunes mais qui sévissaient déjà) ont fait leurs premières armes dans ces collectifs. Ils diffusaient un bulletin appelé Le Postier affranchi. J'allais oublier Henri Cellier, qui est aujourd'hui à Sud-Rail. Les débats allaient bon train dans tout le mouvement ; la plupart des questions politiques qui avaient été étouffées par le stalinisme étaient examinées de nouveau : les collectifs ouvriers étaient-ils des embryons de soviets ? On reparlait de la gauche allemande, de l'AAUD et du KAPD, le parti communiste ouvrier allemand, les vrais gauchistes, les gauchistes historiques… Vers 1974, à l'occasion de deux grèves importantes, celle des postes et celle des banques, les copains les plus lucides ont finit par constater que les collectifs ouvriers ne servaient à presque rien dans les grèves : ceux qui décidaient, c'étaient les syndicats. Les grèves étaient commencées par les syndicats, gérées par les syndicats, terminées par les syndicats. Il y avait toujours moyen de faire un petit peu quelque chose dans les entreprises et les centres de tri, mais rien de déterminant. Un débat dans l'Ora s'est donc amorcé pour changer de position, c'est-à-dire pour commencer à investir des militants dans le mouvement syndical, indépendamment des collectifs ouvriers qui, pour la plupart, disparaissaient assez vite. Ces débats et questions théoriques : certains parlaient de synthèse entre le marxisme-léninisme et l'anarchisme ou d'un nouveau concept dit « dictature anti-autoritaire du prolétariat » ont déclenché une scission : l'Organisation communiste libertaire (OCL), très affaiblie aujourd'hui, et, sur la nouvelle orientation, l'Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL) qui deviendra Alternative libertaire. Ces derniers ont alors fait la « tournée des popotes » pour tenter des rapprochements. L'incompréhension de nombreux anarcho-syndicalistes sur l'évolution de ces copains (et peut-être des questions de génération) ont fait que l'Alliance et l'UTCL n'ont pas fusionné, on peut peut-être, aujourd'hui, le regretter… Depuis, nous avons néanmoins réussi à faire des choses ensemble. En soutien à la lutte antifranquiste, par exemple, lorsque Puig-Antich a été garrotté ou que deux militants basques, Garmendia et Otaegui, ont été assassinés. À l'Alliance, nous étions en rapport avec Frente libertario, une tendance de la mouvance espagnole, dont l'un des animateurs principaux, Fernando Gomez-Pelaez, était correcteur aux dictionnaires chez Larousse ; avec cette tendance, nous avions constitué une association de défense nommée Comité Espagne libre, dont le président était mon ami et camarade Alain Pécunia. Dans notre comité d'honneur, nous avions André Devriendt, secrétaire du syndicat des correcteurs, et Eugène Descamps, secrétaire de la CFDT. Soit dit en passant, tant que ce dernier est demeuré aux affaires, la CFDT est restée sur une ligne de gauche ; lorsqu'il est tombé malade, la dérive a commencé. On était sans cesse forcés de faire des actions publiques au sujet de l'antifranquisme, et nous avions l'espoir que la CNT pourrait se reconstituer dès la disparition du dictateur et retrouver au moins une partie de sa force. Avec René Berthier, je suis allé à Madrid rencontrer des militants libertaires qui commençaient à réapparaître. Enfin, je n'entre pas dans les détails parce que pénétrer dans le mouvement espagnol, c'est comme aller dans un labyrinthe dont on ne sort jamais. Pour revenir à l'Alliance syndicaliste, c'était un courant proprement syndicaliste dont je faisais partie avec quelques autres, et qui a duré jusqu'en 1980. Il y a eu beaucoup de travail de fait, du travail d'opposition, de création de syndicats ou de structures interprofessionnelles. Par exemple, nombre de copains de l'Alliance ont participé à la création du Sycopa, le syndicat parisien du commerce, qui vient de quitter la CFDT. Agone : L'Alliance syndicaliste fonctionnait comme une tendance ? J.T. : Oui, une tendance anarcho-syndicaliste : l'idée était de constituer une coordination des syndicalistes révolutionnaires dans les syndicats, et d'élaborer une politique commune ou convergente, entreprise qui s'est révélée, en fait, extraordinairement difficile. On ne manquait pas d'illusions à l'époque, mais on s'est heurtés au fait que beaucoup de militants étaient d'abord des militants de leur confédération avant d'être des militants libertaires ou anarcho-syndicalistes, ou syndicalistes révolutionnaires. Nous avons découvert ce « nationalisme confédéral » en particulier avec les camarades de Force ouvrière, surtout implantés dans la Gironde et la Loire-Atlantique, qui étaient d'abord des militants de Force ouvrière, dont l'objectif était de promouvoir et de défendre Force ouvrière sans le moindre esprit critique. Leur objectif réel était que le plus de militants possible de l'Alliance entrent à FO. Or, quasiment aucun soixante-huitard libertaire ne voulait se syndiquer à Force ouvrière, pour des raisons qui, à l'époque, étaient évidentes : FO conduisait, dans la plupart des secteurs et des entreprises, une politique épouvantablement droitière. Presque tous les militants qui se reconnaissaient peu ou prou dans le mouvement de mai 1968 entraient à la CFDT, qui apparaissait comme la plus progressiste. Concrètement, dans les luttes ou les revendications, elle l'était d'ailleurs à ce moment-là, jusqu'à l'arrivée d'Edmond Maire, avec qui l'inflexion droitière s'est amorcée. Il y a eu alors une rupture avec les anarcho-syndicalistes supposés de Force ouvrière, qui étaient très proches des lambertistes de l'OCI. Sans doute existait-il, à l'époque, une sorte de pacte entre les deux groupes, et quelques « anarcho-syndicalistes » espéraient améliorer leur rapport de forces en s'appuyant sur un regroupement comme l'Alliance. Agone : Il y avait combien de personnes à l'Alliance ? J.T. : Cent à cent cinquante, ça dépendait des moments. La plupart sont à la CNT maintenant, ou à Sud, enfin ceux qui militent encore… Dans la région parisienne, l'Alliance avait quelques militants dans les services municipaux, qui ont créé une union locale CFDT dans les 8e et 9e arrondissements. Quelques camarades de l'Alliance militaient aussi à l'Union locale (UL) de la CFDT du 10e ; pendant le conflit du Parisien libéré, de 1975 à 1977, ils ont donné divers coups de main aux copains du livre. Dans les Hauts-de-Seine, au début des années 1970, l'Alliance et l'Ora, qui fonctionnaient ensemble dans ce secteur, ont obtenu une bonne implantation, en particulier dans le secteur interprofessionnel, à partir des services, des enseignants et des métaux. Je me souviens qu'un camarade se déclarant libertaire, et qui fut secrétaire de l'Union départementale (UD) à Boulogne, se réjouissait que chacune des UL du département possédait un équipement technique et un collectif militant qui lui permettaient de soutenir activement les mouvements locaux. En outre, nous avions réussi à faire embaucher à l'UD, comme permanent technique, un vieux camarade espagnol, Antonio Barranco, qui se chargeait, entre deux tirages de tracts sur la machine offset du sous-sol, de la formation syndicaliste improvisée des militants qui venaient chercher du matériel… Dans le Val-de-Marne, le secrétaire de l'UD était sympathisant de l'Alliance ; il fut de tous les combats de l'Alliance, et les militants de l'Alliance lui apportèrent tout le soutien possible dans les luttes du département ; je me souviens, en particulier, de la reprise de la production, durant une grève, d'une usine de fabrication de biscuits. Un des militants fondateurs de l'Alliance, Serge Aumenier, ingénieur à l'Aérospatiale, fut longtemps trésorier ou trésorier adjoint de l'Union parisienne des syndicats des métaux (UPSM) de la CFDT. Serge et quelques-uns de ses copains, après qu'ils eurent été décentralisés aux Mureaux, firent un gros travail dans l'UD des Yvelines et les UL de la vallée de la Seine. À l'époque, un syndicat maison plus ou moins fasciste régnait à Simca-Poissy, la CFT. Le secrétaire et l'employée du syndicat du bâtiment local étaient adhérents de l'Alliance. Dans la santé et le social, l'Alliance avait beaucoup de contacts et quelques militants ; la plupart de ces derniers sont aujourd'hui à Sud-CRC-Santé-Social. Enfin, à partir des quelques correcteurs adhérents de l'Alliance, René Berthier, Alain Pecunia, Thierry Porré, Pascal Nürnberg et moi-même, nous avons eu quelques rares contacts avec la CGT ou la CFDT dans le livre. Dans la région de Bordeaux, un groupe de copains qui travaillaient à la Société européenne de propulsion (Sep) décidèrent de quitter FO pour s'affilier à la CFDT, ce qui n'améliora guère les relations avec ceux qui s'y appelaient anarcho-syndicalistes. De proche en proche, ces copains réussirent une implantation dans les métaux et d'autres secteurs, comme l'enseignement. Puis quelques-uns d'entre eux ont obtenu des responsabilités à l'UD-CFDT de la Gironde, y compris dans son bureau. Il est évident que, une fois membres du bureau de l'UD de Gironde, les camarades ont commencé un travail de sensibilisation sur divers thèmes du syndicalisme révolutionnaire, les revendications, évidemment, mais aussi sur le contenu de l'autogestion – mot d'ordre officiel de la CFDT depuis son congrès de 1970 – et de l'indépendance, alors qu'avec le Parti socialiste on commençait à parler « d'autonomie engagée ». La majorité de la direction de la centrale commençait alors son inflexion pour essayer d'amener l'énorme masse de nouveaux adhérents – peut-être un demi-million –, plus ou moins influencés par les idées de mai 1968, vers la version syndicale de la démocratie chrétienne qui était, comme on a pu le constater plus tard, son idéologie réelle, en tout cas de ceux qui, autour d'Edmond Maire et de la direction de la chimie, allaient conduire le tournant droitier. Les deux démarches ne pouvaient que se heurter. En plus, à plusieurs reprises, les copains avaient diffusé des tracts antimilitaristes dans les gares lors des départs des appelés du contingent. Vers 1976, la direction de la centrale a dissous le bureau de l'UD et renvoyé les militants dans leurs syndicats d'origine. Dans le même temps, le copain délégué syndical de la Sep, Vladimir Charov, fut licencié avec l'accord du ministère du Travail. Évidemment, nous avons fait le maximum de bruit autour de l'affaire. Peine perdue : la direction se moquait de tout ce qu'on pouvait dire, avec encore plus de mépris que les « stals ». En plus, comme souvent durant ces années-là, les autres courants d'extrême gauche voyaient l'exclusion d'un membre d'une chapelle voisine comme la disparition d'une concurrence. Ainsi les « cathos » ont pu appliquer sans trop de difficultés la bonne vieille technique du salami à presque toute leur opposition. On voit combien l'échec de la construction de la CNT dans l'immédiat après-guerre a pu avoir des conséquences néfastes. Si les anarcho-syndicalistes, au lieu de se disputer sur des abstractions, avaient eu la conscience révolutionnaire de constituer une organisation syndicale minimale, même de quelques milliers de membres, ils auraient pu offrir ce recours à tous les syndicalistes combatifs qui se sont fait expulser des grandes confédérations après 1 968. Cet échec historique nous est apparu avec encore plus d'acuité dans l'affaire d'Usinor, à Dunkerque. Agone : L'affaire Usinor-Dunkerque : un cas d'école ? Au tournant des années 1980, lorsque nous entrons en contact avec la section CFDT de cette grande usine, plus de dix mille personnes travaillent dans l'entreprise et la section représente plusieurs centaines de cartes et environ 30 % des voix aux élections professionnelles. C'est à la suite d'articles parus dans Libération que nous y allons. Nous rencontrons là-bas quelques-uns des sidérurgistes qui animent la section et qui ont des problèmes avec l'appareil de la CFDT. Dès les premiers moments, Serge et moi avons été très touchés par ces rencontres. Alors que, souvent, lors des prises de contact, nous nous lions avec la mouvance gauchiste (par exemple dans la santé ou l'enseignement), pour l'essentiel, les camarades que nous rencontrons à Dunkerque sont de purs produits de la classe ouvrière du Nord, aussi durs à la peine que solidaires dans l'épreuve. Ils se méfiaient de nous, d'ailleurs. Pour des raisons que nous n'avions pas perçues tout de suite, ces camarades gênaient, mais on pouvait deviner, par le récit qu'ils nous faisaient des ennuis qu'ils commençaient à avoir avec le syndicat local, l'UD du Nord ou la Fédération des métaux, qu'on allait leur faire un sort sinon à tous, au moins à un certain nombre d'entre eux, sûrement les plus actifs. Ils ne nous ont pas cru, quand on comparait leur situation à celles de Bordeaux, de Lyon-Gare ou d'autres. Ce n'était pas des militants oppositionnels mais des syndicalistes actifs, sans états d'âme concernant l'orientation et la direction de la CFDT. L'essentiel de leurs activités consistait à combattre leur patron. Plus tard, ils nous ont confié qu'ils n'avaient pas vraiment compris la campagne lancée par Edmond Maire contre les « coucous », qui était alors en phase très active. Les coucous, c'étaient les militants d'extrême gauche qui déposaient leurs œufs dans les nids de la CFDT. Ceux qui formeront Sud ou le CRC seront les « moutons noirs ». Les camarades d'Usinor ne croyaient pas que les coucous, c'étaient eux, tous ceux qui, pour une raison ou une autre, déplaisaient aux démocrates chrétiens de la direction confédérale. À Usinor-Dunkerque, les camarades avaient un coucou (un sur dix mille) prénommé Frank, plus ou moins venu de la mouvance « mao-spontex » et, disaient-ils en riant, ils l'avaient « bien en main » ! Ils n'ont pris aucune précaution, bien que nous le leur ayons suggéré, pour se protéger contre l'orage qui arrivait. Par exemple, ils n'ont pas cherché à se constituer en syndicat d'entreprise pour avoir un statut de personne morale ; ils sont restés en section syndicale. Aussi, lorsque les exclusions sont arrivées, dans la commission exécutive du Syndicat métallurgique de Dunkerque, ils ont été minoritaires. Les bureaucraties savent organiser les majorités ! Un certain nombre de militants furent jetés de la CFDT comme des malpropres. Et Frank fut licencié… Agone : Qu'allaient faire les sidérurgistes combatifs d'Usinor-Dunkerque pour continuer le bon combat ? J.T. : La CGT ? Depuis dix ans, ils polémiquaient avec ses membres. Le groupe de militants expulsés nous a chargés d'explorer toutes les solutions possibles. À cet effet, je rencontrai même, à la Bourse, mon camarade Pepito Rosell, vieil anarcho-syndicaliste espagnol, pour examiner un recours à FO, où il s'était réfugié dans les années 1950. Après ça, ne me dites pas que je suis sectaire ! Peine perdue. Dans la région du Nord, nous ont informé les copains d'Usinor, FO-métaux, c'est le RPR ! Ils ont refusé nos solutions et se sont lancés, avec comme seul appui un petit groupe d'anarcho-syndicalistes, dans la constitution d'un syndicat autonome, fièrement nommé Syndicat de lutte des travailleurs d'Usinor-Dunkerque (SLT). On ne peut s'étendre sur les innombrables difficultés qu'ils ont dû affronter, ne serait-ce que pour se faire connaître des travailleurs, puis pour être reconnus comme représentatifs dans l'entreprise… En tout cas, ils ont obtenu la représentativité. Mais beaucoup se sont lassés et ont quitté l'entreprise. Nous les avons aidés, par des contacts ou une aide matérielle. Je me souviens que nous leur avons offert une machine SAM à imprimer les tracts. Après l'exclusion, ils n'avaient plus rien, ni local, ni papier, ni machines, ni trésorerie… Il faut souligner combien nous étions démunis, avant l'apparition de Sud et la renaissance de la CNT. Nous n'avions rien en magasin à proposer aux camarades qui se faisaient jeter. Ah ! J'oubliais : la véritable raison de la décapitation de la section CFDT d'Usinor-Dunkerque, c'était évidemment la préparation de la modernisation de l'outil sidérurgique français, Dunkerque et Fos, qui allait s'accompagner de divers regroupements, de fusion et de nombreuses pertes d'emplois. La section, dans son état premier, aurait pu créer de vraies difficultés à l'actionnaire principal, à savoir l'État français. Un nettoyage préalable s'imposait, et la direction de la CFDT s'en fit la complice. Nous avions eu des contacts quelque temps auparavant avec Longwy et Thionville, la sidérurgie lorraine. Il y avait deux ou trois copains de l'Alliance dans le coin, qui travaillaient avec des camarades de l'OCL et d'autres personnes plus ou moins d'extrême gauche. Malgré la détermination de tous ces copains et des ouvriers lorrains à défendre leur boulot, toute leur résistance fut lestée par un terrible handicap : la volonté politique des employeurs de déplacer la fabrication de l'acier vers les ports et d'abandonner la Lorraine et sa « minette ». Les immenses usines de Longwy et de la région resteraient en l'état mais le minerai serait traité à Dunkerque. Parce qu'une vraie résistance était possible, il fallait détruire, démoraliser et chasser ceux qui étaient en capacité d'organiser cette lutte. Agone : Est-ce qu'il y a une continuité entre l'Alliance syndicaliste et la CFDT, puis les mouvements qui sont issus de la CFDT ? J.T. : Les camarades de l'Alliance, comme les autres libertaires qui étaient à la CFDT, faisaient partie de l'opposition. Cette opposition, plurale et qui s'est peu à peu coordonnée, a réussi, par exemple en 1988, à organiser à Paris un rassemblement du 1er Mai avec la CGT et quelques autres. Cette coordination et cette initiative commune sont la cause profonde, selon Élisabeth Claude, des mises sous tutelle des « moutons noirs » de 1988, qui ont abouti à la création du CRC-Santé-Sociaux et de Sud-PTT. Alors que la cause apparente, ce sont les grèves des « camions jaunes » aux PTT et des infirmières de la Coordination. Agone : Que peut-on dire encore de l'Alliance syndicaliste ? J.T. : Une des choses les plus originales que nous ayons inventées, c'est la pratique de la « contre-fraction ». Qu'est-ce qu'une contre-fraction ? Dans une organisation syndicale où des fractions politiques tentent de monopoliser les postes de direction, c'est proposer aux adhérents de constituer une structure plus ou moins clandestine d'opposition avec comme objectif de rétablir la démocratie et le pluralisme syndicaux. Dans cette contre-fraction, les anarcho-syndicalistes sont le noyau et ils s'emploient sans cesse à développer la surface de la contre-fraction, en faisant appel à tous ceux qui veulent que le syndicat appartienne aux syndiqués et non au PCF ou à la LCR ou encore à la social-démocratie chrétienne. Il ne s'agit nullement d'une fraction anarchiste (elle n'a pas de programme anarchiste) mais d'une plate-forme de rétablissement de la démocratie, des élections pour les postes de responsabilité, des assemblées générales pour gérer les luttes et discuter des accords. Agone : Quels ont été les effets du programme commun et l'arrivée des socialistes au pouvoir ? J.T. : C'est difficile à expliquer dans le détail. À la victoire électorale de Mitterrand, on a tous pensé que c'était fini, pour un certain temps… On avait perdu partout… Beaucoup de camarades avaient été exclus ou « renvoyés à la base ». Par exemple, les camarades de la chimie de Grenoble n'avaient plus de responsabilités. Les camarades qui étaient à l'UD des Hauts-de-Seine en avaient eu marre. Le secrétaire de l'UD du Val-de-Marne, qui avait abandonné son mandat et s'était fait embauché par l'Agence pour l'économie d'énergie, avait arrêté la lutte. Serge Aumenier venait de perdre son mandat à l'UPSM. Le copain qui était secrétaire du syndicat du bâtiment de Versailles avait non seulement été viré de la CFDT, mais n'avait plus de travail. Il y en avait d'autres… Enfin, beaucoup de secteurs de l'opposition, en particulier ceux où se trouvaient les anarcho-syndicalistes, avaient été laminés. Mais pas tous. Il y avait encore des copains dans les postes, comme Alain Sauvage (actuellement à Sud-PTT), qui était à la Fédération anarchiste… Il y a eu une période où on a été, d'une certaine manière, laminés par le programme commun. Votre génération n'a pas connu l'espoir parfaitement illégitime et totalement illusoire du programme commun. Mais les gens y croyaient, au programme commun. Enfin la gauche était unie, tous s'étaient mis d'accord, et on allait gagner, pensaient-ils… Agone : Il y avait quand même eu la désillusion des législatives en 1977. J.T. : Oui, la désillusion avait été énorme… Le problème c'est que les gens vivent d'illusions. Chez les correcteurs, nous avions refusé de signer le programme commun. Il a fallu défendre ça à la CGT, au cours d'un congrès confédéral. C'est moi qui suis monté à la tribune. J'ai essayé d'expliquer, c'était laborieux : il n'est pas dans la nature des syndicats de se lier les mains en signant des programmes politiques… Les personnes présentes te regardent en pensant visiblement : Qu'est-ce que c'est que cet hurluberlu ! Ce n'était même pas perçu comme une opinion politique ou comme une divergence. C'était le bruit d'un fou. Qu'est-ce qu'il a celui-là ? Il est malade, ça ne va pas, il faut qu'il arrête ! C'était extraordinaire… Il était pourtant évident que la seule chose à faire c'était d'entrer dans le débat, ce que les gens ne faisaient pas. Ils croyaient pour la plupart, avec la foi du charbonnier, que la gauche, une fois au pouvoir, résoudrait la question du chômage, renforcerait les droits des travailleurs, rabaisserait le caquet des patrons, impulserait la démocratie économique et même rétablirait le prestige de la France, patrie des droits de l'homme et tutti quanti. Comme vous avez pu le constater, la gauche au pouvoir a fait exactement le contraire de ce que je viens d'énumérer. En 1978, le PC s'aperçoit qu'il est en train de se faire plumer, qu'il va devenir minoritaire. Il tente alors de casser le processus par ce que le PC a appelé « la réactualisation du programme commun » pour stopper la machine qui dérape. Trop tard, le mythe « programme commun », incarné dans les masses du peuple de gauche, est devenu une force matérielle ; en paraissant s'y opposer pour les queues de cerises du nombre de nationalisations, les stals se sont coupés des réformateurs raisonnables. En mai 1968, ils s'étaient coupés de la jeunesse révoltée. Ça fait beaucoup de monde en si peu de temps !
Jacky Toublet
L'intégralité de l'interview se trouve dans le numéro 26-27 de la revue Agone. Les propos ont été recueillis par Franck Poupeau et Pierre Rimbert.
L'article du Monde libertaire
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|   Nouvelles des frontsLe monde libertaire n°1634 (5-11 mai 2011)
Ça sent les urnes ! Démago Sarko annonce une prime de mille euros pour les salariés des entreprises à dividendes… qui en général, pour les plus importantes, planquent leur profit dans les paradis fiscaux. Les dividendes pour celles où ils étaient en augmentation étaient à la hausse de 13 % en 2010 et le Smic, lui, sera réévalué de 2 % en 2011. Facile de promettre ce qu'un libéral économique ne peut imposer au secteur privé que les entreprises soient ou ne soient pas au CAC 40 et dont les profits furent, rappelons-le, de 82 milliards d'euros en 2010. Facile de promettre quand le salaire des fonctionnaires sera encore bloqué en 2012, mais il est probable qu'un geste, peut-être, sera fait avant l'ouverture des bureaux de vote comme un geste a déjà été fait en direction des 300 000 contribuables qui ne seront plus assujettis à l'ISF (impôt sur la fortune). Un petit geste ici, un autre là… Sarko dans les urnes, le retour ? Au demeurant, comme le déclarait Nicole Notat, ex-secrétaire générale de la CFDT aujourd'hui présidente d'un cabinet de conseil, il y a peu de temps dans un journal dit économique : « Notre rôle est d'apporter la matière, les outils utiles aux démarches et techniques choisies par les investisseurs », elle aurait pu ajouter la sueur, les larmes et les suicides au travail pour faire des profits à deux chiffres. Les cinq suicidés du groupe Areva à La Hague et le dernier en date, immolé par le feu, de chez France Télécom, apprécieront. Démagogie toujours, moins de précaires dans les fonctions publiques où dans certains secteurs les contractuels sont quelquefois 30 %. Certes, un accord de titularisation a été signé et permettra la transformation des CDD en CDI, sous condition d'ancienneté, sans pour autant être titularisés, le concours restant la règle. Moins de précarité mais surtout moins de services publics car dans la même foulée l'État supprimera 16 000 postes à l'Éducation nationale en 2011, 10 000 l'ont déjà été dans la Santé et à la Poste 11 700 en 2010. Moins de précaires et tant mieux, moins de services publics, tant mieux aussi, mais pour le privé qui en rachètera les fleurons à vils prix. Malgré la démagogie ouvrière d'un Sarko ardennais, ça renâcle dur côté salaire et conditions de travail avec des mouvements de grève dans plusieurs secteurs. Alcatel-Lucent, Valeo à Amiens, la Poste, Toyota à Valenciennes, chez le confiseur Ferrero, à Unilever ou encore à EDF pour le maintien des petits avantages acquis. Ce n'est qu'un début, continuons le combat et passons aux choses sérieuses au-delà des intérêts, certes légitimes, mais seulement immédiats. Quant à la lutte, pour peu que le travail soit déterminé, elle paye toujours. SNCM, après quarante-sept jours, les grévistes ont obtenu des garanties sur l'emploi et le trafic en Méditerranée. Saint-Agur, après neuf jours de grève, un accord a été conclu sur les conditions de travail. À méditer, car avec un jour par-ci, un jour par-là, il n'y avait aucune chance de faire reculer « l'ami des ouvriers » et sa clique d'affairistes sur la question des retraites. Ouvriers qui ont décidément beaucoup d'amis, comme les précaires de Normale sup (Paris) qui occupaient, avec le soutien de la future élite de la domination, les locaux de ladite école avant de se faire jeter manu militari par des non-précaires en bleu. Une leçon de vie qui, peut-être, en fera réfléchir quelques-uns. Grève dans les transports en Belgique, là aussi pour les salaires, comme en Allemagne où les salariés du rail ont exigé un statut unique et un alignement des rémunérations dans toutes les entreprises du secteur. Grande-Bretagne, manifestation monstre, 300 000 personnes contre le plan d'austérité « de droite » et le chômage (officiellement à 8 %), nouvelle grève générale prévue en Grèce le 11 mai pour les mêmes raisons d'austérité mais cette fois « de gauche » (chômage 14,8 %). Enfin, quelques chiffres pour faire rêver d'un autre futur. En France, 1,8 million de personnes étaient au RSA en 2010 soit sur l'année une augmentation de 6 % et pour ceux qui peinent au chagrin, 55 % affirmaient être stressés au travail sans doute du fait des « outils utiles aux démarches et techniques choisies par les investisseurs ». Sur la planète, où ce qu'il en reste, 25 % des citadins n'ont pas d'accès à l'eau potable et 67 millions d'enfants sont privés d'alphabétisation. Une armée de réserve d'enfants-soldats et de mercenaires, un rêve pour les marchands d'armes dont la France qui a exporté pour 4,3 milliards d'armements l'an dernier. Ah, j'oubliais, manifestation unitaire le 1er mai, Sarko n'avait qu'à bien se tenir mais rien ne bougea. D'ailleurs, pour le coup ce n'était plus les urnes que ça sentait mais la merguez.
Hugues Lenoir
L'article du Monde libertaire
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|   Portugal : le bon élève qui fait failliteLe monde libertaire n°1634 (5-11 mai 2011)
En mars 2011, quelques semaines avant la chute du gouvernement, le Premier ministre socialiste, Socrates, abaisse le taux de TVA frappant les terrains de golf de 23 % à 6 %. Devant la perplexité générale, il explique que ce secteur touristique va permettre au Portugal de sortir de la crise… Puis, deux jours avant que le pays ne demande l'« aide » financière de Bruxelles, les mairies de Porto et de Faro annoncent que les cantines scolaires resteront désormais ouvertes pendant la période des vacances, afin que les enfants puissent prendre au moins un repas par jour. Ces deux anecdotes soulignent à la fois l'arrogance de la classe politique et l'appauvrissement général de la société portugaise. Dix ans après avoir été classé « bon élève de l'intégration européenne », le Portugal en faillite fait la une des médias qui découvrent, d'un côté, la pauvreté et les inégalités sociales, de l'autre, les dépenses ostentatoires de la bourgeoisie. Certes, le capitalisme est un système de classes fondé sur l'inégalité sociale, et le petit Portugal n'y échappe pas. Comme il n'échappe pas non plus aux conséquences de la période néolibérale caractérisée par un fort déplacement des revenus au profit du capital. Quelques chiffres aideront à revenir à la réalité. Au Portugal, le revenu mensuel moyen est de 1 000 euros mais il chute de moitié dans les régions pauvres du pays. Sur une population de dix millions d'habitants, plus de deux millions sont des retraités, dont à peine 10 % touchent des pensions dépassant les 1 500 euros, la valeur moyenne mensuelle des retraites étant de 380 euros. Près d'un million de personnes, surtout les jeunes, travaillent sous contrats précaires, et un million trois cent mille personnes survivent avec les 189 euros du RMI local. Le taux de chômage est de 11 % et, depuis quelques années, celui de la pauvreté est reparti à la hausse. Enfin, le taux d'émigration s'est rapproché de celui des années soixante du siècle passé. L'État portugais est aujourd'hui lourdement endetté et n'a même plus les moyens de continuer à emprunter à des taux faramineux pour honorer le service de la dette. Il vient ainsi d'être mis sous le contrôle direct de Bruxelles. Avant de décoder le discours de la novlangue économique sur la dette, il importe de revenir sur le processus même qui a amené à cette situation. Le Portugal est un cas exemplaire de l'« intégration européenne » : les sociétés pauvres de la périphérie ont été, de fait, pillées par les entreprises et les banques des grands centres capitalistes européens. La faible économie locale de naguère a été détruite. Dans le secteur agricole, l'exode, l'abandon des champs, la spéculation immobilière touristique et les aides européennes à la mise en jachère des terres ont abouti à l'effondrement de la production. Jadis pays agricole, le Portugal importe aujourd'hui un tiers de ses besoins alimentaires. Pendant quelques années, les bas salaires ont attiré des industries à forte concentration de main-d'œuvre peu qualifiée, cela jusqu'à l'adhésion des États d'Europe centrale. Subsistent aujourd'hui un petit nombre d'entreprises modernes et quelques sociétés sous-traitantes des multinationales, mais le tissu social est exsangue.
La suite de l'article : Portugal : le bon élève qui fait faillite |
| |   Regards sur la presse écrite en FranceLe monde libertaire n°1634 (5-11 mai 2011)
À l'heure où la presse écrite se pose de nombreuses questions quant à son avenir, un état des lieux aiderait à comprendre la direction prise par ce secteur. Sans remonter jusqu'à la naissance de la presse en France, il semble quand même nécessaire d'examiner son évolution depuis la Seconde Guerre mondiale, et les nouvelles règles édictées à la Libération qui ont conditionné son fonctionnement – notamment sa distribution sur tout le territoire national. Grosso modo, avant-guerre, la presse dite d'opinion était aux mains de patrons qui mettaient leurs tribunes au service de partis ou courants politiques. Les plus puissants étant évidemment progouvernementaux, et financés principalement par la publicité (ou les réclames, comme on disait alors). Certains journaux échappaient à cette contrainte de financement par la publicité soit parce qu'ils étaient l'émanation directe de partis politiques, principalement d'opposition socialiste (au sens large de ce terme), soit, et c'était plus rare, parce qu'ils avaient un lectorat suffisamment important leur permettant d'équilibrer leur budget (exemple : Le Canard enchaîné). La Seconde Guerre mondiale va bouleverser le paysage de la presse en France. À partir de la défaite française et de l'occupation allemande en 1940, nous assistons à trois attitudes : – Le sabordage de certains titres qui décident de ne plus paraître ou alors clandestinement (c'est le cas entre autres du Canard enchaîné, de L'Humanité, de périodiques de tendance révolutionnaire ou syndicaliste). – La parution uniquement en zone libre (juin 1940) de titres comme Le Figaro, Paris-Soir, etc. – La parution en zone occupée, c'est la presse collaborationniste comme Le Matin, Je Suis Partout, etc. Dans la foulée du débarquement des troupes alliées en Normandie et en Provence et de la libération progressive du pays, et notamment de Paris, la presse va évidemment connaître un nouveau bouleversement. À partir du 18 août 1944, la presse collaborationniste devient muette. Dès le 21 août 1944, nous assistons à la parution (ou reparution) de Combat, L'Humanité, Libération (première version de D'Astier de la Vigerie), Franc-tireur, Sud-ouest, Ouest-France, Voix du Nord, Parisien « libéré », Dauphiné « libéré », Maine « libre », etc., puis plus tard France-Soir (novembre 1944) et aussi, pour répondre au souhait de de Gaulle, Le Monde (décembre 1944), qui verra la naissance de la première société de rédacteurs actionnaires d'un quotidien. Depuis des mois, les organismes de la Résistance et du gouvernement provisoire de la République française préparaient cette refondation de la presse. La liste des journaux autorisés à paraître est fixée ; les installations et imprimeries de la presse d'occupation sont reprises et attribuées aux nouveaux organes d'information, le papier est contingenté : les premiers temps, chaque journal doit se contenter d'une feuille recto-verso. La distribution va également être réexaminée : le comportement collaborationniste des dirigeants de Hachette va adjoindre cette entreprise à celles déjà frappées « d'indignité nationale ». Son monopole d'avant-guerre est terminé mais au nom de l'efficacité, son système de distribution lui permettra de faire partie de la nouvelle organisation – les Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP) – avec une participation minoritaire cette fois (49 % quand même !) En plus des informations nationales et internationales et des articles traitant de problèmes pratiques, comme le ravitaillement, les éditoriaux donnent dans le lyrisme : c'est une période d'espoir pour une « presse neuve dans une France libre » (Le Parisien libéré). Le 24 août 1944, un certain Albert Camus rédige à la une de Combat un article passé à la postérité : « Paris fait feu de toutes ses balles dans la nuit d'août. Dans cet immense décor de pierres et d'eaux, tout autour de ce fleuve aux lourds flots d'histoire, les barricades de la liberté une fois de plus se sont dressées. Une fois de plus, la justice doit s'acheter avec le sang des hommes… » Dans ce secteur aussi il sera appliqué une politique d'épuration à l'ancienne « presse de trahison » ou « presse indigne » : leurs biens seront confisqués et donnés aux nouveaux journaux. Les responsables et journalistes de la collaboration sont jugés et condamnés, parfois à mort. Dans l'euphorie de la Libération, certains journalistes jettent les bases d'une nouvelle conception de la presse : « Que voulons-nous ? Une presse claire et virile, au langage respectable » (Albert Camus encore). Comme on peut le voir, il fixait la barre très haut. Évidemment, passé le temps de l'enthousiasme, le niveau général de la presse allait inéluctablement baisser, et un titre aussi exigeant que Combat va voir progressivement ses ventes diminuer. C'est en octobre 1945 que la Fédération nationale de la presse française publie la Charte de la presse reprenant les idées généreuses de certains journalistes qui souhaitent soustraire l'information au contrôle des coteries politiques et des financiers. Les grandes lignes sont : le devoir d'informer, le respect du lecteur, l'intérêt public, le droit de savoir, le respect de la vie privée, la protection des sources, l'indépendance à l'égard des pouvoirs politiques et économiques, etc. Mais la pression économique va assez vite étouffer ces velléités d'indépendance ; dès le début des années 1950, la publicité est de retour dans la presse, confortant la situation économique de celle-ci, mais normalisant aussi son profil définitivement commercial, et la remettant sous la domination des partis et/ou de la finance. C'est cette situation que l'on retrouve aujourd'hui, mais avec des variantes : on assiste à une dispersion de la publicité (et donc de ses budgets) dans d'autres médias (radio, TV, Web, journaux gratuits, etc.) De fait, en 2008, on pouvait constater pour la presse écrite une baisse des revenus de la publicité de 4 % ; les « gratuits » eux-mêmes accusaient une baisse de près de 7 %. Force étant de constater que les médias « papier » n'ont ni la réactivité de la radio ou de la télévision, ni l'interactivité du Web. Si l'on détaille le coût d'un quotidien, on obtient ces chiffres : rédaction : 15 à 25 % ; fabrication et impression : 15 à 25 % ; matières premières : 10 % ; distribution : 15 à 25 % ; frais de régie et promotion : 10 % ; frais généraux : 10 à 20 %. Mais revenons à l'immédiat après-guerre : l'ancienne loi qui régissait la presse va être remplacée le 2 avril 1947 par la loi dite Bichet (du nom du député MRP qui l'a proposée : Robert Bichet). Ses caractéristiques sont les suivantes : liberté de choix de l'éditeur ; égalité des éditeurs quant à la distribution ; solidarité entre éditeurs et coopérateurs ; liberté d'accès au réseau pour tout éditeur. La gestion de la distribution de la presse va être confiée à un nouvel organisme : les NMPP, devenues aujourd'hui Presstalis, constitué par cinq coopératives (51 %) et Hachette (49 %). En voici ses principes : admission obligatoire de tout éditeur dans la coopérative de son choix ; garantie de l'égalité de traitement pour la distribution (aucun titre ne devant être favorisé par rapport à un autre) ; application d'une péréquation des coûts et des tarifs (les « gros » payent pour les « petits »). Tout cela sous le contrôle du Conseil supérieur des messageries de presse constitué de : six représentants des ministères suivants : Économie, Finances, Affaires étrangères, Transports, Postes et Communications, Culture ; trois représentants des coopératives de messageries (Coope-Presse, MLP, Presse périodique) ; neuf représentants des organisations professionnelles de presse (presse parisienne, presse quotidienne régionale, presse magazine et d'opinion, presse spécialisée) ; deux représentants des dépositaires de journaux et publications ; un représentant des entreprises de distribution ; trois représentants du personnel de ces messageries ; le président de la SNCF ; le président d'Air France ; le président de la Fédération nationale des transporteurs routiers. À cette liste de membres décisionnaires s'ajoutent les membres siégeant à titre uniquement consultatif, entre autres les représentants des organisations syndicales des kiosquiers et libraires ou maisons de la presse. Au fil des ans, la loi Bichet va peu à peu être détournée pour imposer au diffuseur (kiosquier ou libraire) tout type de presse, alors que l'esprit de cette loi concernait surtout la presse d'opinion. Pour finaliser la distribution (notamment dans les villes de plus de 500 000 habitants), on a confié la gestion des kiosques (implantation et entretien) à Mediakiosk (ex-AAP) qui est une filiale de Presstalis, et est financée par les affiches publicitaires qui sont apposées sur ces kiosques et par une redevance versée par les kiosquiers (redevance dont une partie est reversée à la ville pour occupation du sol). C'est évidemment encore une fois les recettes publicitaires qui composent la source de revenus la plus importante pour Mediakiosk. En 2010, pour environ 800 kiosques on note une augmentation du chiffre d'affaires publicitaire de 20 %. Rappelons que Presstalis n'est pas une entreprise publique mais une SARL privée sous contrôle des éditeurs se composant, nous l'avons dit, de cinq coopératives (51 %) et de Hachette (49 %) avec : un conseil de gérance composé de cinq gérants des coopératives + trois gérants de Hachette ; une direction générale qui applique les décisions du conseil de gérance, propose le budget, assure la gestion de l'entreprise. Presstalis (ex-NMPP) n'a plus tout à fait le monopole de la distribution qui se répartit ainsi désormais : Presstalis + Transport Presse (sous-traitance confiée à Presstalis), soit 85 % ; MLP (Messageries lyonnaises de presse), soit 15 %. Cette structure représente 679 éditeurs réunis en coopératives : niveau 1 : Presstalis ; niveau 2 : 180 dépositaires ; niveau 3 : 30 000 diffuseurs (environ) répartis dans 620 kiosques (dont 330 à Paris, 770 Relay H, 3 245 points de vente dans les grandes et moyennes surfaces (GMS), 15 150 tabac-presse, 1 100 Mag-presse, 700 maisons de la presse, plus autres points : stations-services, petits commerces divers, etc. Ce système permet d'assurer chaque jour, à peu près à la même heure, la distribution de 26 quotidiens (+ 80 quotidiens étrangers), 2 200 magazines (+ 950 étrangers), 4 000 références de produits hors presse. Le volume d'affaires annuel est de 2,56 milliards d'euros (pour un pourcentage global d'invendus de 42 %). Tout ce bel édifice a été chamboulé depuis 2010 par une énième restructuration qui a débouché à la fin de l'année dernière sur une grève particulièrement dure 1. Presstalis étant déficitaire de 24 millions d'euros, que ni l'État ni Hachette (Lagardère) ne voulaient verser, un accord était finalement signé entre les ouvriers du Livre-CGT et Presstalis. Accord fragile et ne concernant pas les cadres qui seront « restructurés » plus tard. Et surtout Presstalis a changé les règles ; les livraisons étaient déjà sous-traitées, c'est maintenant la distribution des publications qui l'est par le biais de Géodis (filiale de la SNCF), Presstalis ne conservant que la distribution des quotidiens. Cette restructuration s'annonce comme une véritable entreprise de démolition d'un système qui fonctionnait tant bien que mal. En ce sens, la refonte en région parisienne des trois dépôts actuels en un seul tient plus d'une casse systématique que d'une réorganisation. Les conditions de travail des salariés de Presstalis, pour ceux qui ne sont pas poussés vers la sortie, se dégradent d'année en année ; même chose pour les diffuseurs (kiosquiers et libraires) pour qui on peut carrément parler de problèmes de survie, les différentes grèves menées ces dernières années par leurs syndicats – entre autres le SNDP (Syndicat national des diffuseurs de presse, CGT) – peuvent en témoigner. Plus grave à notre sens : la refonte des tarifs facturés aux éditeurs qui met fin au système de péréquation des coûts de distribution prévu par la loi Bichet. Les « gros » éditeurs ne paieront plus désormais pour les « petits ». Il est clair que l'existence même de la presse d'information politique est gravement menacée. Pas celle des news ou journaux appartenant aux grands groupes (Le Point, L'Express, Le Figaro, etc.), mais par contre les nouvelles mesures visent toute cette presse d'opinion, indépendante, alternative, non financée par les habituels marchands d'armes qui sévissent dans ce milieu. Autrement dit, les deux prochaines années vont voir disparaître des kiosques, voire disparaître tout court, un tas de titres à faible tirage qui seront noyés sous les problèmes financiers. À part la presse militante, les exemples de périodiques comme Le Canard enchaîné ou Charlie-Hebdo ne faisant pas appel à la publicité sont plutôt rares. Ce qui auparavant méritait le qualificatif de « presse libre » consistait en titres financés par la vente au numéro ou par les militants ; les associations ludiques ou politiques éditaient des revues et étaient soutenues par les lecteurs ou les galas de soutien. La presse libertaire en est un bon exemple : l'individualiste Zo d'Axa finança ses journaux (La Feuille ou l'En-Dehors – première version) grâce à des petits héritages ; Sébastien Faure édita son Encyclopédie anarchiste grâce à des souscriptions complétées par la solidarité active d'Ascaso et de Durruti rencontrés au cours d'un de leurs « séjours » parisiens, et qui détenaient un reliquat d'argent de leurs précédents braquages de banques (ce qu'on appelle aussi « reprise individuelle »). Quant à notre Libertaire devenu ensuite Le Monde libertaire, il n'a pu être édité qu'à partir de souscriptions et de galas de soutien annuels, grâce au concours d'artistes partageant notre idéal, comme Georges Brassens, Léo Ferré, Léo Campion, Jacques Debronckart, Bernard Lavilliers, François Béranger, Serge Utgé-Royo et bien d'autres. En revanche, nous n'avions pas, comme d'autres, le soutien de certaines ambassades de pays dirigés par des « partis frères ». La presse du PCF a largement profité de l'aide du grand frère « soviétique », ne serait-ce qu'avec les abonnements « recommandés » de certains de ses titres auprès des bibliothèques de nombreuses communes d'URSS. Idem pour certaines publications d'organisations maoïstes françaises reconnues et soutenues par Pékin. Ces appuis ayant aujourd'hui disparu, on peut constater la situation catastrophique de ces publications, L'Humanité en étant même à devoir accepter la participation financière d'un Lagardère (l'argent n'a vraiment pas d'odeur !). Et que dire d'une presse dite indépendante, style Libération (avec la banque Rothschild comme actionnaire) ou Les Inrockuptibles (banque Lazare) ? Quant à la presse de droite, rien de nouveau, les grands groupes financiers, et notamment les marchands d'armes, tiennent toujours les cordons de la bourse, ce qui leur permet de soutenir la politique de leurs représentants au Parlement (comme à chaque campagne électorale, nous pourrons le vérifier en 2012). Les temps qui viennent s'annoncent difficiles pour la presse anarchiste, et donc pour Le Monde libertaire. Cette réforme des tarifs de Presstalis est une véritable attaque contre la diffusion des idées et donc contre la liberté d'expression. La boucle est bouclée, l'esprit enthousiaste qui avait émergé à la Libération, appartient définitivement au passé. À nous de lutter contre l'asphyxie économique programmée par le réseau de distribution, entre autres en développant les ventes militantes et les abonnements à notre Monde libertaire. Une dénonciation de cette atteinte à la liberté de la presse et une riposte coordonnée de la presse indépendante et alternative seraient le minimum à réaliser face à la violence du système qui nous remet en mémoire cette déclaration d'Albert Camus (toujours lui) : « J'ai compris alors que je détestais moins la violence que les institutions de la violence. »
Ramón Pino, groupe Pierre-Besnard de la Fédération anarchiste et ex-membre du bureau du SNDP-CGT Patricio Salcedo, groupe Anartiste de la Fédération anarchiste et secrétaire général du SNDP-CGT
