Les seuls combats perdus d'avance sont ceux que l'on refuse de mener !
Permanences du groupe Vivre Libre !
Les permanences de la Fédération anarchiste ont lieu : chaque premier samedi du mois à la maison des passages (Salle des pierres) de 17h à 18h30 Prochaines permanences le 5 mai, 2 juin En dehors des permanences vous pouvez nous contacter pour fixer un RDV Cette permanence se veut un temps d'écoute, d'échange, d'entraide …. dans la convivialité autour d'un casse-croûte et du verre de l'amitié (chacun, chacune apporte à grignoter et on partage). Venez discuter, échanger des informations sur l'actualité sociale et les luttes en cours. Possibilité de projection vidéos.
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Programme du salon du livre libertaire - 11-12-13 mai 2012
À l'image de la baisse tendancielle du taux de profit, l'élection présidentielle est une obscure bêtise qui, de génération en génération, paralyse le mouvement social, nombre d'entre nous – travailleurs et travailleuses – étant encore persuadés que des urnes naîtra l'émancipation tant rêvée. Et encore… Qui, aujourd'hui, rêve toujours d'émancipation ? Nous ne sommes probablement qu'une petite poignée, bien présente, certes, mais tout de même très réduite. Et le problème semble bien être là. Si nous espérions tous et toutes une autre société, plus juste et plus libre, les élections ne seraient probablement pas un obstacle à l'avènement d'une situation révolutionnaire. C'est un fait, et l'Histoire nous a montré que, ici et là, de par le monde, des peuples sont parvenus a briser leurs chaînes dans des régimes parlementaires. Mais ces peuples étaient conscients. Conscients de leur appartenance à une même classe d'exploités. Conscients de leur puissance dans l'unité. Conscients de leur capacité à réorganiser la société et à jeter les jalons d'un monde nouveau, débarrassé de ces abjectes notions d'exploitation et d'oppression. Alors, aujourd'hui en 2012, dans cette France en période de transe électorale (comme dans le reste de la planète), notre rôle – du moins celui que nous nous donnons – est bien celui de faire émerger dans la société une conscience révolutionnaire, une volonté de changement social, le désir de tout foutre en l'air et de repartir de zéro. Syndicats, organisations spécifiques, collectifs, associations : les outils sont là et il ne reste plus qu'à nous les approprier pour nous organiser et en finir une bonne fois pour toutes avec le capitalisme et l'État. Et bâtir sur leurs ruines fumantes l'anarchie, la libre fédération des travailleurs et travailleuses !
La Fédération anarchiste s'est enrichie de deux nouvelles liaisons
Depuis quelques mois à Poitiers, les tractages libertaires sont devenus l'objet d'un harcèlement policier de plus en plus lourdingue. L'un des militants de la Fédération anarchiste 86 en fait régulièrement les frais. Les policiers l'accostent presque à chaque tractage pour lui prendre un exemplaire. Y compris quand le militant répond que la police lui a déjà saisi le même tract (pour l'abstention aux élections) à cinq reprises… rien n'y fait, les policiers sont devenus fans des tracts anars, ils doivent les collectionner. Lors d'un tractage, le même militant a par ailleurs subi un « contrôle d'identité » en forme de gag, les policiers l'appelant d'entrée de jeu… par son nom de famille ! Aux questions du militant, un policier répond avoir « reçu des ordres ». Vendredi 13 avril 2012, les policiers sont tout de même allés plus loin que d'habitude : ils ont contrôlé l'identité de deux personnes ayant pour seul tort d'avoir pris un tract. Vers 17 heures, un militant de la Fédération anarchiste 86 (le même qu'évoqué plus haut) terminait un tractage contre les élections représentatives, annonçant la soirée-débat pour une abstention active aux élections, prévue le 13 avril prochain au Plan B. Il croise deux camarades, papote avec eux cinq minutes et s'en va à vélo. Quant aux deux camarades, qui lui ont pris un tract, ils attendent tranquillement le bus, rue du Marché-Notre-Dame. Dès que le militant est parti, deux policiers, qui devaient guetter non loin de là, abordent les camarades. Ils leur enjoignent immédiatement de leur donner le tract, ce que font les camarades… qui subissent ensuite un contrôle d'identité. Une fois leurs noms relevés, un policier les note sur le tract saisi, qu'il conserve, et sort un talkie-walkie pour un compte-rendu à des collègues. Puis le sac d'un camarade est ouvert et fouillé. Pour l'anecdote, monsieur Alain Claeys passe dans la rue au moment des faits : il s'arrête près des policiers, leur demande le tract, le parcourt. Puis salue les fonctionnaires et passe son chemin, avec bonhommie. Rien à signaler, tout semble normal pour ce député-maire « socialiste » de Poitiers, accomplissant avec zèle son mandat d'élu garant des libertés publiques. Bien qu'il ne s'agisse que d'un contrôle d'identité, les deux camarades – qui n'en ont jamais subi encore – passent la soirée assez choqués d'avoir subi un contrôle et une fouille… pour avoir pris un simple tract. Ils ont raconté leur histoire aujourd'hui au copain de la Fédération anarchiste 86, croisé de nouveau dans la rue. Ils sont encore sous le coup de l'émotion suscitée par cette intimidation sans aucun motif. À cette occasion, ambiance… trois policiers s'arrêtent justement au bout de la rue pour les regarder ; jusqu'à ce que tout le monde se quitte. Il est inacceptable que des intimidations s'exercent à l'encontre de personnes diffusant ou prenant des tracts. Nous entendons bien évidemment continuer à exercer notre droit de diffuser nos idées dans les rues de Poitiers. Nous ne céderons pas à des intimidations policières contre une « liberté d'expression » décidément à géométrie variable, selon qu'il s'agisse de l'exercer dans les urnes ou dans la rue. D'ailleurs, les militants politiques des divers partis qui diffusent dans la rue des tracts et des affiches – à bien plus large échelle – pour leurs candidats favoris, ne semblent pas subir ce genre de prise de tract systématique et de pressions. La répression cible bien évidemment les personnes (se revendiquant ou non de l'anarchisme) qui s'organisent par elles-mêmes. Cette forme d'intimidation, bien qu'anecdotique au regard d'autres harcèlements policiers ayant actuellement court à Poitiers, est révélatrice de pressions policières croissantes contre les militants anti-autoritaires. Pour exemple, ils sont systématiquement filmés, photographiés et suivis par la police lors du moindre rassemblement. Obsession du fichage ? Condamnations de militants antipub, saisie d'exemplaires d'un journal libertaire local, procès le 10 juillet prochain contre des militants pacifiques pour le droit au logement, accusés d'« outrage », arrestation de deux manifestants soutenant un jeune lycéen expulsable, etc., il ne fait pas bon militer à Poitiers ! Cette répression vire de plus en plus au grotesque : après le procès de deux personnes (catégorisées « anarchistes » par les flics) pour une simple récup dans une poubelle (relaxées sauf pour leur refus de prélèvement ADN), rappelons qu'un militant local passera le 4 mai prochain au tribunal de Poitiers parce qu'un policier s'est senti « outragé » par… des confettis, lors d'une chorale Brassens. Assez de la répression, liberté d'expression !
Alors là, si vous vous êtes jetés sur cette page 3 de votre hebdomadaire favori pour avoir une analyse circonstanciée du résultat du premier tour de l'élection présidentielle, eh ben, c'est raté. J'aurais pu vous le faire, genre : « De toute façon, nous, ce type d'élection c'est pas notre truc ; on est pour la gestion directe, pour l'autogestion dans tous les aspects de la vie sociale et si les élections changeaient vraiment les choses elles seraient interdites depuis longtemps, etc. » Même pas. J'aurais pu le faire, genre, au-dessus de ça, quasi-aristocratique : « Ils ont voté et puis après ? » Non Plus. Parce que, même si les élections ne sont pas notre combat, on en subit le résultat, et lorsque Sarkozy est passé en 2007, on l'a senti passer personnellement dans notre quotidien. En fait, je ne peux pas vous en parler pour de bêtes questions techniques : les articles doivent être écrits bien avant que les résultats s'affichent sur vos écrans. Parce qu'après l'écriture, il y a la mise en page, l'impression et la distribution. Donc, au moment où vous lisez ces lignes, vous en savez plus que moi. Les seuls petits trucs que je pourrais vous écrire, c'est que je suis tombé sur un document de la police où ils craignaient qu'en cas de victoire de Sarkozy, la France connaisse des mouvements de grève importants et des émeutes de type athénien. Mais depuis le temps que les flics font ce type de prédiction, ce n'est plus l'insurrection qui vient, on devrait être en plein dedans… L'autre chose, c'est plutôt un questionnement : si Hollande passe, que vont faire tous ces militants CGT, impliqués dans leur soutien à Mélenchon, plus prompts à aller à la Bastille ou au Prado pour le Front de gauche qu'à militer sur place ? Dans les discours, ils parlent tous de transformer le résultat en mouvement type juin 1936, mais on a déjà vécu ça en 1981, avec une allégeance à Mitterrand qui a fait du mal. Bref, j'arrête aussi de me faire du mal. Et du côté social, me direz-vous ? Il semblerait que ce soit le calme plat. Les médias n'ont plus d'yeux que pour les échéances électorales et les bons mots des candidats. Plus question des salariés de Florange, même si le plan de reprise prévu ne l'est que pour quelques mois, avec licenciements à la clé. Peu question de ceux de la Fonderie du Poitou Aluminium que Renault ne veut pas reprendre mais où Sarkozy, en pseudo-sauveur, a annoncé une reprise par une société pas claire, avec licenciements à la clé et également pour peu d'années. Pour la Sernam, cette fois la SNCF les reprend mais aussi avec des licenciements… Et je pourrais continuer longtemps la liste, avec le secteur social malmené, les hôpitaux, la Poste, le fret SNCF, pour ne parler que des gros morceaux. Vendredi dernier, je participais à un rassemblement-barbecue devant Petroplus. Un rassemblement auquel on est habitué depuis le mois de janvier, lorsque les salariés de la raffinerie ont appris que Petroplus les laissait tomber. Si les cheminées commencent à fumer en signe de possible redémarrage des installations, c'est plus souvent les merguez qu'on sent à l'entrée de l'usine ces temps-ci. Ce jour, il y a environ 250 personnes, dont la moitié de salariés ou sous-traitants de la raffinerie. Le rassemblement a lieu pour annoncer ce qui est présenté comme une victoire. Depuis le début du conflit, les salariés gardaient les stocks de carburant comme un « trésor de guerre » permettant de faire pression. Sauf que ce vendredi 13 avril, les organisations syndicales ont signé un accord avec le ministre de l'Industrie, Besson, pour qu'il puisse récupérer une partie de la trésorerie et des stocks. La moitié de la vente servant à rembourser les dettes de Petroplus et les 100 millions restant allant à Petit-Couronne : 17 millions pour les travaux de redémarrage et le reste pour financer, sous contrôle des syndicats, les éventuelles conséquences sociales comme des indemnités en cas de liquidation pure et simple. Donc, pas du tout une victoire mais plutôt une fermeture annoncée, même si l'ancien propriétaire, Shell, avec un contrat « à façon », fournit un sursis de six mois et que le pseudo-industriel Klesch, connu comme liquidateur, dit être intéressé par la raffinerie, pour quelques années, moyennant des licenciements. On arrive aux limites de ce drôle de combat des Petroplus qui ont tout misé sur la médiatisation et sur la politique spectacle (neuf des candidats sont venus sur le site). Peut-être aussi que le fait que les salariés ne se soient pas impliqués et n'ont fait que suivre les délégués syndicaux n'a pas arrangé les choses. En même temps, c'est difficile de donner des leçons à des collègues qui vont se retrouver à la rue d'ici quelque temps. Je suis resté à discuter avec des sous-traitants plutôt défaits, très pessimistes quant à leur avenir, même si ça dure encore quelques mois, d'autant que eux n'auront pas de primes de départ. Après le rassemblement, lorsque les barbecues se sont éteints, après que les militants du Front de gauche ont fini leur prêche, après que les salariés de Petroplus requis pour la sécurité sont rentrés dans l'usine, une quarantaine de militants CGT sont allés bloquer un péage sur l'A13, histoire de…