1. Voir Le Monde libertaire n° 1618 : « Grève à Presstalis ».
L'article du Monde libertaire
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|   Vers un 1er Mai ébréché ?Le monde libertaire n°1634 (5-11 mai 2011) Vers un 1er Mai ébréché ? « Devant le chaos actuel qui vaut au monde du travail un accroissement de souffrance et lui fait entrevoir un sombre avenir la désunion des ouvriers syndiqués est aujourd'hui cruellement ressentie, elle serait demain la cause d'un véritable désastre… » Ces quelques mots pessimistes écrits pendant le congrès de la CGT en 1933 pourraient être accentués dans la situation actuelle. La division syndicale est acceptée, entérinée depuis belle lurette. Pour le 1er mai nous aurons bien ça et là des ébauches unitaires mais toujours sans les syndicats de la CGT et Force Ouvrière 1. Certes, il y des victoires syndicales qui nous remontent le moral. Comme il y a quinze jours dans la chaîne de restauration rapide KFC (Kentucky Fried Chicken) la mobilisation syndicale a payé. En particulier à Bondy (Seine-Saint-Denis) où la grève avait débuté le 2 avril. Des conditions d'hygiène plus que douteuses (intoxication par les particules de farine, problèmes d'aération, sans parler des bas salaires…). Des mesures sanitaires ont été obtenues ainsi qu'une prime de 150 euros. Mais les syndiqués ne baissent pas pour autant les bras. Comme le déclare le secrétaire de l'Union locale CGT de Bondy : « Si nous n'obtenons pas la hotte aspirante au mois de juin ou si celle qui est installée ne correspond pas à la spécificité de notre activité, on se remobilisera ! » Du financement il y en a, comme le déclare le PDG de KFC France : « Le chiffre d'affaires moyen d'un KFC en France est trois fois plus élevé qu'ailleurs dans le monde. » À l'École normale supérieure, les salariés précaires sont en grève depuis le 10 janvier. Il réclament leur titularisation et une amélioration de leurs conditions de travail. Soutenus par les organisations syndicales étudiantes, ils poursuivent leur lutte. À RFI-France 24, la fusion ne passe pas. L'intersyndicale de RFI (FO, SNJ-CGT et SNRT-CGT) dénonce ce qui a été entériné au comité d'administration, ce choix qualifié de « démantèlement programmé ». Elle craint un deuxième plan social. Déjà, en 2009, on luttait contre un plan social et la fermeture de 6 bureaux de la station sur 19… Et l'actualité de l'anarchosyndicalisme dans tout ça ? Toujours là mais passé à la trappe par celles et ceux qui pensent que « le syndicat est l'école du socialisme et que le parti pourra seul briser l'État et le capitalisme parce qu'il aura réuni l'avant-garde, la partie la plus consciente et la plus dynamique des travailleurs » 2. Y'a du pain sur la planche !
Loulou Barbesois
1. Quand ce Monde libertaire sera dans les kiosques, vous saurez si l'unité syndicale a fleuri ça et là. 2. L'anarcho-syndicalisme et l'organisation de la classe ouvrière, René Berthier, Éditions du Monde libertaire, 2010.
L'article du Monde libertaire
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1633Le monde libertaire n°1633 (28 avril-4 mai 2011)
La France glisse léthargiquement en état d'urgence. Les voix contestataires se font toujours aussi mal entendre et les politi-chiens de tous les bords de l'échiquier politique recommencent leurs bâillements, dressant des plans sur la comète qui, pensent-ils, leur ouvriront grand les portes de l'Élysée en 2012. Mais derrière leurs aboiements, c'est bien une guerre de classes qui se perpétue rageusement. Les travailleurs continuent à suer sous les fouets de leurs exploiteurs, et certains en viennent même à mettre fin à leurs jours pour en finir avec cette vie de merde, ces boulots exténuants gangrenés par des logiques de management libéral de plus en plus oppressantes. Outre le travail, c'est toute la société qui continue à pourrir. L'extrême droite refait abondamment surface, et ce n'est malheureusement pas qu'un fantasme militant. Profitant de la misère sociale, elle revient en courant, à la rescousse d'un Capital ébranlé par les colères nées de ses crises. Les graines fascistes et fascisantes germent un peu partout et croissent à vive allure. Nous en voulons pour preuve la nouvelle Constitution hongroise, tout droit sortie d'un bain de nationalisme, de conservatisme religieux et de xénophobie. Partout en Europe, l'extrême droite ne semble plus se limiter aux petits groupes traditionnels de décervelés fanatiques de la croix gammée. Elle devenue, bien au contraire, une force politique influente qui essaie de s'implanter partout, y compris – nous l'avons déjà vu dans ces colonnes – dans les syndicats. Et ce ne sont pas les urnes qui l'empêcheront de croître. La seule riposte viable, c'est, encore et toujours, la construction et le développement des luttes sociales (en étant vigilants à l'entrisme de l'hydre fasciste), seuls chemins pour l'avènement d'un monde meilleur.
L'article du Monde libertaire
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|  Esquisse d'une Europe réactionnaire : les cas finlandais et hongrois- #esquisse##Esquisse d'une Europe réactionnaire : les cas finlandais et hongrois
n°1633 (28 avril-4 mai 2011)
La France et l'Italie sont aux mains de qui l'on sait. Mais si l'on regarde ailleurs, bien plus loin et longuement que ce qu'il est possible de faire dans ce court article, de nombreux pays du continent européen voient prospérer des partis aux idées et intentions des plus inquiétantes. Certes, les doctrines en cause ne sont pas totalement homogènes ; il existe des gradations qu'il importe de relever, néanmoins se dessine une tendance xénophobe particulièrement marquée. Deux exemples sont abordés ici.
Finlande
La Finlande semblait assez épargnée par les assauts des partis d'extrême droite qui abondent pourtant en Europe du Nord. Or, le parti des Vrais Finlandais – son nom, rappelant « La France aux Français » du Front national, le « Eigen Volk Eerst » (Notre peuple d'abord) du Vlaams Belang flamand, le « Echte Österreicher » (Authentique Autriche) du FPÖ de feu Jörg Haider 1, suffit à donner le ton – vient de faire une percée électorale d'ampleur, passant d'une situation marginale à un parti susceptible d'entrer au gouvernement. Son leader, Timo Soini, porte des idées récurrentes et communes à l'extrême droite européenne actuelle à vocation gouvernementale : sortie de l'Union européenne et obsession de l'immigration. Cette famille politique se recompose et se reconfigure en vue d'évacuer les compromettantes références au (néo)fascisme et au (néo)nazisme typiques des années 1980, quelles que soient leurs dissemblances de surface. Par ailleurs, Soini considère que la Finlande devrait se retirer du protocole de Kyoto 2, en accord avec l'idée que son pays ne doit pas brider son industrie par des mesures environnementales. Autre point, il refuse, au nom de la religion, le mariage homosexuel. Se défendant de tout racisme, il convoque sa profonde foi catholique (« Je n'ai peur de personne… sauf de Dieu », assure-t-il) pour justifier qu'il ne saurait l'être, le catholicisme étant à ses yeux une religion prônant l'égalité des hommes. De même, il tente de rendre impraticables les catégorisations usuelles tendant à le classer à l'extrême droite, en arguant de son éloignement de cette famille politique quand il affirme ne pas partager les idées du FN français, avec qui il ne siège pas au Parlement européen.
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| |   La santé publique, ou ce qu'il en resteLe monde libertaire n°1633 (28 avril-4 mai 2011)
L'hémorragie de l'hôpital public
Depuis quelques années, le gouvernement a délibérément organisé la faillite financière des hôpitaux publics, en laissant filer leurs déficits pour cause de sous-financement : 189 millions en 2006, 479 millions en 2007, environ 1 milliard en 2008, soit des déficits multipliés par 5 en deux ans. De fait, la dette des hôpitaux grimpe aussi en flèche : 201 milliards en 2008 contre à peine 8,2 milliards il y a dix ans. Pour combler son déficit, chaque hôpital a dès lors l'obligation d'appliquer un plan de restructuration. En conséquence, pour la première fois en 2009, les hôpitaux publics ont perdu 1 800 emplois en France. Et ce n'est qu'un début, puisque compte tenu des déficits structurels des hôpitaux publics (pour cause de sous-financement), ce sont 20 000 emplois qui risquent d'être supprimés d'ici 2012 selon la Fédération hospitalière de France. Au menu du plan de restructuration 2012, ce sont, par exemple, 4 000 suppressions de postes qui sont prévues d'ici 2012 en région parisienne, 800 postes supprimés d'ici 2013 (déjà 200 en 2009) en région lyonnaise, 650 postes prévus (soit près de 10 % de l'effectif) au Havre, 208 à Caen, etc. Dans le même temps, la loi Bachelot a renforcé la place des cliniques privées qui devraient largement profiter de la saignée de l'hôpital public pour gagner encore des parts de marché. Or, la France a déjà le record d'Europe pour la part du privé lucratif dans l'activité hospitalière : 34 % contre 25% en Allemagne et en Italie et même 0 % en Belgique et aux Pays-Bas, car le privé lucratif y est interdit. D'ores et déjà, dans 70 villes françaises, le secteur privé est en situation de monopole sur certaines spécialités de chirurgie, ce qui oblige les patients à subir des dépassements d'honoraires non remboursés (66 % des dépassements pratiqués en cliniques ne sont pas couverts par les complémentaires santé). Le taux de rentabilité des cliniques privées atteignait 16 % en 2005, permettant la distribution d'énormes dividendes à leurs actionnaires. à la bonne santé des cliniques privées La loi Bachelot (votée au printemps 2009) ouvre aux établissements privés la possibilité de choisir à la carte les missions de service public. L'objectif est d'accroître la concurrence entre établissements (publics et privés), mais sans que les mêmes obligations soient imposées au privé. Le privé lucratif sera ainsi libre d'exercer les missions les plus rentables en laissant au public les missions les plus complexes et les moins rentables, notamment l'aide médicale d'urgence. Par exemple, l'hôpital public fait face au débordement croissant des urgences avec 16 millions de passages par an, dont plus de la moitié devrait relever de la permanence des soins (c'est-à-dire des médecins de garde qui disparaissent depuis que la droite a mis fin en 2003 à l'obligation pour les médecins de participer à la permanence des soins). À travers la convergence tarifaire public/privé et la systématisation de la tarification prévues dans la loi de financement de la Sécurité sociale (la loi Bachelot fait l'impasse sur le financement de l'hôpital public pourtant critique), le gouvernement accélère par ailleurs la mise aux normes de marché des hôpitaux publics. La tarification se fera désormais au volume d'actes, sans tenir compte de la qualité qui peut varier pour un même type d'acte, ni des complications éventuelles liées à certains patients.
Un modèle unique public/privé
Censé inciter à la productivité, ce système de tarification inspiré du privé conduit à un sous-financement chronique des hôpitaux publics qui reçoivent les publics les plus difficiles (et notamment les multipathologies des personnes âgées et des SDF). Il conduit les hôpitaux à fermer massivement des lits pour maximiser les taux d'occupation, ce qui conduit à des pénuries périodiques de lits et à des risques de crise sanitaires dont les plus pauvres seront les premières victimes. Avec la loi Bachelot, la gouvernance de l'hôpital public sera désormais calquée sur le modèle privé. L'autonomie apparente des hôpitaux est renforcée avec la possibilité pour le directeur de moduler les rémunérations des personnels, ce qui va conduire à l'instauration d'un véritable marché des personnels et accélérer le pillage de certaines spécialités médicales par le secteur privé. Le pire étant pour l'hôpital public l'impossibilité d'offrir à tous l'accès à certains actes (allongement des listes d'attente avec comme seule alternative le privé et ses gigantesques dépassements d'honoraires). Cette convergence du système public vers les normes du privé se fait au détriment des missions de service public des hôpitaux, obligés de les rogner pour survivre financièrement. Les établissements vont en effet chercher à sélectionner les malades et les pathologies, en se concentrant sur les plus rentables et les moins complexes.
La mort de l'hôpital de proximité
Sous couvert de mutualisation et de mise en réseau des soins, le gouvernement va utiliser les nouvelles « communautés hospitalières » ainsi que les désormais toutes-puissantes Agences régionales de santé (ARS) pour accélérer le recul de l'offre de soins. Elle détourne ainsi les objectifs positifs de mutualisation et de décloisonnement qui sont pourtant urgents, compte tenu de la complexité et des inégalités du système de santé. Le dévoiement voulu de ce système permettra notamment de dissimuler la poursuite de fait des fermetures d'établissements, en les vidant de la plupart de leurs services et en maintenant l'illusion de leur survie via une mise en réseau avec les plus gros hôpitaux et notamment les CHU. On constate par exemple une diminution drastique du nombre de maternités : 1 379 maternités en 1975, 694 en 2001, 617 en 2007 et 584 début 2008, soit une baisse de 60 % du nombre de maternités alors que la population française a augmenté de 18 % dans le même temps. D'ores et déjà, certains départements se retrouvent avec une seule maternité, ce qui multiplie les risques sanitaires liés à l'éloignement (de nombreuses localités se trouvent ainsi à plus de 45 minutes de l'hôpital, délai considéré comme critique en cas de complications de grossesse). Les services qui pratiquent les IVG ferment également les uns après les autres, laissant à la rue des personnes fragilisées, pour le plus haut contentement des activistes anti-IVG.
Les malades étrangers condamnés à mort
Nous avions déjà annoncé dans un précédent Monde libertaire la probable condamnation des étrangers malades. Le mercredi 13 avril dernier, les sénateurs UMP et centristes l'ont fait. Le Sénat a adopté en deuxième lecture de la loi sur l'immigration un amendement qui scelle le sort des étrangers malades qui pouvaient jusqu'à présent bénéficier d'un titre de séjour pour raisons médicales. Pourtant, en première lecture, les mêmes sénateurs avaient refusé la remise en cause de ce droit et rejeté l'amendement qui le démantelait, contre l'avis du gouvernement. C'est un amendement encore plus dangereux que le Sénat a voté. La loi indiquait jusqu'alors qu'un titre de séjour pour soins pouvait être octroyé à tout étranger gravement malade qui ne pouvait bénéficier d'un accès « effectif » aux soins qui lui étaient indispensables. L'Assemblée nationale et le gouvernement ont tenté de modifier ce critère, pour parler de « disponibilité » de traitements. Or, c'est bien parce qu'un traitement peut être disponible dans un pays, mais inaccessible aux personnes, pour des raisons géographiques ou financières, par exemple, que les sénateurs avaient refusé cette modification qu'ils avaient jugé inutile et dangereuse. Mais les sénateurs de la majorité gouvernementale ont adopté la modification du critère dans un sens bien pire : c'est maintenant l'absence de traitements qui déterminera si une personne malade peut bénéficier d'un titre de séjour pour soins. Or, pour prendre l'exemple du VIH, presque tous les pays du monde possèdent des traitements ; mais en quantité très insuffisante, dans des conditions de prise en charge de mauvaise qualité, à un prix prohibitif ou réservé à une élite – sans même parler des ruptures de stock, en augmentation depuis deux ans. Les traitements ne sont donc « absents » nulle part dans le monde, mais restent de fait inaccessibles à la plupart des malades. Dans des « circonstances humanitaires exceptionnelles », c'est au préfet qu'il reviendrait de prendre la décision. On passe donc d'un dispositif de plein droit à l'arbitraire fondé sur la définition que chaque préfet aura de ces circonstances. Et avec quelle garantie du respect du secret médical ? Les sénateurs n'ont pas écouté les recommandations faites par les associations et les professionnels de santé. Et pour atteindre quel objectif ? Celui de Claude Guéant, qui veut encore réduire de façon drastique le nombre d'étrangers en France, pour séduire les électeurs du F-Haine ? Ce type de mesure colle bien à ce scénario démagogique et assassin !
Patrick Schindler
L'article du Monde libertaire
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|   Les hirondelles de fer : les printemps arabesLe monde libertaire n°1633 (28 avril-4 mai 2011)
Par des conjonctures majeures, le début de l'année 2011 fut pour le moins contrasté ; tragiques, dramatiques, toujours d'actualité, ces événements nous tiennent encore en haleine. D'un côté, au Japon, à Fukushima, la puissance atomique que l'on ne maîtrise plus déverse son horreur dans l'océan, dans les airs et sous la terre ; ce péril, souvent dénoncé par nos Cassandre écologistes, dit maintenant plus qu'à l'évidence que, après Three Mile Island (1974) et Tchernobyl (1986), il nous faudra sortir du nucléaire et assurer nos besoins énergétiques autrement. D'un autre côté, un printemps démocratique arabe, que personne n'attendait, se propage de pays en pays avec un « effet de dominos » ; cet inimaginable renouveau que personne n'espérait, certains le préparaient de longue date, méticuleusement. Ainsi, les différentes révoltes arabes qui se succèdent – et bien qu'il ne s'agisse « que » d'avancées démocratiques très improbables –, la presse s'est plu à les parer du terme de « révolutions ». Pour autant, avec toutes les critiques que nous pouvons apporter à une idée démocratique pervertie, à notre propre démocratie représentative corrompue, nous ne pouvons que préférer cette dernière, faute de mieux, aux différentes dictatures qui régnaient et qui règnent encore au sud de la Méditerranée. De plus, notre solidarité morale – et éventuellement concrète – avec ceux qui se révoltent se heurte à la posture antiguerrière du refus d'intervenir militairement par gouvernement interposé ; soulagés sommes-nous, presque honteux, quand cette intervention a lieu, quand elle reste très relativement ciblée et quand elle évite, provisoirement sans doute, un massacre de masse ; soulagés, certes, mais mal à l'aise et insatisfaits parce que l'on sait que là n'est pas la solution, que des enjeux de stratégie politique, que des intérêts économiques pétroliers qui ne sont pas les nôtres guident cette intervention. En bref, entre impuissance expectative, textes de solidarité généreux, communiqués attendus, insultes et polémiques diverses, notre cohérence militante cherche en vain son équilibre. « Une » des explications données au jaillissement de ce « printemps arabe » – mais nous ne doutons pas qu'il y en ait d'autres –, c'est un complot de l'étranger et, dans les différents cas, un complot ourdi par les États-Unis puisque le nom de Gene Sharp, « citoyen américain », est avancé comme élément déclencheur des événements de Tunisie, d'Égypte, de Libye et de quelques autres pays arabes et d'ailleurs. Lourd fardeau pour un seul homme. Qu'en est-il ? Qui est Gene Sharp ? Un professeur d'université quasi inconnu il y a peu ; un militant âgé maintenant de 83 ans, un activiste de la non-violence et de la désobéissance civile, mais pas un pacifiste, terme qu'il récuse. Quant à nous, son nom nous était familier depuis plus de quarante ans, mais avouons que nous ne l'avions que très peu lu quand il écrivait ses premiers textes. Son livre le plus connu, un lourd pavé, serait The Politics of Nonviolent Action, daté de 1973. L'homme sort maintenant de l'ombre avec De la dictature à la démocratie que l'on peut consulter gratuitement sur la Toile 1. La mouture définitive de cet ouvrage aurait été écrite en 1993 à la demande de Birmans à la recherche de conseils pour organiser la résistance à la dictature dans leur pays. Ne pouvant librement se rendre sur place, confessant ses connaissances très limitées de la situation sociale et politique du pays, Gene Sharp a proposé un texte très généraliste, surtout théorique, mais facilement adaptable à plusieurs situations. Ainsi, l'écrit de Sharp – traduit en une trentaine de langues, sinon beaucoup plus – aurait influencé de nombreux mouvements de résistance comme ce que l'on a nommé les « révolutions colorées ». Son manuel aurait servi de base de réflexion pour l'action en Serbie, en 2000, avec le mouvement Otpor (mouvement de « guérilla urbaine non violente ») ; en Géorgie, en 2003, avec Kmara (« Assez ! ») lors de la révolution des Roses ; en Ukraine, en 2004, avec Pora (« C'est l'heure ! ») ; au Kirghizistan, en 2005, avec Kelkel (« Renaissance ») et la révolution des Tulipes ; en Biélorussie, en 2001, avec Zubr (le « Bison »), etc. Donc, un texte de combat qui seul, sans doute, n'aurait pas eu grande efficacité mais qui a éveillé l'attention de différents stratèges jusque dans certaines sphères militaires. Ainsi, la désobéissance civile, l'action non violente, sans atteindre les 100 % de réussite, pouvaient montrer une force positive qu'il ne fallait pas négliger. Aussi n'est-il pas étonnant qu'aux propositions de Sharp s'ajoutèrent des apports financier et logistique importants de diverses organisations plus ou moins gouvernementales, et aussi de fondations américaines non gouvernementales qui prétendent toutes défendre des valeurs démocratiques et libérales. Que cet ouvrage et son auteur soient accusés d'être instrumentalisés par le pouvoir américain se discutera ; et ne nous conduira pas, en suivant, à manifester un anti-américanisme primaire tout autant discutable. Il est indéniable cependant que, après la désagrégation du bloc communiste, il s'agissait pour certaines puissances occidentales de ramener le plus grand nombre de zones géographiques dans leur giron. La conjoncture peut être plus complexe pour les pays arabes : le régime du Ben Ali tunisien, par exemple, convenait parfaitement à la France. Mais, partout, le dessein était de contenir les peuples dans une démocratie formelle : la révolution sociale n'était, de toute façon, pas à l'ordre du jour ! Il y aura donc un pas de plus à faire ; et c'est dans ce sens que nous voudrions porter nos regards. Il s'agira de redonner le pouvoir à la base, à la société civile, ce que ne permet pas la lutte violente et militarisée. Gene Sharp, donc, aurait également influencé des mouvements de libération en Lituanie, en Lettonie et en Estonie. On raconte que, lors d'un colloque, Sharp aurait communiqué un brouillon de son texte à une chercheuse lituanienne qui, elle-même, l'aurait transmis à un certain Audrius Butkevicius qui organisa, le 23 août 1989, une chaîne humaine de deux millions de personnes entre les trois petits États, préparant leur séparation d'avec l'Union soviétique en 1991. La « chaîne humaine » est une des quelque 200 propositions recensées par Sharp pour mener à bien une action non violente ; autrement dit, c'est toute une stratégie de la subversion qu'il tend à mettre en œuvre. La référence de Sharp - même s'il n'est pas cité - au petit livre de La Boétie, Discours sur la servitude volontaire, est sans équivoque : il écrit que, une fois leur propre peur vaincue, le pouvoir est impuissant devant des sujets qui le privent de leur soutien et l'empêchent de nourrir sa force. Encore faut-il briser le monolithisme de ce pouvoir en identifiant ses lignes de faiblesse et en provoquant des failles à tous les niveaux de la société : armée, police, gouvernement, entourage, magistrature aux ordres, médias, etc. Journaliste au Nouvel Observateur, Vincent Jauvert, sur son blog du 26 mars 2011, fait référence à Gene Sharp et nous donne sa version des débuts de la révolution du Nil dont les préparatifs datent de 2008 : « En résumé, de jeunes “instruits” de moins de 30 ans, familiers de la Toile, qui n'ont connu que la dictature de Moubarak et qui en ont marre des manifs de quelques dizaines de personnes ne menant à rien sauf à la prison, cherchent autre chose. Ils profitent d'un conflit des ouvriers du textile qui veulent se mettre en grève pour ouvrir une page Facebook et appeler à la grève générale à la date du 6 avril. Succès immédiat : en quelques jours, 70 000 contacts s'inscrivent sur la page. Des tracts circulent, on manifeste. Le pouvoir s'inquiète ; un ministre lance un appel à la télé pour qu'on ne sorte pas ce jour-là dans la rue. L'Égypte s'arrête. La répression fait des dizaines de morts. Comment continuer ? Le petit livre de Gene Sharp circule ; on adapte ses conseils à la situation égyptienne, et plus de 300 petits événements sont organisés. On se forme à la désobéissance civile ; puis c'est la rentrée au pays de Mohamed El Baradei, prix Nobel de la paix, qui réunit 5 000 personnes à l'aéroport et qui relance le mouvement. Il s'agit maintenant de faire signer à un million de personnes une pétition en faveur de réformes démocratiques, à visage découvert, sur un site protégé aux États-Unis. Succès ! Mais qui ne touche que des gens éduqués. Comment s'adresser au peuple ? Un jeune homme, Khaled Saïd, qui fréquentait un café Internet, est tué par des policiers devant témoins. Le meurtre sera l'étincelle. Une autre page Facebook est créée : “Nous sommes tous Khaled Saïd !” Puis des centaines de milliers de personnes sortent dans la rue. Une deuxième manifestation est mise en branle après un scrutin électoral truqué et, après un astucieux détournement de l'attention de la police, cinq cortèges, en une foule immense, envahissent la place Tahrir. Ce point de fixation où convergeront les regards du monde entier verra nombre de provocations, d'attaques de “voyous”, de morts. Mais la détermination des manifestants fera basculer quelques militaires dans le camp des insurgés, puis d'autres encore, puis il y aura une annonce de l'état-major de l'armée déclarant ne pas vouloir tirer sur la foule. La partie est presque gagnée… » Si j'avais à classer mes livres sur les étagères d'une bibliothèque idéale, il y aurait d'abord le petit Discours de la servitude volontaire de La Boétie, puis celui de La Désobéissance civile de Henry David Thoreau ; et puis d'autres, bien sûr. Aujourd'hui, mais peut-être pas en troisième position, je placerai De la dictature à la démocratie de Gene Sharp. Aucun de ces trois ouvrages n'est anarchiste mais chacun porte en lui une dynamique ouverte pour avancer avec des moyens en accord avec notre but. En effet, depuis longtemps, nous essayons de dire l'importance des « moyens » à employer pour atteindre une fin : l'anarchie. Fin qui n'en sera pas une car notre cheminement nous fait découvrir que l'horizon recule au fur et à mesure de notre progression. De toute façon, nous sommes en marche, et l'actualité, jour après jour, secoue avec indifférence son panier, nous balançant d'espoirs très brefs en amertume bien réelle et durable. Mais, justifié ou pas, notre pessimisme peut encore attendre des jours meilleurs… Dans le livre de Gene Sharp, le terme de « défiance politique » (page 21) est employé comme l'équivalent de « résistance non violente », de « lutte non violente » ou de « combat non violent ». Nous ne nous arrêterons pas sur cette « défiance » qui ne nous convient guère. Que nous dit Sharp ? Eh bien, dans un premier temps, qu'il faut savoir « faire face avec réalisme aux dictatures » et se garder de tout angélisme ; qu'il s'agit de les abattre à moindre coût humain ; tout en sachant qu'il n'y a pas de lutte sans victimes et que, la dictature une fois tombée, nous ne serons qu'à un commencement qui ouvrira la porte à d'autres combats pour la justice et pour la liberté ; et que cela demandera encore de nombreux efforts : car l'effondrement d'une dictature n'éradique pas pour autant « la misère, la criminalité, l'inefficacité bureaucratique et la destruction de l'environnement », etc. Sharp rappelle qu'il faut garder en tête que le temps des dictatures est toujours limité (page 53), que la question la plus importante est de savoir comment nous allons entreprendre la lutte. Si la violence réussit quelquefois à arracher la liberté aux dictatures, le prix à payer est souvent exorbitant, que ce soit par la guerre civile, la guérilla, le terrorisme ou par tout autre moyen (page 26). Sharp écrit que « la résistance armée ne frappe pas le point faible des dictatures, mais, au contraire, leur point fort ». Car il est inutile de s'attaquer au pouvoir avec l'arme que ce dernier maîtrise le mieux : la violence ; pour lui, elle est contre-productive. Il écrit encore que, « en plaçant sa confiance dans les moyens violents, on choisit le type même de lutte dans lequel les oppresseurs ont presque toujours la supériorité ». Presque toujours ! Car le succès des méthodes que préconise Gene Sharp est sans garantie aucune ; et il y a encore un long chemin d'expérimentation à parcourir pour être convaincu que le projet est réalisable. Il y a surtout une pratique à enseigner, une formation à mettre en place, etc. Combien de temps faut-il pour qu'un soldat soit fin prêt pour le combat ? Nous connaissons l'image récurrente et caricaturale du pacifiste prêt à tout pour éviter un conflit armé, prêt à la négociation humiliante du faible ; Sharp dénonce cette attitude et écrit qu'il faut éviter autant que faire se peut la négociation avec le pouvoir : elle peut être un marché de dupes ; sauf en dernier lieu, quand le combat est gagné et qu'il faut quand même laisser une porte de sortie au dictateur ; mais, sur les questions fondamentales, il n'y a pas de compromis possible (page 32). La paix par la négociation n'est pas synonyme de justice et de liberté (page 37). Sharp (page 46) pense que le pouvoir ne peut être battu en brèche sans une profonde volonté du peuple, sans une capacité organisationnelle qui retirera sa force aux dictatures et, aussi, sans une certaine habileté dans le refus à consentir. Car d'où vient le pouvoir, sinon de l'habitude des peuples à l'obéissance ? Encore faut-il rajouter que les dictatures – qui nous paraissent tellement invulnérables –, les dictatures bardées de leur arsenal policier et militaire, de leurs prisons et de leurs camps de concentration ont toutes leur talon d'Achille, leurs faiblesses : luttes internes, gestion inefficace de l'information, opposition de groupes défavorisés, usure du pouvoir, etc. C'est là, nous dit Sharp, qu'il faudra essayer de peser, et il énumère et détaille les points de lutte sur lesquels intervenir. « L'erreur commune des campagnes de défiance politique [combat non violent et désobéissance] improvisées a été de miser uniquement sur une ou deux méthodes, telles que les grèves et les manifestations de masse. En fait, il existe une multitude de méthodes qui permettent aux stratèges des organisations de résistance de concentrer ou de disperser le mouvement en fonction des besoins » (page 57). Les champs d'intervention sont donc à classer en plusieurs très larges catégories : la protestation et la persuasion ; la non-coopération, qu'elle soit sociale, économique ou politique ; et l'intervention. Rien que de très banal ; ce qui l'est moins, c'est une volonté de sélectionner ces méthodes « à grande échelle », « dans le cadre d'une stratégie judicieuse, avec des tactiques appropriées », le tout appliqué avec persévérance et discipline (page 57). Mais il faut avoir en mémoire qu'« il sera extraordinairement difficile, sinon impossible, de désintégrer la dictature si la police, les fonctionnaires et les forces militaires soutiennent pleinement le régime, en obéissant et en exécutant ses ordres ». Cette lutte, pour qui s'y lance, tend à produire une meilleure maîtrise de son comportement et un contrôle de sa peur (page 60). Par ailleurs, ces nouvelles habitudes de combat acquises seront pour l'avenir une précaution, un rempart contre un autoritarisme qui peut venir de son propre camp ; donc, se souvenir qu'il ne s'agit pas seulement d'abattre une dictature mais d'empêcher la venue d'une autre, à naître. Gene Sharp note que, par le passé, les luttes ont souvent eu un départ spontané, imprévu, accidentel : une arrestation, un meurtre, une injustice, etc. S'enclenche alors un mouvement de la population qui prend parti pour la victime et ose se soulever ; mais cette réaction risque de faire long feu devant la brutalité de la réaction du pouvoir si on ne prévoit pas une action à long terme. Et, dans la lutte, il est important de garder l'initiative. Il n'est pas adéquat de seulement réagir à l'action de l'adversaire. Il faut donc envisager une planification du combat. Une discussion peut alors s'engager sur la tactique et la stratégie : « Une tactique s'inscrit donc dans une chaîne d'actions limitée et s'insère dans la stratégie, de la même manière qu'une stratégie s'insère dans la stratégie globale. » On peut regretter que, dans l'ensemble, l'auteur s'en tienne à des généralités. Mais le projet de ce texte a été conçu ainsi. On aurait souhaité que l'auteur illustre d'exemples son propos théorique. Sans doute l'a-t-il fait ailleurs, mais le lecteur de cette plaquette restera sur sa faim. De même, ce petit bouquin ne pouvait tenir compte, au moment où il a été écrit, enfin pas de façon claire, des nouveaux outils de communication qu'ont été Twitter et Facebook dans le déroulement des printemps arabes ; ainsi la technique a-t-elle devancé la marche de l'action, paralysant les initiatives du pouvoir au-delà de toutes prévisions. Le texte de Gene Sharp, répétons-le, n'a pour but que la mise en place de gouvernements démocratiques. Ce n'est pas un manuel clés en main pour une révolution libertaire, c'est sûr, mais ce livre pourrait se révéler être une bonne source d'inspiration pour renouveler nos méthodes d'action. Il se termine par ces fameuses 200 propositions d'action parmi lesquelles dominent la désobéissance, la grève, le boycott, la non-coopération. Citons cependant pour le plaisir les manifestations dénudées, la disparition collective (?), la grève du sexe, « tourner le dos », etc. Bien que les propos de notre auteur soient toujours très nuancés, à lire Sharp, on se dit que quelquefois il pousse le bouchon un peu loin, que la mariée est trop belle. Pourtant, à la stupeur du monde, ces printemps ont bien eu lieu, avec en arrière-plan les recommandations de Sharp. Manquons-nous, de notre côté, d'imagination politique et sociale pour aller dans ce sens ? Mais la réalité est là qui dépasse nos rêves, sans pourtant effacer nos cauchemars. Cependant, de la Libye à la Côte d'Ivoire, des hirondelles de fer ont craché et cracheront encore le feu sur la renaissance des peuples africains, éparpillant carcasses humaines et métalliques à tous les vents. C'est aussi la guerre ! Quant à la lutte pour la liberté, qu'elle soit violente ou non violente, elle coûte également. Toute lutte est risque, quelquefois risque de mort. Si nous ne pensons pas que la servitude soit jamais volontaire, pour s'en extraire, il faut d'abord écarter la crainte. N'ayons plus peur ! Désobéissons ! Désobéissons ! Désobéissons !
1. L'Harmattan, 2011 et disponible sur www.aeinstein.org/organizations/org/FDTD_French.pdf
André Bernard
L'article du Monde libertaire
L'article du Monde libertaire
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|   Louise Michel en Nouvelle CalédonieLe monde libertaire n°1633 (28 avril-4 mai 2011)
Souvenirs et aventures de ma vie. C'est sous ce titre que La Vie populaire a publié en 1905 un feuilleton sur la déportation de Louise Michel au bagne de Nouvelle-Calédonie. Docu-fiction avant l'heure, ce document à la gloire de l'héroïne de la Commune de Paris, figure de proue de l'anarchisme, a été réédité pour la première fois par les éditions Maiade. C'est peu dire que Louise Michel (1830-1905) eut une vie mouvementée et exemplaire. Son vif engagement lors de la Commune de Paris lui valut d'être déportée en Nouvelle-Calédonie en 1872. Elle y resta jusqu'à l'amnistie générale décrétée en 1880. C'est cette période qui est brossée dans le récit publié dans La Vie populaire à peine quinze jours après sa mort, le 9 janvier 1905, des suites d'une pneumonie. « Journal hebdomadaire de romans », La Vie populaire offrait gratuitement le premier numéro du long feuilleton à suivre tous les vendredis. Entre contes, poèmes, mémoires, conférences, articles, etc., Louise Michel avait la plume facile. Néanmoins, des doutes planent sur l'auteur ou les auteurs du feuilleton post-mortem. À cours d'argent, Louise Michel correspondait par exemple avec un certain Arnould Galopin, auteur de romans d'aventures à épisodes comme la Belle Époque en produisait. Certes, nous retrouvons là des faits historiques incontestables, mais ils côtoient à l'occasion des récits probablement inspirés par les faits divers de l'époque. Quoi qu'il en soit, la qualité de cette œuvre romanesque a sans doute compté en son temps pour renforcer l'aura de Louise Michel, une femme légendaire déjà de son vivant.
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| |   L'État du Chiapas, toujours et encore en guerre contre l'autonomie : l'Autre Campagne en lutte à BachajónLe Monde libertaire n°1633 (28 avril-4 mai 2011)
L'Autre Campagne, c'est quoi ?
En juillet 2005, l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) proclame la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone. Après y avoir analysé l'évolution et les réalisations du mouvement zapatiste depuis le soulèvement armé de janvier 1994, l'EZLN annonce, par l'intermédiaire de ce texte, sa décision de passer un cap en dépassant les seuls combats indigènes pour s'ouvrir à d'autres secteurs en lutte de la société mexicaine. Il y est écrit : « Nous allons continuer à lutter pour les peuples indiens du Mexique, et plus seulement pour eux ni rien qu'avec eux, mais aussi pour tous les exploités et les dépossédés du Mexique, avec eux tous et dans l'ensemble du pays. Et quand nous parlons de tous les exploités du Mexique, nous parlons aussi des frères et sœurs qui ont dû partir aux États-Unis chercher du travail pour pouvoir survivre. 1 » Cet élargissement du mouvement zapatiste se traduit par la création de l'Autre Campagne en septembre 2005, après plusieurs mois de rencontres et de discussions entre les zapatistes et les secteurs vers lesquels ils souhaitent s'ouvrir. Au sein de ce nouveau mouvement, l'EZLN, bien que principal instigateur, n'est qu'un acteur parmi tant d'autre, et ne saurait avoir aucune velléité de contrôle ou de direction. La première démonstration de ce nouveau mouvement impulsé par les zapatistes est décidée lors de sa première session plénière officielle, le 16 septembre 2005, et consiste en un voyage de six mois – à partir du 1er janvier 2006 – du sous-commandant Marcos, porte-parole de l'EZLN, à travers tout le pays pour rencontrer les Mexicains qui luttent contre le néolibéralisme et ses avatars. L'Autre Campagne est donc un vaste mouvement réunissant des individus, des groupes et des organisations diverses, attachés à la lutte contre le néolibéralisme et à la volonté d'inaugurer une nouvelle façon de faire de la politique, autre que celle dictée par les logiques de représentation parlementaire et de prise de pouvoir 2.
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| |   Météo syndicaleLe monde libertaire n°1633 (28 avril-4 mai 2011)
Météo syndicale
Un combat syndical émancipateur ! Une récente note interne de la direction centrale des CRS réglemente la consommation et la détention d'alcool des « compagnons républicains de sécurité ». Qualifiée d'« exagérée » par le principal syndicat policier, Unité police SGP-FO, qui réclame le maintien « du petit quart de vin accompagnant les repas sur le terrain, dans la mesure où le repas est servi à l'abri de la vue du public ». FO, tout à son zèle juridique, a rappelé que le Code du travail « permettait une consommation de boissons alcoolisées lors de la prise de repas ». Vive les apéros pinard-lacrymo-tonfa enfermés dans les camions bleus ! 1
Entrisme syndical
Relatées dans Le Monde libertaire n°1631, les récentes tentatives du FN pour déliter les syndicats de l'intérieur, en faisant émerger des syndicalistes se réclamant de ses idées prétendument ouvriéristes, se poursuivent. Le Cercle national de défense des travailleurs syndiqués, émanation du FN, a été créé en mars. Son propos – « Face aux discriminations politiques qui sévissent au sein de certaines organisations syndicales françaises et face aux exclusions dont sont victimes des militants du FN, nous avons décidé de créer une association de défense des intérêts sociaux, moraux et juridiques de ceux-ci » – est conforme à la stratégie rhétorique du « nouveau » FN : retourner les arguments de ses adversaires, faire siens ses combats, bref, organiser le leurre et la duperie des salariés. Sur la question du rôle des syndicats contre l'extrême droite, on consultera avec grand intérêt le site Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (www.visa-isa.org).
Le travail tue
Pendant ce temps, on meurt au travail. Sordide exemple, deux suicidés à la Caisse d'épargne (Côte-d'Azur et Bourgogne) et une tentative sur le lieu de travail (Bretagne). Dégradation des conditions de travail due à la mise en place d'une méthode de management (gestion et évaluation du personnel) appelée « benchmark interne 2 » dans le jargon patronal. Une méthode de harcèlement moral institutionnalisée, consistant à entretenir un climat de concurrence de tous contre tous. Face au silence de la direction du groupe, Sud-BPCE a engagé une action en justice visant la Caisse d'épargne Rhône-Alpes (où fut initiée l'expérience sur sujets humains du benchmark), pour « manquement grave à l'obligation de résultat que la loi instaure en matière de santé physique et mentale des salarié(e)s ». Une sage et saine utilisation du Code du travail (voir le début de ce billet, au sujet du vin)…
1. À l'attention des lecteurs hâtifs : le titre et la conclusion de ce paragraphe, sous forme d'antiphrase, sont totalement ironiques… 2. Benchmark, terme anglais signifiant « étalon, repère ».
Marc Silberstein
L'article du Monde libertaire
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|  Mutuellistes et collectivistes dans l'Internationale | Le monde libertaire n°1633 (28 avril-4 mai 2011)
L'Association internationale des travailleurs (AIT), fondée en 1864, est traversée par des courants trade-unioniste , coopérativiste, mutuelliste et se trouvait sous l'influence de diverses écoles socialistes. La section française était mutuelliste et Claude Harmel écrit dans son Histoire de l'anarchie que « l'inspiration proudhonienne est évidente, et qui se rattache logiquement à un anarchisme latent, qui en est l'expression peut-être essentielle ». Mais, cette influence n'est pas directement déduite d'une lecture et d'une étude attentive des œuvres anarchistes, mais d'une pratique ouvrière où Proudhon avait lui-même puisé son inspiration. L'influence proudhonienne fut plutôt indirecte. On pourra toujours discuter à propos des « proudhoniens » puisque Proudhon avait lui-même récusé ce terme, mais il avait aussi, à partir de 1862, tenté de rassembler un « parti » fédéraliste abstentionniste. Après sa mort, en janvier 1865, des socialistes radicaux reprenaient le flambeau anarchiste et diffusaient ses thèmes dans les journaux révolutionnaires de la capitale. On pourrait citer Rive gauche de Charles Longuet qui paru le 22 janvier 1865 encadré de noir en annonçant la mort du maître en ces termes : « Nous regardons cette perte comme un malheur public et c'est pour nous comme un deuil de famille » ; Le Courrier français, fondé par Auguste Vermorel et dont Lefrançais dira : « Un journal vivant et dont les allures rappellent parfois les beaux jours de La Voix du Peuple de Proudhon » ; La Rue, créé en 1867 ; Le Peuple en 1869, quotidien qui reprenait le titre même de Proudhon ; et Le Réfractaire, tous trois créés par Jules Vallès ; L'Almanach du socialisme fédéraliste en 1869, rédigé par un ami et ancien collaborateur de Proudhon, Georges Duchène, avec Chemale, Pierre Denis, Robert Luzarche et Ernest Moulle. L'influence de ce socialisme proudhonien sur les travailleurs est loin d'être négligeable et Édouard Dolleans le souligne dans son Histoire du mouvement ouvrier : « Les membres de la première commission de l'Internationale parisienne sont en relations suivies avec les étudiants du Quartier Latin. » En effet, Vermorel avait ouvert en 1866 les colonnes de son journal à l'AIT qui n'avait pas d'organe de presse. Jules Andrieu animait des cours d'enseignement que fréquentaient notamment Tolain et Varlin, les futurs chefs de file des deux grands courants de la section française de l'Internationale. Jean-Louis Puech écrit dans Le Proudhonisme dans l'Internationale qu'après les congrès de Bruxelles et de Bâle, « c'est bien l'histoire d'une autre doctrine qu'il faut étudier : celle du proudhonisme dans l'Internationale est terminée », car il limite son étude au premier comité de la section française, dite des Gravilliers (de l'adresse du premier bureau parisien de l'AIT, 44, rue des Gravilliers). Claude Harmel reprendra cette idée dans son Histoire de l'anarchie, et les historiens marxistes s'empressèrent de confirmer la fin du proudhonisme dans l'Internationale. Or, le proudhonisme ne saurait se limiter au seul mutuellisme ouvrier des Tolain, Fribourg et Limousin, qui défendaient une position ouvriériste et non spécifiquement proudhonienne. Proudhon n'avait pas ménagé ses critiques au mutuellisme « récemment inauguré par les soixante » et avait écrit à ce propos : « Il y a mutualité et mutualité. » Il se déclarait lui-même fédéraliste et non mutuelliste. Vouloir identifier le proudhonisme au mutuellisme ouvrier et vouloir attacher presque exclusivement l'individualisme de Tolain à la théorie proudhonienne est donc trompeur, surtout que les Gravilliers évoluaient avec ce socialisme fédéraliste que diffusaient les proudhoniens. Les questions particulières comme l'éducation, l'émancipation des femmes, l'idée de la famille et des grèves doivent être relativisées car elles n'avaient pas l'importance déterminante que l'on voudrait leur accorder aujourd'hui. Il n'y a pas de division bien tranchée entre mutuellistes et collectivistes sur ces questions. « Varlin, écrit Paule Lejeune, s'éloigne de la mentalité proudhonienne dans un autre domaine, celui de la grève. » Or, Proudhon avait admis sa nécessité tout en condamnant son principe revendicatif. Tolain affirmait à Lausanne en 1867 : « La grève est une arme nécessaire quelquefois, mais jamais juste », et Varlin déclarait en 1868 : « L'Association internationale n'admet pas la grève en principe ; elle croit que c'est un moyen anti-économique. » Une évolution certaine des pratiques ouvrières menait à une conception nouvelle, dont la grève générale sera plus tard l'aboutissement. Il faut donc se garder de voir dans ces positions, souvent nuancées et en pleine évolution, de profondes lignes de séparation, comme l'ont fait les historiens soviétiques en distinguant des proudhoniens de droite et de gauche !
Du mutuellisme au collectivisme
Le collectivisme ne se substituait pas au principe mutualiste, mais au mutuellisme « étroit » de certains militants revendiquant un « mutuellisme à la lyonnaise », dont Jean Bancal a très justement rappelé qu'il était « vigoureusement dénoncé par Proudhon ». Une très nette déclaration de Bakounine, en janvier 1872, ne laisse planer aucun doute : « Si Tolain, le principal orateur des mutuellistes français dans ces deux congrès [Bruxelles et Bâle], fut exclu plus tard, et notamment en avril 1871, de la Fédération internationale de Paris, ce ne fut pas du tout comme mutualiste, mais comme traître envers cette loi et cet engagement mutuel de solidarité pratique qui est le principe suprême de l'Internationale. » Dans La Capacité politique, Proudhon écrit : « Ce que j'ai nommé, l'un des premiers, force de collectivité, est aussi une force économique », et détachait l'association mutuelliste des vues étroites du coopératisme 1. Ainsi, en 1868, le mutuelliste Alfred Briosne manifestait cette tendance dans les réunions publiques, César De Paepe s'en fera l'un des premiers théoriciens au congrès AIT de Bruxelles, Bakounine soutiendra cette doctrine, en concurrence directe avec le communisme, au congrès de la Ligue de la paix et de la liberté à Berne, et James Guillaume en revendiquait la paternité au nom de la Fédération jurassienne. Bakounine avait souligné cette évolution dans un exposé sommaire qu'il consacra à l'Internationale en Belgique, où il reconnaissait que le communisme français était une « forme primitive et inachevée du socialisme révolutionnaire ». L'historien de la Commune Albert Ollivier reconnaît que « ce collectivisme cependant ne se pose pas en contradiction absolue avec le proudhonisme. Il conserve le mutuellisme, qu'il prétend organiser plus largement et rationnellement ». Le congrès de Bruxelles en 1868 marquait une nette victoire du proudhonisme dans L'AIT et Bakounine s'en fera, dès lors, le propagandiste acharné. Il reprendra ainsi, à son compte, l'idée du congrès, « qui a proclamé la propriété collective du sol et le crédit gratuit, c'est-à-dire la propriété collective du capital, comme conditions absolument nécessaires de l'émancipation du travail et des travailleurs ». En soutenant l'idée collectiviste, il évoquait Proudhon : « L'esprit du plus grand génie de la Terre n'est-il point toujours rien que le produit du travail collectif, intellectuel aussi bien qu'industriel, de toutes les générations passées et présentes ? […] Vous seriez bien embarrassés s'il vous fallait établir le taux des produits intellectuels du génie. Ce sont, comme Proudhon l'a fort bien observé, des valeurs incommensurables. » Et, c'est en effet Proudhon qui écrivait, dès 1840, dans Qu'est-ce que la propriété ? : « Tout capital, soit matériel soit intellectuel, étant une œuvre collective, forme par conséquent une propriété collective. » Au congrès de Bâle en 1869, c'est le collectivisme anarchiste qui triomphait dans l'Internationale. À la quatrième question, relative aux sociétés de résistance, la commission préconisait l'organisation fédérative des communes et des corporations dans un esprit purement anarchiste : « Le gouvernement est remplacé par les conseils de corps de métiers réunis, et par un comité de leurs délégués respectifs, réglant les rapports du travail qui remplaceront la politique. » Collectivistes et mutuellistes étaient sur ce point du même avis. C'est même un mutuelliste , Jean-Louis Pindy, qui sera le rapporteur d'une idée qu'il avait partagée avec Eugène Hins, devenu collectiviste, et qui reprenait le projet de Proudhon d'une double fédération.
Le collectivisme anarchiste
En écrivant, à la demande de Ross, une étude sur Proudhon, Marx et le collectivisme, James Guillaume révélait la dimension proudhonienne du collectivisme anarchiste. L'ouvrage fut publié à Londres en 1874, et s'intitulait L'Anarchie selon Proudhon. Extrêmement rare – « le seul exemplaire que nous connaissons, écrit Lehning, se trouve au British Museum » –, nous citerons le texte d'après l'avant-propos qu'a publié Arthur Lehning dans l'introduction du volume VI des archives Bakounine, car ce dernier fut, selon l'historien, l'auteur probable de cette introduction. Ce texte nous renseigne sur le rapport de Bakounine à la pensée proudhonienne et met aussi en évidence les malentendus qu'il entretenait avec celle-ci. Contre les pseudo-proudhoniens bourgeois, Bakounine entendait continuer l'anarchie, et seulement l'anarchie, qui constituait « l'essentiel de ses conceptions théoriques » en se gardant des « bizarreries de Proudhon ». « Nous nous bornerons, écrivait-il, à ne commenter que la partie des théories de Proudhon qui, reprises dans le programme de l'Association internationale des travailleurs, sont entrées dans la vie sociale. » Son commentaire est alors précieux, notamment pour l'historien des idées : « Proudhon, poursuit Bakounine, par aversion pour le communisme autoritaire, en était venu, d'une part, à conserver la propriété individuelle, mais en même temps, il avait conscience de l'inconvénient de ce mode et il pressentait la nécessité et la possibilité d'une telle organisation qui, tout en ne versant pas dans le communisme autoritaire, c'est-à-dire dans la propriété étatique, abolirait néanmoins la propriété individuelle. Cette organisation, dont nous trouvons ainsi la première expression dans les contradictions mêmes de Proudhon, où elle apparaît comme un concept erroné et instinctif, c'est le collectivisme. » Cette nette reconnaissance du collectivisme proudhonien est d'une importance considérable, non pas vraiment du point de vue théorique, car l'analyse de Bakounine demeure superficielle, mais par la formidable reconnaissance de la lignée proudhonienne qui contredit ceux qui prétendent avoir constaté la fin du proudhonisme dans l'Internationale. Bakounine reconnaît même « que Proudhon n'a pas entièrement répudié la forme révolutionnaire de l'action », alors qu'il ne tient pas compte du retour révolutionnaire de Proudhon en 1862-1863, son engagement abstentionniste et sa théorie de l'« autogestion » ouvrière. James Guillaume soutiendra cette expression du collectivisme anarchiste, notamment en faisant face aux marxistes, lors du fameux congrès de la Haye en 1872. Le Jurassien exposait avec clarté et conviction sa position : « La qualification d'abstentionniste, dont on nous gratifie trop volontiers est vraiment inexacte. Nous sommes, non pas abstentionnistes, mais partisans d'une politique particulière, la politique négative, celle du prolétariat, qui doit aboutir à la destruction de la politique bourgeoise. Nous ne voulons pas agir en commun avec la bourgeoisie ; en cela consiste notre politique ouvrière qui sape, par notre seul retrait, tout l'édifice bourgeois. […] Étant fédéralistes, nous repoussons cette conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière, nous contentant, ce qui nous semble plus fécond, de pratiquer cette abstention préconisée par Proudhon, dont certains membres du Conseil général ont été autrefois partisans. » Cette dernière remarque visait Charles Longuet, qui se défendra avec une mauvaise foi évidente, mais que l'on peut comprendre au regard de sa nouvelle situation familiale, puisqu'il était devenu le gendre de Karl Marx. Le conflit qui avait pris dans l'Internationale la forme personnalisée de la relation Marx-Bakounine, avait son origine dans les luttes sociales et antipolitiques que l'anarchisme proudhonien avait portées jusque dans la Commune de Paris. Guillaume, traçant les deux voies prises par ce mouvement, donnait dans un excellent article du Bulletin de la Fédération jurassienne cette intéressante explication. Il faut « considérer le socialisme autoritaire et le socialisme anarchiste, non pas comme deux frères ennemis, mais comme deux phases successives de l'idée socialiste. Pour nous, socialistes révolutionnaires, ralliés autour du drapeau de la Commune, nous ne sommes plus jacobins […]. L'idée antigouvernementale, anti-autoritaire, a fait son chemin en France et dans les pays où les traditions historiques sont identiques, en Belgique, en Espagne, en Italie, dans la Suisse française. Elle a remplacé l'ancien dogme jacobin du gouvernement populaire, et elle s'est affirmée d'une manière éclatante par la révolution du 18 mars 1871 ». La prétention marxiste d'avoir éliminé les proudhoniens de l'Internationale est, à cet égard, une pure escroquerie politique. Max Nettlau avait, quant à lui, souligné « la synthèse du collectivisme et du mutuellisme qui s'élaborait au sein de l'Internationale », et quand Jacques Langlois s'emploie à réactualiser la pensée proudhonienne, nous redécouvrons toute la complexité et la pertinence de ces théories mutuellistes-collectivistes où « le politique y correspond aux fonctions de relation et non de domination ».
Claude Fréjaville
1. Voir Jacques Bouché-Mulet, Le Mouvement coopératif et mutuelliste sous le Second Empire, Cahier de l'Atelier Proudhon, EHESS, 1993.
L'article du Monde libertaire
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|   Saucisses purée ? Schiste bon marché !Le monde libertaire n°1633 (28 avril-4 mai 2011)
Tirant tête hors du trou, qu'entends-je ? Déjà j'apprends comme ça que Kate picolerait ? Quelles mauvaises langues, tout de même, vous êtes ! Nous parlons, tout de même, de la future reine d'Angleterre ! N'empêche, la Kate « apprécie de temps à autre un petit verre de Jack Daniel's, ou un cocktail Crack Baby ». Champagne, vodka, fruits de la passion le cocktail, woua, vas-y baby craque, on te suit et nous comprenons tout à fait que tu te pourrisses le foie vu que, de son côté, le prince charmant avoue un net penchant pour, je cite, « les saucisses, accompagnées de purée de pommes de terre ». Top glamour, Willie, vraiment. Tant qu'on y est tiens restons-y, dans le registre de la glamouritude, par la grâce de nos amis les bêtes, autrement appelées compagnies républicaines de, parait-il, sécurité. Ça râle sous les calots : il serait question de supprimer le quart de rouge accompagnant les policières collations ! La SGP-FO de chez les CRS profite de l'occasion pour nous faire savoir qu'il n'y aurait, chez eux, « pas plus de personnes touchées par des problèmes d'alcool qu'ailleurs ». Comme si on en avait douté… Et le syndicat de dénoncer « une atteinte aux traditions » telles que l'ivrognerie de caserne, le bourrage de gueule pré-manif ou l'apéro de cinq heures du mat'. Dès lors, monte des rangs un cri : « Laissez-nous picoler ! » Mais oui, mais laissez-les, déjà qu'ils sont amers, paraît-il, et moroses, suite à la mise en place de la nouvelle garde à vue. Un autre syndicaliste de chez poulaga prévient que la procédure aura pour conséquence une avalanche de demandes en annulation, entraînant « la remise en liberté de nombreux auteurs de délits et crimes ». On en tremble d'avance. Mais on tremble plus encore en constatant que, sur d'autres fronts, c'est bien les fous qui sont lâchés : Jean-Marie Chevalier, économiste bizarre (redondance), voit dans l'opposition à l'exploitation des gaz de schiste un « exemple de lâcheté collective », et constate que « le pays de Descartes bascule dans l'émotionnel pur ». Chevalier doit baver de bonheur devant le dernier rapport ayant rouvert le débat, rapport selon lequel il serait idiot de se priver « d'une source d'énergie plutôt bon marché, susceptible de limiter le déficit de la balance commerciale ». Sacro-sainte balance… Et si vous avez l'impression d'avoir déjà entendu ce genre de discours au sujet, par exemple, du nucléaire, c'est que, schiste ou centrales, les « experts » sont les mêmes, sortis des mêmes écoles avec la même morgue affichée, et les mêmes sponsors, EDF, Total… Nous n'avons, cependant, rien à craindre : désormais lancé en campagne, SuperSarko va s'empresser de nous débarrasser d'eux, il l'a rappelé, au Havre : « Je prends une décision et tout à coup je vois une floraison d'experts. Des experts, il y en a beaucoup, beaucoup. » Puis de conclure, assez curieusement : « Lla France n'a pas besoin d'experts, elle a besoin d'acteurs ! » Feint-il d'ignorer que rien n'empêche d'être l'un et l'autre et qu'on peut être, n'est-ce pas Sarko, expert en comédie ? Quoi qu'il en soit, le voilà reparti en tournée dans les cours d'usines. Aux gars du Havre il est venu dire que les conflits sociaux dans les ports, « ça nous a fait un mal considérable, surtout que, dès que quelqu'un fronçait les sourcils, on cédait. Évidemment, ça crée des habitudes ! ». Ah ah, non mais quel talent chez le comique ! Il n'arrivera pas cependant à nous faire autant rigoler que la mère Bachelot, laquelle vient de découvrir, estomaquée et comme sous le choc, que « le taux de mortalité est nettement plus élevé chez les centenaires que dans les autres catégories de la population ». Trait d'humour, de la part de Roselyne ? Pas même. Dans le registre des incongruités, la palme revient néanmoins à l'officier français auquel on demandait, l'autre soir à la téloche, dans quel état d'esprit se trouvaient les soldats de son bataillon, engagé en Afghanistan, et dont un venait, bêtement, de se faire dessouder : « les hommes sont abattus », s'est-il contenté de commenter.
Frédo Ladrisse
L'article du Monde libertaire
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|   Sur le front socialLe monde libertaire n°1633 (28 avril-4 mai 2011)
Le mouvement pour les retraites de l'automne dernier avait été enthousiasmant par le nombre de participants, par la volonté de gagner, par les intentions de dépasser les bureaucraties syndicales et enfin par les tentatives (souvent plus symboliques qu'autre chose) de radicaliser les actions. Reste qu'on a perdu et bien perdu. À cause d'un gouvernement qui se positionne comme les patrons de choc que nous connaissons par ailleurs ; à cause des journées d'action saute-mouton et non d'une grève générale et à cause de dirigeants syndicaux timorés, mais c'est un pléonasme. Cet échec a créé du ressentiment, un repli sur soi et même une crise identitaire chez les salariés. Le FN a essayé, de manière marginale mais spectaculaire, de s'y engouffrer et, lors des élections professionnelles, les syndicats plus radicaux ont vu leurs résultats chuter au profit des syndicats mous (Unsa à la SNCF, par exemple). La colère et le désespoir n'aboutissent pas toujours à la lutte, c'est parfois le contraire qui se passe. Pourtant, depuis quelques semaines, les choses semblent changer. Il faut dire que les attaques sont lourdes et que les fins de mois sont de plus en plus difficiles. Les chiffres communiqués par l'Insee disent que le pouvoir d'achat augmente, mais il s'agit d'une moyenne. Les inégalités de revenus ne cessent d'augmenter, si bien que la baisse du pouvoir d'achat des ouvriers et employés est masquée par la hausse des revenus d'une infime partie des Français les mieux payés, dont les revenus ont explosé ces dernières années. En 2009, 2010, « crise » oblige, les salariés, craignant pour leur emploi, avaient mis leurs revendications salariales en sourdine, alors même que les progressions des salaires étaient les plus faibles. Les directions patronales n'ont proposé que des augmentations de salaire de 1 ou 2 % sans aucune marge de négociations. Quand on a vu les résultats de certains groupes, ça ne pouvait qu'attiser le ressentiment. À cela se sont ajoutées la baisse profonde du pouvoir d'achat due aux hausses des tarifs de l'électricité, du gaz et de l'essence, les assurances, ainsi que les dépenses de logement et les prix qui valsent depuis des mois. Comme dirait un consultant auprès des DRH : « Quand vous avez un sentiment de ne pas être entendus, c'est logiquement la question des salaires qui revient. Pour les prochains mois, c'est une situation potentiellement explosive. » Et ça explose (ou presque). Les conflits pour les salaires se multiplient. Dans les grands groupes, où il est quand même plus facile de se mobiliser, il y a eu des mouvements (Alcatel, Thalès, Airbus, Decaux, Valéo) mais il y en a eu également dans des secteurs moins revendicatifs. Notamment la grande distribution (Carrefour, But, Ikéa, Système U, Intermarché). Un secteur qui cumule flexibilité, précarité, temps partiel… On avait déjà assisté à une montée de l'insatisfaction chez le personnel de Carrefour depuis 2009, mais cette fois la colère est montée d'un cran. Après des propositions ridicules de la direction, près de 150 magasins Carrefour se sont mobilisés et se sont mis en grève le 9 avril. Ils ont obtenu une augmentation des salaires de 2 %, une prime exceptionnelle de 200 euros, une remise de 10 % sur les achats dans l'enseigne et l'engagement de la direction de proposer une prime de vacances. Bien sûr ça ne semble pas grand-chose, mais c'est une première avancée pour un secteur où il était jusqu'à présent plus que difficile de faire grève. À Toyota-Onnaing, dans le Nord, les salariés ont fait quinze jours de grève pour obtenir 800 euros pour le lancement de la Yarris et un treizième mois. Chez Ferrero, près de Rouen, l'usine qui fabrique les pots de Nutella et les barres Kinder Bueno, c'est la première fois depuis que l'usine a été ouverte il y a trente-sept ans que les salariés ont fait grève. Au bout de quatre jours de grève, ils ont obtenu une augmentation des salaires et une prime de 30 euros. Les exemples pourraient s'égrainer par dizaines (Roc'Eclerc, Interep, etc.), même dans des secteurs jamais touchés du BTP ou de l'alimentation (plusieurs fromagers ont connu des mouvements de grève). C'est le signe que la capacité de mobilisation des salariés est encore intacte. Pour l'instant il s'agit du porte-monnaie, à nous de leur proposer d'autres combats.
Jean-Pierre Levaray
Le gesticulateur de l'Élysée, sentant qu'un nouveau vent de révolte est en train de souffler, et que les élections se rapprochent, fait ce qu'il a l'habitude de faire : il occupe le terrain médiatique avec du flan sur le thème du pouvoir d'achat. Alors que les négociations sur les salaires sont bloquées et que les syndicats n'ont pas été consultés, Sarkozy continue ses effets d'annonce. Faire mine de proposer une prime de 1 000 euros pour les salariés qui travaillent dans des boîtes faisant des dividendes, c'est déjà être sûr que presque personne ne sera touché. Sarko et son gouvernement ont voulu acheter les votes populaires avec 1 000 euros, mais ça, même les patrons n'ont pas voulu le suivre. Sarkozy a bloqué le Smic pendant cinq ans. C'est si long et si dur que ces 10 % des salariés qui touchent le Smic peuvent être presque rajoutés aux 8 millions de travailleurs pauvres. On ne peut pas vivre décemment à ce prix. Le salaire médian est de 1 500 euros, c'est-à-dire que 50 % des salariés gagnent moins. La principale ponction du « président du gagner plus » a été un appauvrissement de ceux qui produisent l'essentiel des richesses de ce pays et qui n'en reçoivent pas la part qu'ils méritent. Dix points ont été pris aux salaires par les profits. Et tout ce que trouve à faire Sarkozy c'est d'alléger l'impôt sur les grandes fortunes. Pendant que la France bat le record historique de chômeurs, 5 millions ! Pour la deuxième année consécutive, le gel du salaire de 5 millions de fonctionnaires a été annoncé dans le même temps. Ni l'intéressement, ni la participation ne sont du vrai salaire, avec cotisations sociales. Les primes ne remplacent pas non plus la hausse régulière et le rattrapage des salaires. Enfin, prenant sans doute les prolos pour des cons n'ayant aucune mémoire, Sarkozy a trouvé le moyen de retourner dans les Ardennes pour la jouer populaire et près du peuple. Le candidat puis le président « du pouvoir d'achat et de l'augmentation des salaires » était déjà venu voir ces ouvriers par deux fois pour les caresser dans le sens du poil. Cette fois, son discours n'a pas été entendu. Il est plus que temps. Allez, fichez moi ça dehors.
J.-P. L.
L'article du Monde libertaire
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1632Le monde libertaire n°1632 (21-27 avril 2011)
Alors, ça y est, c'est fait. Un de moins sous le soleil africain. La semaine dernière, le président Laurent Gbagbo – le tyran ivoirien – s'est fait éjecté de son trône après dix ans de règne. Un de moins, mais aussi un de plus. Eh oui, nul doute qu'Alassane Ouattara – le grand vainqueur de cette lutte pour le pouvoir qui a ensanglanté la Côté d'Ivoire depuis décembre 2010 – est lui aussi un triste sire. Comme Gbagbo en son temps, il est le nouvel Ivoirien prodigue du capitalisme occidental, celui par qui les États européens et américains feront de juteux profits en Côte d'Ivoire. Pour le peuple, rien ne changera, si ce n'est le nom de son oppresseur. La misère, la violence d'État et la corruption seront toujours au rendez-vous quotidien, pas de doute à avoir. Et c'est d'autant plus certain que le gouvernement que doit mettre en place Ouattara dans les jours à venir va très probablement ressembler à une salade composée dans laquelle on trouvera un peu de tout, y compris des têtes de l'ancien régime. L'hypocrisie va régner en Maître, main dans la main avec l'opportunisme. Et nous en voulons pour preuve ce Guillaume Soro, ancien Premier ministre de Gbagbo qui s'est rangé du côté de Ouattara lors de la dernière bataille, sans doute conscient que le camp du vainqueur était celui-ci et non plus l'autre (les États occidentaux ont suffisamment montré lequel ils avaient choisi de soutenir). Alors, forcément, ce grand opportuniste devant l'Éternel ne pourra être mis à l'écart du pouvoir, même si son CV chez les si honnis Gbagbo et Cie est bien fourni. Outre ce gaillard, Ouattara devra aussi composer – du moins récompenser copieusement – avec les chefs des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI, sous le commandement du colonel Patrice Kouassi) qui ont, elles aussi, largement contribué à lui dégager l'accès à la présidence. Bref, comme d'habitude, c'est la même histoire qui se répète. Et qui continuera de se répéter tant que nous n'aurons pas enfin compris qu'il faut se débarrasser, une bonne fois pour toutes, de tous nos chefs d'État.
L'article du Monde libertaire
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|   Au-delà du nucléaireLe monde libertaire n°1632 (21-27 avril 2011)
Alors que le taux d'iode radioactif mesuré dans l'eau de mer proche de la centrale atteignait plus de 4 000 fois la norme, le bilan très lourd de la catastrophe qui s'est produite au Japon suscitait une forte émotion, et en même temps fournissait l'image tragique de l'homme incapable de contrôler sa propre création. Les faits qui se sont produits ne sont pas tout à fait dus au hasard. Ni à une force démoniaque ni à un dieu vengeur. Le Japon a sciemment construit 54 réacteurs nucléaires dans l'une des zones les plus sismiques de la planète, devenant ainsi le troisième producteur d'énergie nucléaire au monde, après les États-Unis et la France, malgré le rejet par une large majorité de la population et un puissant mouvement antinucléaire qui avait multiplié les mises en garde. Vanité, aveuglement, guerre économique : les nucléocrates japonais ont fait comme si les risques n'existaient pas. Les centrales nucléaires étaient évidemment surdimensionnées par rapport au risque sismique. La sagesse populaire dit qu'à jouer avec le feu, on finit par se brûler. À se conduire comme des apprentis sorciers, on finit par mettre en péril des milliers (des millions ?) de vies humaines. Or le scénario du pire – hautement improbable, bien entendu – s'est bel et bien produit. Et dans un pays de haute technologie, le simple approvisionnement en eau et en alimentation peut être sérieusement perturbé. « À moins que des mesures radicales ne soient prises pour réduire la vulnérabilité des centrales aux tremblements de terre, le Japon pourrait vivre une vraie catastrophe nucléaire dans un futur proche. » C'est l'avertissement que donnait en 2007 le sismologue Katsuhiko, professeur à l'université de Kobe. Il faisait partie du comité d'experts chargé d'établir les normes sismiques des centrales nucléaires japonaises. Il en avait démissionné pour protester contre la position du comité, estimant que les recommandations fixées par celui-ci étaient beaucoup trop laxistes. Aujourd'hui, après avoir un peu lourdement rendu hommage au courage exceptionnel des Japonais, certains sont en proie au doute. Le modèle de l'atome pourrait être déstabilisé, et des projets repoussés à une date indéterminée (aux États-Unis, les parlementaires demandent un moratoire sur le nucléaire). Rien n'est cependant sûr parce que le système capitaliste utilisera tous les moyens à sa disposition pour se perpétuer. En tout cas, malgré quelques psychorigides à la Sarko, le débat s'en trouve relancé. Après Three Mile Island en 1979 et Tchernobyl en 1986, la catastrophe nucléaire est à nouveau devenue une réalité. Et Fukushima rime désormais avec Hiroshima. Der Spiegel titrait le 14 mars : « Fukushima, 12 mars 2011, 15 h 36 : fin de l'ère atomique ». Le pronostic est sans doute un peu risqué mais certains, après en avoir accusé d'autres de jouer avec la peur, de se vautrer dans le catastrophisme, vont devoir admettre que tout ce qui est techniquement réalisable n'est pas nécessairement émancipateur pour l'homme, et que l'application des techniques comporte des failles loin d'être négligeables. Et si c'était le capitalisme industriel qui nous ramenait à la bougie ! Plus que jamais, la revendication doit être la sortie du nucléaire. En France, où, depuis les décisions du gouvernement Messmer en 1972, seuls les « barons de l'atome » ont pu largement s'exprimer. Et ailleurs (alors que le nucléaire ne couvre qu'environ 2 % de la consommation mondiale d'énergie). En sachant que plusieurs États veulent réduire leur dépendance aux énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) et aux pays qui les produisent, que le nucléaire est considéré – à tort, bien entendu – comme une énergie non polluante, utile dans la lutte contre le changement climatique, et qu'il représente un énorme marché mondial estimé à 750 milliards d'euros. Et on sait qu'une bonne raison d'État est inversement proportionnelle au bon état de la raison.
La suite de l'article : Au-delà du nucléaire |
| |   Côte d'Ivoire : et maintenant ?Le monde libertaire n°1632 (21-27 avril 2011)
Donc la démocratie a triomphé. Le président élu est au pouvoir, l'autre, membre si longtemps de l'Internationale socialiste, est dans les oubliettes. Circulez, il n'y a plus rien à voir ! Est-ce bien certain ? S'il y a eu dans cette tragédie vécue par la population un combat de guignols sanguinolents, il reste que les enjeux en arrière de cette scène d'ombre sont eux encore là et bien là.
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| |   Ignorance ou complaisance ? Encore quelques vérités sur l'écologismeLe monde libertaire n°1632 (21-27 avril 2011)
Dans ce texte, Philippe Pelletier évoque un précédent article du Monde libertaire (p. 18-19), « L'utopie ou la nécropole », par François Roux, commentant positivement un ouvrage du philosophe écologiste Lewis Mumford, La Cité à travers l'histoire, et revenant brièvement sur les influences de Mumford, parmi lesquelles Henri David Thoreau. On laissera le lecteur attentif décider si F. Roux fit preuve d'ignorance ou de complaisance… La rédaction
La réédition de l'important livre de Lewis Mumford, La Cité à travers l'histoire, a fourni le prétexte d'écrire, dans un numéro récent du Monde libertaire, quelques contrevérités sur l'écologisme qu'il importe de rectifier 1. En effet, le séisme, le tsunami et les accidents nucléaires au Japon charrient déjà leur dose d'analyses contradictoires sur un sujet suffisamment crucial pour qu'il ne soit pas nécessaire d'ajouter de la confusion.
Thoreau n'est pas l'inventeur de l'écologie
Contrairement à ce que beaucoup ont affirmé et cru pendant longtemps, David Henry Thoreau (1817-1862) n'est pas l'inventeur du mot « écologie ». Celui-ci n'apparaissant que dans une seule missive de sa volumineuse correspondance, il semblait étonnant que Thoreau, qui a beaucoup écrit sur la nature, ne l'ait pas davantage utilisé. Il s'agit en fait d'une mauvaise écriture de sa part sur une de ses lettres manuscrites (1850) et ensuite d'une mauvaise lecture de la part de son éditeur ultérieur, Walter Harding. Pressé de questions par un botaniste, Harding a finalement reconnu qu'il s'était trompé et que, à la place du « E », il fallait lire « G », pour Geology (Géologie) 2. Qu'importe pour les écologistes à la recherche de totems, la fable s'est répandue et court encore. Quant à Thoreau lui-même, il s'agit d'un personnage complexe. Son combat contre l'esclavagisme et son traité sur la désobéissance civile (1849) sont éminemment salutaires. Cela n'en fait pas pour autant un anarchiste, même si certains courants libertaires américains se sont intéressés à sa pensée. D'ailleurs, Thoreau a régulièrement fait le choix, jusqu'à la fin de sa vie, de la voie électoraliste. Combiné à ses aventures dans les bois et à son adhésion à la philosophie mystique du transcendantalisme de Ralph Waldo Emerson, cela en fait plutôt un précurseur de l'écologisme, avec toutes les précautions qu'un tel anachronisme induit. Sa tactique de désobéissance civile est valable aussi bien pour les anarchistes que pour d'autres, comme le mouvement non-violent qui se reconnaît en lui, ou même pour tout bon démocrate passionné de justice.
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| |   Les nouvelles rébellions américaines s'inspirent du monde arabeLe monde libertaire n°1632 (21-27 avril 2011)
Inspirés par le soulèvement massif du peuple égyptien, plus de 100 000 travailleurs se sont rassemblés à Madison, capitale de l'État du Wisconsin (États-Unis) pour contester les « réformes » radicales proposées par le nouveau gouverneur républicain Scott Walker. Véritable attaque en règle contre la Middle Class (les travailleurs), il s'agit de licencier 21 000 employés, d'amputer le budget de l'éducation, de brader les eaux et forêts au premier venu, d'annuler les acquis sociaux portant notamment sur la santé et la retraite, et d'abroger de fait le droit syndical du secteur public. Tout cela bien sûr pour combler une « dette » publique plutôt fictive. Attaque surprise, d'ailleurs : Walker s'était fait élire comme républicain « modéré », ayant évincé le candidat du Tea-Party (réseau d'extrême droite) dans les primaires.
Le Capitole occupé
La riposte populaire a été aussi immédiate qu'imprévue. Le Capitole, siège du gouvernement, est investi pendant quatorze jours par des centaines et parfois des milliers de contestataires – enseignants, employés des services sociaux syndiqués – et leurs alliés : jeunes, étudiants, retraités – avec l'appui officiel et volontaire des syndicats solidaires des policiers, pompiers, ambulanciers dont le statut n'étant pas remis en question. D'ailleurs le chef de la police de la capitale a refusé d'exécuter l'ordre du gouverneur d'évacuer les occupants, arguant qu'une intervention dans une manifestation publique pacifique prêterait à des violences qui pourraient inutilement mettre en danger ses agents ! Une solidarité inouïe qui rappelle le passage au peuple des éléments des forces de l'ordre en Tunisie et en Égypte. Comme sur la place Tahir au Caire, cette occupation entièrement pacifique se développe en foyer de démocratie populaire, bouillonnant d'idées et d'initiatives. Pour se ravitailler, elle a fait la fortune des pizzerias de la capitale mais des sympathisants de partout préparent et envoient des vivres. Les liens entre militants de différents mouvements, entre jeunes et vieux, syndiqués et simples citoyens se nouent spontanément ; de nouveaux militants se forment, apprennent à organiser des conférences de presse, à publier des bulletins, etc. Des réseaux de résistance se tissent qui perdureront et qui seront prêts à continuer la lutte, quelle que soit l'issue de cette crise. Comme disent les Égyptiens après Tahir : les choses ne pourront jamais être les mêmes.