L'île sud-coréenne de Jeju-do (175 km de long sur 75 km de large) se situe à 490 kilomètres des côtes de la République populaire de Chine (Shanghai) et à 1 000 km de la Chine nationaliste (Taïwan). Pour les Américains, dont les sous-marins nucléaires ont des missiles à têtes multiples d'une portée de plusieurs milliers de kilomètres, quel est l'intérêt de disposer là d'une nouvelle base navale ? Le conglomérat Samsung a décroché un énorme marché de travaux publics auprès du ministère de la Défense. Depuis le 7 mars 2012, il explose la façade côtière sud de Jeju-do. Il a déjà utilisé une tonne de dynamite (sur 43 tonnes prévues) afin de creuser une rade artificielle dans la roche volcanique. Par référendum, les 532 000 habitants de l'île se sont prononcés à 94 % contre cet équipement de guerre, qui les place en première ligne en cas de conflit. Depuis l'annonce en 2007 de ces grands travaux inutiles, toutes les voies de recours démocratiques ont été épuisées. Sur la demande des maires de la province, le gouverneur Woo Keun-min a demandé l'interruption des travaux, sans succès. Précision : le parti hyperpatriote de l'actuel président de la République de Corée du Sud, M. Lee Myungbak, a misé sa réélection en ce mois d'avril sur ce projet corrupteur et illégal. En effet, l'implantation de ce site militaire se fait en pleine zone triplement protégée du patrimoine mondial de l'Unesco (pour sa faune, sa flore et ses minéraux). De plus, Jeju-do est un véritable coin de paradis subtropical (aromatothérapie au camphre et à la cannelle), symboliquement inondé d'ours en peluche, car les jeunes mariés coréens y passent leur lune de miel. Outre un surprenant musée d'art africain de pur style architectural dogon (copie de la grande mosquée de Djenné, au Mali, le plus grand édifice du monde en terre crue), s'y trouve Yeomini, l'un des plus merveilleux jardins botaniques de la planète (sur 2,8 ha, avec une serre de 38 m de haut). L'île accueille plus de deux millions de touristes par an, ainsi que de très nombreux congrès : 15 000 spécialistes internationaux de l'environnement y seraient attendus en septembre 2012, pour intervenir à propos de la « sauvegarde de la Terre ». Or, cela risque d'être annulé, car des consignes de boycott commencent à circuler pour protester contre le projet insensé de ce port militaire. Avant-garde de la péninsule coréenne, Jeju-do connaît une sismicité importante. Elle a été truffée de Harubang (statues en pierre de lave représentant les ancêtres protecteurs, bien plus sympathiques que celles de l'île de Pâques), judicieusement placés par les chamans pour empêcher que la terre ne s'effondre dans la mer. Comme par hasard, les rochers sacrés de Gureombi, où les villageois trouvaient leurs lieux de repos et de recueillement, parmi un ensemble unique de sources et de grottes basaltiques, ont été choisis par l'amirauté américaine pour aménager cette base, contre une proposition de 7,8 milliards de wons faite à Gangjeong (village vieux de 400 ans, dont les habitants ont refusé l'indemnisation et sont expulsés de leurs terres). En 1905, Jeju-do avait été annexée par le Japon. En 1948, à peine libérés de la tutelle nipponne, ses habitants boycottent les élections imposées par Séoul, qui amènent au pouvoir pendant douze ans l'autoritaire Syngman Rhee : plus de 30 000 civils furent massacrés (en particulier par des milices de rapatriés nord-coréens) et des milliers d'autres emprisonnés dans des camps sur le continent sous le faux prétexte de communisme. Le mouvement Sasam (pour la réconciliation) a obtenu la création d'un parc de la paix en 2008. Le gouvernement coréen a confirmé pour Jeju-do le label « île de la paix dans le monde ». Aujourd'hui, la Corée du Sud reste occupée par 28 500 soldats américains et connaît de ce fait de nombreux viols et crimes. Le projet de base navale ajouterait plus de 20 000 militaires à Gangjeong – ce qui paraît totalement hors de proportion pour les villageois. L'Internationale des résistants à la guerre (IRG) appelle à sauver Jeju (voir Union pacifiste n° 498, avril 2012). Plus de 150 associations soutiennent déjà la lutte pour démilitariser Gangjeong. Des personnalités internationales se sont engagées (Noam Chomsky, Robert Redford, etc.). Angie Zelter, fondatrice de Trident Ploughshares (célèbre mouvement d'activistes contre les sous-marins nucléaires au Royaume-Uni) et citée pour le prochain prix Nobel de la paix, a été expulsée de Corée à la suite de sa participation à des actions non violentes sur les rochers de Gureombi. Actuellement, 800 objecteurs de conscience sont emprisonnés en Corée. Ils sont rejoints par ces « nouveaux paysans du Larzac » que deviennent les villageois de Gangjeong, qui bloquent chaque jour les camions de béton et les transports d'explosifs. Un universitaire coréen, Yang Yoon-mo, incarcéré depuis janvier 2012, a entamé une grève de la faim en proclamant : « Si Guroembi vit, je vis ; si Guroembi meurt, je meurs. Ne pleurez pas pour moi, pleurez pour les générations futures qui ne pourront pas être en mesure de connaître la beauté de Gureombi. » Le jésuite Bartholomew Mun Jung-hyun a été condamné à huit mois de prison avec sursis pour obstruction persistante aux policiers : il a fait appel pour être mis en détention. Huit prêtres se sont même vu infliger des amendes de 100 000 wons (83 dollars) pour toutes sortes de « délits mineurs » contre cette base. Considérablement renforcées, les forces de police arrêtent à tour de bras les pacifistes locaux (dont Jungmin, déléguée de la section coréenne à l'IRG), pour les libérer le plus souvent après 48 heures, faute de places disponibles en prison.
René Burget Délégué de la section française à l'IRG
À Paris, un rassemblement se tient le dimanche 6 mai, à 15 heures, sur le parvis des Droits-de-l'homme au Trocadéro : merci de devenir un ambassadeur de la paix et de nous aider à sauver Jeju-do !
Une journée particulière dans la majorité silencieuse
En ces temps de turbulence électorale, il est une variété de bons Français que l'on serait bien incapable de vraiment définir. Il s'agit de ceux qui font partie de la « majorité silencieuse ». Cette catégorie de citoyens, qui ne « font pas de politique », n'ont-ils pas d'opinion précise ? Qu'ils votent aux diverses élections ou qu'ils préfèrent s'abstenir, nul ne peut connaître la nature de leur projet de société. Ceux-là désirent-ils éviter d'être classifiés politiquement, par crainte d'une possible répression ? Font-ils partie de ces inquiets, qui dans le métro s'appliquent à masquer le titre d'un journal pouvant être considéré comme subversif ? D'une certaine manière, ces quasi-clandestins s'enferment dans une forme de lâche silence. En fait, ne pas vouloir prendre parti correspond trop souvent au ralliement à celui qui est considéré comme étant le plus fort. Le pays aurait besoin de ces hommes providentiels. Il suffit de leur confier notre avenir pour dormir tranquille et ne pas craindre ces mauvaises surprises pouvant mettre notre belle démocratie en péril.
Surtout, ne rien voir et ne rien entendre !
Il ne faut rien jeter, lorsque l'on écrit. Ou presque rien. C'est ainsi que j'ai pu retrouver le journal de bord d'une journée type : celle du vendredi 12 octobre 1979. Une journée comme les autres ? Pas tout à fait ! La veille, je m'étais intéressé à un sondage d'opinion publié dans un récent Paris-Match. J'avais appris à cette occasion que 57 % des Français refusaient de « mourir pour la patrie ». C'était plutôt rassurant. Seuls les retraités et les militants gaullistes étant majoritairement d'accord pour faire cadeau de leur peau à leur cher pays. De plus, seulement 30 % des jeunes Français déclaraient ressentir une certaine émotion à la vue du drapeau, le pourcentage grimpait à 80 % pour les plus de 60 ans. Hélas pour l'expression des sentiments patriotiques, la France devenant un pays de vieux, la voie était ouverte pour les plus jeunes, qui ne pouvaient que rêver d'un avenir anti-autoritaire. Rien n'aurait changé depuis 1979 ? Bien au contraire, la situation morale – au bon sens du terme – n'aurait fait que s'aggraver. 1979 n'est pas une année plus remarquable que celles qui avaient précédé depuis l'élection de Giscard d'Estaing à la présidence de la République. Quelques faits saillants, pourtant. Le 10 janvier, Monory, ministre des Finances, annonce la « libération totale des prix ». Les syndicats et le bon peuple ne réagissaient pas vraiment. Le 23 mars, à Paris, multiples provocations policières lors de manifestation des sidérurgistes sur les grands boulevards. Suite à cette manifestation, les responsables UDF réclament « l'interdiction complète, à l'avenir, de tout défilé syndical et politique sur le territoire de Paris – à l'exception, peut-être, du bois de Vincennes ». Le 18 avril, au cours d'une émission télévisée, Valéry Giscard d'Estaing, faisant allusion au maire de Paris, Jacques Chirac, évoque le risque qu'aurait fait courir à la France « un chef d'État agité ». Le 8 mai, à l'ouverture de 23e congrès du Parti communiste, Georges Marchais condamne le stalinisme tout en « jugeant positif le bilan des pays socialistes ». Le 28 juin, intervention de la police au siège du Parti socialiste après une émission de Radio riposte, l'une des premières radios libres. Le 20 septembre, l'assassinat de Pierre Goldman est revendiqué par un groupe dit « Honneur de la police ». Le 10 octobre, Le Canard enchaîné affirme que Giscard d'Estaing a reçu des diamants offerts par Bokassa, empereur de Centre-Afrique.
Un climat plutôt morose
Revenons à ce 12 octobre 1979, qui nous permet de tracer un portrait approximatif de la majorité silencieuse. Ces millions de braves Français, qui se contentent de rentrer la tête dans les épaules, en râlant sourdement, n'ont pas vraiment changé depuis. Plutôt que s'interroger sur les causes de leur mal de vivre, ils préfèrent s'en prendre à l'ennemi héréditaire : l'étranger qui vient de loin pour manger leur pain… 6 h 45. J'ouvre les yeux. Grâce aux bons soins d'une station de radio, je prends connaissance des dernières informations. Entre deux mauvaises nouvelles, le chroniqueur habituel nous apprend que la France est belle, et ses habitants généreux. Que la vie vaut d'être vécue dans notre beau pays. 7 h 15. Sur la même station de radio, un journaliste, spécialiste des questions économiques, évoque la lutte constante des commerçants et artisans contre le carcan administratif, cause des malheurs de ces excellents citoyens. 7 h 45. Excédé, j'ai changé de chaîne. Cette fois, un excellent confrère (je suis journaliste) estime que, décidément, si tout n'est pas rose dans notre existence, il y a malgré tout de bons moments à savourer. Avec émotion, ce traîne-lattes évoque les efforts de chacun pour rendre plus agréables les rapports avec son prochain. Nous sommes mûrs pour une bonne journée. 8 heures. Chez le boulanger. Je demande une baguette de pain bien cuite. Sans un sourire, sans même regarder, la vendeuse me tend un morceau de pâte mal cuite, d'une main, tandis que l'autre quémande déjà la monnaie. Il faut faire vite. Le temps, c'est de l'argent. 8 h 15. Dans le hall de mon immeuble, il y a deux ascenseurs : un petit qui ne s'arrête qu'aux étages pairs, et un grand, qui fait halte à tous les niveaux. Bien que logé au 9e étage, j'attends le petit ascenseur, plus rapide à mon gré. À l'arrivée de l'engin, j'ouvre la porte et propose à une personne qui vient d'arriver de profiter de la voiture. Refus ennuyé et presque méprisant. Non. À chacun son ascenseur. Économie d'énergie, connais pas. Quand, étant chargé, j'attends le gros ascenseur et qu'un vague voisin se présente, c'est le comportement inverse qui se produit : il préfère prendre le petit… 8 h 45. Sur le quai du RER B, à Fontenay-aux-Roses, une inscription déchire le sol : Je t'aime. Il n'est pas certain que le ou la destinataire de ce message puisse le recevoir. Le désespoir anonyme devrait pouvoir s'exprimer. 9 h 15. Correspondance à la station Denfert-Rochereau. Des policiers fouillent minutieusement un jeune, apparemment d'origine maghrébine – délit de sale gueule. Cela va jusqu'à l'examen poussé d'un paquet de cigarettes, qui sont dépiautées une par une. Très intéressé, je ralentis le pas, avant de m'arrêter. Ce qui me vaut immédiatement l'ordre de circuler. Comme je ne forme pas un attroupement à moi seul, je n'obtempère pas, mais le ton et les gestes des « gardiens de la paix » se faisant menaçants, je m'exécute lâchement. Le chaland que je suis doit comprendre que la curiosité est un vilain défaut. Il faut circuler lorsque les policiers de la République veulent éviter les témoins superflus de leur activité. Hier, déjà, j'ai assisté à une fouille de ce genre, avec pour victime un adolescent au teint basané : papiers, contenu des poches, palpations. Le garçon, qui était en règle, s'étonnait : « Pourquoi m'avez-vous fouillé ? » Réponse : « Tire-toi ! » 10 h 30. Journaliste, je circule beaucoup. De passage sur le plateau Beaubourg, je fais un détour pour photographier ce pan de mur où j'ai pu lire, il y a peu : Je manque de tout ! Le mur a été abattu car la construction du quartier de l'Horloge se poursuit selon les plans prévus. La mémoire des murs tend à disparaître. Heureusement, la veille, dans les vieilles rues de Ménilmontant, encore préservés de la pioche des démolisseurs, il m'avait été possible de voir un mur blanc, tout surchargé de peinture grise : on avait, de toute évidence, recouvert un graffiti peu apprécié, mais l'auteur présumé de cette inscription était revenu pour jeter sur la grisaille moraliste, cette impertinence joyeuse : Ah, tu as repeint ! 10 h 45. Me dirigeant vers le Forum des Halles, j'avise un placard officiel de la préfecture de police informant les baladins opérant dans ces lieux qu'à partir de 19 heures l'animation « sauvage », qui n'est qu'admise, doit être terminée. Faute de quoi les policiers verbaliseront. Dès le matin d'ailleurs, un car de couleur grise est déjà sur place. On ne sait jamais. L'avis de la PP vaut être cité : « Animation tolérée sur cette place, de 12 heures à 19 heures. Toute sonorisation ou utilisation d'instruments de musique de nature à troubler la tranquillité publique est interdite. Ordonnance du 5 juin 1959. » Cela donne envie de jouer de la trompette. 