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| |   Ravin Bleu et RayaLe monde libertaire n°1632 (21-27 avril 2011)
Tirant tête hors du trou, qu'entends-je ? C'est le printemps, ça bourgeonne sec, éclosent les candidatures à l'élection présidentielle, au rythme d'une par demi-heure. Hollande, Montebourg, Royal et une Aubry à venir, une ! Mélenchon, la Le Pen bien évidemment, puis le quarté perdant De Villepin-Borloo-Morin-Bayrou, pas encore déclarés mais c'est comme si c'était fait, qui encore ? Joly, Hulot, Sarko : n'en jetez plus, l'urne est pleine. « Au moins ça fera marcher un peu les imprimeries », lâche Michel Ravin Bleu – Ravin Bleu est son nom indien –, imprimeur auquel tu dois, lecteur impénitent, de tenir entre tes menottes ton Monde libertaire de la semaine. Ravin Bleu est blagueur : aucun programme électoral ni profession de foi ne furent jamais crachés par les machines infernales qui éructent dans les sous-sols de son imprimerie-maison. Pas même celles de Hulot ? Pas même. « Ensemble, décidons du monde que nous voulons dans les champs du possible ! » a lancé Hulot, sous amphét'. Chouette slogan, blindé d'entrain, qui pourrait être repris par n'importe qui, Le Pen y compris. « Depuis trente-cinq ans, je parcours le monde et je l'ai vu changer », argua ensuite l'ushuaïste sponsorisé par Rhône-Poulenc. Certes, le monde a changé, mais Hulot est resté le même. Trente-cinq ans de ballades en hélico pour rien. « L'urgence et le devoir nous obligent à changer de cap », ose l'animateur télé. Comme d'accoutumée, l'urgence serait non la révolution, mais de donner le change lors d'élections dont on sait qu'elles ne changeront rien sur le fond. Pour autant, comme s'approche en bringue 2012, le cru sera bon pour l'autruche. Aucune restriction d'aucune sorte n'est à prévoir en termes d'énormités, de balivernes et autres coquecigrues prononcées par le personnel politique de service. Exemple type : De Villepin, qui feint de se tâter l'occiput, pas encore candidat mais qui pond, comme sous lui, son « programme pour la France » : il faut « une révolution de la dignité dans ce pays ». Bigre. Gare aux gros mots. Pour le reste ? « Viendra le temps de l'élection. Ce temps n'est pas venu. Les Français ne sont pas au stade de la sélection des joueurs pour le match, donc respectons ce temps. » On confirme : nous ne sommes pas au stade, et même, Domi, on va te dire, c'est pas demain que tu vas nous voir le cul assis dans tes gradins. On sait le match joué d'avance, cependant si ça t'amuse de faire ton Domenech de base on n'ira pas t'en empêcher. Mais pour ce qui est de participer au pitoyable tournoi de foot dans les isoloirs de misère, que l'Hexagone aille se faire foutre, et ne comptez pas sur moi, du tout. Tandis que ces rigolos se préparent à la suprême magistrature – je porte la raie à droite où à gauche, dis ? –, l'armée française continue de quadriller son monde, sort de son trou Gbagbo, au profit de l'ultralibéral Ouattara. Les contrats jutent sur la table, maintenant que les armes se sont tuent c'est aux stylos de parler. Mont-Blanc ici et Mont-Blanc là, Abidjan, Lybie, mêmes combats. Il commence à se dire que ça aurait gravement barbouzé, l'année dernière, à Paris Tripoli Yamoussoukro et bien avant que les kalach'ne se mettent à cracher. On aura l'occasion, ces prochaines années, d'y revenir cent fois. Pour l'heure, holà, dernière minute : la réforme de la garde à vue serait applicable dès ce soir, vendredi 15 avril ! Une brigade d'avocats se tiendrait prêt à venir, dès maintenant, vous assister chers camarades placés en GAV ! Or, dans les commissariats de la République de mes fesses rien n'est prêt pour les accueillir, les condés étant remontés contre une réforme abhorrée, qui ne leur laisserait plus secouer comme ils le faisaient les gardés, alors hey les copains, copines, c'est l'heure, c'est le moment ! Sortons de chez nous par centaines insulter la flicaille, pisser sur les bottes gendarmées, taguons les murs, brûlons les caisses, laissons-nous embarquer et : exigeons un avocat ! On va leur mettre la raya !
Frédo Ladrisse
L'article du Monde libertaire
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|   Rimbaud l'inachevableLe monde libertaire n°1632 (21-27 avril 2011) Rimbaud l'inachevable Pister l'homme aux semelles de vent n'est pas une mince affaire. C'est pourtant le défi que s'est imposé Patrick Schindler. D'autres, avant lui, s'y sont frottés, qui furent légion, si bien qu'on dénombre aujourd'hui pas moins d'un millier de biographies consacrées à Arthur Rimbaud, et plus du double d'analyses. Malgré cet essaim scrutateur, le mystère Rimbaud reste entier. Patrick Schindler le sait, et nous prévient d'emblée qu'on ne trouvera, dans ses pages, nulle révélation tapageuse, qu'on n'y apprendra pas si, au petit déjeuner, Arthur se beurrait la tartine. Non. C'est un roman policier, plutôt qu'un roman de police que nous offre l'auteur. Cela se lit en une traite ou deux, et c'est sans lâcher le bouquin qu'on vagabonde avec plaisir aux côtés de l'Arthur, éternel fugueur. Schindler, bien qu'à ses trousses, sait de long temps que le poète, fuyard halluciné, lui échappera toujours. Il ne s'en attaque pas moins, avec un optimisme qui, personnellement, me cloue, à Rimbaud l'inachevé.
La suite de l'article : Rimbaud l'inachevable |
| |   Sans-logis volontaireLe monde libertaire n°1632 (21-27 avril 2011)
« J'ai quitté l'appartement à 5 h 30, glissant une enveloppe avec les clefs sous la porte du gérant. » On lit rarement avec autant de précision comment quelqu'un devient SDF. Ou, en américain, homeless, un mot moins euphémistique que le vilain acronyme français. Albert Vandenburg, homeless, est deux fois marginal : parmi les logés, il est un sans-logis. Et parmi les sans-logis, il est un internaute. Deux écrivains ont frôlé la clochardise ; George Orwell, qui a écrit Dans la dèche à Paris et à Londres et Jean-Luc Porquet, qui s'est sciemment mis dans la situation d'un sans-logis pendant plusieurs mois et en a tiré La Débine. Mais on connaît peu de sans-logis véritables, c'est-à-dire permanents, qui tiennent un journal de leur vie et le publient sur Internet. À 57 ans, excédé de l'esclavage salarié, excédé de perdre sa vie à la gagner, excédé de ne travailler que pour pouvoir continuer à travailler, Albert Vandenburg abandonne son logement en octobre 1997. Certes, il est plus simple de choisir cette vie à Hawaii, où l'on ne risque pas de mourir de froid. Mais Vandenburg décide aussi de faire le Diogène parce que les loyers sont trop élevés à Hawaii (où ne le sont-ils pas, à présent ?) et les salaires trop bas. Pour seul revenu, au début, Albert la Panthère (son pseudonyme sur Internet) a 100 dollars (75 euros) par mois : un chèque de préretraite. Aux États-Unis, ce sont les employeurs qui paient l'essentiel des retraites. Ils n'y sont pas contraints. S'ils font faillite, personne ne les remplace. Berluskozy et Laurence Parisot en rêvent la nuit. Lorsqu'en juin 2002, il atteindra enfin l'âge de la retraite, il touche 650 dollars, 450 euros par mois, de la Sécurité sociale. L'hébergement indépendant le moins cher d'Honolulu, le YMCA, coûte 140 dollars par semaine, 560 dollars par mois. Albert ne prendra donc pas de logement personnel comme il l'espérait. Paradoxalement, il apprit d'abord à s'alléger. À qui n'a pas de moyen de transport, ni de lieu de stockage, tout poids devient vite désagréable. Il découvrit la chasse aux échantillons gratuits de savon, de shampoing… Il découvrit les magasins qui vendent des vêtements d'occasion à un dollar, moins chers qu'une laverie automatique. Car quand on dort dehors, les vêtements s'usent vite. Il faut absolument des vêtements propres car ce sont eux qui séparent les sans-logis des clochards, qui permettent d'entrer sur le campus de l'Université et de s'asseoir devant un ordinateur. L'ordinateur signifie garder des contacts avec les logés, conserver des liens avec des gens qui vous estiment, qui ne vous considèrent pas au mieux comme digne de pitié, au pis comme un déchet, voire comme un danger. C'est aussi conserver un désir indirect : car le blog d'Albert Vandenburg est classé en salles ; le grenier, la bibliothèque, la cave, le salon… Maryse Mapsat, sociologue, après avoir lu son blog, a écrit Le monde d'Albert la Panthère, éditions Bréal. Lorsqu'elle lui demande par courriel ce qu'il a d'ordinaire dans son sac à dos, Albert répond, non sans la surnommer Notre-Dame des Questions : « la bâche [en plastique dans laquelle il s'enroule pour dormir au sec], un sweatshirt et des chaussettes pour la nuit. Un livre de poche ou deux. La radio, le rasoir rechargeable, une brosse à dents et du dentifrice, mes dents en plastique que j'utilise rarement, un assortiment de stylos, un ouvre-bouteilles, des briquets, un sac en plastique contenant des documents prétendument essentiels (mon acte de naissance, un passeport périmé, mes états de service dans l'armée et le bazar de la Sécurité sociale). Des tubes d'aspirine, de vitamines et de Paxil. Un petit couteau suisse. Des lunettes de lecture. En ce moment il y a encore de la vodka mais c'est inhabituel, et deux ou trois barres vitaminées. » Il apprit l'autre géographie de la ville, celle de la nourriture rejetée : par exemple, le meilleur mois de l'année est celui juste avant les examens universitaires, parce qu'alors les étudiants nerveux commandent trop de nourriture, ne la finissent pas, et oublient plus souvent leur monnaie dans les distributeurs automatiques. À lui les fermetures de restaurant, à lui les incursions dans les self-services à la recherche des plateaux pas finis qui ont échappé à l'œil des vigiles. « Il m'est aussi venu à l'esprit que le suicide n'a pas de sens parce que je suis probablement déjà mort, un preta, un fantôme affamé et que ceci est l'enfer, parcourir la terre en quête de nourriture et de satisfaction, ne la trouvant jamais, toujours avec un besoin inassouvi. Une bouteille de bière et un pain pour déjeuner et quelques minutes de contentement et ensuite il est temps de chercher le dîner. Deux paquets de cigarettes qui partent en fumée et il est temps d'en chercher davantage. » Il apprit les bonheurs de la liberté complète, pouvoir se baigner dans l'océan quand on en a envie, pouvoir faire l'amour avec un beau garçon (Albert Vandenburg est homosexuel) quand on en a envie. Il en découvrit un coût, après deux ans. Ne rien faire d'utile aux autres, se sentir inutile, dispensable, comme on dit en anglais, est pesant. « Et est aussi très irritante cette insistance constante sur soi-même que cette vie sur la route semble encourager. L'esprit tourne à pleine vitesse, libéré des soucis des personnes logées et sans la diversion constantes des jouets et des jeux électroniques, mais dans ces pensées il y a un tel bavardage intérieur sans but qu'il finit par en être extrêmement ennuyeux et décourageant. » Quand, lassé des sauts de puce chaque nuit, il se résigne, après trois ans, à dormir dans un centre d'hébergement (beaucoup moins violent et apparemment plus propre que ses équivalents français), il découvre ce que de plus en plus de petits-bourgeois et de bourgeois découvriront à mesure que le libéralisme les appauvrira : le vrai luxe n'est pas dans les objets, il est dans l'espace. Les riches ont l'espace, les pauvres ont la foule. Les riches peuvent décider quand et où entrer en contact avec les autres, les pauvres, les très pauvres n'ont jamais d'intimité, jamais le choix de s'éloigner de la présence d'autrui. Pour les sans-logis, le terrible Panopticon de Bentham, la prison où tous les prisonniers sont tout le temps visibles, existe déjà : il s'agit de la totalité de l'espace public, le seul où ils vivent. Au centre d'hébergement, pour éviter l'injection d'héroïne, les toilettes n'ont pas de portes.
Le journal d'Albert Vandenburg est disponible sur www.lava.net/~panther/tale.html
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|   Solidarité internationale Le monde libertaire n°1632 (21-27 avril 2011)
Nous tenons à remercier toutes les personnes qui ont apporté leur soutien aux anarchistes russes de Barnaoul. Grâce à elles, nous allons pouvoir leur envoyer plus de 1 000 euros. Nous ferons prochainement un bilan de l'utilisation de cet argent. De la même manière, nous remercions tous ceux et toutes celles qui ont apporté leur soutien aux anarchistes belarusses lors de la tournée que nous avons organisée avec les groupes de l'ABC (Anarchist Black Cross). Notre solidarité financière s'est aussi manifestée par nos compagnons espagnols. Nous avons soutenu leur journal, Tierra y Libertad, à hauteur de 150 euros. Nous avons également apporté notre soutien aux Anarchistes contre le mur (AATW en Israël) à hauteur de 200 euros. Nous sommes régulièrement sollicités pour apporter notre soutien moral, pour apporter notre aide matérielle, financière. Nous continuerons donc à lancer des souscriptions mais nous comptons aussi ouvrir une souscription permanente et faire le point régulièrement sur l'avancée des actions de solidarité. Secrétariat aux relations internationales
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|   Va donc, eh, charnière (petit gond) !Le monde libertaire n°1632 (21-27 avril 2011)
Le président Tsarkozy vient d'impliquer notre pays dans des conflits extérieurs, sans consulter le Parlement et même, dans le cas de la Libye, alors que le ministre des Affaires étrangères n'était pas au parfum. C'est comme pour notre retour dans l'Otan et notre implication accrue en Afghanistan ou notre rôle de gardien des mers contre les pirates somaliens. Comme d'hab, il a décidé tout seul dans la précipitation et l'improvisation pour faire un coup médiatique et pour compenser ses déboires intérieurs. C'est la tactique de tout pouvoir controversé que de se lancer dans une diversion guerrière pour faire oublier ses manques intérieurs et racoler tous les patriotards au nom de « l'union sacrée ». Rappelons-nous Bush II en tenue d'aviateur après les attentats du 11 septembre ; cela lui a valu un deuxième mandat présidentiel. En Libye, notre conducator suprême a avalisé la représentativité d'une sorte de « coordination » d'opposants à Kadhafi, dont personne ne sait la vraie nature, les objectifs ou les accointances. Il s'est lancé dans des opérations aériennes de destruction des armes et des avions dudit Kadhafi sans savoir quoi que ce soit des autres moyens terrestres du tyran libyen et de ses soutiens. Du coup, passées les victoires du début, ça patine sec sur le terrain et nous voilà mis dans une situation de guerre civile de longue durée. Gnafron 1er ne sait rien de l'attitude profonde des régimes arabes, largement marqués par le nationalisme, l'anticolonialisme et le despotisme, et craignant sans doute d'être débarqués par leur peuple avec l'appui occidental. L'offensive occidentale peut fort bien donner des idées aux pays encore calmes ; elle peut aussi contribuer à détériorer l'image des Occidentaux qui, apparemment, interviennent surtout quand ça sent le pétrole et quand l'ennemi potentiel n'est pas trop puissant. C'est pourquoi les autres pays ont laissé le va-t-en-guerre français prendre la tête de l'offensive et commencent à renâcler devant l'enlisement actuel des opérations sur le terrain. Itou en Côte d'Ivoire où l'opération Licorne finit par déboucher sur une intervention anti-Gbagbo au nom de la neutralité de la France dans le conflit de légitimité ivoirien. Notre nouveau cow-boy et maréchal Marlborough s'en va-t-en guerre tout le temps. Il ne peut pas exister sans ennemi ; il vit de susciter des conflits et des divisions. Il ne cesse d'opposer les différentes parties de la population les unes aux autres. Les vieux contre les jeunes, les riches contre tous les autres, les classes moyennes contre les exclus et autres « assistés », les Français de souche contre les immigrés de deuxième génération ; ces derniers contre les clandestins et nouvellement arrivés, les laïcards contre les musulmans, les fonctionnaires contre les employés du privé, etc. Il a besoin d'ennemis et ne conçoit les relations à l'autre que comme distinction entre l'ami et l'ennemi ; qui n'est pas avec lui est contre lui ; l'étranger, le musulman sont pour lui un ennemi potentiel venant sans doute lui rappeler qu'il n'est qu'un Français de deuxième génération, qui plus est pouvant descendre des Huns (d'où son amitié pour Attali, anagramme d'Attila). Raskoltignac en est resté à la figure du même, comme lui, et alors ami du Un, de l'identité contre la diversité, la pluralité, le différent (pas le différend, qu'il adore) qu'il ressent comme porteurs d'incertitude, de complexité et d'opposition à ses volitions de grandeur. Il ranime la politique de Metternich, celle de l'équilibre des grandes puissances contre le reste du monde pas encore assez entré dans l'histoire. Il est pour un multilatéralisme limité aux amis de la même prétendue civilisation ; il ne veut pas d'un internationalisme plurilatéral qui lui enlèverait le beau rôle de figure de proue de l'Occident. D'où les palinodies de sa politique étrangère qui mélange l'oxydant et la mêmeté identitaire. C'est une ruse archaïque de la politique : créer un objet de discorde qui permet de faire autre chose ni vu ni connu pendant que les autres se battent dans la cour de récréation, ce qui permet aussi d'arriver ensuite en sauveur et conciliateur au-dessus de la mêlée. Mais c'est aussi une constante de la personnalité de notre ubuesque président : narcissisme et mégalomanie sont les deux mamelles de son ego et les deux poutres de son Lego de gestion des affaires du monde. C'est pourquoi la crise survenue en septembre 2008 (quoique décelable dès fin 2006) lui a procuré de nouveaux chevaux de bataille, de nouveaux moulins à vent qu'il va attaquer tel Don de Chiotte. Mais le dur ciné de la politique politicarde du toboggan a remplacé Dulcinée du Toboso. Voilà Zébulon 1er investi d'une nouvelle mission de chevalier qui lave plus blanc. Muni d'une rapière trop grande pour lui et d'un vieux tromblon à tirer dans les coins, il va terrasser le dragon de la finance et l'hydre du libéralisme qu'il avait auparavant goulument tétés. Il va plier l'Union européenne à sa volonté réformatrice ; il va mener le bal au G 20 pour mettre de l'ordre dans la dérégulation mondiale. Du moins, c'est ce qu'il affiche, même s'il ne le pense pas forcément. Car il sait très bien que son pouvoir est très minime dans le concert international ; il sait qu'il n'obtiendra rien de sérieux tant les intérêts des puissances sont antinomiques. Le but réel de la manœuvre est de montrer à l'électorat français qu'il prend à cœur ses craintes vis-à-vis de la mondialisation et de la finance. Et, avec machiavélisme, il pourra alors reporter la responsabilité de l'échec sur ses petits copains du G 20, Obama en tête. Rien de bien nouveau comme tactique politicarde : cela fait trente ans que les différents gouvernements français prennent l'Europe ou le monde comme les instruments responsables de leur inefficacité, et surtout de leurs abandons de souveraineté et du modèle social mis en place en 1945. Il y a cependant des guerres que Naboléon IV ne sait pas ou ne veut pas mener. Celles contre la pauvreté, l'exclusion, le chômage, la stagnation du pouvoir d'achat pour tous (en moyenne) et sa baisse pour beaucoup. C'est du reste ce qui explique avant tout la montée de la Marine car les laissés pour compte se rebiffent puisqu'ils ont observé qu'avec les socialos et les libéraux, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. C'est pourquoi notre nouveau La Palisse, qui un quart d'heure avant sa mort était encore en vie, fait comme le coyote de Tex Avery : il ne se rend compte qu'il tombe de la falaise qu'après être au-dessus du vide et il répète à chaque moment de sa descente : « Jusqu'ici tout va bien.
Jacques Langlois
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1631Le monde libertaire n°1631 (14-20 avril 2011) Riposte laïque, organisation hyper-républicaine dissimulant un discours profondément xénophobe et raciste derrière le voile (sic) de la laïcité, s'est associée à deux autres groupuscules nauséabonds (le Bloc identitaire et Résistance républicaine) le temps d'une conférence de presse sur le débat gouvernemental autour de l'islam et de la laïcité, où la haine de l'étranger s'est exprimée avec ferveur. Riposte laïque ne fait encore que confirmer sa posture politique, le camp dans lequel elle se trouve : celui de la réaction, dans ce qu'elle a de plus extrême, à savoir l'extrême droite. Ces trois guignols, derrière un discours qui se veut non conformiste, font, en réalité, pleinement le jeu du pouvoir. Dans le sillage turbide de l'UMP, ils stigmatisent à qui mieux mieux l'immigration, favorisant l'émergence – si ce n'est l'enracinement – d'un climat xénophobe, entre autre destiné à noyer la lutte des classes, en pointant l'étranger comme principal responsable du problème social. Si l'islam, comme n'importe quelle autre religion, est une entité à combattre au nom de l'émancipation individuelle et collective, nous autres anarchistes n'entreront pas dans les logiques de l'État en mettant en avant la critique d'une religion au détriment des autres. Ce n'est pas les musulmans en tant que tels qui doivent être combattus, mais les valeurs qu'ils portent quand ils se réclament d'une religion qui, à l'instar du christianisme, du judaïsme, etc., est une insulte à l'intelligence et un dérivatif fatal à la nécessaire lutte des classes.
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|   Alerte à la lepénoactivitéLe monde libertaire n°1631 (14-20 avril 2011)
Les crépitations de notre compteur Geiger-Führer Lundi 4 avril, une conférence de presse a réuni trois groupuscules fangeux : Bloc identitaire (BI), Riposte laïque (RL), Résistance républicaine (RR). Il s'agissait de statuer sur la place des musulmans en France : « Il est possible de résoudre tous nos problèmes avec quelques mesures simples et de bon sens pour les musulmans, comme celles qui ont déjà été utilisées sous Napoléon pour que les juifs puissent devenir des citoyens français à part entière. » Sus aux mahométans, tel était le mot d'ordre de cette conjugaison des imbéciles. Pris entre le marteau UMP et l'enclume FN, il faut bien, pour exister, abattre des cartes prétendument inédites. Alors s'associent dans le même projet de bouter le musulman hors de France : le BI, excroissance national-beaufiste revendiquant un combat contre le « discours jacobin ultrarépublicain » dans lequel « la notion de citoyenneté républicaine désincarnée – et sans relation avec la filiation – est en opposition totale avec [sa] vision de l'identité charnelle et enracinée », précisant qu'« au concept de « France des lumières », [ils opposent] celui de la terre et des morts de Barrès 1 » ; RL et RR, revendiquant au contraire un républicanisme jusqu'au-boutiste – « Je suis une folle de 1789, de la République, des Lumières », explique Christine Tasin 2, la présidente de RR (compagne du président de RL, Pierre Cassen), autrefois passée par le souverainisme de Chevènement. Tous trois forment des diverticules 3 grotesques de ce « con-glomérat » insensé que sécrète une certaine France : un nationalisme qui se veut à la fois républicain, issu des Lumières (revendication première – et usurpation ultime – de RR) et barrésien ; un antilibéralisme pour mieux faire accroire (RR encore, BI également) qu'il y va de la survie de la classe ouvrière 4 ; un culte de l'apéro saucisson-pinard (moins classe que celui de l'Être suprême…) ; une haine des immigrés non européens, vus comme des envahisseurs, des voleurs d'emplois français ; une obnubilation fanatique quant à l'islam, qui serait non « pas seulement une religion, mais un projet politico-religieux totalitaire 5 » ; etc. Tasin évoque ses accointances avec le FN de Marine Le Pen : « Son discours n'est pas xénophobe mais républicain et laïque. Il me semble le plus proche des valeurs que je porte. Quand elle dit, « stop à l'immigration », c'est du réalisme politique 6. » Elle a d'ailleurs écrit à Bernard Thibault, en défense de ce syndicaliste CGT qui s'est présenté sur une liste FN aux cantonales de mars. Elle l'admoneste ainsi sur son blog, au nom de la charte d'Amiens : « Une foule de cégétistes appuyée par des gauchistes et des sans-papiers (dont on se demande quelle est leur légitimité à manifester, eux qui osent défier les lois et la police), a hurlé sa haine et son intolérance, au passage de Fabien Engelmann. Ce dernier a été insulté, menacé physiquement, par une foule haineuse qui lui crachait dessus. Quelle terrible image pour votre organisation syndicale, qui se réclame des valeurs émancipatrices de la classe ouvrière, et prétend lutter contre le fascisme ! […] Osez dire que Fabien Engelmann ne défend pas mieux que vous les travailleurs français ET immigrés en s'opposant par son engagement politique à la venue d'une main-d'œuvre illégale qui fait baisser les salaires et monter le chômage des travailleurs. » Tout cela se passe de commentaires, en notant tout de même qu'Engelmann est membre de RR… On appelle « oxymore » l'association de deux termes incompatibles (l'eau sèche, par exemple) ; on appelle « chimère » un monstre d'aspect composite. Tout cela relève de l'oxymore et du chimérique, mais tout cela fonctionne néanmoins, car le contexte idéologique actuel permet cette prospérité. Face aux chimères que sont les religions, d'autres chimères : des groupuscules aux paroles incantatoires (république, peuple, nation…), où le bicot a cédé la place au barbu, où le national-libéral se pare des vertus de l'anticapitalisme, où la saucisse et la Morteau ont remplacé la faucille et le marteau, où le péril arabe est perçu à chaque coin de rue. En un mot : la F(rance). Religion, nein danke Il faut être clair : la critique d'une seule religion est l'indice éloquent du travestissement d'un racisme pas encore totalement assumé. En revanche, la critique de toutes les religions est une nécessité, un combat vital. Aussi, face à ces confusions délibérément entretenues, cette lutte contre toutes les Églises et sectes ne doit pourtant pas s'estomper. La religion, ce pouvoir et cet instrument du pouvoir (pouvoir d'humains sur des humains, via le pouvoir d'une vue de l'esprit : une entité transcendante), ne peut rester indemne de nos plus sévères réprobations, dans le droit fil du plus essentiel pilier de la révolution anthropologique portée par le mouvement anarchiste : Ni dieu ni maître.
1. Manifeste du Bloc identitaire sur son site. 2. Liberation.fr, 2 mars 2011. 3. En anatomie, cavité normale ou pathologique communiquant avec un organe creux. 4. Au point que des syndicalistes, des syndiqués, s'y laissent prendre. Voir dans le présent Monde libertaire l'article de J.-P. Anselme. 5. Or les religions, notamment les trois monothéismes, ne sont rien d'autre que des projets à visée totalitaire. 6. Liberation.fr, 2 mars 2011.
Marc Silberstein
L'article du Monde libertaire
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|   Les militants CGT face au FN et à eux-mêmesLe monde libertaire n°1631 (14-20 avril 2011)
Y a-t-il le feu au lac ? Fabien Engelmann (CGT) et Daniel Durand-Decaudin (CFDT) en Moselle, Annie Lemaheu (FO) dans le Nord, et Franck Pech (Sud) en Haute-Garonne, à ce jour, ils ne sont que quatre militants syndicalistes, sur des dizaines de milliers, à avoir bravé les foudres de leurs confédérations en se portant candidats pour le Front national aux élections cantonales. Quatre de trop, quatre qui font tache et qui ont bénéficié d'une publicité médiatique à faire rêver une présidente du FN. Laquelle n'a pas loupé l'occasion de monter les enchères en annonçant la tenue d'une conférence de presse devant le siège de la CGT, à l'occasion de la convocation de Fabien Engelmann par sa fédération, ultime étape avant son exclusion quasi certaine le 6 avril. Une provocation délibérée à laquelle la confédération CGT a répondu par un comité d'accueil de quelques centaines de militants. L'occasion d'aller sentir la température parmi eux, du côté de ces cadres du premier syndicat hexagonal, pour la plupart délégués syndicaux ou permanents. Ce lundi 28 mars après-midi, lendemain d'élections où le brun fut en vedette, le soleil brille et il fait chaud à l'entrée et dans la cour du siège de la CGT à Montreuil ; les drapeaux rouges du syndicat claquent au vent, les militants badgés papotent entre eux et l'ambiance serait presque bon enfant s'il n'y avait de l'électricité dans l'air. Comité d'accueil devant le siège de la CGT. Une tension qui va se libérer en boulets de canon à l'arrivée du « facho » : « Fabien dégage ! », « Fabien dégage ! », « Dégage ! », « FN hors de la CGT ! », « À bas, à bas le FN ! », avec au final : « Travailleurs français, immigrés, même patron, même combat ! » Au-delà de cette démonstration de force et de détermination, que pensent des militants syndicaux aguerris de la montée du Front national, la perçoivent-ils parmi les salariés, sont-ils inquiets ? Chômeur et ouvrier du livre, Nicolas se réfugie dans le déni : « J'y crois pas ! C'est une manipulation des médias, c'est fait pour nous faire peur. » Et de citer, comme pour se rassurer, un sondage récent indiquant que les sympathisants des syndicats ont moins tendance à voter FN que la moyenne nationale. Bruno, cheminot en bureau d'études à la gare du Nord et délégué CGT, explique que les thèses du FN ont assez peu de prise dans une entreprise comme la SNCF, mais il convient que « dans certaines banlieues, il peut y avoir un sentiment d'exaspération ». Alain, délégué CGT chez Thalès, dit ne rien ressentir au travail mais autour de lui, « sur les marchés, en distribuant des tracts, en rencontrant des personnes qui disent des choses qui ne se disaient pas avant. Elles s'autorisent des réflexions racistes, elles regrettent qu'il y ait “trop d'étrangers”, elles disent qu'“on est plus chez nous”, du Guéant au quotidien ». « Ça irait mieux avec le FN ! » Un constat approuvé très personnellement par Lloyd, jeune étudiant en psychologie, militant de la Jeunesse communiste, Guadeloupéen depuis peu en métropole qui parle du racisme au quotidien et se souvient de cette vieille dame à qui il demandait son chemin et qui s'est mise à crier au voleur ! Christine, « quasi permanente » à l'union locale CGT du xxe arrondissement à Paris, ne « voit, elle aussi, rien dans son travail » mais reconnaît une progression des idées du FN parmi les salariés en général, « puisqu'il essaye de faire croire qu'il a un programme social ». Un phénomène « anecdotique parmi les syndiqués mais très certainement palpable parmi les salariés », confirment Antoine, libraire à Paris, et Monique, déléguée syndicale à France Télécom. Alors, un fantasme créé et alimenté par les médias, cette « pénétration des idées du FN parmi les salariés » ? Manifestement, cela dépend d'où l'on est dans le salariat. Ainsi, Arnaud, délégué syndical central CGT de Manpower, n'y va pas par quatre chemins : « En toute franchise, oui, on ne peut pas le nier, on le sent, on le voit dans les discussions, “Ça iraitmieux avec le FN !”, ça se dit, ça y va. Par exemple, on a des combats très forts pour les sans-papiers et beaucoup de salariés considèrent que le combat n'est pas là, le truc c'est de préserver “nos emplois”, c'est le “communautarisme”, les gens reprennent les thèses de Le Pen sans réfléchir ! » « Ces idées-là, elles sont de plus en plus dans la classe ouvrière et ça, c'est mortel pour nous », s'alarme Philippe, mécanicien, délégué CGT à Citroën Aulnay. Josiane, déléguée syndicale CGT à DHL, redoute les « procédés des militants du FN qui infiltrent les syndicats et ne se déclarent qu'ensuite ». « Y a une course de vitesse entre l'extrême gauche d'un côté et la montée du FN de l'autre », théorise Gérard, du Syndicat national des chercheurs scientifiques, membre du bureau national de la FSU. Michel, au bureau confédéral de la CGT, ne cache pas que son organisation est « énormément inquiète », mais il se rassure en constatant « qu'il y a un phénomène de barrage au FN pour une majorité d'électeurs ». Si les thèses de l'extrême droite progressent de façon angoissante parmi les salariés, les causes de ce glissement progressif sonnent comme des évidences pour les militants CGT.
Les causes sociales
« C'est dû au problème des conditions de vie en France qui se dégradent considérablement, c'est la première des choses. » (Philippe) ; « Les gens en ont raz le bol de ce qui se passe dans la société au niveau social, c'est une régression totale. » (Monique) ; « Il y a un rapport de proportionnalité immédiat entre le chômage et le taux engrangé par l'extrême droite » (Antoine) ; « La porte du problème, c'est le travail, alors on rejette la pierre sur l'étranger qui vient soi-disant prendre le travail. » (Josiane) ; « On n'a pas de boulot, on sait pas l'avenir. » (Arnaud). Curieusement, de la part de militants syndicaux qui y sont quotidiennement confrontés, le mot « précarité » manque à l'appel. Un signe inconscient de désarroi et d'impuissance devant la gangrène qui ronge les bases sociales du syndicalisme ?
Les causes politiques
Si la politique d'extrême droite de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement comme de la droite en général est unanimement fustigée, la gauche, et précisément le Parti socialiste, accusé de toujours décevoir, ne sont pas épargnés. « Le problème, il est là, scande Philippe, il y a une dégradation politique en France depuis les années quatre-vingt, les gens votaient à gauche pour un programme bien particulier et ceux qui étaient au pouvoir n'ont pas appliqué ce programme-là. » Alors, déplore Bruno, « c'est clair que les gens se disent : “On a essayé le PS, on a essayé l'UMP et c'est un peu la même chose, alors pourquoi pas le FN” ; les gens qui sont au chômage depuis des années, ils n'ont plus rien à perdre ! » « Les partis politiques de droite ou de gauche sont mis dans le même sac, tout le monde nous parle de l'affaire Bettencourt, les cigares… », conclut Patrick, récent retraité, auparavant délégué CGT au CIC.
Les causes médiatiques
Ainsi résumées par Arnaud : « On a tellement d'attaques médiatiques ; t'allumes la télé et t'entends parler que de ça (Marine Le Pen, le FN…), on en parle tout le temps, ça ancre en fait les gens dedans et ils finissent par y croire alors qu'il y a danger derrière ! » Au final, se dessine le tableau peu réjouissant de salariés de plus en plus sensibles aux sirènes de l'extrême droite. Comment sortir de cette spirale perverse ? Comment redonner espoir au salariat ? Les solutions ? Les cégétistes connaissent leurs classiques : dénoncer « l'imposture sociale » du FN et en même temps lutter pour l'unité et la solidarité entre tous les travailleurs, mener le combat sur les salaires, l'emploi… Et quand on évoque la « défaite » récente sur les retraites, le sang des militants ne fait qu'un tour : exprimant le point de vue de ses camarades, Christine s'indigne, car si ce fut effectivement « une défaite parce que la réforme est passée, au niveau de l'opinion c'est pas une défaite quand on réussit à mettre quelques millions de salariés dans la rue ! » « Il faut voir les choses en positif ! », insiste Michel, membre du bureau confédéral. Enfin, comme le résume Bruno : « Il faudrait qu'il y ait une vraie gauche, claire et nette, qui ne ménage pas la chèvre et le chou, une force suffisamment radicale qui fasse un vrai programme de gauche et non pas une version humaniste du programme de l'UMP. Une force qui dise que ce système-là on n'en veut pas, une force qui s'oppose au libéralisme, voire même au capitalisme. » Fabien Engelmann, le militant CGT candidat du FN. Le bruit médiatique autour de quelques cas isolés de syndicalistes s'affichant au FN ne doit pas faire illusion. Il n'y a pas pour l'heure vraiment péril en la demeure. De même que l'UMP et le PS monopolisent le devant de la scène grâce à un système électoral sur mesure, les confédérations syndicales sont protégées par une loi sur la représentativité (actualisée le 20 août 2008) qui écarte les intrus. Et si, le 20 mars, 24 % des ouvriers ont voté pour les candidats d'extrême droite (32 % pour le PS), seuls 9 % des salariés s'estimant proches d'un syndicat ont voté pour le FN au premier tour des cantonales, selon Harris Interactive pour Liaisons sociales. Un taux variant de 15 % pour les proches de FO à 8 % pour la CFDT et la CGC, 6 % pour la CGT, et 3 % pour Sud Solidaires. Patrick Buisson, un fasciste conseiller de Nicolas Sarkozy. De quoi rabaisser le caquet d'un FN qui claironne avec tambours et trompettes sa volonté de créer des organisations syndicales catégorielles défendant la préférence nationale. Sans doute y a-t-il plus à craindre de l'annonce par le parti d'extrême droite, le 10 mars, de la création d'un Cercle national de défense des travailleurs syndiqués (CNDTS) destiné à pratiquer l'entrisme dans les syndicats. Le danger principal, à court terme tout au moins, est plutôt, comme l'expriment les militants cégétistes dans cet article, qu'un nombre toujours plus grand de salariés, chaque jour un peu plus en souffrance, désespérés et déboussolés, reprennent à leur compte des idées xénophobes qui creusent leur tombeau social. Des dirigeants sur la défensive. La déclaration commune de la CGT, la CFDT, la FSU, Solidaires et l'Unsa, le 17 mars, visant à mettre en garde les salariés contre les tentatives d'intrusion du FN, est bien, si l'on peut dire le « minimum syndical ». En face, il y a un parti qui, dans la plus pure tradition fasciste, est capable de tenir un discours de gauche, voire d'extrême gauche. Telle Marine Le Pen qui fustigeait récemment des organisations syndicales « spécialisées dans la trahison des intérêts des travailleurs français. Courroies de transmission de l'idéologie ultralibérale et de la folie européiste, celles-ci cautionnent l'abandon des travailleurs français en les livrant à la concurrence des pays à bas coût de main-d'œuvre. Le jeu de dupes des syndicats a assez duré ». Où sont les idées ? En vérité, ce que l'influence grandissante du FN révèle c'est la misère idéologique du syndicalisme français. « Partenaires sociaux » d'une concertation bidon dont les salariés paient le prix fort depuis trente ans, emprisonnées dans un système représentatif aussi injuste que soporifique, les confédérations syndicales se réveillent soudain en sursaut parce que le diable tambourine à leurs portes. Sans nerfs, elles paient, en adhérents et en influence, avec en plus maintenant le péril fasciste, leur soumission historique aux partis politiques, hier le Parti communiste dont la CGT fut la courroie de transmission, aujourd'hui le Parti socialiste dont l'actuelle figure emblématique est le patron du FMI. De la tutelle intellectuelle de feu les staliniens à la remorque d'un ectoplasme soumis aux marchés financiers, on n'apprend pas à penser par soi-même. Manifestation du 1er mai pour la réduction du temps de travail. Significativement, la réduction du temps de travail a disparu des discours syndicaux. L'objectif qui mobilisait le syndicalisme révolutionnaire, incarné en France par la CGT du début du vingtième siècle, dans sa volonté farouche de soustraire les salariés à la narcose et à la détresse du travail dénoncées en son temps par Pierre Naville, a purement et simplement disparu. Il s'agissait alors de se battre pour que les travailleurs aient toujours plus de temps libre afin d'être en mesure de construire leur autonomie, condition d'un nouvel imaginaire social, prélude à l'abolition du salariat et à la révolution sociale.
Jean-Pierre Anselme
L'article du Monde libertaire
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|   L'anarchie, vite !Le monde libertaire n°1631 (14-20 avril 2011)
Il en est de la statistique comme du reste, c'est une science avec un objet, des outils, des résultats, et donc un champ de pertinence. L'objet, c'est la « variable aléatoire » au sens mathématique, les outils, ce sont des règles mathématiques démontrées dans un certain cadre, les résultats, ils se formulent d'une manière précise : compte tenu de telles données (dont la première est l'importance de l'échantillon), il y a x % de chance que la variable aléatoire « A » soit comprise entre telle valeur et telle valeur. La compréhension dépend en outre des caractéristiques comme l'écart-type, le biais, etc. L'application de la statistique aux opinions, et tout particulièrement aux opinions politiques, fait s'écarter beaucoup de la rigueur initiale. Les fameux sondages qui aboutissent à dire « x % des Français pensent que » sont à prendre avec des pincettes tellement grosses qu'il s'agit plutôt de pinces à bûches ! Avec toutes ces limites, un sondage récent relatif à la course pour les présidentielles 1 est toutefois intéressant pour la tendance qu'il suggère, plus que pour les résultats eux-mêmes.