11 heures. Il y a des jours où la présence policière devient préoccupante. En descendant vers l'île de la Cité, je m'aperçois que plus je m'approche de la préfecture de police, plus la densité d'uniformes bleus est forte. Le président Giscard a-t-il décrété l'état d'urgence ? 12 heures. De nouveau dans le métro. Je reviens chez moi en empruntant encore la correspondance de Denfert-Rochereau. Dans le couloir, un petit groupe de musiciens : violoniste, flûtiste et guitariste. On resterait des heures à les écouter. Le public passe indifférent. Quelques rares pièces de monnaie dans l'étui du violon. Les voyageurs les plus pressés bousculent les mélomanes qui se sont arrêtés quelques instants pour changer de planète. Certains piétinent même le petit tapis où les musiciens ont déposé également une petite irrégulière. 12 h 45. Les travaux qui ont débuté ce matin sur les espaces verts qui jouxtent l'immeuble où je demeure, à Fontenay-aux-Roses, sont terminés. Des ouvriers ont implanté un panneau. Voyons voir de près : « Jeux interdits sur les allées, et jeux de ballons prohibés sur le reste du terrain. » Au même endroit, il y avait encore, quelques jours plus tôt, un filet de basket accroché sur un mur. Cet avis ne fait que compléter le fameux « Pelouses interdites » – sauf pour les chiens, qui placidement, viennent y déposer leurs étrons. À l'école primaire, les enfants qui apprennent les mâles couplets de La Marseillaise : « Liberté, liberté chérie… » doivent être parfaitement déboussolés. 13 heures. Le moment de repas constitue une véritable détente. Oubliés les fâcheux avertissements et les interventions intempestives des larbins de l'ordre. Le Français moyen, parfait portrait de la majorité silencieuse, disparaît du paysage. Un peu de repos avant de repartir. Ouvrons un livre. La Convivialité, Ivan Illich a bien compris les raisons profondes de notre comportement : « Dans une société riche, chacun est plus ou moins consommateur-usager. De quelque manière, chacun joue son rôle dans la destruction du milieu. Le mythe transforme cette multiplicité de prédateurs en une majorité politique… » 15 heures. De nouveau en route pour Paris. Comme je suis devenu pigiste, j'ai donc du temps libre. Direction un centre d'archives où je poursuis mes recherches sur la période plus troublée de l'occupation nazie. Particulièrement sur le rôle joué par la police de Vichy. En cette fin des années soixante-dix, il m'arrivait d'envoyer quelques chroniques pour un supplément hebdomadaire du Monde, quotidien qui m'avait salarié quelques années auparavant. On me les publiait, parfois. Avec le récit, ci-dessus, ce ne devait pas être le cas et « on » m'avait retourné ma prose avec ce commentaire : « Croyez-vous vraiment que nos contemporains soient identiques au portrait que vous en tracez ? » Par charité mécréante, je me garderai bien de rappeler le nom du rédacteur en chef auteur de cette remise au pas morale…
Élections. Foire d'empoigne en Franchouillie. Traitement politico-médiatique condescendant réservé par la chiennerie de garde aux candidats « mineurs ». Poutou, dépeint en bouffon, inexpérimenté parce que jeune, incrédible parce que prolo. Traitement obscène, xénophobe, jeuniste et sexiste pour Eva joly, ses lunettes, ses cicatrices, son accent étranger et guttural, son double ridicule de vieille et de femme, de vieille femme… En cette époque de matraquages idéologiques et de titatas éhontés, la palme de la tartufferie revient sans doute au battage hypocrite réservé au film Les Intouchables. La bouche en cœur, le cœur sur la main et la main sur le portefeuille, les médias saluent avec un enthousiasme unanime et pesant cette belle histoire de réconciliation des générations, des origines diverses, des riches, des pauvres, de la carpe et du lapin. Las, dans la vraie vie, il n'est question que de slogans racistes, de lois scélérates, d'appel à la dénonciation de l'étranger, de l'émigré, du musulman, du terroriste… de l'autre. Une bonne partie des programmes, y compris du président sortant, recourent à une analyse simpliste : tous nos malheurs sont dus à la crise. Le capitalisme, ses profits bancaires et financiers, sa mise à mort du Code du travail, du service public, ses délocalisations, n'y sont pas mis en cause. Par contre, à les en croire, les pauvres, et parmi eux surtout ces tricheurs d'émigrés noirauds ou basanés, « d'apparence musulmane », en portent une importante part de responsabilité, eux qui ruinent la nation à coup d'assistanat et de fausses déclarations. Les candidats aux dents longues de la démocratie représentative pratiquent un dangereux grand écart : tout en feignant d'applaudir à l'angélisme bisounours et politiquement correct des Intouchables, ils soufflent, avec des accents dignes de Gobineau et de Vichy, la haine, le communautarisme et – laïcité nouvelle oblige – la guerre des religions. Que les voteurs (de troubles) s'étripent donc, il y aura bien un dieu bidon qui reconnaîtra les siens, avant de leur balancer le plafond de leur chapelle pour rire sur la tronche.
La conjonction des crises – crise écologique majeure, à la fois énergétique et climatique, ainsi qu'une crise économique systémique – met en relief le dommage politique global de l'ensemble de nos structures et valeurs civilisationnelles défendues par de faux frères ennemis, gardiens du temple capitaliste néolibéral. Ne sommes-nous pas dans une charnière historique ? Sera-t-elle la répétition de la grande crise de 29, indissociable de la dernière guerre mondiale, ou la révélation de nouvelles émergences de politiques, d'économies et de cultures réfléchies, équilibrées et égalitaires, de nouveaux modèles de société ? L'élection présidentielle n'est qu'un plébiscite, un césarisme démocratique. S'il changeait notre mode de vie vers une hauteur éthique, l'excellence, le progrès social ou culturel, ça se saurait ! Lors de cette campagne, nous assistons à un spectacle politique nébuleux, bouffi, parfois inepte et sommaire. Dans nos médias, les journalistes sont-ils responsables de cette mise en scène indigente ? Probablement que non, ils composent avec le degré d'implication politique des candidats habitués, pour ceux des grands partis, aux étroitesses d'esprit désespérantes de leurs conseillers en communication. Ces candidats se noient dans les stratégies des petites phrases et des envolées lyriques démagogiques, car ils n'ont pour matière à réfléchir et à proposer que les mêmes poncifs, républicains, nationalistes, et d'autres modes de vie que cette pauvreté sociale qu'annoncent l'austérité ou une relance économique par la banalité consumériste. la suite de l'article
Toutes les pièces du grand Monopoly mondial sont en place. La règle du jeu est simple. D'un côté les exploités, de l'autre les exploiteurs. Au milieu, le terrain de la lutte de classes. Pour les uns, tous les coups sont permis : on bluffe, on triche, on vole, on cogne. Pour les autres, on cherche à s'unir, à s'organiser, à résister. Pour les uns, arrogance, pouvoir et profits. Pour les autres, de la sueur, du sang et des larmes. Telle est la situation. Le système capitaliste considère que les conditions sont réunies pour liquider les derniers droits sociaux conquis, notamment, après la Seconde Guerre mondiale, pour asservir quasiment sans limite les populations. Dans un précédent article, je posais la question : qui aurait pu imaginer, il y a deux ans, que l'on distribuerait de la nourriture aux enfants en Grèce, pays de la zone euro ? La barbarie est en marche partout, et il faudra plus que des discours pour l'arrêter. En France, l'Insee nous apprend que 3,8 millions de famille sont en situation de « précarité énergétique », que les coupures d'électricité ont explosé. Bref, que des millions d'hommes, de femmes et d'enfants commencent à crever de froid. En regardant de près les chiffres de Pôle emploi, on s'aperçoit (sauf la plupart des journalistes) que les vrais chiffres du chômage, quand on additionne tout (catégories de A à E, RSA, DOM-TOM, radiés, sans droits), dépasse les 7 millions sans parler des 3 millions de travailleurs pauvres. Et les tenants du système nous expliquent que ce n'est pas suffisant, qu'il va falloir baisser les salaires, les allocations et les retraites, multiplier les plans de licenciements et les fermetures d'hôpitaux et d'écoles, casser ce qui reste du Code du travail (accords « compétitivité emploi ») et des statuts (RGPP). Le choc est inévitable et il faut s'y préparer sérieusement. C'est dans ce cadre qu'il faut replacer les échéances électorales. Observons, tout d'abord, que le « printemps arabe », porteur d'espoir de liberté mais aussi de conquêtes sociales, s'est englué dans les urnes, qui se sont révélées, une fois encore, plus efficaces que les chars pour casser un mouvement social. Observons, aussi, que les marchés ont choisi, en Italie, en Grèce, en Espagne, les équipes politiques de droite comme de gauche les plus à mêmes de faire passer les plans de rigueur. Observons qu'en France aussi quasiment tous les candidats nous préparent l'austérité à perpétuité dans le cadre des traités européens. Comment pourrait-il en être autrement ? Qui peut imaginer un peu sérieusement que le système pourrait se plier à un quelconque changement d'envergure venu de petits papiers placés dans des urnes ? Que de temps perdu, que d'énergie dépensée dans ce jeu de dupes. Ah, bien sûr, il reste les discours de Mélenchon ! Ses « prises de la Bastille » ses hommages à la Commune de Paris, L'Internationale qui se mêle à La Marseillaise à la fin des meetings. Et ces dizaines de milliers de militants, cégétistes notamment, qui désertent la lutte sociale pendant la campagne du tribun qui appellera très sagement à voter Hollande au second tour. Mais, comme me le disait un syndicaliste touché par son discours, « le 6 mai au soir je serai à poil ». Les beaux discours seront finis et la réalité sociale s'imposera dans sa grande brutalité. Et c'est là, aussi et surtout, que les militants anarchistes ont un rôle à jouer. Des centaines de milliers de militants politiques et syndicaux chercheront une issue et il nous appartient d'aider à ce qu'elle se situe sur le terrain social. Multiplions les discussions avec eux sans dogmatisme, offrons des perspectives concrètes, développons et réapproprions nous l'outil syndical qui a notamment le mérite de se situer sur le terrain de classe. Battons-nous pour qu'il gagne son indépendance dans l'esprit de la Charte d'Amiens, bousculons les bureaucraties. Passons par la case départ de la grève générale et raflons la mise !
Compte tenu de la crise politique que traverse le Venezuela et qui se manifeste dans les événements survenus avant, pendant et après le 11 avril, les anarchistes jugent nécessaire d'exposer leur position.
1. Les politiques contradictoires de Hugo Chavez n'ont pas bénéficié aux secteurs les plus défavorisés du pays, augmentant en trois années de gestion les indices de pauvreté, de chômage et l'insécurité sociale. En outre, son gouvernement a répété les erreurs et les vices caractéristiques de ceux qui ont précédé. Cependant, les secteurs de l'opposition actuelle qui ont essayé de capitaliser politiquement en leur faveur des événements du 11 avril ne représentent en aucun cas une alternative distincte et satisfaisante.
Il y a peu, certains des commentateurs patentés s'agitant autour du barnum qu'est l'élection présidentielle, s'étonnaient de ce que l'État n'ait pas, cette fois, organisé de grande campagne médiatique enjoignant le quidam à s'inscrire sur les listes et à se rendre aux urnes. « Quoi ? », bramèrent-ils en chœur, on voudrait nous priver de l'hymne à la joie du vote, on n'encenserait pas, cette année, la merveilleuse geste civique qu'est l'élection suprême ? D'aucuns y virent le signe d'une crise de foi touchant jusqu'au plus haut sommet de la pyramide républicaine ; d'autres, plus prosaïques, la simple volonté de faire quelques économies. La vérité, comme d'habitude, est ailleurs, bien que pas très loin. À quoi servent les élections ? Répondre qu'elles ne servent à rien est de l'ordre de la facilité, étant bien entendu qu'elles ont un but, un objectif, tenant tout entier dans le beau mot, ici galvaudé, de « distraction ». Nous distraire c'est, dans ce cas, nous tenir à distance de l'essentiel, des luttes, de la rue, de la révolution, de nos rêves tout autant que des dures réalités. Or pour qui voudrait juger quel degré de « distraction » vise l'élection en cours, il lui suffirait de s'attarder sur le slogan mélenchonniste, « la révolution par les urnes ». La bonne blague ! Mais qui fonctionne, et puisque, finalement, le Front de gauche fait correctement le boulot, contient la vague et la dirige vers des urnes plus funéraires que jamais, puisque des foules nombreuses semblent ne plus détecter l'oxymore se dissimulant sous cette formule mêlant révolution et urnes comme on mélangerait le feu et l'eau, pourquoi l'état se fendrait-il d'une campagne en faveur du vote ? Avec des bateleurs de foire tel Mélenchon les isoloirs n'ont pas besoin de promotion, et tant que le peuple continuera de les suivre en aveugles devenus muets du fait de leur avoir confié leurs voix, le capitalisme pourra dormir sans risque de cauchemar, tant veaux d'or et vaches sacrées seront assurément bien gardés.