Un fossé en forme de douve
Tout d'abord, il montre un décalage entre la politique de la peur menée par les gouvernements sous l'aiguillon réel ou orchestré du F Haine, et les priorités des sondés. Car l'insécurité et l'immigration ne sont jugées des priorités que pour 17 % et 13 % des sondés, alors que le chômdu et le pouvoir d'achat le seraient pour 48 % et 44 % d'entre eux. L'autre pan de la politique de droite classique, à savoir la casse des institutions de socialisation, n'est pas plus plébiscité : 17 % des sondés seulement estiment que la maîtrise des dépenses concernant les retraites et l'assurance-maladie (lire : la casse de la Sécu) est une priorité. La logique redistributive (et non socialisatrice) se retrouve enfin dans le résultat de 25 % des sondés qui estiment que l'aide aux catégories sociales les plus défavorisées doit être une priorité. De cette première salve, on peut déduire ce que l'on savait : le gouvernement, en démocratie représentative, n'est pas du tout l'expression de la volonté collective, pas même d'une majorité. On voit aussi, malheureusement, que les catégories de pensée keynésienne (pouvoir d'achat, économie redistributive), qui dépendent de l'État, obstruent toujours la vision des sondeurs, donc des sondés (car les sondages restent un outil du pouvoir bien sûr).
C'est même plus Act Up qui le dit !
La seconde partie du sondage est plus rare, puisqu'elle consistait à recueillir l'avis des sondés sur la compatibilité des programmes politiques. À la question « selon vous, les programmes politiques de l'UMP et du Front national sont… », 16 % répondent « pratiquement semblables », 38 % « différents sur certains points peu nombreux », 25 % « très différents sur la plupart des points » et 14 % « totalement incompatibles » (reste 7 % de prudents qui ne se prononcent pas tant que la course n'est pas terminée !). On se souvient de l'affiche d'Act Up en 2007, qui a valu un procès : « Votez Le Pen » avec la figure de Sarkozy. Et bien 54 % des sondés partagent cette vision aujourd'hui. Mais Act Up n'avait fait le boulot qu'à moitié, car à la même question entre le programme de l'UMP et celui du PS, 16 % répondent « pratiquement semblables », 37 % « différents sur certains points peu nombreux », 27 % « très différents sur la plupart des points » et 14 % « totalement incompatibles » (et 6 % de parieurs d'après- course !). Soit 53 % des sondés qui estiment qu'UMP et PS ne se distinguent pas de manière dirimante ; et, par transitivité, que PS et F Haine non plus. Amis d'Act Up, il va falloir plusieurs versions de l'affiche en 2012, avec toutes les combinaisons possibles entre « Votez Untel » et la figure d'un des deux autres. Rien de nouveau. C'est la lepénisation des esprits dénoncée depuis longtemps, mais sans la cohérence terrifiante du discours du F Haine. Car si l'on en juge par les résultats du sondage, son fonds de commerce de l'insécurité et de l'immigration devrait lui valoir la même fracture avec l'opinion que l'UMP (et le PS). En fait, l'UMP (ou le PS) se servent de ces thèmes simplement pour asseoir leur pouvoir via le contrôle social, mais laissent voir leur véritable objectif, la domination de la seule classe sociale véritablement homogène et constituée comme telle : la haute bourgeoisie. Le F Haine, lui, combine avec succès un discours sur le chômage, le pouvoir d'achat ou une « non-attaque » des institutions de socialisation 2 (en phase avec les sondés), et son fonds de commerce propre de l'insécurité et de l'immigration (pourtant très minoritaire chez les sondés) qui sert de facteur origine.
Le désarroi du votard
À la question, « souhaiteriez-vous qu'il y ait un jour une alliance électorale, au niveau national, entre l'UMP et le Front national ? », 19 % des sondés répondent « oui », 75 % « non », et toujours 6 % qui attendent prudemment le résultat des élections pour parler ! Voilà l'ultime incohérence : au-delà des pro-F Haine (les 19 % de oui ?), les sondés s'accrochent malgré tout aux étiquettes pour maintenir à leurs yeux une espèce de morale électorale, alors qu'ils font le constat de l'équivalence des programmes politiques. On sent là tout le désarroi du votard, qui développe des trésors de déni pour croire encore à une transformation de la société par les élections, en « démocrature ». Il faut donc travailler à l'avènement d'un autre modèle de démocratie sociale, qui dépasse enfin le stade de la démocratie parlementaire représentative, et qui puisse être partagé et porté massivement par les populations. C'est bien notre tâche à nous, anarchistes.
Léa Gallopavo, groupe Louise-Michel de la Fédération anarchiste
1. Sondage CSA/20 Minutes/BFMTV/RMC, selon la méthode des quotas, réalisé par téléphone les 28 et 29 mars auprès d'un échantillon national représentatif de 1 004 personnes, résidant en France, âgées de 18 ans et plus, et inscrites sur les listes électorales. 2. Le F Haine n'est pas vraiment le défenseur de la Sécu. Mais le fait est que les Le Pen père & fille n'ont pas un discours de casse de la Sécu, comme la droite classique, et le PS aujourd'hui. Simplement, ce seraient ces salauds d'étrangers qui viendraient se faire soigner à l'œil et la mettraient à mal…
L'article du Monde libertaire
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1630Le monde libertaire n°1630 (7-13 avril 2011)
Le 26 mars dernier, à Londres, lors d'une manifestation d'ampleur contre la politique d'austérité proposée et bientôt imposée par le gouvernement anglais, un Black Bloc de plus de 600 personnes a remporté une belle victoire sur la flicaille en traversant un de ses barrages pour montrer aux richards et aux politicards du quartier Mayfair qu'ils ne pourront échapper indéfiniment à la vindicte populaire ! Même le responsable de la sécurité de la capitale britannique a avoué le succès de cette ambitieuse entreprise. Bon, si, dans l'immédiat, pareille petite victoire fait toujours plaisir, reste à s'interroger sur la portée et l'impact politique de ce genre d'action : quel message ? Quelle force de proposition ? C'est une réflexion que nous propose, dans les colonnes de ce numéro du Monde libertaire, Ian Bone, un vieil anarchiste anglais qui a suivi cette manifestation et, le temps de le perdre de vue, le Black Bloc. De son côté, Mohamed nous fait un petit topo sur l'actualité tunisienne : qu'est devenu le pays après la chute de Ben Ali ? Quels espoirs ? Quelles désillusions ? Quels enjeux ? Et, comme ça pète un peu partout sur notre beau globe tout rond, on ira aussi faire un tour du côté de la place centrale de Mexico où les travailleurs du LFC se sont installés pour protester contre la privatisation de leur entreprise. À côté de cette actualité des luttes internationales qui, sur certains aspects, est porteuse d'espoirs et pourrait promettre des lendemains qui chantent, on a aussi celle des saloperies politico-étatiques. Notamment en matière de xénophobie où, une fois encore, la France et l'Italie sont sur le devant de la scène : l'une pour la montée fulgurante de son principal parti d'extrême droite, l'autre pour les traitements honteux qu'elle inflige aux immigrés. Alors, en cet anniversaire des 140 ans d'une révolution qui a, le temps de sa courte existence, montré qu'une autre société, plus libre et plus respectueuse de tout un chacun, était possible, il est plus que jamais temps de se saisir des outils à notre disposition pour construire le futur et combattre le présent.
L'article du Monde libertaire
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1629Le monde libertaire n°1629 (31 mars-6 avril 2011)
Entre les tsunamis, les catastrophes nucléaires, les explosions de révolte dans les pays arabes et la montée du Front national aux élections cantonales, il y a des sujets qui passent à la trappe et tombent dans l'oubli, sans doute parce que moins sensationnels, peut-être aussi moins « spectaculaires ». Les horreurs qui se déroulent actuellement en Côte d'Ivoire font partie des événements touchés par cet oubli médiatique. Et pourtant, la situation est critique, révoltante. Depuis les élections du 31 octobre 2010 – qui, par trucage, avaient renouvelé le mandat de l'immonde Laurent Gbagbo – ce qui ressemble de plus en plus à une guerre civile fait rage en Côte d'Ivoire entre les pro-Gbagbo et les pro-Ouattara (son opposant pendant la campagne électorale). Depuis la mi-décembre, on compte déjà plus de 300 morts. À Abidjan, désormais, les forces de sécurité (sic) tirent à balles réelles sur les foules de manifestants réclamant le départ immédiat du président illégitime. Sur place, certains journalistes disent même avoir vu des tirs d'obus atteindre les cortèges des anti-Gbagbo. De leur côté, les pro-Ouattara, qui n'entendent pas se laisser massacrer, n'hésitent pas, pour certains, à résister avec violence aux forces de l'ordre et aux milices pro-Gbagbo. C'est donc une mini guerre civile qui se joue à nouveau en Côte d'Ivoire, avec, comme à l'accoutumée, son lot d'atrocités : tirs sur des civils, enlèvements dans les hôpitaux, égorgements, etc. Conséquence inévitable de cette tragédie, un million de personnes se seraient déplacées à l'intérieur du pays pour fuir les harcèlements, les exactions et autres représailles. Des quartiers entiers d'Abidjan, la capitale, seraient désormais quasiment vides, leurs habitants les ayant désertés pour se réfugier dans des villages voisins dans l'espoir d'y trouver un peu de sécurité, loin des autorités et des milices des fidèles de Gbagbo. Si ce tableau est déjà bien sinistre, il est fort probable qu'il le soit encore davantage mais, la presse étant muselée, les informations circulent mal et peinent à sortir du pays. Si, parmi les heureux lecteurs du Monde libertaire, certains ont des contacts sur place, nous sommes preneurs. En attendant, nous ne pouvons qu'être les tristes spectateurs de la violence du pouvoir et de ses luttes.
L'article du Monde libertaire
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|   Arrêt immédiat du nucléaireLe monde libertaire n°1629 (31 mars-6 avril 2011)
Depuis la spoliation par Areva de ressources naturelles dont les habitants de pays comme le Niger ne tirent aucun bien-être jusqu'à la répression policière des actions contre les trains de déchets, en passant par la culture du secret qui avait fait s'arrêter le nuage de Tchernobyl à la frontière de l'État français, le nucléaire illustre de façon sinistre les relations incestueuses entre capital et État. Comme si les conséquences du séisme qui vient de causer la mort de dizaines de milliers de personnes au Japon ne suffisaient pas, l'horreur nucléaire vient se surajouter à la désolation. Comme leurs homologues après les catastrophes de Three Mile Island, de Tchernobyl, les autorités japonaises ont choisi de minimiser l'importance du danger, sacrifiant ainsi aux intérêts présents du lobby nucléaire la santé des générations futures. Combien d'autres événements du même ordre devront-ils se reproduire pour que cessent les mensonges ? Combien de cancers de la thyroïde tueront-ils les irradiés de mars 2011, et ceux qui les suivront ? Combien d'hectares de terres agricoles seront-ils contaminés pour des milliers d'années ? Combien de personnes devra-t-on déplacer, combien d'autres, trop pauvres, mourront-elles à petit feu sur place ? Ainsi, les populations japonaises expérimentent les deux faces de la nocivité de l'énergie atomique : le traumatisme causé par le nucléaire militaire américain à la fin de la Seconde Guerre mondiale égale en horreur celui des conséquences prévisibles de l'accident de la centrale civile de Fukushima. Pour la Fédération anarchiste, le nucléaire génère des sociétés fondées sur l'autoritarisme policier et dessaisit les populations du libre choix de leur mode de vie, de leur façon de produire et d'utiliser l'énergie. Les Japonais y sont hostiles, tout comme une immense majorité des opinions publiques mondiales, il est donc plus que temps que s'étende à l'échelle globale la lutte contre les apprentis sorciers qui imposent l'atome à ceux qui n'en veulent pas. Les problèmes énergétiques ne peuvent se résoudre que par la disparition du système économique qui les engendre, qui fait que certains gaspillent l'énergie alors que d'autres en manquent cruellement. Seule une révolution sociale peut faire disparaître Areva et ses protecteurs étatiques, seule une révolution sociale peut créer les conditions d'une utilisation autogérée plus rationnelle et plus sobre des ressources naturelles. La Fédération anarchiste continuera à œuvrer en ce sens.
Fédération anarchiste
L'article du Monde libertaire
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|   Révolution populaire, interventions militaires, quels enjeux ?Le monde libertaire n°1629 (31 mars-6 avril 2011)
De part et d'autre de notre monde, tremblements de terre et tsunamis remplissent nos écrans. Qu'ils soient géologiques ou sociaux, nous sommes bien forcés de reconnaître qu'ils sont plus semblables, dans leurs conséquences, qu'il n'y parait. Le 17 décembre 2010, en Tunisie, un stupide incident policier, comme il y en a eu tant de l'autre côté de la Méditerranée, déclenche un tsunami social qui va de pays en pays, sans sembler s'arrêter. Pourquoi l'acte désespéré de Mohamed Bouazizi a-t-il eu cette conséquence ? Il est un peu tôt pour envisager une réponse solide. Après la vague qui emporta Ben Ali, il y eut celle qui eut raison de Moubarak, puis il y eut des frémissements en Arabie Saoudite, plus forts au Yémen, et dans les Émirats comme en Palestine et maintenant en Syrie. Devant ce raz de marée, un homme se leva et dit : « Pas de ça chez moi ! » et, fidèle à sa folie, commença à faire tuer ceux qui osaient vouloir vivre sans lui. Utilisant l'argent que lui versent les pays et les trusts friands de son pétrole, ainsi que les armes que les mêmes lui vendent, heureux qu'ils sont de faire travailler leurs arsenaux et d'équilibrer leurs balances des paiements, ce « guide » a poussé le bouchon un peu trop loin. Utiliser ces armes contre sa propre population faisait de ses fournisseurs des complices. Trop étant trop, ils sont intervenus, ni trop tôt ni trop tard. Benghazi ne devait pas devenir un autre Sarajevo.
Un débat parmi des anarchistes
Gênés, nous bouchant le nez, nous cachant les yeux, nous avons poussé un soupir de soulagement au début de l'intervention militaire. Les héroïques insurgés libyens pouvaient envisager un autre futur que celui de cadavres. Parmi les anarchistes le débat s'est engagé. Foncièrement contre la guerre, viscéralement antimilitaristes, que pouvions-nous dire qui ait quelque chance d'être entendu ? Plusieurs thèses se sont exprimées, des réminiscences historiques se sont fait jour. En voici quelques extraits. Rick dit qu'il ne peut s'empêcher de « penser au positionnement de certains anarchistes comme, par exemple, Pierre Kropotkine lors de la Première Guerre mondiale, qui a soutenu ouvertement l'Union sacrée ». De son côté, Pierre rappelait qu'en 1936 la France et l'Angleterre avaient refusé d'intervenir directement dans la guerre d'Espagne et que l'on en connaissait les conséquences. La Libye de 2011 n'est certainement pas l'Espagne de 1936. Patrick, quant à lui, se demande, et c'est au cœur du sujet, s'« il faut soutenir des gens qui se révoltent sans savoir qui ils sont ». C'est donc le principe même de l'intervention qui est en question. C'est ce que Jean expose : « Le meilleur moyen de soutenir la révolution là-bas, c'est de la faire ici. […] Le meilleur soutien est de partir de nos oppressions réelles, c'est la lutte contre nos propres maîtres et exploiteurs. » Ce à quoi Guy lui répond : « Dire qu'il faut faire la révolution ici est bien gentil mais me paraît un aveuglement facile devant la réalité. » Et Agnès d'ajouter : « Condamner une intervention parce qu'elle est militaire quand il s'agit de pays arabes et regretter la non-intervention en 1936 parce qu'il s'agissait d'une guerre contre le fascisme où des nôtres étaient engagés me paraît inconséquent. » JV semble appuyer cette position quand il dit que « Kadhafi n'arrêtera que s'il est vraiment menacé ». Il nous faut reconnaître, avec humilité, que, de la même façon que nous n'avons rien vu venir du changement dans ces pays, nous n'avons aucun moyen de peser sur les événements, nous sommes si peu nombreux. Pour autant, nous pouvons en parler, et c'est ce que nous rappelle Daniel : « Il me parait judicieux d'abord de détricoter l'attitude occidentale à l'égard de Kadhafi, afin d'apporter un discours juste sur le fond et pour comprendre pourquoi Sarkozy a mis tellement de pression sur cette affaire. En décrédibilisant cette volte-face des Occidentaux à l'égard du maître de Tripoli, nous serons en mesure de gagner une bataille de l'opinion, étape nécessaire avant de s'engager sur un mouvement d'opposition à cette nouvelle guerre. » Ce que confirme, d'une certaine façon, Cath quand elle cite en exemple « le communiqué du groupe Salvador-Segui qui pointe le problème du néocolonialisme tangent chez les Sarkozy, Otan, etc., avec une dérive possible vers une occupation militaire, d'où l'importance, pour nous, d'être vigilants dans la suite de l'appui apporté à la révolution du peuple libyen ».
Pourquoi une telle intervention ?
Il importe de reprendre les termes de notre compagne Cath à ce propos sur le même site : « Il y a sûrement des intérêts qui ont décidé Sarko et ses comparses à intervenir dans ce conflit, alors qu'en Égypte et en Tunisie, ils minimisaient les forces du peuple, jusqu'à la veille des départs de Ben Ali et Moubarak. Est-ce le pétrole qui attire irrémédiablement les capitalistes en Libye ? Est-ce pour tenter d'étouffer les soulèvements dans d'autres pays du Moyen-Orient (Syrie, Bahrein, Palestine, Yémen) et du Maghreb (Maroc, Algérie) ? Peut-être pensent-ils qu'en intervenant en Libye, ils barreront la route à cette vague d'émancipation qui se dirige vers l'Est. » Il est incontestable que nous sommes en face d'une insurrection populaire. Il est aussi sûr que nous savions bien peu de choses sur la Libye, sur la structuration de cette société dont les experts disent qu'il s'agit d'un assemblage instable de tribus. Que sait-on d'une éventuelle dissolution des liens de fidélité tribale au sein des ensembles urbains ? Ce qui est aussi certain c'est que les puissances intervenantes sont passées à l'acte sous la pression conjointe des médias et de l'opinion publique. Ce qui traverse les pays arabes comme les pays européens, c'est l'idée, réelle pour les premiers, fantasmée pour les seconds, de révolution. Hormis les intérêts humanitaires, dont on sait qu'ils sont chers aux militaires et aux fabricants d'armes, préoccupés qu'ils sont par la nécessité de tuer avec précision et d'éviter autant que faire se peut les « dégâts collatéraux » tellement négatifs en termes de communications, il y a le rôle pour le moins trouble que joue Kadhafi dans la partie de l'Afrique qui est à ses portes. Il y a là, pour eux, un verrou à faire sauter. Les commentateurs rappellent jusqu'à plus soif l'attentat de Lockerbie. Ce faisant, ils oublient, ou feignent d'oublier, l'implication du « guide » libyen dans les conflits et l'insécurité régnant dans ces pays limitrophes que sont le Soudan, le Tchad et le Niger où se trouvent les mines d'uranium d'Anne Lauvergeon [Ndlr : présidente d'Areva]. Les proclamations de solidarité avec les insurgés libyens provenant de l'Aaqm (l'Al Quaida africain), ne doivent pas être prises comme argent comptant, tant les relations sont floues au sein de cette partie du Sahara. Un autre intérêt stratégique justifiant cette intervention est la nécessité de prendre le train en marche de ces révolutions arabes. Il ne faut pas que cette nouvelle aire de chalandise échappe à un monde occidental en perte de vitesse. La retenue de la neutralité chinoise et russe lors du vote à l'Onu, les critiques turques, l'opposition ouverte de l'Inde à l'intervention montrent bien que ce Moyen-Orient en plein bouleversement est aussi un marché à conquérir.
Comment c'est arrivé ?
Pour comprendre cela, il faut revenir un peu en arrière. Le monde arabe a profondément changé ces vingt dernières années sous le couvercle de régimes autoritaires. Nous n'avons rien vu venir. Il y a eu conjonction de plusieurs phénomènes, l'allongement de la durée de la vie, l'alphabétisation, la hausse du niveau de vie, relative mais continue, l'autonomie croissante des femmes donc la baisse de la fécondité, le tout couronné par la mondialisation s'exprimant essentiellement par l'accès aux moyens audiovisuels aussi bien qu'à internet. Il ne faut pas sous-estimer le rôle qu'ont pu jouer les chaînes de télévision Al Jazeera du Qatar, ou Al Arabia de l'Émirat de Dubaï, en amenant partout des images du monde entier et permettant ainsi de comparer des images de mondes bien différents de celui du téléspectateur, de faire entrer dans des intérieurs où l'homme domine des images de femmes journalistes, cassant ainsi les représentations traditionnelles. Puis vint internet et cette possibilité fascinante et toujours renouvelée de voir ailleurs et de faire voir en temps réel ce qui se passe chez vous et dans le monde. De cette façon est entré aussi dans les imaginaires le monde fabuleux de la consommation toujours renouvelée.
Peut-on penser ce qui va suivre ?
Les régimes autoritaires vont tenter de renforcer, surtout par la violence, le couvercle qui pèse sur leurs sujets. Pour éviter les bains de sang, il faudra que les armées choisissent leur camp. C'est ce qui s'est passé au Yémen. Si cela ne se passe pas en Syrie, il y aura là des bains de sang. Que fera alors la coalition internationale ? Mais il y a une grenade dégoupillée dans cette région du globe qui risque de bouleverser en profondeur le paysage politique. En Palestine, en Cisjordanie comme à Gaza, le tremblement de terre social est à l'œuvre. Mustafa Barghouti, un des responsables du mouvement non violent auquel collaborent les Anarchistes contre le mur, déclare : « Ce qui se passe en Tunisie, en Libye et en Égypte renforce les jeunes Palestiniens. Une fois qu'ils auront totalement assimilé ces événements, la résistance non violente prendra de l'essor, prédit-il. Ce sera un remake de la première Intifada mais avec des moyens non violents, et c'est ce qui libérera la Palestine. »
Pierre Sommermeyer
L'article du Monde libertaire
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|   Libye : pour la révolution, contre l'intervention militaireLe monde libertaire n°1629 (31 mars-6 avril 2011)
La Fédération anarchiste condamne l'intervention des forces aériennes britannique, états-unienne et française en Libye, sans pour autant soutenir la dictature de Kadhafi. Pour elle, l'attachement des belligérants à la liberté des libyens est en effet plus que suspect, il ressemble davantage à un souci très terre à terre de pouvoir continuer les affaires avec les successeurs de l'actuel régime, et de pouvoir se garantir l'approvisionnement en pétrole libyen en virant Kadhafi sans toucher aux autres dictatures pétrolières où la révolte gronde aussi mais où les potentats sont plus sûrs et/ou mieux contrôlés. Est-il besoin de rappeler que ceux qui ont vendu les armes dont se sont servis les miliciens du tyran libyen sont les mêmes que ceux qui font parler la poudre depuis le 19 mars 2011 ? Faut-il rappeler que la France, s'agissant de la révolution tunisienne offrait récemment ses services répressifs à Ben Ali ? Ce sont ceux qui se font passer pour des libérateurs qui ont contribué des années durant au maintien de Kadhafi au pouvoir, qui lui ont confié la gestion des flux migratoires en direction de l'Europe, ce dont il s'est acquitté avec zèle, qui ont d'autant plus commercé avec lui qu'il était devenu plus fréquentable après avoir renoncé à son programme nucléaire. Ce sont les mêmes qui, au prétexte de frapper l'ennemi, allongeront l'interminable liste des bavures militaires, pudiquement rebaptisées « dégâts collatéraux », les travailleurs libyens n'ont pas besoin d'eux ! Arrêt immédiat de l'intervention ! Solidarité internationale avec tous les révoltés !
Fédération anarchiste
L'article du Monde libertaire
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|   Suicides à l'éducation nationale : nouveaux dégâts de l'impasse salarialeLe monde libertaire n°1629 (31 mars-6 avril 2011)
Depuis ce début d'année 2011, plusieurs suicides et tentatives de suicide ont touché le personnel de l'éducation nationale. Dans la seule Normandie, on en compte pas moins de trois en l'espace de deux mois. Un instituteur de la région de Granville (Manche) et un enseignant du lycée Charles-Tellier de Condé-sur-Noireau (Calvados) ont, en effet, mis fin à leurs jours au mois de janvier et février. Du côté de Caen, c'est un technicien d'un lycée qui a également tenté de se suicider récemment, heureusement en vain. Dans la lettre qu'il a rédigée avant de passer à l'acte, Bruno Simon, l'enseignant du lycée Charles-Tellier, pointait du doigt l'éducation nationale comme en partie responsable de son geste : « Mon long passage dans l'éducation nationale n'a rien cassé (excepté moi). Mes colères n'ont rien changé, je n'ai plus de force. Alors, je pars. » Quant au technicien caennais, il disait avoir été poussé à bout par sa hiérarchie. Même s'il est fort probable qu'il y eut également des raisons personnelles à ces suicides et tentatives, il n'en reste pas moins que ces fonctionnaires ont clairement affirmé que leurs conditions de travail étaient loin d'y être étrangères. Et quand on voit la chute libre entamée depuis quelques années par l'éducation nationale, qui semble être de plus en plus soumise à des logiques de management libéral, on a aucun mal à le croire. À l'heure qu'il est, d'après un sondage cité dans l'Humanité, plus de 93 % des enseignants jugeraient leur métier « dévalorisé ». Cette dévalorisation de la profession ajoutée au stress quotidien (pression des parents d'élèves, problèmes avec la direction, etc.), aux suppressions massives de postes (16 000 prévues pour la rentrée 2011), aux demandes irrationnelles auxquelles sont obligées de se soumettre les enseignants sous peine de retenus sur salaire (évaluations des acquis des élèves, gestion du fichier base-élèves, etc.), aux politiques du résultats (motivées par des primes, versées notamment aux recteurs et proviseurs), à l'implacable mépris du ministère qui se refuse à reconnaître ces problèmes ou qui use de la langue de bois, tout cela témoigne d'une dégradation alarmante des conditions de travail au sein de l'éducation nationale. Dès lors, il n'est pas étonnant que le nombre de suicides chez les seuls enseignants atteigne les 39 cas par an. À vouloir gérer l'éducation comme une entreprise, on finit par obtenir les mêmes dégâts.
Guillaume Goutte
L'article du Monde libertaire
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|   À vos scanners et vos dicos !Le monde libertaire n°1628 (24-30 mars 2011)
Le Cats (Collectif anarchiste de traduction et de scannérisation) de Caen a été créé en janvier 2011. Nous nous proposons de traduire en français des textes écrits en anglais ou en espagnol, de scannériser des vieux textes français imprimés qu'on ne peut pas trouver sur internet parce que personne ne les a numérisés et de réaliser des sous-titrages de documentaires militants. Nous privilégions les textes traitant de sujets, évènements, théories, organisations peu connus en France. Traduire des textes traitant de choses sur lesquelles il existe une abondante littérature francophone n'est pas notre priorité. Nous précisons que nous ne traduisons pas seulement des textes anars mais aussi des textes qui nous semblent intéressants d'un point de vue anar et subversif : textes communistes de conseils, situs, féministes, etc. Le Cats regroupe principalement des militants et sympathisants anarchistes, mais pas uniquement. Des personnes qui ne sont pas anars ont décidé de nous aider à réaliser des traductions et nous nous réjouissons de leur participation. Le Cats est évidemment indépendant de tout parti, syndicat ou institution. Son fonctionnement est autogéré au cours de réunions collectives apériodiques. Les traductions, sous-titrages, scannérisations réalisés sont mis à disposition en téléchargement libre sur le site du collectif : http://ablogm.com/cats/ Ces textes sont librement diffusables et reproductibles. On se contente de demander d'indiquer l'origine de la traduction, à savoir le nom et la localisation de notre collectif. Les débuts du Cats seront modestes, mais, avec le temps et les efforts de ses participants, nous espérons pouvoir traduire, diffuser et mettre en commun une quantité importante de textes. Nous concevons notre activité dans la longue durée. On peut nous contacter à l'adresse mail suivante : catscaen (arobase) voila.fr
L'article du Monde libertaire
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|   La Fédération anarchiste a fait des petitsLe monde libertaire n°1628 (24-30 mars 2011)
La Fédération anarchiste se développe en région parisienne et en province avec la création de deux nouveaux groupes et d'une nouvelle liaison. Le groupe parisien Cable Street Beat Strictly Antifascist fait référence à l'affrontement de Cable Street qui s'est déroulée le 4 octobre 1936 dans la banlieue de Londres et qui vit 100 000 manifestants antifascistes et anarchistes s'opposer avec succès aux 7 000 chemises noires de l'Union britannique des fascistes d'Osward Mosley, protégées par la police. Le groupe peut être joint par courriel à cable-street (arobase) federation-anarchiste.org ou bien à FA-RI, 145, rue Amelot, 75011 Paris. Le nouveau groupe de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) peut être joint par courriel à saint-ouen-93 (arobase) federation-anarchiste.org ou bien à FA-RI, 145, rue Amelot, 75011 Paris. Enfin, une nouvelle liaison de la Fédération anarchiste est présente à Auxerre, dans le département de l'Yonne, vous pouvez la joindre par courriel à auxerre (arobase) federation-anarchiste.org ou bien à FA-RI, 145, rue Amelot, 75011 Paris.
L'article du Monde libertaire
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|   Psychiatrie : surveiller et punirLe monde libertaire n°1628 (24-30 mars 2011)
Le gouvernement nous concocte encore en douce un nouveau projet de loi (ça faisait longtemps) sur l'hospitalisation sous contrainte. Une pratique qui est dénoncée par certains psychiatres comme trop sécuritaire et qui a déjà obtenu 10 000 signatures. Ce texte, intitulé « Droits et protection des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques et modalités de leur prise en charge », avait été initié fin 2008 par Nicolas Sarkozy, lorsque celui-ci s'était fendu d'un de ses fameux « effets de manches », après le meurtre à Grenoble d'un étudiant par un malade mental enfui de l'hôpital. Cette réforme, qui modifierait la loi de 1990, vise officiellement à « une meilleure prise en charge des malades et à assurer leur sécurité et celle des autres, ainsi qu'à respecter leurs droits fondamentaux ». Or, jusqu'à présent, seule une hospitalisation pouvait être décidée sous contrainte, le projet de loi rend possibles des « soins » ambulatoires sans consentement, mais plus grave, il permet également une admission en soins psychiatriques sans consentement en cas de « péril imminent pour la santé du malade, pour répondre aux problèmes pratiques posés par l'absence de tiers ». 70 000 personnes dans le collimateur ! Cette réforme concerne les quelque 70 000 personnes qui, chaque année, sont hospitalisées sous contrainte, soit à la demande d'un tiers (dit « HDT », 60 000 cas) ou d'office en cas d'atteinte « à la sûreté des personnes ou à l'ordre public » (dit « HO », 10 000 cas). Ce texte suscite donc les graves craintes du « Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire », qui a lancé une pétition obtenant 10 000 signatures de soignants, d'intellectuels dénonçant « un projet de loi où seul l'ordre public est pris en compte ». L'UMP pour sa part le trouve « ambitieux et protecteur des personnes ». Mais, les détracteurs de la réforme mettent en avant que cette dernière permet aussi de se conformer à la décision récente du Conseil constitutionnel, qui a censuré un article du Code de la santé publique permettant le maintien de l'hospitalisation sans consentement à la demande d'un tiers, sans l'intervention d'un magistrat au-delà de quinze jours. L'intervention du juge de la liberté et de la détention (JLD) est donc désormais prévue après ce délai, puis tous les six mois. Ce qui n'est pas sans inquiéter les magistrats. Dans un communiqué commun, l'Union syndicale des magistrats (USM) et plusieurs syndicats de psychiatres (Intersyndicale des psychiatres publics, Union syndicale de la psychiatrie…) dénoncent cette machine : « la logique sous-jacente est claire : aucune confiance n'est accordée aux juges, pas plus qu'aux médecins », protestent-ils, taxant le projet de loi de « rétrograde, injuste et inadapté ». En effet, l'intervention du juge, qui devra être mise en œuvre d'ici au 1er août, nécessitera une mobilisation très importante des équipes soignantes et des juridictions. Le texte supprime aussi les sorties d'essai et prévoit un dispositif renforcé pour les cas les plus sensibles (personnes déclarées irresponsables pénalement ou ayant séjourné dans une « unité pour malades difficiles »). Les syndicats de psychiatres craignent surtout l'instauration d'un « casier psychiatrique », ce dont se défend bec et ongles le porte-parole du dossier au gouvernement. On peut faire confiance à Big Brother !
Patrick Schindler
L'article du Monde libertaire
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1627Le monde libertaire n°1627 (17-23 mars 2011)
Le gouvernement n'y va plus de main morte avec les syndicalistes. Jeudi 10 mars, 800 policiers (dont des CRS) ont été mobilisés sur terre et mer pour dégager l'accès du port de Marseille, bloqué depuis mardi par les marins grévistes de la SNCM pour protester contre le rachat de leur compagnie par Véolia (rachat qui entraînerait la suppression de quatre navires, soit environ 1 000 marins). Pour soutenir ce dispositif policier déjà hallucinant, des commandos du GIPN ont même été mobilisés ! On se serait cru en état de siège. Évidemment, les militants cégétistes ne pouvaient pas faire long feu face à pareille force armée et le port a vite été évacué. Malgré l'absence de résistance violente, quinze syndicalistes ont été arrêtés et placés en garde-à-vue, puis finalement libérés dans l'après-midi. Le truc, c'est que la majorité du personnel portuaire (dockers, douanes, etc.), indignée par cette intervention démesurée, s'est foutue en grève pour 24 heures. Du coup, si les bateaux ont pu entrer dans le port et débarquer leurs passagers, les bagages et autres sont restés à bord : pas de grues, pas d'agents, rien pour les sortir de là. De son côté, le tribunal de grande instance de Bastia a décrété qu'une amende de 600 euros par heure serait donnée à chaque marin qui bloquerait à nouveau la « libre circulation des navires ». Plus de 800 flics, le GIPN et la menace d'amendes exorbitantes : on est là face à une criminalisation flagrante du syndicalisme de lutte, de celui qui ne s'englue pas dans la cogestion, qui ne baisse pas son froc devant le patronat et l'État mais qui, bien au contraire, n'hésite pas à utiliser le blocage ou le sabotage pour obtenir satisfaction. Une chose est sûre, compagnons marins, continuez le combat ! Vous êtes un exemple ! Les pouvoirs publics soutiennent quasi militairement la grosse Véolia qui rachète les plus petits qu'elle. La soutiendraient-ils dans ses activités « environnementales » ? Et celles de la pesante Areva, dont les spots de pub présentent le nucléaire comme une énergie « écologiquement vertueuse ». D'autant plus que la pire tare de ce mode de production de l'énergie a encore une fois fait parler d'elle : il s'agit bien sûr du risque qui pèse sur la population en cas d'accident nucléaire. Ce risque n'est pas nul et il n'est pas maîtrisé. Pour preuve, au Japon, lors du récent séisme, les murs de la centrale de Fukushima Daiichi se sont effondrés, le réacteur s'est emballé, des vapeurs radioactives ont été émises. Nous vivons dans un monde contrôlé en majeure partie par de grandes compagnies aux intérêts financiers croisés, qui bénéficient de l'appui policier des États et qui laissent planer sur les hommes et l'environnement des dangers incommensurables et irréversibles. Areva s'est même lancée dans le sponsoring de compétitions athlétiques, à l'instar de tant d'autres entreprises qui financent le Spectacle. Tous les ingrédients sont réunis pour que le monde de Rollerball devienne réalité.
L'article du Monde libertaire
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|   La santé en périlLe monde libertaire n°1627 (17-23 mars 2011)
Augmentation du forfait hospitalier pour palier la suppression de l'ISF
C'est encore par voie de décret très discret que le gouvernement vient de faire passer la franchise hospitalière de 18 à 24 euros. Soit une augmentation de 32 % soit, une économie de 500 millions pour la Sécu, sur le dos des patients. Il n'y a pas de petit profit ! Démarré avec le déremboursement de nombreux médicaments, la hausse du tarif des généralistes, la réduction des indemnités journalières, la restriction de la prise en charge des affections longue durée, (pour ne citer que les mesures les plus emblématiques), le désengagement de la Sécurité Sociale se poursuit avec l'augmentation du forfait hospitalier. Ce texte, publié le 23 février dernier sans aucune discussion préalable, fait passer la limite de déclenchement de la franchise hospitalière de 91 euros à 120 euros. Concrètement, jusqu'à présent, les patients devaient payer une franchise correspondant à 20 % de la facture, avec un montant maximum de 18,20 euros (20 % de 91 euros). Et la Sécu remboursait le reste. Désormais, le montant maximum est porté à 24 euros (20 % de 120 euros). Soit une augmentation de 32 % (+ 225 % depuis 2003) ! Bien sûr, le gouvernement met en avant que les mutuelles prendront en charge la différence, répercutant la douloureuse sur leurs assurés, mais ce sont encore ces derniers (pour ceux qui ont la chance d'avoir une mutuelle via leur boulot, ou individuelle) qui passeront à la caisse : entre 2001 et 2008, la cotisation moyenne est passée de 382 euros à 551 euros par personne, soit un bond de 44 %. Résultat : 5 millions de Français ne peuvent plus se payer de mutuelle et 9 millions se privent de soins pour raison financière. Mais, que les pauvres se rassurent : « c'est pour la bonne cause : ces économies permettront de financer la suppression de l'impôt sur la Fortune ! à la bonne santé des riches… Remise en question du droit de séjour pour soins des étrangers gravement malades Par ailleurs, un collectif d'associations* lance la campagne « Un mot, des morts » pour sauver le droit au séjour pour soins des étrangers gravement malades résidant en France. En effet, depuis 1998, un étranger gravement malade résidant en France est protégé contre toute mesure d'expulsion et peut obtenir une carte de séjour s'il ne bénéficie pas d'un « accès effectif » au traitement dans son pays d'origine. Ce dispositif actuel concerne 28 000 personnes, soit 0,8 % des étrangers vivant en France. Aujourd'hui, une partie des députés, soutenue par le gouvernement, veut remplacer cette notion d'« accès effectif » au traitement par celle de « disponibilité ». Ils prétendent qu'il s'agit d'une simple précision alors que cela remettrait fondamentalement en cause ce droit. En effet, ce n'est pas parce qu'un traitement est « disponible » dans un pays qu'il y est « accessible ». Ruptures de stocks, inexistence de couverture maladie, insuffisance de l'offre quantitative et qualitative de soins, prix prohibitifs des traitements ou encore manque de personnel soignant peuvent entraver l'accès effectif aux soins. Alors que le Sénat a rejeté l'amendement en première lecture, le gouvernement persiste et signe. S'il est retenu, ce texte forcera les étrangers à rester dans l'irrégularité, mettant leur santé en péril, avec un risque de recrudescence des maladies infectieuses telles que le VIH, les hépatites ou la tuberculose. Ces personnes vivront dans l'angoisse d'une expulsion, synonyme de condamnation à mort dans leur pays où elles ne pourront se soigner. Par ce seul mot inséré dans la loi, « indisponibilité », la vie de milliers de personnes sera mise en danger. Bienvenue en France !
* Par ordre alphabétique : Act up-Paris, Aides, Catred, Comede, Créteil-solidarite, Fasti, FTCR, LDH, MDM, MFPF, MSF, Raac-sida, Sidaction, Solidarité sida.
Patrick Schindler
L'article du Monde libertaire
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|   Sondages et course aux élections : le renouveau du FN, symbole de la faillite de la démocratie représentativeLe monde libertaire n°1627 (17-23 mars 2011)
Deux sondages de l'institut Harris Interactive publiés les 5 et 7 mars ont fait couler beaucoup d'encre et ont mobilisé nombre d'éditorialistes dans les différents médias. Selon ces enquêtes, avec 23 à 24 % d'intentions de vote, Marine Le Pen arriverait en tête du permier tour de l'élection présidentielle, devant Nicolas Sarkozy et l'un ou l'autre des probables candidats du Parti socialiste, Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry ou François Hollande. Quel que soit le candidat du PS, la candidate Front national conserverait la même réserve de voix. Cette percée du FN semble surprendre le petit monde des médias. Pourtant, depuis quelques temps, on en a vu des signes avant-coureurs : ici un militant CGT qui devient candidat FN aux cantonales, là un ancien du NPA qui rejoint le parti des le Pen, et partout des journaux qui s'accordent à dire que Marine serait plus fréquentable, plus politiquement correcte, moins sulfureuse et surtout moins dangereuse que Jean-Marie. Petit à petit, des sondages montrent la bonne santé du FN et contribuent certainement à rassurer ses sympathisants, qui hésitent de moins en moins à lui déclarer leur soutien, et à convaincre les hésitants à la recherche d'une alternative politique.