On a pu voir s'afficher à Poitiers, sur la façade du Printemps, une soixantaine de portraits géants hissés et accrochés par une grue mobile, suscitant l'interrogation des passants. On aurait pu penser qu'il s'agissait d'un hommage aux personnes ayant bossé au Printemps, virées comme des mal-propres il y a peu de temps. Raté, il s'agit des « candidats » du mouvement des colibris. Le site de ce mouvement propose d'être « candidats à l'action » et d'agir localement à travers des alternatives concrètes : « Cantines bio, écolieux, création de ceintures maraîchères, amap, monnaie locale, plans de descente énergétique, etc. » Voilà qui a de quoi piquer la curiosité, notamment des anarchistes qui s'intéressent, depuis longtemps, à l'action directe, y compris à travers des alternatives autogérées en actes (potagers, squats, amap, scop, collectifs artistiques, etc.). À côté de cette perspective locale, et à plus large échelle, le mouvement donne pourtant une perspective du politique nettement moins libertaire. Si des « actions locales », « impulsées par le bas » et « citoyennes » (mot fourre-tout pour le moins ambigu, gommant l'inégalité structurelle de la société capitaliste et étatique) sont recommandées, il s'agit aussi de « peser sur les grandes tendances économiques et politiques » en se réunissant pour élaborer un « programme » qui retienne les « propositions les plus abouties » (hum, qui les sélectionnera et sur quels critères ?) et « en France et en Europe, en proposant des recommandations aux élus, qu'ils soient locaux, nationaux ou européens ». Un « grand sondage » est prévu en collaboration avec… l'Ifop ! Bref, il ne s'agit en réalité pas d'être « tous candidats », mais de réunir des propositions à soumettre aux élus qui nous gouvernent sans aucune légitimité, en décidant de tout à notre place, jouant du cirque électoral et du spectacle qui va avec (dont les Colibris semblent d'ailleurs adopter tous les travers, avec leurs affiches géantes et leur recours à l'Ifop…). Dans le système actuel de la démocratie dite « représentative », les personnes élues font ce qu'elles veulent. Quand bien même elles diraient « chouette, vos propositions sont super, je les fais miennes », elles ne sont pas tenues de tenir leurs promesses. Ce serait pourtant le cas dans le cadre d'un mandat impératif (l'article XXVII de la Constitution est très clair à ce sujet) et révocable, se limitant à appliquer techniquement les décisions des assemblées, vision politique quant à elle portée par le mouvement libertaire, qui porte par ailleurs l'idée du fédéralisme, c'est-à-dire l'autonomie des assemblées, leur association libre et le principe que rien ne peut être imposé d'en haut aux assemblées refusant de s'inscrire dans un projet spécifique. Non seulement les Colibris soutiennent le système « représentatif » étatiste, et donc autoritaire, aux antipodes d'une véritable démocratie directe ; mais de plus, et ça va avec, pas une seule fois leur site n'évoque le capitalisme, consistant lui aussi en une dépossession généralisée quant aux décisions économiques. Comme dans tous les discours de la gauche, il ne s'agit que d'aménager le système, les Colibris ayant pour spécificité de voguer sur le thème de la décroissance et de l'autonomie, sans tirer de ces concepts les conclusions politiques libertaires qu'ils induisent à plus large échelle. Si l'on ajoute à cela que les Colibris sont soutenus par Ecover, Weleda, la Fondation Nicolas-Hulot et autres nombreuses entreprises et associations faisant l'apologie du « développement durable » (d'où les moyens conséquents dont ils semblent disposer pour pouvoir afficher des portraits géants sur la façade du Printemps), on comprendra mieux comment ce mouvement, rassemblant sans doute à sa base de nombreuses personnes sincères, n'est, à l'échelle politique, qu'un dispositif de plus pour canaliser les volontés de changement, pour les remettre dans l'ornière d'un système global de dépossession des décisions réelles.
Juanito, groupe Pavillon noir de la Fédération anarchiste
Ça y est, le petit se lâche. Voilà que Sarkozy s'attaque aux syndicalistes et aux salariés. Dans sa chasse effrénée aux voix d'extrême droite, Sarkozy déroule son arsenal populiste. Après les étrangers où ceux et celles issus de l'immigration mais nés ici, après les « visiblement musulmans », voilà que le candidat de la droite s'en prend aux syndicats, ces « corps intermédiaires empêchant les réformes » (et quelles réformes !). Il s'agit également de donner au patronat des gages de sa volonté d'affronter les directions syndicales pour continuer de mettre en place une politique de rigueur. Il s'en est pris dernièrement aux militants, notamment CFDT, d'Arcelor-Mittal, qualifiés de « permanents » qui auraient « trahi la confiance des salariés en faisant de la politique au lieu de défendre l'intérêt des salariés ». Sans doute parce que des conflits sociaux pendant la campagne électorale, ça fait sale dans le paysage. Les salariés d'Arcelor-Mittal n'ont pas applaudi à l'annonce des 17 millions d'euros débloqués par le gouvernement pour Florange et qui ne constituent qu'un faux investissement que même la direction a relativisé (2 millions étaient déjà prévus et les 15 autres n'ont pas de lien direct avec les hauts fourneaux). Ensuite, lorsque les salariés sont montés à Paris pour le rencontrer dans son QG de campagne, ils se sont fait recevoir par les flics et, dernièrement, comme une riposte, les salariés ont organisé une marche sur Paris qui a été très populaire. Le candidat UMP s'en est pris également à la CGT, lorsque le Syndicat du livre a bloqué la sortie de Ouest-France, en soutien aux salariés de Paris Normandie en déconfiture « Honte sur les gens qui se comportent ainsi », a-t-il dit. Il se trouve que ce même jour il y avait une interview de Sarkozy dans Ouest-France, c'est ballot. C'est, somme toute, un discours de droite assez classique, mais lui qui se disait au-delà de ces clivages montre une nouvelle fois son vrai visage. Il ne fait que reprendre les termes de Laurence Parisot. Rien de neuf. Dans un accès de démagogie, en début de mandat, Sarkozy avait surmonté son dédain et essayé de mettre les gros syndicats dans sa poche, en leur offrant, sur un plateau, un accord sur la représentativité syndicale, sur l'Unedic… On voyait même Sarkozy et Thibault qui semblaient en bons termes. Sarkozy a essayé de gérer les secrétaires syndicaux comme un patron gère ses « collaborateurs » et ses « partenaires sociaux », en leur donnant quelques avantages, quelques privilèges, en les invitant dans ses salons luxueux, en leur faisant croire qu'il était à leur écoute. Les prédécesseurs de Sarkozy avaient joué la carte CFDT, le président a voulu jouer la carte du syndicat le plus représentatif, exactement comme le fait un patron dans sa turne. Question de stratégie. Évidemment, ça n'a pas duré longtemps, les reculs sociaux en tous genres et surtout le passage en force de la réforme des retraites en 2010, malgré les millions de manifestants dans les rues, ont vite montré que la logique de Sarkozy et sa bande se situait bien contre les salariés et les pauvres. Les syndicats, quant à eux, n'ont pas osé dépasser les appels à des manifestations de protestation pour aller vers la grève, générale, tant qu'à faire. Depuis, le divorce est plus marqué entre la CGT et le gouvernement et Thibault, voulant donner un « signal fort », a même boycotté la séance de vœux de Sarkozy. (« bouh, j'suis colère »). En cette période électorale, les secrétaires de la CFDT et de la CGT prennent position : un peu, pour Chérèque qui dénonce « la conception autoritaire de la démocratie de Sarkozy », et plus ouvertement de la part de Thibault qui, lui, appelle « à ce que Sarkozy ne soit pas reconduit ». Aujourd'hui, Sarkozy ne s'en prend pas aux têtes des syndicats, c'est dans ses réflexes de politicien. Il s'en prend à ceux et celles qui luttent et ce n'est pas la même chose. Il ne supporte pas qu'on ose lui résister. Le pseudo-bienfaiteur de Lejaby sait que le cirque électoral n'empêchera pas longtemps d'aller à l'affrontement. Pendant ce temps-là, alors que Sarkozy fait son show électoral, des négociations dites « compétitivité-emploi » ont lieu, presque en catimini. Et là le patronat veut la peau du contrat de travail. Ce texte permettrait de baisser les salaires et de faire varier la durée du travail par accord d'entreprise, cela en échange d'un hypothétique engagement à maintenir l'emploi. Et ça c'est particulièrement grave. Ne nous laissons pas faire.
Jean-Pierre Levaray
Lutte « No Tav » : appel à la solidarité internationale
Cet appel s'adresse à tous ceux, hommes et femmes, qui tout au long de ces mois d'occupation militaire, tout au long de ces mois de lutte et de résistance NoTav, ont pris notre parti partout en Italie. Grâce à vous, il est clair pour ceux qui ont du cœur, de l'intelligence que la lutte des NoTav dans ce coin du Piémont est la lutte de tous ceux qui se battent contre le gaspillage de l'argent public pour des intérêts privés, contre la dévastation du territoire, contre la transformation définitive en marchandise de nos vies et de nos relations sociales. Défendre sa terre et sa vie, c'est défendre notre futur et celui de tous. Le futur des jeunes condamnés à la précarité à vie, des anciens auxquels on refuse une vieillesse décente, de tous ceux qui pensent que le bien commun n'est pas le profit de quelques-uns mais une amélioration de la qualité de la vie pour chaque homme, femme, enfant. Ici et partout. On trouve nos raisons dans chaque hôpital qui ferme, dans chaque école qui est démantelée, dans chaque station abandonnée, dans chaque famille qui est expulsée, dans chaque usine où Monti offre aux patrons la possibilité de licencier ceux qui luttent. Après la terrible journée du 27 février, où l'un d'entre nous a failli mourir en essayant d'entraver l'agrandissement du fortin de la Madeleine, la multiplication des cortèges, des blocages de routes, d'autoroutes, de ports et de trains, dans des dizaines et des dizaines de grandes et de petites villes d'Italie, nous a donné de la force dans notre résistance sur l'autoroute. À cette occasion, nous avons compris que, malgré la présence de milliers d'homme en armes, le gouvernement et tous les partis proTav étaient en difficulté. Dans la propagande de criminalisation des failles sont apparues, mais aussi des possibilités de luttes accessibles à tous et partout. Le 27 février, ils ne se sont pas contentés de risquer la vie de l'un d'entre nous, ils ont occupé un autre terrain et l'ont entouré de grilles de protection et de fil de fer barbelé. Le mercredi 11 avril ils veulent rendre légale l'occupation. Ce jour-là, ils ont convoqué les propriétaires pour réaliser une procédure d'occupation « temporaire » des terrains. Ils ne pourront entrer dans le fortin, fortifié comme pour une guerre, qu'un seul à la fois : si un propriétaire ne se présente pas, ils passeront outre. L'important est de donner un semblant de légalité à la mise en place violente d'un énorme ouvrage inutile. À partir de là les entreprises pourront véritablement commencer les travaux. Les NoTav seront là encore une fois. Nous serons là et nous serons partout où il sera possible d'entraver la machine de l'occupation militaire. Nous lançons cet appel parce que nous avons décidé de transformer ce jour en semaine de lutte populaire NoTav. Aidez-nous. Il faut que la chaîne de solidarité spontanée qui nous a soutenus en février soit encore plus puissante. Nous ne vous demandons pas de venir ici, même si, comme toujours, ceux qui viendront seront les bienvenus, nous vous demandons de lutter chez vous, dans les villes et les campagnes. Nous vous demandons de diffuser la résistance.
Mouvement No Tav Grande mobilisation à Val Susa a partir du 11 avril !
Le mouvement No Tav appelle à une semaine de mobilisation à partir du 11 avril à Val Susa.
Contre les expropriations. Pour la réoccupation du site (chantier). Pour la libération des compagnons incarcerés.
Tav : No Pasaran ! Résistance et détermination ! Tous à Val Susa !
Dans les starting-blocks à la course à la présidentielle, ça n'épargne personne : coups de pied et crocs en jambe. Eva Joly est épinglée pour sa position « à côté des exigences sociales », c'est-à-dire de ne pas avoir compris les « attentes des Français : pouvoir d'achat, etc. ». Le locataire de l'Élysée, dans les médias, c'est pas mieux : « Pour Sarkozy, la sécurité plus sexy que le social. » Pour en rajouter, Nicolas Sarkozy « veut pomper les stocks ». En fait, le président-candidat propose, au niveau du carburant, de puiser dans les réserves pour faire baisser le prix de l'essence. Bon, tout ça, c'est des affaires de margoulins et, selon les initiés de la finance, c'est une solution à court terme. Ah, la campagne électorale ! Que de déclarations-annonces ne fait-on pas en son nom ! La candidate de l'extrême droite retrouve ses thèmes fétiches, elle tape sur son clou au sujet de l'insécurité et de l'émigration. Comme on dit dans les chaumières politicardes : « La crise, la guerre, les attentats sont toujours de bons vecteurs dans une campagne ! » Pourtant, en ce moment, l'économie n'est plus au centre des discours des principaux candidats. Rien n'est réglé au niveau économique mais personne n'en cause. La campagne électorale, comme on dit dans les médias, « fait l'économie de la crise ». Et après, des politologues éclairés dissertent sur l'abstentionnisme, l'étudient, le regardent à la loupe et le désignent comme le vecteur dominant de la prochaine élection. Nous, anarchistes, sommes-nous de la même eau ? Pas vraiment, notre refus de nous mêler au jeu démocratique est une autre démarche, politique, autre chose qu'un simple refus de vote. Nous ne croyons pas que changer la direction de l'État aide à établir une autre société. Pour causer d'autre part, posons nos yeux sur la Grande-Bretagne. Souvenez-vous, les émeutes qui ont duré cinq jours du 6 au 10 août 2011. Elles avaient débuté à Tottenham, quartier nord de Londres. Les pouvoirs publics, le Premier ministre David Cameron en tête, pouvaient dénoncer des actes de « pure criminalité », un rapport officiel insiste aujourd'hui sur les fractures d'une société où « 500 000 familles sont laissées pour compte ». Comme quoi… Pourquoi vous dire ça ? En fait, on ne sait jamais…
Nous vous entretenons régulièrement dans Le Monde libertaire de la situation sociale et politique espagnole 1. C'est qu'au-delà des Pyrénées le mouvement anarcho-syndicaliste, même s'il est loin d'avoir la même influence qu'avant la Guerre civile (1936-1939), représente encore aujourd'hui une certaine force dans le mouvement syndical (la troisième derrière les CCOO et l'UGT 2. Depuis des semaines la CNT, la CGT et SO 3 organisaient des actions pour pousser vers l'organisation d'une grève générale contre les mesures antipopulaires envisagées par le nouveau gouvernement (de droite) dirigé par le Premier ministre Mariano Rajoy. Il faut préciser que ces mesures dirigées contre les travailleurs avaient largement été initiées par le précédent gouvernement « socialiste » de Zapatero. En deux ou trois ans, la situation économique espagnole a été bouleversée. Ce qu'on qualifiait jadis de « miracle espagnol » est devenu un véritable cauchemar : une crise immobilière doublée d'une crise financière ont révélé, si besoin était, le vrai visage du capitalisme. On connaissait déjà (comme en Grèce ou en Italie par exemple) la signification du terme mileuristas (ceux ou celles qui ne gagnent que mille euros par mois). Ces mileuristas sont désormais devenus des nimileuristas (qui ne gagnent même pas mille euros), ou en abrégé, des nimis (ni mismo : même pas). Les détenteurs d'un emploi, même précaire, vont bientôt être considérés comme de grands privilégiés dans un pays qui compte près de six millions de chômeurs : 23 % de la population active (50 % chez les jeunes).
L'idée du panoptique, sorte de prison modèle, permettant l'observation permanente des faits et gestes des détenus, imaginée par Jeremy Bentham, philosophe, jurisconsulte et réformateur britannique dérive de plans d'usine ! En effet, l'œil au centre du fronton de la Saline royale imaginée par Claude-Nicolas Ledoux était déjà dans la logique du panoptique, mise au point pour une surveillance et une coordination efficace des ouvriers. Son objectif théorique était de simplifier la prise en charge d'un grand nombre d'hommes. Si le panoptique ne vit pas le jour du vivant de Bentham, le philosophe Michel Foucault y voyait plus tard, dans son incontournable ouvrage Surveiller et Punir, une technique moderne d'observation transcendant l'école, l'usine, et l'armée. Aujourd'hui, la technologie ayant tellement évolué, les entreprises utilisent des méthodes beaucoup plus discrètes de surveillance et de flicage à tous les étages…
Mais, que fait la Cnil ?
En 2011, la Cnil, institution indépendante chargée de veiller au respect de la vie privée et des libertés, a reçu environ 6 000 plaintes, dont environ un quart concernait la surveillance au travail (soit un doublement sur trois ans). Entre 2010 et 2011, les plaintes liées à ces dispositifs ont également augmenté de 13 %. Au cours de la même période, les plaintes liées à l'accès aux dossiers personnels constitués par les employeurs sur leurs salariés ont augmenté de 20 %, ce qui n'est pas anodin. Selon le secrétaire général de la commission, « avec les nouvelles technologies, les moyens de surveillance deviennent très accessibles, donc la surveillance se développe. D'autant que la mise en œuvre de tels dispositifs sur les lieux de travail n'est pas par principe illégale ». En matière de surveillance au travail, la marge de manœuvre laissée à la Cnil consiste à s'assurer que les dispositifs de vidéosurveillance ne remettent pas en cause la liberté des salariés. C'est-à-dire, en filmant des vestiaires, des locaux syndicaux, ou encore en surveillant de façon constante des salariés sans que cela soit justifié. Face à ces dispositions, on voit donc de plus en plus de mouchards placés par les entreprises dans les ordinateurs, ou le développement de la géolocalisation des salariés par leur smartphone.
Huit caméras pour huit salariés !
Naturellement, les grandes entreprises profitent des moyens modernes de surveillance, mais elles doivent aujourd'hui le faire avec une certaine parcimonie. Pour en avoir abusé, Ikea s'est fait remarquer récemment. Mais, dans ce cas de figure, la direction avait choisi le recours à des enquêteurs privés pour obtenir des renseignements sur certains salariés et clients. Cependant, quel que soit le moyen plus moderne utilisé, l'employeur doit justifier d'un intérêt légitime à l'utilisation de la vidéosurveillance, de la géolocalisation, à l'usage de badges, de fichiers ou encore de la cybersurveillance (enregistrement des conversations, filtrage des sites, logiciels mouchards). En cas de plainte liée au travail, la Cnil sollicite l'entreprise pour lui demander de se conformer à la loi informatique et libertés et peut effectuer des contrôles inopinés sur place. Avec une vingtaine d'agents chargés des contrôles, elle en réalise aujourd'hui environ 400 par an, contre seulement 30 en 2004. Récemment, la commission a ainsi mis en demeure publiquement une société toulousaine qui avait installé huit caméras… pour huit salariés !
Patrons tricheurs
Les dérives observées par la Cnil peuvent prendre différentes formes. Décathlon, la Macif ou encore Capgemini avaient eu recours au fichage des salariés avec des commentaires individuels codés tels que « individualiste », « sournois », « cas social ». Dans la majorité des cas, les documents sont le plus souvent découverts par hasard, mais il est même arrivé qu'ils soient envoyés par erreur aux personnes concernées à la suite d'une manipulation informatique erronée ! De plus, la Cnil rappelle que la plupart des employeurs ignorent souvent que les salariés ont le droit de demander l'accès aux informations les concernant, mais les salariés, eux, commencent à le savoir. En cas de plainte, la commission peut effectuer des contrôles et imposer des sanctions financières. Mais l'arme la plus redoutée par les entreprises est la publicité. Ce fut le cas de l'entreprise de soutien scolaire Acadomia qui, en 2010, en a fait les frais, en recevant un avertissement public pour un fichier particulièrement odieux, classant autant les enseignants que les parents et élèves sous des vocables tels que « gros con », « saloperie de gamin », ou encore « Parisien frustré ». Le Monde libertaire s'en était fait l'écho à l'époque.
Les entreprises s'adaptent
Cependant, toujours selon le rapport de la Cnil, avec l'influence des cas médiatisés, les entreprises sont de plus en plus vigilantes sur une législation « très bien encadrée ». Certaines, dans le doute, se mettent en conformité légale. Mais, parallèlement, un chercheur du CNRS souligne un phénomène beaucoup plus insidieux : « Avec les smartphones notamment, les gens sont de plus en plus sous laisse électronique. » En effet, ces outils, souvent appréciés des salariés, permettent aux employeurs de suivre tous leurs déplacements, même si, en principe, il est interdit par la loi de géolocaliser des salariés qui ont une liberté d'organisation dans leur travail. Mais comme c'est le cas pour les entreprises pollueuses, souvent les patrons préfèrent passer outre les lois et payer des amendes.
L'HISTOIRE N'EST SOUVENT QUE TROMPE-L'ŒIL, et le mensonge «l'activité la mieux partagée » (Pierre Miquel) quand on oublie de mesurer quel a été l'enjeu de la lutte, et quels en furent les véritables protagonistes. L'œuvre des partis uniques et des régimes se réclamant du marxisme n'avait qu'un seul but, et ils l'ont menée avec une obstination et une conscience qui leur venaient de leur fonction d'origine : la destruction du mouvement révolutionnaire au nom des valeurs de la révolution et du communisme, l'éradication de toute pensée d'émancipation du mouvement ouvrier, la terreur contre les opposants érigée en méthode de gouvernement et ciblée de manière à prévenir les récidives. Là où le stalinisme et ses intellectuels ont passé, l'herbe de la révolution ne doit pas repousser! Car leur ombre mortifère s'étend bien au-delà du cycle de répression que l'on pourrait dire crucial, et ils ont eu les moyens et le temps d'assurer leurs arrières.
Leur système de pensée est le produit de tous les sophismes destinés à justifier cette culture d'inquisition, à éliminer la critique et les critiques. Paradoxalement, la chute de l'URSS, qui intervient longtemps après l'écrasement au long cours de toute opposition radicale, leur a ouvert un nouvel espace pour imprimer dans les esprits leur propre interprétation des événements, et le faire dans les termes mêmes qui ont été ceux de leurs falsifications. Ils se sont emparés des témoignages d'hier pour en détourner le sens et les faire parler à l'envers de ce qu'ils nous apprennent.
Toute la casuistique repose sur cette erreur de perspective qui fausse le regard que nous portons sur le passé. André Breton avait parlé, à propos des procès de Moscou, de « la plaie la plus effroyable des temps modernes ». « Je sais bien, ajoutait-il, que la guerre a passé, demeurant l'oubli. Je ne m'en étonne et ne m'en épouvante pas moins d'observer qu'il est généralement passé outre à cette iniquité monstrueuse, qu'elle ne discrédite et ne souille pas, à tous les yeux, qui l'a commise. » Or, qu'en est-il aujourd'hui de cette blessure inguérissable ? Qu'en est-il de cette plaie ? Comment opèrent aujourd'hui ces intellectuels pour passer outre cette iniquité ? L'idée même que ses effets ne seraient pas un des ressorts de l'histoire politique vivante, cette idée constitue le premier des «mensonges déconcertants» du XXIe siècle, celui qui ferme l'horizon des luttes. Ce n'est plus la guerre mais l'effondrement des régimes du communisme réellement inexistant qui a démesuré l'oubli, de sorte, pour le dire sous forme de paradoxe, que l'oubli est devenu une partie même de la mémoire. Il fallait soustraire l'évocation de ce passé au jugement du présent pour changer la nature du mensonge et tenir compte du nouvel environnement pour continuer l'œuvre de destruction du mouvement révolutionnaire.
Que sont les « staliniens » d'hier devenus ? Qui sont les «néostaliniens » d'aujourd'hui ? C'est une culture de la contre-révolution qui domine les esprits, savant amalgame des «ismes» disparus dont les idées, refondues dans un même creuset, instillent l'amnésie dans le cerveau des vivants afin d'éviter que le retour à la mémoire des éléments d'une véritable pensée critique n'éclaire leur véritable fonction. Stalinisme, castrisme, maoïsme, autant d'étapes sur le chemin d'une contrerévolution qui aboutit aujourd'hui à un néostalinisme fonctionnel, avec le trotskisme, et ses incroyables contorsions, pour transiter d'une rive à l'autre.