De la valeur des sondages
Les sondages qui placent le Pen en tête des votes au premier tour de la présidentielle semblent avoir eu l'effet d'une bombe : les médias reprennent la nouvelle en boucle et la commentent jusqu'à l'écœurement. Ceci montre encore une fois l'intérêt maladif et malsain des journalistes pour les compétitions électorales dans ce qu'elles ont de plus trivial : la politique est apparentée à une course de chevaux, dans laquelle on surveille qui est devant, qui tient la corde, qui remonte ou se fait distancer. Les programmes, les idées défendues, n'intéressent pas les médiacrates. Or, comment faire un choix véritable entre des candidats lorsqu'on ne sait pas encore ce qu'ils proposent ? Pourquoi parler des candidats si l'on ne sait rien de ce qu'ils veulent mettre en place ? Un an et deux mois avant la future élection présidentielle, on nous abreuve de sondages sur les intentions de vote, alors même qu'on ne sait pas encore qui sera candidat et donc encore moins quels programmes s'affronteront. Il faut donc prendre avec une extrême prudence les résultats de ces enquêtes. En 1995 et en 2002, quatorze mois avant l'élection, les sondages plaçaient en tête un candidat (respectivement Balladur et Jospin) qui finalement ne s'est même pas qualifié pour le second tour ! Ces sondages sont peut-être une photographie de l'opinion à un instant t, mais ils ne présagent en rien du vote de l'an prochain. Par ailleurs, si les sondages reposant sur des échantillons représentatifs de la population française ont une marge d'erreur très faible, il faut tenir compte des « redressements », ces corrections artificielles effectuées par les sondeurs pour faire correspondre le plus fidèlement possible les données récoltées à celles qui sont estimées les plus justes et les plus probables en fonction des statistiques passées. Ainsi, par exemple, le score du FN est toujours retouché, pour tenir compte du fait que les individus statistiquement les plus susceptibles de voter pour lui hésitent parfois à le dire aux sondeurs. Après ces tripatouillages, qui peut dire si le résultat obtenu est véritablement fidèle aux positions politiques de la population nationale dans son ensemble ? On constate bien souvent qu'un même sondage réalisé par deux instituts dans la même période donne des résultats sensiblement différents. Que penser par conséquent des chiffres de l'institut Harris ? Le Pen pourrait bien en réalité recueillir l'assentiment de 28 % des Français en âge de voter, mais aussi peut-être de 20 % ou moins. Ce qui est sûr, quel que soit le score effectif, c'est que le FN séduit beaucoup de monde. Beaucoup trop.
Misère et exploitation, du pain béni pour le FN
La faute à qui ? à droite, François Fillon rejette la responsabilité sur le PS, qui selon lui critique la droite de façon odieuse. Ce serait donc l'attitude de l'opposition qui favoriserait l'extrême droite… La gauche s'en défend. Martine Aubry, à la tête du PS, accuse Sarkozy de faire monter le FN en attisant les peurs, peur de l'insécurité et des immigrés. Il est facile de rejeter la faute sur le camp d'en face, mais il s'agit là d'analyses simplistes d'une véritable crise de la démocratie représentative qui s'exprime dans le choix du FN par une large frange de la population. L'ensemble des partis de gouvernement porte la responsabilité de cette lepénisation des esprits. Certes, le succès du FN a des causes multiples. Pour certains électeurs, probablement minoritaires, il s'agit d'un vote purement « protestataire », destiné à envoyer à la classe politique un « signal », à montrer son mécontentement face à l'offre électorale et à la situation sociale et économique. Ces électeurs ne seraient pas nécessairement prêts à voter le Pen au second tour si elle était qualifiée. Mais on peut craindre que, pour beaucoup, le vote FN au second tour soit sérieusement envisagé. Ceux-ci sont-ils tous racistes et fascisants, ou simplement égarés dans un paysage politique consternant ? Le FN a son lot d'électeurs nostalgiques des solutions autoritaires, et franchement intolérants à l'égard des étrangers, des musulmans, des homosexuels, etc. Mais pour beaucoup, c'est l'indifférenciation du PS et de l'UMP qui conduit à chercher une solution dans un parti qui n'a jamais gouverné mais qui semble aujourd'hui en mesure d'accéder au pouvoir. La thématique de l'immigration mise en avant depuis des années par le FN – et largement reprise par l'UMP – continue à porter ses fruits dans un pays rongé par le sous-emploi, et ce sera peut-être le cas jusqu'à ce qu'on se rende compte qu'une immigration zéro ne met fin ni au chômage, ni à la précarité et la misère. L'adhésion au projet de sortie de l'Union européenne et de retour au franc, autre thématique frontiste, montre le désespoir de nombreux électeurs face à un niveau de vie qui régresse et face à une Europe qui prône le démantèlement des services publics au nom d'une concurrence censée permettre plus d'efficacité. Dans le vote FN, s'il y a bien sûr une partie non négligeable d'affirmations racistes et d'aspirations autoritaires, il y a donc aussi l'expression du désespoir causé par une société qui broie l'individu et par des vies passées à travailler plus pour gagner presque rien. Voter FN, c'est alors aussi crier son sentiment d'injustice lorsqu'une minorité de patrons et d'actionnaires se gave, faisant d'autant plus de profits qu'elle aura réussi à réduire les « masses salariales » et à remettre en cause les acquis sociaux. C'est croire en la capacité d'un acteur politique qui n'a pas encore exercé le pouvoir de faire mieux que les gouvernants passés.
L'impasse de la démocratie représentative
La droite est responsable de ce désespoir, par son hystérie sécuritaire et anti-immigrés, ainsi que par sa politique libérale favorable aux industriels et aux grandes fortunes, au détriment des salariés et des plus faibles. Et la gauche de gouvernement est encore plus responsable, par son abandon des classes populaires, son adhésion au système capitaliste basé sur la propriété privée et l'accumulation du profit, et son ralliement au libéralisme. Elle ne peut plus prétendre représenter une alternative, car elle se contente de gérer la misère en en cachant les aspects les plus criants. Voilà des années que les « socialistes » ont renoncé à changer la vie et préféré simplement édulcorer la barbarie capitaliste. L'avenir semble sombre. Bien que largement impopulaire, Sarkozy a de bonnes chances d'être reconduit à la présidence de la République en 2012. Nul doute qu'il espère un nouveau 21 avril 2002 : se retrouver au second tour face à Le Pen lui assurerait la réélection. Pour cela, il va tenter de susciter et de profiter de l'habituelle division de la gauche, tout en essayant d'empêcher toute concurrence à droite (Hervé Morin, Jean-Louis Borloo, Dominique de Villepin, etc.). Il a déjà commencé à mettre la pression sur ses éventuels adversaires ou à essayer de les rallier à sa candidature, et il est probable qu'il parvienne à rassembler son camp. À gauche, il est difficile de croire que Jean-Luc Mélanchon ou un candidat trotskiste pourraient se retirer au profit d'un candidat PS qui ne manquera pas d'être un adepte du social-libéralisme. La présence de la gauche au second tour est donc tout sauf certaine. Mais quand bien même le candidat PS finirait-il à l'Élysée, que peut-on espérer ? Un peu moins de brutalité peut-être, un peu plus de libertés éventuellement, mais rien d'autre. Ce constat tend, encore une fois, à prouver la justesse des positions des anarchistes, qui refusent avec obstination de se plier au rite électoral qui finit par affadir toutes les convictions, et par perdre les plus idéalistes dans les jeux d'alliances et les luttes de pouvoir. Avec le système représentatif, la politique est devenue un métier auquel on se consacre exclusivement, et elle s'est par conséquent déconnectée de la vie réelle. L'élection finit par devenir une fin en soi, et plus un moyen pour améliorer l'existence de ses concitoyens. Tant qu'on sera face à un système représentatif qui prive les individus de la gestion de leur vie, des mouvements fascisants pourront toujours prospérer. Parce que ceux-ci offrent aux frustrations des solutions simplistes et démagogiques, laissant croire au rôle éminent d'hommes (ou de femmes) providentiel[le]s. Mais aussi parce que continuera de prospérer ce système capitaliste basé sur les inégalités et l'exploitation. On n'obtiendra pas l'autogestion par la voie des urnes. Chaque élection qui passe montre un peu plus que changer le monde passe par la révolution ; en confier la tâche à des représentants signifie immanquablement finir trahi et déçu. En outre, lutter contre le FN par les urnes n'a guère de sens : le parti des le Pen n'a a priori aucune chance d'arriver au pouvoir, et voter pour la gauche n'apportera pas de changement significatif d'un point de vue économique et social, ce qui ne pourra que renforcer dans le futur les aspirations fascisantes des déçus du système. C'est donc seulement par un changement radical de système social et économique, permettant une gestion directe de la société par toutes et tous, qu'on pourra lutter contre la misère, le désespoir et l'ignorance, sources de tous les fascismes.
Romain Constant
L'article du Monde libertaire
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|   Le monde libertaire éditorial du n°1626Le monde libertaire n°1626 (10-16 mars 2011)
Si la CGT est souvent nettement critiquable quant à l'attitude de sa direction vis-à-vis de la plupart des grands mouvements sociaux, elle a au moins le mérite d'être claire quant à son rejet de l'extrême droite, de ses thèses comme de ses candidats électoraux. En témoigne la fédération CGT de Montreuil qui, il y a quelques semaines, décidait de suspendre l'adhésion du syndicat des agents territoriaux de la mairie de Nilvange dont le secrétaire général se présentait aux élections cantonales de mars comme candidat du Front national (et, ceci dit en passant, ancien militant de Lutte ouvrière puis du Nouveau Parti anticapitaliste). Ce type, abject, n'hésitait pas à affirmer en public que l'immigration était à l'origine du chômage et que la régularisation des sans-papiers était une aberration. L'occasion, pour le porte-parole de la fédération, de réaffirmer que « les idées du FN n'ont pas leur place à la CGT » (c'est bien de dire ça, mais on ne peut tout de même s'empêcher de penser à l'expulsion, par l'UD CGT 75, l'an passé, des sans-papiers qui occupaient la Bourse du travail…). De quoi remettre les points sur les « i », et c'est tant mieux ! Mine de rien, si la position de la Cégète est rassurante, cette affaire témoigne clairement de la volonté de la nouvelle extrême droite FN de percer dans le mouvement social et syndicaliste en particulier. À ce sujet, Marine Le Pen, la nouvelle hideuse du parti nationaliste, a récemment annoncé sa volonté d'encourager la création de nouveaux syndicats, sans aucun doute proche de son idéologie nauséabonde. Espérons que, s'ils viennent à tenir leurs « promesses », leur expérience « pseudo-syndicale » connaîtra le même flop qu'il y a quelques années. En tout cas, ils peuvent compter sur nous, anarchistes, pour tout faire pour qu'elle échoue... Aussi, dans toute cette histoire, on pourrait espérer que la CGT finisse enfin par refuser que tout individu ayant des responsabilités dans des partis ne puisse obtenir de responsabilités dans le syndicat, ceci afin que certaines fédérations de l'organisation rompent une bonne fois pour toute avec leurs connivences politiques. Mais là, ce serait un premier pas vers un retour à l'anarcho-syndicalisme, et ça, c'est pas pour demain que la vieille organisation le fera. Sauf si, nous, on décide enfin de s'y (re)mettre. Mais là, c'est un autre débat…
L'article du Monde libertaire
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|   Et si la propriété c'était le vol ?Le monde libertaire n°1626 (10-16 mars 2011)
Y'a pas à dire : c'est du brutal ! Les précaires, les sans-le-sou, les chômeurs connaissent on ne peut mieux la suavité et douceur de la crise économique. Alors ils s'organisent. Forcément. En tous temps et en tous lieux les effets dévastateurs du capital se manifestent par les problèmes de logement. Acteur involontaire du mépris, de la veulerie, de l'immonde saloperie des possédants envers les plus faibles, le collectif Jeudi Noir en a fait la malheureuse et triste expérience la semaine dernière. Après avoir on ne peut plus légitimement occupé, entre 2008 et 2009, un immeuble rue de Sèvres à Paris, huit des membres de cette organisation ont été condamnés en première instance à la somme d'environ 80 000 euros au profit de la plaignante au titre d'indemnité d'occupation. Or l'immeuble situé dans une rue tellement elle est chic qu'elle est même pas dans le Monopoly (j'ai vérifié), était inoccupé depuis plus de dix ans et, qui plus est, appartient à une évadée fiscale. La possédante en question a toujours refusé de le vendre ou de le louer, soit d'effectuer des travaux. Les occupants en question s'étaient de plus engagés à quitter les lieux au cas où justement le bâtiment eut été en location ou en vente. Silence radio. Et la propriétaire a préféré harceler les squatteurs au tribunal. Fin du premier round. Nul doute que le collectif fera appel, je l'espère en tout cas, mais cela illustre parfaitement à quel degré de cynisme en sont rendus tous ces gens, protégés par le pouvoir et par une morale qui ne cesse de gagner les esprits et les comportements. À vomir. Voilà pourtant un bel exemple de comportement, je parle de Jeudi Noir qui n'en est pas à sa première, et je le souhaite dernière, tentative de récupération sociale. Et même si un peu naïvement un de ses membres a pensé que 20 000 euros auraient été un montant un peu plus approprié. Zéro centime et un coup de pied au cul aurait sans doute été une plus juste récompense et une plus juste rémunération. Toujours aussi jubilatoire, ce même groupe a entrepris de s'attaquer à un autre bien situé cette fois avenue de Matignon. Toujours aussi chic. Ces messieurs pètent sans doute dans la soie mais la réaction a été plus rapide et plus brutale. Il faut préciser que l'immeuble appartient au groupe Axa : groupe d'assurances qui soit dit en passant a augmenté la rémunération de ses actionnaires de 24 % en 2010. On dit merci qui ? Cette fois-ci l'opération a été promptement avortée par les lacrymos et les tonfas tout contents de prendre un peu l'air. ça les change des banlieues, pas vrai ? Terminons provisoirement avec Jeudi Noir avec un somptueux dix de der. À l'occasion de la venue du président du Gabon Ali Bongo à Paris, Jeudi Noir a tenté d'investir son hôtel particulier du 51, rue de l'Université, acquis par le chef d'État en mai dernier. Pour cette « réquisition », le groupe s'est associé au Collectif pour la libération du Gabon. « Cet endroit est plus important et hautement plus symbolique que celui d'AXA, avenue de Matignon », expliquait avant l'opération un membre du collectif. Non seulement à cause de son propriétaire, mais parce que l'hôtel particulier se situe à deux pas de l'Assemblée nationale. Des policiers, plus nombreux que les manifestants, ont chargé en lançant des gaz lacrymogènes pour libérer l'accès de la porte, former un cordon devant et encercler les militants. L'action a duré une heure et s'est terminée par l'interpellation dans le calme des militants, dont les trois qui s'étaient introduits dans l'enceinte de l'immeuble. Après le mal-logement, Jeudi Noir s'attaque donc aux biens mal acquis de la famille Bongo. Ces détournements de fonds publics ont permis à la famille gabonaise de détenir une dizaine de logements – appartements ou hôtels particuliers – à Paris, dont la valeur totale avoisine les 160 millions d'euros. Y'a qu'a demander à Bongo d'allonger les 80 000 euros.
Jipé
L'article du Monde libertaire
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|   Hommage à Jean-Jacques LegoisLe monde libertaire n°1626 (10-16 mars 2011)
Par ces quelques mots, nous tenons à rendre hommage à notre compagnon Jean-Jacques Legois au nom des militantes et militants de la Fédération anarchiste. Dans les années 1980, Jean-Jacques avait rejoint dans un premier temps le groupe de Rouen de la Fédération anarchiste avant de fonder le groupe Clément-Duval sur Dieppe où il assurait la vente publique du Monde libertaire. Jean-Jacques était un constructeur, un bâtisseur déterminé faisant fi des querelles pour se concentrer sur l'essentiel : en peu de temps, il a su rassembler une poignée de camarades qui avec lui ont permis que la pensée libertaire se diffuse sur la côte normande. Son engagement était entier et très rapidement, les camarades lui confièrent des responsabilités au sein de la Fédération au plan national. Ainsi il fut embauché, comme en d'autres temps Georges Brassens, pour administrer le Monde libertaire, le journal fondé par Louise Michel. Pour notre hebdomadaire, il a su à un moment le conforter dans son fonctionnement et garantir sa pérennité. Jean-Jacques prenait toutes les initiatives nécessaires. C'est en sa qualité de secrétaire général de la Fédération anarchiste que nous avons « visité » le Parti socialiste quand l'un de ses élus voulait bâillonner notre presse. Ces « Messieurs », ceux que l'on surnommait les « éléphants », avaient été sensibilisés de bonne manière puisque les poursuites cessèrent. Oui, Jean-Jacques, comme nous, avait un idéal mais en plus, il savait l'inscrire dans le réel. Tous ne l'ont pas compris mais nous l'avons côtoyé et aimé, nous sommes fiers d'avoir partagé son combat. À toi sa compagne, à vous ses enfants, sachez que Jean-Jacques fut un grand militant. Salut Jean-Jacques, salut camarade.
Groupe de Rouen de la Fédération anarchiste
L'article du Monde libertaire
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|   Menaces sur l'avenir du Lycée autogéré de ParisLe monde libertaire n°1626 (10-16 mars 2011)
Marc, Marius, Milan et Ambre, élèves au Lycée autogéré de Paris (Lap), Jérémie et Sébastien, élèves dans un collège traditionnel, et Laurent et Sylvie, animateurs de l'émission Lundi matin sur Radio libertaire et parents d'élèves en discutent. Entretien retranscrit par Nicolas du groupe libertaire d'Ivry de la Fédération anarchiste.
Sébastien : Est-ce qu'il y a des punitions au Lap ?
Ambre : Non. On nous traite en adultes, on considère que c'est à nous de voir ce qui est le meilleur pour nous.
Sébastien : Du coup, vous faites moins de bêtises ?
Ambre : Les bêtises, c'est beaucoup pour défier l'autorité ; et comme on peut s'exprimer, on n'a pas besoin de faire ça pour être vraiment entendu.
Milan : On a une commission justice : cinq élèves, élus par les élèves, et trois profs, élus par les profs, qui se réunissent en cas de besoin. Par exemple, on avait eu un problème de deal. Au bout de trois semaines/un mois, la décision a été prise et présentée en AG d'exclure un élève.
Ambre : Ce n'est pas un conseil de discipline : le but est de discuter avec les gens quand il y a des problèmes et de les régler à l'amiable. Il n'a du y avoir que deux exclusions dans toute l'histoire du lycée, et on est 242 élèves cette année.
Marius : Quand j'étais au collège, en tradi, j'ai assisté à trois conseils de discipline en un an, dont deux se sont résolus par une exclusion et un par un déportement dans un lycée spécial d'encadrement. Ça s'est passé en une demi-heure, la proviseure et le CPE sont arrivés en sachant déjà ce qu'ils voulaient : l'exclusion. La personne pouvait dire tout ce qu'elle voulait, ça ne changeait strictement rien. La commission justice, c'est quelque chose qui prend du temps, qui écoute les différents intervenants. Ils font un travail d'enquête aussi, pas pour chercher le coupable, mais pour savoir ce qui s'est réellement passé.
Sébastien : On a un professeur, on a déjà fait une manif dans la cour contre lui. Il nous lance des craies sur la tête, il nous insulte. Il m'a même mis un coup de pied qui m'a fait tomber. On a fait des petits papiers où on a écrit chacun ce qu'il nous avait fait ; mais il ne s'est rien passé. Ils disent que ce n'est pas vrai.
Jérémie : J'ai le même professeur et je me suis sauvé de la classe.
Ambre : Il y a des profs comme ça et c'est nos profs qu'on vire. Je trouve ça dégueulasse.
Sylvie : Est-ce qu'il serait possible qu'un prof se comporte de cette manière au Lap ?
Ambre : Non. Les profs sont volontaires pour venir, ils sont choisis par l'ensemble de l'équipe enseignante. Ils viennent un an pour voir comment ça se passe.
Marius : Dans le cas (improbable) où un professeur comme ça arrive au lycée autogéré, ça ne se passerait pas comme ça. Là, les élèves font une manif, ils font passer des mots, mais on ne les croit pas : la parole d'un élève ne vaut pas celle d'un prof ; au Lap, un élève n'a pas forcément tort contre un prof.
Sébastien : C'est quoi les programmes, et est-ce que ça vous intéresse ?
Ambre : En première et en terminale, on suit à peu près les programmes, parce qu'il y a l'objectif du bac pour beaucoup. Les différences sont plus au niveau de la pédagogie. En seconde, on ne suit pas le programme comme dans le traditionnel. Le prof est assis avec les élèves, tout le monde se voit, et c'est essentiellement une discussion. On construit le cours. On fait aussi des ateliers, il y a beaucoup de projets artistiques : vidéo, arts plastiques, théâtre, plein de choses.
Marc : J'ai appris à développer des photos dans un studio, et j'ai monté un projet pour partir à la découverte de la culture kanak. Avec le lycée, tu as beaucoup de possibilités.
Laurent : Par exemple, en histoire, la pédagogie traditionnelle consiste à retenir par cœur et ressortir un certain nombre d'informations ; comment ça se passe au Lap ?
Ambre : Il n'y a pas de cours d'histoire en seconde. On travaille sur un thème pendant une séquence (de vacances à vacances), en interdisciplinarité. Par exemple, on a discuté de la ville en histoire, en géographie, en littérature.
Marius : Sur la Renaissance, on n'a pas bossé que sur le côté historique, mais aussi d'un point de vue philosophique, sociologique, artistique. Entrecouper plusieurs savoirs, ça permet d'avoir une approche différente et d'avoir plusieurs points de vue. Le but, c'est de comprendre.
Sylvie : Les diplômes, de toute façon, surtout quand tu es d'origine ouvrière, ça sert pas forcément à grand-chose ; mais avoir plus confiance en soi, être plus intelligent, posséder des techniques, oui. Les établissements traditionnels, où on se fait humilier dès qu'on fait pas un truc comme il faut, sapent la confiance en soi.
Ambre : Les profs s'occupent aussi de reconstruire des gens détruits par le système scolaire traditionnel. On a à nouveau l'envie d'aller en cours. Les anciens nous disent que le lycée leur a apporté énormément et que ça a fait d'eux ce qu'ils sont aujourd'hui.
Sylvie : En quoi consiste l'autogestion, à part l'interaction avec les professeurs ?
Milan : Il y a des groupes de base, avec des élèves et des profs, où on discute de la vie pratique dans le lycée. On vote le buget, on fait le ménage.
Ambre : Il y a les commissions, deux heures le jeudi matin. On y gère tout le lycée : entretien, bibliothèque, administration, budget, évaluation, etc. Et le mercredi et le jeudi, on fait la cuisine.
Sylvie : Qu'est-ce que vous avez encore comme projets ?
Marius : Milan et moi, on enregistre des reprises de Lou Reed et de Patti Smith. On fait un travail autour de la Factory d'Andy Warhol, on reprend ses chansons et on va partir à New York faire les clips. Le but est d'aboutir à une expo sonore et visuelle et un concert à la fin de l'année.
Sylvie : Venons-en à l'attaque contre le Lap et ses conséquences.
Marius : On nous a retiré 20 % de nos heures, donc 20 % des postes ; mais sans ces professeurs, ça pourra pas fonctionner, ou pas aussi bien si on essaie quand même. Sur 27 postes qui disparaissent sur tout Paris, cinq sont chez nous.
Ambre : En décembre, on a signé une convention avec le rectorat censée pérenniser notre existence. On a appris il y a trois semaines que notre « dotation en heures globale » allait être réduite. Tout s'est fait par mail. Ensuite, on nous a dit qu'il allait y avoir une « commission de réarrangement » et qu'on récupérerait nos heures ; et le 3 février, le lycée a reçu un mail disant qu'il perdait ces heures et que c'était fini. On a obtenu une audience au rectorat de Paris et on nous a répondu que le lycée devait participer à « l'effort national de gestion resserrée ».
Marius : Nos professeurs remplissent plusieurs rôles, ce qui n'est pas pris en compte. Ils prennent du temps avec les élèves, ils participent à la gestion. On n'a ni proviseur ni personnel de ménage. Vingt-sept adultes bossent dans notre lycée : vingt-cinq profs, plus Omar et Amina, qui font l'entretien et le secrétariat.
Milan : On est quatre lycées et collèges expérimentaux en France, et on est tous menacés.
Laurent : Dans le tradi, les enfants sont stressés, ils ont peur de l'avenir, les parents sont tout autant inquiets, ils poussent leurs mômes et les punissent pour qu'ils travaillent mieux. Comment appréhendez-vous votre avenir ?
Milan : J'ai connu que deux années dans le traditionnel. Je savais que si j'y allais, j'allais pas travailler, je m'y sentirais super mal. Ma mère était dans la même situation, elle est allée au Lap. Elle a pas eu son bac, mais elle a réussi à faire des études et à être psychologue. Au Lap, j'ai le choix de ne pas travailler parce que les cours ne sont pas obligatoires, et je viens travailler quand même.
Marius : À long terme je sais pas, mais à court terme, mon avenir, j'aimerais vraiment qu'il se passe au Lap. Dans le tradi, on n'a pas de possibilité d'exprimer ce qu'on pense, de participer. Au collège, j'ai eu plus l'impression de subir l'éducation que d'apprendre. J'ai envie que le Lap continue et que des gens après moi puissent y aller.
Ambre : L'année dernière, j'ai fini l'année en n'allant plus en cours. Je supportais plus la pression et on ne pouvait pas s'exprimer. Si le lycée ferme, c'est la fin de ma scolarité, parce que je ne pourrais pas, après ce que j'ai vécu, reprendre dans le traditionnel.
Sylvie : Vous parlez du droit de s'exprimer. Sébastien, tu peux dire la dernière fois que tu as eu des lignes à faire, ce que tu as copier cinquante fois ?
Sébastien : Je dois me taire en classe.
Pour en savoir plus sur le Lap, son projet et son combat : http://l-a-p.org Pour écouter l'émission en intégralité : http://fa-ivry.forlogaj.net/index.php?article75/lycee-autogere-de-paris L'émission Lundi matin, tous les lundis de 11 à 13 heures sur Radio libertaire, est animée par des membres du groupe libertaire d'Ivry de la Fédération anarchiste.
L'article du Monde libertaire
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|   Le monde libertaire éditorial du n°1625Le monde libertaire n°1625 (3-9 mars 2011)
Une révolution mondiale est en cours, elle nous conduit de l'ancien monde… vers l'ancien monde. Beaucoup pourraient en effet croire que quelque chose de révolutionnaire est en cours : les conflits ouverts entre des peuples et leurs gouvernements qui ont éclaté dans le monde arabe ont donné des exemples concrets de soulèvements, pour certains couronnés de succès, nés de la contestation de l'autorité étatique. Et un peu plus loin du pourtour méditerranéen, en plein Atlantique nord, le petit pays islandais, dont le volcan a contribué à la Révolution française, connaît lui aussi des mouvements populaires sans précédent. Quand la crise a touché l'Islande, la dette du pays atteignait presque six fois son PIB et ses créanciers principaux, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, menaient des négociations pour récupérer les pépètes, avec force intérêts, cela va sans dire. Début 2009, de grandes manifestations avaient conduit à la démission du gouvernement, signant la fin du « règne » du parti de centre-droite installé depuis les années 1950. Un gouvernement de gauche est élu, c'est la « révolution des casseroles ». En mars 2010, les citoyens islandais ont été appelés à voter par référendum à propos du remboursement de l'incroyable dette – 93 % des votants étaient contre, une décision qui a pesé lourd dans le cours des négociations, en faveur de l'Islande. En octobre 2010, une assemblée constituante de citoyens devait être formée. 520 candidats se présentent, 25 sont élus au suffrage universel. Mais, comme ceux qui protestaient devant le Parlement à Reykjavik, ces constituants sont issus de la bourgeoisie islandaise ; pas question de revoir le système économique ! De même qu'en Tunisie et en Egypte, cette « révolution » – ne nous privons pas de guillemets – est cependant un exemple de révolte, certes réformiste dans les faits, mais finalement plus fructueuse qu'une certaine lutte contre l'allongement du temps de cotisation pour les retraites… Toutes ces révoltes, violentes ou non violentes, renversent avant tout de petits groupes d'individus, pas des castes, encore moins un système. L'Irlande est elle aussi pressurée par le FMI et les dernières élections de vendredi dernier ont chassé le gouvernement. Petite anecdote croustillante : le responsable du FMI pour l'Europe, est un ancien de chez Goldman Sachs, où il travaillait avec un politicien proche du parti qui a remporté les dernières élections et qui avait conseillé le précédent gouvernement sur la façon de gérer la crise. Ça fleure bon la collusion, non ? Mercredi dernier, les Grecs ont été audacieux : les syndicats du privé et du public ont déclenché une grève générale, bloquant tous les transports, de nombreux services publics et même des petits commerçants avaient fermé boutique en solidarité. Les grévistes contestaient l'ingérence du FMI et de l'Union européenne qui impose au pays la fameuse austérité et la libéralisation plus en profondeur de leur économie. Cette grande crise économique, dont on nous dit qu'elle est derrière nous (alors qu'on sait bien que les crises ne passent pas, mais qu'elles s'accumulent, comme le capital), a déclenché la colère des victimes. Peut-être que le prochain « domino », comme aurait dit Eisenhower, tombera chez nous et que d'éventuelles « émeutes de banlieue » auront une senteur de jasmin. Dans un climat mondial de tension sociale, les anarchistes devront savoir profiter de tels déclics, dénoncer le Spectacle récupérateur et démontrer aux révoltés que la pire erreur est de laisser d'autres dominants remplacer les dominants déchus.
L'article du Monde libertaire
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|   Sale temps pour un syndicalisteLe monde libertaire n°1625 (3-9 mars 2011)
Très souvent, les bureaucraties de la plupart des syndicats de ce pays se font remonter les bretelles dans nos colonnes. À juste titre, certes. Raison de plus pour parler des actions concrètes non pas des « syndicats » en tant qu'organisations, mais des syndicalistes et syndiqués, ceux qui vont au charbon, ceux qui subissent une féroce répression antisyndicale, sur laquelle nous devrions nous pencher plus assidûment pour en dénoncer les manifestations les plus sordides. Relater l'infect, fracasser – par les mots – les patrons scélérats, appeler à manifester, à soutenir, à constituer des caisses de grève… Les cas étant légion, le choix s'avère arbitraire. Consacrons ce billet à la situation de Xavier Mathieu, délégué CGT bien connu pour son combat contre la casse de l'usine Continental de Clairoix (Oise) 1 – et aussi pour sa véhémence à l'encontre de la direction de son syndicat. En avril 2010, convoqué au commissariat suite au saccage de la sous-préfecture de Compiègne un an auparavant, ce dernier refuse de se soumettre à un test ADN 2, considérant comme inique et indigne cette injonction. Sa condamnation ultérieure, en juin 2010, a porté sur l'acte de saccage en lui-même, pas sur ce refus d'obtempérer. Las, la « justice » s'acharne et sa représentante, en l'occurrence le procureur de la République de Compiègne, poursuit le syndicaliste pour ce refus. Il passera devant le tribunal correctionnel de Compiègne le 3 mai 2011 et encourt une peine maximale d'un an de prison et une amende de 15 000 euros. Des actions sont prévues à cette occasion. La criminalisation de l'action syndicale et du militantisme en général n'est pas nouvelle bien sûr, mais elle s'amplifie et s'amplifiera de plus en plus, avec un gouvernement vicié par ses propres turpitudes et qui renifle avec frénésie les votes des réacs en train de se tâter : Le Pen ou Sarkozy ? L'original ou la copie ? Loppsi 2, en augmentant les moyens de délation, de repérage, de poursuites judiciaires, etc., en est un symbole éloquent.
1. L'un des sales coups des patrons de cette boîte : il y a un an, aidés en cela par une disposition aberrante du Code du travail, ils proposaient à des licenciés de Clairvoix des emplois en… Tunisie, pour un salaire mensuel de 137 euros. Plus de renseignements au sujet de nombreux autres conflits du travail sur le site du Collectif contre les patrons voyous et licencieurs (www.collectifcontrelespatronsvoyous.com). 2. Mesure de fichage par empreintes génétiques permise par la Loi pour la sécurité intérieure (LSI ou loi Sarkozy 2) du 18 mars 2003, développée dans le cadre de la Loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (Lopsi) de 2002.
Marc Silberstein
L'article du Monde libertaire
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|   Une nouvelle douche écossaise pour Jean-Marc RouillanLe monde libertaire n°1625 (3-9 mars 2011)
Le chaud et le froid ont de nouveau coulé sur les larges épaules de Jean-Marc Rouillan. Le tribunal d'application des peines a aujourd'hui ordonné sa mise en liberté. Le parquet de Paris a immédiatement fait appel… « Au réveil, la prison me saute à la gorge. Comme un animal à l'affût de l'ultime cauchemar. Le premier sens en éveil m'avertit de sa présence tapie. Un coin de mur surgissant de l'aube, l'odeur du désinfectant, les ablutions diverses des congénères, l'effleurement de la couverture administrative et l'écœurement indicible. Elle me pénètre d'un trait. Elle me force avec la goulée d'air inspirée au bord de cette noyade lève-tôt. Sa langue enfoncée dans la bouche, elle me baise de sa mort journalière, sans fleur ni couronne au tréfonds des caveaux de béton, du “je ne le ferai plus” et des lâchetés misérables. Souveraine tyrannique, la “malamort” de la lèpre moderne et carcérale est là et déjà en moi. Et pas moyen de lui échapper. Jusqu'au plus lointain du dernier exil, j'éprouverai cette nausée. On ne s'habitue jamais à la prison » (Jean-Marc Rouillan, Je hais les matins, Denoël). Rouillan, âgé de 58 ans, est en taule depuis février 1987… Il a été arrêté avec Joëlle Aubron, Nathalie Ménigon et Georges Cipriani, tous militants d'Action directe. Les quatre ont été condamnés à perpétuité avec une peine de sûreté de dix-huit ans. Joëlle Aubron est sortie de prison le 16 juin 2004 suite à une campagne de solidarité afin d'obtenir sa suspension de peine pour raisons médicales. Elle est décédée le 1er mars 2006. Nathalie Ménigon est en liberté conditionnelle depuis le 3 août 2008 pour une durée de cinq ans. Georges Cipriani est en semi-liberté pour un an depuis le 14 avril 2010. Sa demande de libération conditionnelle devrait être examinée en mars 2011. Rouillan a vécu quelques mois en semi-liberté en 2008. Salarié aux éditions Agone dans la journée, taulard la nuit et le week-end. Ce régime a été brutalement révoqué le 16 octobre 2008 suite à la publication d'une interview accordée à un hebdomadaire. « Deux années d'emprisonnement pour des mots… Moi qui, à la sortie de Mai 68, ai fait le choix des armes et de l'action révolutionnaire, me voici, à 58 ans, incarcéré, suprême ironie, “sur parole”. » Après une hospitalisation en urgence dans un hôpital de Marseille, il a été établi que Rouillan souffre du syndrome de Chester-Erdheim, une maladie rare dont on ne sait pratiquement rien en dehors du fait qu'elle provoque des crises très douloureuses 1. Le militant révolutionnaire, qui est aussi devenu un écrivain reconnu, est détenu à la prison de Muret, près de Toulouse, depuis le 27 octobre 2009. Il a déposé une demande de semi-liberté en novembre 2009. Elle a été examinée le 2 février 2011. La réponse en première instance était attendue pour le 16 février. Prenant en compte « les efforts sérieux de réadaptation sociale » manifestés par Jean-Marc Rouillan, le tribunal d'application des peines s'est aujourd'hui prononcé pour un aménagement de la peine et s'est déclaré favorable à une mesure de semi-liberté. Une nouvelle saluée avec prudence par les amis de Rouillan qui aurait pu sortir de la prison de Muret le 7 mars prochain pour rejoindre, sous surveillance électronique, les locaux de son employeur, les éditions Agone à Marseille. Bien sûr, c'était compter sans la réaction quasi immédiate du parquet de Paris qui a annulé la décision de justice prise quelques heures plus tôt… Assez d'acharnement. Liberté immédiate pour Jean-Marc Rouillan !
1. Cette maladie, pour laquelle il n'existe pas de traitement efficace, touche les os longs, provoquant des douleurs osseuses constantes. (Ndlr.)
Paco
L'article du Monde libertaire
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1624Le monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
La chute des tyrans tunisiens et égyptiens suscite l'espoir dans l'ensemble du monde arabe. Ça pète au Yémen, ça conteste sérieusement en Iran et ça se soulève en force en Lybie, le fief de l'autoritaire guignol Kadhafi. Depuis mercredi dernier, le peuple libyen manifeste son désir d'un changement radical de régime, pour plus de liberté. Comme l'on pouvait s'y attendre, les forces de l'ordre ne lésinent pas sur la répression et n'hésitent pas à ouvrir le feu sur les contestataires. À Benghazi, principal foyer de la contestation, à l'est du pays, on compte déjà plus de 80 morts, principalement par des tirs de balles dans la tête, le cou et la poitrine, selon Amnesty International. Malgré tout, les Lybiens tiennent bon et, malgré cette répression sanglante et implacable, continuent à descendre dans la rue pour dénoncer le régime et la brutalité meurtrière des uniformes. Vendredi, ce qui n'était alors que de « simples » manifestations s'est transformé en petite insurrection populaire lorsqu'une partie des manifestants a donné l'assaut à la prison Kouwafiah pour y libérer les détenus politiques. Environ un millier de prisonniers se sont ainsi évadés et, aux dernières informations, seuls 150 auraient été arrêtés et réincarcérés. Pour autant, si tout ça est, au premier abord, encourageant, la situation ne semble pas être la même que celle qui conduisit, les semaines précédentes, à la destitution de Ben Ali et de Moubarak. D'autant que le mouvement libyen n'est absolument pas national, du moins pour le moment. Et une partie de la population semble rester attachée à son oppresseur dans une logique de servitude volontaire qui, une fois encore, donne raison à notre cher La Boétie. D'un autre côté, les informations sur la situation libyenne demeurent rares et plutôt pauvres, et le régime de Kadhafi fait tout pour qu'il n'en soit pas autrement, à l'international comme dans son pays. La chaîne qatarie al-Jazira serait actuellement brouillée et le réseau internet ne fonctionnerait plus depuis vendredi. Affaire à suivre… Du côté tunisien et égyptien, ça stagne. Quelques signes prometteurs en Égypte cependant où l'on semble assister à l'émergence d'un mouvement social qui pourrait bien transformer la révolution politique des dernières semaines en une révolution sociale, assurément la plus importante. Car se débarrasser de la tyrannie, c'est indéniablement indispensable, mais si les inégalités sociales et l'exploitation économique demeurent, même maintenues par un régime politique plus doux, ce n'est assurément pas suffisant. Bref, on a du pain sur la planche, compagnons !
L'article du Monde libertaire
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|   Affiches contre ? Les murs contestent graphiquementLe monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
Dans un numéro du Monde libertaire consacré à un retour sur les luttes sociales, il n'est pas anormal de trouver une incitation à lire un ouvrage consacré à l'histoire des murs de Toulouse. « Les murs n'appartiennent pas aux propriétaires qui les détiennent, mais à ceux qui les regardent ! » C'est certainement en pensant à cette maxime qu'un groupe de copains et copines ont commencé en mai 1968 à coller des affiches, des journaux muraux et autres outils de propagande visuels. Aujourd'hui encore, si vous passez par la ville rose, vous y trouverez ces apostrophes, ces cris (certes muets) qui racontent l'histoire qui aime la castagne. Affiche contre… (c'est le titre du livre) : les bureaucrates qui enterrèrent l'année 1968, le franquisme et leurs complices français, l'injustice, le nucléaire, les militaristes, les politiciens qui confisquent la vie de la cité, les cléricaux, etc. Attention, restreindre ce travail de réhabilitation à un catalogue anti-tout serait une grave erreur. D'abord parce que les textes d'époque et de contextualisation occupent une part importante des 280 pages de cet ouvrage, et surtout parce que ce titre est un « trompe-l'œil ». En effet, nos camarades de l'AAEL (Association pour l'art et l'expression libres) ont passé plus de temps et d'énergie à construire une alternative en acte au capitalisme : une maison d'édition, une imprimerie coopérative, des journaux comme Basta ! Ce livre est donc d'abord un appel à destination des jeunes générations : Yes you can ! S'il est nécessaire de combattre toutes les tares de notre société, il est surtout urgent d'agir « ici et maintenant » pour favoriser l'individu, pour élever le niveau de conscience des passants qui, au hasard de leur promenade, découvre les affiches. Le plus stimulant est de constater qu'au cours de ces quarante dernières années, jamais ils n'ont considéré leurs lecteurs avec l'arrogance de ceux qui croient détenir la vérité. Non, leur objectif est plutôt à chaque fois qu'ils éditent une nouvelle affiche, de faire penser avec les yeux, d'éveiller les consciences. Notre pire ennemi à tous, c'est la résignation… même quand les temps semblent durs.