Comme aucune réflexion radicale ne s'est imposée, que le recours au passé est privé de tout pôle de référence, et que l'intelligentsia passée par ces «ismes» a partout essaimé, on a assisté à la sélection hiérarchique de ce que nous livraient les archives, prélude à une réhabilitation rampante du stalino-maoïsme marquée par la reprise d'une rhétorique manichéenne qui fit florès en son temps, système de comparaison destiné à établir une échelle de valeurs à géométrie variable, une grille de «bonus-malus», qui permettra de faire entrer les « crimes» du stalinisme dans une perspective historique nouvelle et de mesurer le passé à cette aune. Ainsi va naître le néostalinisme qui trouve aujourd'hui son accomplissement dans la situation créée par la disparition de toute revendication de gauche dans ce qu'il est convenu d'appeler la gauche. Le PC peut ainsi réinvestir l'espace et reprendre la place laissée vacante. Plus que d'un modèle positif, toujours susceptible de décevoir ses attentes, c'est un modèle négatif que le néostalinisme a forgé pour légitimer ses jugements.
Ce procédé, utilisé dès le départ par les bolcheviks pour dissiper les doutes, puis raffiné par les staliniens pour discréditer les opposants tout au long de leur histoire, on le retrouve désormais pour occulter toutes les questions gênantes et renvoyer la balle à ceux qui auraient le mauvais goût de les poser.
Évoque-t-on devant Alain Badiou, néostalinien de service, le nombre de victimes du communisme et le mur de Berlin? Mais « on construit aujourd'hui des murs partout, en Palestine, au Mexique, avec un nombre de morts qui rivalise avec leurs équivalents communistes » (Libération, 27 janvier 2009). Nous risquions d'oublier qu'un mouvement dont les réalisations se réclamaient de l'émancipation humaine était l'« équivalent» dans l'horreur des régimes d'oppression !
C'est par cette inversion radicale des données historiques et théoriques du communisme que s'est opérée la synthèse de tous les «ismes» totalitaires pour donner naissance à un néostalinisme culturellement et électoralement présentable et surtout représentable. Cette défense et illustration du stalinisme à usage du XXIe siècle continue d'être la pensée radicale de la contre-révolution que l'intelligentsia « communiste» a portée jusqu'à nous. Contre-révolution unique dans l'histoire, puisque préventive car elle s'est fixé pour tâche d'extirper l'idée même d'émancipation des luttes ouvrières et, de ce fait, ne se prive pas d'utiliser à son profit les critiques pour les détourner de leur finalité radicale.
Pas un mot, pas une référence qui ne soit adultération éhontée de tous les « éléments de culture» qui ont défini dans l'histoire ouvrière le « communisme». «L'hypocrisie de la dénomination » dont parle Heine consiste ici à faire en sorte que la comptabilité des cadavres serve à relativiser les monstruosités commises dans son propre camp au motif que les voisins et rivaux ne sont pas moins pourvus dans ce domaine. Revoir à la baisse les « crimes» du stalinisme en les faisant entrer dans une perspective historique nouvelle, et changer ainsi le regard que l'on porte sur le présent de ceux qui ont collaboré à ces entreprises, fût-ce en fermant les yeux — tel est le révisionnisme de fond qui a permis aux spectres du stalinisme de revenir hanter notre monde sans avoir à s'expliquer sur leur identité. Dans ce domaine aussi rien ne se crée, rien ne se perd, bien que les «ex» s'évertuent à nous convaincre du contraire !
Vous avez dit tortures, exécutions, massacres, corruption, exploitation, système concentrationnaire ? Certes, le «communisme » n'a pas été innocent de crimes et délits sans nombre, mais attendons la fin. Tournons la page, et cette histoire ne se lit plus au présent et ne concerne plus les apparatchiks du Parti lui-même. Le passé a disparu sans laisser de traces sur le Parti et le PC récuse toute responsabilité dans les exactions commises par les partis frères. Néanmoins, en raison de la proximité de cette histoire, le PCF, trop marqué par son allégeance à Moscou et par ses virages politiques, devra attendre de trouver un panneau de protection afin d'espérer se refaire une santé électorale — avec la promesse d'une récupération des sièges et des prébendes perdus. Sans cet écran de sécurité, impossible de réapparaître sur la scène de l'histoire avec les habits neufs de l'innocence retrouvée.1
Avec l'instant Mélenchon toute l'histoire de la contre-révolution menée depuis des décennies par le PC et ses compagnons de route, consentants ou obligés, peut enfin cristalliser ses formules et trouver son nouveau centre de gravité dans la gauche. Sa rhétorique est calquée sur celle du stalinisme d'antan, mais elle en a déplacé opportunément les signes de manière à neutraliser toute résonance critique inopportune et à tourner les regards vers des lendemains électoraux radieux. Qu'on prenne un à un les mots d'ordre et les revendications que le PC a glissés dans les affiches et proclamations du Front de gauche et l'on verra qu'il s'agit d'une mise à jour des pires clichés de la propagande du temps où le Parti était roi, propagande revue et corrigée en fonction des nouveaux enjeux du pouvoir. L'insurrection par les urnes ! L'insurrection citoyenne! Prenez le pouvoir ! Place au peuple ! Reprenons la Bastille ! Faisons payer les banques, pas les peuples ! Fatigués de payer pour les riches ! Taxer les riches ! Les murs ont la parole, mais qui la leur donne ?
Si l'on y va voir sans œillères, on se rend compte que ces coups de menton à double sens sont autant d'artifices de la plus pure eau démagogique, de simples effets d'annonce. Pour la première fois, toutes les revendications et tous les mots d'ordre à connotation radicale sont décrédibilisés, voire ridiculisés.
La présence du FN va permettre au PC, désinhibé et décomplexé, de renouer comme si cela allait de soi avec la rhétorique antiimpérialiste de la belle époque, celle où tout opposant était accusé de faire le jeu des fauteurs de guerre américains ou des partisans de l'Europe du capital. Quand une journaliste complaisante tendra le micro au grand tribun du peuple de gauche, le même disque sera repassé, avec coupures des passages qui risqueraient de faire entendre aux oreilles averties un autre son de cloche.
Le FN ayant accusé « le candidat des communistes » de s'allier à un parti coupable d'avoir «du sang sur les mains jusqu'aux coudes », la réponse sera à la hauteur du défi : «[…] Je suis très fier d'être le candidat du Parti communiste français et d'autres formations, mais du Parti communiste français… Alors, est-ce que les communistes ont du sang jusqu'aux coudes ? Oui, le sang de l'envahisseur, le sang des nazis, le sang de tous ceux qui leur ont tapé dessus chaque fois qu'ils ont défendu la liberté. » Question: « Et le sang du goulag ? » Jean-Luc Mélenchon: «Vous connaissez un Français qui a été… qui a gardé un goulag en Union soviétique ? Allons, allons, allons. Notre liberté, à vous et à moi, nous la leur devons, pas qu'à eux, mais aussi à eux… par conséquent… » (C Politique, France 5, 11 mars 2012).
Les partisans de Le Pen seraient donc les seuls à renvoyer le PC à son histoire… sanglante? Et l'ex-trotskiste-socialiste Mélenchon, politicien chevronné, ignorerait il, par exemple, quel fut le rôle du « boucher d'Albacete », le Français André Marty, dans la mise à mort de la révolution espagnole? Ou celui de Jacques Duclos, fidèle serviteur du Kremlin et représentant d'un parti fier d'être nommé stalinien et dont les membres ne pouvaient effectivement être gardiens du goulag puisqu'une de leurs fonctions était d'en nier l'existence, d'étouffer les cris des innombrables victimes et de lui permettre ainsi de prospérer ?
Exit le socialisme réellement existant et ses mirages, mais ce qui lui a donné naissance ne disparaît pas pour autant ; non plus que la collaboration d'une armée de scribes qui, revenus de leurs pérégrinations militantes, imposeront leur propre vision du communisme et de la révolution – calquée sur les stéréotypes du totalitarisme!
Le Front de gauche et son tribun vont offrir au Parti ce qu'il ne pouvait espérer. Grâce à ce porte-voix et à ce prête-nom, le PC a réussi un véritable aggiornamento qui est de rester pareil à lui-même en se présentant pour ce qu'il n'est pas et ne peut être en raison même de son passé. En se prêtant à cette délégation de pouvoir et d'image, il peut offrir sous label de gauche tous ses acquis, à savoir les acquis d'une contre-révolution désormais suffisamment détachée de l'histoire pour que ses plus hauts faits d'armes contre-révolutionnaires ne disent plus rien au présent.
Avec de tels représentants, nombre des spectres que l'on croyait disparus avec le monde qui les avait fait naître se réveillent ainsi d'entre les morts et se déploient au grand jour et les revoilà parmi nous, mais habillés de telle sorte qu'ils ne répondent plus de leur ancienne identité. L'aube dissout les monstres ? A moins qu'ils ne profitent de sa lumière encore indécise pour se glisser parmi les vivants !
Tout est fait pour nous aider à oublier, ou faire passer pour quantité négligeable, les conséquences qu'ont encore sur notre monde ce que le Parti de la contre-révolution permanente entend occulter. Quand les manifestations réveillent la mémoire, ses organisateurs prennent soin de nous ramener à une période défunte pour faire revivre les anciennes dates, les anciens noms, et les cadavres que l'on croyait depuis longtemps tombés en putréfaction reprennent vie. Les réminiscences sont là pour recouvrir d'un voile héroïque les trivialités des ambitions et des propos, mais aussi, mais surtout, pour que la confusion s'installe dans les esprits.
La reprise de la Bastille le jour de la proclamation de la Commune de 1871, c'est l'évocation de deux événements qui s'annulent ; et l'occasion d'offrir à un électorat dont la seule boussole est l'antisarkozysme la parodie d'une manifestation révolutionnaire, avec, en tête du cortège, les acteurs dans l'ordre requis par la distribution actuelle des rôles : Mélenchon, poussé en avant par les grands ordonnateurs de cette nouvelle comédie historique, les seuls à en contrôler la logistique ; Marie-George Buffet, Pierre Laurent, Clémentine Autain, un peu en retrait pour ne pas capter l'attention, en attendant de reprendre la main, et les véritables places.
Le néostalinisme sait prendre son temps. Thomas Feixa Louis Janover Monique Janover
1. Voir Thomas Feixa, Louis Janover, Monique Janover, Élection contre Démocratie, Rodez la Rouge, hors série, mars 2012.
Le western toulousain a pris fin après avoir mobilisé les médias pendant quarante-huit heures. Les foules n'avaient pas besoin de se rendre sur place pour assister au spectacle puisque des chaînes TV diffusaient en direct le siège de ce nouveau Fort Chabrol. Comme toujours dans ce type d'évènements, des zones d'ombre subsistent : suspect pisté, interrogé, relâché et non surveillé, ce qui n'est pas vraiment dans les habitudes de nos services de renseignement (voir l'affaire de Tarnac). Suspect assiégé que l'on dit vouloir capturer vivant (assaut foiré du Raid), mais que l'on abat finalement d'une balle dans la tête mais en déchargeant sur lui 300 cartouches (ils tirent si mal que ça nos cow-boys ?). Et, bien sûr, le pouvoir qui en profite pour nous concocter de nouvelles lois pour « nous protéger ». Sera désormais passible de sanctions pénales toute personne qui : consultera de manière habituelle des internet appelant à la haine et à la violence ; se rendra à l'étranger pour suivre des travaux d'endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme ; fera l'apologie d'idéologies extrémistes. Vous le voyez venir, le coup de bâton ? Ça ne vous rappelle rien ? Les lois scélérates de 1893-1894 peut-être ? Eh bien, ça y est, nous y sommes. Si ces nouvelles mesures avaient été en vigueur, elles n'auraient en rien empêché notre djihaiste d'agir comme il l'a fait ; par contre, à l'avenir, elles pourront renforcer la persécution de toute organisation politique ou syndicale déclarant, par exemple, vouloir supprimer le capitalisme (si c'est pas du terrorisme, ça...). Big Brother se renforce chaque jour, alors attention : les régimes autoritaires voire fascistes n'apparaissent jamais d'un coup, mais surviennent par petites touches, et dans l'indifférence d'une majorité de la population qui ne se sent pas concernée. Ne restons pas muets. Ne laissons pas amputer ce qui nous reste de libertés.
Front de gauche et tutti frutti : la nostalgie, camarades !
Avec Jean-Luc Mélenchon et son Front de gauche, nous assistons à un retour sur la scène politique d'une gauche rouge foncé, et qui est la surprise du moment. Cela dit, il faut se méfier des surprises : le NPA a déjà fait les frais des prétendues intentions de vote à son égard, il y a cinq ans… Et tous les journalistes nous juraient que le sujet sécuritaire serait LE sujet de ces élections… Politiquement, le Front de gauche a réussi à effacer un Parti communiste qui n'existait plus, et à rassembler des groupements hétéroclites qui fleurent bon l'époque où les Marx brothers dominaient le haut du pavé : communistes orthodoxes et hétérodoxes, socialistes et trostkystes en rupture de ban, maoïstes (!), et quelques écologistes et décroissants, syndicalistes ou associatifs. Cette alliance constitue l'occasion, pour un tribun qui laisse sans voix les formations NPA et LO, de revenir sur des conceptions classiques pour ces courants d'idées. Feuilletez la brochure L'humain d'abord : tout y est, et même le reste ! Et que je te régularise les sans-papiers, que je t'abroge des lois dégueulasses, que je combat le patriarcat, que j'interdis les sectes, que je créé des régies pour lutter contre l'omnipotence des sociétés privées, et que j'augmente le Smic à 1 700 euros, que je réquisitionne les logements et que je te plafonne les loyers, et que je te réquisitionne des entreprises, et… un vrai catalogue. Alors, évidemment, moi, quand quelqu'un s'en prend à la femme dont le seul prénom me donne la nausée (je suis sujet au mal de mer), alors que tous les autres ténors font les morts quand ils ne la courtisent pas, çà a tendance à me contenter. M'enfin, bon. Je suis bien obligé de réfléchir un peu à ces conceptions, ces paroles, ces postures… de ce tribun. Parce qu'enfin, les grands rassemblements où l'on applaudit un homme à poigne, un leader d'opinion… ça me fait penser que ça ne va pas dans le sens de l'autonomie individuelle. Une gauche qui fait encore et toujours appel à l'État pour mettre en place ses réformes et faire reculer les capitalistes, ça ne va pas dans le sens d'un autre futur en rupture avec ce qui s'est déjà expérimenté bien des fois, dans le passé. Une organisation qui penche sévèrement vers le culte de la nation, décidemment, j'ai du mal à m'y faire. Une gauche, enfin, qui met la barre haut pour contrer le capitalisme, mais qui ne veut pas l'abolir (« taxer les profits », ce n'est pas socialiser les outils de travail), et qui ne pose pas la question du rapport de force dans un contexte d'expropriation des capitalistes, me fait penser que cet admirateur de Mitterand n'est peut-être que la répétition d'une histoire récente qui a déjà fait son procès au communisme d'État. Mais le meilleur moyen de limiter cette résurgence de la gauche souverainiste et étatique, c'est encore de relever le gant et de se mettre en position de progresser dans les luttes et dans les esprits. Car la candidature Mélechon nous montre aussi qu'il existe une foule de gens qui se battent et cherchent des voies pour sortir du no future du capitalisme. Notre responsabilité est donc engagée puisque nous n'avons pas construit l'alternative aux gauches de gouvernement. Le socialisme libertaire, c'est ça qui est nouveau et qui devrait nous lancer à l'assaut des montagnes ! Alors, qu'est ce que j'vous sers ? un coup de rouge ou un petit noir ?
Je poursuis ma lettre avec tes arguments, toi le militant qui n'a pas voulu lire mon exemplaire du Monde libertaire puisque je ne voterai pas pour ton candidat. Faut dire que tu t'affichais : badge CGT, autocollant Front de gauche ; tu n'as guère apprécié quand je t'ai dit que Mélenchon était un apparatchik. « C'est pas vrai, avant il était militant à l'OCI. Moi aussi j'y étais. » Je n'ai rien répondu, mais instantanément m'est revenu en mémoire un souvenir des années 1980 : lors de la venue de Reagan à Paris pour un G8, l'extrême gauche se mit d'accord – exploit ! – pour organiser une manif unitaire l'après-midi. L'OCI (organisation trotskyste qui était devenue PCI puis PT) manifesta seule, le matin… Tu vois, mon camarade, mon expérience politique se construit aussi avec de tels souvenirs… Et l'image que je garde de ces militants est celle de gens froids, cachés, méprisants. Un parfait repoussoir. Et c'est en l'écrivant que j'y pense : ce ton cassant commun à un Mélenchon ou un Jospin, voilà d'où il vient ! Leur passé trotskyste ne les a pas empêchés de mener une carrière d'homme politique au Parti socialiste. Ces militants qui firent de l'entrisme ou tournèrent leur veste, ne se sont pas illustrés par une politique fondamentalement différente de leurs comparses, au gouvernement. Même si le discours et les postures de ton candidat semblent représenter l'opposition nécessaire au capitalisme, j'ai le droit de penser qu'un calcul politicien est à l'origine de ce discours combatif. électoralement, un pourcentage conséquent de gens critiques du système, sensibles à la misère sociale, sincèrement anticapitalistes, peuvent lui assurer un score honorable et le placer dans le rôle du leader de la gauche de la gauche. Nous avons le droit de n'être pas dupes : il calcule en futurs postes de députés. Ne mélenchons pas les torchons et les soviets. Tes arguments, mon « camarade », étaient en vrac : « Je ne crois plus au grand soir. Le rapport de force se construit dans les luttes, dans la rue et dans les urnes. » J'y reviendrai ultérieurement. Finalement, tout ton discours devint une apologie du vote à gauche. Peu importait pour qui – pourquoi pas Arthaud de LO –, il fallait que je vote. Autre argument, pour expliquer la nécessité d'aller voter à gauche : « Les mairies communistes font une politique bien différente des autres, elles ne se vendent pas à Véolia. » Bien sûr, les villes PC ont une politique sociale dans plein de domaines, je suis d'accord. On sent la différence dans l'éducation, le logement, les aides sociales… Mais l'essentiel n'est pas là. L'essentiel, ce sont le piston, le copinage, les privilèges. L'essentiel, c'est la confusion d'intérêts entre militantisme, postes d'élus et profession. Tout ce qui est dénoncé chez les autres partis… L'essentiel, c'est le reniement dans les actes des professions de foi affichées. Pourquoi c'est l'essentiel ? Parce que ce qui devait vous différencier des autres, vous lie aux autres. C'est une minorité, me diras-tu ? Prouve-le. Partout où je suis passé, je n'ai vu que cela. Et des élus syndicaux compromis dans des dessous de table ou « paiements en nature » pour défense syndicale dans l'entreprise ou aux prudhommes. Des exceptions ? Qui restent en place. Cela suffit pour discréditer l'idée même d'un combat pour d'autres mœurs, d'autres valeurs, d'autres pratiques politiques. Personne n'est à l'abri de telles dérives, aucun parti ? D'accord. Mais, tout de même, ne me présente pas ces municipalités comme exemplaires ! Car il ne s'agit pas de simples dérives individuelles. Lorsque le fonctionnement hiérarchisé d'un parti infantilise ses militants, lorsque la ligne politique arrive d'en haut, parce qu'il y a un haut et un bas, tout les prépare à accepter l'inacceptable au quotidien. S'il y a chef, il y a privilèges. Ce fonctionnement généralisé, cela donne à grande échelle l'URSS dans toute la puissance de sa bureaucratie parasitaire. Les avantages des chefs les écartent socialement de ceux qu'ils représentaient jadis. Ils ont d'autres intérêts, qui divergent puis s'opposent. Et les privilèges engendrent les trahisons politiques. Le stalinisme est la cristallisation de ces dérives, de ces faveurs, et ces « petits plus » que représentants, délégués, élus s'accordent. Nos luttes auront un avenir si elles savent imposer l'intégrité. Aucun privilège obtenu grâce à la fonction de représentant. Quel que soit le niveau de responsabilité.
En quelques jours, un type venu de nulle part est parvenu à justifier toute l'inflation sécuritaire qui, avant les tueries de Montauban et de Toulouse, nourrissait encore une certaine défiance de l'opinion publique. Cet homme, qui a désormais acquis la notoriété d'un Khaled Kelkal 1 ou d'un Richard Durn 2, par son irruption sanglante et inopinée dans l'actualité, a concentré toute l'attention médiatique et recentré, par voie de conséquence, tout le débat politique, à un mois du premier tour de l'élection présidentielle. Ce qu'il a fait est ignoble, impardonnable, et les médias de masse ont été suffisamment prolixes – prolixes jusqu'à l'écœurement –, pour que nous éprouvions le besoin d'y revenir. Rien ne justifiait l'exécution de sang-froid de sept personnes, adultes et enfants confondus. On se sent une obligation de devoir préciser cette évidence, de peur d'être basculé du côté des assassins. Car, dans le climat actuel, la critique peut vite passer pour une complaisance complice. Une menace imprécise, et terrible dans son imprécision, s'est incarnée dans le périple meurtrier d'un jeune homme dont le profil, s'il intéressait les services de police et de renseignement, n'augurait rien, nous dit-on, de ses résolutions finales. Mohammed Merah, en digne, quoique inconscient, adepte du clivage cher à certains de nos édiles politiques, a tracé une ligne de partage qui tient en un mot : fermeté. Et l'estime de chacun dépend de sa position – ou plutôt de sa posture, car les temps électoraux sont, plus que jamais, ceux de la représentation – par rapport à cette « fermeté » qui ira loin, n'en doutons pas. Déjà, au cours de cet incroyable siège de plus de trente heures, les conversations du café du commerce allaient bon train. Pour bon nombre de « compatriotes », l'affaire était entendue : une rafale pour ce chien, cet assassin de gosses, et sa tête au bout d'une pique. Les armes du Raid sont finalement venues à bout du « forcené » retranché, seul, dans son appartement. Les partisans de la justice expéditive estimeront que c'est trente heures de trop. Les autres se diront qu'en s'y prenant autrement, on aurait pu capturer Merah vivant. Mais non, on s'y est pris de telle façon que celui qui n'était alors que suspect des tueries, sorte les pieds devant. Merah est ainsi allé rejoindre Kelkal, autre « ennemi public n° 1 » abattu, seul, près d'un arrêt de bus, et Durn, défenestré du quatrième étage de la brigade criminelle, quai des Orfèvres, peu après son arrestation. Chacun est mort avec sa vérité, une vérité qu'il aurait fallu connaître pour comprendre. Mais les morts ne parlent pas, et les vérités s'édifient en dehors d'eux. La « vérité » de Mohammed Merah ranime le souvenir de Khaled Kelkal. On n'a pas encore tout entendu, mais ce qui a été dit est d'ores et déjà cousu d'un solide gros fil : l'itinéraire d'un enfant des banlieues tombé dans la petite délinquance et entré, en prison, dans le fondamentalisme islamique comme d'autres entrent dans les ordres. Tous les ingrédients chers à la rhétorique du Front national sont ainsi réunis. Il n'est d'ailleurs pas impossible que le candidat sortant, avec une aile droite regonflée à bloc, remporte l'élection présidentielle au finish après que la gauche ait, comme d'habitude, glissé sur la nappe d'huile sécuritaire. Mais trêve d'anticipations saugrenues. Pour l'heure, l'affaire Merah ouvre la voie aux propositions politiques, et il est clair qu'elle permettra de réactiver, comme en 1995, un Plan Vigipirate dont le principal effet consiste à relativiser la valeur et l'étendue des libertés publiques. Mais qui saura la part de désespoir qui a changé un gosse d'une vingtaine d'années en machine à tuer ? Fruit d'une époque dépourvue de pitié et de justice, où la richesse est volée à ceux qui la produisent, où la protection ne vaut que pour les voleurs patentés, le désespoir pourrit le cœur de millions de perdants et fera se lever d'autres Kelkal, d'autres Durn, d'autres Merah. Qu'ils aient perdu leur jeunesse en prison – triste couveuse de désespérés –, que leur esprit se soit asséché dans les déserts de béton au pourtour des villes opulentes, que leurs illusions aient lentement disparu au contact des professionnels de la politique… Nous maudissons cette époque parce que nous savons la part de désespoir qu'elle sème et les moissons funestes qu'elle prépare pour l'humanité. Cette prise de conscience nous a conduit à la révolte, à la confrontation avec ce système producteur de misères, à la solidarité dans cette lutte opiniâtre. Notre révolte est une exaltation de la vie. Et c'est la seule qui vaille.
Stéphane groupe Claaaaaash de la Fédération anarchiste
Gouverner par la peur est un art privilégié de l'exercice du pouvoir. Les messages du style « Pour votre sécurité, nous vous informons que… », quotidiennement assénés sur nos esprits, sans compter le spectre de la crise financière internationale, tout comme le martelage médiatique à propos du tueur de Montauban et de Toulouse, en pleine campagne d'élection présidentielle ; les éructations salvatrices des Zorros politiciens auto-érigés en thaumaturges sont autant d'écrans de fumée pour masquer la principale insécurité aux yeux des exploités : l'insécurité économique, les violences patronales et étatiques. L'attentisme du monde du travail, nourri par l'idée du capitalisme indépassable et aussi par la renonciation à la lutte des directions syndicales plus enclines à êtres des interlocuteurs valables du patronat et du gouvernement, nous conduit à un constat de faillite sociale effroyable. Face aux promesses les plus démagogiques des candidats à la présidence de la France, il convient de faire un petit inventaire (même incomplet !) de la casse de nos droits sociaux sur dix ans. Cette casse organisée a certes commencé il y a bien plus longtemps, mais la décennie écoulée témoigne à la fois d'une accélération et de la mise en œuvre des volontés du patronat. La feuille de route des gouvernements passés et actuels a été nourrie par des Seillière, Parisot et De Virville. Force est de constater la frénésie de l'activité législative pour imposer démocratiquement des mesures antisociales tous azimuts. Même si certaines ont pu être abrogées ou modifiées, d'autres étaient des tests de la résistance syndicales (CNE-CPE), mais toutes traduisent une seule logique : satisfaire les appétits capitalistes en réduisant à peau de chagrin les quelques droits du prolétariat.