Wally Rosell
Affiches contre... de 68 à nos jours. Histoire des affiches réalisées par l'AAEL et la scop Imprimerie 34, Association pour l'art et l'expression libre, 2010, 288 pages.
L'article du Monde libertaire
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|   Attention, cocktail subversif ! Les fables d'ésope illustrées par Laurent MelonLe monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
À vrai dire, j'étais sceptique quand Laurent Melon m'apporta ses fables d'Ésope illustrées par lui-même. Je savais d'Ésope, ce Grec ancien, qu'il était l'inventeur de la fable et que Jean de la Fontaine lui rendit hommage. Je redoutais de replonger dans un manuel scolaire… En parcourant le livre illustré par Laurent Melon, je fus immédiatement séduit. À chaque page tournée, c'est un jaillissement de mots et d'images. Les fables d'Ésope, qui prennent parti pour les faibles et les exploités, rencontrent le dessin de Laurent Melon et c'est à chaque fois un cocktail jouissif et subversif. C'est donc avec plaisir que la Librairie du Monde libertaire vous invite à rencontrer Laurent Melon, le samedi 26 février à 16 heures. Vous pourrez y voir un film de Laurent Melon et goûter d'autres plaisirs (surprise…). Évidemment, ce livre est disponible à la Librairie du Monde libertaire, au 145, rue Amelot, dans le XIe arrondissement de Paris, pour la modique somme de 20 euros.
Laurent Librairie du Monde libertaire
L'article du Monde libertaire
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|   Ces boucs émissaires qui conduisent à l'abattoirLe monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
Il s'appelait Nabil. Il avait 16 ans. Condamné à six mois fermes pour trafic de stupéfiants et conduite sans permis, il avait été incarcéré dans le quartier des mineurs de la Maison d'arrêt de Metz-Queuleu. C'est là, dans sa cellule, que les surveillants l'avaient retrouvé. Pendu. D'après Jean-François Krill, un des matons, par ailleurs délégué de l'Union fédérale autonome pénitentiaire (Ufap), il aurait utilisé le « chantage au suicide » pour obtenir un changement de cellule. « Il a été encouragé par la coursive et ça a mal tourné », ajoutait le syndicaliste, expliquant que certains détenus utilisent la pendaison comme moyen de pression auprès des surveillants. On se défend comme on peut. À quel degré de désespoir Nabil était-il parvenu pour mettre sa vie en jeu, et la perdre ? Avant lui, dans la même taule, quatre suicides réussis, et trois tentatives qui avaient laissé leurs candidats dans un état plus ou moins critique. C'était en octobre 2008. Rachida Dati, alors ministre de la Justice, avait pointé l'index. Enquête administrative pour faire la lumière sur cette vague de suicides, mais aussi convocation des procureurs généraux concernant leurs statistiques « décevantes » sur l'application des peines plancher. Protestation immédiate des intéressés, magistrats comme personnels pénitentiaires, contre l'aveuglement de la Garde des Sceaux et le manque de moyens qui, selon eux, installait une « justice au rabais ». Déjà, le palmarès établi par la Commission européenne sur l'efficacité de la justice (CEPEJ) faisait passer la France du 29e au 35e rang. Aujourd'hui, qui s'en souvient ? Il s'appelle Tony Meilhon. Né en 1979, il a 4 ans quand ses parents divorcent. Son père, alcoolique et violent, est déchu de ses droits parentaux. Son beau-père le rejette. À 14 ans, il erre de foyer en foyer. Abandon d'études et enchaînement de petits délits : vols, conduite sans permis… Premier séjour dans un établissement pour mineurs. Il a 18 ans quand, avec deux codétenus, il en sodomise un troisième, désigné comme « pointeur », avec un manche à balai. Verdict : cinq ans de prison, dont deux avec sursis. À sa sortie, il s'essaye aux braquages. Six ans de taule. Une quinzaine de condamnations, en tout, essentiellement pour rébellion contre toute forme d'autorité : insultes à policiers, refus d'obtempérer, outrage à magistrat quand un juge reporte son droit de visite à son fils âgé de 6 ans. Il y a un an, Tony Meilhon était sorti de prison, plus violent qu'il n'était à sa première mise sous écrou. On connaît la suite. La sinistre affaire de Pornic et l'auteur présumé de l'homicide vite qualifié de « récidiviste », le pouvoir qui cherche des boucs émissaires parmi les magistrats et les personnels de l'administration pénitentiaire. Grogne des magistrats en question, bientôt rejoints par les flics. Mais l'émotion sera sans doute passagère. En effet, les conclusions de l'Inspection générale des services (IGS), pointant le manque de moyens dénoncé par le chœur judiciaire, ont été partiellement reprises par l'actuel Garde des Sceaux, Michel Mercier, qui a annoncé le déblocage de cinq millions d'euros. Et la magistrature profite de l'avantage pour maintenir la pression en organisant une grève du zèle, à savoir le strict respect du règlement qui exige, par exemple, la présence obligatoire et effective des greffiers aux audiences, ou encore des audiences de six heures sur une demi-journée, et huit à dix heures sur une journée, au maximum. Demain, qui s'en souviendra ? Zélés ou pas, de bons juges compétents, au savoir-faire reconnu et respecté comme il se doit, continueront à appliquer les peines plancher, à satisfaire les délires sécuritaires du pouvoir, à entasser adultes et enfants dans les frigos carcéraux, chacun à sa place et que les plus forts survivent… Nous n'avons aucun bons vœux à souhaiter aux bourreaux. Nous n'avons pas à imaginer, comme d'autres se croient permis de le faire, un système judiciaire « humanisé ». Une justice qui juge les criminels au détail sans mettre en accusation la violence de l'organisation sociale qui les produit, une société qui crie vengeance sans se regarder dans les yeux, une cohorte de politicards qui spécule sur la notion de « dangerosité » et de « risque zéro » au pied des centrales nucléaires et des sites d'enfouissement de déchets radioactifs, cette hypocrisie permanente ne dupe que les imbéciles heureux. Une fois de plus, hélas, la prison vient de faire la démonstration sanglante de son inutilité et de sa nuisance. Qui peut encore oser dire, à l'exemple non isolé de Tony Meilhon, que les châtiments dont il a écopé ont été profitables, à lui et à la société ? Dans ce monde pourri, une multitude d'éclopés de la vie erre, hagarde, douloureuse, sans but. Ils commettront l'irréparable, sur eux-mêmes, ou sur d'autres. On jugera, on condamnera. Cela n'apportera rien aux victimes, mais cette vengeance légale passera pour un sentiment noble et une nécessité citoyenne. Quand viendra une nouvelle occasion de s'interroger sur le sens de cette « justice », les professionnels de la douleur et des larmes en appelleront à davantage de moyens, que la société, dans sa lâcheté, dans son indifférence et dans son aveuglement plus ou moins volontaire, leur accordera. La semaine dernière, mon ami Patrick Schindler pointait la relative faiblesse des arguments anarchistes sur la question, complexe, de la justice criminelle. « Comment réagissez-vous face au crime ? [Et par crime, on entend alors : crime de sang, ou viol.] Que proposez-vous ? Que dites-vous aux victimes ? » Voilà des questions, très graves, que l'on nous pose souvent. La ou les réponses des anarchistes ne se trouveront pas dans l'espace réduit d'un journal ou d'un livre. Qu'on ne compte pas sur nous pour écrire un nouveau Code pénal. Mais, et sans vouloir nous tirer d'affaire par une pirouette intellectuelle, la première question ne consiste-t-elle pas à nous interroger sur ce qui nous lie, les uns et les autres, dans la réalisation d'une société débarrassée des dieux et des maîtres ? Si, à la première agression, nous réclamons vengeance, alors la police et les juges auront encore de beaux jours devant eux et jamais le cycle infernal ne s'interrompra. Dans ces situations uniques, nées du hasard des circonstances et du parcours plus ou moins chaotique des protagonistes, si nous cherchons à comprendre, sans complaisance et sans nous épargner certaines remises en question, si nous essayons de privilégier les solutions où le mal commis pourra être réparé, autant que possible (et en écrivant cela, je n'en sous-estime pas la difficulté), alors peut-être verrions-nous évoluer une société plus juste, en tout cas plus humaine. Certes, aux questions posées plus haut, l'esquisse de réponse est, ici, incomplète. Mais nous avons notre existence, avec ses épreuves et nos luttes, pour en préciser les contours. Une chose est cependant certaine : il est difficile de faire pire que cette justice d'abattage, avec ou sans moyens.
André Sulfide
L'article du Monde libertaire
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|   Fleur de trottoirLe monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
« Je vous salis ma rue. » La contrepèterie de Prévert est devenue le titre d'un livre (Stock) de Sylvie Quesemand-Zucca. Mais elle n'a plus rien de drôle, appliquée à la vie, ou plutôt à la survie, des SDF. SDF, terne acronyme, insulte surajoutée à la misère. SQZ est médecin, psychiatre au Samu social, d'où le sous-titre du livre : Clinique de la délocalisation. Les deux mots sont justes. « Clinique » parce que le livre tente de décrire une souffrance ; la souffrance qui naît d'une situation bizarre, la « délocalisation ». Selon l'usage actuel, faux, « délocalisation » signifie « déplacement », « renvoi », « exil », alors qu'être délocalisé, c'est être en plusieurs lieux, sans être tout à fait, complètement, en un seul. C'est n'être nulle part quelque part. Nous, nous habitons. Peu importe où nous habitons, nous habitons. Nous recevons (protection ? confort ? beauté ?) d'un lieu ; en échange nous y plaçons nos émotions, parfois notre loyauté, et nous lui attribuons notre bonheur, si le bonheur nous y vient. Or, tout au long de Je vous salis ma rue, comme tout au long de la Débine de Jean-Luc Porquet, ou des Naufragés de Patrick Declerck, courent les deux mêmes refrains ; le refus obstiné de tant de SDF d'aller dans les lieux d'accueil officiels, où il est si difficile d'habiter, au sens que nous venons de définir ; les tentatives obstinées de tant de SDF d'habiter, toujours au même sens psychologique, les lieux les moins habitables, dessous de ponts d'échangeurs d'autoroutes, terrains vagues, bouches de ventilation, voies souterraines. La délocalisation est une amputation. Le SDF serait un mutilé de paix, si l'on pouvait considérer qu'une société est en paix lorsqu'un travailleur social peut y raconter ceci, cité par Quesemand-Zucca : « Dans notre centre d'accueil de jour, et surtout notre centre d'hébergement, on constate une grande fragilisation des modes de vie, chez ceux qui travaillent, avec des contrats de plus en plus précaires. Je connais un homme qui travaille chez Renault avec des contrats intérim renouvelés toutes les semaines, depuis au moins un an et demi. Chaque semaine il a intérêt à bien coller à son travail parce que sinon c'est “Ciao bye, dehors !”. Alors la pression est maximale ! Comment pouvez-vous penser à votre réinsertion, à votre parcours familial, à votre santé, à vos droits, à votre vie, à votre parcours, à votre identité, à votre histoire quand on vous met une pression aussi terrible et que d'une semaine à l'autre, d'un jour à l'autre, on peut vous virer ? » L'une des qualités de Je vous salis ma rue pour nous, nous qui habitons, est de nous faire comprendre, un peu, ce que signifie ne pas habiter. En général, grâce à des incidents concrets, apparemment minuscules, mais qui engendrent les pires souffrances dans la réalité. Médecin, Quesemand-Zucca prescrit des médicaments aux SDF, souvent accablés de pathologies graves avant leur arrivée dans la rue, laquelle leur en inflige bien d'autres encore. Prenant l'exemple des médicaments qui permettent aux schizophrènes de moins souffrir de leurs hallucinations, elle écrit : « Dans la rue, prendre un traitement, c'est risquer de s'endormir, se faire voler ses affaires, multiplier les effets négatifs par la prise d'alcool ; c'est risquer de prendre tous ses médicaments d'un coup ou de les donner à son copain ; c'est aussi ne plus pouvoir errer, ni même marcher facilement. Cela ne s'appelle pas du soin. » « Marcher facilement », écrit-elle ? Justement, l'un des chapitres de la troisième partie, intitulée « L'asphalte », comporte un texte appelé « L'asphaltisation » : « Frontières invisibles, territoires sans paysage, cartographie indécise, carré de béton, métro, bloc d'urgences des hôpitaux, coin de la rue, abri mobile familier – œil fixe : quand on a tout perdu, quand on ne sait plus comment se bouger, la fixité de l'espace est vitale. Ne pas se perdre dans la géographie incertaine d'un corps qui tient à peine debout devient prioritaire. Plus la personne est désocialisée, plus elle prend racine, à même le sol. C'est pour cela qu'il faut l'aider à bouger, tout de suite, tant qu'elle le peut. Car plus le déracinement est grand, plus l'espace se rétrécit, plus le temps se dilue, et plus profond devient l'ancrage sur le trottoir. C'est ainsi qu'une vie sédimentée à même la ville se sculpte, invisiblement. Dans les cas extrêmes, l'homme ou la femme s'asphaltisent, comme soudés au sol, les pieds pris dans l'asphalte, au point qu'on ne peut plus repérer s'ils savent se tenir debout. Assis, appuyés, adossés, couchés, entourés d'une multitude de sacs, de bouteilles, d'aliments, ils deviennent une forme imprécise. L'hésitation est fréquente, au cours des maraudes. Y a-t-il quelqu'un sous le tas d'immondices, le parapluie, la bâche ? Certains, à force d'être figés sur place, présentent d'importantes pertes de la masse musculaire, des polynévrites liées à l'alcool, des ulcères aux jambes, des atteintes osseuses, qui renforcent l'immobilité : ils ne peuvent plus bouger. »
Nestor Potkine
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|   La lutte des signes : exposition sur un siècle d'autocollants politiquesLe monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
Avec environ 600 « objets », Zvonimir Novak et Wally Rosell proposent de restituer un siècle de vignettes, papillons, autocollants qui ont décoré les murs de nos villes et de nos campagnes. L'exposition, bâtie autour du livre La Lutte des signes, vous embarque pour un tour du monde discret, mais captivant, de l'autocollant politique. Celui des grandes organisations, conçu et fabriqué par les directions centrales, mais surtout celui issu de ces myriades de collectifs, de groupes locaux qui donnent une visibilité à la vie citoyenne de nos villes et nos campagnes. Véritables boutons de fièvre d'une activité de fourmis d'où sortent des « objets graphiques » de qualité très inégale. Tant d'individus, non prédestinés à jouer les artistes, se révèlent faiseurs d'images. Le créateur de signes est donc un artiste populaire. On peut aller plus loin en affirmant que l'autocollant politique ou social est un élément de la culture populaire, une culture de masse, faite par et pour le plus grand nombre. Pour connaître la situation sociale d'un quartier, d'une ville, d'un pays, il suffit, paraît-il, de regarder ce que racontent ses murs. Nous vous proposons une balade de cent ans sur les murs des villes et des campagnes françaises. Bienvenue dans le monde de la lutte… des signes.
À l'espace Confluences, 190 boulevard de Charonne (Paris XXe) du 2 au 27 mars 2011. Vernissage le 2 mars à 18h. La galerie est ouverte du lundi au vendredi de 10h à 18h et les soirs de représentation. Informations au 01 40 24 16 46 / resa (arobase) confluences.net
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|   Liberté, égalité, sexualités : pour les personnes handicapéesLe monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
Avec Sexe, amour & handicap, le cinéaste Jean-Michel Carré a réalisé un nouveau film poil à gratter. Un documentaire d'une grande humanité qui sera diffusé sur France 2 le jeudi 24 février, à 22 h 45. Jean-Michel Carré et les films Grain de sable réalisent des films qu'on prend en pleine tête, en plein cœur aussi. Qu'il s'agisse de parler de l'enfance, des femmes, de prostitution, des prisons, d'alternatives à la psychiatrie, de toxicomanie, de syndicalisme ou de politique internationale, les documentaires de Jean-Michel Carré ne font pas dans le consensus mou. On se souvient de titres comme Alertez les bébés (1978), Votre enfant m'intéresse (1981), Femmes de Fleury (1991), Galères de femmes (1993), Visiblement je vous aime (1995), Charbons ardents (1999), Koursk, un sous-marin en eaux troubles (2004), Le Système Poutine (2007) et d'un superbe reportage qui a fait couler pas mal de salive, Les Travailleu(r)ses du sexe et fière(e)s de l'être (2009)… Dans Sexe, amour & handicap, avec respect et complicité, Jean-Michel Carré parle du désir d'amour, de sensualité et de sexualité des personnes handicapées, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes. Atteintes de maladies dégénératives, handicapées moteur ou déficientes intellectuelles, ces personnes sont confrontées tout au long de leur vie à la plus haute des solitudes. Une réalité insupportable quand on songe que certaines personnes n'ont même pas la capacité physique de se masturber… Les coincés qui voudraient réduire ce grave sujet à de la gaudriole seront vite remis à leur place. « Ce n'est pas une affaire de cul, clame Marcel Nuss, fondateur de la coordination Handicap et autonomie. C'est un problème d'humanité. C'est un problème d'humanisation de la personne. C'est un problème de réappropriation de corps qui sont complètement déstructurés. » Il est inimaginable que des êtres humains ne puissent jamais connaître le plaisir des corps ni aucun de ces moments libérateurs qui mettent des « rayons de soleil dans la tête, là où il y avait un trou noir », comme l'explique un interviewé en fauteuil roulant. Mais la sexualité des personnes handicapées est taboue et réprimée. Les familles, les institutions spécialisées, les administrations, les responsables politiques nient ces besoins vitaux pour tout être vivant. Au Danemark, en Hollande, en Allemagne, en Suisse allemande et maintenant en France, des personnes valides ont décidé d'aider des personnes handicapées à aimer et à s'aimer à contre-courant. Ainsi, peu à peu, les contours d'un nouveau métier appelé assistant sexuel apparaissent audacieusement. Laissons les esprits pervers assimiler juridiquement cette profession à de la prostitution. « Nous vivons une époque qui déborde de bons sentiments, explique Jean-Michel Carré. On parle beaucoup de liberté sexuelle. On parle beaucoup aussi d'intégration des personnes handicapées. Quand ces deux domaines sont pris séparément, cela marche à peu près. Mais réunis, c'est autre chose… Heureusement, des gens d'une générosité rare, exemplaire, qu'ils soient en situation de handicap ou valides, se battent pour faire respecter un des droits essentiels des êtres humains. » Sexe, amour & handicap donne la parole aux adultes touchés par un handicap (physique, mental, sensoriel, psychique, relationnel), à des couples que les prétendus bien-pensants catalogueront de « hors-normes », et à de belles personnes qui œuvrent pour le bien-être intime et sexuel de toutes et de tous sans discrimination. Nous entendons la sexopédagogue suisse Catherine Agthe et la sexologue Sheila Warembourg. Nous entendons des assistants sexuels parler de leur formation et de leur pratique (parfois bénévole) par le biais de massages, du naturisme… Nous entendons un couple « mixte » qui expose sans tabou son intimité sur un blog. Nous entendons les représentants d'associations (Choisir sa vie, Sexualité handicaps pluriels) qui militent pour la reconnaissance des assistants sexuels. Des témoignages poignants que l'on écoute entre émotion et colère, et parfois avec le sourire parce que, a priori, « la sexualité est quelque chose de fun », comme le rappelle un relaxologue.
Paco Sexe, amour & handicap, un film de Jean-Michel Carré (70 mn) produit par les Films Grain de Sable avec la participation de France Télévisions.
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|   Nouvelles des frontsLe monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
Garde prétorienne. Sarko, qui ne recule pas devant un million de manifestants en colère en 2010, s'incline devant les 12 000 matraqueurs des trop fameuses compagnies républicaines de « sécurité » (CRS) et renonce à sanctionner les magistrats selon lui incompétents. Comment, en effet, se mettre à dos les chiens de garde du système, ceux tabassent d'abord, ceux qui enferment ensuite… Que deviendrait alors la Loppsi 2, cette loi du tout sécuritaire à peine dénoncée par la gauche parlementaire ? Ne jamais s'aliéner les outils indispensables au Prince pour faire régner son « ordre », toujours remplir la gamelle à ras bord de ceux qui faute d'être loups demeurent des chiens serviles, comme le décrit une vieille fable trop oubliée aujourd'hui du sieur La Fontaine. Du même tonneau, les salariés de GRP Sécurité, qui gèrent les caméras de vidéosurveillance des gares en Ile-de-France, se sont mis en grève pour une revalorisation des salaires. Ces supplétifs ne touchent, pour leur basse besogne, que 1 200 euros nets par mois. Comme quoi, la gamelle publique est encore meilleure que la privatisée. Plus aucun mouvement d'ampleur, mais partout des conflits. Grève des salariés des remontées mécaniques dans les stations de ski, perturbations dans la moitié des 400 crèches parisiennes contre la surcharge de travail et dans les écoles de la capitale contre la fermeture de neuf établissements. Grève des dockers à Marseille pour la reconnaissance de la pénibilité du travail et grève des marins de la SNCM pour le maintien du trafic vers la Corse. Grève et occupation en Saône-et-Loire de la plateforme du transporteur Norbert Dentressangle menacée de fermeture. Patron de choc qui fait rouler pour son plus grand profit des chauffeurs bulgares et roumains… moins gourmands que les routiers du cru. Carrefour, autre roi de l'exploitation, a été taclé par la justice pour abus de bas salaire. Autrement dit, même pas le Smic. Grève et manif en demi-teinte à l'Éducation nationale contre les 16 000 suppressions de postes à la rentrée 2011 1. Et du neuf, grève des usagers des lignes SNCF, banlieues et grandes lignes, systématiquement perturbées. Ces derniers, face aux retards répétés, font la grève de la présentation du titre de transport… Une belle initiative à généraliser et une façon de rapprocher cheminots et usagers. Quant aux emplois, la curée continue. À Marseille, Ryan Air quitte le tarmac et détruit mille emplois, sous-traitance comprise, après avoir été condamné pour travail dissimulé. Près de Tarbes, l'usine de colle Bostik du groupe Total ferme et 30 salariés sont priés d'aller sniffer ailleurs ; à Bourgoin-Jallieu, Photowatt a annoncé la suppression de 95 emplois, le photovoltaïque n'a plus le vent en poupe ; à Lyon, Fagor-Brandt lave son linge sale en famille et vire 560 salariés. Enfin, ParuVendu, un gratuit sans intérêt du groupe Hersant Média, pourrait en liquider 758 sous prétexte de réorganisation. La précarité, elle, se porte comme une femme de gendarme manifestant devant une caserne, c'est-à-dire bien. En chiffres, ça donne, en 2008, 455 000 ruptures conventionnelles ; fin 2010, 659 400 intérimaires, soit une hausse de 20 % ; 1,8 million de foyers au RSA ; 3 millions de mal-logés. Et quand tu n'es pas précaire, on te harcèle : La Poste, 70 suicides en 2010 ! En dehors de l'Hexagone, libéralisme oblige, c'est du pareil au pire. En Inde, en 2009, 17 000 paysans se sont suicidés (une hausse de 7 % par rapport à 2008) suite à des récoltes insuffisantes et à la misère. Au Royaume-Uni, 20 % des jeunes sont au chômage et le plan d'austérité du gouvernement prévoit encore la suppression de 330 000 emplois. En Grande-Bretagne toujours, la BBC, par mesure d'économie, va dégager 650 collaborateurs sur 2 400 et la banque Barclays environ un millier. Au Brésil, le paradis du Parti du travail, la nouvelle présidente annonce un plan d'austérité de 30 milliards de dollars et la limitation des salaires. Dans le monde, le Bureau international du travail a recensé, en 2010, 205 millions de chômeurs dont 78 millions de jeunes – et il ne s'agit probablement que du haut de l'iceberg, les chômeurs peu ou prou inscrits. Combien en réalité ? Égypte, après la révolte politique, la révolution économique : de nombreuses grèves dans tous les secteurs pour des salaires décents : fonctionnaires, employés des pyramides, chemin de fer, sidérurgie, ouvriers du textile, etc., et déjà l'armée menace, chien de garde toujours. Italie, 11 mars, appel à une grève générale du syndicalisme radical (Cobas et compagnie) contre les centrales réformistes cogestionnaires et les conditions économiques. Un exemple sans doute à suivre ici aussi, d'autant que la lutte pour les retraites est encore à venir. En Espagne, le gouvernement « socialiste » de Zapatero a adopté le principe d'un départ à la retraite à 67 ans ; dans le même temps, en Allemagne, le leader du Parti libéral, un certain Westwelle, plaide lui aussi pour cet âge dans toute l'Europe. Reste à savoir qui imposera la mesure en France, Sarko ou Strauss-Kahn ? Les paris sont ouverts pour après 2012. Enfin, deux bonnes nouvelles pour finir. Les autoroutes belges jusqu'alors gratuites vont devenir payantes et accrochez-vous bien aux pages du Monde libertaire, Le Quotidien du peuple, organe officiel du Parti communiste chinois, sera bientôt introduit en bourse. On n'arrête pas le grand bond en arrière et le sens de l'histoire.
1. Suppressions de postes qui pourraient avoir pour conséquence la fermeture du lycée autogéré de Paris (LAP), puisque cinq postes sont supprimés, soit 20 % de l'effectif. L'article du Monde libertaire
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|   Peuple doux, flics brutauxLe monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
Le 21 janvier dernier, à Anduze (Gard), lors d'une manifestation de protestation contre un projet de rattachement d'une communauté de communes à l'agglomération voisine, un commandant de gendarmerie a, une fois de plus, apporté un brillant témoignage de la brutalité légendaire de nos forces dites « de l'ordre ». Alors que les manifestants se contentaient de bloquer une voie de chemin de fer, sans insultes ni jets de projectiles, sans la moindre manifestation de violence, ce gradé a subitement sorti sa bombe lacrymogène pour asperger allègrement la foule depuis le quai. S'en est suivi une bonne pagaille, un mouvement de foule pendant lequel les gendarmes en ont profité pour cogner à coups de matraque les manifestants qui passaient à leur portée. En témoigne ce viticulteur de 60 ans qui déclare au Monde : « Il m'a porté plusieurs coups de poing au visage, alors que j'étais maintenu par deux gendarmes. Pourtant, je n'avais rien fait de violent. Il a fait tomber sa bombe lacrymogène devant moi et je l'ai simplement ramassée et jetée au loin... » Pourquoi ? Personne ne sait vraiment. La vidéo qui révèle les faits montre bien l'absence de toute attitude belliqueuse de la part des manifestants. Depuis le 3 février, l'Inspection de la gendarmerie nationale (IGN) a ouvert une enquête pour faire la lumière sur cette histoire... Les médias – du moins ceux qui en ont parlé – se font larmoyants, s'étonnent à nouveau de la brutalité de la police française. Comme si cela n'était jamais arrivé; ils se montrent surpris, choqués. Pourtant, il y a à peine trois mois, des flics ont tué un homme dans un immeuble de Colombes (Hauts-de-Seine) et un autre, le 12 décembre, à Marseille, avec un tir de flashball. Les journaleux doivent avoir la mémoire bien courte. Les brutalités et les crimes policiers s'accumulent et, à chaque fois, c'est la même rengaine : on s'indigne, et on passe à autre chose. On promet une enquête de l'IGN (ou de l'IGPN, selon les corps répressifs impliqués), histoire de calmer les esprits. Et la suite, on la connaît aussi : l'IGN étouffera l'affaire ou blanchira les bleus, et, si elle vient à les mettre en cause, on pourra compter sur la justice bourgeoise pour les relaxer sans complexes. Ah, douce France. Sous d'autres cieux, le crime d'un flic déclenche des révoltes. Chez nous, c'est à peine s'il fait couler de l'encre. Une chose est sûre, on est trop gentils. Guillaume Goutte
L'article du Monde libertaire
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|   Printemps syndical ?Le monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
L'hibernation fait des ravages dans le mouvement social. Ajoutez à cela ce qui se passe en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et vous aurez un aperçu du pourquoi tant de brouillard sur le front des luttes. La grève des magistrats est certes remarquable, tout comme les efforts des dockers pour faire reconnaître la pénibilité de leur boulot, mais question unité syndicale cela ne fait pas la rue Michèle. Pendant ce vide organisationnel, Bernard Thibault, secrétaire de la CGT, peut déclarer : « Je considère que la CGT a le potentiel de développement le plus important par sa démarche, par les revendications qu'elle porte et parce qu'elle est unitaire. » Voire, les camarades qui militent à Force Ouvrière doivent avoir une autre opinion sur cette déclaration à l'emporte-pièce. Il est vrai que l'organisation syndicale de l'avenue du Maine à Paris a décidé de faire cavalier seul. Se démarquer des autres centrales, pourquoi pas, mais certaines déclarations laissent dubitatifs. Commençons par Jean-Claude Mailly, secrétaire de Force Ouvrière : « Il n'y a pas plus un axe FO-CFDT qu'un axe FO-FO et ça me suffit bien. » À quoi répondait un délégué : « Notre isolement n'est pas facile mais c'est notre honneur. » Unité syndicale vouée aux oubliettes ? Il faut espérer qu'il y a d'autres voix dans la militance de base. Pour ne pas parler d'elle, la CFDT brille (sic) par son absence dans les médias. L'autonomie engagée garde son quant à soi. En attendant le résultat des courses sur la loi de représentativité syndicale ? Mais pour un printemps syndical ça fait un peu court. Et ce n'est pas Fernand Pelloutier ni Pierre Monatte qui me contrediront.
Jean-Pierre Germain
L'article du Monde libertaire
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|   Rentrez vos poules sarcelloisesLe monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
Tirant tête hors du trou, qu'entends-je ? Après La Tunisie, après l'Égypte, à qui le tour ? Laissant les envoyés spéciaux du Monde libertaire, lesquels au Yémen, en Lybie ou encore en le beau royaume de Bahreïn nous narrent – et avec quel talent ! – les soubresauts et embrasements d'une rue qui, quoi qu'on en dise, gouverne, les laissant donc, ces camarades dont on vante trop peu le courage et la finesse d'analyse, couvrir au plus près ces sujets épineux s'il en est, l'autruche préfère, ici, parler de tout autre chose. De la Berlu, tiens, ça fait longtemps. Il cavaliere a beau se dire « absolument pas préoccupé » par le procès qui l'attend aux premiers jours d'avril, n'empêche : voilà un pays, l'Italie, où le président du Conseil toujours en exercice est traduit devant la justice. Pendant ce temps, de l'autre côté des Alpes, tout est fait afin d'éviter au citoyen Chirac, en retraite depuis 2007, une comparution jugée par d'aucuns infamante ; il semble par ailleurs, pour le pouvoir en place, impossible ne serait-ce que d'envisager la démission d'une ministre aux affaires étranges, tant la fréquentation des dictatures, de ses palais, continue d'aller de soi et ne pas émouvoir grand monde. Comme le susurrait Sarko lors de son show télé à plaisanteries multiples, tout porte à croire que, dans ce pays, « tout n'est pas en abscisse et en ordonnée ». Tu parles, chacal ! Tes abscisses sont autant d'abcès, de pustules pullulant sur le corps social, exemple récent : la Sécu. Future victime du programme de casse systématique des acquis, c'est par la bande que Sarko et ses potes mafiosi s'attaquent à cette citadelle, usant jusqu'à la corde du prétexte de la dépendance, surtout, de son financement. Bien entendu, comme d'habitude, les caisses sont atrocement vides. Sarko, économiste en diable, demande donc « à chacun d'entre vous d'examiner toutes les autres options possibles, y compris celle de l'assurance ». Privée, l'assurance, ça va de soi. La création de la désormais célèbre cinquième branche, livrée d'emblée aux assureurs, risque bien d'être le premier coin enfoncé au cœur du principe de solidarité. Mais pourquoi ne pas privatiser dans le même mouvement l'assurance maladie, l'assurance vieillesse… ? Pas d'impatience : ça viendra. Quelle que soit la façon que choisiront ces aigrefins pour nous la mettre grave, certains de nos contemporains n'auront guère le loisir d'en supporter les conséquences. Au hasard : les Roms. Une double page dans la presse livre un constat sans concession : non seulement les expulsions n'ont pas chassé les Roms de France, dont le nombre reste à peu près stable, mais surtout les conditions de vie de ceux et celles y résidant se sont largement dégradées. Belle réussite, y'a pas à dire. Variable d'ajustement de la politique migratoire (les Roms constituent plus du tiers des reconduites à la frontière), on en use pour gonfler les chiffres, sans se soucier des conséquences. « Oui, il faut expulser les Roms », s'emporte ainsi Jacques Myard, député UMP. « Expulser permet de rappeler à ces gens qu'ils ont le droit de venir, mais pas de s'établir en France. » Le droit de jouer les touristes, quoi. Pour l'heure, ces « touristes »-là survivent dans d'immenses bidonvilles, tel celui de Sarcelles, dans le 95, qui compte un millier d'habitants et… un unique point d'eau, une borne d'incendie, à l'entrée du campement. Et c'est sans compter les déchets qui s'entassent entre les baraques, comme personne ne vient les ramasser (pas une benne à l'horizon). À Sarcelles, les riverains seraient, parait-il, exaspérés. « Il y a un vrai risque pour notre santé », se lamente l'un d'eux. Et tes poules, tu as pensé au moins à les rentrer ?
Frédo Ladrisse
L'article du Monde libertaire
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|   Une nouvelle théorie de l'auto-organisationLe monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
En 2009, Elinor Ostrom est la première femme à avoir reçu le prix Nobel d'économie. Cette politologue étatsunienne démontre que ni les entreprises ni l'état ne sont capables de gérer correctement les « biens communs ». Seule fonctionne l'auto-organisation de toutes les parties concernées. Serait-ce une piste pour réactualiser les fondements de l'anarchisme ?
Autogestion, auto-organisation. Il paraît que c'est démodé ! Les partisans de la gouvernance verticale nous prennent pour des soixante-huitards nostalgiques : « Le monde a changé les gars ! Réveillez-vous ! Les montres LIP ont été remplacées par des Blackberry ! ouh ouh ! » Effectivement, le monde a changé, mais il me semble que ce soit plutôt favorable à l'autogestion. Le monde est devenu si complexe qu'il est désormais difficile pour un pouvoir central et autoritaire de « gérer » les affaires courantes. L'époque est à la décentralisation, aux pôles multiples, à la complexité, à l'horizontalité, à la virtualité, aux réseaux, à la rapidité. Tous les vieux régimes vertico-centripètes sautent comme des bouchons de champagne. Mais le moment de trinquer à la santé de l'autogestion n'est pas encore arrivé. Il va falloir bosser. Une piste de recherche prometteuse, c'est Elinor Ostrom qui nous la donne. Son œuvre est dense et complexe, et malheureusement seul un livre a été traduit en français 1 (en 2010 alors qu'il date de 1990 !). Même si le monde a évolué en vingt ans, ce livre reste pertinent et stimulant. Mais autant vous le dire tout de suite, il faut retrousser ses manches et mettre les mains dans le cambouis. Il n'y a pas de résumé, ce n'est pas du « prêt à penser » !
« Les usagers sont incapables de s'auto-organiser »
Un bien commun est une ressource renouvelable collective, telle qu'un site de pêche, des étendues d'eau, des prairies de pâturage, des lacs, des océans, des nappes phréatiques, des forêts, des systèmes d'irrigations ou même des connaissances, des logiciels libres ou le réseau Internet. Ce sont des ressources qui d'un côté sont produites continuellement, et de l'autre sont consommées par des personnes qui en dépendent. Traditionnellement, les analystes, économistes et politologues, ont pris l'hypothèse que les individus se comportent de manière à maximiser leurs bénéfices à court terme. Ils appellent ce personnage égoïste et rationnel, un homo œconomicus 2. Prenez un groupe d'homo œconomicus et donnez-leur quelques vaches à chacun. Placez tout ce beau monde dans une grande prairie, et observez. Chacun va faire en sorte que ses propres vaches puissent brouter un maximum d'herbe pour faire un maximum de rendement. Le problème, c'est que la prairie ne supportera pas une telle pression et finira par mourir, et tout le monde en souffrira. Profits individuels, pertes collectives, un grand classique. Depuis 1968, on appelle cela « la tragédie des biens communs », une expression célébrissime chez les économistes, inventée par le biologiste Garrett Hardin 3. C'est bien connu, les gens sont incapables de s'organiser ! À l'époque, Hardin a suggéré qu'il y avait deux solutions : « soit le socialisme, soit la privatisation et la libre entreprise » 4. Sa vision et son influence ont justifié de nombreuses politiques de nationalisation et surtout contribué à répandre une vision pessimiste et paralysante de la nature humaine… terreau du capitalisme triomphant. Il suffit d'ouvrir les yeux pour constater que cette vision de l'humain est fausse : d'un côté beaucoup d'« autorités » accélèrent la destruction des ressources naturelles et de l'autre, nombreux sont les cas où les usagers gèrent correctement leurs ressources eux-mêmes de manière durable parfois depuis des centaines d'années. Exemple très simple. Il existe une vaste étendue de steppes au carrefour entre la Chine, la Russie et la Mongolie. Une image satellite a pu mesurer la dégradation des pâtures de chaque côté des frontières. La Chine et la Russie ont historiquement nationalisé la gestion des pâtures, avec pour conséquence une sédentarisation des colonies agricoles. Plus tard, la Chine a privatisé le tout en petites parcelles individuelles destinées à chaque ménage alors que la Russie en a conservé la gestion centralisée. Résultat, près des trois quarts des pâtures Russes (État centralisé) et plus d'un tiers des Chinoises (petites parcelles privées) ont été dégradés, alors qu'en Mongolie, qui a conservé son système pastoral itinérant traditionnel basé sur des petites institutions de propriétés de groupe, moins d'un dixième des surfaces a été dégradée 5. Dans la réalité, les gens discutent, s'organisent et même créent des règles collectives, se récompensent et se punissent mutuellement. En postulant que les humains sont faillibles, qu'ils ont une rationalité limitée et qu'ils sont très sensibles aux normes sociales, on arrive à comprendre pourquoi dans certains cas, des collectivités arrivent à gérer de manière économiquement optimale et durable des biens communs en créant des arrangements institutionnels propres. Essayer de dégager les règles qui font que ces arrangements fonctionnent à partir de l'étude de cas réels, voilà le travail d'Elinor Ostrom. Son équipe a mis en place les bases d'une véritable théorie de l'auto-organisation, en analysant les « systèmes socio-écologiques complexes » dans leur ensemble.
Entrer dans la complexité
Voici très brièvement exposés les huit principes de base retenus pour un bon fonctionnement de la gouvernance d'un bien commun 6. 1) Il faut clairement identifier les limites du système, ainsi que les parts que chacun peut prélever. 2) Les règles d'appropriation et de fourniture des ressources doivent être adaptées aux conditions locales (en termes de temps, d'espace, de technologie, etc.). 3) Les personnes concernées par les règles peuvent participer au processus de décision. 4) La surveillance se fait par les appropriateurs 7 eux-mêmes ou par des gens qui rendent compte directement aux appropriateurs. 5) Une échelle de sanction graduelle est établie pour les appropriateurs qui transgressent les règles. 6) Les mécanismes de résolution de conflit doivent être bon marché et faciles d'accès. 7) Les droits des appropriateurs d'élaborer leurs règles et institutions ne doivent pas être remis en cause par des autorités gouvernementales extérieures. 8) Pour des ressources plus grandes, il faut organiser la gouvernance en multiples niveaux imbriqués. Plus généralement, il faut aussi veiller à renforcer les structures d'auto-organisation naissantes, toujours prendre les décisions proches du lieu de l'action, c'est-à-dire de la ressource, encourager les systèmes de gouvernance polycentriques et ne jamais proposer une solution unique. Pour les grandes ressources internationales, leur gestion est encore très problématique et souvent désastreuse. Pensez au thon rouge ou même au climat, leur gouvernance dépend à la fois des institutions internationales, nationales, régionales et même locales... Cependant, pour Ostrom, il faut conserver cette richesse : « La diversité des institutions internationales est aussi importante que la diversité biologique pour notre survie à long terme. » 8 Expliquer toute la théorie d'Ostrom en quelques lignes n'est pas l'objectif de cet article. Il s'agit plutôt d'une invitation à découvrir une pensée nouvelle qui rafraichirait notre manière de concevoir l'auto-organisation. Et d'étudier ses ressemblances et divergences avec les théories anarchistes de l'autogestion… Affaire à suivre 9.
Pablo Servigne
1. Elinor Ostrom, Gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles, Etopia/DeBoeck, 2010. 2. Les prédictions des modèles de l'homo œconomicus sont toutefois très souvent validées dans des situations spécifiques de marchés ouverts et compétitifs de sociétés industrielles. 3. Garrett Hardin, « The tragedy of the commons », Science, n° 162, 1968, p. 1243. 4. Garrett Hardin, « Essays On Science And Society: Extensions of The Tragedy of the Commons », Science, n° 280, 1998, p. 682. 5. David Sneath, « State Policy and Pasture Degradation in Inner Asia », Science, n° 281, 1998, p. 198. 6. Voir Ostrom, Gouvernance des biens communs, op. cit., p. 114. 7. Ceux qui prélèvent les ressources sont appelés les « appropriateurs » (les pêcheurs, les éleveurs, etc.), les personnes qui organisent la fourniture de la ressource sont les « fournisseurs ». 8. Elinor Ostrom et al. « Revisiting the Commons: Local Lessons, Global Challenges », Science, n° 284, 1999, p. 278. 9. Cet article est largement inspiré d'un article plus conséquent intitulé « La gouvernance des biens communs » publiés en 2010 par le centre Barricade et disponible sur www.barricade.be
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|   Le Monde libertaire éditorial du n°1623Le monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
Les pouvoirs exécutif et judiciaire s'engueulent en ce moment. Ce pourrait être un motif immédiat de réjouissance pour nous, anarchistes, si les faits étaient aussi simples à décrire. En réalité les actuels détenteurs du pouvoir exécutif ont imposé à la fois de diminuer les moyens matériels et les effectifs dans les tribunaux, augmentant considérablement la charge de travail des magistrats. Au point qu'en novembre dernier un juge d'instruction s'est suicidé, accablé par la quantité de dossiers à traiter et l'obligation de choisir lesquels passer en premier, laissant un grand nombre de personnes attendre de connaître leur sort. Ne nous apitoyons tout de même pas trop sur le sort d'agents parfois responsables du gâchis de vies humaines, mais reconnaissons que leur rôle n'est pas symétrique à celui d'un président ou d'un ministre de la République puisqu'ils sont en interaction directe avec la fameuse et mal nommée « société civile ». Ce sont des valets. Et ces valets ont reçu ordre de bosser plus ; le temps n'étant pas extensible, ils ont bossé moins bien ; alors le Roi les en a blâmé publiquement. Il aura fallu une pression vraiment grande avant que les valets ne se rebiffent. Voilà un motif de réjouissance pour nous autres anarchistes : sous la pression, même ceux qui, à l'occasion, condamnent des actes contestataires en viennent à contester publiquement le sommet de leur hiérarchie. Et en faisant grève ! Il s'agit certainement là d'une piste sur le long chemin de la transformation de l'organisation politique. La tension et le déclic. En Tunisie, la tension sociale était immense et depuis longtemps mais il a fallu l'humiliation et le suicide en public d'un homme pour déclencher l'ample mouvement social qu'on a vu. Ce même mouvement a été le déclic de la contestation massive en Égypte. Beaucoup d'autres événements populaires de l'histoire pourraient être décrits ainsi – pas tous cependant –, bien qu'il ne faille pas se borner à attendre des déclics puisque rien n'assure a priori que la société devienne plus juste. Et créer des déclics ? Si ceux-ci consistent en humiliations, tirs contre la foule ou suicide d'un martyr, la réponse est évidente : c'est non. Mais observer les événements, dénoncer ceux qui ne sont que de la poudre aux yeux – le Spectacle –, pointer ceux dont on doit profiter et transmettre les valeurs d'une société juste où l'individu est autonome, telles sont certaines des tâches d'un anarchiste aujourd'hui, une étape vers la révolution.
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|   Agriculture de pesticides, société liberticideLe monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
En décembre s'est tenue la deuxième assemblée générale de la Fédération française des apiculteurs professionnels (FFAP 1), jeune syndicat indépendant créé dans l'urgence en 2009 pour répondre à la volonté étatique d'organiser à marche forcée la filière apicole. à cette occasion, la directrice de l'Institut technique apicole est venue présenter le programme des recherches de l'année 2011. Celui-ci a soulevé un véritable tollé parmi les apiculteurs. En effet, l'institut se soucie bien plus de la pollinisation (c'est-à-dire l'apiculture au service de l'agriculture) que de la mortalité anormale qui affecte les cheptels (aujourd'hui presque 50 %). Sur le terrain, cette perte de cheptel est attribuée essentiellement aux pesticides et autres biocides qui dégradent l'environnement de l'abeille, qui alors devient plus sensible aux parasites, virus et autres maladies. La FFAP a donc adopté une motion exhortant son institut technique à prendre la problématique des pesticides et biocides à bras le corps, à défaut de quoi il perdra toute crédibilité auprès de la profession – crédibilité déjà bien entamée puisque le vice-président de cet institut est adhérent à la FNSEA, syndicat pas vraiment favorable à une agriculture paysanne… Lors de cette même journée, des conchyliculteurs (éleveurs de coquillages), connaissant eux-mêmes une surmortalité encore plus terrible (environ 80 % du cheptel !), ont participé à un échange de vues sur cette problématique. Ces éleveurs commencent aussi à mettre sérieusement en doute les causes multifactorielles avancées par les pouvoirs publics. Les pesticides commencent à être montrés du doigt. De fait, les biocides pénètrent dans la terre, gagnent les nappes d'eau puis les rivières et arrivent dans les estuaires… à ce compte-là, on peut se poser des questions sur les effets de ces substances sur l'être humain. Quelques chiffres donnent froid dans le dos 2. Dans la famille des néonicotinoïdes, molécules qui agissent sur le système nerveux central des insectes, l'imidaclopride est 7 000 fois plus toxique que le DDT ! Certes les agriculteurs pulvérisent des volumes inférieurs sur leurs champ mais certainement pas 7 000 fois moins… Une autre molécule, le thiamethoxam (étiqueté comme poison), sert en enrobage de semence (c'est-à-dire que la plante va absorber cette molécule toute sa vie) notamment pour le maïs. Un seul grain de maïs rend impropre à la consommation humaine 5 000 litres d'eau, ce qui donne pour 1 hectare de maïs : ½ milliard de litres d'eau ! Mais soyons rassurés, on ne trouve que ce qu'on cherche. Et il est impensable de développer un laboratoire indépendant comme pour le nucléaire (Criirad 3), de nouvelles molécules pesticides sortant sur le marché tous les ans… Sans parler du secret industriel… Et puis peu importe puisque les laboratoires font des recherches pour fabriquer une abeille OGM résistant aux pesticides 4. Pour en revenir au chapeau de cet article, il devient difficile de blâmer les agriculteurs (sans pour autant les disculper !). En effet, ils sont souvent pieds et poings liés par les producteurs de semences et les fabricants de biocides, souvent les mêmes. Pour autant, ces entreprises contrôlent-elles notre alimentation ? Il y a les légumes du potager ! Pour sûr, mais combien de jardiniers conservent leurs graines ? Et depuis que les semences doivent être inscrites dans un registre, les variétés anciennes ont tendance à être éliminées ou mises hors-la-loi 5. On peut penser aussi aux huîtres dont quasiment plus qu'une seule variété est élevée… Enfin, est-ce que contrôler l'alimentation permet de contrôler la société et son mode d'organisation ? La question se pose clairement quand on songe à la spéculation sur le riz ou le blé ou, encore pire, sur l'eau. Par ailleurs, toute personne contestant cette agriculture industrielle est souvent amenée à se taire à cause de diverses pressions (apiculteurs dénonçant le gaucho subissant des contrôles fiscaux 6, les condamnations à de fortes amendes de Kokopelli 7, les chercheurs opposés aux OGM mis sur la sellette). En tant qu'anarchistes, il est temps que nous engagions réflexions et luttes sur cette problématique agricole, un peu oubliée ces derniers temps. Car aucune révolution ne pourra faire l'économie d'une remise à plat du fonctionnement de l'agriculture et de l'approvisionnement de la population. Il ne pourra y avoir de changement de société sans changement d'agriculture. Une société anarchiste avec une agriculture de biocides n'a aucun avenir. Comment la population pourrait-elle accepter les scandales environnementaux et sanitaires liés à ce type d'agriculture ! Nous devons lutter pour une agriculture paysanne, respectueuse de son environnement, qui tienne compte des besoins de la population, le tout à un niveau local. Mais tout ceci répond essentiellement à des problèmes d'ordre écologiques auquel le capitalisme va lui aussi être confronté et sa réponse sera sans doute de récupérer ces alternatives, ce qui sera facile si elles n'ont pas au minimum une organisation libertaire, et surtout si elles ne développent pas un volet sociologique et économique. Donc une simple réforme du système agricole capitaliste comme le prône la Confédération paysanne ne peut être suffisante. De même que créer une amap ou l'investir pour lui donner une tournure organisationnelle anarchiste ne saurait être la solution si on ne rappelle pas ce que signifie ce sigle. Il ne s'agit pas uniquement d'un label pour avoir de bons produits à côté de chez soi, il s'agit de maintenir (d'ailleurs si on est révolutionnaire on devrait plutôt parler de « développer » et donc d'adap !) une agriculture paysanne. Cela signifie : fermes à dimension humaine donc sans salarié permanent, une agriculture non spécialisée dans un domaine ou, tout du moins, un fonctionnement entre les différentes fermes basé sur l'entraide et la coopération. Pour mener à bien une telle révolution agricole, il faudra bien plus de paysans qu'aujourd'hui, il faut donc promouvoir le partage des savoirs et techniques agricoles via des universités populaires pratiques, par exemple. Il faut également récupérer et réquisitionner les terres, démanteler les gigantesques exploitations spécialisées. Il faut créer des circuits de distribution courts. Il va donc être nécessaire de repenser l'espace urbain car comment être à proximité des mégalopoles contemporaines qui ont rejeté l'agriculture à des dizaines de kilomètres. Cela implique donc de casser ce béton, décongestionner la ville, décentraliser. Il est nécessaire de penser une autogestion entre consommateurs et producteurs, voire même casser cette distinction, remettre au goût du jour la prise au tas qui amène à repenser l'idée de l'argent dans nos échanges… Et pour cela, il faut clairement soutenir les agriculteurs qui s'engagent dans ces changements, en mettant en avant nos choix pour la mutualisation et l'autogestion anarchistes. Et cela passe sans doute par le développement de nos propres outils (mutuelles, banques du peuple, fédération de producteurs, etc.) pour aller dans ce sens. Quand est-ce qu'on commence ?
Guillaume, Fédération anarchiste (29), CNT FTTE
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|   Congrès Force ouvrière : quels enjeux ?Le monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
Le congrès confédéral de Force ouvrière se tiendra du 14 au 19 février à Montpellier. Ce sont plus de 3 000 délégués qui débattront pendant une semaine du rapport d'activité du bureau confédéral et des résolutions qui déterminent les mandats de l'organisation pour les trois prochaines années. Trois mille délégués, c'est environ deux fois plus que pour les congrès CGT ou CFDT, tout simplement parce que les statuts ne permettent pas à FO de filtrer les congressistes. Tout syndicat de base peut déléguer un mandaté porteur d'un nombre de voix proportionnel aux adhérents qu'il représente sans que les directions des unions départementales ou des fédérations ne puissent exercer de veto. Le seul obstacle est matériel, puisque c'est aussi au syndicat de base de financer les frais de transport, d'hébergement, de restauration. Mais même sur ce plan un certain nombre d'unions départementales (dont la mienne) « mutualisent » les moyens et permettent à des syndicats sans le sou de participer au congrès. à cela s'ajoute le droit absolu pour tout mandaté de s'exprimer à la tribune. Tout cela aboutit à une liberté de ton assez peu fréquente dans le milieu. Bien évidemment, cela ne signifie pas que des manœuvres diverses, des discussions de couloir, des alliances de circonstances existent mais le fait est que l'appareil a souvent bien du mal à cadrer les choses comme il le souhaiterait. C'est particulièrement frappant lors des discussions des résolutions. La direction propose sur les différents sujets des textes souvent « semouleux » qui permettraient ensuite des interprétations très souples du mandat. Mais à la fin de débats souvent acharnés en commission, jusqu'à 3 ou 4 heures du matin, le résultat est souvent assez radicalement différent, y compris si un secrétaire confédéral doit avaler son chapeau ! C'est ainsi qu'au congrès de Lille en 2007, un mandat clair a été fixé sur la question des retraites et c'est sur la base de ce mandat que la direction confédérale a pu être « recadrée » à l'automne dernier quand c'était nécessaire. Le mot d'ordre de « retrait » de la loi impulsée par Sarkozy s'est imposé et la confédération a porté l'idée de grève et de blocage, alors même que l'intersyndicale autour de l'axe Thibault-Chérèque conduisait sciemment les salariés dans le mur. FO n'a signé aucun de ces communiqués « intersyndicaux » ne revendiquant rien et organisant des journées saute-mouton dont on connaît la nocivité. Sans parler de la honte du communiqué appelant « au respect des biens et des personnes » ! Certes, on aurait pu souhaiter que Jean-Claude Mailly soit plus pugnace dans ses quelques interventions médiatiques mais l'essentiel a été que le cap de l'indépendance a été maintenu alors même que les pressions syndicales, politiques et médiatiques pour faire rentrer FO dans le rang ont été très fortes. L'enjeu de ce 22e congrès réside essentiellement dans le maintien de ce cap au moment où les sirènes du syndicalisme d'accompagnement, avec tous les avantages que cela procure aux bureaucraties, se font pressantes. Et il existe à FO des structures dans la métallurgie, l'agriculture et l'alimentaire ou dans tel ou tel département dont le moins que l'on puisse dire est qu'elles ne brillent pas par leur esprit de résistance ! Au moment où Nicolas Sarkozy et sa clique (ainsi que ceux qui aspirent à les remplacer en 2012) entendent détruire ce qui reste de la Sécurité sociale (discussion avec les « partenaires » au printemps, projet de loi début juillet et vote en automne, cela ne vous rappelle rien ?), des services publics et des libertés individuelles, mieux vaut pour le mouvement social que FO soit bien orientée. C'est pas la révolution mais ça aidera, et cela aucun militant de luttes de classes conséquent ne peut le négliger, en attendant mieux. Les militants anarchistes de FO prendront dans cette bagarre toute leur responsabilité, sans compromission avec quiconque mais avec une claire idée de ce qu'ils cherchent : des points d'appui pour les luttes sociales. Quant à la commission exécutive (trente-cinq membres) qui sera élue le samedi et qui connaît treize départs cette année, nous ferons modestement tout ce qui nous est possible pour qu'elle incarne sinon l'esprit révolutionnaire (faut pas rêver), du moins l'esprit de résistance qui semble vouloir se réveiller ici ou là dans le monde. Nous ferons le bilan sur toutes ces questions dans un prochain numéro. Fabrice (groupe La Sociale)
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|   C'est une douleur pour luiLe monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
Tirant tête hors du trou, qu'entends-je ? Pour commencer dans le léger, dans le qui mange pas de pain ni croûte, quoi de mieux que de citer ce brave Dupont-Aignan, pas le d'Isigny, l'autre : « quand on me connaît on vote pour moi », paonnait l'autre soir le gaulliste gallinacé – espèce menacée s'il en est. Son drame : être ignoré, alors même qu'il gagnerait beaucoup (de voix) à être connu. Las ! Dupont qui, déjà ? C'est d'une roue différente que pavanait, en d'autres pages, la mère Parisot, d'une roue libre comme l'air qu'elle ne désespère pas de pouvoir, un jour, tarifer. Un temps, la mère s'était faite discrète, au point qu'on en était inquiet, ou quasi, pour ses abatis. Mais passée la tempête grévière de l'automne elle nous revient, et en pleine forme : au sujet des revenus indiciblement indécents de ses amis patrons, Parisot rappelle, sans rire, que ceux-là « ont fait un effort considérable concernant la transparence ». On saurait mieux ce qu'ils gagnent ? Ça nous en fait une belle, de jambe, et une soi-disant toute neuve conscience pour les stock-optionnards outrancièrement blindés de biffetaille. Qu'à cela ne tienne, pour Parisot, tout continue d'aller bien mal : c'est que les entreprises françaises grossissent moins vite que les allemandes, c'est là le drame, qu'elle dit. La faute à qui ? Là, hystérie : « C'est à cause de l'ISF, de l'ISF, oui ! C'est à cause de l'ISF ! » à l'intention de nos amis sourds et autres ralentis de l'oreille : Laurence Parisot nous dit qu'elle est contre l'ISF. Au rayon des sourdingues, on trouvera aussi ce non-appareillé de Sarko, lequel n'entend ni ne comprend le cri de la magistrature, le soir au fond des bois de la justice. Il la méprise, surprise ! davantage que vous et moi – ce qui n'est pas peu dire. En un mot il la hait, la traitant telle une gangrène certes utile par moment à cette démocratie de façade, mais quelle plaie, les juges, hein ! Aussi subissent-ils à nouveau le présidentiel courroux, à l'occasion du tout dernier surmédiatisé fait divers. Mais ils réagissent, ils s'opposent, ils maugréent, ils manifestent ! Que veulent-ils, ces juges, de la brioche ? Selon Baroin, porte-parole patenté et lèche-talonnettes d'or toutes catégories confondues, « ce mouvement n'est pas juste, il est le fait de magistrats qui refusent d'assumer leur responsabilité ». Puis d'en faire des kilos, le toutou, sur le meurtre de Laëtitia, « épreuve collective », qu'il dit. Collective ? Comment ça ? Qu'a de collective une épreuve qui, de par sa nature, est à peine imaginable pour le quidam situé hors du champ direct du drame ? Cependant, se lâchant et semblant incapable d'une pudeur à minima, le récupérateur démago ose ceci, d'anthologie : « C'est le président de la République qui reçoit la douleur des familles, qui reçoit ce cri. C'est une douleur pour lui. » Ainsi donc souffre Sarkozy, en sa chair, en son être, tel l'agneau, amen… Dans le registre de l'odieux, on a rarement fait pire que cette sortie-là. Si j'étais le père de Laëtitia, peut-être trouverais-je encore la force d'aller lui péter sa sale gueule, au clébard Baroin. Et tant qu'à y être, à son maître. Ça rigole plus ? Rionz'un peu, avec nos amis les comiques, au premier rang desquels s'avance Philippe Sollers, le précieux ridicule des lettres germanopratines : « Tout jeune, j'étais déjà anarchiste. Il faut réveiller l'anarchie ! » s'emballe l'écriveur vain. Une déclaration qui, vous en conviendrez, ne manque pas de piquant de la part d'un bouffon passant le plus clair de ses nuits sans lune à hurler avec les loups qu'il est catholique, oui monsieur, pratiquant, parfaitement madame ! Et qui, lorsque c'était la mode, s'était arrangé pour sucer de ses lèvres lippées l'anneau papal de Popaul II… à voir un tel falot se réclamer subitement d'une idéologie dont il ignore tout et jusqu'à l'orthographe, on est en droit de se demander si l'anarchie n'est pas en train de devenir « fashion ». Merde alors, manquait plus que ça.
Frédo Ladrisse
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|   France, terre de contratsLe monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
Alliot-Marie, fort marrie par des remontages de bretelles médiatico-politiques à répétition, au sujet de son offre de service à la dictature tunisienne en pleine phase de déliquescence et de ses vacances de nabab dans ce même pays, proteste, s'insurge, vitupère, s'enlise dans de pitoyables tentatives d'auto-amnistie. Les socialistes singent la colère et l'indignation : Démission ! Qu'elle parte, qu'elle parte ! Pendant ce temps, le bizness prospère. Ah bon, mais c'est la crise, nous dit-on ! Mais pas partout : Panhard, un fleuron de l'industrie nationale, se frotte les mains et fait cliqueter ses tourelles. Le fabricant de blindés légers, après une période morose, voit la vie en rose en songeant aux promesses d'achat des nombreuses dictatures plus ou moins tunisoïdes ou égyptomorphes qui commencent sérieusement à blêmir en imaginant que tous les gueux encombrant « la rue arabe » – comme on dit sur TF1 et autres « médiacres » – pourraient bien les faire dégager au plus vite. Alors, quand le danger est là, un équipement de qualité s'impose. Qualité France bien sûr ! Panhard en propose à foison (« Une gamme complète d'engins à roues pour le soutien, la sûreté et le combat de contact », selon le slogan qui ouvre leur site web). Je vous conseille la page de leur site qui indique la présence dans le monde des engins de cette firme. Un planisphère piqué de points rouges montre avec éloquence qu'à part la France et quelques points disséminés en Amérique centrale, du Sud et en Europe, l'essentiel des ventes d'engins guerriers Panhard se fait dans le golfe Persique et en Afrique. Ah la Françafric, y a que ça de vrai ! Le Moyen-Orient et le Golfe ont peur et, plutôt que s'armer de patience, préfèrent les blindés légers. Les rues du Caire sont quadrillées par des chars lourds, peu adaptés à la guérilla urbaine ; il faut des engins non chenillés, rapides et maniables, avec une bonne puissance de feu tout de même. Et Panhard est là pour ça, je vous dis ! Panhard, c'est le pied, comme on dit dans les pétrodictatures du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Oman, Qatar 1, etc.) et en Lybie, où Kadhafi lorgne sur 120 blindés. Les demandes de devis affluent, apprend-on du PDG de cette entreprise dans un entretien aux Échos. L'heureux patron estime à plusieurs centaines les commandes potentielles. Du 20 au 24 février se tient le salon de l'armement Idex, aux Émirats arabes unis. Heureux hasard de l'histoire. Néanmoins, le journaliste des Échos fait remarquer que des promesses d'achat aux ventes réelles, il y a souvent un monde. Mais là, avec tout ce stress subi par les potentats du coin, les ventes devraient bel et bien se réaliser dans les meilleurs délais. « Merci aux Tunisiens et aux Égyptiens », pourrait avoir la malice de s'exclamer le marchand de canons. Reste que ce marché en pleine croissance est insuffisant pour satisfaire ce patron de choc. Heureusement, Sarkoland, tout à sa bienveillante mission de sauvegarde de la fierté nationale, a permis à l'entreprise Panhard de réaliser en 2010 un chiffre d'affaires record. L'emploi, le fric, la barbouzerie et l'honneur sont saufs…
1. Le Qatar, ce pays qui accueillera la Coupe du monde de foot en 2022 (voir l'article de Stéphane Lhomme dans Le Monde libertaire, n°1617).
Marc Silberstein
L'article du Monde libertaire
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|   La magistrature fait tache d'huile !Le monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
Police partout, justice nulle part !
Il est toujours délicat pour les anarchistes de s'exprimer sur la justice et la prison. En effet, historiquement, les libertaires ont toujours préconisé l'abolition de cette dernière, très liée au capitalisme et symbole suprême du contrôle de l'État sur les individus. Cette idée est souvent mal comprise par nos interlocuteurs. Nous pensons en effet que, non seulement, beaucoup de prisonniers n'ont commis que des délits d'ordre économique (délits intrinsèques de toute société de classes), mais surtout que la prison ne permet que très rarement la réintégration des prisonniers. Enfin, le nombre et la gravité des crimes commis par d'anciens prisonniers ne diminuent pas après un passage en prison. À notre sens, les tribunaux d'une justice souvent aveugle, non-indépendante et professionnelle devraient être remplacés par des assemblées issues de la communauté pour gérer le problème de la criminalité. Enfin, l'on peut nous traiter de doux angélistes, mais nous n'en sommes pas pour le moins convaincus que la destruction du capitalisme et l'instauration d'une société anarchiste entraîneraient la disparition d'une grande part des crimes, puisque la plupart d'entre eux découlent de la propriété privée et de l'autorité. Cependant, les anarchistes ne sont pas en marge de la société et sont bien obligés de vivre avec, avant d'arriver à la transformer. C'est pourquoi nous espérons que les derniers événements nés de propos populistes seront l'occasion de remettre en question la pratique actuelle de la justice et surtout la sécurisation à outrance de cette société liberticide.
Réfléchir avant de parler…
En effet, le 3 février dernier, Nicolas Sarkozy, jamais en manque de déclarations à sensation devant les journalistes, a promis des sanctions pour « les fautes et dysfonctionnements » à l'origine, selon lui, de la remise en liberté du meurtrier récidiviste et présumé de Laëtitia, une gamine de 18 ans. Mais ce que les magistrats n'ont pas supporté, c'est d'être visés et mis en cause avant même que ne soient connus les résultats des enquêtes en cours, tandis que depuis des années « ils tirent la sonnette d'alarme sur le manque de moyens de la justice ». Jeudi 10 février a marqué le pic de la mobilisation des professions judiciaires. À Nantes, plus de 2 000 manifestants ont défilé, rassemblant magistrats, avocats, agents de la protection judiciaire de la jeunesse, officiers de police (!), greffiers… Ils étaient tous là pour condamner « les formules mensongères énoncées par Sarkozy et son gouvernement pour faire croire que la récidive peut être purement supprimée ». Ils ont surtout exigé du ministère de la Justice qu'il « n'engage pas de poursuites auprès des fonctionnaires victimes de la pénurie de moyens dans l'affaire de Nantes ». La manifestation à Nantes a choisi la forme d'une marche silencieuse en signe de respect à l'égard du drame de Pornic. En tête de cortège se trouvaient les magistrats de la hiérarchie et les responsables des organisations syndicales (dont le Syndicat de la magistrature). Des « parquetiers », eux non-syndiqués, étaient venus des quatre coins de la France pour dénoncer « les propos démagogiques et dangereux de Sarkozy » qui a eu le culot de demander de « faire un tri dans les priorités qui incombent à leur métier ». Ces derniers ont vivement rétorqué que « cette logique gestionnaire est le pur produit de manque de moyens. Et comment prétendre faire fonctionner la justice sans moyens ? Derrière il y a des vies en jeu ». Il suffit d'assister à une audience pour comprendre ce que signifie le manque de moyens : les conseillers d'insertion se retrouvent avec un nombre trop important de dossiers à gérer. À Nantes, par exemple, à l'application des peines, on compte seulement cinq greffiers contre dix-sept préconisés sur le papier par la chancellerie. Pas d'autre choix alors que de gérer dans l'urgence.
Justice : ça branle dans le manche !
Pour les représentants du Syndicat de la magistrature, il y a une vraie exaspération partagée d'un bout à l'autre de la chaîne judiciaire : « Sarkozy est tellement en échec sur la sécurité qu'il cherche des boucs émissaires. » Virginie Valton, de l'Union syndicale des magistrats, rappelait dans une interview que, à la suite des propos de Sarkozy, un appel à repousser les audiences a été lancé à l'unanimité jusqu'à la fin de la semaine dernière, avant de convoquer des assemblées générales au début de cette semaine. À l'heure actuelle, 170 juridictions sur 193 ont voté des renvois, dont la Cour de cassation. À Lille, les magistrats (syndiqués ou non), les conseillers de probations et le barreau ont été rejoints par des associations de victimes, comme celle concernant l'amiante. Il s'agit d'une mobilisation historique, d'autant que même la hiérarchie de la machine juridique, habituellement très frileuse en France, a indiqué par des communiqués qu'elle soutenait le mouvement. Selon Virginie Valton, « Sarkozy gesticule pour faire croire qu'il agit, mais entre deux drames, il ne fait rien. Actuellement, de nombreuses lois sont dans les tiroirs du gouvernement mais elles ne sont pas votées. Par exemple, la loi sur l'amoindrissement de la récidive a été votée après le meurtre de Natacha Mougel, mais les décrets d'applications non pas été signés. Sarkozy invoque la défense des victimes pour justifier ses propos contre les magistrats. Mais nous, les victimes, nous les voyons tous les jours dans nos bureaux et aux audiences. Le gouvernement fait du populisme en préparation de 2012 ». Les revendications des magistrats sont donc de « donner à la justice les moyens de faire son métier », mais surtout que Sarkozy « cesse ses critiques envers les magistrats et tous les personnels judiciaires. Ce derniers ont été dans le viseur du gouvernement avant même que l'inspection n'ait rendu ses conclusions, alors pourquoi la présomption d'innocence devrait être appliquée à Éric Woerth ou Michèle Alliot-Marie et pas aux magistrats ? ». Enfin, le Syndicat de la magistrature dénonce la note de la chancellerie adressée à la hiérarchie judiciaire, qui a réclamé la liste des meneurs de la fronde des magistrats. Pour Virginie Valton, « il s'agit de recenser tous ceux qui ont renvoyé les audiences, afin de les sanctionner et retenir les jours de grève sur leurs salaires ». Ironie de l'histoire : les ponctions de salaire vont être difficiles à établir car les magistrats sont assimilés cadres et ne sont donc pas payés en fonction de leurs horaires ! Dans une minable prestation télévisée « en direct », mais totalement mise en scène, Sarkozy s'est une fois de plus ridiculisé le jeudi 10 février au soir. Fort de son arrogance habituelle, s'il a reconnu que « la majorité des magistrats sont compétents et honnêtes », il a aussitôt fait un parallèle, lui plutôt malhonnête, entre l'affaire de la petite Laëtitia et le drame d'Outreau, histoire de montrer que les juges ont des défaillances… Plutôt que de reconnaître les dysfonctionnements de la justice faute de moyens, il s'est contenté d'annoncer qu'en réponse à la délinquance des mineurs, avant l'été, les Français participeront à la définition des sanctions dans les tribunaux correctionnels. On craint le pire au niveau de leur sélection, surtout dans les affaires de viol ou de pédophilie qui vont attirer le chaland voyeuriste, comme des mouches sur une bouse… Mais, pour Sarkozy, il n'est pas question de moyens supplémentaires, puisque les caisses sont vides, sauf… pour les places de prison. Si on n'a pas compris le message !
Patrick Schindler
L'article du Monde libertaire
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|   Le panier de crabes de l'après-WikiLeaksLe monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
Les vicissitudes de Julian Assange ont suscité à travers toute l'Europe des vocations dont les motivations peuvent être extrêmement diverses, pas forcément désintéressées, allant du militantisme sincère à la recherche de profit. Tous cependant assurent ne pas vouloir recommencer les erreurs de Julian Assange 1. On constate une véritable prolifération de sites web, qualifiée par certains d'« anarchique » – évidemment. Bien entendu, ces sites doivent impérativement contenir le mot « leak », qui signifie « fuite » en anglais. Il paraît que deux groupes militants antimultinationales – au Danemark et en Allemagne – ont déposé en même temps le nom de GreenLeaks et sont en bagarre pour savoir qui va gagner. Faudra-t-il arriver à un procès pour cela ? Ce serait amusant. Chacun des deux groupes aurait travaillé pendant des mois pour mettre sur pied une cyber-infrastructure, créer les réseaux, mettre en place des batteries d'experts et d'avocats sans qu'aucun n'ait connaissance de l'existence de l'autre. Là, curieusement, il n'y a pas eu de fuite… Évidemment, ils sont furieux d'être en concurrence. On affirme vouloir discuter mais on menace en même temps d'avoir recours à la justice. Bref on est contre les multinationales mais on veut quand même éliminer la concurrence… Le nom de domaine GreenLeaks.org a été déposé par le groupe danois, mais – on ne sait jamais – le nom commercial l'a été aussi. Le patron de ce groupe basé à Copenhague, Mads Bjerg, est un cadre d'une société de pub sur Internet dont le patron est Jacob Hegemann, qui soutient le projet. Le plan de Bjerg est également soutenu par Birgitta Jonsdottir, une parlementaire islandaise qui a été une proche collaboratrice d'Assange, mais qui l'a laissé tomber après que les autorités suédoises l'eurent fait rechercher pour ses frasques sexuelles. Bjerg est aussi en relation avec un site nommé OpenLeaks par l'intermédiaire d'un certain Herbert Snorrason, islandais, et ancien volontaire à WikiLeaks. Dans la page d'accueil de GreenLeaks – il n'y a pour l'instant rien d'autre –, on peut lire : « L'argent n'est pas un obstacle maintenant. » On n'en sait pas plus. « Nous voulons devenir l'autorité de référence lorsqu'il s'agira de fuites concernant la nature, le climat et l'environnement… La voix de la terre… l'agence de contre-espionnage de la terre, pourrait-on dire. » L'organisateur de l'autre version de GreenLeaks est un Australien vivant en Allemagne, Scott Millwood, qui affirme que son groupe a acquis le nom de domaine de GreenLeaks dans trente-six pays mais aussi les adresses internet sous la désignation de « .com » et de « .biz ». Lui aussi a fait une demande de dépôt de marque commerciale. Millwood se déclare radicalement différent, quant à sa démarche, de Julian Assange : ce dernier « croyait qu'il avait le devoir envers l'histoire de tout mettre dans la sphère publique ; l'information pour l'information », dit-il. « Là n'est pas notre philosophie. Si nous diffusons une information, nous voulons que ce soit pour une raison précise. » Pour l'instant, le site GreenLeaks.com de Millwood reste aussi squelettique que le GreenLeaks. org de Bjerg. L'un de ces nouveaux sites censés apporter la vérité aux populations avides d'information s'appelle OpenLeaks.org – « fuites ouvertes » – déjà mentionné. Le créateur de ce site est un certain Daniel Domscheit-Berg, qui se faisait appeler Daniel Schmitt, et qui fut l'un des plus proches collaborateurs d'Assange… Les rats quitteraient-ils le navire 2 ? Domscheit-Berg alias Schmitt déclare être sceptique sur l'utilité de balancer tels quels des documents confidentiels sur le Net. Dans leur déclaration de principe 3 ils se présentent plutôt comme un site communautaire, un prestataire de services pour les « whistleblowers » de toute sorte : individus, organisations ou médias. Un « whistleblower » [whistle : sifflet ; to blow : souffler] est une personne ou un groupe qui avertit les autres à coup de sifflet lorsque quelque chose ne va pas. Une sorte de sentinelle surveillant les dysfonctionnements de la société. Un lanceur d'alerte. « Nous voulons encourager les fuites à travers le monde tout en minimisant les risques pour les lanceurs d'alerte. » lit-on. D'autres clones de WikiLeaks sont en train d'apparaître, spécialisés sur des régions ou sur des sujets particuliers, tels que l'industrie pharmaceutique, la Russie, l'Union européenne. De tous ces projets, c'est OpenLeaks qui semble être le plus élaboré – trop élaboré, peut-être : il entend mettre en relation à la fois les « leakers » entre eux et les « leakers » et les consommateurs de fuites. Tout ça a commencé quand Assange et Domscheit-Berg se sont fâchés parce que le premier a sommairement suspendu le second comme porte-parole de WikiLeaks après qu'il eut transmis aux médias des informations faisant état des inquiétudes de militants de WikiLeaks concernant la vie privée d'Assange. Domscheit-Berg quitta alors WikiLeaks, accusant Assange de se comporter « comme un empereur ou comme un marchand d'esclaves » 4. Il emmena avec lui des figures importantes de WikiLeaks, qui avaient joué un rôle décisif dans la création de l'infrastructure technique du site, par exemple un programmeur que tout le monde appelait « L'Architecte ». C'est lui qui avait rendu possible la diffusion de centaines de milliers de documents classifiés du gouvernement US. Domscheit-Berg fit une apparition au forum de Davos, lors duquel il intervint sur le thème : « Confidentialité et transparence ». Il y déclara que son expérience avec WikiLeaks l'avait convaincu de l'erreur consistant à publier de l'information brute en laissant les autres la trier. Il ajouta que de gros efforts devront être faits pour analyser, authentifier, filtrer des documents secrets avant de les rendre publics. Selon lui, un groupe comme WikiLeaks, qu'Assange gère comme un monarque absolu, n'est pas adapté pour effectuer des contrôles sur des informations complexes et potentiellement dangereuses. Le projet de Domscheit-Berg, tel qu'il a pu être diffusé, ressemble un peu à une usine à gaz. Il s'agit de créer un site qui permettrait à des « leakers » – émanant de gouvernements, de sociétés, etc. – de faire des propositions confidentielles à des groupes qui pourraient les utiliser. En somme c'est le « leaker » qui désigne la personne ou la structure qui reçoit l'information. OpenLeaks ne serait pas, dans l'affaire, chargé d'évaluer, ni même de diffuser publiquement l'information : il se contenterait de la transmettre d'émetteur à receveur. Il s'agirait ensuite de recruter des gens dans les médias, les ONG, le monde du travail, afin qu'ils deviennent des partenaires dans le réseau créé. Ainsi des émetteurs de fuites pourraient contacter OpenLeaks anonymement afin d'être connectés à des partenaires qui auraient les moyens d'expertiser et d'utiliser les données correctement. Un émetteur de fuite pourrait vouloir être mis en relation avec un seul média spécifique. Il y aurait cependant une période d'embargo pendant laquelle le receveur pourrait analyser et utiliser l'information, après quoi celle-ci serait accessible à tous les partenaires d'OpenLeaks. La mise en place d'un tel site suscite quelque scepticisme parmi les journalistes et les activistes d'Internet. Citons encore un autre site qui se place sur le marché de la fuite : EnviroLeaks.org, dont l'activité essentielle consiste à mettre en ligne des télégrammes du Département d'État US qui sont déjà passés sur WikiLeaks… BalkanLeaks.eu et BrusselsLeaks.com qui traitent, on le devinera aisément, de scandales dans des pays balkaniques et dans l'appareil bureaucratique de l'Union européenne. À quand MaubeugeLeaks.org ?
1. Reuters : « All across Europe, from Brussels to the Balkans, a new generation of WikiLeaks-style websites is sprouting. » Les informations contenues dans cet article sont intégralement reprises de la presse états-unienne. 2. http://www.metrolic.com/defectors-from-wikileaks-are-setting-up-competing-website-openleaks-151863 3. http://openleaks.org/content/news.shtml 4. Interview à l'agence Reuters.
Eric Vilain
L'article du Monde libertaire
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|   Loppsi 2 : et après ?Le monde libertaire n°1623 (17-23 février 2011)
Dans la continuité de la loi sur l'orientation et la programmation de la sécurité intérieure (Loppsi) votée en 2002, la loi dite « Loppsi 2 », votée le 8 février 2011, n'est qu'un avatar de plus. Il s'agit, encore une fois, de nous vendre comme « exceptionnelles » un autre train de mesures répressives et sécuritaires qui nous rendraient libres en supprimant pourtant nos libertés 1. Comme dans d'autres épisodes similaires, à l'occasion de l'adoption de la loi sur la sécurité quotidienne (LSQ, 2001), sur la sécurité intérieure (LSI, 2003), loi Perben (2004), Hadopi (2009), etc., de nombreuses oppositions sociales, syndicales et politiques se firent entendre. Sans grands succès, il faut bien le reconnaître. D'une part, la suprématie étatique sur nos libertés individuelles et politiques n'est plus guère discutée par nos concitoyens ; d'autre part, l'alignement de presque tous les partis de gouvernements (réels ou supposés) sur la vox populi et le conformisme ambiant, aident à construire un relatif acquiescement des forces dites d'opposition du consensus répressif et autoritaire. Ce constat est validé dans les faits : la Loppsi 2 fut présentée à l'opinion publique en 2009, et c'est à la fin 2010 seulement que des voix dissonantes commencèrent à se faire entendre. Et aujourd'hui, les collectifs construits en réaction à cette loi vont se dissoudre. Mais la récente campagne menée contre Loppsi 2 permet d'observer une situation nuancée qui peut ouvrir sur des perspectives. Diverses dispositions firent réagir surtout des usagers d'internet, puis ceux d'habitations légères et nomades. Il faut rappeler que le préfet peut mettre en demeure les occupants d'un terrain de quitter les lieux sans qu'une décision de justice ne statue sur la situation, ce qui était le cas jusqu'alors. Et cela peut aboutir à la destruction des habitats illicites.
Stop ou encore ?
Pour exemple, ce sont les occupants d'habitats hors normes qui réagirent à Alès (Gard) en décembre, puis à Toulouse en janvier, pour protester contre Loppsi 2. Des campements et occupations de sites urbains eurent lieu. Ces actions alertèrent et firent réagir les secteurs militants, assoupis, même si des initiatives avaient déjà été menées 2, mais sans dépasser le cercle des protestataires habituels. Il y a un certain fatalisme des militants face à l'implacable volonté étatique de nous imposer ses logiques et ses lois, alors que des pratiques plus subversives ont des résultats plus spectaculaires. Même si celles-ci n'ont rien empêché, sur le fond. Pour l'instant… Encore dans le Gard, la vidéo
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