Salarié, soit précaire et isolé !
La précarisation s'est faite sur deux formes. La première, en terme contractuel : avec la création de nouveaux contrats de travail (CDDOD, CNE et CPE), avec l'assouplissement de la rupture du contrat de travail par la mise en place de la rupture conventionnelle et avec la création de nouvelles formes d'emploi dont le portage salarial et le statut auto-entrepreneur – comprendre « auto-exploité ». Ces formes d'emploi maintenant les travailleurs dans une situation de forte dépendance mais les dénudant des garanties attachées au statut de salarié. La seconde en terme de détérioration des conditions de travail : par l'intensification du travail, par la réduction des temps de repos en permettant la « monétisation » des jours de congés, avec le compte épargne temps, la réduction de la durée de repos pour certaines catégories, et l'augmentation du contingent d'heures supplémentaires ; et par la flexibilité du temps de travail avec l'annualisation, l'allongement de l'amplitude de durée du travail… Des réalités lourdes de conséquences pour la santé. Des réalités lourdes de conséquences inégalitaires puisque chaque salarié a des horaires et un nombre d'heures de travail propre avec un salaire différent. La flexibilité couplée à l'individualisation – prime sur objectifs, participation et intéressement – font les revenus individualisés soumis aux aléas du marché et surtout à la « bonne » volonté de l'employeur. L'individualisation et la flexibilité ont aussi la vertu de casser les collectifs de travail, donc de dissiper les préoccupations et situations communes. De véritables contraceptifs à l'élaboration de revendications collectives !
Le travail coûte à mes profits
Symbolique mais importante : le vol d'une journée de travail non rémunérée (lundi de Pentecôte). Et la multiplication d'exonérations de cotisations sociales afin de « baisser le coût du travail » qui favorise soi-disant la création d'emplois et sans effet sur l'emploi, qui aggrave les déficits des budgets de la Sécurité sociale. Ces dernières ont fourni l'excellent prétexte pour mettre en place la contre-réforme des retraites et exploser nombre de garanties collectives.
Trop de règlement nuit à l'entreprenariat
L'objectif est de substituer le contrat (et la convention collective nationale) à la loi. Alors même que les possibilités de négocier des accords en deçà de la loi ne cessent d'augmenter. La loi de 2007 est une forfanterie car, dans les faits, l'État a limité sa portée en instrumentalisant la négociation. Des négociations et des accords calamiteux dans lesquels toutes les centrales syndicales se sont compromises au moins une fois, si ce n'est plus. Depuis la mise en application de cette loi, ce ne sont que 4 textes sur 26 projets de lois et sur 38 textes au total qui ont fait l'objet d'une négociation préalable. Il y a aussi eu de nombreux abus de force avec l'usage abusif de la procédure d'urgence. Aujourd'hui, ce qui est réclamé, par la droite comme par le Medef (mais pas seulement !), c'est la modification de la Constitution française afin de reconnaître aux organisations patronales et syndicales de salariés un rôle de législateur en droit du travail. En gros, une volonté d'accélérer le processus de déréglementation du Code du travail. De cette façon, la dérogation à la loi devient la règle et elle ne peut pas être remise en cause par un nouveau gouvernement. Une belle substitution de la négociation à la loi.
La douleur, c'est le droit de grève
Sous le prétexte de mettre en place des dispositifs favorables à l'emploi, deux lois sont intervenues pour restreindre le droit de grève. Le gouvernement peut mieux déclarer ensuite la grève invisible et indolore pour le patronat… Ces restrictions vont nécessairement concourir sinon à l'extinction, au moins au non-exercice du droit fondamental à la grève. Gageons que la lutte contre la crise va fournir de nouveaux prétextes à l'assouplissement des règles encore existantes.
Rendre impossible le recours aux juges
Faute de rapports de force évidents en faveur du travail aujourd'hui, le recours aux Prud'hommes est la carte ultime que beaucoup de salariés utilisent. La justice a été une cible de choix des attaques des gouvernements successifs : réforme de la carte judiciaire avec 62 conseils de Prud'hommes supprimés pour un seul créé et réduction des moyens de fonctionnement. De même que différentes mises en œuvres légales nouvelles garantissent le contournement des juges : la non-motivation de la rupture conventionnelle, l'augmentation de la durée de la période d'essai, l'abaissement des délais de contestation. L'accès à la justice est devenu plus difficile économiquement avec : l'obligation pour les justiciables d'être défendus par un avocat en Cour de cassation, demain en cour d'appel ; l'octroi de l'aide juridictionnelle de plus en plus réduit ; et, tout récemment, le paiement de 35 euros pour pouvoir introduire une instance en justice. Enfin, gageons aussi que la remise en cause des élections des conseillers prud'homaux au suffrage universel des salariés va permettre l'évacuation de la justice du travail vers les juges civilistes (professionnels). Ce sera plus cher que 35 euros pour les salariés ! Ce sera la fin de la gratuité de cette justice. Un enjeu majeur que la CFDT a entérinée et que la CGT fait mine d'ignorer, au moins à sa tête, puisque aucune déclaration confédérale dénonce la remise en cause des élections prud'homales malgré des débats houleux en interne. À la vue de ce triste tableau, il serait illusoire de croire qu'un changement à la tête de l'État va modifier toutes ces restrictions de nos droits sociaux. La lecture des programmes électoraux nous confirme qu'aucune remise en cause du capitalisme est à l'ordre du jour… pour le grand régal des riches. Seules des luttes d'ampleur et fédérées permettraient, sinon une révolution, au moins de reconquérir ces droits perdus. Mais encore faut-il livrer la bataille, et ce n'est pas dans l'esprit du plus grand nombre. Les combats perdus sont d'abord ceux qu'on a renoncé à mener.
Le SOC-SAT 1 se rappelle à notre souvenir. Nous avons déjà eu l'occasion de vous parler à plusieurs reprises de ce syndicat dans Le Monde libertaire 2. Rappelons quand même son origine : créé en 1976, un an après la mort de Franco, avec au départ des liens avec le Parti du travail d'Espagne (maoïste), il va adopter une pratique d'action directe qui l'a rapidement rattaché à la tradition anarchiste des paysans andalous. Son opposition aux élections syndicales n'est pas une opposition de principe comme celle d'une partie du mouvement anarcho-syndicaliste espagnol (CNT), mais un rejet des élections syndicales sous leur forme actuelle. Le SOC développe aussi une thématique indépendantiste andalouse mais en s'inscrivant dans un combat internationaliste (nombreux contacts avec des organisations alternatives hors d'Espagne, par exemple en France avec la communauté de Longo Maï dans les Alpes de Haute-Provence). Il s'adresse principalement aux journaliers et ouvriers agricoles ; son programme de réforme agraire voté à son troisième congrès (1983) précisait : « Notre philosophie peut se résumer de la façon suivante : la terre, comme l'air et l'eau, est un don de la nature que personne ne peut s'approprier pour son profit individuel ou pour son enrichissement privé. La terre est un bien public, propriété du peuple, qui doit être à l'usage et à la jouissance de ceux qui y vivent et qui la travaillent. Si alors la terre n'est à personne, la propriété de la terre est un vol. C'est pour cela que nous demandons l'expropriation sans indemnisation. » Ses militants se sont largement investis dans la défense des travailleurs saisonniers immigrés de la région d'Almería (principalement marocains, d'Afrique subsaharienne, voire d'Europe de l'Est). Ils ne se bornent pas à « négocier », mais n'hésitent pas à avoir régulièrement recours à l'action directe. Lire la suite de l'article du Monde libertaire
Vous trouverez ci-dessous un court métrage intitulé "GRÈCE GÉNÉRALE" réalisé par Réjane TREMEL et Samuel WAHL avec le concours de Isabelle SYLVESTRE et Pascal COLRAT dans le cadre de l'atelier"Vive la crise ?" (2-3-4 mars 2012) avec des textes de Raoul VANEIGEM, Y.Y., Stathis KOUVELAKIS et Serge PEY (à Mikis THÉODORAKIS, gazé à bout portant le 13 février).
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Les objectifs de cette liste sont la circulation de l'info entre les les militant-e-s de la FA de Lyon et les sympathisant-e-s : mise à jour de notre site avec l'Édito du Monde libertaire, mobilisations, manifs, Grèves, Tracts ...
Le groupe "Vivre libre !" (Lyon)
... Nous militons pour une autre société : une société plus juste, plus égalitaire, plus solidaire, en un mot pour une société libertaire. ...
Depuis longtemps les pouvoirs cherchent à détourner le langage à des fins politiques. Ainsi le terme « Anarchie » a été utilisé comme synonyme de chaos d'une manière très efficace puisque cette définition est maintenant couramment admise.
Pourtant, « Anarchie » signifie étymologiquement « absence d'autorité » ce que les pouvoirs essaient d'associer à « désordre » pour justifier leur existence, pour légitimer le gouvernement ...
Nous sommes pour une révolution radicale et globale. Nous voulons construire une société libre sans classes ni états, sans patries ni frontières dont les buts sont les suivants :
Nous, anarchistes, réunis à la Fédération anarchiste, sommes conscients de la nécessité de l'organisation spécifique. Nous propageons nos idées et voulons réaliser une révolution radicale et globale, à la fois économique et sociale, afin que soient détruites les sociétés fondées sur la propriété privée ou étatique des moyens de production et de la distribution, toutes les exploitations, l'ignorance et la misère, ainsi que les rapports d'autorité.
L'idéal qui apparaît le plus capable de donner au mouvement social l'unité et l'ardeur qui lui manquent pour se lancer avec efficacité à l'assaut de la société bourgeoise, c'est l'idéal libertaire. Celui-ci fait appel à la recherche et à l'activité de tous et de chacun ; il fait table rase des sentiments de hiérarchie ; il n'accepte aucune direction tyrannique : il ne retient que l'autorité morale du talent, de la compétence technique ou générale, du dévouement éclairé. Il demande à chacun de s'occuper personnellement des questions qui l'intéressent ; il s'efforce de secouer cette paresse individuelle qui conduit aux délégations d'abandon. D'autre part, plus profondément que toute autre, la philosophie libertaire vise à débarrasser le mouvement social des attaches et des préjugés qui le paralysent.
Ne voulant imposer sa dictature à personne, mais laisser au contraire à chaque groupement toute son autonomie, afin qu'il réalise la part d'émancipation sociale qui lui incombe, l'idéal libertaire représente la synthèse morale des différents courants du mouvement social, susceptibles d'élever l'humanité marchant vers une liberté, une égalité et une justice effectives.
Par définition, l'anarchisme est pluriel. Et nul ne parle au nom des autres. Les déclarations ci-après peuvent représenter tantôt une diversité de points de vue et de décision et tantôt des accords profonds.
**Camarades oubliés Camarades des voraces Frères aînés de ce quartier De ses pentes et de ses places Vous viviez en travaillant Sur le plateau Croix-Roussien, Vous êtes morts en combattant, Pour un autre lendemain
Être refus être rebelle Cesser de fuir la vérité, Briser le marbre des autels Du sacrifice des opprimés, Ne plus penser que la terreur L'intolérance et les prisons Soient les remèdes à la peur, Et faire appel à la raison. (...)
En 2008, le constat d'une crise environnementale globale est désormais largement partagé. Le système capitaliste organise le consensus autour du développement durable et propose de fausses solutions technologiques. Face à cette crise globale, des résistances s'organisent au sein des populations, qui ont recours à l'action directe. Investis dans ces luttes, les anarchistes tendent à les replacer dans un contexte plus global : la crise actuelle met en cause le dogme de la croissance et le productivisme qui l'accompagne. Une croissance infinie dans un monde fini étant impossible, la décroissance est inévitable. En système capitaliste, celle-ci serait mise en oeuvre de manière autoritaire, nous conduisant vers l'écofascisme. Pour les anarchistes, la décroissance ne signifie nullement empêcher les populations qui souffrent de sortir de la misère. Pour les anarchistes, le concept de décroissance ne saurait se limiter à un niveau individuel, les choix de chacun étant déterminés en amont par l'Etat au service du capital. Cette décroissance passe par un changement radical, une double révolution, sociale et écologique. Elle passe par l'expropriation des moyens de production et la répartition des richesses. Pour que la révolution soit effective, il est nécessaire que chacun puisse participer à la vie collective, ce qui passe par la réduction du temps de travail. L'autolimitation de l'activité humaine dans la limite des capacités de la planète ne pourra résulter que des individus eux-mêmes, s'autogérant et se fédérant librement entre eux : c'est justement le projet de société libertaire !
Internationale des Fédérations anarchistes (IFA),Carrare (Italie) les 4, 5 et 6 juillet 2008
Cette page a pour objectif d'informer sur les initiatives, activités et réalisations libertaires à travers le monde, et de soutenir les libertaires dans leur action. Contre un système capitaliste mondialisé et face à tous les Etats, la solidarité internationale et le partage de nos luttes, expériences et réalités est plus que jamais nécessaire.....